Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 08:21

 

Pfouh – tiens, encore le monde du care qui fait des siennes. Décidément, si jamais je sors de la galère que m’ont galamment offerte mes petites camarades pour mes quarante-cinq ans, il faudra que je le torche, cet article sur le monde rêvé des caristes.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/en-allemagne-ouverture-du-proces-d-une-chanteuse-accusee-d-avoir-transmis-le-virus-du-sida_1399521_3224.html

 

Adoncques voilà, encore une méchante criminelle bien opportune. A baisé, ça c’est un truisme pasque si on baise pas on vit pas, a contaminé, a pas dit, allez hop, correctionnelle et demain probablement assises, tiens. C’est qu’il faut contenter touTEs les braves gentes qui halètent après le moulinage de celleux qui leur permettent de sous-traiter leur saloperie. Encore ce délicieux mariage entre le monde du plaisir obligatoire, injoncté, et la nécessaire trique, ici judiciarisée, pour taper sur les baveuses terrorisées. Cela me fait fichtrement penser bien sûr à la chasse aux infanticides. Tiens, d’ailleurs j’apprenais par les même journaux il y a peu qu’une nana hollandaise qui avait savamment estourbi quatre aliens successifs a été dénoncée par un voisin soupçonneux.

Nous entrons dans un monde magnifique. Comme je l’avais déjà écrit, nous avons fait de grands progrès sur les années 70. Á l’époque, on pensait encore qu’il fallait des flics derrière les femmes enceintes. Á présent, le moindre citoyen suffit. Rentrez les ventres ! Et n’oubliez pas de photocopier vos résultas de dépistage.

 

Bon. Je ne puis m’empêcher non plus de songer, en regardant tous azimuts, à cette sobre définition que donnait déjà un pape de la pantalonnade antimoderne il y a près de vingt ans. Vingt ans… Comme ils ont passé vite et comme cette glissade a été vide…

Il remarquait donc que le grand effort, dans notre époque, pour « vivre mieux », consistait à réclamer à grands cris d’être protégéEs, ou à nous prémunir – version DIY - contre les conséquences inévitables de ce que nous soutenons, pratiquons et adulons à grande échelle. Toujours plus mais pas les sales côtés.

Ce qui inclus évidemment, dans notre grande soif de « justice », de trouver des gentes à qui faire payer ces foutues conséquences qui arrivent toujours à passer par-dessus les murailles dont nous nous entourons. Et dont il faut bien des coupables, sans quoi on risquerait de devoir examiner ce qu’on désire et ce qu’on craint ! Á la déesse ne plaise ! Du gouvernement aux alternos, on n’a guère d’autre souci désormais. Tant qu’y a à qui réclamer, tout va bien. On changera pas d’un poil.

 

C’est à quoi je songeais l’autre jour quand, dans un hall populeux, un brave garçon vint me démarcher pour je ne sais plus quelle enquête d’Act Up sur les trans. Je le congédiai vite fait, sans prendre le temps de lui expliquer le pourquoi de mon aversion, récente, envers la conception de base de cette assoce, la « réduction des risques » dont je fus des années une très correcte supporter. C’est qu’une fois de plus on essaie de faire durer à toute force un mode de vie, de relations, de valorisation et j’en passe qui porte en lui des désastres (vous remarquerez que je ne dis pas des nuisances). Et que j’en ai marre des farces copiées-collées du développement durable. D’ailleurs je songe beaucoup plus, quand je parle des conséquences, à tout l’édifice social arquebouté sur la relationnite forcenée, et la violence générale qui en sourd tout autant que du capitalisme, qu’aux questions de santé à proprement parler. C’est pas moi qui irai embêter les « acteurices de Rdr », comme on dit en novlangue, et je me trouverai même souvent à leurs côtés « sur le terrain », mais la pensée qui sous-tend l’affaire m’a définitivement déçue. Elles veulent s’enfoncer toujours plus profond dans le monde présent. Quant à bibiche, j’y étouffe.

 

Act Up prend position contre la criminalisation de la contagion. Ben encore heureux. Mais désormais je ne suis plus d’accord du tout sur le pourquoi. Elleux disent que c’est « contre-productif », ce qui en dit long sur leur vision du monde. Produire. Hier c’étaient des mômes, aujourd’hui c’est du plaisir valorisable et la reconnaissance sociale qui en pendouille. Et accessoirement de la santé, qu’on extrait je ne sais comment du magma « intensitaire ». Mais la logique est intacte. C’est la bonne vieille logique qui fournit une grande partie de la structure de ce qu’on appelle le patriarcat. Et la pétition de l’extension indéfinie de son fonctionnement à touTEs. Histoire que ce ne soit plus un privilège. Merci bien. Il y aura de toute manière toujours des étrangèrEs à cette logique d’accumulation. Qu’en ferez-vous ? Ne sauvera-t’on que les déclarées utiles ?

 

Pour ma part, n’étant plus ni politique ni économique, et donc pas utilitariste, je dis simplement que c’est infâme, inique et hypocrite de poursuivre cette nana. Et les autres. Et stupide de penser en de pareils termes. Que toute la machine judiciaire et « réparatrice » est une arnaque meurtrière.

Mais ce genre de réaction, qui confine à quelque chose d’aussi inquiétant et risqué que l’usage du sens commun ou du jugement personnel, doit paraître singulièrement régressif aux constructivistes. Pas de catégories, pas de dominantEs à débusquer ou de privilèges à débusquer. Un jugement moral. Sec. Voilà qui ne va pas rapporter grand’chose à la clique.

