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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 12:37

Mamamélis/NQF ! En voilà encore un attelage absolument étonnant. Mais bon, pour une fois la petite murène va en dire du bien. Pasque voilà que cette attelage réédite une (bonne) traduction du déjà ancien bouquin de Rich, La contrainte à l'hétérosexualité. Dix-huit euros, trois paquets de tabac quoi, c'est raisonnable. 


Bien sûr, la petite murène parle, elle, carrément de contrainte à la sexualité tout court, ainsi que des joies du monde de valorisation et de concurrence qui y est indissolublement lié, comme par mariage. Mais il se trouve que la vieille garde lesbienne bio avait fait, à ce sujet, un travail de sape qui pourra se retrouver si nous acquérons un jour la volonté réelle de sortir de cet infernal paradis. Et que si ce que nous appelons, à raison mais limitativement, le patriarcat ou l'hétéropatriarcat est basé sur ces deux contraintes, eh bien il y a eu du boulot de fait de ce côté là, précisément en une époque devenue "anachronique", avant 80 quoi, afin de préparer le dégonflage de la baudruche qu'enfle actuellement la réclamation des "bienfaits" de cet ordre pour toutes.


A cette heure, on n'y est donc pas, ça c'est sûr. Mais les écrits restent.


Et puis, et puis, ça c'est un aspect de la chose, si obsédant soit-il en notre époque bénie. Mais il y a vraiment plein de trucs très classe, et redoutables aussi, chez Rich et ses consoeurs.Oubliés.

On a beau dire, mais toutes ineptes, toutes naïves qu'aient pu être à certains titres ces années que la petite murène n'a pas connues, eh ben quand on ouvre, à défaut d'une porte, des livres, il en vient comme un air frais dans l'étouffante atmosphère de notre temps qui a tout compris, tout prévu. Ce dont nous sommes un bon nombre à crever. De diverses manières il est vrai, puisque la diversité y est indiscutable. Mais en tas.

 

LPM

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:17

Me baladant dans les méandres du net, je tombe sur un blog, hébergé par le monstre de sollicitude sociale qu’est rue89, et qui déplore la triste condition de mecs « contraints aux plaisirs solitaires devant un écran ». On parle d’une « caste sociale » défavorisée, évidemment – comme dirait ma chère Delphy, la Zola de la postmodernité. Je resterai dans l’ignorance définitive de si les « fils de bourges » sont dans une situation profondément différente, s’ils disposent majoritairement de chair fraîche que le blogueur suggère féminine, plutôt que de simples vidéos hétéras. C’est fort possible. Mais je m’en fiche un peu. Là n’est pas la question. Enfin si on peut parler de question, puisqu’il s’agit d’une affirmation : les zhommes ont besoin de sexe, beaucoup beaucoup, donc de nanas pasque ce sont des zhommes. (Accessoirement de tout ce qui est troué quelque part, excusez ma verdeur, mais de fait c’est à quoi on assiste…) Et une organisation sociale digne de ce nom se doit de leur en fournir, d’une manière ou d’une autre, pour qu’ils ne soient pas déshonorés par des branlettes, solitaires ou non. De toute manière, et tout particulièrement pour les mecs, pas multibaiser, comme vivre seul, c’est la honte. C’est en tous cas ce qui sous-tend tout le texte du blog en question.

Ça donne vraiment encore moins envie de « social ». Que les mecs disparaissent ! Ça nous fera de l’air, comme disait Valérie. On aura déjà assez de merde à pelleter comme ça.

Évidemment, mon lobe de cerveau resté inaltérablement féministe se cabre.

Pas trace par ailleurs dans le petit texte du blog en question d’un « désir féminin », que l’on comprend sans peine être comme d’hab en creux du désir masculin. C’est même là aussi évoqué sans guère de détours.

Mais ce qui m’épate est encore plus profond, si j’ose dire.

 

Ce qui me sidère donc, c’est ce magnifique attelage : la contrainte au plaisir. Nulle part je n’avais trouvé exprimée aussi lapidairement, brièvement et si j’ose dire crûment ce qui me semble faire l’essence, le noyau de l’idéologie relationniste contemporaine. J’use de ces vieux mots, je n’en ai toujours pas trouvé d’autres.

 

Bon, je vais vous dire, là je ne vais pas m’étendre. Déjà dans ma folle jeunesse je rêvais d’une poudre stérilisante que l’on répandrait sur toute la planète. Là je propose rien de moins que la cure générale de libido mâle à grandes doses d’acétate de cyprotérone. Vous savez ? Notre cher Androcur® qui fait tant de vagues chez les mtfs pour ses divers effets et contre-effets, mais que je crois, d’expé qui plus est, tout à fait idoine à éteindre ces pénibles ardeurs.

Au reste, tiens, cela me semblerait également amusant de bombarder le net de pubs pour ce génial produit. Ça nous changerait du Viagra !

 

Cependant, même une fois le remède appliqué, si cela se pouvait, resterait cette phrase qui m’épouvante, parce qu’elle représente pour moi le condensé d’un monde. ContraintEs au plaisir. Nolens volens. Y faut jouir, et tout particulièrement sexuellement, sinon on est je suppose censéEs développer des frustrations. Or les frustrations c’est très mal. Se réfréner est suspect. On ne le doit qu’en cas de péril social identifié, estampillé, et de coups de bâtons imminents. Ça entraîne des maladies. Baiser aussi d’ailleurs peut en entraîner mais il paraît que les implications symboliques en sont alors radicalement opposées. Les maladies de la frustration, à supposer d’ailleurs qu’elles existent vraiment pasque j’ai un doute, sont beaucoup moins honorables.

En fait ce qu’on désigne, quand on pense aux méfaits de la frustration, c’est à un déficit d’estime de soi, produit au moins aussi important que l’adrénaline et autres hormones dans une société où tout doit avoir une valeur. Pour avoir une valeur, condition indispensable pour se supporter, il faut arborer de la production sexuelle. Comme en un autre domaine, pour avoir de quoi vivre, il faut généralement produire des biens ou des services (ou être invalide, héhé). J’ai déjà répété cette analogie très simple et bébête un grand nombre de fois. Dans les deux cas, on pourrait dire que l’organisation sociale et idéologique en fait une contrainte. Et nous y revoilà.

