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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:48

 

 

Je vous le dis sincèrement : j’ai honte.

 

J'ai honte devant moi. D'avoir été aussi conne. En toute conscience.

 

J’ai honte, parce que j’ai quarante-cinq ans, et que cela fait au moins quinze ans, peut-être vingt, que je sais être séparée, que je sais ne pas être dans cette époque, cette époque d’opinion et d’intensité, que je sais n’en pas vouloir plus que je n’en suis voulue. Que je sais ne pas vouloir, par conséquent, être ensemble. Je ne suis pas séparatiste, écrivais-je déjà en 98, je ne veux pas créer de sociétés ; je suis séparée et c’est une donnée, un fait, pas un choix. Peut-être le savais-je déjà enfant, au milieu de la forêt, quand je ne rêvais que d’une vie où je pourrais fuir mes prétenduEs congénères.

Je me suis bien mal menée. Et laissée malmener, par une impitoyable conséquence.

Je me suis accrochée à la ridelle de la roulotte d’hamsterland, le petit cirque du cauchemar militant. Seule bien sûre mais emportée. Jusqu’à en crever ou presque, Jusqu’à me haïr. Jusqu'à me laisser utiliser aux plus basses oeuvres. Jusqu’à m’ignorer superbement. Jusqu’à me perdre enfin et en devenir folle, au sens clinique du terme, ce qui m’a fait fuir mon seul ermitage, détruire ma seule occasion de pouvoir vivre en émigrée dignement. Et j'ai honte aussi, car ce lieu eût pu être un radeau pour quelques autres étrangères à cette époque. J'ai ainsi ravagé non seulement ma vie mais un peu la leur, potentiellement. 


Comme si ce monde, ce temps, allaient laisser un choix, une autre chance. La bonne blague !


Il faudra donc touiller dans le fossé, pendant que défile la procession permanente.

 

Séparée. Comme le disait Jeanne Bloy, que je cite tant que je puis : « on n’est vraiment seulE que lorsqu’on est quittéE par le monde ». C’est quelque chose que l’on ne choisit que fort peu et qu’on porte, volens nolens, avec soi et à vie.

 

Séparée. Pas amalgamée, ni apariée, ni avariée, ni collectivée, ni isolée.

Retranchée.

 

Séparée. J’ai quand même fait ce que j’ai pu pour dire ce que pensais de la clownerie écrasante des relations et autres socialités. Mais l’assourdissement est tel, que je n’ai même plus su m’entendre moi-même, désorientée par le vacarme. « Tous ensemble », à deux, à trois, à mille et même seulEs, ce qui est un tour de force. Tous ensemble à réclamer – et moi-même avais fini par me mettre aussi à revendiquer.

 

Que je préfère le coassement des grenouilles !

 

Et zut ! Encore ratée la séparation. Et la vie qui est bientôt finie.

 

Prenez en de la graine, celles qui ne se sentent nulle part. Je fais l'épave pour signaler l'écueil.

Faut bien se sentir "utile" à quelque chose...

 

 


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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 10:39

Lien pour une interview de la mère Lalla (comment, vous connaissez pas Lalla ? Rrroooh mais vous êtes pas "in" vous). J'aime bien Lalla, elle a été toujours correcte avec moi, et des fois elle fait chier. Ce qui peut me plaire aussi, évidemment.

Après, ce qu'elle raconte dans l'interview, je vais dire, j'en suis souvent à mille lieues et en train d'essayer d'échapper à ce systême solaire. Toujours les mêmes sujets, les mêmes avis, les mêmes opinions. Une chose quand même, elle dit clairement, comme je crois l'avoir dit aussi, que LGBT c'est mort, puant et surtout mensonger (et transpédégouine aussi par conséquent, qui est la marque un peu plus reuch' de la chose, sur l'étalage, avec un autre emballage mais sorti de la même ligne de production).

 

http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/860-lalla-kowska-regnier-l-interview.html

 

Je ne dis donc même pas ce que je pense - dans la mesure où je pense encore - du magazine où ça paraît, qui est un des fleurons de la bonne presse actuelle et qui me fout la gerbe rien qu'à le feuilleter. Ni de celui qui fait l'interview.  Ma poche à fiel est crevée. J'ai été fort déprimée, d'ailleurs, hier, zonant au café-lecture de ma sous-préf', de voir sur une étagère une pile de Timult, un autre du même genre, et dont le feuilletage (on ne peut pas s'empêcher de se faire du mal) m'a bouffé le foie et un peu plus abêtie. On n'est plus en sécurité nulle part, ma bonne dame...

 

Décidément il n'y a plus d'autre alternative à une inadaptée chronique que de sortir de cette époque et de devenir contemplative. Encore en faut-il les moyens. La folie, autre "produit social" paraît-il, m'en a privée. Voie sans issue.

 

P

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 10:14

http://www.rue89.com/rue69/2010/10/12/luc-ferry-vous-etes-en-retard-dune-revolution-de-lamour-170646

 

Controverse, enfin assaut de certitudes empaillées, entre Luc Ferry (oui, Le Ferry, l'épouvantable, celui du "rappel à l'ordre") et un trouple "polyamoureux". Bref les représentants d'un aspect plus moderne, si on veut, de la religion relationnelle.