C’est peut-être pour cela que ce genre de jugement est considéré comme pauvre. Ce qui est indiscutablement, dans les sociétés et les milieux où nous tentons de vivre, un des plus incurables stigmates. Il ne rapporte rien, ni directement ni indirectement. Et il ne rassure guère. Alors que les explications bien cadrées, prospectives, avec déjà inclus leur polichinelle d’amélioration sociale dans le tiroir, ah ça elles rapportent. Et elles confortent.

Enfin, cela mène comme par la main à l’inflation désespérante d’arguments controuvés et tortillés pour défendre des causes pourtant bien simples. Dernier exemple que j’ai vu, d’invraisemblables plaidoyers pour sauver la tête d’une nana, en Iran, condamnée à mort pour adultère et meurtre. Invraisemblables parce qu’au lieu de simplement affirmer que la chose est en elle-même, moralement quoi, inacceptable, on y essaie uniquement de prouver que les accusations sont fausses. Ce qui peut bien être, et après ? Ça me fait penser à la vieille anecdote rapportée par Diogène Laërce, sur la mort de Socrate. Á sa femme qui se lamentait qu’on le fit mourir injustement, il aurait rétorqué « Aurais-tu donc préféré que ce fût justement ?! ». Et si il advenait que les accusations contre cette nana, ou une autre, fussent vraies, tout le monde applaudirait avec joie et larmes de satisfaction à sa lapidation, sa pendaison ou son incarcération à vie ?

C'est hélas probable, vu les dispositions qui se montrent actuellement...

Ce qui me fait finir sur un des lieux communs distillés dans les milieux alternos depuis quelques années, selon lesquels « la violence contre les dominantEs (® en novlangue) n’est pas de la violence ». Hé hé. Voilà une bonne manière, bien schizophrénique de se déresponsabiliser totalement, de nier ce qu’on fait, et de pouvoir en outre justifier toutes ses petites haines à prix raisonnable. Au reste, c’est une vieille recette. On s’est toujours inventé des « dominantEs » de service, qui dans bien deux tiers des cas étaient plutôt des persécutéEs, afin de pouvoir se défouler sans foulure à la conscience… Je suppose que de nos jours, les « contaminatrices », version moderne des empoisonneuses, en font partie. Et ça nourrit par concordance la bonne vieille blague de l’innocence par statut, ou par essence, ce qui est désormais la même chose pour la perspicacité militante… et institutionnelle. 

 

 

 

Plume

 

 

 

PS : La vie est courte, et la langue n'est pas toujours autant extensible qu'on le souhaiterait. C'est ainsi qu'on se retrouve à pourfendre la bien-pensance alors même que les crapules du gouvernement actuel, manifestement d'une malveillance rare, usent à l'envi de ce terme pour défendre leur pitoyable manche aux voix d'extrême-droite et aux bas instincts de petits propriétaires qui font la puanteur spécifiquement française. C'est aussi deséspérant que de devoir patauger dans les crottes et le vomi, sans parler de la décomposition qui lui est propre, d'un Michel Onfray, dès lors qu'on s'est mise en devoir d'autopsier l'usage du care dans notre fichu pays.

C'est un paradoxe dégoûtant, je trouve, de se voir jouxter par toutes les saloperies dès lors qu'on est seule ! Comme si on se trouvait en leur très sale compagnie sur un théâtre, devant la foule des muetTEs qui savent bien que le silence est d'or.

 

 

Repost 0
Published by
15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 11:09

 

Je ne sais pas écrire sur les autres écrivantes. Je ne suis, grâce à la déesse, pas critique littéraire pour un sou. Je ne connais que des personnes. Diablement difficiles à dénicher dans le secteur et l’époque où je me suis foutue. Tellement elles se cachent, ces bougres de personnes essentielles et donc réactionnaires, pas politiques ; ces bougres de personnes que je devine pourtant un peu partout aux entournures de celles qui furent mes camarades, là où la plastique présentable se froisse et se fendille. J’enrage.

 

Donc je ne parlerai évidemment pas de ce qu’a écrit durant sa vie Alejandra Pizarnik, cette sœur en émigration. En émigration impossible de ce monde qui nous avale et réavale comme une langue de vache, pour bien nous ravaler à la honte et à la haine. Je laisse ça aux gentes qui scribouillent dans les périodiques.

 

Je me souviens juste aujourd’hui de ma découverte de cette autre, très autre disgrâce, il y a vingt ans, dans une maison de courants d’air et au cours d’un hiver glacial, sur un exemplaire prêté. Découverte des écrits d’une personne qui sans doute n’avait jamais pu satisfaire à ces exigences dont nous n’avons pas le choix. Et qui nous sont substituées dans l’abominable eucharistie permanente de la Valeur, du monde du daisir, du plaisir, de l’intensité et de tous ces cribles meurtriers. De cette personne qui n’était vraisemblablement qu’une personne, ou d’abord une personne, condamnation sans appel et par soi-même dans de telles conditions.

 

Aujourd’hui, Assomption, je suis presque à la rue, moralement comme matériellement ; le tonnerre roule pas très loin. Je songe à ces vingt ans où nous ne nous sommes évidemment pas souvent quittées, non plus qu’avec quelques autres émigrées. Pas quittées mais jamais rassemblées. La mort serait-elle le seul refuge où les émigrées puissent elles trinquer ensemble ? Quel lieu commun dégueulasse !

 

Émigrées. Cela me dépasse d’expliquer tout ce que veut dire ce terme. Nous sommes sorties et la porte a claqué derrière nous, ou bien nous avons été jetées dehors, ou encore expulsées petit à petit, ou enfin carrément violées ; hors de notre peau. Et il n’y a pas d’autre endroit. Il n’y a même plus d’espace. Émigrées donc mais jamais immigrées ; nous n’avons trouvé ni Angleterre, ni Russie, ni Nouveau-Monde. Et encore moins de Suisse. Queudch ! Pas même le réconfort des regards torves de citoyens soupçonneux ; le désert, d’emblée.