Décidément, je suis toujours au pied de ce texte sur la relation et le sexe comme valeurs, abstractions réelles qui nous dévorent, au sens quasi-marxien du terme. Je n’ai jamais réussi à m’y mettre, le morceau est énorme. C’est comme un monolithe monstrueux dont on serait toujours à faire le tour, sans pouvoir le boucler, mais au contact duquel sa taille même nous maintiendrait où qu’on aille. Et ce monolithe c’est nous. Il y a des aspects où notre piétaille fourmillante est incroyablement monolithique. Notamment quand on parle des choses sacrées.

 

Des tas de gentes parlent et reparlent de liberté. J’avoue que ce mot est devenu une telle paillasse que je ne sais par où le prendre. Pourtant, il garde, obstinément, son aura, et aussi son vieux sens de capacité à trancher, à faire ou à ne pas faire, ou à faire autre chose. Eh bien je ne vois absolument pas quelle place il reste à liberté dans un monde régi par la valorisation. Ou plutôt si, je la vois : la liberté n’y peut plus être qu’un danger mortel et une disgrâce probable, à moins de servir, encore une fois, justement, de tapis pour s’essuyer les pieds avant d’aller toujours dans le même sens et de remplir ses obligations. De céder à la contrainte. Avec cet abominable progrés  sur le titre fameux d’un article féministe toujours à relire, de N.C. Matthieu, que désormais, avec l’idéologie pro-sexe, etc., la contrainte a définitivement annexé le consentement. Celui-ci est même, en apparence du moins, enthousiaste ; on se précipite à la foire d’empoigne avec fureur. Même les éclopées y retournent. Beh… comment faire, quand le refuser serait perdre immédiatement toute épaisseur existentielle ?

On ne parle d'ailleurs souvent plus de liberté, mais de libération. Et de libération de quelque chose. Ce fameux « quelque chose en nous » qu’il importerait instamment de déverrouiller. Cette avidité qui ressemble quelque peu à ce qu’on appelle la « consommation », de l’excitation de laquelle les bienfaits ne cessent de nous dégoutter sur la figure.

Bref, quand on cause de « libération »… Tendance à me méfier de quoi désormais. Ce quoi se cachant facilement derrière un « qui ». Un sujet privilégié ou légitime, comme on dit en novlangue.

 

Á cette contrainte bien hiérarchisée. Mais qui pourrait très bien fonctionner avec une autre hiérarchie ou même sans. J’en suis persuadée. C’est pour cela que depuis un moment, je crois franchement que le menu des mouvements de libération de genre, d’identité, de sexualité, finiit par être la revendication pour touTEs de ce qui fait le patriarcat, à l’exception de la domination des hommes bio (et encore, y z'ont pas de mal à rentrer dans les critères, avec le boom de l'autodéfinition). Ce qui évidemment pose un problème de dénomination. Mais à part ça tout y est : valorisation effrénée, violences inévitables, angoisse de ne pas être ou faire assez, culpabilités diverses, concurrence… Ordre basé sur la réalisation d’un devoir être, quoi. Et un devoir être, pour encore une fois user du langage registré, naturalisé, évident. La contrainte travestie en besoin irrépressible. Et les enjeux réels de même : le plaisir en masque de clown, sur le visage moins plaisant de la valeur sociale.

 

On va me dire que je me répète, que je ne suis guère variée. Ouais, et le matraquage pro-relations, depuis les moindres pubs jusqu’à la plus vigilante militance de genre, il est varié, lui ? Foutez vous pas de ma gueule. Tout le monde réclame la même chose, depuis les mecs bio hétéros de base jusqu’aux plus exotiques des « identités ». J’insiste sur « réclame ». C’est une réclamation universelle. Un universel engouement, une obsession qui s’épaissit d’année en année. Mais dont on sent bien aussi qu’ils sont incités par un véritable bulldozer qui pousse par derrière.

Et par ailleurs, mais ça j’en ai aussi bien des fois causé, personne ne veut des conséquences désagréables d’une pareille réclamaison. Niet. Pas même les dits mecs bio hétéros, qui trouvent le moyen de couiner aussi, pasque des fois on leur refile une chtouille ou une baffe pourtant bien méritées ! Que ce soient les masculinistes les plus crasses ou Act-Up, accord général sur le fond : y faut produire de la satisfaction haletante. Le salut du monde en dépend !

Y a pas un moyen, une intention de sortir de ça ?

 

Pas de conclusion. La seule conclusion possible serait en acte, ou en non-acte. Le sabotage de la « machine à aimer », définie dans une prémonitoire chanson de vers 1980. Et le refus de la contrainte au plaisir. Sans ça, je suis persuadée qu'on s'enfoncera toujours plus dans le dégât et l'entredévoration, tout en nous lamentant. Ce qui est quand même assez ridicule.

 

 

La petite murène

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 18:11

« Quand on quitte le monde, on n’est jamais seule ; on n’est seule que quand on est quittée par le monde. »

« La vérité, c’est que tout le monde a la haine de la solitude »

Jeanne Bloy

 

 

C’est le diagnostic que la féline personne qui abusa quelques années de la petite murène, et même de ses quelques sous, posa un jour pour déterminer l’opiniâtre réticence de la poissonne à accepter l’inacceptable. Elle aurait même bien pu dire autisme moral, voire même, dans son langage, politique, puisque ces catégories se mélangent désormais de plus en plus intimement. Voir ce que j’écrivais, un peu éberluée quand même, dans un récent post. Une attitude politique ringarde est désormais tout uniment considérée comme maladive, chez les constructivistes. . 

Il est donc à supposer que pour ce genre de personnes, l’autisme psycho-politique est une attitude pathologique binaire qui est caractérisée par la propension répétitive à estimer que tout ne se vaut pas, qu’il y a du mensonge possible et même de la vérité (!), enfin qu’il y a des choses qui ne se devraient pas faire, d’autres si, etc.

 

Heureusement, un article paru dans Le Monde va rassurer les militantes et autres genderfuckers qui ont peut-être, dans leur entourage, et sans pouvoir le savoir avec certitude (ce qui est bien la peur maximale éprouvable chez ces gentes), de ces néfastes autistes qui font diminuer la jouissance maximale, laquelle est notre PIB.

 

En effet, de même que l’on peut à présent éviter aux enfants à naître d’être des garçons manqués, on peut également détecter et prévoir l’autisme. Alzheimer aussi d’ailleurs. Demain sans doute on pourra dénicher les abuseuses potentielles, ainsi que la propension aux boutons mal placés, et nous serons pour de bon dans le meilleur des petits mondes possible !