Ce qui est terrible, c'est que si Ferry est très, très bête, puant, sortant de vieilles vacheries de mec, ses contradicteurEs le sont au moins autant. Et qu'on se dit qu'à la fin, une fois que le bulldozer de l'éternel présent sera passé, c'est encore le Ferry qui va rester debout et narquois. Qui aura eu raison, au vieux sens de vaincre, d'écrabouiller.

 

C'est cela, le juste résultat de ce monde de concurrence, d'intelligence mécanique de la réussite. Les plus fortEs, celleux qui ont le mieux de réserve, qui sont le mieux assisEs, finissent fatalement par avoir raison des autres. Quelle que soit la stupidité, la méchanceté de leur position. Et sachant que prendre part au débat, c'est généralement déjà s'abêtir. Mais l'erreur, c'est de croire qu'autre chose que la victoire et la dévoration est en jeu. 

 

C'est ainsi aussi que nous avons péri dans l'alternative, qui a eu raison de pauvres folles comme moi, ou comme quelques autres que je ne  vais pas outer - mais à qui je pense très fort, mortes ou (sur)vivantes. Faibles et folles, nous nous sommes dressées quand même, au lieu de courir nous cacher, et nous sommes passées dessous.

 

Nous eûmes subi le même sort ailleurs. Avec peut-être un peu moins d'illusion.

 

La raison c'est la force. On n'a pas raison seule (ce ne serait ni drôle ni utile) ; on a raison d'autrui, avec tous les bénéfices de la dépouille consécutive. Directe ou indirecte, d'ailleurs, pour celleux qui ont les narines sensibles.

Ce n'est pas nouveau. Ni au hasard. Prédécoupé, le joli socle où les bonnes formes doivent s'insérer, et les mauvaises rebondir. Et tomber à terre.

 

Journal, 12 oct 10

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 10:05

La dégradation. En voilà un bon sujet ! (« Cache-toi, sujet », comme on se le proposait avec M il y a, oh, bien dix ans…). Dix ans durant lesquels la situation s’est considérablement dégradée, déjà. Elle en a fait des progrès. Au point que si déjà à l’époque il était difficile de distinguer sujet d’objet, c’est devenu à présent carrément suspect. 

 

Je me suis dégradée aussi, à vitesse croissante. Dégradation physique, morale, mentale et intellectuelle. Plus possible de penser quoi que soi ni de s’administrer raisonnablement.

Et les conséquences : dégradation personnelle et humaine. Je rejoins par le fait ce qui était déjà mon statut : semi-humaine.

Dégradation, amalgame. Ne plus avoir de distance disponible, et tout d’abord avec soi-même. Enfermement dans ce qu’on ne peut plus regarder. Identification totale. Et pas flatteuse.

Dégradation. Contrairement à la mutilation, principe intériorisé (hi hi !) qui afflige également tous les endroits, tous les organes, toute la vision. Et dont il est illusoire de penser, d’une part que quoi que ce soit en puisse être exempt, d’autre part que par quelque justice ou compensation il puisse rien sauver ou favoriser.

 

Dégradation. Ce qui effraie est sa vitesse, dans un monde d’intelligence vigilante et galopante, où il s’agit de ne rater aucun des virages ni des loopings du gymkhana. Alors, vous pensez, à contre sens…

 

Dans l'fossé !

 

Dégradation, la lèpre quoi. Mais voilà : plus de maladreries où l’on pouvait, du moins, « se raconter des histoires de lépreux ». Mobilisation pour un monde de plaisir ou rien ne doit se perdre. Ces endroits valent trop cher, sur le marché immobilier et relationnel actuel. Ils ont été rachetés par celleux qui avaient les moyens et en ont eu premiers le flair, pour s’en faire de confortables résidences secondaires.

 

La dégradation garde également son double sens, de désintégration, d’amoindrissement par émiettement, et de chute totale dans la hiérarchie. Cette chère hiérarchie qui nous suit partout comme notre ombre, et que nous nous sentirions à la fois désemparées et penaudes de désobliger. Chute dans. Tout au fond. Par hors, ce serait trop beau. Il n’y a pas de hors la hiérarchie. C’est une bonne vieille blague.

 

Et enfin, bien sûr, dégradation et folie. La dégradation mène-t’elle à la folie ou bien y est-elle conjointe ? En tous cas la folie est dégradante. Elle brise le vase, même quand on croyait l’y pouvoir tenir. Et comme je suis le vase, ben… J’aime autant vous dire que c’est pas drôle du tout. Et que celleux qui causent doctement de la « place de la folie » repasseront. C’est tout à fait sinistre de se rendre compte qu’on est mentalement malade, qu’on a des vers dans le citron. Depuis longtemps. Et qu’ils l’ont si bien mangé, le citron, qu’on s’en prend jusqu’à soi-même. On n’a pas envie d’y laisser la moindre place à ce concert de haines en tubes.

Plus que jamais en colère contre les « relativistes de la raison » et autres « alter ou antipsy ». La raison ne nous appartient pas, et c’est une chose horrible quand elle se retire.

Nous ne nous appartenons pas, c’est une vieille blague que j’avais déjà signalée dans les années 90. L’autopossession, bien sûr ! Pourquoi pas l’autoproduction aussi. Oh ben on s’y est jetéEs. Et les épaves commencent à flotter ici et là dans la zone industrieuse.

 

 

Dégradation, don quichottisme, déshumanisation, crise maniaque. Le joli chemin qui mène au cabanon ou à la concession provisoire.