 

Il y avait tellement de bonnes raisons à mettre à notre place. Et pas une minute à perdre. Ni surtout la moindre satisfaction, là où nous ne pouvions qu’embarrasser de notre gaucherie scrupuleuse ou incapable. 

 

Émigrées parce que nous ne pouvions pas accepter, et encore moins tolérer. Ah ça c’est ce qui nous sera reproché in aeternum ; peint comme malédiction sur les épaules de nos effigies, dans les belles fresques des églises du progrès, par celles qui « font d’elles ce qu’elles veulent ». Nous ne pouvions pas. Haro ! Ni non plus ne voulions, évidemment. Et surtout pas émigrer. 

 

Où sommes nous, alors, les émigrées, sinon étouffant dans des tubes d’aspirine, enfermées comme des esprits malfaisants ? Des tubes d’aspirine roulés derrière des frigidaires, écrasés sous des matelas, disposés artistiquement dans les choux et les roses de quelques jardins, pour en faire des photos ?

 

Voilà où je nous vois, évidemment incapables de nous reconnaître.

 

 

LPM

 

Repost 0
Published by
8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:46


Mes ex-petites copines militantes et conséquemment très-connaissantes ainsi que bien-pensantes m'épatent absolument tous les jours.

Tous les jours pasque mon exil d'émigrée contre-révolutionnaire a ceci de plus, rapport à d'autres temps,qu'il y a l'immédiateté, c'est à dire l'accumulation, d'internet, par exemple. Tant que j'ai encore un accès - après il restera le café-lecture de la sous-préfecture voisine. 

En fait, je crois que je suis d'autant plus épatée parce que je me vois moi-même. Je me vois, durant des années, pourchassant mal, ignorance et mauvaise interprétation, faisant au fond violence à mon naturel qui est de mal-penser. Je n'en ai pas honte. Je vis assez comme ça dans la honte de ce que je suis. Mais je suis quand même bien éberluée de ce qu'on et de - plutôt comment on peut être amenée à dire et à croire savoir pour consolider chaque jour son appartenance au mille-pattes.

Ainsi, je vois que depuis quelques jours, dans les capitales de l'axe du bien, on discute et rognonne au sujet d'un texte "abolitionniste", à tendance je dirais même prohibitionniste, au sujet du tapin. L'article est issu d'une marathonienne de la gratuité et de la thurifération de l'amour, hétéro évidemment. Of tiens... on a beau s'évertuer à en reproduire les formes et simagrées chez les tpdg, on ne produira jamais autant ni aussi bien d'amour, de sexe ni de tout ce genre de chose qu'en hétérolande et assimilé, au fond. Il serait peut-être bon de le reconnaître un jour si l'on veut réellement s'extirper quelque peu de "l'hétéropatriarcat", comme on dit en novlangue pour le tenir à distance de nos piètres vies. Et de laisser ces passionnantes valeurs à ceux qui les méritent...

Je ne mets même pas le lien, ça vaut pas la peine je vous l'assure. C'est tellement du vieux recuit de dame patronnesse que vous pourrez le trouver en original dans les conférences de notre amie Markovitch ou sur le blog de ma très chère Le Doaré.

D'ailleurs ce qui m'intéresse n'est absolument pas ce que raconte cette personne, mais ce que tentent de répondre ça et là des indignées plus modernes. Tentent pasque sur le site où c'est paru, à la notable exception d'un vibrant plaidoyer pour le féminisme new-wave "faire de moi ce que je veux"(avec lequel je serais pourtant assez d'accord s'il n'y avait pas une tonne de non-dits), eh bien aucun commentaire n'a pu passer, si ce n'est trois mièvres approbations. Probable qu'on se sent mal au comité de rédac, ne sachant au fond quelle bien-pensance va finalement l'emporter. Pourtant toute la presse lgb montre la lumineuse voie libératrice, mais il est à présumer que ces personnes ne la lisent pas...

Ce qui m'épate donc, c'est une fois plus l'affirmation de savoir. Alors bien sûr, il y a le néo-légitimisme qui veut, avec plus ou moins de raison, que la '"parole des concernées" ait une priorité et même une hégémonie absolues, et qu'on ne puisse rien dire de ce qu'on ne connaît peut-être pas d'expé. Voie périlleuse depuis que le travail du sexe, dans le milieu, est devenu une mode supplémentaire et un bon point potentiel. Et que d'aucune l'ont proclamé château en pain d'épices et une des clés de la libération des nanas. Ce qui laisse dubitative plus d'une vieille pute, dont j'ai l'honneur de commencer à être un peu sur les bords. Mais justement, commencer ce genre de discussion ainsi revient très vite à jouer de l’argument d’autorité, qui se cache immédiatement derrière les gneu-gneu de « qui est la plus légitime », et qu’Aristote désignait comme le plus faible des arguments, puisque profondément essentialiste.

Dans les faits, tout ça implique simplement désormais qu'il n'y a qu'une parole entendable à la fois sur chaque "sujet", qui est la dernière litanie produite par l'accouplement de la politique et de la sociologie, et passée par les déversoirs idoines. La possibilité même de réalités perceptibles, compréhensibles et intelligibles est, je l'ai relevé cent fois, un délit réactionnaire et "dominant", puisqu'"universaliste" (voir mon post là dessus de l'autre jour).