Par contre, comme on est chez les bien-pensantEs, il sera strictement hors de question que l’on s’ingère à essayer d’imaginer si une personne intéressante a des chances de devenir gouine, ou trans, ou quoi que ce soit de ce genre.

La liberté et même la prescription de prévision ne doit s’exercer que dans le sens de la plus grande malveillance possible. Notre cher gouvernement de cinglés ne dit pas autre chose. C’est l’essence du care et le prix à payer pour la safety.

 

Mais peut-être est-ce aussi qu’une fois de plus on a trouvé un vocable utile pour éviter d’en user d’un autre. Et cet autre c’est la solitude. La solitude est une condition. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas non plus seulement, comme on dit chez les gentes qui ont tout compris, « un  produit des rapports sociaux ». C’est quelque chose de plus significatif encore. Il n’est pas facile de prédire qui sera seule. Mais il y en aura toujours, comme des pauvres, des malades ou que sais-je, de toutes ces conditions que les bien-pensantes voudraient bien faire disparaître. Et ne comprennent pas en quoi et pourquoi elles sont inévitables, surtout dans le monde que mijotent les dites bien-pensantes. Il est ainsi inévitable qu’il y ait des isolées et des seules si l’ensemble et la relation sont des valeurs, des angoisses et des buts férocement disputés. Et plus qu’on y prétendra, plus qu’y en aura. C’est une némésis bien plus conséquente que les mathématiques politiques qui affirment pouvoir décrire la place de chacune, et donc la lui octroyer, en une douzaine de clics et trois ateliers.

 

La solitude ne se répare pas, ne se compense pas, ne s’abolit pas. Voilà ce qui déroute et inquiète les militantEs. Elles ne la contrôlent en aucune manière, ne peuvent y trouver la moindre solution avec leurs algorithmes. Et néanmoins elle est significative. On ne peut non plus simplement la noter et puis baste. Elle détruit par sa simple présence le consensus de croissance et d’accumulation qui fait le pacte des bonnes vivantes. La solitude n’est pas une circonstance, c’est un caractère indélébile, que l’on porte avec soi et qui se creuse avec le temps. Voir ce que j’en ai dit déjà dans Chimères et coquecigrues.

C’est un bâton perpétuel dans les roues du progrès.

Et elle n’est pas portée par n’importe qui.

On y est amenée, comme à d’autres choses, comme à transitionner par exemple.

Mais les zensembles lui donnent facilement un petit coup de pouce, avec les meilleures intentions du monde, ou les plus sales calomnies, c’est selon, et même ça se peut cumuler. Encore un ignoble paradoxe : plus on est seules, plus on dépend terriblement de la judicature de ce monde d’assemblées.

 

Bref, on ne peut ni l’évacuer comme « apolitique », inconséquente, ni la traiter comme politique. On peut au mieux nous assassiner pour être débarrassées un instant. La solitude est un des aspects de la vie qui combat le plus le mode de « politisation » que nous (beh oui, nous, j’en ai été et en suis encore à ma manière) avons prétendu et cru le coin pour percer la cuirasse. Et qui se révèle, depuis quelques années (mais des amies l’avaient déjà identifié ainsi il y a quarante ans), au contraire, part intégrante de la dite cuirasse, se signalant par son opportunisme utilitaire. Et nous sommes enfermées dedans. Les seules comme les autres. Les seules comme émigrées incurables. D’autres comme citoyennes à divers titres. Sans parler des invisibles. Tout ça ne peut évidemment pas bien finir.

 

Incurables dans un monde de guérisseuses impénitentes, qui se croient un peu sorcières parce qu’elles font diverses simagrées, calculent des taux de redevance sociale, ou scandent « Vo-ga ! ». Guérisseuses surtout parce que le moins n’est jamais bien, et que nous sommes jusqu’aux chevilles, et à l’envers - la tête la première, dans une époque où, comme me l’écrivait il y a quelques temps une vieille amie elle aussi émigrée temporelle, « mieux vaut mentir que souffrir ».

 

Or, il n’y a rien de si conforme à la raison que la solitude. Rien de mystique ou de magique n’y est nécessaire. Et on peut bien en ajouter tant qu’on veut, cela est étranger à une condition qui est, à l’inverse, un manque, un trou et une interrogation irréductible.

 

Bon, vous me direz que quand on a dit ça on n’a vraiment pas dit grand’chose. Je le reconnais sans peine. Mais voilà, même quand les mots manquent ou plutôt ne disent rien, sont infiniment rebattus, blasés et banaux, ont enfin été confisqués par celles qui en avaient un bien meilleur usage, eh bien la chose, le fait, la personne est là. Présente et perceptible. C’est la malédiction du réel. Même quand on prive les inopportunités de mots, de ce fameux langage qui paraît-il fonde et justifie tout, eh ben elles sont toujours inévitables, on trébuche dans ces courants d’air opiniâtres à vague figure humaine. Zut alors.

 

 

LPM

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 08:21

 

Pfouh – tiens, encore le monde du care qui fait des siennes. Décidément, si jamais je sors de la galère que m’ont galamment offerte mes petites camarades pour mes quarante-cinq ans, il faudra que je le torche, cet article sur le monde rêvé des caristes.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/en-allemagne-ouverture-du-proces-d-une-chanteuse-accusee-d-avoir-transmis-le-virus-du-sida_1399521_3224.html

 

Adoncques voilà, encore une méchante criminelle bien opportune. A baisé, ça c’est un truisme pasque si on baise pas on vit pas, a contaminé, a pas dit, allez hop, correctionnelle et demain probablement assises, tiens. C’est qu’il faut contenter touTEs les braves gentes qui halètent après le moulinage de celleux qui leur permettent de sous-traiter leur saloperie. Encore ce délicieux mariage entre le monde du plaisir obligatoire, injoncté, et la nécessaire trique, ici judiciarisée, pour taper sur les baveuses terrorisées. Cela me fait fichtrement penser bien sûr à la chasse aux infanticides. Tiens, d’ailleurs j’apprenais par les même journaux il y a peu qu’une nana hollandaise qui avait savamment estourbi quatre aliens successifs a été dénoncée par un voisin soupçonneux.