Moi qui regardais narquoisement de côté les copines « bipolaires », comme on dit de nos jours, en me carrant bien large dans mon « unipolarité » teigneuse mais autonome, je suis bien punie.

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 10:42

 

…ne te protègera pas »

 

air connu

 

Ta parole non plus.

 

Bonne nuit !

 

 

 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 16:08

Ce qui me fait peur et me désespère d’avance dans le devenir probable de la noyade morale du constructivisme actuel, c’est la contre-vague qui nous est évidemment promise, dont les prodromes ont déjà d’ailleurs commencé à sourdre, et qui bien évidemment est tout aussi stupide, quand ce n’est pas plus, et fréquemment très malveillante, pour ne pas dire puante.

Comment s’en étonner dans un présent monocorde, monolithique, où tout le monde court allègrement après les mêmes valeurs, les mêmes prétentions, dans une concurrence effrénée à leur réalisation (et bien sûr aussi à l’engrangement des profits que l’on en peut espérer) ?

Ben en tous cas ça fait froid dans le dos.

 

Je suis même pas sûre que je pense d’abord aux copieux pensums genre « Oser le féminisme » et autres Chiennes de garde. Ni aux décourageantes immondices républicaines, légalistes, masculinistes ou chauvines, etc. C’est du présent déjà passé qui s’agrippe. Non, je songe à une contre-vague beaucoup plus profonde, émotionnellement et idéologiquement ancrée, qui se présentera, une fois de plus, avec la force d’une évidence. La question n’est même pas de savoir pour moi si elle nous « ramènera ou pas » vers d’anciens rivages. Ce dont je suis sûre, d’ores et déjà, c’est qu’elle évitera les mêmes questions, et sanctuarisera les mêmes affirmations.

 

C’est quasiment, comment dire, mécanique, comme est mécanique la pensée progressiste, dont la foi est un lubrifiant. Je regardais ce matin l’annonce d’un énième colloque sur les « critiques de la domination », fait et assemblé de tous les mots magiques et poncifs répétés, aussi usés que nous, qui têtardent dans cet aquarium. Je vois la réalité des choses mise en coupe réglée pour entrer dans les moulins à parole – cette fameuse parole qui crée le monde. Mais j’imagine déjà la revanche, et elle va pas être belle.

 

Elle aura le même visage expropriateur, rien ne pourra être un fait, un acte ou une personne, non plus que dans le constructivisme présent. Tout sera une fois de plus fonction. Peut-être même inventera-t’on des manières encore plus efficaces pour fonctionnaliser tout ce qui ferait mine d’exister. De rentabiliser quoi.

 

J’ai écrit et dit bien des fois que je croyais qu’on ne pourrait se sortir de cette impasse encore plus élastique qu’une capote qu’en acceptant de revenir en arrière, de lâcher des acquis qui sont des daubes. Certes. Mais ce que je vois de plus en plus c’est que ça ne suffira pas, et surtout que ce qu’il faut lâcher comme acquis c’est tout d’abord une attitude générale qui perdure. Pas telle ou telle définition, mais notre révérence platventresque aux définitions agissantes.

 

Ce qui me fait peur, c’est qu’on ne sorte jamais de cette posture.

 

Dans laquelle on continuera juste à s’enfoncer, à s’amalgamer et à suriner les malcontentes au fond d’un cul de sac.  

 

 

LPM, de plus en plus émigrée dans ce monde, et qui est tout aussi effrayée évidemment de l'amorale brutalité générale qui sévit à peu près partout et à tous les étages. 

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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 18:12

Ce titre a été mille fois utilisé, et ce pour la profonde raison que les choses se répètent, même quand on a répété mille fois qu’elles étaient insupportables.

 

Ce qui est insupportable, avec nos amies, c’est qu’elles nous sont toutes dévouées. Indécollables. Et que bien entendu, en échange – puisque l’échange est un des grands truismes de ces dernières décennies – nous leur appartenons. Dans le sens précis où nous faisons, de gré ou de force, dès lors, partie de leur territoire, ce qu’on appelle aujourd’hui l’identité.

Ah l'échange, encore un des ces petits mensonges que j'irai clouer quelque jour sur les murs de je ne sais quelle église idéologique. L'échange est bien sûr obligatoire, chez nous. C'est une annexe du fameux privé qui est politique, vous savez ; ce qui donne latitude à n'importe quelle personne qui est plus forte et existante que vous  (qu'on appelle fréquemment plus légitime en novlangue) de vous en priver, justement, pour en faire sa politique. Et en nourrir ses petites affaires.

 

Nos amies sont ici les bio transphiles, on l’aura deviné.

 

Je dis nos amies. Il est vrai que de nos jours, et surtout chez les militantes, on dit plus sobrement mais aussi malignement nos copines. L’amitié est une vieille, antique notion dont on subodore qu’elle pourrait entraîner des effets néfastes pour le bonheur de l’humanité. Le don sans condition par exemple, sans pedigree renouvelé tous les jours qui certifie que l’on fait partie des personnes socialement fréquentables.

Tandis que copine, c’est comme camarade dans les vieux partis, en plus conditionnel encore. Ne pas oublier que le monde se recrée à chaque seconde. Voire qu'il y a, comme on dit, autant de réalité que d'identités ou de statuts sociaux. Et que ce serait parfaitement réactionnaire d’exiger une suite là dedans basée sur autre chose que la trique de la dès lors inévitable terreur sociale. Ou de soupçonner qu'il pourrait être excessif et injuste d'aider à couper la branche à laquelle se raccroche la personne que vous êtes en train d'exploiter, dans le même moment. 