 

Mais bon, là nous en sommes donc à l'affirmation de ce savoir. Qui aboutit sans grands détours à de bien belles déclarations, qui donnent un petit peu froid dans le dos. Passe qu’on attaque l’article de la nana gratuitaire comme un tricotage de stupidités cinquante fois remâchées. Je suis somme tout bien d’accord. Mais ce qui me gêne c’est qu’on parle immédiatement de… faire interdire ce genre de propos sur le site. Et supprimer l'aryicle en question. Ce qui implique une conséquence très simple. « Nous possédons exclusivement la vérité, tout ce qui n’est pas la vérité est profondément néfaste et doit être aboli, pourchassé, anéanti ». Ce qui pourrait encore se tenir d'un certain point de vue interne, mais devient franchement hilarant lorsqu'on pense que celles qui sous-entendent ça affirment que tout est construit et que rien n'est absolu. Mais déclarent en même temps savoir. Ce qui est incompréhensible. 

Huh huh… J’ai déjà dit quelque part ce que je pensais d’un point de vue qui était persuadé de savoir et de ne jamais croire. Ce point de vue ne connaît pas le doute. Sans barguigner j’affirme qu’un monde sans doute, vers lequel d’ailleurs nous nous acheminons sous la houlette de tas de bien-intentionnés, est un enfer certain. C'est celui des délits de presse, par exemple, si ordinaires sous le second empire, lesquels réapparaissent vigoureusement sous notre espèce de tiers-empire. Ce qui est remarquable, c'est que les alternotes, autrefois visées par ces pratiques, et même il y a pas si longtemps ("incitation à l'avortement" par exemple), en veulent être désormais d'actives protagonistes, concuremment avec les autres pouvoirs. Chacun gèrerait son secteur, tout simplement. Hum - j'ai des doutes pourtant que ça soit si simple et beau et que tout le monde s'en retire content. 

Vous remarquerez que je n'agite pas le sempiternel chiffon du "droit à dire des âneries ou des méchancetés". Ce n'est pas une question de droit. C'est si j'ose dire une question de sens commun, ce fameux sens commun que j'ai, je le confesse, aussi vilipendé longtemps, pour la bonne cause, comme infiniment suspect. Ce sens commun qui veut qu'on dise bien des choses, qui se rentrent dedans ou se fuient, et que ce soit même l'usage même du dire.

Quant au site en question, vu que c’est une espèce de journal internet libertaire, je ne vois absolument pas en quoi on lui demanderait la moindre intelligence des choses. Ni au nom de quoi. Sauf à croire que les libertaires ont jamais apporté quoi que ce soit, vissé la moindre ampoule au plafond. Ce dont pour ma part je doute résolument. Bref, venant d’elleux rien ne m’indigne en soi. Ellils suivent leur bonne petite voie à la traîne de momies qui ont bien trois siècles, et je ne vois pas très bien au nom de quoi on serait fondé à les en empêcher.

Bref, je suis restée épatée, comme je le dis au début, devant l’assurance de mes ex-camarades. Et devant leur ardeur à nettoyer l’espace militant. C’est quand même fou et inquiétant comme les extrémités apparentes du présent se touchent : sécuriser, nettoyer…

Mais le plus beau, c’est quand j’ai lu une proposition, moins ardente que les autres, qui supposait que dans le groupe auquel appartient l’auteure, une petite cellule d’hétéroféministes, il pouvait et même devait y avoir eu dysfonctionnement. Là j’avoue je suis restée coite d’admiration durant quelques secondes. En gros si des choses inconvenantes, trop ringardes et somme toute simplement trop adverses ont été écrites, c’est que les plombs ont sauté. Ce n’est plus même le crime, c’est l’anomalie ! Ca doit donc encore moins exister, si possiible est.

Je connaissais déjà le traitement des adversaires politiques en ennemiEs du genre humain, voire en criminelLEs contre l’humanité, ce qui est déjà bien crapuleux. Mais là on est aux limites de cette fameuse psychiatrisation que les mêmes militantes n’ont pas de mots assez durs pour réprouver. Il est vrai qu’elles ont d’ores et déjà le recours dans leur bissac bosselé ; les mal-pensantes de tous bords, depuis la nana gratuitaire jusqu’à votre petite murène indomptable et intraitable, auront sans doute accès à un lieu de vie, où on fera sortir doucement d’elles-mêmes, en pressant un peu quand même je pense, tout ce qu’elles refoulaient.

Bon, là je vais parler net. Je savais déjà que dans ce milieu safetytaire et consensuel, on est en grand danger dès qu’on ne s’insère pas dans le mille-pattes avec révérence. Mais là, de tels propos, tenus avec un sérieux qui déconcerte, montrent qu’il n’y a plus d’issue, et que le monde militant est désormais parfaitement clos, clôturé, grillagé. Que l’écrasoir menace de tous côtés. Et qu’on ne peut plus s’en échapper, peut-être, qu’en creusant un tunnel ou en s’envolant au dessus de ce nid de je ne sais quoi !

Les cardinaux de l'église transpédégouine nationale sont réunies cette semaine en conclave consensuel très trié à Toulouse. Cela fera certainement date dans la définition théologique de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. J’ai tendance à croire à la puissance dévastratrice de la communion de pensée. Et que les doucereuses propositions qui résonnent dans l’axe du bien vont faire des petits, et même s’épandre, comme dans les films d’horreur, en une gélatine agressive et caustique qu’il sera bien difficile d’arrêter, fut-ce en très mauvaise compagnie ! 

La petite murène

 

Repost 0
Published by
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 19:11

Qui ne rapporte pas ne peut compter sur personne.

 

loi sur la solidarité efficace et utile

 

 

 

A suivre

Repost 0
Published by
2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 09:57

 

Lesbienne ; pas gouine. Même si lesbienne trans.


