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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:12

 

Ça pourra paraître un peu scabreux à certaines, mais il semble que les dernières personnes qui en france octroient un poids significatif aux déclarations de Roselyne Bachelot, ministre de la santé, en matière de liberté des femmes par exemple, soient des catholiques bien ancréEs – ainsi que les docteurs musulmans, mais il semble qu'ils aient d'autres chats à fouetter ces temps-ci. C'est peut-être pour cela que je n'ai trouvé d'écho à son dernier laïus à l'assemblée nationale sur l'avortement, qui date d'un mois, que sur France-Catholique, dont la ligne est bien tradi. Il est vrai qu'on est beaucoup plus habituées à prendre au sérieux la mère Bachelot quand elle se tient, le visage fermé, au côtés d'unE quelconque directeurice d'agence régionale de santé qui annonce des coupes plus que sombres dans les capacités de soins sur sa région. Et que quand elle cause des droits des femmes, des homos, des trans, personne n'y prend plus garde tellement ses déclarations ont toujours relevé du foutage de gueule délibéré.

Cependant, cette déclaration, qui excite fort logiquement l'indignation de France-Catholique, a un petit quelque chose qui fait dresser l'oreille. C'est peut-être la première fois qu'unE ministre de la santé, dans ce pays, admet, fut-ce un peu du bout des lèvres et pleine de réserve, que l'avortement pourrait bien être comme on dit un acte pas toujours dramatique, qu'il ne serait désormais plus pour la doctrine officielle « nécessairement » (j'adore ce « nécessairement »...) un « échec de la contraception ». Je cite... le compte-rendu même de France-Catholique :


« Verbatim  : « L’avortement est aujourd’hui intégré dans une offre de soin globale, même si, il faut le reconnaître, il est encore, malheureusement, entaché d’une connotation négative. On le présente souvent comme un ‘mal nécessaire’ et je dois dire que je ne m’associe pas à cette vision dédaigneuse et culpabilisante. »

Roselyne Bachelot consi­dère d’ailleurs que la loi du 4 juillet 2001, votée par la gauche, a « utilement modernisé la loi Veil » et elle insiste  : « Je refuse tout discours culpabilisant, celui qui consiste à considérer nécessairement l’avortement comme le symptôme d’un échec ». Et c’est un vocabulaire explicite qu’elle revendique  : « J’utilise volontairement le mot ‘avortement’, car c’est celui qui a fondé notre combat, même si je sais qu’il est de bon ton de parler d’IVG. Moi, j’ose le mot ‘avortement’. » Alors que le lobby féministe tente d’accréditer l’idée selon laquelle avorter relève d’un « parcours du combattant », Roselyne Bachelot se veut rassurante  : « Nous avons une bonne offre d’IVG, les femmes ont accès à ce droit fondamen­tal. » Les statistiques de l’avortement le prouvent effectivement. Le ministre se félicite d’avoir « décidé d’augmenter les forfaits IVG à hauteur du coût réel, soit une augmentation de près de 50% en moyenne ». Roselyne Bachelot rappelle aussi qu’elle a « multiplié les structures autorisées à pratiquer les actes médicamenteux ». Effectivement elle a fait in­clure les centres de santé et de planification familiale parmi les prescripteurs de la pilule abortive RU486. Pour légitimer sa politique, Roselyne Bachelot affirme que « les grossesses non désirées sont avant tout une source de souffrances psychologique pour les femmes » et que « l’avortement est un outil qui permet à celles qui y recourent de répondre en partie à cette souffrance, même s’il ne résout pas, bien sûr, tous les problèmes ».

Quelle audace ! Aller jusqu'à nommer l'avortement, en 2010, mot qui était fort courant dans la bouche des politiques il y a quarante ans. Il est vrai pas tout à fait avec les mêmes intonations... Il était devenu en tous cas malséant. Y compris pour les militantes à strapontin. L'audace du jour est de reformuler ce mot long et quelque peu ardu à prononcer.

Et quant à arriver à dire tranquillement et doctement que tout va pour le mieux et que l'on peut facilement se faire avorter partout, sans problèmes de délais, d'hostilité et autres violences, là, il n'y a effectivement que des catholiques militantEs pour écouter ça... et surtout pour le croire !

Il est vrai que Bachelot ne semble pas avoir osé affirmer que « l'avortement est aujourd'hui dépénalisé en france » - ce qui se trouve encore assez couramment non seulement dans la littérature du ministère, mais encore dans des écrits « militants » qui reflètente l'autosatisfaction des gestionnaires de la chose...



LPM


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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:43

 

Allez, causons d'un peu autre chose que des malheurs du temps ou de la crapulerie du mille-pattes. Célébrons, même ! 


Je reçois, dans le taudis où je croupis en en attendant mon expulsion, par une suite de bévues consécutives au stress des chasses à courre sous-marines, une carte, représentant un panel des bestioles camarguaises - à la notable exception du moustique anophèle ! L'auteur en est un monsieur, d'après l'état-civil excipé, qui joue par le plus grand des hasards tout à fait habilement de la pince à exhumer. Il écrit en effet au rabat-joie, qui fut l'occupant de ce même taudis durant bien des années, et particulièrement pendant une période, 95-98, où il pondit bien des choses, qui sentiraient aujourd'hui peut-être le moisi si elles n'avaient pas presque toutes disparu jusques de mes propres archives. Il ne reste guère que les Maîtres-nageurs, qui est sur ce blog, dont j'ose encore m'enorgueillir. Le reste, qui orbitait autour de l'antispécisme, a sombré dans le néant. Je n'ai même plus assez de place mentale aujourd'hui pour savoir ce que je pourrais bien penser de cette doctrine et de son rôle. Je ne la rencontre plus qu'à l'état de fossile dans le végétarianisme systématique qui a gagné tout le milieu alterno, ainsi que dans les vestiges d'un antinaturalisme qui a tourné dans son tupperware depuis belle lurette.


Ça m'a donné tout de même l'impression d'un tombeau qu'on ouvrirait. Cela dit, je suis déjà morte quelques fois, ressuscitée je ne sais comment, et en ce moment même mes petites camarades féministes et alternotes jouent allègrement de la pelle pour me refaire un beau tumulus. Je suis réduite à jouer le lombric pour tenter de m'en sortir par en dessous.


Mais le monsieur me demande si j'écris encore. Et je suis immédiatement prise d'un doute fondamental : mais est-ce que j'ai jamais écrit ? Pasque, bon, c'est bien gentil, oui, j'ai aligné des phrases, imprimé quelques brochures, envoyé quelques articles, affiché nuitamment et surtout solitairement des affiches qui me firent un instant une légende locale, enfin fini par gnagnater sur internet, comme tout le monde. Mais je crois fermement que tout cela n'est pas écrire. Et que je ne suis en rien écrivainE.

Écrire – je ne saurais dire au juste ce que c'est, à partir de quand on écrit, mais assurément je pense que ce n'est pas que ranger des périodes. Déjà, il faut que ce soit moi qui écrive. Et déjà là, je sais que je suis littéralement hantée, et depuis près de vingt ans, par un maître défunt un demi-siècle avant ma naissance. Que mon « style », si on peut parler de style, mais aussi toute mon ordonnance intellectuelle dégouttent de ses livres. D'une lente et continue infusion en moi. Ce qui m'attriste quelquefois, bien que je n'aie pas honte de lui. Au contraire. Ce fut un des rares de son époque à se dresser, de manière motivée, contre les idéologies de l'accroissement qui nous gangrènent plus que jamais, et à défendre la pauvreté ! Alors hein ?

Alors voilà, je ne pense pas que j'écris, au sens où écrire serait, je vais user d'un gros mot, créer. Je ne suis d'ailleurs en aucune manière créatrice. Je n'y ai aucune vocation. Je resuce, je répète, je rappelle au besoin. Mais je ne crée pas et ce n'est pas mon monde. Je ne m'imagine même pas créer.

Par ailleurs je ne sais pas le moins du monde narrer ou raconter. Au point que quand il me vient d'imaginer, de coaguler en moi des personnages, des figures du temps présent, je ne sais qu'en faire. Je ne saurais les mettre en scène. Ainsi de Gélatine, la militante qui prend toutes les formes, et de son petit copain Gelflex. Ils restent à l'état de perceptions et d'intuitions. Mais rien de plus. Dommage d'ailleurs. On pourrait bien s'amuser avec ces marionnettes.

Ça doit être un peu ça ma vieille passion : essayer de peindre à la bombe orange BTP les fils avec lesquels nous nous faisons mouvoir et qui sont généralement invisibles. Nous sommes un peu nos propres marionnettes, via la dévotion aux idées, les enjeux relationnels et autres babioles ; cependant, derrière, reste une espèce de liberté, aux implications redoutables.

Comment raconter cela, seigneure ? Elly, oscours !