Nous entrons dans un monde magnifique. Comme je l’avais déjà écrit, nous avons fait de grands progrès sur les années 70. Á l’époque, on pensait encore qu’il fallait des flics derrière les femmes enceintes. Á présent, le moindre citoyen suffit. Rentrez les ventres ! Et n’oubliez pas de photocopier vos résultas de dépistage.

 

Bon. Je ne puis m’empêcher non plus de songer, en regardant tous azimuts, à cette sobre définition que donnait déjà un pape de la pantalonnade antimoderne il y a près de vingt ans. Vingt ans… Comme ils ont passé vite et comme cette glissade a été vide…

Il remarquait donc que le grand effort, dans notre époque, pour « vivre mieux », consistait à réclamer à grands cris d’être protégéEs, ou à nous prémunir – version DIY - contre les conséquences inévitables de ce que nous soutenons, pratiquons et adulons à grande échelle. Toujours plus mais pas les sales côtés.

Ce qui inclus évidemment, dans notre grande soif de « justice », de trouver des gentes à qui faire payer ces foutues conséquences qui arrivent toujours à passer par-dessus les murailles dont nous nous entourons. Et dont il faut bien des coupables, sans quoi on risquerait de devoir examiner ce qu’on désire et ce qu’on craint ! Á la déesse ne plaise ! Du gouvernement aux alternos, on n’a guère d’autre souci désormais. Tant qu’y a à qui réclamer, tout va bien. On changera pas d’un poil.

 

C’est à quoi je songeais l’autre jour quand, dans un hall populeux, un brave garçon vint me démarcher pour je ne sais plus quelle enquête d’Act Up sur les trans. Je le congédiai vite fait, sans prendre le temps de lui expliquer le pourquoi de mon aversion, récente, envers la conception de base de cette assoce, la « réduction des risques » dont je fus des années une très correcte supporter. C’est qu’une fois de plus on essaie de faire durer à toute force un mode de vie, de relations, de valorisation et j’en passe qui porte en lui des désastres (vous remarquerez que je ne dis pas des nuisances). Et que j’en ai marre des farces copiées-collées du développement durable. D’ailleurs je songe beaucoup plus, quand je parle des conséquences, à tout l’édifice social arquebouté sur la relationnite forcenée, et la violence générale qui en sourd tout autant que du capitalisme, qu’aux questions de santé à proprement parler. C’est pas moi qui irai embêter les « acteurices de Rdr », comme on dit en novlangue, et je me trouverai même souvent à leurs côtés « sur le terrain », mais la pensée qui sous-tend l’affaire m’a définitivement déçue. Elles veulent s’enfoncer toujours plus profond dans le monde présent. Quant à bibiche, j’y étouffe.

 

Act Up prend position contre la criminalisation de la contagion. Ben encore heureux. Mais désormais je ne suis plus d’accord du tout sur le pourquoi. Elleux disent que c’est « contre-productif », ce qui en dit long sur leur vision du monde. Produire. Hier c’étaient des mômes, aujourd’hui c’est du plaisir valorisable et la reconnaissance sociale qui en pendouille. Et accessoirement de la santé, qu’on extrait je ne sais comment du magma « intensitaire ». Mais la logique est intacte. C’est la bonne vieille logique qui fournit une grande partie de la structure de ce qu’on appelle le patriarcat. Et la pétition de l’extension indéfinie de son fonctionnement à touTEs. Histoire que ce ne soit plus un privilège. Merci bien. Il y aura de toute manière toujours des étrangèrEs à cette logique d’accumulation. Qu’en ferez-vous ? Ne sauvera-t’on que les déclarées utiles ?

 

Pour ma part, n’étant plus ni politique ni économique, et donc pas utilitariste, je dis simplement que c’est infâme, inique et hypocrite de poursuivre cette nana. Et les autres. Et stupide de penser en de pareils termes. Que toute la machine judiciaire et « réparatrice » est une arnaque meurtrière.

Mais ce genre de réaction, qui confine à quelque chose d’aussi inquiétant et risqué que l’usage du sens commun ou du jugement personnel, doit paraître singulièrement régressif aux constructivistes. Pas de catégories, pas de dominantEs à débusquer ou de privilèges à débusquer. Un jugement moral. Sec. Voilà qui ne va pas rapporter grand’chose à la clique.

C’est peut-être pour cela que ce genre de jugement est considéré comme pauvre. Ce qui est indiscutablement, dans les sociétés et les milieux où nous tentons de vivre, un des plus incurables stigmates. Il ne rapporte rien, ni directement ni indirectement. Et il ne rassure guère. Alors que les explications bien cadrées, prospectives, avec déjà inclus leur polichinelle d’amélioration sociale dans le tiroir, ah ça elles rapportent. Et elles confortent.

Enfin, cela mène comme par la main à l’inflation désespérante d’arguments controuvés et tortillés pour défendre des causes pourtant bien simples. Dernier exemple que j’ai vu, d’invraisemblables plaidoyers pour sauver la tête d’une nana, en Iran, condamnée à mort pour adultère et meurtre. Invraisemblables parce qu’au lieu de simplement affirmer que la chose est en elle-même, moralement quoi, inacceptable, on y essaie uniquement de prouver que les accusations sont fausses. Ce qui peut bien être, et après ? Ça me fait penser à la vieille anecdote rapportée par Diogène Laërce, sur la mort de Socrate. Á sa femme qui se lamentait qu’on le fit mourir injustement, il aurait rétorqué « Aurais-tu donc préféré que ce fût justement ?! ». Et si il advenait que les accusations contre cette nana, ou une autre, fussent vraies, tout le monde applaudirait avec joie et larmes de satisfaction à sa lapidation, sa pendaison ou son incarcération à vie ?

C'est hélas probable, vu les dispositions qui se montrent actuellement...

Ce qui me fait finir sur un des lieux communs distillés dans les milieux alternos depuis quelques années, selon lesquels « la violence contre les dominantEs (® en novlangue) n’est pas de la violence ». Hé hé. Voilà une bonne manière, bien schizophrénique de se déresponsabiliser totalement, de nier ce qu’on fait, et de pouvoir en outre justifier toutes ses petites haines à prix raisonnable. Au reste, c’est une vieille recette. On s’est toujours inventé des « dominantEs » de service, qui dans bien deux tiers des cas étaient plutôt des persécutéEs, afin de pouvoir se défouler sans foulure à la conscience… Je suppose que de nos jours, les « contaminatrices », version moderne des empoisonneuses, en font partie. Et ça nourrit par concordance la bonne vieille blague de l’innocence par statut, ou par essence, ce qui est désormais la même chose pour la perspicacité militante… et institutionnelle. 

