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4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 18:12

Ce titre a été mille fois utilisé, et ce pour la profonde raison que les choses se répètent, même quand on a répété mille fois qu’elles étaient insupportables.

 

Ce qui est insupportable, avec nos amies, c’est qu’elles nous sont toutes dévouées. Indécollables. Et que bien entendu, en échange – puisque l’échange est un des grands truismes de ces dernières décennies – nous leur appartenons. Dans le sens précis où nous faisons, de gré ou de force, dès lors, partie de leur territoire, ce qu’on appelle aujourd’hui l’identité.

Ah l'échange, encore un des ces petits mensonges que j'irai clouer quelque jour sur les murs de je ne sais quelle église idéologique. L'échange est bien sûr obligatoire, chez nous. C'est une annexe du fameux privé qui est politique, vous savez ; ce qui donne latitude à n'importe quelle personne qui est plus forte et existante que vous  (qu'on appelle fréquemment plus légitime en novlangue) de vous en priver, justement, pour en faire sa politique. Et en nourrir ses petites affaires.

 

Nos amies sont ici les bio transphiles, on l’aura deviné.

 

Je dis nos amies. Il est vrai que de nos jours, et surtout chez les militantes, on dit plus sobrement mais aussi malignement nos copines. L’amitié est une vieille, antique notion dont on subodore qu’elle pourrait entraîner des effets néfastes pour le bonheur de l’humanité. Le don sans condition par exemple, sans pedigree renouvelé tous les jours qui certifie que l’on fait partie des personnes socialement fréquentables.

Tandis que copine, c’est comme camarade dans les vieux partis, en plus conditionnel encore. Ne pas oublier que le monde se recrée à chaque seconde. Voire qu'il y a, comme on dit, autant de réalité que d'identités ou de statuts sociaux. Et que ce serait parfaitement réactionnaire d’exiger une suite là dedans basée sur autre chose que la trique de la dès lors inévitable terreur sociale. Ou de soupçonner qu'il pourrait être excessif et injuste d'aider à couper la branche à laquelle se raccroche la personne que vous êtes en train d'exploiter, dans le même moment. 

 

Ce qui est terrible, c’est que nous en arrivons à nous traiter nous-même en copines. Á nous surveiller et à nous envahir, ce qui est, comme je le dis toujours, une véritable performance. Je ne sais pas si cela relève de la schizophrénie ou plus prosaïquement de la bêtise à coloration idéologique. Mais ça fait des ravages. 

 

Le fait divers qui m’inspirait ce billet vient d’une discussion sur une liste mail expirante, d’un groupe lui-même a peu près crevé, mais qui comme dans bien des cas cherche à se régénérer. J’espère qu’il y arrivera. Là n’est pas la question. Mais voilà, ce groupe est de constitution féminine, et voilà qu’un M apparaît. Ce M est trans mais personne ne le sait, à l'exception de peu de gentes. Une personne du groupe demande sur la liste si quelqu’une comprend cette présence. Je lui réponds en mail privé que cette personne, que je connais, est ftm. Et accessoirement sympathique. Je ne pense pas nécessaire que toute l’ancienne liste soit au courant d’emblée de l’identité de genre, puisqu’il faut dire comme ça maintenant, de cette personne. Et en fait, je note juste que la question ne s’était jamais posé jusque là pour ce groupe. Ce qui veut dire qu’elle se pose désormais, mais sans préjuger.

 

Ce mail n’apparaît donc pas sur la liste, comme désiré. J’avoue que c’était aussi un test. Pas plus de deux heures après, la transphile bio de service, comme il y en a deux ou trois sur la dite liste, se précipite sur son clavier et informe généreusement toute le monde, et avec fierté de penser être la seule ou la première à le claironner, que la personne mystérieuse est ftm. Elle ne nous laisse par ailleurs pas un instant le droit d’ignorer que de « vraies féministes » ne devraient même pas se poser de question mais, le doigt sur la couture du battle dress, inclure la personne sans retard. Tout n'est-il d'ailleurs pas connu, archiconnu, et inscrit dans les Textes ? Toute réflexion serait de l'apostasie pure et simple. 

Je ne préjuge donc, pour ma part, pas un instant là-dessus, étant moi-même trans, et sachant combien les fameuses "non-mixités inclusives", à commencer par bio/trans, se sont révélées daubesques et promotrices de violences.

Mais déjà, donc, le vieux principe d’une relative discrétion rapport justement au "statut de genre" des gentes, et de peut-être attendre un peu que l’on parle entre personnes, fut-ce par mail, eh bien tout ça saute. C’est que pupuce ne veut pas non plus que l’on ignore un instant qu’elle est une grande féministe, qui détient réponse à toutes les questions d’inclusion et d’exclusion, et même serait indignée que tout cela ne soit ni mathématique ni automatique. D'ailleurs, je sais que la même personne bio agiterait vigoureusement la tête de haut en bas si on évoquait devant elle le principe de relative discrétion sur l'identité de genre, dont je parlais. Ce petit monde est un fouillis de contradictions et de foutages de gueule, faut bien le dire. Et je ne suis pas en reste à ce sujet, je le confesse bien humblement.

 

Je rajoute avec un malin plaisir que cette amie des trans en est surtout une affable consommatrice, à tous les niveaux. Comme pas mal de ses consœurs transphiles, elle ne saurait vivre sans s’adjuger répétitivement parole, présence, action pour et sur les trans.

 

Comme je l’ai dit, semblable à tant d’autres. Le milieu, ses idéologies, ses valeurs et ses comportements ont fait éclore cette obsession, cette fascination des trans, par des personnes qui évitent volontiers de vivre ce qu’ellils vivent, pasque c’est quand même plus tranquille d’être bio. Mais bon dieu s’arrangent pour ne jamais en manquer. Jusqu’à l’abus, inclusivement.

 

J’ai été encore aujourd’hui attaquée dans la rue, en plein marché. Pugilat. Beuglements. J’ai expliqué récemment que ces soudaines attaques, que je n’avait jamais vécues depuis ma transition, sont causées par la dégradation de mon apparence physique, due elle-même à l’abandon et aux violences subie de la part et dans le cadre du milieu féministe et tpdg ; et singulièrement des copines transphiles. Dont, ô étonnement, la dite agréable personne si prévenante. 

 

Le monde est vraiment petit. En taille comme en diversité de conséquences. Et rempli d’amies. Quand est-ce qu’on crève la panse de ce monde ?

 

 

Plume

 

 

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:31

"BrivadoisE" : adjectif qui désigne ce qui relève de ou concerne la petite cité et sous-préfecture de Brioude, en Haute-Loire, et ses environs.

 

 

C’est marrant, je ne me résous à faire cette première « chronique Brivadoise » qu’au moment où, mise à la rue, je ne sais pas du tout si je vais pouvoir rester ici – ni où que ce soit d’ailleurs.

C’est fatigant, l’ironie de la survie.

Bon, il est vrai qu’elle ne sera que modérément Brivadoise.

 

 

Hier donc je me descends au café-lecture, déjà mentionné quelques fois sur ce blog, en passant. Endroit froid et sympathique, beh oui, de nos jours la sympathie c’est déjà de ne pas se voir agressée. C’est déjà un acquis énorme. Bref à l’intérieur de cet endroit on ne m’agresse pas. On est polie (j’insiste sur le e ; ce café a aussi ceci d’agréable qu’on y est fréquemment une grosse majorité de nanas ; je suis évidemment la seule trans. Probablement la seule de l’arrondissement, depuis le suicide ou l’assassinat de la folle de Paulhaguet il y a vingt ans, laquelle d’ailleurs était plutôt pédé). On compatit vaguement. On s’ingère même d’avancer des espèces de conseils des fois. Bon. Je bois non pas du petit lait, mais de la bière de Haute-Loire, très peu convaincante. Je préférais la Meteor ou l’Efes, je confesse.

Je converse sommairement avec des nanas, que je connais sans connaître depuis des années, comme un peu tout le monde ici (je suis surtout connue, vous vous en doutez). Nous nous trouvons, comme écrivait à peu près mon vieux maître, et en ce moment du moins, sur les rives opposées de l’existence.

Mais ce n'en est pas moins un des endroits qui m'aide à survivre ces jours-ci.

 

Á un moment j’avise, dans la bibliothèque derrière moi (ben oui, c’est un café lecture donc achalandé en livres disparates) un vieux numéro d’Esprit. Un numéro de 80. Période où cette revue, apparemment, se droitifiait quelque peu et se ramollissait mentalement, avec un courrier des lecteurs bien digne de notre époque... Je sais pas ce qu’elle est devenue depuis.