Je suis rien moins qu'une narratrice donc. Je suis une plumitive. Rien à voir pourtant avec mon surnom gagné en une toute autre occasion. Mais je ne vois pas d'autre mot pour définir une de ces innombrables qui frétillent du stylo ou du clavier – pasque nous sommes quand même une tapée dans ce cas là. Á scribouiller pour une Kause ou une autre. On a accumulé toutes le même fatras récitatif, et on le transmet. C'est souvent pas très drôle, fréquemment décourageant, et cependant il le faut.

On a appris à écrire – une des évolutions du dernier siècle et demi. Et on s'en sert. Et c'est fort bien. Non mais vraiment, j'aime vivre dans un monde d'écrit. Et ce n'est pas grave si on se répète beaucoup. Nous sommes si lentes à nous comprendre que c'est indispensable. Scribouillons, récrivons, copions, rageons, rongeons, arrangeons, comme les moniales médiévales (lesquelles, soit dit en passant, on fait un rude boulot en la matière).


Nous ne sommes pas des écrivaines, nous sommes des plumitives, et c'est très bien. Heureusement qu'on n'est pas des écrivaines, zut ! Quand on voit le vide abyssal qui souffle hors de la plupart des œuvres, les lieux communs, la propagande amoureuse, le larmoyement correct, les ricanements convenus, les épouvantables rangées de bouquins primés dans les magos et les préférences creuses des libraires, eh bien on préfère nettement scribouiller et plumitiver.

Et puis même, qu'on la préfère ou non c'est notre condition et notre destin : marteler, réciter, réagir. Réagir aussi. Je ne sais pas créer, je ne sais que voir, apprendre et clamer. Je ne peux pas plus m'en empêcher que, comme disait mon maître de sa propre propension à contempler, "les chevaux de faire du crottin".


C'est pourquoi, très sincèrement, j'agite mes nageoires inexistantes ou embryonnaires pour saluer toutes les brochureuses, les flyereuses, les blogueuses, les slameuses, les bien disantes, les mieux disantes et les médisantes, les catéchétiques et même les cachexiques en tous genre, comme moi, et je dis franchement : merci les plumitives ! Merci d'être là, celles que j'aime comme celles que j'aime pas. Et continuons.Olé !

 



Plume LPM (la petite murène ou la punaise des matelas, c'est selon...)



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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 09:14

Ah Limoges, l'autre côté du massif central, enfin hors de portée du zombiland idéologique rhônalpin. Combien la petite murène en rêve, d'émigrer, en parfaite contre-mouvementienne, dans ce Limousin et même au delà. 

Elle avait bien noté qu'il y avait en mai dernier une "fallope-fest", au programme copié-collé de toutes les ladyfest de notre époque soucieuse de marcher dans les clous. Bon.
Et voilà que, dans un coin d'une page google, se fissure une fois de plus le riant visage du féminisme bienveillant et unitaire, à propos justement du déroulé de cette fest.

http://teteshautesregardsdroits.wordpress.com/2010/05/19/colere-et-determination-sans-concession/#more-2537

(La petite murène recommande cet article (et ce site), au delà même de l'anecdote, parce qu'ils remettent en question de ces fameux "acquis" qu'elle croit elle même néfastes, ne serait-ce que par l'hégémonie de leur acceptation. La déesse sait si elle ne s'y trouve pas sur tout, encore heureux, et même si elle est purement et simplement niée par endroit, mais au moins c'est franc et net. Pour tout dire c'est passionant. Zeste zeste au consensus et à la paix de genre !)


Là encore rien de neuf. Celles qui ont été aux dernières ladyfest en france n'ont pu que voir, à moins qu'elles eussent déjà trop bu à cette heure, ou que comme la petite murène ce soient des couche-tôt, que ça frite assez facilement. Ce qui au fond serait un signe de santé, de "diversité" comme on dit aujourd'hui.

Mais c'est que ça frite à peu près toujours par rapport à ce qui serait "admissible par toutes". Ici trop de mecs, ici pas assez, ici des trans, ici pas, trop de cul visible, pas assez de cul-caché-mais-quand-même-visible, etc. etc. Des paroles qui fâchent, des paroles qui fâchent pas... Trop de bruit, trop de crusts, trop de...

Et que la "musique collective" est quand même réglée sur les plus puissantes du moment et les plus à la mode, soit les féministes modérément queer, plutôt jeunes et résolument (dé)constructivistes. 


Evidemment le document mis en lien ne permet pas de se faire une idée parfaite de l'affaire, mais quand même, quand on connaît un peu les grandes lignes apparaissent. Des lesbiennes radicales de la vieille branche, qui ont refusé de prendre opportunément le virage du cul et du corps comme valeur obligée.  Qui sont venues protester, et qui se sont faites sortir pasqu'il faut pas effaroucher toutes les nanas hétéras qu'on veut prendre au hameçon. Ce qui ne peut que les rendre sympathiques à la petite murène, qu'elles doivent tout autant détester en tant que trans et donc simulacre de femme. Ce qui certifie la gratuité de sa remarque.

En tous cas, elle préfère largement ces inactuelles qui sont restées claires dans leurs affections et leurs détestations au boudin bienveillant actuel qui est bien plus excluant et axé sur la puissance sociale et relationnelle, sans que ce soit jamais reconnu.


Ouais ben que dire... La petite murène ne va pas forcément s'ingérer à donner des conseils. Le propos des rads est qu'elles n'ont plus de place dans ce féminisme là. Et ça semble parfaitement exact. D'ailleurs les vieilles lesbiennes n'ont jamais eu une place bien assurée, même il y a quarante ans, les archives en font foi. Trop raides, pas assez coulantes, et puis elles disent clairement qu'elles aiment pas les hommes. Comment la petite murène pourrait-elle les désavouer ? Mais évidemment ça fait tache dans notre époque d'affection universelle, où il n'y a plus que la trique sécuritaire qui  parvient plus ou moins bien à mettre des distances entre les gentes ?

 

Alors voilà, difficile de ne pas se réjouir que les vieilles fractures, remplies cent fois de pattex sororitaire et au fond desquelles on croyait avoir enfoin enterré celles qui déparent, se rouvrent. Obstinément.

 

Et la petite murène pose la question : pourquoi ne pas acter que de plus en plus de nanas, qui en plus ont souvent payé de leur personne, n'ont pas, n'ont plus de place dans ce qui est aujourd'hui le féminisme ? Et pourquoi pas alors le déserter ? Que ce soit d'initiative ou à coups de pieds au derrière du reste ? On s'y fait tellement maltraiter qu'il n'y a peut-être plus grand chose à perdre à abandonner le badge ?

Et pourquoi pas aussi abandonner l'illusion de la "convergence", que nous devions aller toutes vers le même but et nous retrouver au même endroit, base de toutes les arnaques exotisantes ?


En tous cas vivent les lesbiennes radicales limousines. Bon dieu ça donne vraiment envie d'émigrer là-bas. Même en se grillant d'avance !


LPM

 

PS : tiens, d'ailleurs, en songeant au précédent post, là aussi on pourrait dire qu'hétérolande s'est lâchée... Là où on ne l'attendait pas. Bon, on n'en est pas encore à la barre de fer. Mais méfions-nous, les mouvements militants sont tellement propices à l'illusion de porter l'avenir du monde sur son badge qu'on peut en arriver à des extrémités assez vite. Rien de plus facile que de déclarer l'autre ennemie du peuple ou de l'humanité... Avec ce que ça autorise ipso facto...

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 09:51

http://www.tetu.com/actualites/france/montpellier-deux-lesbiennes-agressees-a-la-barre-de-fer-17486

http://yagg.com/2010/07/05/montpellier-appel-a-temoins-apres-une-agression-lesbophobe/

(et d'ailleurs, au fait : http://pink.reveries.info/post/2010/06/10/Le-courage-des-connards-de-rue-%28suite%29)


J'aurais pu dire précisément ici : hétérolande se lâche. Ce qui eut été rigoureusement exact mais je crois n'eut pas rendu l'étendue de l'épouvante.

Mais c'est effectivement hétérolande dans toute sa splendeur, probablement offensée que des gouines arborent une des dispositions moléculaires dont elle est le plus fière et qu'elle s'ennorgueillit d'avoir inventé : le couple. Et le couple visible et démonstratif.


Ca donne évidemment envie de faire la chasse aux couples hétéros, mais nous sommes d'emblée dépassées. Je disais bien, depuis des années, qu'un de nos buts devait être de devenir majoritaires (avec tous les sales côtés de la chose, bien entendu).


Mais ce qui fait peur est aussi ce dont j'ai causé déjà quelques fois : le lachâge de plus en plus généralisé qui caractérise la barbarie moderne. Licet quod placet, "est permis ce qui plaît". Où qu'on pourra justifier par quelque gymnastique idéologique. Là, dans ce cas, pas compliquée la gymnastique à la barre de fer. Les attaques dans la rue se multiplient, et même sans prétexte "minoritaire" au besoin : un accrochage ? un mort allez hop !