 

 

 

Plume

 

 

 

PS : La vie est courte, et la langue n'est pas toujours autant extensible qu'on le souhaiterait. C'est ainsi qu'on se retrouve à pourfendre la bien-pensance alors même que les crapules du gouvernement actuel, manifestement d'une malveillance rare, usent à l'envi de ce terme pour défendre leur pitoyable manche aux voix d'extrême-droite et aux bas instincts de petits propriétaires qui font la puanteur spécifiquement française. C'est aussi deséspérant que de devoir patauger dans les crottes et le vomi, sans parler de la décomposition qui lui est propre, d'un Michel Onfray, dès lors qu'on s'est mise en devoir d'autopsier l'usage du care dans notre fichu pays.

C'est un paradoxe dégoûtant, je trouve, de se voir jouxter par toutes les saloperies dès lors qu'on est seule ! Comme si on se trouvait en leur très sale compagnie sur un théâtre, devant la foule des muetTEs qui savent bien que le silence est d'or.

 

 

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 11:09

 

Je ne sais pas écrire sur les autres écrivantes. Je ne suis, grâce à la déesse, pas critique littéraire pour un sou. Je ne connais que des personnes. Diablement difficiles à dénicher dans le secteur et l’époque où je me suis foutue. Tellement elles se cachent, ces bougres de personnes essentielles et donc réactionnaires, pas politiques ; ces bougres de personnes que je devine pourtant un peu partout aux entournures de celles qui furent mes camarades, là où la plastique présentable se froisse et se fendille. J’enrage.

 

Donc je ne parlerai évidemment pas de ce qu’a écrit durant sa vie Alejandra Pizarnik, cette sœur en émigration. En émigration impossible de ce monde qui nous avale et réavale comme une langue de vache, pour bien nous ravaler à la honte et à la haine. Je laisse ça aux gentes qui scribouillent dans les périodiques.

 

Je me souviens juste aujourd’hui de ma découverte de cette autre, très autre disgrâce, il y a vingt ans, dans une maison de courants d’air et au cours d’un hiver glacial, sur un exemplaire prêté. Découverte des écrits d’une personne qui sans doute n’avait jamais pu satisfaire à ces exigences dont nous n’avons pas le choix. Et qui nous sont substituées dans l’abominable eucharistie permanente de la Valeur, du monde du daisir, du plaisir, de l’intensité et de tous ces cribles meurtriers. De cette personne qui n’était vraisemblablement qu’une personne, ou d’abord une personne, condamnation sans appel et par soi-même dans de telles conditions.

 

Aujourd’hui, Assomption, je suis presque à la rue, moralement comme matériellement ; le tonnerre roule pas très loin. Je songe à ces vingt ans où nous ne nous sommes évidemment pas souvent quittées, non plus qu’avec quelques autres émigrées. Pas quittées mais jamais rassemblées. La mort serait-elle le seul refuge où les émigrées puissent elles trinquer ensemble ? Quel lieu commun dégueulasse !

 

Émigrées. Cela me dépasse d’expliquer tout ce que veut dire ce terme. Nous sommes sorties et la porte a claqué derrière nous, ou bien nous avons été jetées dehors, ou encore expulsées petit à petit, ou enfin carrément violées ; hors de notre peau. Et il n’y a pas d’autre endroit. Il n’y a même plus d’espace. Émigrées donc mais jamais immigrées ; nous n’avons trouvé ni Angleterre, ni Russie, ni Nouveau-Monde. Et encore moins de Suisse. Queudch ! Pas même le réconfort des regards torves de citoyens soupçonneux ; le désert, d’emblée.

 

Il y avait tellement de bonnes raisons à mettre à notre place. Et pas une minute à perdre. Ni surtout la moindre satisfaction, là où nous ne pouvions qu’embarrasser de notre gaucherie scrupuleuse ou incapable. 

 

Émigrées parce que nous ne pouvions pas accepter, et encore moins tolérer. Ah ça c’est ce qui nous sera reproché in aeternum ; peint comme malédiction sur les épaules de nos effigies, dans les belles fresques des églises du progrès, par celles qui « font d’elles ce qu’elles veulent ». Nous ne pouvions pas. Haro ! Ni non plus ne voulions, évidemment. Et surtout pas émigrer. 

 

Où sommes nous, alors, les émigrées, sinon étouffant dans des tubes d’aspirine, enfermées comme des esprits malfaisants ? Des tubes d’aspirine roulés derrière des frigidaires, écrasés sous des matelas, disposés artistiquement dans les choux et les roses de quelques jardins, pour en faire des photos ?

 

Voilà où je nous vois, évidemment incapables de nous reconnaître.

 

 

LPM

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:46


Mes ex-petites copines militantes et conséquemment très-connaissantes ainsi que bien-pensantes m'épatent absolument tous les jours.

Tous les jours pasque mon exil d'émigrée contre-révolutionnaire a ceci de plus, rapport à d'autres temps,qu'il y a l'immédiateté, c'est à dire l'accumulation, d'internet, par exemple. Tant que j'ai encore un accès - après il restera le café-lecture de la sous-préfecture voisine. 

En fait, je crois que je suis d'autant plus épatée parce que je me vois moi-même. Je me vois, durant des années, pourchassant mal, ignorance et mauvaise interprétation, faisant au fond violence à mon naturel qui est de mal-penser. Je n'en ai pas honte. Je vis assez comme ça dans la honte de ce que je suis. Mais je suis quand même bien éberluée de ce qu'on et de - plutôt comment on peut être amenée à dire et à croire savoir pour consolider chaque jour son appartenance au mille-pattes.

Ainsi, je vois que depuis quelques jours, dans les capitales de l'axe du bien, on discute et rognonne au sujet d'un texte "abolitionniste", à tendance je dirais même prohibitionniste, au sujet du tapin. L'article est issu d'une marathonienne de la gratuité et de la thurifération de l'amour, hétéro évidemment. Of tiens... on a beau s'évertuer à en reproduire les formes et simagrées chez les tpdg, on ne produira jamais autant ni aussi bien d'amour, de sexe ni de tout ce genre de chose qu'en hétérolande et assimilé, au fond. Il serait peut-être bon de le reconnaître un jour si l'on veut réellement s'extirper quelque peu de "l'hétéropatriarcat", comme on dit en novlangue pour le tenir à distance de nos piètres vies. Et de laisser ces passionnantes valeurs à ceux qui les méritent...