Désolée, mais d'expé, gouine aujourd'hui c'est beaucoup trop systématiquement hétéra qui relationnepassionnément et utilement, efficacement, avec tout ce qui traîne, meufs, trans, pédés, mecs profem...

Par hétéra, j'entends ratisser large : celles qui trouvent fondamental de « faire du sexe », qui se définissent et existent par leurs « relations ». Qui « font d'elles-mêmes ce qu'elles veulent » et point. Qui portent leur « fierté » en écharpes rainbow ou se barbouillent en rose fuschia. Pour moi, un monde centré sur le reniflage de cul et la réclamation tous azimuts pour maintenir son existence, sur la concurrence et l'émulation, c'est précisément le monde que d'aucunes appellent « hétéropatriarcal ».

Je ne parle même pas des « transpédégouines », cette hydre consensuelle - une hydre ne se marche jamais sur les pieds - et excommuniante de toutes celles qui dépassent ou s'enfoncent d'une tête.

C'est dommage – gouine eut peu, eut même je l'affirme du être quelque chose de classe. Mais nous gâchons obstinément tout avec notre avidité de ne rien vouloir abandonner, d'accumuler indéfiniment. Désormais, gouine est absorbée, résorbée dans la marmite de glu.

 

Donc lesbienne, résolument. Qui ne se définit pas par si, comment elle couche (même debout !) ni avec qui. Qui sait être seule. Qui sait qu'elle est seule. Qui affirme que nous sommes des personnes. Pas uniquement de commodes et négociables additions de mathématiques « politiques ». Non plus que des « orientations sexuelles », des « histoires sociales » ni même, ô blasphème là encore, des « identités de genre ». Bref, pas des zombies d'idées sur pattes.

Que nous ne sommes pas une case sur le rubik's cube de l'économie existentielle.

Que nous n'avons pas à l'être.

 

Lesbienne, répétitivement, qui n'a pas envie que tout son monde glisse dans un lieu commun aussi masculin que souvent cynique.

 

Lesbienne, qui ne se réapproprie pas. Ce que nous prétendons nous « réapproprier » nous avale.

Lesbienne, qui reçoit. Qui accepte de recevoir. Et donne.

Lesbienne, qui peut trouver que moins c'est mieux. Et que même si pas mieux c'est ainsi.

 

Lesbienne, toujours trop ou pas assez – pas assez surtout !

 

Lesbienne, qui ne converge pas.

 

Lesbienne, qui n'est pas une copine. Encore moins la copine de tout le monde fréquentable, et surtout pas de celles qui rapportent, évidemment...

Lesbienne, qui s'octroie ainsi la liberté suspecte d'être amie ou ennemie. Sans évaluation idéologique. Ou tout simplement d'ignorer.

 

Lesbienne, qui refuse de se ch... elle-même sur la tête aux moindres réquisitions du mille-pattes tpdg et déconstructeur. Et même à ses plus grandes.

 

Lesbienne, même si pour les lesbiennes je ne suis pas lesbienne, et ne puis être lesbienne. Je ne réclame aucune intégration. Lesbienne, c'est aussi être seule de son espèce. 

 

Encore une fois, presqu'impossible de se définir autrement que négativement dans un tel océan de pattex. Zut et rezut !

Emigrée de l'intérieur quoi.

 

Eh ben c'est gai.

 

 

 

La petite poule rousse

 

 

 

Repost 0
Published by
1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:43

 

 

« La raison est impersonnelle de sa nature. Ce n’est pas nous qui la faisons, et elle est si peu individuelle, que son caractère est précisément le contraire de l’individualité, savoir : l’universalité et la nécessité, puisque c’est à elle que nous devons la connaissance de vérités universelles et nécessaires, des principes auxquels nous ne pouvons pas ne pas obéir. La raison n’appartient pas plus à tel moi qu’à tel autre moi dans l’humanité ; elle n’appartient pas même à l’humanité. Par ses lois, elle la domine et la gouverne. Si la raison était personnelle, elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors de l’individu. »

 

Cité in Blanc de St Bonnet, De l’affaiblissement de la raison

 

 

On ne saurait mieux dire. J'ai exulté en lisant ce passage, dans un vieux livre introuvable et téléchargé. Impression de retrouver de vieilles copines qu'on aurait, que j'aurais moi-même longtemps tenues enfermées ou éloignées.

Ce qui m’épate avec les alternoTEs et autre militantEs contemporainEs, c’est l’obstination, que j’ai moi-même défendue dans ma longue, trop longue période nominaliste, à affirmer que des choses sont politiquement et moralement exactes, et même que c’est un crime contre l’humanité ou la classe opprimée en vogue de les contester – et en même temps à défendre un point de vue complètement relativiste, d’où l’idée même d’universel, de chose qui existe en dehors des perceptions et de « histoires sociales », est bannie comme contre-révolutionnaire. On ne peut pas scier avec plus de constance la branche sur laquelle on s’asseoit.

 

Ainsi donc du terme devenu infiniment péjoratif d’universalisme, qui est censé désigner désormais une perception des choses imposée historiquement par des "multidominantEs". Soit. Ca peut me parler, comme on dit en novlangue. Mais ce qui m’irrite c’est qu’on appelle ça universalisme, du terme même qui désigne la capacité à reconnaître que des choses existent indépendamment de notre subjectivité. On devrait user ici du terme hégémonie, au besoin hégémonie d’une subjectivité ou d’une vision du monde, intériorisée éventuellement. Mais en aucun cas d’« universalisme », comme la pensée déconstructrice et son gourdin de bien-parler nous l’enseignent avec constance depuis quelques années. Avec leur petite copine l’exotisation à outrance qui a fini par avaler autant les exotiséEs que les exotisantEs (ce qui est d’ailleurs un excellent sujet de pensum pour l’étude des rapports de pouvoir réels : comment la culpabilité des unEs mais qui veulent quand même garder présence et profiter contamine tout le monde). Cf mon billet sur « s’occuper de ses fesses ».