Mais j'ai vu aussi des personnes attaquées chez elles pour n'avoir pas déféré à une injonction sectaire, par exemple, et le tout "justifié" par une alinéa à la dite barbarie. "Tu es socialement cela, tu nous doit ça, et si tu veux pas on cogne". Et silence frileux de toutes les bien-pensantes, qui accourraient manifester si la disposition moléculaire de l'évènement s'était faite dans le "bon sens". C 'est ça la "safety" dans ce milieu, qui daube beaucoup dessus et qui a réussi à en faire une admirable antiphrase ; c'est un endroit aussi dangereux que la rue pour les "anormales". Voire plus, parce qu'on ne s'y tient d'abord pas sur ses gardes...

 

Tiens, d'ailleurs, encore une "coincidence" très actuelle : lors du tabassage, et le mot est faible, de Montpellier, la rue était pleine, comme il convient à une "ville jeune et vivante" en été. Personne n'a bougé ni moufté. C'est une grande tradition désormais, que l'on soit in the street ou dans les milieux privilégiés et "conscients", de surtout bien fermer sa gueule et regarder ses chaussures quand ça pue et qu'il y a des bons points de retraite en jeu.

La lâcheté se lâche aussi, mieux que jamais. Elle va si bien avec la sécurité, que toutes nos bonnes âmes ont à la bouche et sur le flyer - sécurité bien ordonnée commençant évidemment par soi-même.


Réellement, ces temps font peur parce qu'il semble n'y avoir plus aucun refuge nulle part. Férocité et malveillance généralisées, qu'on ne se voit plus combattre qu'en tirant dans le tas. Sympa ! Il y a de quoi devenir cinglée ou autiste. 

Et le principe est le lâchage général, qu'on appelait encore hier la "libération" des ressentis : l'envie, l'énervement ou l'arrangement idéologique justifient et même provoquent tout. Plus de barrières, plus de limites, plus même de scrupules, qui sont étrangers à la culture de l'immédiat et suspects de ringardise réactionnaire.


Bon, ben puisqu'on en est là, et qu'il n'y a plus de recours, on cognera aussi. Mais qu'on ne vienne plus causer de progrès ou de politique quelconque. En enfer comme en enfer.


P


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6 juillet 2010 2 06 /07 /juillet /2010 08:27

La petite murène vous abreuve volontiers avec les arnaques des militantes, mais elle n'oublie pas les foutages de gueule institutionnels (voir par exemple la foire lgbtphile du 17 mai). Voici que se dénoue, en Espagne, déjà celèbre par sa législation mi figue mi raisin sur les trans - psy forcé contre non-opé possible - l'aventure de la loi sur l'avortement, qui a duré bien deux ou trois ans je crois. L'Espagne était un de ces pays où il y a une pratique, une jurisprudence mais pas vraiment de loi cadre. Des fois c'est pas plus mal. Bien sûr ça laisse peser une possible remise en cause - mais est-ce que ce n'est pas remis en cause en france où il y a une loi, fort restrictive du reste, mais où il n'y aura bientôt plus de toubibs pour faire des avortements !? (Et où évidemment l'avortement n'est pas dépénalisé, interdit de s'aider entre copines, "exercice illégal de la médecine").

Bref l'Espagne, avec son absence relative de législation, était la ressource d'elle-même et de toute l'Europe occidentale. Eh oui. A cause de la disposition qui permettait l'avortement sans délai en cas de risque psychologique pour la nana.

Tant vaut le pays tant valent les règlements. Ca aurait pu être pris de manière très étroite. Ce l'était au contraire de manière très large. Le seul critère c'était les picaillons. Des cliniques entières ne faisaient que ça, et plutôt bien .Alleluia ! dans un monde très imparfait c'était nettement ce qui se faisait de mieux, avec les Pays-Bas.

 

Ah mais la permissivité c'est pas bien. Il faut que ce reste un acte grâve (lisez culpabilisant) et réfléchi, comme on dit. Bref il faut y mettre des entraves, hein, des fois que des fofolles en abuseraient. Et voilà qu'on met en chantier une loi pour "légaliser" l'avortement. Fort bien. Mais bien entendu, une fois de plus, avec des délais généraux beaucoup plus courts que ce qui était jusque là appliqué. Dans le même temps, descentes de fliques dans des cliniques vouées dès lors à l'exécration, pour avoir été trop libérales.

 

Eh bien voilà, après moult bagarres entre cathos et progressistes, la loi est passée. Avorter est un droit. Jusqu'à 14 semaines. Après c'est un délit. Et voilà, quand on gagne un droit et qu'on est des femmes, on gagne surtout une trique derrière le dos si on l'outrepasse. La fameuse disposition sur les "risques psychologiques" est reléguée dans un coin, et il y a fort à croire qu'elle sera désormais accordée au compte-goutte par de frileuXses toubibs.

Tiens, d'ailleurs, la loi est aussi motivée par le "commerce" qui était fait des capacités d'avortement. Mais là aussi il y a foutage de gueule, l'Espagne n'ayant pas un réseau d'hôpitaux publics bien grassouillet, et les restrictions budgétaires en cours n'en laissant pas présager le développement. Donc, ce seront de toute façon toujours les cliniques privées qui continueront le taf. On n'est pas plus faux cul que ça...

 

Le plus singulier dans tout ça, c'est que depuis des mois toutes les centrales des "droits des femmes", qui sont des institutions sans le vouloir reconnaître, applaudissent sans critique. Un droit de plus ! Une trique de plus mais ça c'est "annexe". C'est vrai qu'en France par exemple ce sont les mêmes qui applaudirent en leur temps la loi Veil, se constituant en gestionnaires et surveillantes, et coulèrent alors les initiatives d'autocontrôle de l'avortement, MLAC et autres. Les mêmes qui mettent en garde contre une "libéralisation" trop grande sur les délais. Planning, CIDF et consortes. Et qui se mettent par là même en position d'irremplaçables médiatrices et expertes. C'est vrai que si on venait à n'avoir plus besoin d'elles, quel dommage, et combien de strapontins superflus, de bonnes places anéanties ?!

Il y a vraiment un article à écrire sur l'histoire des mythes français, depuis l'édit de Nantes à la loi Veil en passant par la nuit du 4 août, ou comment contrôler, arnaquer les gentes, sous peluche de tolérance et de générosité. Et à qui ça a servi à chaque fois.

 

La petite murène n'aime pas parler onctueusement de "progrès" et de "régression", vu l'usage policier qui est bien souvent fait de ces notions dans notre époque merveilleuse. Mais là, elle ne peut s'empêcher de dire qu'on applaudit à ce qui est une régression de fait.

 

Encore une fois, bienvenue dans le monde du care.

 

LPM

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 08:00

 

C'est un des exercices amusants qui plaît souvent en début de transition, lorsqu'on circule sur les routes, de relever les raccourcis épatants que figurent les noms et logos d'entreprises de transports sur les camions et autres utilitaires. On s'en lasse petit à petit, à mesure que l'on découvre qu'on n'a certes pas ouvert la porte des félicités. Mais quand même, ça passe des moments, comme quand on était gosses, à répertorier les numéros minéralogiques de départements.

Un des plus célèbres à ce palmarès est biotrans, qui adorne des camionnettes avec des couleurs vives de martin-pêcheur.

Ce qui me ramène à une problématique certes pas nouvelle, bien ressassée même, mais dont l'obstinée survivance et régénération dans les faits mérite qu'on y revienne. Celle des bio qui se font, plus ou moins, passer comme trans. Ou comme « indéterminéE », mais du coup un peu trans aussi ou quand même, pasque c'est ça le but.

Je le dis brut de décoffrage comme ça. J'en ai marre de l'hypocrisie et des circonlocutions bien-pensantes pour éviter de fâcher. Pasque ça fâche, j'aime autant vous le dire. On est un certain nombre à en avoir fait l'expérience plus ou moins rude et amère. Et avec très souvent la même réaction : « on est trop durEs ». Chez celleux qui se veulent sociologues on est « essentialistes ».

Alors là pouet pouet, dis-je. L'essentialisme, mal ou bien-pensant, je le vis et l'ai vécu dans les faits, qu'on puisse par exemple se permettre absolument n'importe quoi et le pire envers zizigue ; la signification indubitable en étant que, trans et par dessus le marché inabordable, inachetable aussi, je ne vaux rien, ne coûte rien sur ce même marché politico-relationnel qui est la vraie et je crois même désormais l'unique raison socialedu mouvement féministe contemporain et « de genre » en général. La dureté je crois pareil – ce sont des personne qui vivent dans de bien douillets cocons collectifs qui vous renvoient ça. Gracieux.

Donc, ça me fait assez mal au ventre que les gélatines de ce milieu le renvoient opportunément quand elles sentent que leur intérêt de croissance relationnelle pourrait être mis en question. Car le but est là : être le plus de choses possibles, représenter le plus de légitimitéspossible, pour ratisser large et s'en mettre plein la lampe, plein la maison et si possible plein le plumard. Puisque c'est la valeur d'échange et de richesse désormais en vigueur chez toutes celles qui entendent bien ne pas être ringardes.

