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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 11:25

 

 

 

 

Commémorations de fin d’année et bonnes résolutions autant qu’anathèmes habituels, la guignolle de la représentativité entre républicaines et intersectionnalistes continue sans réserver de surprise. Les, nos positions sont tellement prévisibles. Un vrai tétris. Pas de place pour un instant d’incertitude. On se donne les répliques. Et on essaie de ne pas distinguer à quel point tout le monde chez nous prétend à une hégémonie, ouvertement ou par défaut, faute peut-être d'oser considérer le jeu social autrement que comme justices à rendre, comptes à faire équivaloir, équilibre idéal de l'ordre des choses et des unités de valeur à atteindre. Récemment, j’ai lu sous le clavier d’une des premières que le féminisme rép’ était matérialiste (!)  - le matérialisme, pour la plupart d’entre nous, est transféré à une comptabilité en l'état n’impliquant plus l’usage de la critique sociale mais au contraire s’y opposant ; sous celui d’une des secondes, le reproche aux premières de défendre des positions qui ne font pas consensus (!!). Pasque faire cesser la stigmatisation (pour rester polie) et la clandestinisation des soutières de ce fichu boulot qu’est la sexualité, ça fait consensus ?! A ben j’ai du rater quelques épisodes.

J’ai du mal à démêler laquelle des deux affirmations est la plus bancale, tellement nous restons dans une espèce de vaste entresoi assez dépeuplé de la revendication tempérée par l’absence de critique de l’économie anthropologisée, et de désir de rassemblement représentatif. Tristesse infinie de faire tout ce qu’on peut pour faire, justement consensus – et d’être pourtant à la fois intégrées à mort et peu nombreuses à le professer. Et puis si on y va à la majoritaire des intérêts en l’état, il n’y a plus qu’à se rallier au bon sens patriarcal et aux idéaux sociaux qui le structurent. Ce que nous faisons assez souvent par les coulisses d’ailleurs.

En tous cas, si vous vous trouvez être matérialiste non essentialiste des formes sociales ni des statuts, et ne croyez pas en la vertu intrinsèque de la convergence, vous êtes à la rue.

Pareil si vous êtes d’avis que le capitalisme et le droit ont un peu trop beaucoup à voir ensemble, et avec le patriarcat ; il y a aussi des tentatives conciliatrices sur ce théâtre, ainsi des camarades supposées qui affirment ainsi à la fois être « contre le capitalisme » et pour confier, pour ne pas dire circonscrire, le traitement  de la domination masculine et de ses effets au juridique. Avec les rapports sociaux et les institutions qui vont avec. Et le dernier must à paname c’est la reproduction versus le marché ; pas question de jeter les deux à la poubelle, et on devine tout de suite lequel des deux a la préférence naturelle par défaut. S’organiser et se déterminer en autonomie pour sortir de la relation obligatoire, de la sexualité, du natalisme, de la famille, o ben non, ce serait gâcher. Bah, quand on continue à tenir le pari du commerce équitable ou du bonheur propriétaire dans la parité hétéra, on peut bien croire au caractère émancipateur et égalitaire de la justice. C’est même plus pratique dans ce cas de figure. Et quand on veut croire que le capitalisme n’est qu’une anomalie de l’économie, le patriarcat une de la parité hétéracitoyenne, lesquelles ne sauraient évidemment être questionnées en elles mêmes, tiens, il ferait beau voir ! Je crois qu’on appelle ça le pragmatisme. Lequel j’ai généralement vu, paradoxalement à sa définition, se soucier bien plus de ses prémisses que de ses conséquences. C’est la croyance chevillée que les formes idéales de la société ne sont pas à l’origine de nos sujets et de leurs déboires, et finiront par tenir, par quelque renversement miraculeux, leurs lumineuses promesses, si on les chatouille par le bon côté et qu’on s’adapte. Une forme de messianisme, quoi, tristounet et laborieux, bien décalqué de la doctrine du péché originel. Nos monothéismes pénitentiels n’ont pas fini de nous engluer.

 

N’empêche, pour revenir ici bas, ce qui m’a un peu épatée, c’est aussi comment le ping pong sur ce fameux nombre qui distribuerait les bons points rebondit, et traduit une myopie croissante. Ainsi, notramie CLD, relatant la manif républicaine de l’autre jour, s’esbaudit de l’impudence d’anti-prohi qui sont venues les asticoter, ce qui à la limite est compréhensible ; c’est sûr qu’on ne sera pas bien reçues par les rép’s et qu’on va pas les convaincre ni les endoctriner – et réciproquement. C’est aussi de la représentation. J’admets qu’elle s’en étrangle. Seulement juste après elle affirme qu’on est pas nombreuses à les contester ouvertement, ce qui est peut-être aussi vrai ; mais elles se sont regardées, elles ? Elles sont de moins en moins à chaque mois de novembre, au fur et à mesure de la droitisation de leurs positions, arquéboutées sur quelques retranchements moraux et formels à l'incontestée logique de l'échange, de la propriété et de l'amour ; au moins aussi confuses politiquement et bien plus compromises avec la violence tant instit' que sociale que celles qu'elles prétendent combattre, itinéraire qui en a poussé d'aucunes au désespoir de ce qu’elles étaient mises en demeure de défendre en pack, et aussi de plus en plus souvent en quelle compagnie ! Là c’était « quelques centaines ». On n’est plus en 95, c’est rien de le dire ! Tout le monde d’alors ou presque s’est cassée, à mesure de la résignation, du repli individuel, mais aussi de celui des positions politiques dans la gestion conservation du présent, que ce soit à la trique ou au gel. Et là c’est un peu la même logique en inversée qui prévaut, et que j’ai bien connue autrefois dans les mini groupes sectaires : moins qu’on est nombreuses, plus qu’on est pures et qu’on a raison ; l’importante n’étant pas tant la contenue politique que la vigueur dans la sélection éliminatoire – et forcément aussi le recrutement pour boucher les vides, on appelle ça le turn over. Il faut, à associativlande, faire tout de même au moins semblant d’aligner quelques troupes, réelles ou féériques. Les anges qui contribuent plus ou moins virtuellement, via média et institutions, au bon combat, ça rappelle furieusement des conceptions religieuses qui réapparaissent jusques chez les républicaines ou les léninistes les mieux confirmées, en passant par les libérales et leur inusable main invisible – ou inévitable. Des mal intentionnées disaient bien depuis deux siècles que politique et économie ressortaient au fétichisme, et l’essentialisation des groupes sociaux, de leur rôles assignés ou idéalisés, à la métaphysique. Toutes ces armes spirituelles finissent uniment par se matérialiser dans l’espèce de tonfas, d’exploits d’huissiers, de factures, de jugements, de chartes, d’ordonnances. De bulletins d’adhésion et de vote. Ma foi – si c’est ça qu’on veut, encore et toujours, si on pense ne pouvoir subsister que dans et selon ça, okay, je ne dis pas, allons y franco, mais cessons de couiner sur les suites, et à pleurer hypocritement le sort de toutes celles qui n’entreront pas dans les critères et disparaîtront pour raisons objectivement fondées. De moins en moins nombreuses sont celle qui peuvent s’engager dans le perfectionnement des formes du capitalisme citoyen ou de la démocratie radicale ; il en faut les moyens, quand bien même nous en sommes encore engluées dans l’envie. La mort du politique associatif, indexée sur ce qui semble bien être le naufrage de l’idéal de l’échange et de l’appropriation, consiste non seulement en son étranglement financier, mais aussi et peut-être surtout en la dispersion du cheptel dont il ambitionnait de gérer les intérêts, la réalisation de ceux-ci, et surtout en individuel concurrentiel, n’étant plus à portée de grand’monde. Et ce sont peut-être bien les buts même de cette intégration sociale qui conditionnent la logique d’élimination. Mais il reste plus sustainable de ne pas remettre en cause ce qui fonde nos sujets, et d’accuser tricheries et accaparements, bref d’hétéronomiser domination et sélection. En espérant que cette vieille dichotomie tiendra encore assez pour que nous profitions jusques à notre décès.

 

C’est pourquoi il y a une sacrée mélange de refus de critique et d’hypocrisie dans l’autoenterrement que mime, l‘air furibard et contrit à la fois, associativ’politiclande, dans le rideau d’encens qui l’accompagne, dans les formes sociales qu’elle représente et promeut. Les présentes savent bien que ce ne sont pas elles qui meurent, même si elles font semblant se porter en terre, et de se rebiffer contre – l’irremplacée autant que négociable colère ; ce sont les absentes, infiniment plus nombreuses, qui font les frais, sont enterrées, consensuellement, au son de la liturgie somme toute commune aux dénominations en concurrence, invocations de cette valeur, de cette reconnaissance pour toutes aux conditions pourtant impitoyables par leurs principes mêmes, qu’elles ne peuvent réaliser. Et cela va en croissant à mesure que les zones de valorisations, qui ne sont diverses qu’en apparence, se restreignent, pressées par leurs propres contradictions. Le pire est que nous sommes sincères dans notre adhésion fataliste, que les buts et catégories qui nous massacrent les unes après les autres nous rassemblent moralement et politiquement. Et que nous cherchons les causes de la misère dans leur mauvaise réalisation – alors qu’il est bien possible qu’elle soit si on ose dire excellente, en tout cas conséquente, et donne ce qu’elle peut donner : l’anéantissement au nom de la valeur et de ses avatars, personnages sociaux ou autres nécessités « indépassables ». Les unes comme les autres, les encore valorisables comme les déjà sur le dessus de la poubelle, nous nous accusons de félonie et nous présentons des factures, invoquons le bon droit comme on invoque le bon dieu ; et ce faisant nous jouons encore consensuellement de la pelle pour creuser notre secteur de la fosse commune.

 

Ça nous retombe dessus sans cesse comme un crachat en l’air, notre expérience malheureuse en est constituée : les formes sociales, selon toute probabilité, déterminent le contenu et les rapports sociaux, nous coincent dans la répétition, dans l’entrélimination, dans les évaluations toutes plus naturelles les autres, teintées dans la masse de ces promesses qui tirent leur force de notre croyance opiniâtre. Des fois, on pourrait aussi ne pas trop nous diluer dans les formes même de la représentation, mettre un peu de distance vis-à-vis de nos thèses, et ne pas croire goulûment que nous représentons une vérité révélée qui nous attend, à atteindre ; que nous avons le monde à notre traîne ; même si ce n’est pas réjouissant, et même carrément périlleux, c’est quelquefois au moins aussi conséquent de se trouver et de se reconnaître en dispersion. Qu’on l’ait choisi ou pas. Et d'examiner l'hypothèse que réprésentation comme valorisation nous étranglent. On ne se voit pas brandir le glaive ardent des comptages de manif ou des communiqués voulus sagaces et opportuns. On n’a pas ce genre de certitudes, et encore moins ce genre d’espérances. Par contre, on peut garder des exigences et les faire proliférer. Le pragmatisme les digère.

 

 

 

 


 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 10:00

 

 

 

Existrans, le T-Dor, (té)pégélande, ateliers t’s en « non-mixité » ressentie où finalement tout le monde s'invite, sont autant de cisprides où nos alliées, les abuseuses et les exotisantes, les copains et autres invisibles qui passent bien, viennent se la péter, faire leur marché, se faire « reconnaître » puisqu’ellils sont « un peu trans’ » aux heures et lieux où ça les arrange. Les mêmes alliées qui procèdent, quand par extraordinaire leur hégémonie arrive à être mise en cause, à l’élimination des transses pas assez conviviales et dociles, avec l’applaudissement terrorisé des autres qui rentrent la tête en attendant leur tour. Tablant aussi sur notre propre impasse au sujet de la question, parmi quelques, que nous évitons de poser, si trans’ échappe d’emblée, par soi-même et miraculeusement à la binarité hiérarchique du sexe social, question qui propulserait en avant l’inégalité par la visibilité et la haine qui la vise. Je le répète, socialement, de fait et dans la vie, trans’ et invisible paraissent bougrement exclusifs l’un de l’autre. Les définitions de ressenti sans base réelle sont la porte ouverte et aux abus dominants, et au retour de l’essentialisme. Un sacré sujet à aborder serait, d’un point de vue résolument matérialiste et « rapports sociaux », qu’est-ce qu’être et qui est cis’ à cisselande ? Et surtout quels sont les buts, les caractères intrinséques à cette forme sociale, présentés comme des convergences neutres, naturelles, profitables à toutes, et qui se révèlent en fin de compte rien moins. Une critique transse n’est pas une réclamation intégrative, c’est une mise en cause de ce qui se prétend inévitable et commun ; c’est d’ailleurs, on est nombreuses à l’avoir malencontreusement oublié, cette détermination entre autres qui définit une critique sociale conséquente.

 

Il n’y a à ce jour pas d’espace ou de collectivité transse, en tout cas que je connaisse ; il n’y a guère plus de pensée transse, ce qui en est la suite imparable ; il n’y a que des annexes, des antichambres de cisselande, des velléités intégratives, et des magasins gratoches pour les cis’.

Il serait temps quand même de nous inaugurer, si j’ose dire ! Ce ne sera évidemment pas non plus le paradis, et il faut renoncer à l’idée réaque et moisie que l’identité entraîne mécaniquement, essentiellement, les buts politiques, l’égalité, la solidarité et toute cette drouille citoyenne. Voire que nous aurions à réaliser et à cultiver une, de ces identités qui semblent être fort utiles à ne pas scruter nos économies politiques ! Mais je n’en pense pas moins qu’il nous faut pour le moment nous compter, nous déterminer, et botter le cul des cis’ qui s’approprient la très douteuse valeur exotique qui est débitée sur nous, qui est le produit transformé à leur intention de notre existence. Au reste, pour couler cette valeur, coulons la fierté ! Et abstenons nous de ce qu’elle monnaie. Cessons aussi de réclamer justice, qui n’est que l’évaluation et l’échange des centimes de la domination, réparation de l’ordre inchangé ; cessons de ressentimenter, cessons de vouloir intégrer bien vainement des idéaux qui nous massacrent, menons une guerre sociale.

 

En ce qui concerne l’inepte célébration morticole du mois de novembre, aussi obscène, ridicule que celle de l’armistice, et que nous ferions bien d’abandonner, comme toutes les représentations, au profit d’auto-organisations réelles et quotidiennes, on ne peut ignorer que les cisses s’en pètent la sous-ventrière, de tout ce que nous prenons dans la gueule. Que plus on en ramasse plus ellils peuvent se valoriser avec leur transphilie hypocrite. Plus nous mourrons, plus leur aura moral-politique prospère, sans parler des petits à-côtés qui rendent leur vie jouissive. C’est d’ailleurs un des points communs à toutes les exotisations : se rembourrer de ce que subit autrui.

 

Si déjà on parvenait à imposer aux bio, à commencer par les qui, pour rester polie, ont un passif envers des transses,  de la fermer un peu, de cesser de velcroter, de nous piller, ce que d'expé ne font ni ne feront spontex, on arriverait peut-être à l'orée de se distinguer et entendre un peu mieux nozigues. Pour cela, je pense que rien ne serait mieux qu’en finir avec les lieux communs (donc cis) que sont les cérémonies évoquées. Mais il ne s’agit pas non plus de leur laisser toute la place et de continuer à aller crever, isolées ; il nous faut un peu de large pour nous rassembler, et cesser de le demander.

En tous cas, quand j’entends, aux alentours des dates liturgiques, des bio, transies, et autres un peu-beaucoup – et particulièrement, ça doit les démanger, des qui commettent, couvrent les violences envers les transses en milieu f-tpg ; dans l’indifférence totale, vu que tout le monde est bien au courant mais solidarité ciscentrée oblige -  quand je les entends donc entonner les cantiques, vous imaginez ce que je pense : quelques exemples, travaux pratiques quoi, ne seraient pas forcément de trop pour entrer en matière sans esprit de retour. Sans parler de tout ce que nous pourrions envisager, si nous osions, par cela et par bien d’autres chemins, rompre le lien de féodalité qui nous enserre, nous éloigner de leurs pattes, cesser de réclamer une reconnaissance qui n’est que transploitation, mais ne rien leur laisser emporter dans leur paradis de ce qui nous aura été fait.

 

 

Enfin, on fera comme on pourra, mais n’empêche :

 

Vos gueules - bien droites - et bas les pattes !

Nos museaux - de travers - et prenons le large !

Ni oubli, ni pardon.

 

 

 


 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 12:36

 

 

sur le backlash traditionnaliste à alterno- et féministlande

 

 

Wahou le toboggan ! Effectivement, faut avoir l’estomac vide et bien attaché pour suivre l’évolution d’un côté majeur d’alternolande. Il commence à y avoir des plaintes et des haut le coeur. Mais bon, ça faisait tout de même quelques temps que le puzzle sur les parois de ce qui apparaît de plus en plus comme un tunnel prenait une drôle de teneur, et on n'était pas nombreuses à en causer. Est-ce parce que beaucoup comptaient que le puzzle ne se complèterait pas, ou pas si vite, que ce n'était pas couru, qu'avaliser une forme un peu réaque ou intégrationniste qui ne remettait pas directement en cause leur intérêt propre n'en appellerait pas une autre plus corsée ? Bon, je crois que nous en sommes à la réponse. 

Retour à la terre qui, c’est bien connu, « ne ment pas » - la transparence de l’à qui son dû nous travaille au moins autant qu’elle le fait nos amies éconocroques, juges et fliques ! – économie « réelle » naturelle, peuple(s) à la conscience infuse, culture du ressenti, terroirs « libérés »,  nations « libératrices », échange « équitable » ; vilipendaison des « politiciens véreux », des « complots technoscientistes », des « intellotes sans racines » ; natalisme, familisme, antisémitisme, virilisme structurels, quand on ne saute pas à pieds joints dans le divin et autres transcendances. Quel horizon ! lequel de mon point de vue peut se résumer in fine à une formule implicite inscrite dans nos cieux : la haine, la honte plus ou moins explicites du désigné féminin, du côté fondamentalement non valorisé du monde. À force de se chercher des bases naturelles et évidentes, à force par conséquent d’avoir peur d’elle-même, de ses possibilités et de son ombre, une part croissante de la contestation, de plus en plus tronquée, de moins en moins audacieuse, atterrit bel et bien sur le fond commun à l’émulsion réactionnaire, laquelle la dévorera sans doute, une fois la jonction accomplie, les minoritaires, utopistes, révolotes et autres novatrices consensuellement exterminées. Top classe. La dénonciation étrangle la critique. Le ressentiment s’épanouit, s’épaissit, n’a plus d’yeux, mais alors innombrables, que vers la régression, le vrai réel rempli à ras bord de sens, d’ordre immanent, de tripe, et s’étend contre toute échappée.

 

Le malheur, c’est que nous y soyons nous aussi, féministes, à ce rendez vous que jamais autrefois nous n’aurions cru imaginable d’honorer ; mais voilà où nous ont conduites la résignation anthropologisante aux formes sociales prêchées inévitables, la convergence comme principe, le subjectivisme, l’exotisme, l’attirance vers un pur, un dur qui se répète viril, fétichiste, conservateur. J’en oublie. C’est nous, qui nous y sommes rendues, sur nos petites pattes, avec notre enthousiasme raisonnable et surtout notre honte de nous-mêmes, tordues et parasites de ce si sympathique monde, notre honte de tout ce qui pourrait le bouleverser pour de bon. Nous avons bien quelques états d’âme devant ce qui nous demande d’applaudir, de joindre – mais jamais nous n’avons osé les choisir, nous finissons systématiquement par faire cause commune (la bonne blague) à ce qui réclame nos peaux, entre autres babioles, avec quelques réserves inaudibles dont personne n’a rien à fiche, d’autant que nous n’entendons même pas réellement les défendre. Nous avions pris ce chemin confus il y a déjà longtemps, et voilà, la pente s’accentue et ça s’accélère. Même ça glisse, ça dérape. 

Nous causons des fois de transmettre, mais quoi ?! Notre échec historique répétitif à sortir de la domination reproduction ? Notre glissement mi accablé mi fasciné dans le naturalisme, le petit entrepreneuriat, l’idéal du rapport à la fois appropriatif et essentialiste, finalement la pensée, les normes de droite ? Notre allégeance à ce qui nous trie et nous élimine ? Le bel héritage ! On ferait mieux d’en faire un feu. Au fond, nos pensées politiques sont bien mesquines : on se serait faites arnaquer. Remettre en cause l’économie, la justice ? ah ben non alors ; on veut des bons produits à des tarifs équitables, sans vente forcée. On veut être les agentes libres rêvées par les Lumières et Smith, qui prônaient que commerce et valeur amèneraient paix et égalité universelles. Et il est tristement comique de voir que celles d’entre nous qui affirment combattre le plus ces idéaux ne se réclament pas moins de leur mécanisme souhaité que les autres, de même que les « antimodernes »  idéalisent une espèce de common decency qui correspond bougrement à la phase post-pillage du capitalisme en démarrage, states et europe autour de 1800 : famille nucléaire et petite exploitation équitable.

 

Sans parler de cet autre aspect du consensus réac : ne peut être fondé à exister que ce qui est censé avoir toujours été sous une forme ou sous une autre – au point que pour toute initiative nous nous tenons obligées d’aller y trouver ou inventer au besoin quelqu’origine anhistorique, atemporelle, ici ou là. Sinon, c’est un produit maléfique du grand capital. Ce qui est d’autant plus facile à affirmer que nous avons renoncé à toute définition un minimum critique de ce qu’est le capitalisme. Coincées dans un piège binaire, navigant à courte vue par peur de toute théorisation, nous ne croyons pouvoir opposer à un présent défini de plus en plus sommairement que des passés qui ont convergé vers lui ! L’avenir de ce monde est pourri, mais tout autant celui des fantasmes qu’il génère, de l’idéalisation des formes qui l’ont engendré et le sous-tendent toujours. On ne rend visible et révise pas aussi facilement que ça le sujet social.

 

Ne parlons pas de la joyeuse hiérarchisation réelliste de ce qui peut et doit être, de ce qui ne peut ni ne doit se manifester, et des « maladresses » hypocrites qui en coulent comme du jus de pomme bio, avec les morceaux – « maladresses » qui disent vraiment ce qu’elles veulent dire, en fait, et montrent les lignes de fracture internes à f-tépégélande qui deviennent béantes. Le fond en est qu’il ne doit rien y avoir de nouveau, tellement le passé, pardon l’éternel, est classe. C’est ainsi que nous, transses, passons à la case qui d’expé se situe juste avant celle de l’élimination, anomalies implicites à éventuellement réparer pour collouiller tant soit peu à la cisvaleur tranquillisante sociale. Mais n’avons-nous pas nous-mêmes abondé souffreteusement cette idéologie, craignant tellement d’être autres que ce qui se fabriquait déjà dans le social, identités sans origine et sans but autre que de le renforcer, craignant comme la peste d’être un mouvement vers sa sortie, une sape délibérée de la masculinité ? Craignant conséquemment, n’osant poser aucune base par nous-mêmes (quel subjectivisme efficace !...) de n’être pas adoubées par les cisses, d’où un concours permanent de docilité, de carpetterie et de je te tire dans le dos pour me faire bien voir dans l’antichambre du paradis inclusif. Encore une fois je ne crois pas tant à ce que nous « serions » ou pas, qu’à ce que nous pourrions tenter. Mais comme d’hab’ et pour bien d’autres, nous avons d'emblée anathématisé toute pensée de la tentative, et notre ralliement peureux à ce qui est ne nous aura pas sauvées, loin de là ; nous servons déjà de bouche trou parmi tant d’autres pour retarder le naufrage, là où nous nous sommes laissées mettre par nos sympathiques alliées cisses et autres invisibles - pour le moment. De même à l’autre bout apparent de l’échiquier l’échange à valeur et le rapport de propriété, qui sont infiniment naturels, humains, cromagnonesques, et que comme disait même Foucault on ne saurait quitter que pour prendre le chemin du goulag. Le postmodernisme n’est qu’un aspect relooké du naturalisme et de la résignation, nous tardons à nous l’avouer.

Et ce n’est pas une consolation de savoir, autant par projection réflexive que par expérience historique, que comme dit plus haut celles mêmes qui rallient soucieusement les zones encore émergées du rafiot général, que ce soit l’économie républicaine, le paradis du désir et du droit, ou l’ordre primitiviste, y seront parmi les premières à passer au menu des qui n’en ont jamais bougé, y légitimisent à fond la caisse, avec les fonds, les moyens de, et affûtent les objets contondants pour la remise au format. Vous êtes déjà tuées vous aussi par provision, (ex)camarades ; nous livrer, abjurer ce que nous représentions et pouvions porter ne vous sauvera pas non plus à un terme que je soupçonne très moyen. Je ne vous plaindrai pas, pasque nous prenons en plein gueule la facture de votre ralliement, et que par ailleurs je refuse de prendre qui que ce soit pour une imbécile – chacune sait très bien, au fond, ce à quoi mène dans l’immédiat ce qu’elle défend. Mais si j’ose dire quel gâchis ! Cela dit, il faut résolument se défaire de la croyance platonicienne que quoi que ce soit nous attend où que ce soit ; nous entraînons la réalité, pas l’inverse. Je ne crois nullement qu’il existe une vérité que nous devions apprendre, en quoi je m’oppose tout autant aux naturalistes qu’aux éducationnistes qui s’étonnent répétitivement que les en position de dominance en usent, et savent parfaitement qui et pourquoi elles craignent et haïssent.

 

Nous avons tant aimé, tant désiré l’appropriation de, la reconnaissance par les formes de l’économie politique et du naturalisme existentialiste, ontologisant - formes dont, à l’exemple de tout le social, nous avons attribué avec enthousiasme les contradictions et les conséquences de plus en plus brutales aux méchants de service, aux nécessaires coupables, justice pour décortication, dénonciation pour critique, que nous sommes bien mal fondées à faire notre moue d’ahuries et d’indignées maintenant que c’est nous qui sommes sur la ligne d’accusation. Nous avons nourri tant que nous pouvions ce fonctionnement qui à présent nous rattrape. Nous allons apprendre ce qu’est ne plus être du bon côté de la valeur, de l’essentialisme statutaire, ce qu’est être données à manger aux formes immuables et à qui les incarne avec quelque succès. Et ce sans même nous être données licence de les comprendre, a fortiori de tenter de nous organiser hors de leur ordre et de leurs exigences internes. Cela fait un moment que j’en causais, nous y sommes.

 

Que ce soit clair : les pensées anti-indus, écolote, naturaliste, territorialiste m’exaspèrent. M’exaspère cette révérence envers ce qui « est », cette dénonciation tronquée de tel ou tel aspect indécrottable du capitalisme perçu comme son sujet actif (la technologie par exemple), m’exaspère l’arrière pensée réaque, pénintentielle qui l’imprègne et en fait, je pense, la fonde et la justifie. Je ne crois pas un instant que ces approches puissent finalement mener à autre chose qu’au fondamental masculiniste, reproductif, propriétaire et moraliste où elles reviennent d’expé toujours. Et m’exaspère donc encore plus la pusillanimité, et je reste polie, que nous avons à prendre résolument congé de ces fétichismes nécessitaires, qui par leur caractère gluant nous collent et nous ramènent d’où le patriarcat, comme la marchandise et la dépendance au social qui va avec, nous-sujet quoi, « voudraient » bien que nous ne partions jamais, pasque ça risque de faire un trou fatal. Je mets « voudraient » entre parenthèse parce que non, je ne crois que cela se limite ni à un complot statutaire ni à une méchante pensée objectivée hétéronome, c’est hélas nous, subjectives, tant que nous ne remettons pas ça en cause, qui faisons bloc avec et la constituons avec bien des gentes, des orga, des formes politiques dont pour ma part je pense qu’on se passerait aisément. Je ne rêve pas, pour le moment, à une sympathique communauté humaine ; dans l’état où nous sommes, c’est un piège qu’il nous faut éclater, tout comme la déjà vieille illusion que des identités ou statuts de cet ordre des choses porteraient en elles-mêmes le principe de sa sortie. Le tout ni les parties ne nous serons d’aucune aide pour cela.

 

Progrès et régrès, écologie et économie, république et « communauté du peuple » nous maintiennent dans une même ornière, aux mêmes buts basiques enjoints, aux mêmes peurs de changement radical ; un coup en avant un coup en arrière. Contestation essentialiste contre perpétuation valorisatrice – avec le fantasme politico-moral du retour aux fondamentaux pour solder le désastre mutuel. Oscours nous-mêmes ! S’il y a une urgence pour nouzautes, disons en ce qui nous concerne la plupart des transses, et les hypothétiques cisses ou invisibles qui voudraient finir avec cisselande, rentables à nul point de vue, c’est bien de nous tirer au plus vite, intellectuellement comme matériellement, de la tenaille de cette vieille plaie qui se referme sur nous. Il n’y a rien à attendre des moyens termes, des pragmatismes, des mains et des sébiles tendues, que contribution à notre étouffement et notre mort, sans parler de la mise sous tutelle des possibles remises en cause. Nous ne pourrons pas même passer inaperçues : on a trop la gueule de travers et de toute façon, l’adhésion est désormais formellement réclamée par les diverses instances compétentes. Il nous faut tracer la route pour échapper à la réconciliation majoritaire. Au plus large sinon au plus loin. Partir aussi légères que possible, lestées de notre seul poids, il est vrai considérable à sa manière puisqu’il insupporte ennemies et « alliées », ordre ici et ordre là. Chercher à récupérer, à nous réapproprier, à emporter ce qui se négocie ici nous ramènera illico, nous ramène déjà chaque semaine en plein mitan. Sans parler des supplications adaptatives « comment moins mal vivre la valeur ». S’il y a une sortie, elle n’est pas entre les piteuses positions en présence, mais contre ce qui les fonde et les justifie, les unes comme les autres. Vivisecter le social, ses rêves, ses nécessités, abstractions réelles et meurtrières, avant qu’elles nous achèvent au moyen de nos propres paluches. Mettre en question ce qui, opportunément muet, discret, neutre, ne nous en pose pas.

 

Si il y en a qui veulent sortir du toboggan régressif, il nous va falloir faire des trous dans le consensus qui constitue ses parois. Une des ces parois me semble d’ailleurs la revendication prétendument individuelle largement ronéotypée des réacques – les contempteurs du « troupeau » se ressemblent et s’assemblent essentiellement à droite, à hétérolande, chez les anti-indus, etc. et défendent un bon sens populaire qui fait précisément pudding bien massif, indigeste, moisi, tout autant que le guignol progressiste qu’il affirme combattre, et dont il partage les fondements. Leur rébellion, c’est le moi je masculin évidentiste, leur subversion, c’est la production valorisation dans « l’économie réelle » chère au fascisme. Abandonnons leur ces écharpes depuis longtemps déteintes, qu’au reste ils se disputent déjà avec les libéraux, qui sera le plus rebelle, qui qu’aura la plus grosse. Je ne suis ni rebelle ni subversive ; je suis communiste et révolutionnaire. Je n’hésite pas à dire que j’ai toujours pour ma part kiffé les brebis, leur intelligence collective, leur étrangeté aux compétences qui font triper les darwinistes comme les économistes, biceps, prédation et lutte éliminatrice ; et que je rêve d’un anti-monde de troupeaux, plus ou moins grands, qui succèderait enfin à la masse des petits propriétaires de soi-même comme du reste, forcés à l’identique par l’intérêt, la peur et les formes bourgeoises. Contre la masse ressentimenteuse et mesquine, contre la guerre de tous contre tous, troupelons !

 

Notre quatrième vague est retombée, reflue. Il va falloir jouer des pseudopodes pour ne pas la suivre. La cinquième ne sera peut-être pas une vague, mais un éparpillement, et une joyeuse remise en cause alors de tout ce au nom de quoi nous nous sommes mues jusques à présent, puisque nous en avons épuisé les variations, les aménagements, la disposition tétritique, sans trouver d’issue. Penser tout de même à peut-être en finir avec cette angoisse d’un consensus qui n’a à ce jour, bien au contraire même, réduit aucune des violences, des inégalités et des aversions internes au milieu ; ne plus chercher à être d’accord, à (se) rassembler – en plus il faut voir le résultat, là encore. Ne plus attendre ; ne plus s’attendre trop large, trop consensuel, trop longtemps ! Tant qu’à affiniser, avec toutes les inconvéniences dudit, autant que ce soit sur de la claire et nette, pas par défaut et peur. Il s’agit de ne plus s’obstiner à raboter les angles, à se mettre d’accord – ce à quoi au reste nous ne parvenons jamais, sinon sur le pire. D’accord on n’est pas, voilà, nous ne faisons pas les mêmes paris. L’obsession partagée d’un seul et grand mouvement de ci ou de ça est une des formes, précisément, qui limitent et enserrent ce monde – et un monde, c’est un pré carré, ou rond, ça se révèle finalement toujours un petit monde. Si on est révolutionnaires et antinaturelles, n’attendons pas que les intégrationnistes régressives viennent nous river les boulets ! Il n’y a pas de nécessité convergente d’un seul féminisme. D’autres l’ont déjà dit, au reste.

 

Sinon y faudra pas pleurer glissées à la convergence fatale (mais c’est vrai que nous sommes de grandes filles - pour ne pas dire des mecs comme les autres, comme il faut, mâchoires serrées et service service jusqu’à la mort). Qui s’aviserait de vouloir cesser de mequiser comme option fatale « libératrice » ? De supposer sans fard que la valeur comme la nature, c'est le masculin et qu'on s'en passera bien ? Qui pencherait conséquemment vers un antinaturalisme radical ne se résignant pas binairement à la naturalisation par contrecoup de ce social ? Qui aurait l’outrecuidance de faire le pari de tenter une sortie collective du sujet que nous (re)produisons, et non pas de faire mine de s’en sortir, les unes sur les autres, chacune son capital vie, en l’état ? Qui enverrait promener une nature humaine dont le concept a toujours couvert l’ensemble des dominations et de leurs catégories, personnalisées comme acéphales ?

 

Peut-être de celles qui se détermineraient plutôt pour une féminisation radicale, novatrice, antinaturelle, dialectique (par exemple et entre autres !) ?

 

N’empêche, quel goulot ! Je ne me souviens pas de ma vie que nous nous soyons ainsi autant retrouvées à l’étroit, politiquement et intellectuellement. Encore une fois, nous nous disputons ce dont par principe il n’y a jamais assez pour tout le monde, les abstractions réelles, lesquelles ne vivent que par la hiérarchisation convergente et valorisante, l’élimination répétée des unes puis des autres, ce qui particulièrement advient quand ces formes sociales montrent la corde. Les sauver, défendre les unes contre les autres dans le guignol oppositionnel, c’est nous tuer. Et cependant nous n’en sommes pas moins leur sujette – en sortir sans mourir est un sacré pari. Un pari n’a aucune issue garantie, mais autant le tenir, pasque sinon vous voyez le topo… Et puis si on pouvait, comme disait la mère Valérie, rigoler un peu, s’occuper de nous, écrevisses dialectiques en devenir qui ne tiennent pas à marcher droit, et pas de ce que nous devrions être ou pas être, incarner ou réaliser, tout ne serait pas perdu.

 

 

 


 

 

 

 

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 11:59

 

 

Bé wi tout de même, la masculinité, l’hétérosocialité, la sexualité, c’est trop classe, trop nécessaire, de grandes réussites sociales, pour ne pas dire humaines, une nature généreuse et radieuse, des réservoirs jamais épuisés de reconnaissance et de plaisir dont nous avons tant besoin pour nous regarder nous-mêmes et nous mettre sur le marché ; on va tout de même pas laisser tomber, remettre ces formes si géniales en cause pour à peu près cent pour cent de violence, de contrainte, d’obsession et de catas diverses. Ça ne peut être leurs conséquences propres, mènon, ce qui doit être, se faire, a toujours raison. C’est juste qu’on assure pas, pauvre taches mal dressées qu’on est face aux lumineuses injonctions de la vie.

 

 

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:20

 

 

 

 

Lui - me tient la porte de la boulangerie pour sortir, puis, alors que je m’engouffre dans mon tacot, pensivement

– Vous devez aimer le rouge…

 

 

Moi – badine et bonasse – Ah, ce n’est pas un secret ; et à plus d'un point de vue d’ailleurs.

 

 


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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 11:11

 

 

Je ne sais pas si d'aucunes d'entre nous/vous ont remarqué la prolifération d'iconographie transse qui représente tout bonnement, avec quelqu'insistance, un mec et une nana dans la plus parfaite cisnorme. Je songe à la page d'accueil d'un groupe régional que vous trouverez sans peine, ou encore à la splendide affiche de l'existrans de cette année.

 

"Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça", criions nous ironiquement il y a une dizaine d'années. Á présent ce n'est plus ironique, c'est revendiqué. On en est, non mais ! Bref le programme de cisselande, de nozamialliées qui seraient tellement soulagées que nous ne soyons plus visibles ni autonomes, que nous ne risquions pas de devenir un mouvement qui les remette en question, et accessoirement des professionnelLEs de santé (y compris l'obligation "primaire" de se sentir "nées comme ça"), est désormais spontanément rempli par nozigues. Allégresse ! Réconciliation avec les exigences de l’époque. Demain nous le ferons peut-être même inscrire dans la fameuse "loi trans" qui nous pend au nez, et organisera la sélection sur des bases saines et objectives.

 

Comme toujours, librement, nous aurons choisi l'alignement, la reconnaissance (enfin qu'è disent) et de ne pas faire de plis dans le lifting. On verra bien si ça nous profitera - et à qui, à combien d'entre nous, un nous d'ailleurs de plus en plus ectoplasmique, à mesure que nous découvrons que l'identité n'a pas grand'chose de politique, et tout d'un (dernier ?) geste de croissance de la plus-value agonisante ; d'où ce caractère indélébile commun à tout ce qui en procède : tant qu'il y en aura, il n'y en aura jamais assez pour tout le monde.

 

Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour être intégrées et invisibles ; bref être des cisses ? Enfin essayer, pasqu'après, bien sûr, c’est pour qui aura les moyens de s’y conformer – mais ça c’est le non dit de la chose, voire un sacré mensonge en ce qui nous concerne. Comme je l'ai écrit il y a quelques mois, pour les nanas transses ce sera comme pour les nanas cisses, en pire : la course à une norme toujours impossible. Et pour la plupart le nez pas au milieu de la figure, la visibilité désarmée forcée, en plein déni du côté des alliées et de la puissance publique - "tout va bien y a un f sur ta carte", en pleine haine de genre de l'autre, celui de la société meurtre qui l'emportera. Ca va être trop cool. Mais la société inclusive n'est pas masculine et misogyne, naaaann....

 

C'est par où la sortie des structures de cette société ? Pas, plus par nous, en tous cas.

 

 


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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:40

 

 

Transses, nous nous révélons trop grosses, gonflées de questions dont on craint, nous comprises, jusques à la formulation, pour passer au travers du tamis politico-moral du fameux "non-jugement" (qu'è disent).

 

Pour porter valeur, une condition dirimante est de ne pas même risquer de coûter (trop) cher.

 

Bref, encore une fois, invisibles ? Mon oeil. On n'en serait pas là. Incroyablement visibles, à tous les points de vue - c'est même pour cela que nous disparaissons éradiquées de f-tépégélande, et que nous rasons les murs ailleurs. 

 


 


 

 

 

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 18:40

 

 

Les têtes du jour. En Une de la Décroissance, Weil, Tolstoï et Orwell ! Loi naturelle, common decency, méritocratie et petite propriété. Yahou l’hymne à la régression plutôt qu’à une sortie émancipatrice (l’émancipation est toujours suspecte, les gentes ne restent pas à la place que dieu, la nature et le destin leur ont attribuée concurremment).

 

Et dans le Monde, admiration de Despentes et Preciado pour Federici. Dis donc, on a (enfin) découvert chez nous que peut-être, quelque part, notre monde merveilleux du droit, de la citoyenneté, de l'appropriation et de l’échange était si ça se trouve fondamentalement le monde de la plus-value. O ben zut alors (mais on va y remédier équitablement, z’allez voir, sans rien bouleverser de l’idéal économico-social – au contraire, on va le perfectionner, écrivait l’une de ces deux admirantes dans libé l’an dernier). Bref, économie, exploitation. Pas bien. Certes.

 

Sauf que cette analyse léniniste 1.1, aménagée en approche subjectiviste statut par statut qui ne remet par ailleurs rien en cause de l’objectivité implicite de l’ordre de ces choses qui valent nécessairement, correspond plutôt à l’état de développement avide du capitalisme d’il y a 80 ou 60 ans. Avant qu’il vienne buter sur ses limites internes (à ce sujet, on pourra lire les ouvrages de Mylène Gaulard, sur les illusions déjà fanées de la post-croissance émergente ; où le récent La grande dévalorisation de Tenkle et Lohoff).

 

L’âge de l’exploitation, où l’économie avait besoin de tout plein de monde, c’est fini. Et le pire, ce pire qui nourrit la panique sociale qui a commencé, c'est qu'on va être mises dans situace de carrément regretter le cauchemar de l'exploitation, à désirer une tite place dans sa continuation locale à richelande, là où l'accumulation passée fait que nous sommes encore un peu solvables ; pasqu'on passe à la phase anéantissement pur et simple. Maintenant, les gentes, à commencer par les pauvres, encombrent ce qui reste de plus value à essayer de réaliser. La technique actuelle coûte moins cher, produit surtout plus de valeur que les plus mal payés, et par ailleurs des qui consomment pas assez c’est pas rentable, ça coûte même. Nous sommes désormais dans le grand hall de l’âge de l’extermination. Ça massacre de partout, les femmes en priorité, mais nous sommes encore à prendre au sérieux, pour ce qu’ils se présentent et se croient, les prétextes de ces massacres. Sans vouloir envisager que la raison, la raison sanglante que les critiques de la valeur signalaient déjà il y a vingt ans, quand nous nous esbaudissions de l’entrée dans un âge de guerre et de tueries d’un nouveau genre, avec de nouvelles cibles, les pas-rentables, que cette raison de la valeur, traduction impitoyable de tout ce qui veut exister dans un pareil monde, se tient désormais avec le couperet, nous anime au meurtre, comme elle nous a animés au travail, à la reproduction, à la conso et à la jouissance. De moins en moins de choses et de gentes seront valorisables, et ce qui n’est pas valorisable fait chuter encore plus vite, par sa seule présence, le taux de profit – donc couic !

 

Bref, l'idée qu'il faut du monde pour cette machine, c'est désormais devenu faux, et c'est encore plus épouvantable que quand il en fallait, ce qui n'est pas peu dire. Parce que ça veut dire la mort. Il n'y a pas et ne doit pas y avoir d'ailleurs à l'économie. Il n'est d'ailleurs pas question d'opposer une de ces logiques à l'autre ; le devenir de la transformation en valeur est inexorable, et l'exploitation conduit à la tuerie. Un certain Sade nous avait déja résumé tout ça. Le tout est de savoir où nous en sommes du processus.

 

Nous aimons cependant tellement croire que la politique est autonome, décision, volonté, immédiate (idéologie de droite popularisée par l'économie politique bourgeoise, relayée par les soutiens théoriques des fascismes et autres nationalismes, mais ça, broutilles et oubli…). Et que l’économie d’échange est quelque part « naturelle », n’est pas en son principe une folie immaîtrisable que nous ne pouvons que briser et fuir, ainsi que le sujet qu'elle produit et qui est presque entièrement nous, si nous voulons non plus même prospérer, subsister, mais seulement survivre !

 

 


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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 13:52

 

 

La fausse échappatoire stratégique des homelands, des destinées, des terres promises de tout acabit, qu’elles soient genrées, identistes, nationales, populaires... n’a fait à ce jour que creuser et surtout reproduire, multiplier à l’identique les impasses où nous nous entassons. Je crois que là-dessus nous devrions être suffisamment documentées. Et cependant, il n’en reste pas moins que nous subissons, et allons subir de plus en plus, stigmatisation, hiérarchisation, violence et peut-être pire. Par exemple, nous, les transses, n’avons plus rien à faire avec cisselande – qui est à peu près partout. Il faut effectivement nous regrouper, en fonction des haines sociales subies, mais nous devons pour cela trouver d’autres formes d’organisations, qui ne s’enlisent pas dans de mensongères convergences, qu’elles concernent les gentes ou les buts ; mais sans faire fond non plus sur des singularités subjectives tout aussi illusoires. Sans croire que ce à quoi nous sommes réduites va nous donner réponse. Ce que nous subissons, nous faisons subir, relève de la distribution de la valeur commune. C’est à elle qu’il faut échapper, et pas tendre les gamelles ! Ne pas reproduire ce qui nous tue n’est pas un donné, encore moins une conséquence mécanique de ce que nous « serions ». C’est un élément d’un autre état de fait à créer, sans s’attendre, isolées et opposées, divergentes, en guerre sociale – sans nous laisser prendre au hameçon de la valeur prétendue propre de cet isolement, condition subie, que nous ne pouvons négliger, mais pas condition active dont il y aurait quoi que ce soit à espérer. Ouf !

 

 

 


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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:41

 

 

et fais pas iech’, et coûte rien, et reste à ta place, et...

 

 

« Mais en général, les principes et traits de caractère dominants des grands et des heureux sont l’expression du plus extrême égoïsme ; car lors de l’entrée du roi et de la bousculade du peuple, comme je me lamentais du sort des gens qui étaient passés sous des voitures, ou avaient été heurtés, frappés à coups de crosse par les soldats, des personnes de haute condition me dirent « Il faut que vous dépassiez ce sentiment. Qui pourrait sinon jouir de sa vie ? Que chacun prenne soin de lui-même et veille à son propre chemin. »

 

 

Sophie von La Roche, Journal d’un voyage à travers la france, 1785

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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