 

C’est pourquoi je goûte infiniment cette citation tirée d’un ouvrage parfaitement contre-révolutionnaire, de la bonne cuvée post-révolution française et premier empire, et qui nous rappelle que des tas de choses échappent à notre bon ou mauvais vouloir. Et même que nous les recevons telles quelles. Gloups. Quelle honte n’est-ce pas ?

 

Enfin, à côté de l’universalité se tient la nécessité. Alors là aussi, je sais que ça va probablement aiguiser quelques ressentiments, mais oui, je crois qu’il existe une nécessité. Que tout n’est pas possible, que le principe de non-contradiction par exemple, ou bien les bases matérielles de ce très-bas monde, entraînent des choses inévitables. Qui s’imposent. Auxquelles donc, comme le dit notre bonhomme, « nous ne pouvons pas ne pas obéir ». Geste impossible.

 

Et enfin que tout ça n’est pas « individuel ». J’ai toujours été en guerre avec l’individu et ce qui se ramenait avec. Ça fait bougrement du bien d’apprendre qu’il existe des terres, des lieux, qui ne sont pas sous son égide.

 

Je dois avouer, je tends à mieux respirer, après des années d’intoxication idéologique, en échouant sur cette terre ferme, ainsi qu'une tortue géante qui débarrasserait sa gorge des sacs en plastiques avalés, comme des couleuvres, au gré des courants. C’est fou ce que ces quelques mots me suggèrent d’un seul coup de possible. Yes !

 

 

La petite murène, solidaire des tortues géantes étouffées

Repost 0
Published by
1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 08:42

 

Ne voulant pas en faire des « extraits », pratique de pic-vert qui vire facilement à l'abus, je vous signale simplement ce texte de Michèle Causse, laquelle vient de disparaître.

http://www.lestoilesroses.net/article-pourquoi-les-gays-ne-peuvent-ils-etre-les-allies-objectifs-des-lesbiennes-par-michele-causse-38619445.html

 

Je ne suis pas, et de loin, une de ses fans. Ce texte même, s'il me rappelle de bons souvenirs, continue la discussion vaine à mes yeux du primat des signes et de la langue, sanctifie après tant d'autres les arnaqueurEs de la sociologie « de genre », rabâche les catégories constructrices des « individus », et ainsi de suite. Enfin, la déception m'étreint une fois de plus quand je vois la critique lesbienne s'arrêter pile, en dérapage, au bord de ce qui commencerait à mettre vraiment en cause ce qui constitue à mon sens la base fondamentale de ce que nous appelons le patriarcat : la société basée sur la valorisation de la relation, donc la concurrence indéfiniment renouvelée de la course de toutes après toutes.

Pourtant l'éclaircie est là, et depuis longtemps, seulement personne, à part des isolées qui n'ont plus le choix, n'ose franchir les limites de la brume. Car on y parle de rapports entre personnes.

Et c'est là un des paradoxes qui me sidèrent depuis longtemps. La personne est là, au moins potentiellement, elle pèse déjà ou de nouveau dans la balance face à la sacro-sainte relation. Il ne faudrait qu'un fétu peut-être pour un reversement. Mais cela ne peut avoir lieu sans un autre renversement, qui est, sans réplique, de pouvoir enfin désaccoupler qui nous sommes et ces fichues relations qui nous sont imposées comme notre être et déterminent notre catégorie. Bref changer ce que veut dire lesbienne. Que ce devienne en soi et non dans le lien. Bref... ouh là je m'aventure, qu'enfin les femmes deviennent lesbiennes ou les lesbiennes femmes ? En tous cas que les voiles qui obscurcissent et les liens qui entravent soient déchirés. 

 

C'est une lesbienne trans, seule par destin comme par choix, qui dit cela. Michèle Causse, tout à fait à raison, m'ignore – sauf dans une des notes du texte, pleine de sens, sur l'inexorable et répétitive glissade vers le masculin de tous les idéaux féministes, de genre, queer, etc., où nous nous rencontrons quelque peu par delà l'irréductibilité de nos vies. Je la livre tout particulièrement à vos réflexions. Et à bien plus que vos réflexions. Je suis émue. 

 

Plume

 

PS : Mon petit côté bien-pensant, que j'aime aussi : je constate qu'après deux ou trois jours, les médias hétéro, c'est à dire généralistes, n'ont même pas mentionné la mort de Michèle Causse, qui fut pourtant une auteure un peu plus qu'anecdotique. Mais la mère Wittig a-t'elle eu mieux ? Je ne me rappelle pas.

 

Repost 0
Published by
30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 09:49

 

Bon. Ayant vu et bu, si j'ose dire, un grand nombre des conséquences qu'entraine être trans dans les milieux lgt et féministes aujourd'hui, je crois n'avoir plus guère de réticences à en revenir à un avertissement gyropharesque orange : mixité trans-bio égale danger. Devinez pour qui ?

 

Je tiens à préciser ici qu'il ne s'agit pas du énième dépliage de la grande fresque des « rapports sociaux » entre méchants groupes opresseurs et conséquemment gentils (!) groupes opprimés.

Il faut quand même une sérieuse dose d'abrutissement militant pour s'imaginer qu'il est nécessaire de passer par cette moulinette mathématique pour simplement s'apercevoir de choses simples et énormes. Tristement humaines en quelque sorte. Les plus fortes et les plus vraies bouffent les autres, cannibalisme et malveillance.