Rien que pour ça d'ailleurs, sans même aller plus loin, la notion de légitimité, cultivée en véritable agro-industrie dans ce milieu, est devenue elle aussi une parfaite imposture ! Je me fiche de ce que les gentes sont ; ce qui m'atteint est ce qu'ellils font. Je me fiche qu'on se déclare trans, freak, etc. ou pas, pourquoi et à la suite de quoi ou pas. Mais il y a ce qu'on fait (et aussi ce qu'on évite de faire...) avec. J'ai bien dit « avec » - puisque nous sommes désormais à nouveau dans un monde où on n'agit ni ne parle « qu'en tant que ». Et qu'on s'en sert, et que ça use.

Je dis « biotrans » pour désigner le phénomène. Je conçois bien que c'est défectueux comme terminologie, mais que faire avec quelque chose qui a autant de noms qu'il veut ? On a eu aussi « freaks », pour essayer de croire à une communauté d'intérêts dont je doute fortement. On s'est rajouté des k à droite et à gauche. Etc.

Des fois, je dis pas, c'est sympa, et puis les transitions se font pas toujours d'un coup, mais d'autres fois ça sent nettement l'utilisation et pour tout dire l'imposture.


Imposture. J'y viens. Se mettre à la place de. C'est étrange ce « se mettre à la place ». Ça n'a l'air de rien, on se dirait même, boh, où est le mal ? Et cependant, au delà même de tous les débats de préséance en cours sur les « places sociales » et leur savant organigramme, eh bien cet à la place de déclenche un peu partout et toujours des catastrophes. Déjà sans doute parce qu'il n'y a pas moyen d'être plusieurs par place, et que l'une expulse l'autre dans le non-être. Mais peut-être aussi parce finalement les places ont peut-être un sens et pour tout dire une réalité, et qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec la réalité, si (dé)constructiviste soit-on. Hypothèse contre-révolutionnaire s'il en est, et que je porte désormais avec allégresse. Il en faut bien.

Nous, les trans, sommes un des archétypes de l'imposture du moment. Y a guère plus imposteurEs que les trans, et notez bien que je le dis sans aucune ironie. C'est au-delà de l'illégitimité. Non seulement ça n'existe pas mais ça prend la figure de ce qui existe (ne nous voilons pas la face !). Même des fois de ce qui existe en pire. On fait souvent comme si on était sortiEs de la cuisse de je ne sais qui, et qu'on était désormais au-dessus des débats "binaires". Mon oeil !

En tous cas c'est prodigieux comme la légitimité absolue, celle des bio, l'en-soi et l'intégrité, la vérité quoi, faites personnes, l'antithèse de l'imposture, eh bien arrive à faire encore son beurre de cette même imposture trans, gagne quelque chose à y venir tremper sa nouille ! C'est renversant. C'est comme dans le capitalisme, même les ordures, même ce qui n'existe pas engendre de la valeur, au contact intime et quelque peu intrusif de la puissance et de la richesse !

Ou alors, j'en reviens-là : abolissons les trans, abolissons-nous, (du coup, on abolira également les bio qui se font passer pour). Des fois je me dis que toute la grande vague trans qui a déferlé à partir de la fin des années 90, et dont je suis, est juste une entreprise de valorisation sociale de plus, de valorisation d'un domaine jusque là négligé. Et qu'on n'a rien à dire s'il y en a après qui nous collent au derrière pour essayer d'en profiter un peu. Peut-être ce qui me chagrine est qu'ellils en profitent en fait beaucoup, l'ambiguité étant à la mode. Et qu'on s'est fait avoir, avec notre espèce de rectitude débile dans la transition.


Cela dit, pour le moment, je suis furaxe, et j'en reste à ce que j'écrivais avec un reste d'espoir il y a un an et quelque à une personne, une bio rhônalpine charismatique, qui a, on peut le dire, plus qu'abusé envers moi et aussi envers d'autres, en se servant précisément de sa « freakitude » et pseudo-transitude (cf Lettre à une hamstère). C'est une arnaque inégalitaire sans nom que jouer les trans ou les semi-trans avec les trans, et devant le reste du monde. De fait, l'unique but et résultat visé est de récolter à la fois les dividendes de la biotitiude, et sa légitimité tous azimuts, sans limites et sans phrases, et d'autre part les épices de la transitude, histoire de ne laisser échapper aucun plaisir ni aucune présence. Cet avertissement a été plus que vain, et même ma perte, cette personne entendant bien continuer à n'importe quel prix, comme d'autres, sa retape. On l'a vue encore il y a quelques jours faire un joli coucou avec son plus doucereux pseudonyme sur diverses listes, notamment trans. Histoires de répandre un peu de glu mélangée à la bouillie prétexte qu'elle « faisait suivre », pour en attraper de nouveau quelques unEs. Lassée, je n'ai pas eu l'esprit de réagir ; mais je le ferai la prochaine fois, qui ne manquera évidemment pas d'arriver. Quand on a été coulée, on se doit encore de servir de falot, hissé sur l'épave, pour avertir des naufrageureuses.

Ah c'est une belle biotrans, elle, un des spécimens les plus réussis, les mieux documentés et qui donne même le plus l'illusion de la singularité bienveillante. J'y ai été bien prise moi-même. J'ai été une de ses victimes, et je crois avoir été la seule à oser le lui dire à la fin en face, à exiger et espérer un changement, comme à reprendre ses copines t...philes sur leur empressement (pour rester polie). J'ai payé épouvantablement cher cette outrecuidance, parler en égale à une bio ! (Beh oui, là la biotrans retrouve d'un coup sans scrupule aucun toute sa stature et sa puissance de bio, invoque ses mânes et ses vestales, et vous foudroie). Sa vengeance prophylactique, sentant venir le roussi d'une remise en cause carabinée, n'a pas été moindre que de détruire, et surtout faire détruire par quelques sycophantes à ce apostées, ma vie sociale et même intérieure, comptant à juste titre sur la lâcheté féministe envers nos angoisses fétichisées, et la révérence envers son statut de grande ancienne pour que ça passe comme du petit lait. Histoire de pouvoir tranquillement continuer à engranger les profits de son ambiguité intéressée. Elle a même réussi à me purger d'une forte somme, confiée pour un projet commun. La main de la bio dans la poche de la trans, quoi. Sachant que ladite bio est une riche héritière (si, si, ca existe ailleurs qu'à la télé), qui vitupère les "bourges" à longueur de journée... La réalité dépasse la fiction. 

C'est là qu'on voit ce qui compte réellement dans le milieu alterno-féministe ou lgbt, que les rapports de pouvoir y sont pointilleusement les mêmes qu'ailleurs, et défendus avec autant de mauvaise foi par une carapace de silence traversé d'opportunes rumeurs aux cibles savamment sélectionnées. Le tout baignant dans un cynisme sans fond. 

Les biotrans y sont comme des poissons dans l'eau. Il va de soi que ces personnes sont généralement également transphiles, c'est à dire dans un certain nombre de cas abusent quelque peu de trans, et ce de manières pas très diverses (que peut-on faire avec une trans, sinon coucher ou se montrer avec, comme tout le monde à relationnoland ?). C'est bien sûr aussi ce que font bien des bio pas « trans » du tout. Mais bon, de toute façon, dans un monde de rapport de force, de valorisation conditionnelle et de cul il serait stupide de s'en formaliser en soi ; ou on remet tout ça en cause ou on la ferme... Marre de la larmoyance dramatique, comme si les abus étaient une anomalie dans un pareil cadre !


(C'est marrant – si l'on peut dire : je suis persuadée que nous sommes finalement assez nombreuses, les mtfs en tous cas, à subir notre « biotrans », ou notre « transphile », notre crocodile larmoyantE, notre loutre venimeuse. Mais que nous le disons rarement, déjà parce que c'est dangereux, ces personnes détenant souvent les clés de nos vies ; mais aussi par désespoir et par cette honte, cette impossibilité d'accès à nous-même, dont je causerai plus loin).

Je me suis faite aussi agresser à diverses reprises par des docteures du milieu, lorsque j'avais à l'occasion soulevé la question ; celles-là n'ont pas été les dernières à se réjouir des charretées de saloperies que la première avait commandées à grands frais pour m'ensevelir, et la question avec.

Tout ça pour vous dire ce qui peut vous arriver, petite trans facilement séductible, avec les crocodiles charismatiques.


Cette ambiguité intéressée équivaut tout simplement à participer à la vampirisation et à l'expropriation des personnes trans. Dans le monde tel qu'il est. On en arrive des fois à ne plus savoir qui on est, sachant que déjà ce n'est pas la gloire entre nous, avec toutes les hiérarchies qui tombent sur les épaules de nous qui postulons à l'existence, dans un monde où elle nous sera toujours déniée, ou au mieux octroyée conditionnellement. Hiérarchies qu'au reste nous ravivons entre nous avec entrain. Voir ce que j'en ai écrit dans Chimères et coquecigrues. Mais alors quand nos amies s'en mêlent, se proposent, s'infiltrent, alors là... Plus personne. Plus aucune capacité à reconnaître ni à se reconnaître, tout étant préempté par la machine d'avalement, qui fait un drôle de mic-mac à moitié identitaire, à moitié relationnel, selon les catégories en vigueur de nos jours. Mais un désert sûr et certain en langage clair et non châtié.