De notre époque… Dès les premières lignes, je suis effectivement submergée de phrases et d’idées qui m’inspirent que nous n’avons pas changé du tout d’époque depuis ce virage du début des eighties, qu’Esprit subodorait comme un cochon périgourdin la truffe, en tapant sur les socialos avec trois ans d’avance. Et en noyant son personnalisme subsistant dans le culte du fait et de l’efficacité. Trente ans. Trente ans qui n’ont servi à rien, je trouve. Enfin ça dépend à qui, bien entendu. Glissade vide et encombrée, d’idées, de profits et de peurs.

Cette revue s’ouvrait évidemment sur l’invasion de l’Afghanistan, et sur le scandale comme le contre-scandale. Le clown Chomsky y proclame que tout scrupule fait le lit des méchants impérialistes. Il ne dit pas autre chose aujourd’hui. Il mourra avec ça sur les lèvres. Ce qui est bien, avec ce genre de formules à vocation universelles, et alors que ce sont aujourd’hui les méchants impérialistes qui sont en Afghanistan, en concurrence avec d’autres gentes aussi peu sympathiques, eh ben c’est qu’elles trouvent toujours leur application. Sans préjudice de leur vérité ou fausseté. De nos jours, les assauts de bêtise se concentrent sur d’autres prétendus « contre-pouvoirs ». Mais le libellé est toujours aussi ferme.

 

Mais quand même, se retrouver trente ans après avec les mêmes pitres, les mêmes affirmations définitives, un égorgement général renforcé et trois gadgets pour en être encore plus vite au courant… Comme une Monarchie de Juillet qui n’en finirait pas, traversée juste de l’apparition du chemin de fer.

On a le sentiment d’avoir vécu pour rien, surtout quand on a eu une vie humainement vide. Et on songe à la mort.

 

Justement, dans le même numéro, infiniment plus intéressante que les controverses sur l’Afghanistan et qui sont les bons et les méchants, une lettre, une des rares lettres qui ne puent pas déjà le néo-poujadisme et la culture de la sécurité. Un type raconte que dans son immeuble, deux vieillards, un couple hétéro, se sont pendus. Et que le concierge s’est empressé de venir lui proposer de reprendre leur apparte.

Il ne faut rien laisser perdre !

 

Et notre écrivant de s’interroger, justement, sur le suicide. Sur le suicide des vieux. Ou des gentes qui ne sont pas loin de l’être.

Je ne comprends rien aux statistiques, c’est une science dont je me méfie d’ailleurs, sur son principe même, cet outil qui crée un monde. Mais le peu que je perçois m’indique qu’aujourd’hui, comme hier, comme avant-hier, le taux relatif de suicide est très important chez les « personnes âgées » (comme si les moins de x années n’avaient pas d’âge). Je ne sais pas s’il est supérieur à telle ou telle autre « tranche », comme on dit aussi. Je m’en fiche. Marre de ces hiérarchies que nous prisons tant, où on n’est considéréE que si on peut aligner à un moment le summum de quelque chose, être la classe championne de quoi que ce soit. Et faire disparaître instantanément tout le reste, jusqu’à nouvelle compétition.

Les vieilles et les vieux se tuent beaucoup.

 

On parle énormément, par exemple dans la littérature LGBT, du « suicide des jeunes », surtout pas hétéros, mais hétéros aussi. On leur consacre structures et refuges. Études et consorts. J’ignore si ça leur profite. Mais on en cause. Et si ça ne leur profite pas ça doit être en tous cas une des sources annexes de profit pour les sociologues bien intentionnéEs du temps présent.

C’est vrai que les jeunes, c’est l’avenir. Je m’excuse mais quand on parle de choses aussi courues on est obligée de faire dans le truisme et la bêtise la plus crasse, les assemblages automatiques de mots les plus répétés. Pas moyen d’y échapper. Donc là vous allez en avoir une bonne coulée. Sorrie !

Les jeunes, en plus, c’est apétissant. C’est pas mes collègues lesb bio ou trans, quadras et quinquas sur le retour, qui courent après la chair fraîche mais aussi l’approbation politique et sociale, qui vont me contredire ! Toute leur énergie passe à se grimer en jeunes, à adopter les modes de pensée jeunes, à s’entourer de jeunes et à se taper des jeunes, ce qui est évidemment la but de la vie chez des gentes bien équilibrées et conscientes de leurs intérêts.

Juste une moyen vieille de temps en temps pour la diversité. Et s’accrocher une « identité sexuelle » de plus à la jarretière.

 

Les vieilles, les vieux, c’est moche, ça pue, c’est quelquefois triste, ça rappelle que la vie n’est pas éternelle et que sur la fin on se décompose toutes vives. C’est très bien que ça crève de manière invisible, si possible dans des mouroirs. Seule exception, quand on a un bon niveau socioculturel, comme on dit. Et encore, c’est tout à fait arbitraire. Pour une peintre lesbienne qui est morte l’autre jour chez elle dans les bras de sa dernière amante, combien sous le train, avec des médocs ou en hosto ? Lesbiennes, pédés ou hétéros ou rien du tout. Vieux.

 

J’ai bien conscience de répéter ici ce qui a déjà été dit trois mille fois. Mais bon, je suis toujours féministe, que ça vous plaise ou non, et une des choses que j’y ai appris, dans le féminisme, c’est qu’il faut s’accrocher, répéter sans cesse, affirmer les saloperies et iniquités qui se perpétuent elles-mêmes indéfiniment. Sisyphe.

 

Et voilà. Hier je songeais à cela, et encore à ce déjà ancien article d’Hélène Hazéra sur vieillir quand on est trans, et ni Bambi ni Coccinelle. Et je me demande, qui, sur Têtu ou Yagg ou toutes ces citadelles du bon goût lgbt, émet l’idée que les ancienNEs ont aussi souvent besoin de refuges. Les vieilles trans, les vieilles gouines, hein ?

Quelques unes s’en occupent elles-mêmes, mais la plupart succombent dans la solitude et la pauvreté ; sans parler de la haine et du dégoût universels.

 

Ouais.

 

Puis je suis sortie dans la rue et j’ai expérimenté ce que je vous disais l’autre jour sur la défiguration consécutive au massacre social par les personnes bien. J’ai été agressée pour la première fois à Brioude. Pour la première fois depuis sept ans. Tellement ma tronche est défaite.


Merci les copines !

 

 

Plume

 

 

 

 

 

 

 

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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 07:37

Cet article est très, très mal écrit. Je sais. Il essaie juste de causer de ce que je perçois, et quelques autres je crois aussi, comme une virilisation du monde et des gentes par ressemelage consensuel et émpressé avec tout ce qui fait la panoplie des poupées-mec.

Très mal écrit pasque je n'ai plus guère de tête, comme expliqué récemment, et que je suis désormais à la rue, moralement et matériellement.

 

 

Il y a quelques mois, alors que j’étais encore en ville et rasais les murs, mon regard avait été attiré dans la rue par des affiches ou de des placards publicitaire qui présentaient des personnages faisant un peu « ftm de rêve ». Masculins mais lisses, visiblement calmes, gentils et serviables. Trop. Alors, j’ai complètement oublié leurs noms, mais je me rappelle très bien qu’il s’agissait d’une part de ce que je crois être un personnage de jeu électronique (mais non, pas Super Mario, bande de… ; je suis vieille mais je sais faire la différence !). Et plus tard du héros d’un film, qui semblait être une espèce de semi-robot interplanétaire. Là aussi j’en ai oublié le nom. Actifs mais pas crispés.

J’avoue, ça me paraissait le signe d’un infléchissement des idéaux masculins. Oh, je ne m’en réjouissais pas pour autant. Vu que c’était vers une virilité « acceptable » qui, sait-on jamais, aurait été rejoindre par une lente convergence celle qui est, depuis quelques années, suggérée dans les milieux féministes et transpédégouines. Où, quoi qu’on en dise, il vaut mieux être « neutre » et grisounet que fem. Ca fait plus naturel, moins socialement construit.

« Chassez le naturel, il revient au galop »… « Quelle sacrée revanche », comme chantait – prémonitoirement ? – OTH y a quelque chose comme vingt cinq ans.

(Beh ouais, j’ai décidé de ramener mes vieux disques, ceux que je n’ai plus mais qui sont encore dans mon hippocampe – et je tire mon chapeau à ma vieille amie A., qui s’ingère désormais, au volant, d’abreuver la rue de vieux crooners, en protestation contre le présent !).