 

Je commence même à croire que la « grille de lecture » « domination/privilège » sert pas mal à ne pas voirce qu'il n'est pas opportun de voir. Et à se partager les bons points sur les cadavres des invisibles.

 

Un aspect qui m'est ainsi très récemment apparu, c'est que les bio restent et que les trans passent.

 

Ainsi, un groupe de réflexion tpdg qui renaît vaguement de sa décomposition, formé à la base de personnes éminemment recommandable et bio (est-il besoin de le dire ?), va-t'il soigneusement épurer sa composante trans devenue indocile, imbuvable. Mais le plus beau est que dans le joli monde des « légitimités », il importe de disposer d'une diversité honnête. Donc on va aller pécho quelques néo-trans supposées encore dociles, intimidées par les grandes sœurs bio, pleines de révérences devant la vérité, pour remplacerles anciennes qui ne marchent plus à quatre pattes !

Et cela autant de fois qu'il semblera pertinent à la dynamique. Les bio restent, cinq, dix, quinze ans. Les trans sont usées, sucées, utilisées, et passent. Comme des intérimaires de la figuration politique, dont il importe de récupérer les dernières productions, mais qui ne doivent pas s'éterniser.

 

Ce qui d'ailleurs m'amène à cet autre aspect. Marcher à quatre pattes. Je l'ai fait évidemment quelques années, comme toutes les mtfs « élevées » par des nanas bio féministes. Dans ce cas, notre évident et insolvable complexe de ne pas être vraies se double d'une culpabilisation politique et sociale. Nous devons obéir, ramper, parler pas trop haut, pas prendre trop de place, acquiescer aux linéaments d'une bien-pensance qui nous tiendra toujours en brassière et en menace de délégitimation, d'opprobe. Mais enfin et surtout coller à quelque chose qui n'est pas nous.

Perdre des années, quoi, pour une cause perdue.

Nous ne sommes ni ne serons jamais des bio, ni physiquement, ni socialement, ni, comment dire, en nous-mêmes. Mais nous nous obstinons dans cette voie sans issue qu'est ce trouble rapport à la vérité sur pattes (encore un mille pattes, tiens), à laquelle nous voudrions tant ressembler. Dans laquelle nous nous liquéfions de nous fondre. Les gentes au beau langage appellent ça l'invisibilisation. Je crois que c'est même encore plus une des formes de ce cannibalisme qui caractérise notre temps et ses milieux politiques.

Il nous faut admettre cette irréductibilité que nous portons avec et en nous. Simulacres nous sommes, simulacres nous resterons, et les ajustements « meufs-gouines-trans » n'y ont rien changé.

 

Quant à se relever, après avoir longtemps quatrepatté, eh bien je ne connais d'expé qu'une occurence : le coup de pied dans le cul, qui peut déterminer chez nous un reste de... de quoi déjà ? Pas de fierté, non, pas envie de partager avec les identités ce vieux firchti tout cramé au fond de la gamelle. Encore une fois, sans doute, de reconnaissance, de se reconnaître brusquement soi-même, et de reconnaître autrui dans le même mouvement. Mouvement subi, j'insiste là dessus.

 

Alors voilà, en tous cas, coup de pied au cul ou rampement révérencieux, les trans passent. Ce qui démontre aisément que si les bio sont de vraies personnes (dans ce monde où par ailleurs il ne faut pas user de ce mot contre-révolutionnaire, juste user de ses « privilèges »), les trans sont une guirlande de petites silhouettes qu'on mâchonne et sur laquelle on passe de l'une à l'autre. Les trans ne sont pas des personnes. Ou bien, plus exactement, quand elles arrivent à devenir des personnes, elles deviennent infréquentables.

 

Mais voilà. L'autre écueil est de nous en plaindre. De donner dans l'immense panneau qui structure désormais tout le militantisme : je n'existe qu'à condition de pouvoir réclamer quelque chose à quelqu'unE, d'être « l'opprimée » d'une « dominante ». Double arnaque, déjà dans la réalité de la chose, quotidienne et triviale. Ce sera toujours un marché de dupes. Mais encore dans la logique : le monde comme comptabilité.

 

J'en conclus qu'il nous incombe, enfin à celles qui ont reçu leur confirmation à coups de pieds dans le cul et dans le ventre, de nous escargoter sans vergogne dans la séparation, avec si possible une autre logique que le cirque des "non-mixités" qui prévaut depuis quinze ans, et qui a amplement montré son inanité. Tout le monde s'y court après – cela seul peut donner un indice déjà sur ce que nous pourrions inaugurer...

 

 

Plume

 

 

Repost 0
Published by
16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 09:24

L’autre jour, dans la salle d’attente d’une permanence sociale de sous-prèf ‘, mon regard est attiré par une affiche genre rainbow délavé. Et je me rends compte avec effarement qu’il s’agit d’une pub pour un film qui va sortir en salles, et qui s’intitule de son unique objet, « bébés ». Urps. Comme s’il n’y en avait déjà pas assez dans la salle en question, désespoirs sur pattes pour leurs parents et pour elleux-mêmes. Époque affreuse où on en est réduit à pondre ses obsessions pour pouvoir les ressasser légitimement !

 

Bon, ce n’est pas que j’attende quoi que ce soit d’intéressant de la production cinématographique en général, laquelle ne fait que répéter à l’infini les passions les plus imbéciles, mais quand même.

 

Je vais sur mon site catholique préféré (Famille chrétienne), et je ne manque pas de trouver la chose référencée et encensée. C’est tout simplement un documentaire sur la « merveilleuse histoire » de quatre bébés. Dont un noir, mais un seul bien sûr, histoire de ne pas se faire accuser d’absence de diversité. Y en aurait-il eu vingt, je suppose qu’on aurait eu unE trisomique et peut-être même (mais alors ce n’eût plus été encensé par Famille chrétienne) unE rejetonNE de l’homoparentalité®.