 

Ce qui est terrible, c’est que nous en arrivons à nous traiter nous-même en copines. Á nous surveiller et à nous envahir, ce qui est, comme je le dis toujours, une véritable performance. Je ne sais pas si cela relève de la schizophrénie ou plus prosaïquement de la bêtise à coloration idéologique. Mais ça fait des ravages. 

 

Le fait divers qui m’inspirait ce billet vient d’une discussion sur une liste mail expirante, d’un groupe lui-même a peu près crevé, mais qui comme dans bien des cas cherche à se régénérer. J’espère qu’il y arrivera. Là n’est pas la question. Mais voilà, ce groupe est de constitution féminine, et voilà qu’un M apparaît. Ce M est trans mais personne ne le sait, à l'exception de peu de gentes. Une personne du groupe demande sur la liste si quelqu’une comprend cette présence. Je lui réponds en mail privé que cette personne, que je connais, est ftm. Et accessoirement sympathique. Je ne pense pas nécessaire que toute l’ancienne liste soit au courant d’emblée de l’identité de genre, puisqu’il faut dire comme ça maintenant, de cette personne. Et en fait, je note juste que la question ne s’était jamais posé jusque là pour ce groupe. Ce qui veut dire qu’elle se pose désormais, mais sans préjuger.

 

Ce mail n’apparaît donc pas sur la liste, comme désiré. J’avoue que c’était aussi un test. Pas plus de deux heures après, la transphile bio de service, comme il y en a deux ou trois sur la dite liste, se précipite sur son clavier et informe généreusement toute le monde, et avec fierté de penser être la seule ou la première à le claironner, que la personne mystérieuse est ftm. Elle ne nous laisse par ailleurs pas un instant le droit d’ignorer que de « vraies féministes » ne devraient même pas se poser de question mais, le doigt sur la couture du battle dress, inclure la personne sans retard. Tout n'est-il d'ailleurs pas connu, archiconnu, et inscrit dans les Textes ? Toute réflexion serait de l'apostasie pure et simple. 

Je ne préjuge donc, pour ma part, pas un instant là-dessus, étant moi-même trans, et sachant combien les fameuses "non-mixités inclusives", à commencer par bio/trans, se sont révélées daubesques et promotrices de violences.

Mais déjà, donc, le vieux principe d’une relative discrétion rapport justement au "statut de genre" des gentes, et de peut-être attendre un peu que l’on parle entre personnes, fut-ce par mail, eh bien tout ça saute. C’est que pupuce ne veut pas non plus que l’on ignore un instant qu’elle est une grande féministe, qui détient réponse à toutes les questions d’inclusion et d’exclusion, et même serait indignée que tout cela ne soit ni mathématique ni automatique. D'ailleurs, je sais que la même personne bio agiterait vigoureusement la tête de haut en bas si on évoquait devant elle le principe de relative discrétion sur l'identité de genre, dont je parlais. Ce petit monde est un fouillis de contradictions et de foutages de gueule, faut bien le dire. Et je ne suis pas en reste à ce sujet, je le confesse bien humblement.

 

Je rajoute avec un malin plaisir que cette amie des trans en est surtout une affable consommatrice, à tous les niveaux. Comme pas mal de ses consœurs transphiles, elle ne saurait vivre sans s’adjuger répétitivement parole, présence, action pour et sur les trans.

 

Comme je l’ai dit, semblable à tant d’autres. Le milieu, ses idéologies, ses valeurs et ses comportements ont fait éclore cette obsession, cette fascination des trans, par des personnes qui évitent volontiers de vivre ce qu’ellils vivent, pasque c’est quand même plus tranquille d’être bio. Mais bon dieu s’arrangent pour ne jamais en manquer. Jusqu’à l’abus, inclusivement.

 

J’ai été encore aujourd’hui attaquée dans la rue, en plein marché. Pugilat. Beuglements. J’ai expliqué récemment que ces soudaines attaques, que je n’avait jamais vécues depuis ma transition, sont causées par la dégradation de mon apparence physique, due elle-même à l’abandon et aux violences subie de la part et dans le cadre du milieu féministe et tpdg ; et singulièrement des copines transphiles. Dont, ô étonnement, la dite agréable personne si prévenante. 

 

Le monde est vraiment petit. En taille comme en diversité de conséquences. Et rempli d’amies. Quand est-ce qu’on crève la panse de ce monde ?

 

 

Plume

 

 

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:31

"BrivadoisE" : adjectif qui désigne ce qui relève de ou concerne la petite cité et sous-préfecture de Brioude, en Haute-Loire, et ses environs.

 

 

C’est marrant, je ne me résous à faire cette première « chronique Brivadoise » qu’au moment où, mise à la rue, je ne sais pas du tout si je vais pouvoir rester ici – ni où que ce soit d’ailleurs.

C’est fatigant, l’ironie de la survie.

Bon, il est vrai qu’elle ne sera que modérément Brivadoise.