Et au risque d’être encore une fois désagréable, je préfère être une fem visible à cinquante pas et qui se souvient d’OTH, obstinément à contre-sens sur l'autoroute de cette époque sinistre, une murène qui remonte le courant quoi, qu’unE des innombrables clones andros à petit bout de tissu fuschia sur battle dress, branchéE en boucle sur Revengers pour que nulLE, à commencer par ellui-même, ne puisse douter un instant qu'ellil est tout de même féministe commyfaut. Oï !

 

Nous dévalons vers un chaudron d'uniformité inquiète, tout au long du toboggan d'un temps qui ne tolère plus la moindre faiblesse, et encore moins le manque assumé. Ah certes c'est séduisant, même votre petite murène a pu, il y a longtemps, en être attirée de cette gynie honteuse d'elle-même, très andro. Mais pourquoi, hein, cela séduit-il ? N'est-ce pas parce que nous savons très bien que la puissance, réelle ou imagée, est allée s'y installer, et que c'est ça qui nous fait triper. Coming to power, comme revendiquait la mère Allison. Eh ben non merci, quand je vois le monde que ça donne ! Et à commencer par comment ça se passe dans le milieu, parmi les "gentes responsables"... Cynisme et malveillance sortent de toutes les bouches d'égoût, en attendant la violence pure. Classe ! Comme ça on ressemble de plus en plus, à notre manière, à ce pays de m... tout entier, où la peur, la haine et l'union qui fait la force se déchaînent présentement. Beurk, comme dirait Elly.


Mais bon d..., c'est y qu'on est bête, ou qu'on est méchantes ? Ou bien y a-t'il autre chose, contre laquelle nous serions impuissantes, mais sans vouloir le reconnaître ? - puisque être impuissantes c'est pas bien, c'est contre-productif...

Et pourtant nous étions des personnes plutôt sympathiques, capables de mouvements excellents. Peut-être même de changer des choses, comme on dit. Alors pourquoi glissons nous dans cette débâcle politico-morale ?

 

Pasque, ça, c’est un des monstres lacustres du marigot alterno et néo-féministe, de ces sujets qu’on aborde entre personnes sûres et un peu à portes fermées : la glissade toujours plus accentuée vers les valeurs, images, voire comportements masculins – mais attention, « masculins émasculés ». Enfin, émasculés, qu’on y croit… La fameuse réappropriation, vous savez – celle dont je dis depuis un moment que c’est une blague très périlleuse. Pasqu’on s’imagine benoîtement que les chauses, les signes, les actes, les comportements même, ça se démémbre facilement, ça se choisit au détail, puisqu’on a tout déconstruit !

Je n’y crois pas un instant, et je pense au contraire qu’on est une fois de plus dans l’arnaque et l’avalement par ce qui s’obstine à être le positif et la valorisé dans une société… de valeur, justement. Et qu’on ne renverse pas la valeur, le « fonctionnement valeur », à volonté. Surtout si on ne s’attaque pas à la valorisation elle-même. Mais bon…

Que ce soit un mouvement tout à fait général, de tout ce présent, majoritaire ou alternatif, vers l’utilitaire, l’efficace, l’opportun, le cynique, le culte de la force (aisément tortillé par quelques sophismes du genre « la violence contre les dominants n’en est pas vraiment ») – eh bien ça ne semble pas poser problème à grand’monde. Pourtant, j’entends de plus en plus se lamenter des conséquences… Faudrait savoir.

Mais voilà : le nouvel essentialisme légitimiste enseigne que le statut est tout ce qui serait « signifiant », et que ce qui est alors vu comme ses « éléments » n’est qu’outils. Qui ne porteraient rien en eux-même, puisque tout est dévolu à ce qu’on est. Bref, qu’il suffit de ne pas être un mec bio blanc et bourge (je schématise, mais à peine, vu ce que je vois écrit sur divers tracts récents) pour devenir une personne classe ; mais qu’on peut et même qu’on doit récupérer une grande part de ce qui constitue la panoplie habituelle du personnage. Se les « réapproprier », encore une fois (je martèle).

Ben, non, je pense que tout cela est une daube. Et que ce qui fait, par exemple et au hasard, le patriarcat, ce sont des actes, et non une figure. Et que ces actes, ces éléments, avalent et incorporent n’importe qui à cette dynamique.

Encore une fois, c’est la revanche de ce qui prime toujours sur le désir : le réel. Ce qui se passe, quoi.

Et je suis épouvantée à l’idée qu’on se mette toutes à se comporter… « comme des mecs », peut être, mais surtout comme des crapules ! Fems comprises, évidemment, parce que je ne crois plus un instant que l'habit ni même l'habitus ne font la moniale !

 

Or patatras. Un article du Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/20/les-nouveaux-super-heros-sont-des-super-machos_1400838_3224.html) m’affirme que, bien loin de jouer la carte de la « dévirilisation du masculin », l’industrie de l’audiovisuel promeut massivement et à la demande comme à l’allégresse générales des « modèles » parfaitement ignobles. Virils au possibles, cyniques, immoraux, imprévisibles, violents. Positifs, affirmatifs, conquérants. Et aussi, surtout peut-être, indifférents au mal. M6 partout, quoi.

Mais voilà, ce sont des modèles qu’on retrouve également à très grande distance de M6… Chez des gentes plutôt sympathiques, et je dis ça sans ironie. Bon, cyniques, éventuellement imprévisibles pour surprendre l’ennemi… ça j’aurais tort de m’en étonner puisque ce sont là des évidences comportementales contemporaines. Très partagées, sauf par des loosereuses, quoi. Celleux qui pourraient pas, en gros.

Utilitaires. Pour faire « avancer le monde » et promouvoir un « point de vue politique », c’est comme pour faire triompher le bien et le profit, il ne faut pas faire dans le sentiment, ni donc par conséquent être des femmelettes.

Mais voilà, en plus y sont violents envers celleux qu’y faudrait pas, abusifs, ouvertement infects. Et l’auteur de l’article de s’inquiéter de l’effet sur les jeunes garçons. Eh eh.

Je n’ai aucune raison de penser qu’il s’agit là du fruit d’un ténébreux complot de masculinistes québecois qui écoutent « mon fils ma bataille » en boucle sur leur mp3. Si ç’a tant de vogue, c’est que la représentation de ces attitudes et comportements fait triper, rêver, et beaucoup de monde. Des mecs d’abord, sans aucun doute – mais pas que. Hégémonie du désir, hégémonie de ce qui est désiré.

 

Bref, une fois de plus pétition générale pour adopter les modes de comportement et d’identité valorisés, c'est-à-dire, platement, masculins – gagnants, producteurs de plaisir à tout prix.

Et cependant aterrement devant les conséquences. Ce qui en ressort sans cesse. Ces fameuses conséquences dont personne ne veut, contre lesquelles on édifie les digues les plus redoutables – et toujours inutilement. La source en est à l’intérieur de (presque ?) chacune d’entre nous. Ça doit être ça l’intégration.

 

Intégration j’en sais rien. Incarnation plutôt, les idéaux s’incarnent, vieille rengaine. Mais quelle sacrée revanche pour… pour quoi au fait ? Puisqu’on revient à l’affaire agitée plus haut : sacrée revanche pour la masculinité, simplement, ou bien pour tout ce qui en a fait et en fera le terreau, et que semble-t’il toutes les gentes soucieuses d’exister se disputent avec rage ?! Et pour le monde qui en renaîtra opiniâtrement, comme le phénix ? Ou plutôt comme une très sale blague.

 

Mais perdre ou lâcher pour en sortir, qui voudrait tenter cette martingale ?

 

LPM

 

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 08:28

Je savais déjà ce que représente être envahie dans sa tête, rendue cinglée par la déconstruction de la réalité, expulsée de ce qu’on est par le libre-marché des identités. Expropriée de sa vie par celles qui en voudraient bien deux ou trois.

Mais hier j’ai découvert qu’on pouvait aussi en être défigurée.

 

La sécurité sociale s’évertue à achever l’attribution de nouvelles « cartes vitale » arborant nos trombinettes, histoire, hein que personne ne puisse aller se faire soigner sur le compte d’une autre ! Qu'on puisse surtout pas s'entraider. Ça aussi c’est une des conséquences du règne du care que nous annoncent les Joly (une juge-présidente, génial, j’en ai déjà parlé je crois). La portion la plus congrue pour toutes les égrotantes, qu’aucune ne soutire une cuillerée de trop, et encore moins y prétende, vu comme le bouillon va être restreint. On ne parle évidemment ici que pour la piétaille, qui n’a pas accès au marché noir ; là où les valeurs mises en circulation relèvent de la puissante évidence et non plus du calcul... Passons, on y reviendra, je vous le promets.