Je ne mets même pas le lien, ça vaut pas la peine je vous l'assure. C'est tellement du vieux recuit de dame patronnesse que vous pourrez le trouver en original dans les conférences de notre amie Markovitch ou sur le blog de ma très chère Le Doaré.

D'ailleurs ce qui m'intéresse n'est absolument pas ce que raconte cette personne, mais ce que tentent de répondre ça et là des indignées plus modernes. Tentent pasque sur le site où c'est paru, à la notable exception d'un vibrant plaidoyer pour le féminisme new-wave "faire de moi ce que je veux"(avec lequel je serais pourtant assez d'accord s'il n'y avait pas une tonne de non-dits), eh bien aucun commentaire n'a pu passer, si ce n'est trois mièvres approbations. Probable qu'on se sent mal au comité de rédac, ne sachant au fond quelle bien-pensance va finalement l'emporter. Pourtant toute la presse lgb montre la lumineuse voie libératrice, mais il est à présumer que ces personnes ne la lisent pas...

Ce qui m'épate donc, c'est une fois plus l'affirmation de savoir. Alors bien sûr, il y a le néo-légitimisme qui veut, avec plus ou moins de raison, que la '"parole des concernées" ait une priorité et même une hégémonie absolues, et qu'on ne puisse rien dire de ce qu'on ne connaît peut-être pas d'expé. Voie périlleuse depuis que le travail du sexe, dans le milieu, est devenu une mode supplémentaire et un bon point potentiel. Et que d'aucune l'ont proclamé château en pain d'épices et une des clés de la libération des nanas. Ce qui laisse dubitative plus d'une vieille pute, dont j'ai l'honneur de commencer à être un peu sur les bords. Mais justement, commencer ce genre de discussion ainsi revient très vite à jouer de l’argument d’autorité, qui se cache immédiatement derrière les gneu-gneu de « qui est la plus légitime », et qu’Aristote désignait comme le plus faible des arguments, puisque profondément essentialiste.

Dans les faits, tout ça implique simplement désormais qu'il n'y a qu'une parole entendable à la fois sur chaque "sujet", qui est la dernière litanie produite par l'accouplement de la politique et de la sociologie, et passée par les déversoirs idoines. La possibilité même de réalités perceptibles, compréhensibles et intelligibles est, je l'ai relevé cent fois, un délit réactionnaire et "dominant", puisqu'"universaliste" (voir mon post là dessus de l'autre jour).

 

Mais bon, là nous en sommes donc à l'affirmation de ce savoir. Qui aboutit sans grands détours à de bien belles déclarations, qui donnent un petit peu froid dans le dos. Passe qu’on attaque l’article de la nana gratuitaire comme un tricotage de stupidités cinquante fois remâchées. Je suis somme tout bien d’accord. Mais ce qui me gêne c’est qu’on parle immédiatement de… faire interdire ce genre de propos sur le site. Et supprimer l'aryicle en question. Ce qui implique une conséquence très simple. « Nous possédons exclusivement la vérité, tout ce qui n’est pas la vérité est profondément néfaste et doit être aboli, pourchassé, anéanti ». Ce qui pourrait encore se tenir d'un certain point de vue interne, mais devient franchement hilarant lorsqu'on pense que celles qui sous-entendent ça affirment que tout est construit et que rien n'est absolu. Mais déclarent en même temps savoir. Ce qui est incompréhensible. 

Huh huh… J’ai déjà dit quelque part ce que je pensais d’un point de vue qui était persuadé de savoir et de ne jamais croire. Ce point de vue ne connaît pas le doute. Sans barguigner j’affirme qu’un monde sans doute, vers lequel d’ailleurs nous nous acheminons sous la houlette de tas de bien-intentionnés, est un enfer certain. C'est celui des délits de presse, par exemple, si ordinaires sous le second empire, lesquels réapparaissent vigoureusement sous notre espèce de tiers-empire. Ce qui est remarquable, c'est que les alternotes, autrefois visées par ces pratiques, et même il y a pas si longtemps ("incitation à l'avortement" par exemple), en veulent être désormais d'actives protagonistes, concuremment avec les autres pouvoirs. Chacun gèrerait son secteur, tout simplement. Hum - j'ai des doutes pourtant que ça soit si simple et beau et que tout le monde s'en retire content. 

Vous remarquerez que je n'agite pas le sempiternel chiffon du "droit à dire des âneries ou des méchancetés". Ce n'est pas une question de droit. C'est si j'ose dire une question de sens commun, ce fameux sens commun que j'ai, je le confesse, aussi vilipendé longtemps, pour la bonne cause, comme infiniment suspect. Ce sens commun qui veut qu'on dise bien des choses, qui se rentrent dedans ou se fuient, et que ce soit même l'usage même du dire.

Quant au site en question, vu que c’est une espèce de journal internet libertaire, je ne vois absolument pas en quoi on lui demanderait la moindre intelligence des choses. Ni au nom de quoi. Sauf à croire que les libertaires ont jamais apporté quoi que ce soit, vissé la moindre ampoule au plafond. Ce dont pour ma part je doute résolument. Bref, venant d’elleux rien ne m’indigne en soi. Ellils suivent leur bonne petite voie à la traîne de momies qui ont bien trois siècles, et je ne vois pas très bien au nom de quoi on serait fondé à les en empêcher.

Bref, je suis restée épatée, comme je le dis au début, devant l’assurance de mes ex-camarades. Et devant leur ardeur à nettoyer l’espace militant. C’est quand même fou et inquiétant comme les extrémités apparentes du présent se touchent : sécuriser, nettoyer…

Mais le plus beau, c’est quand j’ai lu une proposition, moins ardente que les autres, qui supposait que dans le groupe auquel appartient l’auteure, une petite cellule d’hétéroféministes, il pouvait et même devait y avoir eu dysfonctionnement. Là j’avoue je suis restée coite d’admiration durant quelques secondes. En gros si des choses inconvenantes, trop ringardes et somme toute simplement trop adverses ont été écrites, c’est que les plombs ont sauté. Ce n’est plus même le crime, c’est l’anomalie ! Ca doit donc encore moins exister, si possiible est.