 

 

Hier donc je me descends au café-lecture, déjà mentionné quelques fois sur ce blog, en passant. Endroit froid et sympathique, beh oui, de nos jours la sympathie c’est déjà de ne pas se voir agressée. C’est déjà un acquis énorme. Bref à l’intérieur de cet endroit on ne m’agresse pas. On est polie (j’insiste sur le e ; ce café a aussi ceci d’agréable qu’on y est fréquemment une grosse majorité de nanas ; je suis évidemment la seule trans. Probablement la seule de l’arrondissement, depuis le suicide ou l’assassinat de la folle de Paulhaguet il y a vingt ans, laquelle d’ailleurs était plutôt pédé). On compatit vaguement. On s’ingère même d’avancer des espèces de conseils des fois. Bon. Je bois non pas du petit lait, mais de la bière de Haute-Loire, très peu convaincante. Je préférais la Meteor ou l’Efes, je confesse.

Je converse sommairement avec des nanas, que je connais sans connaître depuis des années, comme un peu tout le monde ici (je suis surtout connue, vous vous en doutez). Nous nous trouvons, comme écrivait à peu près mon vieux maître, et en ce moment du moins, sur les rives opposées de l’existence.

Mais ce n'en est pas moins un des endroits qui m'aide à survivre ces jours-ci.

 

Á un moment j’avise, dans la bibliothèque derrière moi (ben oui, c’est un café lecture donc achalandé en livres disparates) un vieux numéro d’Esprit. Un numéro de 80. Période où cette revue, apparemment, se droitifiait quelque peu et se ramollissait mentalement, avec un courrier des lecteurs bien digne de notre époque... Je sais pas ce qu’elle est devenue depuis.

De notre époque… Dès les premières lignes, je suis effectivement submergée de phrases et d’idées qui m’inspirent que nous n’avons pas changé du tout d’époque depuis ce virage du début des eighties, qu’Esprit subodorait comme un cochon périgourdin la truffe, en tapant sur les socialos avec trois ans d’avance. Et en noyant son personnalisme subsistant dans le culte du fait et de l’efficacité. Trente ans. Trente ans qui n’ont servi à rien, je trouve. Enfin ça dépend à qui, bien entendu. Glissade vide et encombrée, d’idées, de profits et de peurs.

Cette revue s’ouvrait évidemment sur l’invasion de l’Afghanistan, et sur le scandale comme le contre-scandale. Le clown Chomsky y proclame que tout scrupule fait le lit des méchants impérialistes. Il ne dit pas autre chose aujourd’hui. Il mourra avec ça sur les lèvres. Ce qui est bien, avec ce genre de formules à vocation universelles, et alors que ce sont aujourd’hui les méchants impérialistes qui sont en Afghanistan, en concurrence avec d’autres gentes aussi peu sympathiques, eh ben c’est qu’elles trouvent toujours leur application. Sans préjudice de leur vérité ou fausseté. De nos jours, les assauts de bêtise se concentrent sur d’autres prétendus « contre-pouvoirs ». Mais le libellé est toujours aussi ferme.

 

Mais quand même, se retrouver trente ans après avec les mêmes pitres, les mêmes affirmations définitives, un égorgement général renforcé et trois gadgets pour en être encore plus vite au courant… Comme une Monarchie de Juillet qui n’en finirait pas, traversée juste de l’apparition du chemin de fer.

On a le sentiment d’avoir vécu pour rien, surtout quand on a eu une vie humainement vide. Et on songe à la mort.

 

Justement, dans le même numéro, infiniment plus intéressante que les controverses sur l’Afghanistan et qui sont les bons et les méchants, une lettre, une des rares lettres qui ne puent pas déjà le néo-poujadisme et la culture de la sécurité. Un type raconte que dans son immeuble, deux vieillards, un couple hétéro, se sont pendus. Et que le concierge s’est empressé de venir lui proposer de reprendre leur apparte.

Il ne faut rien laisser perdre !

 

Et notre écrivant de s’interroger, justement, sur le suicide. Sur le suicide des vieux. Ou des gentes qui ne sont pas loin de l’être.

Je ne comprends rien aux statistiques, c’est une science dont je me méfie d’ailleurs, sur son principe même, cet outil qui crée un monde. Mais le peu que je perçois m’indique qu’aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, le taux relatif de suicide est très important chez les « personnes âgées » (comme si les moins de x années n’avaient pas d’âge). Je ne sais pas s’il est supérieur à telle ou telle autre « tranche », comme on dit aussi. Je m’en fiche. Marre de ces hiérarchies que nous prisons tant, où on n’est considéréE que si on peut aligner à un moment le summum de quelque chose, être la classe championne de quoi que ce soit. Et faire disparaître instantanément tout le reste, jusqu’à nouvelle compétition.

Les vieilles et les vieux se tuent beaucoup.

 

On parle énormément, par exemple dans la littérature LGBT, du « suicide des jeunes », surtout pas hétéros, mais hétéros aussi. On leur consacre structures et refuges. Études et consorts. J’ignore si ça leur profite. Mais on en cause. Et si ça ne leur profite pas ça doit être en tous cas une des sources annexes de profit pour les sociologues bien intentionnéEs du temps présent.

C’est vrai que les jeunes, c’est l’avenir. Je m’excuse mais quand on parle de choses aussi courues on est obligée de faire dans le truisme et la bêtise la plus crasse, les assemblages automatiques de mots les plus répétés. Pas moyen d’y échapper. Donc là vous allez en avoir une bonne coulée. Sorrie !

Les jeunes, en plus, c’est apétissant. C’est pas mes collègues lesb bio ou trans, quadras et quinquas sur le retour, qui courent après la chair fraîche mais aussi l’approbation politique et sociale, qui vont me contredire ! Toute leur énergie passe à se grimer en jeunes, à adopter les modes de pensée jeunes, à s’entourer de jeunes et à se taper des jeunes, ce qui est évidemment la but de la vie chez des gentes bien équilibrées et conscientes de leurs intérêts.