 

Je reçois donc un courrier comminatoire m’annonçant que de toute façon ma vieille carte est invalidée, encore plus que moi-même, cent pour cent. Et qu’il me faut envoyer une photographie, prise selon toutes les règles en vigueur, pour en obtenir une autre. Docile comme une petite murène sous hormones et xanax, je m’exécute. Et m'achemine à cette fin jusqu'à la mini galerie commerciale du Champion de ma sous-préf’ (désormais c’est Carouf market, mais pendant deux générations tout le monde l’appellera Champion encore).

 

Déjà, désarroi total devant la machine et son fonctionnement. Je finis par appeler à l’aide une employée, je ne comprends rien.

 

On finit enfin par avoir les photos demandées, et là – okay, je vois en un instant ce que mes yeux et le miroir ne peuvent pas, ou plutôt n’osent pas me dire. Le produit fini d’années d'abus et de maltraitance, de la perte du "réseau social" après la rupture, de calomnies opportunes, d’excommunication et relégation de tout mon milieu, enfin du logement même qui saute. Le résultat de dix-huit mois de démolition tranquille et sans souci, qui n’ont donné mal à la tête à personne. Le résultat de ce qu'on lit dans des tas d'excellentes brochures pour bonnes têtes bien faites. Et qui regardent toutes dans la bonne direction, comme sur les affiches révolutionnaires. 

 

Je ne reconnais pas immédiatement l’espèce de trav’ aux traits défaits, tirés, qui fixe l’objectif désespérément. Il y a bien dix ans qui sont passés par là, et même autre chose que du temps accéléré. Une désintégration. La promesse de la folie à courte échéance, qui toque visiblement au soupirail. Ah ça va rigoler, à Rennes, au centre des cartes vitale, avec cette tronche, le 1, etc etc. 

Je songe à ce qu’Hélène Hazéra écrivait du vieillissement, de la destruction de nos physiques et de nos visages, par la maladie, mais aussi par les violences. Je ne pensais pas, j’avoue, l’expérimenter si tôt.

Ces têtes défaites qui fascinent les enfants dans les magasins et attirent l’agression dans la rue.

Je songe aussi à ce que m’écrivait l’autre jour, après dix mois de silence, une lointaine connaissance, elle aussi plus qu’isolée. Qui vient de vivre l’enfer, ou quelque chose d’approchant, si je comprends bien, et commente sobrement « c’est mauvais pour l’espérance de vie ».

Je la crois.

 

Notre magnifique fonctionnement de cannibales efficaces et utilitaristes consomme donc même les visages. Encore une fois, ne rien laisser perdre. Liposuccion sociale, yeah ! Il y a sûrement une correspondance qui fait que les pommettes d’une autre sont rembourrées de ce que les miennes ont perdu. Ou sinon, le visage du mouvement, tout simplement, délivré d’une verrue.

Mais une chose me paraît certaine ; ainsi que je l'ai dit de l'économie de la honte, par exemple : Notre défiguration, à quelques unes, sert la figuration générale.

 

 

Plume

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28 août 2010 6 28 /08 /août /2010 12:37

Mamamélis/NQF ! En voilà encore un attelage absolument étonnant. Mais bon, pour une fois la petite murène va en dire du bien. Pasque voilà que cette attelage réédite une (bonne) traduction du déjà ancien bouquin de Rich, La contrainte à l'hétérosexualité. Dix-huit euros, trois paquets de tabac quoi, c'est raisonnable. 


Bien sûr, la petite murène parle, elle, carrément de contrainte à la sexualité tout court, ainsi que des joies du monde de valorisation et de concurrence qui y est indissolublement lié, comme par mariage. Mais il se trouve que la vieille garde lesbienne bio avait fait, à ce sujet, un travail de sape qui pourra se retrouver si nous acquérons un jour la volonté réelle de sortir de cet infernal paradis. Et que si ce que nous appelons, à raison mais limitativement, le patriarcat ou l'hétéropatriarcat est basé sur ces deux contraintes, eh bien il y a eu du boulot de fait de ce côté là, précisément en une époque devenue "anachronique", avant 80 quoi, afin de préparer le dégonflage de la baudruche qu'enfle actuellement la réclamation des "bienfaits" de cet ordre pour toutes.


A cette heure, on n'y est donc pas, ça c'est sûr. Mais les écrits restent.


Et puis, et puis, ça c'est un aspect de la chose, si obsédant soit-il en notre époque bénie. Mais il y a vraiment plein de trucs très classe, et redoutables aussi, chez Rich et ses consoeurs.Oubliés.

On a beau dire, mais toutes ineptes, toutes naïves qu'aient pu être à certains titres ces années que la petite murène n'a pas connues, eh ben quand on ouvre, à défaut d'une porte, des livres, il en vient comme un air frais dans l'étouffante atmosphère de notre temps qui a tout compris, tout prévu. Ce dont nous sommes un bon nombre à crever. De diverses manières il est vrai, puisque la diversité y est indiscutable. Mais en tas.

 

LPM

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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:17

Me baladant dans les méandres du net, je tombe sur un blog, hébergé par le monstre de sollicitude sociale qu’est rue89, et qui déplore la triste condition de mecs « contraints aux plaisirs solitaires devant un écran ». On parle d’une « caste sociale » défavorisée, évidemment – comme dirait ma chère Delphy, la Zola de la postmodernité. Je resterai dans l’ignorance définitive de si les « fils de bourges » sont dans une situation profondément différente, s’ils disposent majoritairement de chair fraîche que le blogueur suggère féminine, plutôt que de simples vidéos hétéras. C’est fort possible. Mais je m’en fiche un peu. Là n’est pas la question. Enfin si on peut parler de question, puisqu’il s’agit d’une affirmation : les zhommes ont besoin de sexe, beaucoup beaucoup, donc de nanas pasque ce sont des zhommes. (Accessoirement de tout ce qui est troué quelque part, excusez ma verdeur, mais de fait c’est à quoi on assiste…) Et une organisation sociale digne de ce nom se doit de leur en fournir, d’une manière ou d’une autre, pour qu’ils ne soient pas déshonorés par des branlettes, solitaires ou non. De toute manière, et tout particulièrement pour les mecs, pas multibaiser, comme vivre seul, c’est la honte. C’est en tous cas ce qui sous-tend tout le texte du blog en question.

Ça donne vraiment encore moins envie de « social ». Que les mecs disparaissent ! Ça nous fera de l’air, comme disait Valérie. On aura déjà assez de merde à pelleter comme ça.

Évidemment, mon lobe de cerveau resté inaltérablement féministe se cabre.

Pas trace par ailleurs dans le petit texte du blog en question d’un « désir féminin », que l’on comprend sans peine être comme d’hab en creux du désir masculin. C’est même là aussi évoqué sans guère de détours.

Mais ce qui m’épate est encore plus profond, si j’ose dire.

 

Ce qui me sidère donc, c’est ce magnifique attelage : la contrainte au plaisir. Nulle part je n’avais trouvé exprimée aussi lapidairement, brièvement et si j’ose dire crûment ce qui me semble faire l’essence, le noyau de l’idéologie relationniste contemporaine. J’use de ces vieux mots, je n’en ai toujours pas trouvé d’autres.

 

Bon, je vais vous dire, là je ne vais pas m’étendre. Déjà dans ma folle jeunesse je rêvais d’une poudre stérilisante que l’on répandrait sur toute la planète. Là je propose rien de moins que la cure générale de libido mâle à grandes doses d’acétate de cyprotérone. Vous savez ? Notre cher Androcur® qui fait tant de vagues chez les mtfs pour ses divers effets et contre-effets, mais que je crois, d’expé qui plus est, tout à fait idoine à éteindre ces pénibles ardeurs.

Au reste, tiens, cela me semblerait également amusant de bombarder le net de pubs pour ce génial produit. Ça nous changerait du Viagra !

 

Cependant, même une fois le remède appliqué, si cela se pouvait, resterait cette phrase qui m’épouvante, parce qu’elle représente pour moi le condensé d’un monde. ContraintEs au plaisir. Nolens volens. Y faut jouir, et tout particulièrement sexuellement, sinon on est je suppose censéEs développer des frustrations. Or les frustrations c’est très mal. Se réfréner est suspect. On ne le doit qu’en cas de péril social identifié, estampillé, et de coups de bâtons imminents. Ça entraîne des maladies. Baiser aussi d’ailleurs peut en entraîner mais il paraît que les implications symboliques en sont alors radicalement opposées. Les maladies de la frustration, à supposer d’ailleurs qu’elles existent vraiment pasque j’ai un doute, sont beaucoup moins honorables.