Je connaissais déjà le traitement des adversaires politiques en ennemiEs du genre humain, voire en criminelLEs contre l’humanité, ce qui est déjà bien crapuleux. Mais là on est aux limites de cette fameuse psychiatrisation que les mêmes militantes n’ont pas de mots assez durs pour réprouver. Il est vrai qu’elles ont d’ores et déjà le recours dans leur bissac bosselé ; les mal-pensantes de tous bords, depuis la nana gratuitaire jusqu’à votre petite murène indomptable et intraitable, auront sans doute accès à un lieu de vie, où on fera sortir doucement d’elles-mêmes, en pressant un peu quand même je pense, tout ce qu’elles refoulaient.

Bon, là je vais parler net. Je savais déjà que dans ce milieu safetytaire et consensuel, on est en grand danger dès qu’on ne s’insère pas dans le mille-pattes avec révérence. Mais là, de tels propos, tenus avec un sérieux qui déconcerte, montrent qu’il n’y a plus d’issue, et que le monde militant est désormais parfaitement clos, clôturé, grillagé. Que l’écrasoir menace de tous côtés. Et qu’on ne peut plus s’en échapper, peut-être, qu’en creusant un tunnel ou en s’envolant au dessus de ce nid de je ne sais quoi !

Les cardinaux de l'église transpédégouine nationale sont réunies cette semaine en conclave consensuel très trié à Toulouse. Cela fera certainement date dans la définition théologique de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. J’ai tendance à croire à la puissance dévastratrice de la communion de pensée. Et que les doucereuses propositions qui résonnent dans l’axe du bien vont faire des petits, et même s’épandre, comme dans les films d’horreur, en une gélatine agressive et caustique qu’il sera bien difficile d’arrêter, fut-ce en très mauvaise compagnie ! 

La petite murène

 

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 19:11

Qui ne rapporte pas ne peut compter sur personne.

 

loi sur la solidarité efficace et utile

 

 

 

A suivre

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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 09:57

 

Lesbienne ; pas gouine. Même si lesbienne trans.


Désolée, mais d'expé, gouine aujourd'hui c'est beaucoup trop systématiquement hétéra qui relationnepassionnément et utilement, efficacement, avec tout ce qui traîne, meufs, trans, pédés, mecs profem...

Par hétéra, j'entends ratisser large : celles qui trouvent fondamental de « faire du sexe », qui se définissent et existent par leurs « relations ». Qui « font d'elles-mêmes ce qu'elles veulent » et point. Qui portent leur « fierté » en écharpes rainbow ou se barbouillent en rose fuschia. Pour moi, un monde centré sur le reniflage de cul et la réclamation tous azimuts pour maintenir son existence, sur la concurrence et l'émulation, c'est précisément le monde que d'aucunes appellent « hétéropatriarcal ».

Je ne parle même pas des « transpédégouines », cette hydre consensuelle - une hydre ne se marche jamais sur les pieds - et excommuniante de toutes celles qui dépassent ou s'enfoncent d'une tête.

C'est dommage – gouine eut peu, eut même je l'affirme du être quelque chose de classe. Mais nous gâchons obstinément tout avec notre avidité de ne rien vouloir abandonner, d'accumuler indéfiniment. Désormais, gouine est absorbée, résorbée dans la marmite de glu.

 

Donc lesbienne, résolument. Qui ne se définit pas par si, comment elle couche (même debout !) ni avec qui. Qui sait être seule. Qui sait qu'elle est seule. Qui affirme que nous sommes des personnes. Pas uniquement de commodes et négociables additions de mathématiques « politiques ». Non plus que des « orientations sexuelles », des « histoires sociales » ni même, ô blasphème là encore, des « identités de genre ». Bref, pas des zombies d'idées sur pattes.

Que nous ne sommes pas une case sur le rubik's cube de l'économie existentielle.

Que nous n'avons pas à l'être.

 

Lesbienne, répétitivement, qui n'a pas envie que tout son monde glisse dans un lieu commun aussi masculin que souvent cynique.

 

Lesbienne, qui ne se réapproprie pas. Ce que nous prétendons nous « réapproprier » nous avale.

Lesbienne, qui reçoit. Qui accepte de recevoir. Et donne.

Lesbienne, qui peut trouver que moins c'est mieux. Et que même si pas mieux c'est ainsi.

 

Lesbienne, toujours trop ou pas assez – pas assez surtout !

 

Lesbienne, qui ne converge pas.

 

Lesbienne, qui n'est pas une copine. Encore moins la copine de tout le monde fréquentable, et surtout pas de celles qui rapportent, évidemment...

Lesbienne, qui s'octroie ainsi la liberté suspecte d'être amie ou ennemie. Sans évaluation idéologique. Ou tout simplement d'ignorer.

 

Lesbienne, qui refuse de se ch... elle-même sur la tête aux moindres réquisitions du mille-pattes tpdg et déconstructeur. Et même à ses plus grandes.

 

Lesbienne, même si pour les lesbiennes je ne suis pas lesbienne, et ne puis être lesbienne. Je ne réclame aucune intégration. Lesbienne, c'est aussi être seule de son espèce. 

 

Encore une fois, presqu'impossible de se définir autrement que négativement dans un tel océan de pattex. Zut et rezut !

Emigrée de l'intérieur quoi.

 

Eh ben c'est gai.

 

 

 

La petite poule rousse

 

 

 

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 18:43

 

 

« La raison est impersonnelle de sa nature. Ce n’est pas nous qui la faisons, et elle est si peu individuelle, que son caractère est précisément le contraire de l’individualité, savoir : l’universalité et la nécessité, puisque c’est à elle que nous devons la connaissance de vérités universelles et nécessaires, des principes auxquels nous ne pouvons pas ne pas obéir. La raison n’appartient pas plus à tel moi qu’à tel autre moi dans l’humanité ; elle n’appartient pas même à l’humanité. Par ses lois, elle la domine et la gouverne. Si la raison était personnelle, elle serait de nulle valeur et sans aucune autorité hors de l’individu. »

 

Cité in Blanc de St Bonnet, De l’affaiblissement de la raison

 

 

On ne saurait mieux dire. J'ai exulté en lisant ce passage, dans un vieux livre introuvable et téléchargé. Impression de retrouver de vieilles copines qu'on aurait, que j'aurais moi-même longtemps tenues enfermées ou éloignées.