Juste une moyen vieille de temps en temps pour la diversité. Et s’accrocher une « identité sexuelle » de plus à la jarretière.

 

Les vieilles, les vieux, c’est moche, ça pue, c’est quelquefois triste, ça rappelle que la vie n’est pas éternelle et que sur la fin on se décompose toutes vives. C’est très bien que ça crève de manière invisible, si possible dans des mouroirs. Seule exception, quand on a un bon niveau socioculturel, comme on dit. Et encore, c’est tout à fait arbitraire. Pour une peintre lesbienne qui est morte l’autre jour chez elle dans les bras de sa dernière amante, combien sous le train, avec des médocs ou en hosto ? Lesbiennes, pédés ou hétéros ou rien du tout. Vieux.

 

J’ai bien conscience de répéter ici ce qui a déjà été dit trois mille fois. Mais bon, je suis toujours féministe, que ça vous plaise ou non, et une des choses que j’y ai appris, dans le féminisme, c’est qu’il faut s’accrocher, répéter sans cesse, affirmer les saloperies et iniquités qui se perpétuent elles-mêmes indéfiniment. Sisyphe.

 

Et voilà. Hier je songeais à cela, et encore à ce déjà ancien article d’Hélène Hazéra sur vieillir quand on est trans, et ni Bambi ni Coccinelle. Et je me demande, qui, sur Têtu ou Yagg ou toutes ces citadelles du bon goût lgbt, émet l’idée que les ancienNEs ont aussi souvent besoin de refuges. Les vieilles trans, les vieilles gouines, hein ?

Quelques unes s’en occupent elles-mêmes, mais la plupart succombent dans la solitude et la pauvreté ; sans parler de la haine et du dégoût universels.

 

Ouais.

 

Puis je suis sortie dans la rue et j’ai expérimenté ce que je vous disais l’autre jour sur la défiguration consécutive au massacre social par les personnes bien. J’ai été agressée pour la première fois à Brioude. Pour la première fois depuis sept ans. Tellement ma tronche est défaite.


Merci les copines !

 

 

Plume

 

 

 

 

 

 

 

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 07:37

Cet article est très, très mal écrit. Je sais. Il essaie juste de causer de ce que je perçois, et quelques autres je crois aussi, comme une virilisation du monde et des gentes par ressemelage consensuel et émpressé avec tout ce qui fait la panoplie des poupées-mec.

Très mal écrit pasque je n'ai plus guère de tête, comme expliqué récemment, et que je suis désormais à la rue, moralement et matériellement.

 

 

Il y a quelques mois, alors que j’étais encore en ville et rasais les murs, mon regard avait été attiré dans la rue par des affiches ou de des placards publicitaire qui présentaient des personnages faisant un peu « ftm de rêve ». Masculins mais lisses, visiblement calmes, gentils et serviables. Trop. Alors, j’ai complètement oublié leurs noms, mais je me rappelle très bien qu’il s’agissait d’une part de ce que je crois être un personnage de jeu électronique (mais non, pas Super Mario, bande de… ; je suis vieille mais je sais faire la différence !). Et plus tard du héros d’un film, qui semblait être une espèce de semi-robot interplanétaire. Là aussi j’en ai oublié le nom. Actifs mais pas crispés.

J’avoue, ça me paraissait le signe d’un infléchissement des idéaux masculins. Oh, je ne m’en réjouissais pas pour autant. Vu que c’était vers une virilité « acceptable » qui, sait-on jamais, aurait été rejoindre par une lente convergence celle qui est, depuis quelques années, suggérée dans les milieux féministes et transpédégouines. Où, quoi qu’on en dise, il vaut mieux être « neutre » et grisounet que fem. Ca fait plus naturel, moins socialement construit.

« Chassez le naturel, il revient au galop »… « Quelle sacrée revanche », comme chantait – prémonitoirement ? – OTH y a quelque chose comme vingt cinq ans.

(Beh ouais, j’ai décidé de ramener mes vieux disques, ceux que je n’ai plus mais qui sont encore dans mon hippocampe – et je tire mon chapeau à ma vieille amie A., qui s’ingère désormais, au volant, d’abreuver la rue de vieux crooners, en protestation contre le présent !).

Et au risque d’être encore une fois désagréable, je préfère être une fem visible à cinquante pas et qui se souvient d’OTH, obstinément à contre-sens sur l'autoroute de cette époque sinistre, une murène qui remonte le courant quoi, qu’unE des innombrables clones andros à petit bout de tissu fuschia sur battle dress, branchéE en boucle sur Revengers pour que nulLE, à commencer par ellui-même, ne puisse douter un instant qu'ellil est tout de même féministe commyfaut. Oï !

 

Nous dévalons vers un chaudron d'uniformité inquiète, tout au long du toboggan d'un temps qui ne tolère plus la moindre faiblesse, et encore moins le manque assumé. Ah certes c'est séduisant, même votre petite murène a pu, il y a longtemps, en être attirée de cette gynie honteuse d'elle-même, très andro. Mais pourquoi, hein, cela séduit-il ? N'est-ce pas parce que nous savons très bien que la puissance, réelle ou imagée, est allée s'y installer, et que c'est ça qui nous fait triper. Coming to power, comme revendiquait la mère Allison. Eh ben non merci, quand je vois le monde que ça donne ! Et à commencer par comment ça se passe dans le milieu, parmi les "gentes responsables"... Cynisme et malveillance sortent de toutes les bouches d'égoût, en attendant la violence pure. Classe ! Comme ça on ressemble de plus en plus, à notre manière, à ce pays de m... tout entier, où la peur, la haine et l'union qui fait la force se déchaînent présentement. Beurk, comme dirait Elly.