En fait ce qu’on désigne, quand on pense aux méfaits de la frustration, c’est à un déficit d’estime de soi, produit au moins aussi important que l’adrénaline et autres hormones dans une société où tout doit avoir une valeur. Pour avoir une valeur, condition indispensable pour se supporter, il faut arborer de la production sexuelle. Comme en un autre domaine, pour avoir de quoi vivre, il faut généralement produire des biens ou des services (ou être invalide, héhé). J’ai déjà répété cette analogie très simple et bébête un grand nombre de fois. Dans les deux cas, on pourrait dire que l’organisation sociale et idéologique en fait une contrainte. Et nous y revoilà.

Décidément, je suis toujours au pied de ce texte sur la relation et le sexe comme valeurs, abstractions réelles qui nous dévorent, au sens quasi-marxien du terme. Je n’ai jamais réussi à m’y mettre, le morceau est énorme. C’est comme un monolithe monstrueux dont on serait toujours à faire le tour, sans pouvoir le boucler, mais au contact duquel sa taille même nous maintiendrait où qu’on aille. Et ce monolithe c’est nous. Il y a des aspects où notre piétaille fourmillante est incroyablement monolithique. Notamment quand on parle des choses sacrées.

 

Des tas de gentes parlent et reparlent de liberté. J’avoue que ce mot est devenu une telle paillasse que je ne sais par où le prendre. Pourtant, il garde, obstinément, son aura, et aussi son vieux sens de capacité à trancher, à faire ou à ne pas faire, ou à faire autre chose. Eh bien je ne vois absolument pas quelle place il reste à liberté dans un monde régi par la valorisation. Ou plutôt si, je la vois : la liberté n’y peut plus être qu’un danger mortel et une disgrâce probable, à moins de servir, encore une fois, justement, de tapis pour s’essuyer les pieds avant d’aller toujours dans le même sens et de remplir ses obligations. De céder à la contrainte. Avec cet abominable progrés  sur le titre fameux d’un article féministe toujours à relire, de N.C. Matthieu, que désormais, avec l’idéologie pro-sexe, etc., la contrainte a définitivement annexé le consentement. Celui-ci est même, en apparence du moins, enthousiaste ; on se précipite à la foire d’empoigne avec fureur. Même les éclopées y retournent. Beh… comment faire, quand le refuser serait perdre immédiatement toute épaisseur existentielle ?

On ne parle d'ailleurs souvent plus de liberté, mais de libération. Et de libération de quelque chose. Ce fameux « quelque chose en nous » qu’il importerait instamment de déverrouiller. Cette avidité qui ressemble quelque peu à ce qu’on appelle la « consommation », de l’excitation de laquelle les bienfaits ne cessent de nous dégoutter sur la figure.

Bref, quand on cause de « libération »… Tendance à me méfier de quoi désormais. Ce quoi se cachant facilement derrière un « qui ». Un sujet privilégié ou légitime, comme on dit en novlangue.

 

Á cette contrainte bien hiérarchisée. Mais qui pourrait très bien fonctionner avec une autre hiérarchie ou même sans. J’en suis persuadée. C’est pour cela que depuis un moment, je crois franchement que le menu des mouvements de libération de genre, d’identité, de sexualité, finiit par être la revendication pour touTEs de ce qui fait le patriarcat, à l’exception de la domination des hommes bio (et encore, y z'ont pas de mal à rentrer dans les critères, avec le boom de l'autodéfinition). Ce qui évidemment pose un problème de dénomination. Mais à part ça tout y est : valorisation effrénée, violences inévitables, angoisse de ne pas être ou faire assez, culpabilités diverses, concurrence… Ordre basé sur la réalisation d’un devoir être, quoi. Et un devoir être, pour encore une fois user du langage registré, naturalisé, évident. La contrainte travestie en besoin irrépressible. Et les enjeux réels de même : le plaisir en masque de clown, sur le visage moins plaisant de la valeur sociale.

 

On va me dire que je me répète, que je ne suis guère variée. Ouais, et le matraquage pro-relations, depuis les moindres pubs jusqu’à la plus vigilante militance de genre, il est varié, lui ? Foutez vous pas de ma gueule. Tout le monde réclame la même chose, depuis les mecs bio hétéros de base jusqu’aux plus exotiques des « identités ». J’insiste sur « réclame ». C’est une réclamation universelle. Un universel engouement, une obsession qui s’épaissit d’année en année. Mais dont on sent bien aussi qu’ils sont incités par un véritable bulldozer qui pousse par derrière.

Et par ailleurs, mais ça j’en ai aussi bien des fois causé, personne ne veut des conséquences désagréables d’une pareille réclamaison. Niet. Pas même les dits mecs bio hétéros, qui trouvent le moyen de couiner aussi, pasque des fois on leur refile une chtouille ou une baffe pourtant bien méritées ! Que ce soient les masculinistes les plus crasses ou Act-Up, accord général sur le fond : y faut produire de la satisfaction haletante. Le salut du monde en dépend !

Y a pas un moyen, une intention de sortir de ça ?

 

Pas de conclusion. La seule conclusion possible serait en acte, ou en non-acte. Le sabotage de la « machine à aimer », définie dans une prémonitoire chanson de vers 1980. Et le refus de la contrainte au plaisir. Sans ça, je suis persuadée qu'on s'enfoncera toujours plus dans le dégât et l'entredévoration, tout en nous lamentant. Ce qui est quand même assez ridicule.

 

 

La petite murène

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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 18:11

« Quand on quitte le monde, on n’est jamais seule ; on n’est seule que quand on est quittée par le monde. »

« La vérité, c’est que tout le monde a la haine de la solitude »

Jeanne Bloy

 

 

C’est le diagnostic que la féline personne qui abusa quelques années de la petite murène, et même de ses quelques sous, posa un jour pour déterminer l’opiniâtre réticence de la poissonne à accepter l’inacceptable. Elle aurait même bien pu dire autisme moral, voire même, dans son langage, politique, puisque ces catégories se mélangent désormais de plus en plus intimement. Voir ce que j’écrivais, un peu éberluée quand même, dans un récent post. Une attitude politique ringarde est désormais tout uniment considérée comme maladive, chez les constructivistes. . 

Il est donc à supposer que pour ce genre de personnes, l’autisme psycho-politique est une attitude pathologique binaire qui est caractérisée par la propension répétitive à estimer que tout ne se vaut pas, qu’il y a du mensonge possible et même de la vérité (!), enfin qu’il y a des choses qui ne se devraient pas faire, d’autres si, etc.

 

Heureusement, un article paru dans Le Monde va rassurer les militantes et autres genderfuckers qui ont peut-être, dans leur entourage, et sans pouvoir le savoir avec certitude (ce qui est bien la peur maximale éprouvable chez ces gentes), de ces néfastes autistes qui font diminuer la jouissance maximale, laquelle est notre PIB.

 

En effet, de même que l’on peut à présent éviter aux enfants à naître d’être des garçons manqués, on peut également détecter et prévoir l’autisme. Alzheimer aussi d’ailleurs. Demain sans doute on pourra dénicher les abuseuses potentielles, ainsi que la propension aux boutons mal placés, et nous serons pour de bon dans le meilleur des petits mondes possible !

Par contre, comme on est chez les bien-pensantEs, il sera strictement hors de question que l’on s’ingère à essayer d’imaginer si une personne intéressante a des chances de devenir gouine, ou trans, ou quoi que ce soit de ce genre.

La liberté et même la prescription de prévision ne doit s’exercer que dans le sens de la plus grande malveillance possible. Notre cher gouvernement de cinglés ne dit pas autre chose. C’est l’essence du care et le prix à payer pour la safety.

 

Mais peut-être est-ce aussi qu’une fois de plus on a trouvé un vocable utile pour éviter d’en user d’un autre. Et cet autre c’est la solitude. La solitude est une condition. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas non plus seulement, comme on dit chez les gentes qui ont tout compris, « un  produit des rapports sociaux ». C’est quelque chose de plus significatif encore. Il n’est pas facile de prédire qui sera seule. Mais il y en aura toujours, comme des pauvres, des malades ou que sais-je, de toutes ces conditions que les bien-pensantes voudraient bien faire disparaître. Et ne comprennent pas en quoi et pourquoi elles sont inévitables, surtout dans le monde que mijotent les dites bien-pensantes. Il est ainsi inévitable qu’il y ait des isolées et des seules si l’ensemble et la relation sont des valeurs, des angoisses et des buts férocement disputés. Et plus qu’on y prétendra, plus qu’y en aura. C’est une némésis bien plus conséquente que les mathématiques politiques qui affirment pouvoir décrire la place de chacune, et donc la lui octroyer, en une douzaine de clics et trois ateliers.