Ce qui m’épate avec les alternoTEs et autre militantEs contemporainEs, c’est l’obstination, que j’ai moi-même défendue dans ma longue, trop longue période nominaliste, à affirmer que des choses sont politiquement et moralement exactes, et même que c’est un crime contre l’humanité ou la classe opprimée en vogue de les contester – et en même temps à défendre un point de vue complètement relativiste, d’où l’idée même d’universel, de chose qui existe en dehors des perceptions et de « histoires sociales », est bannie comme contre-révolutionnaire. On ne peut pas scier avec plus de constance la branche sur laquelle on s’asseoit.

 

Ainsi donc du terme devenu infiniment péjoratif d’universalisme, qui est censé désigner désormais une perception des choses imposée historiquement par des "multidominantEs". Soit. Ca peut me parler, comme on dit en novlangue. Mais ce qui m’irrite c’est qu’on appelle ça universalisme, du terme même qui désigne la capacité à reconnaître que des choses existent indépendamment de notre subjectivité. On devrait user ici du terme hégémonie, au besoin hégémonie d’une subjectivité ou d’une vision du monde, intériorisée éventuellement. Mais en aucun cas d’« universalisme », comme la pensée déconstructrice et son gourdin de bien-parler nous l’enseignent avec constance depuis quelques années. Avec leur petite copine l’exotisation à outrance qui a fini par avaler autant les exotiséEs que les exotisantEs (ce qui est d’ailleurs un excellent sujet de pensum pour l’étude des rapports de pouvoir réels : comment la culpabilité des unEs mais qui veulent quand même garder présence et profiter contamine tout le monde). Cf mon billet sur « s’occuper de ses fesses ».

 

C’est pourquoi je goûte infiniment cette citation tirée d’un ouvrage parfaitement contre-révolutionnaire, de la bonne cuvée post-révolution française et premier empire, et qui nous rappelle que des tas de choses échappent à notre bon ou mauvais vouloir. Et même que nous les recevons telles quelles. Gloups. Quelle honte n’est-ce pas ?

 

Enfin, à côté de l’universalité se tient la nécessité. Alors là aussi, je sais que ça va probablement aiguiser quelques ressentiments, mais oui, je crois qu’il existe une nécessité. Que tout n’est pas possible, que le principe de non-contradiction par exemple, ou bien les bases matérielles de ce très-bas monde, entraînent des choses inévitables. Qui s’imposent. Auxquelles donc, comme le dit notre bonhomme, « nous ne pouvons pas ne pas obéir ». Geste impossible.

 

Et enfin que tout ça n’est pas « individuel ». J’ai toujours été en guerre avec l’individu et ce qui se ramenait avec. Ça fait bougrement du bien d’apprendre qu’il existe des terres, des lieux, qui ne sont pas sous son égide.

 

Je dois avouer, je tends à mieux respirer, après des années d’intoxication idéologique, en échouant sur cette terre ferme, ainsi qu'une tortue géante qui débarrasserait sa gorge des sacs en plastiques avalés, comme des couleuvres, au gré des courants. C’est fou ce que ces quelques mots me suggèrent d’un seul coup de possible. Yes !

 

 

La petite murène, solidaire des tortues géantes étouffées

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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 08:42

 

Ne voulant pas en faire des « extraits », pratique de pic-vert qui vire facilement à l'abus, je vous signale simplement ce texte de Michèle Causse, laquelle vient de disparaître.

http://www.lestoilesroses.net/article-pourquoi-les-gays-ne-peuvent-ils-etre-les-allies-objectifs-des-lesbiennes-par-michele-causse-38619445.html

 

Je ne suis pas, et de loin, une de ses fans. Ce texte même, s'il me rappelle de bons souvenirs, continue la discussion vaine à mes yeux du primat des signes et de la langue, sanctifie après tant d'autres les arnaqueurEs de la sociologie « de genre », rabâche les catégories constructrices des « individus », et ainsi de suite. Enfin, la déception m'étreint une fois de plus quand je vois la critique lesbienne s'arrêter pile, en dérapage, au bord de ce qui commencerait à mettre vraiment en cause ce qui constitue à mon sens la base fondamentale de ce que nous appelons le patriarcat : la société basée sur la valorisation de la relation, donc la concurrence indéfiniment renouvelée de la course de toutes après toutes.

Pourtant l'éclaircie est là, et depuis longtemps, seulement personne, à part des isolées qui n'ont plus le choix, n'ose franchir les limites de la brume. Car on y parle de rapports entre personnes.

Et c'est là un des paradoxes qui me sidèrent depuis longtemps. La personne est là, au moins potentiellement, elle pèse déjà ou de nouveau dans la balance face à la sacro-sainte relation. Il ne faudrait qu'un fétu peut-être pour un reversement. Mais cela ne peut avoir lieu sans un autre renversement, qui est, sans réplique, de pouvoir enfin désaccoupler qui nous sommes et ces fichues relations qui nous sont imposées comme notre être et déterminent notre catégorie. Bref changer ce que veut dire lesbienne. Que ce devienne en soi et non dans le lien. Bref... ouh là je m'aventure, qu'enfin les femmes deviennent lesbiennes ou les lesbiennes femmes ? En tous cas que les voiles qui obscurcissent et les liens qui entravent soient déchirés. 

 

C'est une lesbienne trans, seule par destin comme par choix, qui dit cela. Michèle Causse, tout à fait à raison, m'ignore – sauf dans une des notes du texte, pleine de sens, sur l'inexorable et répétitive glissade vers le masculin de tous les idéaux féministes, de genre, queer, etc., où nous nous rencontrons quelque peu par delà l'irréductibilité de nos vies. Je la livre tout particulièrement à vos réflexions. Et à bien plus que vos réflexions. Je suis émue. 

 

Plume

 

PS : Mon petit côté bien-pensant, que j'aime aussi : je constate qu'après deux ou trois jours, les médias hétéro, c'est à dire généralistes, n'ont même pas mentionné la mort de Michèle Causse, qui fut pourtant une auteure un peu plus qu'anecdotique. Mais la mère Wittig a-t'elle eu mieux ? Je ne me rappelle pas.

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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