Le plus drôle est quand ces bio nous apprennent dans le détail ce qu'on est, d'où on vient et où on va, nous déroulent le catéchisme. C'est arrivé plus d'une fois. Mais ce n'est pas moins scabreux quand elles font au contraire mine de s'étaler pour nous lécher les pieds, ou les bottes, ou les sandales, selon que (mais gratuitement, faut quand même pas pousser !). Ou enfin quand elles jouent la partition du « je suis un peu trans moi aussi » (ça c'est surtout envers les ftms, j'ai bien des fois fait remarquer que la travelottage pseudo mtf, euh, c'était quand même plus risqué et moins esthétique, et que ça rapportaitet donc attirait moins, héhé).

Mais enfin non, ce n'est justement pas drôle. C'est odieux. C'est blessant. Ça fait partie de ce que je ne nomme plus autrement que le foutage de gueule qui sous-tend toute l'idéologie performative et la nouvelle bien-pensance. Le cynisme le plus éhonté, au sens strict de ce dernier terme, et qui s'appuie sur les plus étonnantes démonstrations pour huiler l'abattoir social.

Éhonté, tiens, voilà. Dépourvu de honte. Je ne dis même pas de capacité à la honte, de vergogne, mais qui s'en est débarrassé. Or, je reviens à ce qui me semble une vérité fondamentale, c'est que le monde n'est pas infini, et que la « solidarité », si j'ose dire, est par force. Si quelqu'une ne veut pas porter un truc elle le met ipso factosur les épaules d'une autre, par un principe qui dépasse le loin le mécanisme des (dé)constructivistes. Et si elle se l'accapare, eh bien elle le retire idem à autrui. Ce qui est vérifiable partout et quotidiennement, notamment depuis que nous sommes sortiEs des ténèbres moyenâgeuses où l'on avait encore quelquefois quelque scrupule à ce sujet. Et invalide copieusement ce que m'a répété expressis verbisdurant des années et des années la bio évoquée plus haut, cynique et avide, ressassant l'effroyable principe naguère élucidé par Guizot (« Enrichissez-vous ! »), qu'il était à terme bon pour toutes (!) que les plus puissantes  (on dit les plus "avancées" chez ces gentes là) jouissent sans entrave, accaparent les biens, s'exonèrent des peines et élargissent le monde. On a bien vu la profonde pertinence de cet axiome infâme, depuis par exemple les caravelles de Collomb et leurs extraordinaires conséquences...

Et donc la honte aussi, qu'on a cru bien commodément liée à la culpabilité, simple sous-produit d'icelle, est objet de cette correspondance, comme tout ce qui compted'ailleurs. Celles qui n'en veulent mi en rajoutent aux autres, les bonnes consciences épaississent les ténèbres. Mais la honte n'a rien à voir avec la culpabilité, hormone fort prisée depuis quelques années chez les militantEs à tête chercheuse, et qui sert justement à se valoriser au bon endroit. La honte, c'est de ne pas pouvoir se contempler. Si on prend la définition de W. Benjamin, elle serait l'antithèse du bonheur, qui consiste selon lui à « pouvoir se regarder sans effroi ». Mais je crois que ça pêche un peu parce que la honte n'est pas de se regarder avec crainte, ce qui est sans doute un exercice de bdsm moral fort prisé des susdites bonnes consciences en voie de « déconstruction », à leurs moments perdus où lors de leurs retraites spirituelles. Non, la honte c'est de ne voir personne là où on devrait être. La honte c'est quand tout a été spolié et sucé. Et c'est le cas des trans qui ont subi l'abus de bio très inclusives qui, en plus d'abuser directement, leur ont même arraché le peu et le pas très beau qu'ellils étaient. Par ce jeu de bonneteau d'être ou de se laisser croire l'un ou l'autre, selon les intérêts du moment.

J'ai aussi fait remarquer que ce privilège, pour user encore d'un terme du bêtisier contemporain, leur était réservé. Les trans ont fort, fort rarement la latitude d'être tout à fait bio en figure et en reconnaissance (ça arrive à quelques, qui passent super bien et en se cachant). En tous cas il leur est alors évidemment impossible de jouer sur les deux tableaux, si leur transitude réapparaît, même fugitivement, sont trans, bien trans, restent trans. Point.

Donc, la honte, c'est pour nous, les lépreuXses. Encore et toujours. La honte, c'est à dire le rien et l'anéantissement, plus ou moins poussé selon notre docilité et notre abordabilité.

La honte est en fin de compte de ne plus pouvoir habiter chez nous, de n'avoir plus accès à nous même et au peu qui nous revient, parce que les crocodiles avides se le sont adjugéEs en entrant en nous-mêmes. En tout bien tout honneur, avec notre consentement – ah, tiens, le consentement, encore un des mensonges cyniques de la bienséance alternote ! Comment ne pas consentir à toutes les conditions de celles qui détiennent le réel, eh ? C'est comme d'aller faire un emprunt à la banque... Puisque la pauvreté, encore une fois, entraine l'anathème perpétuel et la déshumanisation pratique.

En somme, et comme on paie pourles biotrans, on en arrive à avoir honte pour elleux, à au moins deux sens du terme. C'est effrayant quand on y fait bien attention. Et ce n'est même pas toujours un acte de volonté. C'est dingue comme ce monde mécaniste et déterministe, voire prédéterministe, a dévalorisé celle-là.

Il faudrait écrire une monographie de la honte et de son rôle, voire de son utilité, puisque nous sommes dans le règne de l'utilitarisme et de l'efficacité ; et en tous cas de sa répartition !


Voilà pourquoi je rabâche, moi aussi, comme l'affirment devoir faire les militantes les plus chevronnées, sur ce point précis qu'il y en a marre des biotranset de leur omniprésence obsédante, comme de leur pouvoir charismatique évident et collant. On peut me dire ce qu'on voudra des identitéset de leur foire infinie. Pour ma part j'en suis revenue, je ne le cache pas, aux conditions. Nous sommes et vivons dans des conditions, au sens ancien du terme. La condition de chacunE. Ces conditions ne sont pas en nombre infini. Et elles sont dramatiquement soumisesaux lois de cette solidarité de fait et de force dont je parlerai de plus en plus souvent. La seule manière de retrouver quelque liberté, ce mot antédiluvien, serait d'abandonner quelque chose, quelques prétentions, faire de la place quoi, mais c'est tabou. Seule la prise de pouvoir est un objectif valable, comme disent sirupeusement nos grandes têtes à claques de la réclamation. Coming to power. Yes. On voit ce que ça donne... Un cynisme ricanant.


Il faudrait aussi causer de l'arnaque inévitable, bonnes intentions ou pas, de la « présence » de trans dans des groupes foncièrement bio. Donc foncièrement humains, puisque l'humanité est une échelle de Jacob, et même une échelle tout court. Là aussi le dépouillement et le mensonge sont remarquables. On pourrait dire que tout le monde ment et se ment, les bio bienveillantescomme la trans qui pantèle de joie de se sentir enfin humaine. Mais à la fin il n'y en a qu'une qui paie, comme c'est singulier, pour ce mensonge. Comme l'âne dans la fable de la Fontaine, tout le monde a la peste mais y en a qu'unE qui crève, et ce dans la plus grande légalité, pour ne pas dire dans l'évidence qui suinte de la légitimité en décomposition.


Pfff... Que faire ? On peut se dire évidemment vite fait que la « non-mixité » la plus rigoureuse s'impose. Mais voilà, comme toutes ces clés à douille agitées frénétiquement depuis quinze ans par les mouvements de genre, je crois que, par l'attitude même qu'on a eu envers cette notion, elle est devenue inutilisable en l'état. C'est fou et incroyable ce que nous avons finalement gâché de possibilités en faisant tout rentrer dans les boîtes d'une bonne intention qui cache plus mal que jamais les enjeux réels d'accroissement, de profitage, et consécutivement de cannibalisme et de malveillance qui font l'atmosphère de l'enfer féministe. Pour ma part je crois hélas à l'irréparabilité de la chose. Il n'y a que les agentEs d'assurances qui croient qu'on peut réparer. C'est cassé, cassé. Pourri et empoisonné même. Au mieux, il faudrait un très long temps de remisage et d'inutilisation pour avoir une chance de pouvoir un jour s'en resservir. Ainsi qu'une mise au jour de l'économie souterraine et niée qui structure ces milieux. Il faudrait déjà le vouloir. Et ça ne sera pas pour nous, parce que la vie est brève – mais je parle évidemment là dans les nuages, ce rêve cru sur parole que nous voulions réellement changer des choses, qu'on me passa dans le cartilage du nez comme un anneau vers ma vingtième année. Et qui quelquefois me traîne encore.

Bref, une fois de plus, je crois que si nous voulons réatteler une autre charrette que la reproduction cynique de l'accumulation et de la spoliation, il nous faudrait aller retrouver quelques barrières ringardes, qui ne se targuent pas de rapporter. Mais à qui parlé-je ici ? Certainement pas aux biotrans. Ni à beaucoup d'autres, des qui puissent se reconnaîtreen tous cas.


La petite poule rousse



PS : Je me répète beaucoup. On l'a dit et c'est vrai, j'assume. Il y a un nombre de questions et d'infâmies limité sur lesquelles je me sens d'intervenir. Et, oh, eh, je rabâche pas beaucoup plus que bien des émissions de radio militantes. Nous avons notre petit sac de choses présentables... ou pas !

Mais il y a aussi autre chose. Pas plus tard qu'hier, une bonne âme, membre d'un groupe de bio qui m'avaient promis soutien, bien contentes d'arborer une trans, mais s'éclipsèrent sur la pointe des pieds dès qu'elles virent que ça pouvait secouer la torpeur par quelque grabuge et leur coûter des points de retraite, cette bonne âme donc me reprochait quasiment de tourner en rond. Eh, que je lui dis, comment ne veux-tu pas tourner en rond quand on t'a claquemurée hors du monde et même hors de toi ! - ce qui est la plus exigüe des cellules ? Je n'ai donc pas fini de tourner en rond avec ma crécelle de lépreuse. Avis à celles qui espéraient dormir près de la porte...

J'avoue que j'aimerais fort parler d'autre chose, ces sujets me faisant quelquefois vomir, mais je ne le pourrais qu'une fois libérée et réintégrée en moi-même. Ce qui semble être une chose tout à fait au dessus des moyens de cette époque, de mes « camarades », d'un milieu qui daube fort sur cette même « intégrité », comme des miens propres (dont je ne sais où ils courent actuellement ni entre quelles mains !).

C'est fou, on se sent d'exiger d'une trans, convenablement isolée, spoliée et salie de surcroît, ce qu'on ne se sentirait de réclamer quasiment à personne, si ce n'est à une autre illégitime foncière bien sûr. Les sous-humaines doivent être surhumaines. Ce qui rappelle évidemment autre chose, une « critique » très bien en cour actuellement. Mais il serait obscène de faire le rapprochement.

Mais cela indique aussi que nous sommes là pour délivrer les autres de leurs obligations. C'est un rôle assez mystérieux dans l'organigramme social ou alterno, que je commence juste à deviner dans le noir. Et ça file la chair de poule !

J'essaierai de développer cette intuition dans un prochain article.



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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 16:24

 

 

« Êtes-vous l'ami d'un homme de la cour, d'un homme de qualité, comme on dit, et souhaitez-vous de lui inspirer le plus vif attachement dont le cœur humain soit susceptible ? Ne vous bornez pas à lui prodiguer les soins de la plus tendre amitié, à le soulager de ses maux, à le consoler dans ses peines, à lui consacrer tous vos moments, à lui sauver dans l'occasion la vie ou l'honneur ; ne perdez point votre temps à ces bagatelles. Faites plus, faites mieux : faites sa généalogie. »

Chamfort, Produits de la civilisation perfectionnée, 224



Cet aphorisme fut écrit vers la fin de ce que nous appelons avec condescendance l'Ancien régime, vous savez, cette époque où l'on était pleinEs de préjugés réactionnaires sur ce qu'étaient les gentes...


Deux siècles et demi plus tard, on a bouclé la boucle. Il n'y a plus de cour, il y a des milieux idéologiques, où on est aussi tatillonne sur les origines et les identités que les prédécétrices. Et où la reine est l'idée.


Voulez vous plaire à une de vos copines militante ? Trouvez-lui, reconnaissez-lui la légitimité de quelque oppression enregistrée, quelques disgrâce qui rapporte un bon point existentiel et politique ; une bisaïeule arménienne, un cousin prol, un bourrelet mal placé, un soupçon de transitude, que sais-je, zut ! un nouveau nom avec un k dedans, au pis aller. Emerveillement collectif garanti devant les tiroirs de la légitimité qui se déverrouillent !

Aidez-la à le faire valoir ! Elle en pantèlera de joie et, de reconnaissance à son tour, vous sautera au cou.


Ne vous amusez par contre surtout pas à la soutenir dans l'adversité, à être sa servante, sa soldate, sa banque ! Elle vous trahirait, vous calomnierait et vous exterminerait, comme le font tous les petits tyrans. Et toutes les autres applaudiraient autour.


Sommes-nous près de la fin du fétichisme "politique" contemporain ? Rien ne permet de le conjecturer.

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 15:53

C'était du temps, qui me paraît déjà bien lointain, où j'étais dans mon vieux Planning de bouseuses, en Haute-Loire, un vrai Planning quoi, actif sans idéologie constructiviste à toutes les charnières ni enjeux de pouvoir bien considérables. Sans grande hypocrisie non plus, et où l'essentiel de la détestation s'exerçait envers celles du département voisin. Les Cantaloues (je déteste le Cantal, moi aussi). Rien à voir avec celui des gestionnaires du Rhône, avec ses gélatines sur pattes (vous savez ? Gélatine, la militante qui prend toutes les formes selon opportunité !) et ses hyènes arrivistes. Et où pour mon malheur me conduisit mon obéissance imbécile de petite soldate bien-pensante aux ordres des néo-essentialistes « indigènes ».

Bref, un mercredi soir, à une « mensuelle », arriva une nana que j'estimais beaucoup, ouvrière agricole. Et qui nous salua d'un « Eh ben, là j'ai castré des veaux toute la journée ». Je crois qu'elle a dit des veaux, mais je me demande aujourd'hui si ce n'étaient pas des porcs. Je ne sais plus. Nous sommes là-bas une région d'élevage bovin plutôt que porcin. Enfin bon. L'éclat de rire fut évidemment général et généreux. Mais je crois qu'on passa vite à autre chose. Trop vite sans doute.


J'ai pensé à ça hier en voyant, sur le site du Monde, un article sur les paysannes. Les exploitantes agricoles ou, comme on disait jusqu'il y a peu, les « épouses d'exploitants agricoles ». Et cet article parlait justement de castration. Chacune sait que j'adore la castration. Pas seulement le petit slogan vociféré dans les « marches de nuit » par des tas qui s'en garderaient bien en réalité et dont les trois quarts vont après rejoindre leur copain tout à fait encore « outillé », à tous points de vue d'ailleurs. Mais réellement la remise en cause de l'entrepénétration universelle et obligatoire pour se reconnaître dans une glace. Du cul comme valeur et « libération ». Et de la pattex relationnelle qui va avec et gicle de tous côtés. Au point que nous ressemblons à une espèce de groupe géant statufié qui bougerait encore juste un peu. Une bonne militante lesbienne bio d'envergure régionale, comme pas mal d'autres « libératrice » décidée et fort insistante, pour rester polie, notamment des r.... et des t.... disponibles, ne s'y était d'ailleurs pas trompée, qui m'avait décerné à répétition ce beau titre de castratrice, au cours d'une nuit gueulative où je refusai de me ranger à ses vues bien pratiques (« c'est pour la cause » - oui ma belle, et surtout pour ton cul, mental et physique).

Eh ben oui, si être castratrice c'est combattre ton monde d'angoisse, de concurrence, d'envahissement et d'abus, pas de problème. Et d'ailleurs, où serait le problème ?

Tiens, au fait, ça me fait quand même marrer – on fait remarquer, à très juste titre et quotidiennement vérifiable, que la cohorte des mecs a une paire des testicules à la place du cerveau. Fort bien – mais je me demande des fois, dans notre lumineux milieu, qu'est-ce au juste qu'ont mes petites camarades pro-sexe entre les deux oreilles?.. Quel monde !


Mais revenons à nos exploitantes agricoles. L'article, enfin ce qu'il décrit, vaut son pesant d'ensilage. Notamment quand il est écrit noir sur blanc que les femmes sont, non seulement le repos du guerrier, mais tout simplement sa valeur et son existence sociale, point. Je trouve quand même tout à fait extraordinaire que le rapprochement soit à cette occasion fait aussi simplement et ouvertement entre patriarcat et relationnisme ! Et je vais même à l'occasion faire un pas que je n'avais jamais fait, jamais osé faire : le relationnisme crée aussi le patriarcat, en quelque sorte. Ou les deux sont au moins conssubstantiels. Auraient du mal à vivre l'un sans l'autre. Je veux dire que si pour exister il faut vivre dans la pattex, bien sûr, c'est pire si on est une nana avec un mec. Mais le principe existe dans n'importe quelle relation qui est là pour tenter de remplir la valeur, ce qui est somme toute le cas de toutes les relations aujourd'hui, comme toutes les transactions ou presque n'existent que par et pour un cadre monétaire et économique. Bref, les LGBT comme les autres, quoi, qui ont d'ailleurs porté cette valeur relationnelle à un point encore plus crucial, puisque la totalité de leur identité y appartient. Ellils font vivre le patriarcat. On se dit des fois que le patriarcat, il pourrait même exister sans les mecs, sans la classe mec : les éléments essentiels y seraient quand même. Ce qui explique d'ailleurs la douce joie dans les relations entre nanas, bio ou trans... La dévotion à une valeur crée nécessairement hiérarchie, violence et contrainte. Point.

 

Donc voilà, ces nanas jouent désormais en même temps un rôle castrateur, si, si. Elles chient dans la colle, même avec la meilleure volonté du monde de se retenir. Donc, si je comprends bien, dissolvant de cette même relation qu'elles nourrissent (qu'est-ce que les femmes ne nourrissent pas, je vous le demande ?!). C'est qu'elles amènent désormais autre chose que leur gueule au bal des célibataires, puis à la mairie, puis autre chose que le repas à table aux mecs qui ont bossé dur, autre chose que la trayeuse à la stabulation, autre chose que leur cul au lit. Par exemple elles amènent un (maigre) salaire d'ADMR. Eh bien vous ne me croirez pas, mais si, c'est castrateur. Pourtant c'est encore quelque chose qu'elles amènent ! Pas qu'elles prennent. Elles ne prennent toujours rien, et à peine leur retraite, vu qu'il faut toujours s'occuper du bonhomme et des enfants ! La seule manière de « prendre » dans ce monde c'est de tout abandonner et de s'enfuir... C'est là qu'on voit combien on verse vite dans la castration, au sein d'une société en érection perpétuelle de baudruches de dildos, de clitos, de tous autres accessoires interchangeables. Parce qu'on ne peut guère plus parler que de baudruches, quand on parle de ce qui est pris dans le phénomène valeur, qui a remplacé une réalité dont on ne sait même plus très bien ce qu'elle pourrait être (d'ailleurs le contructivisme la nie opportunément). Ça semble quand même un vieux trop humain, mais alors pas sympathique du tout, que cette hypervalorisation du cul et de la colle. Qui est devenue tellement exacerbée depuis quelques temps qu'on ne peut pas faire le moindre petit pas en dehors de la cohue en rut sous peine d'être déjà une non-valeur bonne à crever, d'une part, et castratrice d'autre part si on a l'outrecuidance d'ouvrir sa gueule et se se refuser aux mains baladeuses et non-payantes ! Et de ne pas en dire du bien.

Je rigolais bien fort à part moi l'autre jour en lisant sur Yagg un « dialogue » entre notre Wendy nationale et une Peggy Sastre soi-disant défenseuse des « asexuelLEs ». Ça dégoulinait de respect, d'admiration réciproque et de bons sentiments. Le carnaval de la diversité quoi. Quatre pages pour tourner autour de tous les pots un peu fragiles et surtout ne rien remettre en cause des adulations contemporaines. Parler d'anti-sexe ?! Ah non alors, ce serait pas respectueux. Les pro-sexe affirment le droit régalien de libérer tout le monde (ou presque...) avec leur enthousiasme, au nom du « progrès humain » je suppose, mais prétendre la réciproque, même les cathos ne l'osent plus, ce n'est ni démocrate ni respectueux. Purée, ce respect, cette fosse commune, combien aura-t'elle avalé de gentes ? Ah en tout cas la Peggy elle sait qu'elle a son billet désormais pour rentrer dans le corral communautaire. N'a pas pissé dans la soupière, c'est très bien ! Zut, je prefère encore le verbiage récitatif pro-sexe à Wendy, il est moins hypocrite ! Je m'entendrai toujours mieux avec elle ; faut le faire !

 

Eh bien ouais, je trouve que le sort de ces bouseuses parfaitement à des années-lumière de la vie intense et trépidante des militantes (qui cependant ne dédaignent pas de se répandre dans quelques campagnes périurbaines pour tâter du jambon), eh bien que leur sort est incroyablement emblématique de ce dans quoi nous pataugeons toutes. Leur sort et la vision qu'on en a, puisque la vision est part essentielle du fonctionnement valeur ; comme on vous voit on vous traitera. Je fais cette concession non négligeable aux constructivistes, d'autant que ce n'est pas elleux qui l'ont inventé. Et alors, je vais vous dire, être traitée comme castratrice, que ce soit par les mecs ou par les nanas ou même par les autres, dans un monde patriarcal et relationniste, ben vous pouvez numéroter vos abattis. Vous n'existez pas et, si vous avez le toupet de quand même être là, je vous dis pas les horreurs qui vont vous tomber sur la gueule. Mais c'est un honneur, et l'honneur coûte très cher dans notre époque de rampement généralisé et de malveillance obligatoire. Nous sommes donc les unes et les autres castratrices. Chacune à notre manière et en notre place, en notre condition devrais-je dire peut-être. Les paysannes et les comme moi, bouseuses de la vie intense des bonnes féministes alternotes ou autres. Tant qu'on est quelque part on coupe quelque chose à quelqu'unE, même dans notre agonie. Il faudrait pouvoir exterminer notre race, mais il est à prévoir qu'il y en aura toujours, quelles que soient les opérations de dératisation sociale que l'on mènera.

En tous cas, la situation des nanas à la campagne, eh bien elle s'améliore pas, déjà vu l'appauvrissement de pas mal de paysans (au profit d'autres, ah ben oui, c'est pas perdu). Mais aussi parce qu'elles sont plus que jamais le cul entre deux chaises. Et quand je songe que la seule alternative qu'on leur propose actuellement c'est l'appauvrissement urbain ordinaire ou la chaise à gode des alternotes, ben beuh... je trouve que le monde est triste, voilà... Triste et confisqué.

N'empêche ! Vivent les castratrices, les vraies, celles qui ne sont pas en syndicat d'accumulation existentielle, qui ont des vies de merde, qui coupent tout à commencer par l'envie. Et qui sont une des rares vraies contre-forces de ce monde !

 

 

Plume

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 08:45

J’ignore si ce genre de « délit » existe toujours de fait, à part dans sa version « grand méchant – crime contre l’humanité » ou quelque chose comme ça. Je suppose qu’on aurait ainsi pu poursuivre avec ce gourdin, à une époque où la « loi de 1920 » était encore en vigueur, toutes celles qui soutenaient et réclamaient la légalisation de l’avortement. Peut-être même l’a-t-on fait ?

Au paradis judiciaire, qui fait tant triper contre toute raison les militantEs qui ne rêvent que de puissance et de passer du bon côté du gourdin, il n’y a plus d’ennemiE, il n’y a que des criminelLEs. RayéEs de la carte. Illégitimes absoluEs. C’est à peu près ce qu’on a « gagné » à passer du vilain obscurantisme qui ne connaissait que les hérétiques et les possédées aux lumineuses idéologies du progrès et de la domination.

Le crime d’infanticide, donc, n’a pas de nom dans ce pays. Il se cache sous quelque chose comme « l’homicide sur mineurE de moins de quinze ans » ou le « défaut de soin ayant entraîné la mort » sur la même.

 

Ce n’est pas pour autant que le gourdin est suspendu, bien au contraire. Puisque le 8 juin dernier, aux assises de l’Allier, une nommée Valérie Gally a pris quinze ans ferme. Pour avoir laissé mourir à la naissance deux lardons, bref appliqué un avortement post partum. Comme quelques unes, elle les avait conservé, hélas pour elle. Que dire ? Chalamov avait bien gardé son chat mort, assassiné par son voisin, dans son frigo. Toutes les prétentions vaselineuses de ce monde hypocrite et rempli de psys ne nous épargnerons jamais les déchirements.

 

Quinze ans ferme ! Même la proc a été un peu soufflée, qui avait réclamé « seulement » dix ans, et qui a fait appel. Sept ou huit ans réels et sûrs au moins donc, dans une prison où les autres nanas lui feront la vie que les mecs font aux violeurs réels ou supposés. Vive la justice populaire. Parce que c’est un jury, un jury de braves gentes, de celleux donc qui ne se sont jamais fait pincer, tout simplement, qui a ainsi déchargé sur elle sa haine et sa peur d’esclaves. Les bonNEs citoyenNEs implacables, ce fameux « courage civil » que définissait déjà Léon Bloy par « la détermination indomptable à taper sur les faibles et les désarméEs ». Que l’on retrouve dans tous les replis de la société comme de la prétendue « contre-société ».

Je sais pas si vous lisez les comptes-rendus d’audience dans les journaux, mais la justice républicaine aime que l’on rampe devant elle, que l’on se fasse dessus de terreur et de remords, que l’on répète docilement les imprécations des juges et des procs. Les croquants du moyen-âge s’abaissaient moins devant leur seigneur que les « mis en examen » devant cette justice vermineuse où tout doit pouvoir être tarifé et "réparé". C’est que nous sommes à l’âge des assurances, de la safety et du care.

Valérie Gally a rampé, comme les autres, s’est bien qualifiée de monstre, et à répétition. Mais voilà, le jury aime bien de temps en temps prendre au mot, pour terroriser. Monstre ? Okay. Crève ! La fille de paysans de service, dont son premier mari déclarait à la barre « ne l’avoir jamais vraiment connue » (ben heureusement ! C’est quoi ce rêve hégémonique de transpercer l’autre de tous ses yeux, ce cauchemar mitonné chez Meetic ?!).