 

La solitude ne se répare pas, ne se compense pas, ne s’abolit pas. Voilà ce qui déroute et inquiète les militantEs. Elles ne la contrôlent en aucune manière, ne peuvent y trouver la moindre solution avec leurs algorithmes. Et néanmoins elle est significative. On ne peut non plus simplement la noter et puis baste. Elle détruit par sa simple présence le consensus de croissance et d’accumulation qui fait le pacte des bonnes vivantes. La solitude n’est pas une circonstance, c’est un caractère indélébile, que l’on porte avec soi et qui se creuse avec le temps. Voir ce que j’en ai dit déjà dans Chimères et coquecigrues.

C’est un bâton perpétuel dans les roues du progrès.

Et elle n’est pas portée par n’importe qui.

On y est amenée, comme à d’autres choses, comme à transitionner par exemple.

Mais les zensembles lui donnent facilement un petit coup de pouce, avec les meilleures intentions du monde, ou les plus sales calomnies, c’est selon, et même ça se peut cumuler. Encore un ignoble paradoxe : plus on est seules, plus on dépend terriblement de la judicature de ce monde d’assemblées.

 

Bref, on ne peut ni l’évacuer comme « apolitique », inconséquente, ni la traiter comme politique. On peut au mieux nous assassiner pour être débarrassées un instant. La solitude est un des aspects de la vie qui combat le plus le mode de « politisation » que nous (beh oui, nous, j’en ai été et en suis encore à ma manière) avons prétendu et cru le coin pour percer la cuirasse. Et qui se révèle, depuis quelques années (mais des amies l’avaient déjà identifié ainsi il y a quarante ans), au contraire, part intégrante de la dite cuirasse, se signalant par son opportunisme utilitaire. Et nous sommes enfermées dedans. Les seules comme les autres. Les seules comme émigrées incurables. D’autres comme citoyennes à divers titres. Sans parler des invisibles. Tout ça ne peut évidemment pas bien finir.

 

Incurables dans un monde de guérisseuses impénitentes, qui se croient un peu sorcières parce qu’elles font diverses simagrées, calculent des taux de redevance sociale, ou scandent « Vo-ga ! ». Guérisseuses surtout parce que le moins n’est jamais bien, et que nous sommes jusqu’aux chevilles, et à l’envers - la tête la première, dans une époque où, comme me l’écrivait il y a quelques temps une vieille amie elle aussi émigrée temporelle, « mieux vaut mentir que souffrir ».

 

Or, il n’y a rien de si conforme à la raison que la solitude. Rien de mystique ou de magique n’y est nécessaire. Et on peut bien en ajouter tant qu’on veut, cela est étranger à une condition qui est, à l’inverse, un manque, un trou et une interrogation irréductible.

 

Bon, vous me direz que quand on a dit ça on n’a vraiment pas dit grand’chose. Je le reconnais sans peine. Mais voilà, même quand les mots manquent ou plutôt ne disent rien, sont infiniment rebattus, blasés et banaux, ont enfin été confisqués par celles qui en avaient un bien meilleur usage, eh bien la chose, le fait, la personne est là. Présente et perceptible. C’est la malédiction du réel. Même quand on prive les inopportunités de mots, de ce fameux langage qui paraît-il fonde et justifie tout, eh ben elles sont toujours inévitables, on trébuche dans ces courants d’air opiniâtres à vague figure humaine. Zut alors.

 

 

LPM

 

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 08:21

 

Pfouh – tiens, encore le monde du care qui fait des siennes. Décidément, si jamais je sors de la galère que m’ont galamment offerte mes petites camarades pour mes quarante-cinq ans, il faudra que je le torche, cet article sur le monde rêvé des caristes.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/en-allemagne-ouverture-du-proces-d-une-chanteuse-accusee-d-avoir-transmis-le-virus-du-sida_1399521_3224.html

 

Adoncques voilà, encore une méchante criminelle bien opportune. A baisé, ça c’est un truisme pasque si on baise pas on vit pas, a contaminé, a pas dit, allez hop, correctionnelle et demain probablement assises, tiens. C’est qu’il faut contenter touTEs les braves gentes qui halètent après le moulinage de celleux qui leur permettent de sous-traiter leur saloperie. Encore ce délicieux mariage entre le monde du plaisir obligatoire, injoncté, et la nécessaire trique, ici judiciarisée, pour taper sur les baveuses terrorisées. Cela me fait fichtrement penser bien sûr à la chasse aux infanticides. Tiens, d’ailleurs j’apprenais par les même journaux il y a peu qu’une nana hollandaise qui avait savamment estourbi quatre aliens successifs a été dénoncée par un voisin soupçonneux.

Nous entrons dans un monde magnifique. Comme je l’avais déjà écrit, nous avons fait de grands progrès sur les années 70. Á l’époque, on pensait encore qu’il fallait des flics derrière les femmes enceintes. Á présent, le moindre citoyen suffit. Rentrez les ventres ! Et n’oubliez pas de photocopier vos résultas de dépistage.

 

Bon. Je ne puis m’empêcher non plus de songer, en regardant tous azimuts, à cette sobre définition que donnait déjà un pape de la pantalonnade antimoderne il y a près de vingt ans. Vingt ans… Comme ils ont passé vite et comme cette glissade a été vide…

Il remarquait donc que le grand effort, dans notre époque, pour « vivre mieux », consistait à réclamer à grands cris d’être protégéEs, ou à nous prémunir – version DIY - contre les conséquences inévitables de ce que nous soutenons, pratiquons et adulons à grande échelle. Toujours plus mais pas les sales côtés.

Ce qui inclus évidemment, dans notre grande soif de « justice », de trouver des gentes à qui faire payer ces foutues conséquences qui arrivent toujours à passer par-dessus les murailles dont nous nous entourons. Et dont il faut bien des coupables, sans quoi on risquerait de devoir examiner ce qu’on désire et ce qu’on craint ! Á la déesse ne plaise ! Du gouvernement aux alternos, on n’a guère d’autre souci désormais. Tant qu’y a à qui réclamer, tout va bien. On changera pas d’un poil.

 

C’est à quoi je songeais l’autre jour quand, dans un hall populeux, un brave garçon vint me démarcher pour je ne sais plus quelle enquête d’Act Up sur les trans. Je le congédiai vite fait, sans prendre le temps de lui expliquer le pourquoi de mon aversion, récente, envers la conception de base de cette assoce, la « réduction des risques » dont je fus des années une très correcte supporter. C’est qu’une fois de plus on essaie de faire durer à toute force un mode de vie, de relations, de valorisation et j’en passe qui porte en lui des désastres (vous remarquerez que je ne dis pas des nuisances). Et que j’en ai marre des farces copiées-collées du développement durable. D’ailleurs je songe beaucoup plus, quand je parle des conséquences, à tout l’édifice social arquebouté sur la relationnite forcenée, et la violence générale qui en sourd tout autant que du capitalisme, qu’aux questions de santé à proprement parler. C’est pas moi qui irai embêter les « acteurices de Rdr », comme on dit en novlangue, et je me trouverai même souvent à leurs côtés « sur le terrain », mais la pensée qui sous-tend l’affaire m’a définitivement déçue. Elles veulent s’enfoncer toujours plus profond dans le monde présent. Quant à bibiche, j’y étouffe.

 

Act Up prend position contre la criminalisation de la contagion. Ben encore heureux. Mais désormais je ne suis plus d’accord du tout sur le pourquoi. Elleux disent que c’est « contre-productif », ce qui en dit long sur leur vision du monde. Produire. Hier c’étaient des mômes, aujourd’hui c’est du plaisir valorisable et la reconnaissance sociale qui en pendouille. Et accessoirement de la santé, qu’on extrait je ne sais comment du magma « intensitaire ». Mais la logique est intacte. C’est la bonne vieille logique qui fournit une grande partie de la structure de ce qu’on appelle le patriarcat. Et la pétition de l’extension indéfinie de son fonctionnement à touTEs. Histoire que ce ne soit plus un privilège. Merci bien. Il y aura de toute manière toujours des étrangèrEs à cette logique d’accumulation. Qu’en ferez-vous ? Ne sauvera-t’on que les déclarées utiles ?

 

Pour ma part, n’étant plus ni politique ni économique, et donc pas utilitariste, je dis simplement que c’est infâme, inique et hypocrite de poursuivre cette nana. Et les autres. Et stupide de penser en de pareils termes. Que toute la machine judiciaire et « réparatrice » est une arnaque meurtrière.

Mais ce genre de réaction, qui confine à quelque chose d’aussi inquiétant et risqué que l’usage du sens commun ou du jugement personnel, doit paraître singulièrement régressif aux constructivistes. Pas de catégories, pas de dominantEs à débusquer ou de privilèges à débusquer. Un jugement moral. Sec. Voilà qui ne va pas rapporter grand’chose à la clique.

C’est peut-être pour cela que ce genre de jugement est considéré comme pauvre. Ce qui est indiscutablement, dans les sociétés et les milieux où nous tentons de vivre, un des plus incurables stigmates. Il ne rapporte rien, ni directement ni indirectement. Et il ne rassure guère. Alors que les explications bien cadrées, prospectives, avec déjà inclus leur polichinelle d’amélioration sociale dans le tiroir, ah ça elles rapportent. Et elles confortent.

Enfin, cela mène comme par la main à l’inflation désespérante d’arguments controuvés et tortillés pour défendre des causes pourtant bien simples. Dernier exemple que j’ai vu, d’invraisemblables plaidoyers pour sauver la tête d’une nana, en Iran, condamnée à mort pour adultère et meurtre. Invraisemblables parce qu’au lieu de simplement affirmer que la chose est en elle-même, moralement quoi, inacceptable, on y essaie uniquement de prouver que les accusations sont fausses. Ce qui peut bien être, et après ? Ça me fait penser à la vieille anecdote rapportée par Diogène Laërce, sur la mort de Socrate. Á sa femme qui se lamentait qu’on le fit mourir injustement, il aurait rétorqué « Aurais-tu donc préféré que ce fût justement ?! ». Et si il advenait que les accusations contre cette nana, ou une autre, fussent vraies, tout le monde applaudirait avec joie et larmes de satisfaction à sa lapidation, sa pendaison ou son incarcération à vie ?

C'est hélas probable, vu les dispositions qui se montrent actuellement...

Ce qui me fait finir sur un des lieux communs distillés dans les milieux alternos depuis quelques années, selon lesquels « la violence contre les dominantEs (® en novlangue) n’est pas de la violence ». Hé hé. Voilà une bonne manière, bien schizophrénique de se déresponsabiliser totalement, de nier ce qu’on fait, et de pouvoir en outre justifier toutes ses petites haines à prix raisonnable. Au reste, c’est une vieille recette. On s’est toujours inventé des « dominantEs » de service, qui dans bien deux tiers des cas étaient plutôt des persécutéEs, afin de pouvoir se défouler sans foulure à la conscience… Je suppose que de nos jours, les « contaminatrices », version moderne des empoisonneuses, en font partie. Et ça nourrit par concordance la bonne vieille blague de l’innocence par statut, ou par essence, ce qui est désormais la même chose pour la perspicacité militante… et institutionnelle. 

 

 

 

Plume

 

 

 

PS : La vie est courte, et la langue n'est pas toujours autant extensible qu'on le souhaiterait. C'est ainsi qu'on se retrouve à pourfendre la bien-pensance alors même que les crapules du gouvernement actuel, manifestement d'une malveillance rare, usent à l'envi de ce terme pour défendre leur pitoyable manche aux voix d'extrême-droite et aux bas instincts de petits propriétaires qui font la puanteur spécifiquement française. C'est aussi deséspérant que de devoir patauger dans les crottes et le vomi, sans parler de la décomposition qui lui est propre, d'un Michel Onfray, dès lors qu'on s'est mise en devoir d'autopsier l'usage du care dans notre fichu pays.

C'est un paradoxe dégoûtant, je trouve, de se voir jouxter par toutes les saloperies dès lors qu'on est seule ! Comme si on se trouvait en leur très sale compagnie sur un théâtre, devant la foule des muetTEs qui savent bien que le silence est d'or.

 

 

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 11:09

 

Je ne sais pas écrire sur les autres écrivantes. Je ne suis, grâce à la déesse, pas critique littéraire pour un sou. Je ne connais que des personnes. Diablement difficiles à dénicher dans le secteur et l’époque où je me suis foutue. Tellement elles se cachent, ces bougres de personnes essentielles et donc réactionnaires, pas politiques ; ces bougres de personnes que je devine pourtant un peu partout aux entournures de celles qui furent mes camarades, là où la plastique présentable se froisse et se fendille. J’enrage.

 

Donc je ne parlerai évidemment pas de ce qu’a écrit durant sa vie Alejandra Pizarnik, cette sœur en émigration. En émigration impossible de ce monde qui nous avale et réavale comme une langue de vache, pour bien nous ravaler à la honte et à la haine. Je laisse ça aux gentes qui scribouillent dans les périodiques.

 

Je me souviens juste aujourd’hui de ma découverte de cette autre, très autre disgrâce, il y a vingt ans, dans une maison de courants d’air et au cours d’un hiver glacial, sur un exemplaire prêté. Découverte des écrits d’une personne qui sans doute n’avait jamais pu satisfaire à ces exigences dont nous n’avons pas le choix. Et qui nous sont substituées dans l’abominable eucharistie permanente de la Valeur, du monde du daisir, du plaisir, de l’intensité et de tous ces cribles meurtriers. De cette personne qui n’était vraisemblablement qu’une personne, ou d’abord une personne, condamnation sans appel et par soi-même dans de telles conditions.

 

Aujourd’hui, Assomption, je suis presque à la rue, moralement comme matériellement ; le tonnerre roule pas très loin. Je songe à ces vingt ans où nous ne nous sommes évidemment pas souvent quittées, non plus qu’avec quelques autres émigrées. Pas quittées mais jamais rassemblées. La mort serait-elle le seul refuge où les émigrées puissent elles trinquer ensemble ? Quel lieu commun dégueulasse !

 

Émigrées. Cela me dépasse d’expliquer tout ce que veut dire ce terme. Nous sommes sorties et la porte a claqué derrière nous, ou bien nous avons été jetées dehors, ou encore expulsées petit à petit, ou enfin carrément violées ; hors de notre peau. Et il n’y a pas d’autre endroit. Il n’y a même plus d’espace. Émigrées donc mais jamais immigrées ; nous n’avons trouvé ni Angleterre, ni Russie, ni Nouveau-Monde. Et encore moins de Suisse. Queudch ! Pas même le réconfort des regards torves de citoyens soupçonneux ; le désert, d’emblée.

 

Il y avait tellement de bonnes raisons à mettre à notre place. Et pas une minute à perdre. Ni surtout la moindre satisfaction, là où nous ne pouvions qu’embarrasser de notre gaucherie scrupuleuse ou incapable. 

 

Émigrées parce que nous ne pouvions pas accepter, et encore moins tolérer. Ah ça c’est ce qui nous sera reproché in aeternum ; peint comme malédiction sur les épaules de nos effigies, dans les belles fresques des églises du progrès, par celles qui « font d’elles ce qu’elles veulent ». Nous ne pouvions pas. Haro ! Ni non plus ne voulions, évidemment. Et surtout pas émigrer. 

 

Où sommes nous, alors, les émigrées, sinon étouffant dans des tubes d’aspirine, enfermées comme des esprits malfaisants ? Des tubes d’aspirine roulés derrière des frigidaires, écrasés sous des matelas, disposés artistiquement dans les choux et les roses de quelques jardins, pour en faire des photos ?

 

Voilà où je nous vois, évidemment incapables de nous reconnaître.

 

 

LPM

 

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 17:46


Mes ex-petites copines militantes et conséquemment très-connaissantes ainsi que bien-pensantes m'épatent absolument tous les jours.

Tous les jours pasque mon exil d'émigrée contre-révolutionnaire a ceci de plus, rapport à d'autres temps,qu'il y a l'immédiateté, c'est à dire l'accumulation, d'internet, par exemple. Tant que j'ai encore un accès - après il restera le café-lecture de la sous-préfecture voisine. 

En fait, je crois que je suis d'autant plus épatée parce que je me vois moi-même. Je me vois, durant des années, pourchassant mal, ignorance et mauvaise interprétation, faisant au fond violence à mon naturel qui est de mal-penser. Je n'en ai pas honte. Je vis assez comme ça dans la honte de ce que je suis. Mais je suis quand même bien éberluée de ce qu'on et de - plutôt comment on peut être amenée à dire et à croire savoir pour consolider chaque jour son appartenance au mille-pattes.