Mais bon d..., c'est y qu'on est bête, ou qu'on est méchantes ? Ou bien y a-t'il autre chose, contre laquelle nous serions impuissantes, mais sans vouloir le reconnaître ? - puisque être impuissantes c'est pas bien, c'est contre-productif...

Et pourtant nous étions des personnes plutôt sympathiques, capables de mouvements excellents. Peut-être même de changer des choses, comme on dit. Alors pourquoi glissons nous dans cette débâcle politico-morale ?

 

Pasque, ça, c’est un des monstres lacustres du marigot alterno et néo-féministe, de ces sujets qu’on aborde entre personnes sûres et un peu à portes fermées : la glissade toujours plus accentuée vers les valeurs, images, voire comportements masculins – mais attention, « masculins émasculés ». Enfin, émasculés, qu’on y croit… La fameuse réappropriation, vous savez – celle dont je dis depuis un moment que c’est une blague très périlleuse. Pasqu’on s’imagine benoîtement que les chauses, les signes, les actes, les comportements même, ça se démémbre facilement, ça se choisit au détail, puisqu’on a tout déconstruit !

Je n’y crois pas un instant, et je pense au contraire qu’on est une fois de plus dans l’arnaque et l’avalement par ce qui s’obstine à être le positif et la valorisé dans une société… de valeur, justement. Et qu’on ne renverse pas la valeur, le « fonctionnement valeur », à volonté. Surtout si on ne s’attaque pas à la valorisation elle-même. Mais bon…

Que ce soit un mouvement tout à fait général, de tout ce présent, majoritaire ou alternatif, vers l’utilitaire, l’efficace, l’opportun, le cynique, le culte de la force (aisément tortillé par quelques sophismes du genre « la violence contre les dominants n’en est pas vraiment ») – eh bien ça ne semble pas poser problème à grand’monde. Pourtant, j’entends de plus en plus se lamenter des conséquences… Faudrait savoir.

Mais voilà : le nouvel essentialisme légitimiste enseigne que le statut est tout ce qui serait « signifiant », et que ce qui est alors vu comme ses « éléments » n’est qu’outils. Qui ne porteraient rien en eux-même, puisque tout est dévolu à ce qu’on est. Bref, qu’il suffit de ne pas être un mec bio blanc et bourge (je schématise, mais à peine, vu ce que je vois écrit sur divers tracts récents) pour devenir une personne classe ; mais qu’on peut et même qu’on doit récupérer une grande part de ce qui constitue la panoplie habituelle du personnage. Se les « réapproprier », encore une fois (je martèle).

Ben, non, je pense que tout cela est une daube. Et que ce qui fait, par exemple et au hasard, le patriarcat, ce sont des actes, et non une figure. Et que ces actes, ces éléments, avalent et incorporent n’importe qui à cette dynamique.

Encore une fois, c’est la revanche de ce qui prime toujours sur le désir : le réel. Ce qui se passe, quoi.

Et je suis épouvantée à l’idée qu’on se mette toutes à se comporter… « comme des mecs », peut être, mais surtout comme des crapules ! Fems comprises, évidemment, parce que je ne crois plus un instant que l'habit ni même l'habitus ne font la moniale !

 

Or patatras. Un article du Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/20/les-nouveaux-super-heros-sont-des-super-machos_1400838_3224.html) m’affirme que, bien loin de jouer la carte de la « dévirilisation du masculin », l’industrie de l’audiovisuel promeut massivement et à la demande comme à l’allégresse générales des « modèles » parfaitement ignobles. Virils au possibles, cyniques, immoraux, imprévisibles, violents. Positifs, affirmatifs, conquérants. Et aussi, surtout peut-être, indifférents au mal. M6 partout, quoi.

Mais voilà, ce sont des modèles qu’on retrouve également à très grande distance de M6… Chez des gentes plutôt sympathiques, et je dis ça sans ironie. Bon, cyniques, éventuellement imprévisibles pour surprendre l’ennemi… ça j’aurais tort de m’en étonner puisque ce sont là des évidences comportementales contemporaines. Très partagées, sauf par des loosereuses, quoi. Celleux qui pourraient pas, en gros.

Utilitaires. Pour faire « avancer le monde » et promouvoir un « point de vue politique », c’est comme pour faire triompher le bien et le profit, il ne faut pas faire dans le sentiment, ni donc par conséquent être des femmelettes.

Mais voilà, en plus y sont violents envers celleux qu’y faudrait pas, abusifs, ouvertement infects. Et l’auteur de l’article de s’inquiéter de l’effet sur les jeunes garçons. Eh eh.

Je n’ai aucune raison de penser qu’il s’agit là du fruit d’un ténébreux complot de masculinistes québecois qui écoutent « mon fils ma bataille » en boucle sur leur mp3. Si ç’a tant de vogue, c’est que la représentation de ces attitudes et comportements fait triper, rêver, et beaucoup de monde. Des mecs d’abord, sans aucun doute – mais pas que. Hégémonie du désir, hégémonie de ce qui est désiré.