 

Ben oui, c’est « merveilleux », ces cris sans fin, les nanas qui dorment pas pendant deux ans, les couches pleines de m…, la paranoïa permanente, les travailleuses sociales en embuscade, et finalement cette dépendance rampante qui ferait honte à un honnête poussin dans une basse-cour.

 

Bon, c’est comme ça, nous sommes faitEs ainsi, c’est notre condition. Mais quant à la célébrer, alors là…

 

On pourrait se retenir !

 

L’auteur de cette vomissure est un certain Alain Chabat, dont la célébrité d’histrion télévisuel est vaguement arrivée jusqu’à mes oreilles, ce qui est dire.

 

D’aucunes diront que c’est dans le cadre d’une incitation régressive à la maternité, à la famille et au pondoir. C’est bien possible après tout. Mais c’est surtout pitoyable d’en arriver à valoriser une telle misère – la misère reproductive. Et ses suites sinistres qui s’étendent désormais sur toute une vie, vu les conditions sociales qui dérapent et la hamstérisation consécutive des désormais éternels mômes.

Autrefois, la princesse Palatine pouvait écrire "un enfant de huit ans paraît un homme de trente". C'est actuellement l'inverse exact : nous sommes appeléEs, forcéEs et sermonnéEs à rester jeunes, disponibles,  immédiatEs et dépendantEs toute notre vie.

 

Là encore, je ne peux en revenir qu’à ce qu’écrivit définitivement Valérie Solanas. Au vu des conséquences, et de l'état du temps : mort à l’enfantement.

 

 

La petite poule rousse stérile

Repost 0
Published by
16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:15

 

Il faut bien le dire, un des poncifs que je trouve le plus souvent en feuilletant la petite presse alternote ou en déroulant des sites quelquefois sympathiques, outre la mâle revendication d'être maîtresses (et propriotes aussi) de nos vies – avec évidemment tout ce qui va avec la maîtrise et la propriété que nous ne saurions évidemment dépasser facilement, mais qu'il est peut-être périlleux de vouloir ainsi absolutiser - un de ces poncifs donc est de « rejeter les idées reçues ».

Ce qui implique donc, selon toute logique déductive, que si nous devons nous méfier de la réception des idées, il nous faut à tout prix nous les faire nous-mêmes. Ou bien renoncer à en avoir. Se faire une idée est en effet un leitmotiv fort prisé en un temps où tout gravite étroitement autour d'un soi bien gardé et ombrageux, et où la définition commune du féminisme s'est par exemple réduite à « faire de moi ce que je veux ». Ce qui nous mène très loin du marigot actuel, n'est-ce pas ?


Donc notre grand ennemi, le péril qui nous guette, est de recevoir une idée. Il est rigoureusement prescrit de se les constituer. Il n'est pas moins suavement recommandé qu'elles ressemblent quand même substantiellement à celles de nos copines, mais c'est sans doute un à-côté indigne d'être mentionné.


Se les constituer comment ? En vivant, je suppose. En échangeant. On pourrait dire en lisant mais cela sent déjà le risque de recevoir, d'attraper une idée comme on attrape la coqueluche. D'ailleurs on s'éprend facilement d'idées, elles sont donc notre coqueluche, indéniablement.


Mais même en échangeant, en écoutant, n'est-on donc pas exposée à recevoir ? Pas clair, pas clair. Pasque là entre en jeu une autre de nos propositions réitérées, qui est l'urgence d'une transmission. S'il y a quelque chose qui court dans le milieu comme une inquiétude jamais calmée, c'est bien cette demande de transmission. Suivie généralement par un mouvement tout à fait opposé, parce qu'il est dangereux de recevoir ! Il faudrait donc trouver un moyen que les choses, les expériences, les idées soient transmises sans être reçues, en tous cas pas telles quelles, mais soigneusement broyées et accommodées. Pour qu'on les puisse reconstruire. Ou quelque chose comme ça.


Bien entendu, se pose toujours en corollaire le rôle des idées dans notre mouvement et dans le monde d'aujourd'hui, où elles ont une nette propension à nous posséder, à faire de nous des zombies d'idées sur pattes. Peut-être est-ce pour cela que ce vieux concept historiquement bourgeois, opposé à la tradition, de réticence envers les idées reçues, nous l'avons fait nôtre. Un peu comme la « libre-pensée », dont on se demande bien ce qu'elle a de particulièrement libre. Ce serait un peu un contre-fétiche mis en paravent sur notre fétiche, qui est justement l'idée. Ce serait même la première question à se poser : le rapport aux idées. Actuellement ça relève d'un mix d'aplatissement devant et d'incarnation de ces idées en « nous ». Ce qui est plutôt inquiétant.


En réalité nous ne fourmillons que de ça, comme un cadavre de petits vers, d'idées parfaitement reçues, vérifiées et homologuées. Et que je ne vois pas pas très bien d'où elles seraient issues sinon de cette réception, à très peu près. Et c'est comme ça. Je crois que ça ne fait pas partie de ce que nous pouvons changer. Nous recevons, nolens volens, presque tout ce que nous colporterons nous-mêmes d'idées, de sentiments, de croyances au cours de notre vie. Essayer de nier ou de travestir cela nous mène juste à des contorsions et à des grimaces parfaitement stupides. Nous condamne à un mensonge ou à un semi-mensonge permanent, que nous n'arrivons à gérer qu'au prix effroyable de la négation de toute possibilité de vérité, et par conséquent en participant activement, avec celleux que nous prétendons combattre, à la destruction de la réalité. Sympa.

 

 

Plume








Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines