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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:40

 

 

Transses, nous nous révélons trop grosses, gonflées de questions dont on craint, nous comprises, jusques à la formulation, pour passer au travers du tamis politico-moral du fameux "non-jugement" (qu'è disent).

 

Pour porter valeur, une condition dirimante est de ne pas même risquer de coûter (trop) cher.

 

Bref, encore une fois, invisibles ? Mon oeil. On n'en serait pas là. Incroyablement visibles, à tous les points de vue - c'est même pour cela que nous disparaissons éradiquées de f-tépégélande, et que nous rasons les murs ailleurs. 

 


 


 

 

 

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 18:40

 

 

Les têtes du jour. En Une de la Décroissance, Weil, Tolstoï et Orwell ! Loi naturelle, common decency, méritocratie et petite propriété. Yahou l’hymne à la régression plutôt qu’à une sortie émancipatrice (l’émancipation est toujours suspecte, les gentes ne restent pas à la place que dieu, la nature et le destin leur ont attribuée concurremment).

 

Et dans le Monde, admiration de Despentes et Preciado pour Federici. Dis donc, on a (enfin) découvert chez nous que peut-être, quelque part, notre monde merveilleux du droit, de la citoyenneté, de l'appropriation et de l’échange était si ça se trouve fondamentalement le monde de la plus-value. O ben zut alors (mais on va y remédier équitablement, z’allez voir, sans rien bouleverser de l’idéal économico-social – au contraire, on va le perfectionner, écrivait l’une de ces deux admirantes dans libé l’an dernier). Bref, économie, exploitation. Pas bien. Certes.

 

Sauf que cette analyse léniniste 1.1, aménagée en approche subjectiviste statut par statut qui ne remet par ailleurs rien en cause de l’objectivité implicite de l’ordre de ces choses qui valent nécessairement, correspond plutôt à l’état de développement avide du capitalisme d’il y a 80 ou 60 ans. Avant qu’il vienne buter sur ses limites internes (à ce sujet, on pourra lire les ouvrages de Mylène Gaulard, sur les illusions déjà fanées de la post-croissance émergente ; où le récent La grande dévalorisation de Tenkle et Lohoff).

 

L’âge de l’exploitation, où l’économie avait besoin de tout plein de monde, c’est fini. Et le pire, ce pire qui nourrit la panique sociale qui a commencé, c'est qu'on va être mises dans situace de carrément regretter le cauchemar de l'exploitation, à désirer une tite place dans sa continuation locale à richelande, là où l'accumulation passée fait que nous sommes encore un peu solvables ; pasqu'on passe à la phase anéantissement pur et simple. Maintenant, les gentes, à commencer par les pauvres, encombrent ce qui reste de plus value à essayer de réaliser. La technique actuelle coûte moins cher, produit surtout plus de valeur que les plus mal payés, et par ailleurs des qui consomment pas assez c’est pas rentable, ça coûte même. Nous sommes désormais dans le grand hall de l’âge de l’extermination. Ça massacre de partout, les femmes en priorité, mais nous sommes encore à prendre au sérieux, pour ce qu’ils se présentent et se croient, les prétextes de ces massacres. Sans vouloir envisager que la raison, la raison sanglante que les critiques de la valeur signalaient déjà il y a vingt ans, quand nous nous esbaudissions de l’entrée dans un âge de guerre et de tueries d’un nouveau genre, avec de nouvelles cibles, les pas-rentables, que cette raison de la valeur, traduction impitoyable de tout ce qui veut exister dans un pareil monde, se tient désormais avec le couperet, nous anime au meurtre, comme elle nous a animés au travail, à la reproduction, à la conso et à la jouissance. De moins en moins de choses et de gentes seront valorisables, et ce qui n’est pas valorisable fait chuter encore plus vite, par sa seule présence, le taux de profit – donc couic !

 

Bref, l'idée qu'il faut du monde pour cette machine, c'est désormais devenu faux, et c'est encore plus épouvantable que quand il en fallait, ce qui n'est pas peu dire. Parce que ça veut dire la mort. Il n'y a pas et ne doit pas y avoir d'ailleurs à l'économie. Il n'est d'ailleurs pas question d'opposer une de ces logiques à l'autre ; le devenir de la transformation en valeur est inexorable, et l'exploitation conduit à la tuerie. Un certain Sade nous avait déja résumé tout ça. Le tout est de savoir où nous en sommes du processus.

 

Nous aimons cependant tellement croire que la politique est autonome, décision, volonté, immédiate (idéologie de droite popularisée par l'économie politique bourgeoise, relayée par les soutiens théoriques des fascismes et autres nationalismes, mais ça, broutilles et oubli…). Et que l’économie d’échange est quelque part « naturelle », n’est pas en son principe une folie immaîtrisable que nous ne pouvons que briser et fuir, ainsi que le sujet qu'elle produit et qui est presque entièrement nous, si nous voulons non plus même prospérer, subsister, mais seulement survivre !

 

 


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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 13:52

 

 

La fausse échappatoire stratégique des homelands, des destinées, des terres promises de tout acabit, qu’elles soient genrées, identistes, nationales, populaires... n’a fait à ce jour que creuser et surtout reproduire, multiplier à l’identique les impasses où nous nous entassons. Je crois que là-dessus nous devrions être suffisamment documentées. Et cependant, il n’en reste pas moins que nous subissons, et allons subir de plus en plus, stigmatisation, hiérarchisation, violence et peut-être pire. Par exemple, nous, les transses, n’avons plus rien à faire avec cisselande – qui est à peu près partout. Il faut effectivement nous regrouper, en fonction des haines sociales subies, mais nous devons pour cela trouver d’autres formes d’organisations, qui ne s’enlisent pas dans de mensongères convergences, qu’elles concernent les gentes ou les buts ; mais sans faire fond non plus sur des singularités subjectives tout aussi illusoires. Sans croire que ce à quoi nous sommes réduites va nous donner réponse. Ce que nous subissons, nous faisons subir, relève de la distribution de la valeur commune. C’est à elle qu’il faut échapper, et pas tendre les gamelles ! Ne pas reproduire ce qui nous tue n’est pas un donné, encore moins une conséquence mécanique de ce que nous « serions ». C’est un élément d’un autre état de fait à créer, sans s’attendre, isolées et opposées, divergentes, en guerre sociale – sans nous laisser prendre au hameçon de la valeur prétendue propre de cet isolement, condition subie, que nous ne pouvons négliger, mais pas condition active dont il y aurait quoi que ce soit à espérer. Ouf !

 

 

 


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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:41

 

 

et fais pas iech’, et coûte rien, et reste à ta place, et...

 

 

« Mais en général, les principes et traits de caractère dominants des grands et des heureux sont l’expression du plus extrême égoïsme ; car lors de l’entrée du roi et de la bousculade du peuple, comme je me lamentais du sort des gens qui étaient passés sous des voitures, ou avaient été heurtés, frappés à coups de crosse par les soldats, des personnes de haute condition me dirent « Il faut que vous dépassiez ce sentiment. Qui pourrait sinon jouir de sa vie ? Que chacun prenne soin de lui-même et veille à son propre chemin. »

 

 

Sophie von La Roche, Journal d’un voyage à travers la france, 1785

 

 


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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 08:30

 

 

 

 

ou quand la masculinité et l’économie se consolent de la chute du taux de profit par l’extermination

 

 

 

« Les hommes flippent que les femmes se fichent de leur tronche.

Les femmes redoutent tout simplement que les hommes les tuent ».

M. Atwood

 

 

 

Quand une société entièrement structurée, matériellement et idéalement, sur l’expansion de l’accumulation, l’échange, de l’intensité, du plaisir, du bonheur, bref de gains divers et de traduction de chaque personne en valeur, commence à se rétracter sous l’effet de ses propres contradictions, son enthousiasme passe à l’élimination, au meurtre comme rapport social, lui-même aboutissement des rapports sociaux de domination que les formes ci-dessus évoquées nourrissaient au lieu de détruire, malgré l’égalité civile et propriétaire formelle et mensongère indexée sur les richesses.

 

Le meurtre masculiniste, nationaliste, raciste et même directement économiciste, sans fard ni autre prétexte, (appropriation de marchés, légaux ou pas, défense armée des frontières de l’accumulation) se répand petit à petit comme normalisation, il est vrai bien aidé par le ressentiment de classes dominantes qui, dans la naufrage général, perdent leurs avantages, pressentent très bien qu’elles ne les récupèreront pas et passent à la politique de la vengeance pure : puisqu’on doit disparaître, autant assassiner les minorités avant, ça produira encore un peu de satisfaction. Les politiques du ressentiment sont admirablement idoines à enrober ça, dans leur chatoyante diversité monotrope.

 

Et derrière ce meurtre de plus en plus disséminé, d’initiative individuelle ou de petits groupes, se tient aussi la logique du maintien forcené, jusqu’au bout, de l’échange, de la valorisation : tuer le plus possible de non-rentables, de pas assez producteurs et consommateurs, dont la seule existence, manque à gagner, coûte. Finalement le pépé d’Iéna, son esprit de l’histoire et sa ruse de la raison ne sont pas tant à jeter à la poubelle qu’on avait cru, non plus évidemment que son héritier barbu. La structure même des intérêts que nous nous sommes imposés comme idéal et but social nous induit à la tuerie.

 

Le génocide lui-même cesse d’avoir besoin d’une superstructure compliquée, de spadassins dédiés. Des collectivités entières assument désormais, en plus de la pensée qui les justifie (la prétendue oppression de la saine majorité par de sournoises minorités perverses), la mise en œuvre. Nécessité et travail, ces formes suffisent à mouvoir, discipliner et soulever des peuples, dans la droite ligne de la mise au pas des derniers siècles. Produire, fut-ce de la mort.

 

Le féminicide, qui est aussi mondialement en marche, s’appuie sur les conséquences de l’idée de valeur, inexorablement attribuée aux formes masculines, que ce soit pour faire disparaître les femmes en tant que reproductrices qu’en tant que productrices. Pareil : le féminin ne vaut pas assez, donc il coûte. Par exemple quand les nanas assument l’essentiel de la production agricole. Mais fini l’autoproduction, il faut vendre et acheter, au meilleur prix ; les pays ayant encore des moyens achètent les terres de ceux qui n’en ont pas ; et les femmes (en priorité mais pas que) deviennent de trop. Guerres civiles, meurtres de masse, nettoyages au nom de la race ou de dieu, mais aussi sadisme familial, lâchage sexuel, viols systématiques, massacres diy dans les lieux symboliques (magasins, écoles) – tout ça spécifiquement masculin. Et la folie a alors bon dos, qui se révèle systématiquement une excroissance de normalité. Conséquence de la structure sociale virile comme de la chute du taux de valorisation – seule la valeur donnait le droit de vivre ; et les mecs, la forme sociale mec, ne supportent pas de ne pas avoir, de perdre. Ils liquident donc et les femmes, et tout ce qui est rattaché, par un bout ou un autre, au côté assigné féminin du monde, qui est vu comme faisant opposition au vrai, au réel, à la valeur. En autogestion.

 

Nous n’avons d’issue pour sortir de cela ni dans les passés, ni dans les évidences dont ils nous ont imprimées. Il n’y a pas de refuge sur les chemins par lesquels nous nous sommes acheminées à cette impasse meurtrière. Les tentatives de réappropriation, comme on dit désormais chez nous, sont vouées à la reproduction. Sans doute ferions nous mieux de jeter le barda pour courir plus vite – mais n’oublions pas que nous sommes aussi ce barda, comme sujets sociaux. L’affaire n’est pas simple, contrairement à ce qu’affirment, chacuns de leur côté de l’angle où ça va charcler, les économicistes et les tueurs, ceux qui attribuent et ceux qui éliminent.

 

Alors voilà, je me dis qu’on n’est pas vraiment sur le chemin de sortir de l’abattoir quand je vois des camarades qui ont investi leur côté libertaire dans l’espoir de perpétuer soft cette société et sa logique, d’échanger joyeusement, de se transformer en petites entreprises éthiques, « chacune fait c’qu’elle veut – mais les nécessités, hein, alors je veux la même chose que toi, et y en a pas pour tout l’monde » - se mettre à la colle avec des léninistes 1.1, souvent nationalistes et toujours économicistes, qui ont soigneusement oublié que pépé à barbe, si l’on tient à s’appuyer sur ses conceptions, mettait en question la production et l’échange, les formes qu’ils supposent, le pourquoi nous faisons, non simplement la distribution, et avait fermement prédit que la logique de valorisation amènerait au cassage de gueule général. Et en oubliant ça ont finalement fait leurs les arguments des économistes bourgeois et républicains, la croyance en l’élastique, en la naturalité de l’économie politique et de ses formes fondamentales, avec quelques protestations morales et identistes – une revue comme Période illustre ce courant « tout doit continuer » et démocratisme radical aménageur. La démocratie, c’est pourtant historiquement le jeu des intérêts et des appropriations dans lesquelles nous sommes projetées – avec notre consentement, cette vérole ; mais il est tellement tentant d’y croire quand même. Promouvant ainsi une naïveté roublarde, une confiance égoïste dans le gagnant-gagnant, la solidarité propriétaire, qui ne les quittera même pas quand on y passera ; et un positivisme bien masculin, en opposition à cette négativité dissolvante qu’on préfère, aussi, oublier quand on en vient encore à causer de féminisme. Le libre jeu des institutions que nous ressentons nous-mêmes abonde au même bilan que la répression politico-morale la plus exaltée.

Il est vrai que la définition du matérialisme donnée dans une livraison récente de la dite revue, qui est bien sans doute la plus acritique et bourgeoise que j’aie pu lire dans ce genre de littérature, ne serait je pense reniée ni par les retraités du pmu cantonal, ni par les primitivistes. Sagesse et conciliation ?

Il ne suffit pas de croire béatement sur parole que ce qui se présente à nous comme une alternative – ce mot dit d’ailleurs tout - à la domination va nous en sortir. Ni que les choses et le rapports sont ce pour quoi nous nous les donnons. Et ce n’est pas que nous ne pouvons pas penser ni au-delà, ni en deça, ni à côté, contre ces foutues urgences et nécessités hameçons – c’est que nous nous le refusons, que nous avons avalé que « ce n’est pas possible », et plus précisément pas pertinent ; que nous avons peur de la vengeance de ce réel en la volonté duquel nous croyons sourdement, comme à bien d’autres divinités. Il n’empêche que toute cette course à la normalisation n’est d’aucun secours contre le néo-conservatisme qui avance, qui est bien le seul à avancer aujourd’hui, et avec lequel elle n’ose pas ne pas converger sur les bases incritiquées ; elle est même prête à lui donner des gages de bonne conduite, responsable et autogérée, à avaler ses raisons, propriété famille nation – mais on ne négocie pas avec l’absolutisme et il bouffera toute cette valse-hésitation. Je ne parle même pas des crétins qui redécouvrent à quel point la désertion de l’hétéropatriarcat serait la quintessence du capitalisme et de la « technocratie » ; Poujade a son héritier en Michéa, en passant par les libertariens et les primitivistes… Nous sommes dans la confusion la plus totale, ce qui ne serait pas grave en soi, si notre mort n’y était pas tapie !

 

Il se peut bien qu'il revienne à un féminisme radical, basé sur la remise en cause des formes sociales et du sujet que nous constituons et qui les perpétue – féminisme qui reste à mettre sur pieds, avec d’autres réflexions-actions - d’achever ou au moins de pousser à nouveau la critique de l’économie politique, du droit, des formes-valeur masculines, du relationnisme. Le principal reste à défaire ! Mais aussi de nous organiser et rassembler matériellement pour survivre. L’autodéfense associative et individuelle, non plus que la réclame des droits, ne sont plus à la hauteur de la violence sociale ; au contraire, par sa logique de chacune à soi et dans son coin, elles nous maintiennent à sa disposition ; nous enlèvent et les possibilités de nous défendre, et celles de saisir cette violence dans sa logique, de combattre celle-ci totalement ! C’est une guerre sociale qu’il nous est imposé d’affronter à présent. Et il faut bien nous rappeler que nous n’avons aucun allié à aller chercher dans les rangs des concurrents pour l’exercice de la domination, au nom de quelque raison, de quelque fatalité ou de quelque transcendance qu’elle soit présentée. Nous, et nous seules ! Sans rester dans l’isolement vigilant, convivial du lien social ni attendre l’union de masse d’intérêts supposés, en évitant soigneusement par conséquent de prolonger l’agonie de l’associatif, du participatif et de l’électoral, gloutonne de nos capacités et moyens, sans nous laisser prendre aux glus retardantes de la solidarité, du complémentarisme ni de la sororité, toujours convergentes vers les intérêts les plus intégrés. En collectivités déterminées, séparatistes, désertrices des logiques de reproduction de ce monde. Hors des facilités, des simplismes qui font mine de rassembler et en réalité nous isolent, nous séquestrent, nous livrent à la mort. Sans ça, on y passera.

 

Ou nous en finirons avec nos idéaux incritiqués, érigés, travestis en nécessité et en désirs, et leur pratique qui nous tient enfermées, ou bien ces idéaux et ces pratiques en finiront avec nous. L’intégration finale de et dans l’individue propriétaire échangiste est tout bonnement le consentement tout aussi final à la force des choses, à la guerre maquillée en concurrence de tous contre tous, à l’entrélimination (dans l’ordre hiérarchique bien entendu). Et nous participerons alors nous-mêmes à notre propre exécution, diy comme institutionnellement indépendantes, mandatées, salariées, bénévoles, guérillères.... Nous avons hélas déjà commencé ça. Tout marche tellement mieux quand c’est un travail – et comme dit le sinistre dicton, un bon travail est un vrai plaisir.

 

 


 

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 08:09

 

 

Je ne me soucie pas souvent du sort de mes ex-camarades lyonnaises et de leur grenouillère, vu la manière dont les transses y ont été et restent traitées –  sans parler d’autres catégories stigmat’s, je me rappelle aussi de drôles de trucs à ce sujet. N’en espérant plus aucune évolution, je dirais même que si j’apprenais qu’elles sont crevées, milieu et rôles sociaux, la bouche ouverte, étouffées de leurs propres hypocrisie malveillante et lâcheté grégaire, comme des carpes dans un bassin dont elles auraient elles mêmes retiré la bonde, je n’arriverais pas nécessairement à éprouver un très profond chagrin. Mais voilà, il arrive que l’actualité comme on dit vous tire par la manche, prête à faire des réflexions comme on dit.

 

C’est ainsi que j’ai appris que les lgtb’s de là bas ayant eu l’idée, incontestablement maligne et qui cherchait, de mettre dans le slogan de la pride de cette année, dans la liste de ce qu’on pourrait appeler la liberté des rapports à soi même, le travail sexuel. Qui cherche trouve. Toute la coalition prohibitionniste a quitté l’orga de la festivité aussi sec. En protestant vigoureusement. Il est difficile de leur en vouloir, en soi. Ça n’a rien que de très cohérent.

 

Mais il y a je sais plus, deux, trois ans, j’avais écrit ici un article intitulé La politique du pack, lequel mettait en lumière cette bonne vieille manœuvre politicarde pour emmouscailler ses adversaires et autres comouvementières pas d’accord, que d’introduire dans un texte ou un projet censé faire l’unanimité chez nous un petit paragraphe qui fâche, qui engage dans le sens qui fait débat, histoire d’avoir le plaisir ou de les voir regimber, et de les agonir à la traîtrise, ou de les voir signer et ainsi passer sous les fourches caudines.

 

Elles nous l’ont fait pas mal de fois, ce coup là, les prohi. Dans de grandes déclarations, dans des projets législatifs. Là ce sont elles qui se le dégustent. Hé, quand on use d’un stratagème, il faut bien s’attendre à se le voir opposer un jour où l’autre.

 

Dégât collatéral ordinaire à cette situation, il n’a pas fallu deux jours pour que la position de nos néo-conservatrices à nous soit assimilée, évidemment avec gourmandise et relativement peu d’analyse, à celle des phobes en tous genres. Et ce d’autant que ces phobes ont participé au festin argumentaire, tu parles, du nanan, olf claque la porte de la pride, bonjour chez nous !

 

Peu d’analyse, mais alors là aussi je leur dis pouet pouet, aux prohi qui en geignent. Combien de fois elles nous ont accusées d’être des maquerelles manipulatrices, stipendiées de l’industrie de la domination, émargeantes à je ne sais quels fonds dont j’aimerais d’ailleurs bien voir la couleur ? Ah ben là c’est leur tour, pareil. Et pareil, elles s’aperçoivent qu’avoir des boulets c’est pas la joie. Nous avons, et en partie, je l’ai maintes fois dit, à cause de notre attitude trop peu critique des bienfaits de cette société, nos boulets libéraux. Elles ont, sensiblement pour la même raison, leurs boulets réacs. Quand on ne réfléchit pas bien à ce qu’on prône et à ses implications, fut-ce par défaut, en creux, on les voit facilement arriver, la langue pendante et aussi reconnaissants qu’un choléra.

 

Pareil enfin, de leur comme de notre côté, les arlequins politiques que nous avons ralliés ou constitués pour faire valoir nos valeurs d’échanges politiques, pour tenter de faire masse et chiffre, et qui se révèlent de plus en plus confus et contradictoires. L’utilitarisme nous mène à bien des transactions. Il est compris dans l’équilibre de ce fonctionnement économique et social, dans ses structures incontournables qu’au fond ni les conservatrices ni les libertaires ne tiennent à voir bouleversées. Nous sommes tellement persuadées qu’il peut encore (et même semble-t’il indéfiniment, pour pas mal) servir !

 

Bref, bien fait. Et puis c’est que j’ai pas souvent l’occasion de rigoler en ce moment. Plutôt je m’arrache les cheveux en voyant ce que ma famille politique se dispute comme positions, accessits, revendications et réappropriations. Alors pour cette fois, oui, je m’esclaffe de bon cœur. Et je me dis finalement tant mieux. Une orga d'inclusives de là bas, lesquelles sont je le répète loin d’être nettes ni honnêtes dans leurs rapports aux transses, ces transses qu’elles affirment chérir et surinent bien souvent en réalité, couine que cela fragilise le mouvement lgtb. Je pense bien. Et je l’espère bien, somme toute.

 

Comme je l’écrivais il y a quelques jours, et l’an dernier, la suite de virages résolus de lgtblande vers l’intégration aux formes d’une société qui ne peut vivre que sur la concurrence et l’élimination, sa croyance obstinée qu’on peut modifier des rapports sociaux et politiques en rajoutant des identités sur la barre des tâches, identités dont le seul objet actuel est de multiplier les décalques d’un même ordre des choses et des relations, ce joint à tous les placards et les cadavres pas bien mortes dedans que ce milieu a accumulé, comme n’importe quel milieu – tout cela fait apparaître des lignes de fracture de plus en plus profondes et définitives. On le voit bien quand les mieux intégrées appellent à la paix et au respect, soutiennent les fliques contre les moins. On le voit quand on s’aperçoit que la droitisation gagne de partout les tépégées et par les chemins les plus divers. Au reste, c’est déjà de nous être définies dans ce cadre, civil et échangiste, qui a fermé les écoutilles vers autre chose que la reproduction du présent. Le début de la trajectoire date des années 80, et de la grande résignation qui nous a empoisonnées dès lors.

 

Lgtb’, tépégélande, qui se rejoignent et se confondent désormais dans leurs conceptions comme dans leurs désirs, sont, comme tous les syndicalismes, comme toutes les solidarités, indexées par un double mouvement sur l’adhésion à la domination – et parce qu’elles promeuvent notre entrée (enfin de celles qui arrivent à valoir quelque chose, évidemment – c’est le retentum de toute cette société) dans ses formes benoîtement crues neutres, et parce que ce faisant elles se structurent forcément autour des intérêts des plus puissantes parmi nous – « faire le trou », me disait l’une d’entre elles il y a quelques années - et se referment dessus. C'est également la logique qui prévaut dans le féminisme intégrationniste, républicain ou libertaire. Il ne s’agit pas d’une question morale (les méchantes perverses privilégiées), ni anthropologique (la nature humaine ma bonne dame, vous savez bien…). Il s’agit d’une question politique et sociale, d’une série de contradictions aux effets d’autant plus mécaniques que nous cherchons à l’ignorer comme telle, à l’imputer à la déficience de nos volontés ou à de sombres complots. Et ce faisant laissons courir sa logique brutale à travers nous sans encombres.

 

Il serait trop facile de simplement dénoncer le milieu et l’image qu’il essaie de se donner de lui-même comme un mensonge. Du mensonge, et des mensonges, bien évidemment, il y en a, et pas qu’un peu. Á commencer par celui dont nous croyons bien naïvement nous faire un bouclier, que mais non nous ne sommes pas un mouvement social, qu’on ne devient pas gouine ou transse, que nous ne remettons rien en cause, nolens volens, de l’ordre sexué et complémentariste. Et que ce que nous aimerions bien n’être que des identités ne sont pas des rapports sociaux en acte, des théories sur pattes. Bien sûr que si, qu’on en est, et pas qu’un peu, et encore heureux – et nos antithèses cishétéra pas moins que nous d’ailleurs - sans quoi ce monde serait bouclé à jamais. Bien sûr que si, quand bien même nous ne nions comme beau meurtre, quand bien même nous faisons tout pour que rien ni personne ne change ni ne bouge ! Et encore heureux Là aussi, les rapports sociaux dépassent de partout et contredisent nos lénifiantes déclarations et non moins lénifiantes croyances. Nos affirmations sont autant de dénis, de silences, qui ne trompent pas celleux qui veulent notre anéantissement et ne nous sauveront pas. Il n’y a finalement que nous-mêmes que nous trompons dans cet illusionnisme, à répéter et scander que rien n’va changer, tout va continuer, avec nous en guest stars !

 

Lgtb’, tépégélande, les assoces mini républiques, les manifestations et les groupes de pouvoir ne sont pas plus réformables que la société dont elles sont issues et dont elles reproduisent, dans leur forme même, malgré les meilleures volontés possibles, le fonctionnement et le but : produire de la valeur, matérielle, relationnelle et sociale. Tout comprendre, tout diriger, tout choisir dans cette direction. Nous sélectionner et mettre en ordre de marche pour y concourir. Avec les conséquences de toute économie : la plupart d’entre nous sommes toujours de trop, pas rentables, coûteuses.

 

Mais voilà – c’est ça qui est voulu, poursuivi, qui appète, par chez nous. Intégrer l’ordre des choses, pas le remettre en cause. Donc, à la rigueur, rien à dire – si ce n’est rappeler que selon certaines théories anciennes et inquiétantes, le monde social ne se réduit pas aux volontés exprimées, aux intentions, à comment nous voudrions bien nous voir et voir le jeu des choses entre elles. Et que ses buts et contradictions nous arrivent sans cesse dans la figure. Enfin que celles qui pour bien des raisons ne tiennent pas à ce que ce monde continue ne peuvent que se réjouir quand ça craque.

 

 


 

 

 

 

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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 07:53

 

 

 

 

« La terre n’appartient qu’aux hommes - l’oisif ira loger ailleurs »

couplet final de l’Internationale…

 

 

 

Un des multiples aspects de la grande glissade réaque et pire que ça dans laquelle nous sommes engagées, c’est la bousculade pour se réapproprier les vieilles valeurs, virilité travail justice, et les vieilles lunes qui vont avec. Les partis qui se croient encore de gauche nous rejouent 89, napoléon et l’autarcie nationale (chère à Franco parmi d’autres). Et des journaux naguère classés au centre gauche ne dédaignent pas de nous ressortir de terrifiantes Unes sur la décadence qui va nous engloutir.

 

Ainsi de la Libre Belgique qui, il y a peu, nous a tout bonnement mis en première la « mafia des mendiants roms ». Rien de moins. N’en doutez pas, des myriades de mendiants, antiphrase ici très nette pour brigands, tirelaines, pas même ces braves sdf’s reconnaissants à la charité « surplus » et exploitables dans les entreprises d’insertion, vous guettent au portillon et vont vous soustraire votre revenu, votre rente. Le plus affreux, dans l’affaire, je pense, enfin ce qui est présenté comme le plus affreux, c’est leur illégitimité foncière – elle-même dérivée de l’illégitimité accolée par toute l’histoire de la marchandise et du capitalisme à ce qui ne correspond pas à un travail social oblitéré, reconnu, valorisé. Ni même surtout au désir mouillé de respect envers ce travail et celleux qui sont encore autorisés à l’assumer. Autrefois c’était la racaille juive de l’est, les feignants des yeshivot. Á présent ce sont les roms et autres désignés parasites.

 

Ce fantasme de la pauvreté qui tyrannise, harcèle, culpabilise la richesse est née avec la pensée moderne de l’accumulation et de l’économie. Les historiens la suivent à la trace dès la « révolution du droit » identifiés par un Berman au tournant des onzième, douzième siècles, quand on se met résolument à rendre à chacun ce qui est à chacun, à croire à la valeur des choses et du travail, bref à préparer la guerre de tous contre tous. Les mendiants, et tout ce qui n’a pas une activité dûment registrée, deviennent l’ennemi de ce qui par ailleurs est constitué en peuple – c'est-à-dire en agglomérat d’intérêts concurrentiels et isolés, eux même sériés en nationalités selon le degré d’accumulation locale, le tout sanctifié par la révolution bourgeoise.

 

Elle a été boostée par l’arrivée dans le capitalisme proprement dit, au moment de ces révolutions nationales (qui d’ailleurs n’en finissent pas). Et à présent elle décore utilement le naufrage de celui-ci. Les méchants mendiants aux dents longues ont repris la place qui avait été dévolue provisoirement au révolutionnaire au couteau entre les dents, qui allait lui aussi vous arracher le produit de votre sueur ! Il n’a pas fait tellement long feu, quelques décennies tout au plus. Dans la suite de la régression sociale et politique générale, on en revient à des valeurs sûres, et somme toute à une certaine franchise cynique : l’ennemi, c’est le pas rentable, c’est le pauvre, qui rampe dans l’ombre pour gratter les loquedus à confort moyen.

 

L’article en question rassemble tous les gimmicks, tous les poncifs de ce genre trituré depuis le quinzième siècle : les pauvres sont outrageusement riches, vous ne le saviez pas ? Ils sont incroyablement organisés, bref ils font partie de ces complots qui expliquent à peu de frais pourquoi notre merveilleux monde ne tourne pas rond. Les pauvres et quelques riches invisibles ligués pour sucer la moelle et le sang du peuple, du seul du vrai, qui roule en monospace un peu défraîchi et paie des impôts, qui vote à droite toute, s’agite pour occuper le terrain avec un bruit monocorde, a la loi pour lui et n’est réveillé de sa mornitude inquiète et mesquine que par la joie de pouvoir persécuter les indésirables. C’est ce peuple que la démocratie marchande veut s’attacher, à tous prix et jusques au bout, c’est sa base matérielle et sociale. Sa classe fétiche – et pourtant en déshérence relative, conséquence de ce que le vieux barbu osait appeler les contradictions internes au capitalisme.

Cette vaste classe, ouvriers et employés, salariés et indépendants, qui se voit depuis deux cent ans toujours frustrée quelque part du pouvoir et de la richesse qu’elle s’était promise sous l’auspice de la raison instrumentale et de la dignité de la possession, ce par l’autodévoration conssubstantielle à la valorisation effrénée, en a développé une grande appétence à la victimité ; elle a beau avoir raisonnablement profité, elle se voit comme assaillie par les improductifs de toute la terre ; et c’est d’elle qu’est sorti le colonialisme moderne, puis le fascisme, puis les trente piteuses – et à présent quelque chose dont nous ne percevons ni le nom ni la forme mais qui promet d’être au moins aussi savoureux !

 

C’est de cette classe que nous sommes nombreuses à être issues, nolens volens, ainsi que, et c’est là que ça coince, nos idées et nos conceptions, nos désirs et ce que nous croyons fermement possible ou impossible. Nos alternatives se révèlent bien souvent un pot pourri de ses espérances déçues, de ses fantasmes de paix sociale basée sur la petite propriété et la productivité honnête.

 

Je crois qu’on aurait tort de croire bénignement à une panne d’inspiration qui fait ressortir du classeur à marronniers un article pour faire vendre. Au reste, vendre, comme acheter, est un acte politique. D’une part on sait que cela répond à une demande, que les citoyens inquiets ont envie qu’on leur susurre à l’oreille, qu’on leur désigne une cible – mais par cela même c’est aussi une propagande. La même propagande qui parle d’Europe assiégée et d’assaut migratoire quand les affamés viennent se découper sur les barbelés high tech de Mellila. Ou se noyer en masse dans la mer – desquels on sauve d’aucuns, sauver étant ici l’euphémisme pour capturer, afin de les renvoyer sans grand délai à la mort. Les seuls qui sont saufs sont ceux qui sont passés à travers ! La même propagande qui s’en tient à la barbarie native de ces sauvages quand on s’extermine « là bas » (« ces pays-là » où, comme disait Mimit’, « un génocide ce n’est pas trop grave ») – mais évite soigneusement de parler du lien entre croissance économique résiduelle et anéantissement des non-rentables, entre nos affirmations communes et leurs conséquences. Trop compliqué, c’est de la critique de l’économie politique. Et l’économie politique ne se critique pas, se détruit encore moins : elle s’aménage, au mieux, sur le râble des vivantes (si possible les autres).

 

Et pis d’ailleurs l’économie c’est pas politique, c’est évident, mathématique, ce que j’ai c’est pas à toi et d’ailleurs y a pas intérêt, tiens ! Et tout vaut quelque chose et toute peine mérite salaire. Na-tu-rel.

 

La pauvreté, c'est-à-dire tout ce qui ne produit pas toujours plus de valeur, est vue à juste titre par la richesse indexée sur cette même valeur comme une ennemie mortelle : le capitalisme ne peut qu’enfler, sinon il meurt. Et pour ne pas mourir il est, nous sommes prêtes à tuer et à faire mourir – jusques à nous-mêmes quand nous ne pourrons plus nous reconnaître comme productrices légitimes. Et on commence à se bousculer méchant, même ici, pour faire partie de ce groupe en nette contraction. Le Rwanda hier, le Nigeria aujourd’hui, inaugurent ce que signifie désormais la tentative résiduelle de croître et le maintien forcené dans l’économie – ainsi que l’attributisme aux travailleurs productifs (subsistants). Au reste, on a appris, avec la modernité, que tuer était aussi un travail, si besoin est. Et nous sommes plus que jamais dans l’entonnoir du besoin, maquillé ou pas en désir. Le tout en autogestion !

 

En ce qui nous concerne, nous en sommes à la phase régressive qui rêve des débuts du capitalisme, avec l’extinction des non-producteurs. Singulier comme ce retour à un mélange de moralisation et d’élimination fait réponse aux fantasmes de plus en plus répandus dans le milieu contestataire de retour à la terre, à la petite entreprise, à la filiation et à la famille (dont la raison sociale est de transmettre les biens appropriés, rappelons-le…), de Michéa aux zad’s. Le rêve d’un paradis enfin réalisé (tu parles !) de la production et de l’échange, là où chacune chacun sait ce qu’ilelle vaut. Et reçoit son dû. Miraculeusement idoine aux nécessités. Là encore, la convergence est à la fois significative et effrayante. Nous essayons de nous cacher la tête dans un passé idéalisé que les uns disputent aux autres, collectivité paysanne (dont Fossier ou Neveux ont nettement déterminé qu’elle se structurait déjà sur l'inégalité, la richesse, les droits des villageois reconnus et l’exploitation des "autres", des agrégés et des "forains"... - et qu'elle en est morte en partie) et échange équitable contre économie réelle et libre-échange - mais le présent est déjà là avec sa broyeuse. Tout ça est mort, et pour faire semblant encore un peu de se mouvoir nous meut à nous tuer, diy !

 

Et dans ce passé rêvé, les mendiants sont au mieux à l’hôpital général, au travail forcé. Au mieux parce qu’en réalité c’est toujours plus simple quand les gentes « ne sont plus là ». Suivez mon regard. C’est vrai qu’on est toujours trop, hein monsieur Malthus ? enfin, trop, sauf le bébé que je tiens bien à faire naître, pasque c’est une expérience super libératrice aujourd’hui d’engendrer ; ou de créer son activité, bien implantée dans le pays et la terre ; et puis d’ailleurs zut, le seul référent qui vaille n’est-il pas le désir libre et autonome – quand bien même il se décalque à des millions d’exemplaires puisque nous somme toutes uniques par principe et catéchisme – productrices et consommatrices ciblées, avisées quoi, responsables et durables ? ; d’ailleurs la seule question qui vaille, qui tienne, au sujet de tout cela, est d’en avoir les moyens. Ce, semblablement, de toutes nos initiatives de reproduction des formes sociales. Voir plus haut jusques où nous sommes toutes capables d’aller de ce bon pas

 

La question finale, celle du bout de la queue de notre casserole, me semble : qui, et combien de temps, pourra encore, au vu de ce qui lui arrive, dire « je le vaux bien » ? Et quand nous rendrons nous compte que nous sommes en train d’arriver, toutes mais les unes évidemment après les autres, là où il valait mieux ne pas ?

 

Pour dire que nous sommes jusques au nez dans la mélasse, et que, si nous ne voulons pas devenir mélasse nous-mêmes, intégralement, et finalement crever après nous êtres rendues indéfendables en faisant crever celles qui sont juste en dessous, il faudra donc certes ne pas vouloir, mais aussi un, des points d’appuis pour nous sortir de là – parce qu’on ne s’en tirera pas par magie en s’attrapant par les cheveux. La plupart des identités en lesquelles nous nous cherchons, pour ne pas dire nous complaisons, sont intrinsèquement liées au cauchemar, à la sélection et à l’élimination. En tous cas il y en a toutes les apparences. Et elles ne se dissiperont pas en claquant des doigts, encore moins en revenant à quoi que ce soit. Il nous faut au contraire une échappée, et une échappée qui ne fasse pas l’impasse sur la compréhension d’où nous en sommes et de ce que nous sommes devenues, socialement parlant.

 

 

 


 

 

 

 

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 08:14


Ce que d’aucunes se plaisent à qualifier de hasard ou de chance n’est qu’un aspect des rapports de et dans le pouvoir social.

 

 

 


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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 08:24

 

 

 

Quand on s’est attelée à causer des constantes sociales du milieu comme de straightlande, on est facilement amenée à se répéter souvent. On se console en se disant que c’est le cas général, des qui défendent comme des qui critiquent.

 

En ce qui nous concerne, les transses, un des marronniers qu’on nous a planté sur la gueule, quand ce n’est pas sur notre tombe, et que nous nous sommes trop souvent prises à nourrir nous même de notre chair, de notre vie, c’est notre prétendue « invisibilité ». Comme j’ai déjà quelques fois écrit – si seulement !

 

Il y a encore peu de jours, une camarade cisse, suivant la pérenne sinon louable habitude de vouloir faire amie-amie avec « les trans » (voir plus loin ce qu’implique cet indéterminé abusif), absolument pleine à ras bord de bonne volonté, cette bonne volonté que nous payons au reste toujours de notre poche à la fin – pasque tout de même, hein, bon - , écrivait un énième plaid pour dire combien les radfem’ et républicaines sont méchantes, phobes (ce qui n’est guère contestable) – et par conséquent les inclusivistes et autres intersectionnelles qui se pensent leur opposées bonnes et gentilles - avec nouzautes. Ce qui est une toute autre affaire et pour tout dire un mensonge.

 

Déjà, il faut bien le dire, la bonitude et la gentillesse d’un milieu f-tépégé de plus en plus occupé, de concert avec ses concurrentes ci-dessus évoquées, à la récup’ réappropriatrice des formes sociales masculines en vue de l’intégration aux structures économico-politiques en vigueur, je fais partie de celles qui, pas convaincues, sans valeur, en ont bouffé jusques à la limite de la fosse commune. Encore une répétition, ce n’est sans doute que par un malheureux hasard que presque toutes les nanas transses en sont éjectées, ne peuvent y survivre ; à part quelques qui sont là comme spécimens déculpabilisantes, et ont généralement du se conformer au retour androgyne, surtout andro, bref f ça pue, qui est actuellement de bienséance par chez nous.

 

Et puis surtout, dans le pack bienveillance, il y avait là comme d’habitude cette espèce de politesse que c’est mal de nous outer. Et là évidemment je rigole. La plupart d’entre nous, jeunes et vieilles, sommes out 24/24, on nous voit, repère et entend à cent mètres ! Mais il ne faut pas le dire, pas même le penser. C’est que déjà ça fout la zone dans l’idéologie intégrationniste associative selon laquelle quand on aura nos papiers avec un gros f dessus personne n’osera plus ni moufter, ni même nous voir. Que bien des groupes sociaux haïs consensuellement, dans l’histoire, aient été massacrés alors même que l’égalité civile formelle leur avait été accordée, et continuent de concentrer la haine fétichiste explicative de « pourquoi notre monde merveilleux fait des malheureux », ça aussi, mieux vaut y oublier n’est-ce pas ? En ce qui nous concerne on, ce cher on, aura toujours le temps de se réveiller un instant, juste le temps de se dire qu’il est de toute façon trop tard et de se rendormir, quand ce sera la chasse à courre aux travelos que nous sommes, en termes crus de rapports sociaux, (et à bien d’autres) dans les rues. Je ne sais pas pourquoi je parle encore au futur parce que ça a déjà (re)commencé - ça n’avait jamais totalement cessé, mais là, la société majoritaire qui voit ses avantages diminuer a besoin de se faire meurtre, pour se refaire une santé, ou charmer son agonie.

 

Politesse dis-je. Je ne suis pas du tout contre la politesse, la mise en forme des contacts sociaux entre personnes et entre groupes. Je ne suis pas du tout contre le formalisme, bien au contraire. Mais si ce formalisme essaie de travestir un mensonge et, pour tout dire, une haine sociale, là non, merci bien. Je suis assez effarée de ce déni qui non seulement nous touche, mais que par souci de ne pas envenimer les choses la plupart d’entre nous ont fait leur. La croyance que nous ne sommes pas visibles. La croyance que nous ne sommes pas vues, socialement, comme des caricatures sur pattes, que nous n’incarnons pas sur nos gueules et les contradictions de la forme sociale sexe, et la non-naturalité d’une féminité qui concentre, par toute la planète et l’histoire, le dégoût, le mépris, la dé-valorisation et encore une fois la haine.

 

Chez les cisses, chez les mecs trans, comme finalement partout à straightlande (dont, n’oublions, pas, nous sommes nombreuses à vouloir faire partie en réalité), on aimerait bien, on éprouverait un net soulagement à ce que les transses n’aient pas des gueules de transses, tout simplement parce que par « gueule », on n’entend pas seulement nos vilaines têtes anguleuses, nos tailles trop élevées, etc – on entend toute la problématique sociale et sexuée qui piétine derrière, et que beaucoup d’entre nous, et cisses, et trans, et transses, aurions bien eu envie d’oublier, de ramener à de simples questions d’identité perso dans un système d’échange social « neutre ». Mais voilà, en réalité, notre apparition puis notre multiplication relancent par le fond ces vieilles questions douloureuses pour l’ordre des choses et des gentes ; on peut même dire qu’elles les ont enrichies de nouvelles anicroches.

 

La volonté de ne pas voir ce qui se passe, qui est comme le nez au milieu de la figure, ou encore plus précisément comme un nez qui en plus ne serait justement pas au milieu de sa figure, a beau être un vieux trope majoritaire comme minoritaire, ça déconcerte. Et ça énerve, quand ça vient de personnes qui ne sont pas à proprement parler concernées – on ne peut alors que soupçonner de leur part une élusion, un refus de responsabilité sociale. Ça arrangerait tout le monde, et nous-mêmes en premier je dois bien le dire, si à l’instar de nos homologues m nous étions à peu près invisibles, normées, passantes. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le cas socialement, ce n’est pas le cas physiquement – le physique étant pour moi issu du social, et dans sa compréhension et pour une bonne part dans sa genèse même. C’est surtout irréductible. Nous pouvons bien nous faire raboter, retoucher de tous les côtés, même comme ça, même si on pouvait nous couper des tranches, comme aux thons, nous resterions très majoritairement visibles. Et quand je dis visibles c’est porteuses, incarnations d’un stigmate qui inspire la haine et le mépris, c’est pas juste reconnaissables, comme ça. Nous sommes la négative, la négation sur pattes de ce qui est consensuellement trouvé bien, apprécié, valorisé par tout le monde social, nos zamies cisses et m-t’s y compris. Du coup il faut ne pas nous voir, il faut ne pas voir ce que nous portons, puisqu’il n’y a pas le douteux « courage » de nous rejeter explicitement – celui qu’assument, à peu de frais vu ce qu’on vaut, les radfem’, une notable part des cisféministes, et avec elles la totalité du monde straight.

 

En réalité, tout le beau monde des vraies est bien d’accord à notre sujet : ne pas vouloir nous voir, ne pas vouloir voir les significations et contradictions que nous portons en terme de genre, de sexe social, de valeur – puisque l’autoperception de toutes ces vraies est basée elle-même sur le déni et l’aveuglement à ces sujets, dont la manifestation remettrait leur propre sujet social en cause. Pour les unes il faut nous exterminer direct, pour les autres nous caviarder poliment avec bienveillance, mais les tenants et les aboutissants sont les mêmes – juste cela se traduit par une concurrence sur le marché politique, dont nous sommes alors un des prétextes.

 

Pour cisselande et ses annexes, somme toute, une bonne « personne trans » - fourre tout qui, contrairement à la doctrine en vigueur, nie la hiérarchie sexualisante, juste pour nous ça tombe bien – est une personne indétectable, ou tout au moins acceptable selon des normes ciscentrées mais aussi très masculines. Sinon c’est un tas de caca qui « nous » discrédite. J’en ai déjà causé il y a quelques mois, au sujet du « real life test » qui sous tend peut-être les projections légalisatrices de certaines, y compris d’entre nous (et qui se font, je m’excuse d’être aussi grossière, de sacrées illusions sur leur propre devenir, quand on ira regarder dans tous les trous de nez qui qu’est bio, qui qu’est fausse). En tous cas, ça délimite de facto quelles « personnes trans » seront admises à l’existence. Presque que des m-t’s. Et une minorité de f-t’s qui vivra conséquemment toujours dans la peur de l’inévitable resserrement des critères – ce qu’on pourrait appeler le système de la sélection régulière, tel qu’il fut appliqué en certains endroits.

Ce désir angoissé de la normalité, de l’invisibilité alignée sur la forme sociale après laquelle nous courons, est évidemment un de nos puissants motifs pour nous soumettre à tout et à son contraire, comme ce l’est de toutes les minorités qui voudraient rejoindre la béatitude des assises, des bien nées – mais voilà, ça ne marche pas. Il faut bien se rendre que nous, les transses, n’avons pas signé pour ça !

 

Nous ne devons tellement pas exister qu’on nous dénie jusques à ce qui fait le principal de notre expérience, « mais non tu paranoïe », ce qui a pour effet, détruisant notre propre rapport aux valeurs sociales dominantes et aux stigmatisations qui s’ensuivent, d’anéantir la réalité, et de nous rendre facilement cinglées. Mais cet effet, nous rayer de la carte, est le but, pas très conscient mais tout de même un peu, des cisses et finalement aussi des m-t’s, désormais – en tant que groupe social en tentative d’intégration à l’ordre genré et civil. Nous dépassons, et par comme nous apparaissons et par ce que nous risquons de signifier – bref, pour que tout continue, il est indispensable de se débarrasser de nozigues. Sans le dire, sans même le chuchoter (on laisse ça aux ouvertement transsephobes, finalement bien pratiques et irremplaçables).

 

Alors évidemment, quand les inclusivistes, la larme à l’œil, s’apitoient sur notre sort que pourtant elles tricotent avec la même constance que les autres ; qu’elles se servent de nous pour régler leurs comptes avec leurs homologues cisses radfem’ ; qu’elles font mine de croire – et de nous imposer de croire – à un continuum trans qui n’existe pas plus socialement et politiquement qu’un supposé continuum humain en patriarcapitalisme ; enfin qu’elles se soucient en faisant des mines comiques de faire semblant que non, on n’est pas visibles, on n’a rien vu rien entendu, et qu’il faut surtout pas nous outer, donc ne plus faire semblant – je dois avouer, je ne sais plus que dire, sinon shut up ! Fermez la un peu au sujet de ce qu’on est ou pas pour vous, de ce que vous avez ou pas le courage politique de voir, parce que nous, on en est à ne plus nous entendre nous-mêmes.

 

Pour le moment, que les choses soient claires : nos alliées concurrencent bien nos ennemies, en mauvaise foi comme en violence sociale, et nous nuisent tout autant. Nous avons besoin des unes, des autres, de leurs volontés bonnes et mauvaises, comme d’un trou dans la tête. D’ailleurs il faudrait apprendre à ne plus avoir besoin tout court, pour briser le cadre étroit qui nous maintient en cette situation. Situation qui n’est pas fatale à jamais – je ne souscris pas à l’essentialisme statutaire qui limite la question sociale à la situation par rapport à des buts sociaux incritiqués. C’est sans doute en nous attaquant à ces buts, anthropologisés ou naturalisés, évidentisés, que nous pourrons envisager de cesser de jouer nos rôles respectifs, et de nous foutre par cela même les unes des autres – et les unes les autres sur la patate. Mais il faut, dans l’état des choses où nous sommes, arrêter de faire comme si, et mettre au net ce qui se passe.

 

Il faut bien voir que la culture politique de la dénonciation, du ressentiment, de l’exotisation, de l’aménagement, non seulement n’est pas de la critique sociale mais carrément l’empêche, la paralyse. De même que toutes les idéologies antithéoriques des « retours aux fondamentaux », du « réel qui ne ment pas », des « traditions qui libèrent », de « l’oppression de la majorité par les (sournoises) minorités », des essentialismes fatalistes, vers lesquels convergent, en nos braves temps de naufrage, depuis les réaques assumées jusques aux intégrationnistes les plus diverses, sont dans leur principe, je le crois en tous cas, masculinistes, nationalistes et propriétaires.

 

Il faut bien voir aussi que parmi les désastreuses conséquences de l’application effrénée de ces idéologies pansements, se trouve l’exacerbation des dominations, des oppressions, des stigmatisations, des haines et des mépris. Et que par quel bout que l’on prenne l’affaire, on ne peut pas se taire à ces sujets. Ça n’implique donc pas de se contenter de se passer de la pommade, de se déresponsabiliser, de faire comme si pas – rien de tout cela n’est au-delà de nous, bien au contraire. Il ne s’agit donc pas de ne pas se prendre à partie ; il s’agit de tenter de déterminer ce qui est réellement en jeu à travers nos rapports et nos échappatoires.

 

Si nous continuons, les dominantes comme les dominées, à croire benoîtement que ce que nous sommes correspond à ce que nous voulons ou croyons être, ce d’un point de vue social, à refuser d'envisager que ce puisse être ce dont nous revendiquons la perfection qui soit à l'origine du cauchemar, eh bien les choses, nos doubles sociales sur le cou desquelles nous laissons par là même la bride, continuerons leur sarabande autonome jusques à leurs conséquences ultimes, quelles que soient nos plaintes ou nos protestations. Nous leur passerons dessous.

 

Un matérialisme qui ne critique pas les formes sociales, les prend au contraire pour bonnes, nécessaires et référentes, qui ne pense que leur comptabilité et leur distribution, est un essentialisme qui a peur de son ombre, et une matrice de reproduction permanente du même. Nous en sommes là actuellement. Et de vouloir nous y blottir ne nous sauvera ni les unes ni les autres (dans l’ordre encore une fois bien sûr). Une remise en cause de ce à quoi nous nous accrochons comme objectif est indispensable à nous sortir de là – si encore une fois nous le voulons vraiment.

 

De même que la sexualité c'est l'hétérosexualité, quand tu es invisible, tu es cis'.

 


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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 09:36

 

 

 

L’an dernier, dans « Applaudissons-nous, hétérolande a gagné », je m’avançais à prédir que l’hameçon de l’intégration participative, forcément réservée à d’aucunes vis-à-vis d’autres, aux joies et bénéfices supposés d’hétérolande, ainsi que de ce qui va avec : propriété familiale, filiation, héritage, défense de ces belles choses et j’en passe et des plus vieilles de la société capitaliste et bourgeoises, tracerait entre, au milieu de nous, les transpédégouines et compagnie, une nouvelle ligne de barricades, derrière lesquelles les unes défendraient, avec toutes les forces de l’ordre, la stabilité économique et sociale contre les loquedues, pas rentables et autres révolotes.

 

Il y a peu, dans une de ces batailles de polochons, pardon, de commentaires comme nos sites d’infos communautaires en hébergent pour notre plus grand divertissement et esbaudissement, notre édification quoi, je défendais assez mordica l’action menée par des qui furent mes camarades sur une secrétaire d’état particulièrement retorse. Que je ne fusse plus sur leur ligne politique d’intégration nataliste, économiste et civique ne m’empêchait en rien de prendre leur parti, d’autant que c’était un peu la furie contre elles de la part de ce que j’en viens à appeler straightlande lgtb’. Pensez donc, ayant balancé quelques ingrédients sur la membre du gouvernement, elles avaient été d’une violence épouvantable. C’était l’avant dernier échelon avant le meurtre politique, à en lire pas mal. Á coté de cela, les assassinats et la chasse à nozigues ne pouvaient en rien tenir comparaison (d’ailleurs, il y avait même une ligne négationniste qui affirmait sans ambages que nous vivons pour le mieux et que nous nous victimisons).

 

Au cours de cette discussion, une personne décocha une phrase où elle signifiait que « si vouloir militer sans violence et dans le respect de toutes les personnes c’était être réactionnaire, eh bien elle l’était ». Sec. Je ne la notai pas immédiatement, puis brusquement sa matrice historique me revint en mémoire, et me fit dresser les cheveux sur la tête. Il me rappela ce à quoi les citoyennes sont tout à fait capables d’adhérer, de participer, pour que rien ne change, pour que rien ne soit remis en question – au risque même de leurs propres intérêts, puisque tout est en démocratie capitaliste question d’intérêt, de bénéfice ou de perte. Jusques à notre propre peau, qui selon l’expression largement usitée nous appartient, comme n’importe quel autre bien ou marchandise – tout est réduit au rapport de propriété. Il va de soi que nous préférons, en bonne charité bien ordonnée, que ce soit la peau de l’autre, de celle qui vaut moins, de la transse, de la pute à pas cher, de l’étrangère… Mais enfin des fois il faut paraît-il se sacrifier, avec plus ou moins d’enthousiasme, pour que l’ordre règne et que nulle n’empiète sur l’héritage d’autrui.

 

Le premier modèle en question, en tous cas dans l’histoire et la logique politique contemporaines, c’est le tristement célèbre dernier discours de Calvo Sotelo père à la tribune des Cortes de Madrid, le 13 juillet 1936, lors duquel il dit sans ambages ni complexes que « si vouloir que s’arrêtent les atteintes à la propriété et à la paix publique, si vouloir un état fort pour tous, c’est être fasciste, alors je déclare que je suis fasciste ». Hop. Quelques jours plus tard c’était le soulèvement militaire. Et la tonalité des discours suivants, de ce côté là de la barricade qui devint vite un front avec des tranchées, c’était « Viva la muerte ». Calvo Sotelo avait été, il est vrai, assassiné. Il n’avait pas été le seul et ça crépitait ferme de feux de pelotons, ça creusait sec des charniers, particulièrement là où ses petits copains arrivaient, et libéraient l’Espagne de la violence des rouges. Beaucoup de gentes fuyaient pour ne pas être libérées, surtout parmi les plus pauvres, mais c’est là comme disent d’aucuns un détail.

 

Je veux dire, comme ce que j’exprimais dans cet échange de commentaires, que d’une part ça y est, si ça avait besoin d’être démontré, la partie haute de lgtblande affirme sans complexes excessifs qu’elle est tout à fait disposée à se ranger aux côtés d’hétérolande, de la république, des réaques, contre la partie basse, les emmerdeuses, les gouines, les transses, les putes, les pas bien céfran, les parasites, les misère du monde…. Et que d’autre part, elle ne rechigne donc plus du tout à s’approprier la thèse de la « tyrannie des minorités », qui pourtant est aussi en train et plus qu’en train d’être réchauffée, de la droite dure à la « gauche » nationaliste et naturaliste (méluche, anti-indus…), à son usage. Précisément que les cisses lesbiennes et gays bien clean seront selon toute vraisemblance pas loin après la première fournée sur le tapis roulant. Mais leur confiance est égale à celle de cet ingénieur avec qui Imre Kertesz fit le voyage de Budapest à Auschwitz, et qui répétait avec assurance, et sans doute pas mal de mépris envers ses co-raflés, que « lui, ne risquait rien ; « on », ce fameux « on » envers lesquels tous les gentes qui se croient justifiés d’exister, certifiés par la domination, manifestent une confiance pourtant facilement déçue ; « on » donc avait « besoin de lui », pour l’industrie de guerre.

 

Arrivés sur la terrible rampe de débarquement, où avait lieu la sélection, l’ingénieur indispensable se vit poussé du côté de ceux qui, personne n’en pouvait douter, allaient partir vers les chambres à gaz. Kertesz décrit sa dernière vision de son visage, complètement ahuri, décontenancé, indigné. La logique d’élimination n’était pas celle dont il pensait qu’elle le favoriserait. Ben zut alors ! De même, nos camarades cisses propres sur elleux, je pense, se font de braves illusions sur celle qui sous tend la révolution réactionnaire en marche et ce qu’elles, ils peuvent en attendre.

 

C’est exactement ce visage qu’elles, ils, arboreront, les cis-lg (et sans doute diverses transses intégrationnistes) partisanes de la paix sociale et de la tranquillité républicaine (pour les secrétaires d’état en tous cas ; les transses et les putes assassinées dans les coins sombres où elles sont poussées, entre autres, par la politique des premières, relèvent indiscutablement d’une autre juridiction), quand le meurtre social autogéré les frappera de plein fouet, et alors qu’il, elles seront bien certaines de s’être acquises la reconnaissance de la majorité hétérote en collaborant à notre disparition.

 

Ce n’est pas celui qu’elles, ils arboreront en cas de barricades. Là ce sera celui de la haine majoritaire pure, évidemment conscientisée comme défense de l’ordre profitable à « tous » (un tous très sélectif) – mais là encore, en attendant l’acte deux, déjà évoqué. L’histoire apprend que jouer les supplétifs est rarement profitable. Et, dans cette occasion comme dans celles qui viennent, ç’auront été les supplétifs de la haine populiste et réactionnaire, tout autant que de l’ordre républicain de protection de la propriété et de la richesse accumulée.

 

Le pire (je ne pense pas que ce serait mieux s’il s’agissait de méchanceté voulue pour telle) c’est que toute cette involution régressive, impitoyable, féroce, relève principalement d’une inépuisable bonne volonté, indexée sur la croyance dans la naturalité mais aussi la fatalité des formes de la société individualiste, marchande et représentative, qui du coup ne permet pas de résister à la montée de ses conditions inévitables de haine et d’exclusion – mais toujours alors pour de bonnes raisons. Et l’histoire montre à quel point nous sommes bon public pour les raisons qui se présentent alors à la file. Comme j’ai dit plus haut il y a bien sûr la défense d’intérêts sociaux, réels ou des fois même fictifs, crus ; mais là aussi cela relève plus de l’adhésion à « c’est et ce doit être comme ça » qu’à une conscience de classe nette et froide, qu’il serait des fois un peu angoissant d’assumer. Au début tout au moins. Parce qu’avec la montée de la confrontation et de la brutalité sociales, on se chauffe, et on se décomplexe. C’est moi ou toi – a ben alors ce sera toi…

 

Enfin, ce qui m’apparaît dans tous ça, c’est notre capacité de reproduction, notamment des formes sociales et politiques. Et notre capacité d’oubli de ce qu’elles donnent. Enfin la capacité de déni de ce qui se passe en ce moment même. Et au final, là aussi je me répète, la culture des identités n’implique pas des positions politiques on va dire, pas réaques. Il n’y a pas d’unité politique lgtbienne ni tépégélandienne. Confiance zéro, dans la droite ligne d’une société d’individuation attributive, de droits, de propriété, de guerre de toutes contre toutes comme présupposition anthropologique.

 

Je crains que nous ne nous trouvions beaucoup plus loin que nous ne le pensons sur la voie et le clivage qui nous mènent à des choses pas belles du tout. Que l’eau est beaucoup plus chaude que ne le pense le homard. Et qu’elle va chauffer encore plus très vite. Et que nos zamies républicaines, entre autres, sont beaucoup plus proches de consentir, sinon même de participer, à une barbarie de « retours aux fondamentaux » et de « défense de l’ordre public » - concurremment avec des qui ne sont, ou ne se croient, pas républicaines du tout. La terreur blanche est devenue, depuis assez longtemps, bleu blanc rouge. Elle pourra prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel au besoin.

 

Je ne crois pas à l’éducationnisme, ni à une nécessaire fraternité des intérêts qui devraient nous rassembler, surtout dans un monde où ces intérêts sont totalitaires : échange, valeur, appropriation. Où ce sont eux, c'est-à-dire nos possessions, les choses, nous-mêmes comme agglomérats de propriétés, qui nous délimitent, justifient ou non notre existence ; ainsi que toutes les violences juridiques et sociales, jamais perçues comme telles. Je ne sais pas en détail comment tout cela va tourner mais je dis que ça tourne déjà mal, et que l’essentiel de mes contemporaines, y compris donc lgtb’lande, me font peur. Et pour moi, et pour elles mêmes (mais ça, je crois, ce sera leur affaire et je ne serai même plus là, grâce à leur diligence citoyenne, pour avoir ni émettre un avis).

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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