 

C’est bien simple, là-dessus, tout le monde ferme sa gueule. Tout le monde a la chiasse. Se réfugie, quand il ne condamne pas, dans un bien commode « refus de jugement » qui équivaut évidemment aussi et surtout à un refus d’approbation. Je me rappelle de la lâcheté sur la question, comme sur bien d’autres (les délais d’avortement !), d’ex-commensales du Planning Familial, cadres tremblotantes et gélatineuses ou jeunes arrivistes aux dents qui rayent le lino. Seule une très ancienne, une fondatrice quoi, qui avait refusé de glisser dans la gestion, me disait avec entrain « Allez, on va acheter des congélateurs ! ». Mais c’est sûr que ce n’est pas en soutenant les nanas qui avortent tardivement qu’on va recevoir des strapontins ministériels ni même des adhésions dans ce pays lardonolâtre. Personne ne réclame donc franchement la disparition de l’avortement du code de la santé, ni la fin de la surveillance (un flic derrière chaque nana enceinte, cette fiction de 70 sera bientôt réalisée). Au contraire.

 

L’infanticide à la naissance, avortement tardif, file donc généralement la foire. Moralement tout au moins. C’est un des crimes à la mode dont on ne s’éloigne jamais assez. Comme de celles qui s’y font pincer, et qui paient pour toutes. Et pour toute la chape de honte et de malveillance qui pèse sur les nanas, toujours soupçonnées d’être de mauvaises mères.

C’est que ça remue, ce truc. Ça nous emmène, de fait et de force, bien plus loin que la mièvre déclaration sur la « libre-disposition de son corps » (et de soi-même tout court !). Ce rêve de petites portions in-dépendantes et régulées. Comme le dit si bien un des seuls livres honnêtes sur la question (Réflexions sur un tabou), la réalité c’est que des lardons apparaissent dans des ventres, que ces ventres sont des ventres de femmes, et que c’est toujours à elles de régler l’affaire d’une manière ou d’une autre. Et que les lardons, désolée mais c’est pas un cadeau. Enfin, autre aspect de cette réalité si commodément oubliée par le constructivisme en vogue, c’est qu’on naît toujours de quelqu’une, eh oui. Avec toute la merde que ça représente. Que personne n’y peut rien et que c’est indépassable.

Et ça nous fout aussi le nez dans cet insurmontable caca, dont nous avons depuis quelques siècles fait la valeur centrale de nos vies, concurremment avec l’argent, de l’emberlificotage relationnel, amoureux et évidemment sexuel (puisque sans cul rien ne serait réellement valorisé). Et qu’on ne me dise pas même que ça se limite à l’hétérosexualité (même si ça aide puissamment, évidemment).

Enfin que ce rêve d’in-dépendance et d’autopropriété ne peut, comme tous les rêves qui coûtent cher, que faire que les unEs le vivent sur le cauchemar des autres. Eh oui, pour qu’il y ait de joyeuXses « partenaires » responsables, il faut des tas de vies de merde. C’est comme dans l’économie, sans pauvres pas de riches. Et ce n’est pas non plus le meccano politique de la « domination » qu’il suffirait de démonter et remonter avec les bonnes clés à douille !

 

La fiction légitimiste de « chacunE son corps, chacunE sa vie », bien digne d’une époque où elle orne et adevise les pubs de toutes les entreprises de service, ne marche pas. Que ce soit le papa, la maman, les deux mamans, le lardon… Y en a toujours une qui est carna. Et qui doit prendre sur elle de supprimer l’autre, ou de se laisser bouffer. Devinez laquelle ? La moins puissante des nanas, point.

 

En attendant… En attendant rien du tout. On ne voit d’aucun côté, pas plus « subversif » qu’autre, d’issue à ce monde d’hypocrisie permanente et par ailleurs de collage généralisé, évidemment majoritairement hétéro. Pas d’issue à un monde de lardons et de lardonolâtrie, d’amour, de pattex, de cul et de couplite, où c’est si facile d’en faire… et où, comme le dit le livre sus mentionné, c’est toujours aux nanas de régler la question d’une manière ou d’une autre, que ce soit par l’avortement précoce ou tardif, ou bien une vie entière finalement de sujétion, qui commence par les couches et les braillements et finit par les violences des jeunes gaillards sur leurs mères. Et même qu’on ne me dise pas qu’hors de l’hétérocoincoin tout va bien. Ce ne sont pas les mines abruties de l’apgl et les soi-disant « relations égalitaires lesbiennes » qui vont me faire croire que là il n’y a nulle contrainte. La bonne blague.

 

Cela dit, il est quand même probable que si l’avortement devenait réellement un truc plus simple, hors des pattes des toubibs et des juges, l’affaire se ferait en général plus simplement. Mais en général seulement. Il y aura toujours des impossibilités ou autres. Et gardons nous d’encenser l’un pour diaboliser l’autre, de dire « libéralisons l’avortement pour éteindre l’infanticide », comme on dit encore « libéralisons la contraception pour éteindre l’avortement » !

 

J’ose encore une fois dire ici que je suis persuadée qu’il existe, par force, une espèce de « solidarité universelle », qui n’a rien d’intentionnel ni de bienveillant, et qui veut que les unes payent pour les autres, que celles qui existent peu se voient encore arracher le peu qu’elles vivent pour que celles qui « vivent intensément » intensent encore plus. Et que les idéologues du « plaisir et du désir » défendent et mitonnent un système tout aussi cannibale que leurs adversaires. Cela dit, je ne crois nullement à un quelconque avenir radieux. Nous aurons toujours les mêmes limites et les même tortures.

 

Mais n’empêche. Apologie de crime. Je trouve fondamental que les nanas puissent se débarrasser, y compris post partum, de leurs lardons. Et je reste obstinément pour cette autodétermination à l’avortement, sans délais ni tutelle. De tout coeur !

 

 

Plume

 

(Qui aurait bien aimé être avortée, fut-ce tardivement. De même que Madame de Sévigné qui regrettait de n'être pas morte entre les bras de sa nourrice !)

 

 

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 15:31

Il y a des choses qu'on ne fait bien, ou qu'on n'ose faire, qu'en nombre, et en sachant bien à qui ou à quoi on les fait.

Plus on est nombreuses, plus on y joue de rôles et mieux ça vaut.

Parce que ce qui est bien, c'est qu'il y a en définitive une milliasse de manières de le faire. Et qu'il y a donc place pour chacune. Les unes par exemple en émiettant soigneusement et en expropriant de soi-même, d'autres en mentant et calomniant bravement ; d'autres encore en se défilant avec des rictus assez comiques. Certaines mêmes en jouant les copines pour mieux piétiner ce qui est inabordable. Pour tous les goûts - pour toutes les bourses, selon un vieux précepte pute.

C'est même assez magnifique et, pour tout dire, impressionnant, comme cela se réalise, se met en scène, sans même besoin que l'on se consulte. Chacune n'a qu'à suivre sa pente en somme. Personne ne risque de déranger la cérémonie. Car c'en est une.

C'est même là que vous pouvez distinguer, à moins que ce ne soient elles qui se distinguent, ; les vraies copines, les "t...philes ! Elles restent un peu en arrière de la procession, pas trop loin quand même, pour prendre des nouvelles et accessoirement bien s'assurer que vous ne vous en relèverez pas - car cela remettrait en cause le rite et d'ailleurs toute la religion ! Elles trainent quelquefois avec elles quelques t... plus ou moins enchaînées par l'enchantement et la crainte, qui seront sans doute sacrifiées un peu plus loin, ainsi que dans l'abominable pérégrination qui clôt le Spartacus de Koestler. Lequel a aussi écrit le Zéro et l'infini, qui renseigne fort sur les procédures à l'oeuvre dans certains milieux.

 

Le mode sacrificatoire, puisqu'on est une merde et même une sous-merde, est le piétinement. C'est tout à fait in et pol-cor actuellement. Ca aide paraît-il à conserver sa structure au monde. Il y a de la magie partout et en toutes époques. Et ça sert à éviter que les guenilles se croient de braves torchons, ce qui serait le début de la fin.

 

On ne peut donc vraiment pas nommer cette chose, ce quoi, qu'on rencontre étalée sur le chemin comme on rencontre un inconvénient. La nommer serait l'évoquer, lui rendre forme. Ce qui n'est pas concevable. Ni convenable. Elle doit rester, puisqu'elle avait le tort d'être inabordable dans ce monde de frôlements, invisible et surtout inaudible. Incompréhensible à jamais. On marche donc dedans. Forme pédestre de cannibalisme dont nos contemporainEs sont friandEs.

 

Le plus drôle est qu'un certain nombre de t... survivent à ce traitement. Encore qu'on peut se demander ce qui survit, puisque c'est informe et surtout en creux. Peut-être que, dans ce monde très et, disent certaines, trop plein, constituons-nous alors des espèces d'endroits de stockage gratuits pour la bonne conscience d'un grand nombre. Qui sait la place que nous représentons alors réellement ? C'est fou ce qu'on est utiles en fin de compte. Il suffit de nous marcher dedans ; et c'est une manière ingénieuse de nous ranger, ainsi donc que leurs consciences, pour celles qui ont de l'ordre.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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