Ainsi, je vois que depuis quelques jours, dans les capitales de l'axe du bien, on discute et rognonne au sujet d'un texte "abolitionniste", à tendance je dirais même prohibitionniste, au sujet du tapin. L'article est issu d'une marathonienne de la gratuité et de la thurifération de l'amour, hétéro évidemment. Of tiens... on a beau s'évertuer à en reproduire les formes et simagrées chez les tpdg, on ne produira jamais autant ni aussi bien d'amour, de sexe ni de tout ce genre de chose qu'en hétérolande et assimilé, au fond. Il serait peut-être bon de le reconnaître un jour si l'on veut réellement s'extirper quelque peu de "l'hétéropatriarcat", comme on dit en novlangue pour le tenir à distance de nos piètres vies. Et de laisser ces passionnantes valeurs à ceux qui les méritent...

Je ne mets même pas le lien, ça vaut pas la peine je vous l'assure. C'est tellement du vieux recuit de dame patronnesse que vous pourrez le trouver en original dans les conférences de notre amie Markovitch ou sur le blog de ma très chère Le Doaré.

D'ailleurs ce qui m'intéresse n'est absolument pas ce que raconte cette personne, mais ce que tentent de répondre ça et là des indignées plus modernes. Tentent pasque sur le site où c'est paru, à la notable exception d'un vibrant plaidoyer pour le féminisme new-wave "faire de moi ce que je veux"(avec lequel je serais pourtant assez d'accord s'il n'y avait pas une tonne de non-dits), eh bien aucun commentaire n'a pu passer, si ce n'est trois mièvres approbations. Probable qu'on se sent mal au comité de rédac, ne sachant au fond quelle bien-pensance va finalement l'emporter. Pourtant toute la presse lgb montre la lumineuse voie libératrice, mais il est à présumer que ces personnes ne la lisent pas...

Ce qui m'épate donc, c'est une fois plus l'affirmation de savoir. Alors bien sûr, il y a le néo-légitimisme qui veut, avec plus ou moins de raison, que la '"parole des concernées" ait une priorité et même une hégémonie absolues, et qu'on ne puisse rien dire de ce qu'on ne connaît peut-être pas d'expé. Voie périlleuse depuis que le travail du sexe, dans le milieu, est devenu une mode supplémentaire et un bon point potentiel. Et que d'aucune l'ont proclamé château en pain d'épices et une des clés de la libération des nanas. Ce qui laisse dubitative plus d'une vieille pute, dont j'ai l'honneur de commencer à être un peu sur les bords. Mais justement, commencer ce genre de discussion ainsi revient très vite à jouer de l’argument d’autorité, qui se cache immédiatement derrière les gneu-gneu de « qui est la plus légitime », et qu’Aristote désignait comme le plus faible des arguments, puisque profondément essentialiste.

Dans les faits, tout ça implique simplement désormais qu'il n'y a qu'une parole entendable à la fois sur chaque "sujet", qui est la dernière litanie produite par l'accouplement de la politique et de la sociologie, et passée par les déversoirs idoines. La possibilité même de réalités perceptibles, compréhensibles et intelligibles est, je l'ai relevé cent fois, un délit réactionnaire et "dominant", puisqu'"universaliste" (voir mon post là dessus de l'autre jour).

 

Mais bon, là nous en sommes donc à l'affirmation de ce savoir. Qui aboutit sans grands détours à de bien belles déclarations, qui donnent un petit peu froid dans le dos. Passe qu’on attaque l’article de la nana gratuitaire comme un tricotage de stupidités cinquante fois remâchées. Je suis somme tout bien d’accord. Mais ce qui me gêne c’est qu’on parle immédiatement de… faire interdire ce genre de propos sur le site. Et supprimer l'aryicle en question. Ce qui implique une conséquence très simple. « Nous possédons exclusivement la vérité, tout ce qui n’est pas la vérité est profondément néfaste et doit être aboli, pourchassé, anéanti ». Ce qui pourrait encore se tenir d'un certain point de vue interne, mais devient franchement hilarant lorsqu'on pense que celles qui sous-entendent ça affirment que tout est construit et que rien n'est absolu. Mais déclarent en même temps savoir. Ce qui est incompréhensible. 

Huh huh… J’ai déjà dit quelque part ce que je pensais d’un point de vue qui était persuadé de savoir et de ne jamais croire. Ce point de vue ne connaît pas le doute. Sans barguigner j’affirme qu’un monde sans doute, vers lequel d’ailleurs nous nous acheminons sous la houlette de tas de bien-intentionnés, est un enfer certain. C'est celui des délits de presse, par exemple, si ordinaires sous le second empire, lesquels réapparaissent vigoureusement sous notre espèce de tiers-empire. Ce qui est remarquable, c'est que les alternotes, autrefois visées par ces pratiques, et même il y a pas si longtemps ("incitation à l'avortement" par exemple), en veulent être désormais d'actives protagonistes, concuremment avec les autres pouvoirs. Chacun gèrerait son secteur, tout simplement. Hum - j'ai des doutes pourtant que ça soit si simple et beau et que tout le monde s'en retire content. 

Vous remarquerez que je n'agite pas le sempiternel chiffon du "droit à dire des âneries ou des méchancetés". Ce n'est pas une question de droit. C'est si j'ose dire une question de sens commun, ce fameux sens commun que j'ai, je le confesse, aussi vilipendé longtemps, pour la bonne cause, comme infiniment suspect. Ce sens commun qui veut qu'on dise bien des choses, qui se rentrent dedans ou se fuient, et que ce soit même l'usage même du dire.

Quant au site en question, vu que c’est une espèce de journal internet libertaire, je ne vois absolument pas en quoi on lui demanderait la moindre intelligence des choses. Ni au nom de quoi. Sauf à croire que les libertaires ont jamais apporté quoi que ce soit, vissé la moindre ampoule au plafond. Ce dont pour ma part je doute résolument. Bref, venant d’elleux rien ne m’indigne en soi. Ellils suivent leur bonne petite voie à la traîne de momies qui ont bien trois siècles, et je ne vois pas très bien au nom de quoi on serait fondé à les en empêcher.

Bref, je suis restée épatée, comme je le dis au début, devant l’assurance de mes ex-camarades. Et devant leur ardeur à nettoyer l’espace militant. C’est quand même fou et inquiétant comme les extrémités apparentes du présent se touchent : sécuriser, nettoyer…

Mais le plus beau, c’est quand j’ai lu une proposition, moins ardente que les autres, qui supposait que dans le groupe auquel appartient l’auteure, une petite cellule d’hétéroféministes, il pouvait et même devait y avoir eu dysfonctionnement. Là j’avoue je suis restée coite d’admiration durant quelques secondes. En gros si des choses inconvenantes, trop ringardes et somme toute simplement trop adverses ont été écrites, c’est que les plombs ont sauté. Ce n’est plus même le crime, c’est l’anomalie ! Ca doit donc encore moins exister, si possiible est.

Je connaissais déjà le traitement des adversaires politiques en ennemiEs du genre humain, voire en criminelLEs contre l’humanité, ce qui est déjà bien crapuleux. Mais là on est aux limites de cette fameuse psychiatrisation que les mêmes militantes n’ont pas de mots assez durs pour réprouver. Il est vrai qu’elles ont d’ores et déjà le recours dans leur bissac bosselé ; les mal-pensantes de tous bords, depuis la nana gratuitaire jusqu’à votre petite murène indomptable et intraitable, auront sans doute accès à un lieu de vie, où on fera sortir doucement d’elles-mêmes, en pressant un peu quand même je pense, tout ce qu’elles refoulaient.

Bon, là je vais parler net. Je savais déjà que dans ce milieu safetytaire et consensuel, on est en grand danger dès qu’on ne s’insère pas dans le mille-pattes avec révérence. Mais là, de tels propos, tenus avec un sérieux qui déconcerte, montrent qu’il n’y a plus d’issue, et que le monde militant est désormais parfaitement clos, clôturé, grillagé. Que l’écrasoir menace de tous côtés. Et qu’on ne peut plus s’en échapper, peut-être, qu’en creusant un tunnel ou en s’envolant au dessus de ce nid de je ne sais quoi !

Les cardinaux de l'église transpédégouine nationale sont réunies cette semaine en conclave consensuel très trié à Toulouse. Cela fera certainement date dans la définition théologique de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. J’ai tendance à croire à la puissance dévastratrice de la communion de pensée. Et que les doucereuses propositions qui résonnent dans l’axe du bien vont faire des petits, et même s’épandre, comme dans les films d’horreur, en une gélatine agressive et caustique qu’il sera bien difficile d’arrêter, fut-ce en très mauvaise compagnie ! 

La petite murène

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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