 

Bref, une fois de plus pétition générale pour adopter les modes de comportement et d’identité valorisés, c'est-à-dire, platement, masculins – gagnants, producteurs de plaisir à tout prix.

Et cependant aterrement devant les conséquences. Ce qui en ressort sans cesse. Ces fameuses conséquences dont personne ne veut, contre lesquelles on édifie les digues les plus redoutables – et toujours inutilement. La source en est à l’intérieur de (presque ?) chacune d’entre nous. Ça doit être ça l’intégration.

 

Intégration j’en sais rien. Incarnation plutôt, les idéaux s’incarnent, vieille rengaine. Mais quelle sacrée revanche pour… pour quoi au fait ? Puisqu’on revient à l’affaire agitée plus haut : sacrée revanche pour la masculinité, simplement, ou bien pour tout ce qui en a fait et en fera le terreau, et que semble-t’il toutes les gentes soucieuses d’exister se disputent avec rage ?! Et pour le monde qui en renaîtra opiniâtrement, comme le phénix ? Ou plutôt comme une très sale blague.

 

Mais perdre ou lâcher pour en sortir, qui voudrait tenter cette martingale ?

 

LPM

 

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 08:28

Je savais déjà ce que représente être envahie dans sa tête, rendue cinglée par la déconstruction de la réalité, expulsée de ce qu’on est par le libre-marché des identités. Expropriée de sa vie par celles qui en voudraient bien deux ou trois.

Mais hier j’ai découvert qu’on pouvait aussi en être défigurée.

 

La sécurité sociale s’évertue à achever l’attribution de nouvelles « cartes vitale » arborant nos trombinettes, histoire, hein que personne ne puisse aller se faire soigner sur le compte d’une autre ! Qu'on puisse surtout pas s'entraider. Ça aussi c’est une des conséquences du règne du care que nous annoncent les Joly (une juge-présidente, génial, j’en ai déjà parlé je crois). La portion la plus congrue pour toutes les égrotantes, qu’aucune ne soutire une cuillerée de trop, et encore moins y prétende, vu comme le bouillon va être restreint. On ne parle évidemment ici que pour la piétaille, qui n’a pas accès au marché noir ; là où les valeurs mises en circulation relèvent de la puissante évidence et non plus du calcul... Passons, on y reviendra, je vous le promets.

 

Je reçois donc un courrier comminatoire m’annonçant que de toute façon ma vieille carte est invalidée, encore plus que moi-même, cent pour cent. Et qu’il me faut envoyer une photographie, prise selon toutes les règles en vigueur, pour en obtenir une autre. Docile comme une petite murène sous hormones et xanax, je m’exécute. Et m'achemine à cette fin jusqu'à la mini galerie commerciale du Champion de ma sous-préf’ (désormais c’est Carouf market, mais pendant deux générations tout le monde l’appellera Champion encore).

 

Déjà, désarroi total devant la machine et son fonctionnement. Je finis par appeler à l’aide une employée, je ne comprends rien.

 

On finit enfin par avoir les photos demandées, et là – okay, je vois en un instant ce que mes yeux et le miroir ne peuvent pas, ou plutôt n’osent pas me dire. Le produit fini d’années d'abus et de maltraitance, de la perte du "réseau social" après la rupture, de calomnies opportunes, d’excommunication et relégation de tout mon milieu, enfin du logement même qui saute. Le résultat de dix-huit mois de démolition tranquille et sans souci, qui n’ont donné mal à la tête à personne. Le résultat de ce qu'on lit dans des tas d'excellentes brochures pour bonnes têtes bien faites. Et qui regardent toutes dans la bonne direction, comme sur les affiches révolutionnaires. 

 

Je ne reconnais pas immédiatement l’espèce de trav’ aux traits défaits, tirés, qui fixe l’objectif désespérément. Il y a bien dix ans qui sont passés par là, et même autre chose que du temps accéléré. Une désintégration. La promesse de la folie à courte échéance, qui toque visiblement au soupirail. Ah ça va rigoler, à Rennes, au centre des cartes vitale, avec cette tronche, le 1, etc etc. 

Je songe à ce qu’Hélène Hazéra écrivait du vieillissement, de la destruction de nos physiques et de nos visages, par la maladie, mais aussi par les violences. Je ne pensais pas, j’avoue, l’expérimenter si tôt.

Ces têtes défaites qui fascinent les enfants dans les magasins et attirent l’agression dans la rue.

Je songe aussi à ce que m’écrivait l’autre jour, après dix mois de silence, une lointaine connaissance, elle aussi plus qu’isolée. Qui vient de vivre l’enfer, ou quelque chose d’approchant, si je comprends bien, et commente sobrement « c’est mauvais pour l’espérance de vie ».

Je la crois.

 

Notre magnifique fonctionnement de cannibales efficaces et utilitaristes consomme donc même les visages. Encore une fois, ne rien laisser perdre. Liposuccion sociale, yeah ! Il y a sûrement une correspondance qui fait que les pommettes d’une autre sont rembourrées de ce que les miennes ont perdu. Ou sinon, le visage du mouvement, tout simplement, délivré d’une verrue.

Mais une chose me paraît certaine ; ainsi que je l'ai dit de l'économie de la honte, par exemple : Notre défiguration, à quelques unes, sert la figuration générale.

 

 

Plume

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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