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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 08:14


Ce que d’aucunes se plaisent à qualifier de hasard ou de chance n’est qu’un aspect des rapports de et dans le pouvoir social.

 

 

 


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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 08:24

 

 

 

Quand on s’est attelée à causer des constantes sociales du milieu comme de straightlande, on est facilement amenée à se répéter souvent. On se console en se disant que c’est le cas général, des qui défendent comme des qui critiquent.

 

En ce qui nous concerne, les transses, un des marronniers qu’on nous a planté sur la gueule, quand ce n’est pas sur notre tombe, et que nous nous sommes trop souvent prises à nourrir nous même de notre chair, de notre vie, c’est notre prétendue « invisibilité ». Comme j’ai déjà quelques fois écrit – si seulement !

 

Il y a encore peu de jours, une camarade cisse, suivant la pérenne sinon louable habitude de vouloir faire amie-amie avec « les trans » (voir plus loin ce qu’implique cet indéterminé abusif), absolument pleine à ras bord de bonne volonté, cette bonne volonté que nous payons au reste toujours de notre poche à la fin – pasque tout de même, hein, bon - , écrivait un énième plaid pour dire combien les radfem’ et républicaines sont méchantes, phobes (ce qui n’est guère contestable) – et par conséquent les inclusivistes et autres intersectionnelles qui se pensent leur opposées bonnes et gentilles - avec nouzautes. Ce qui est une toute autre affaire et pour tout dire un mensonge.

 

Déjà, il faut bien le dire, la bonitude et la gentillesse d’un milieu f-tépégé de plus en plus occupé, de concert avec ses concurrentes ci-dessus évoquées, à la récup’ réappropriatrice des formes sociales masculines en vue de l’intégration aux structures économico-politiques en vigueur, je fais partie de celles qui, pas convaincues, sans valeur, en ont bouffé jusques à la limite de la fosse commune. Encore une répétition, ce n’est sans doute que par un malheureux hasard que presque toutes les nanas transses en sont éjectées, ne peuvent y survivre ; à part quelques qui sont là comme spécimens déculpabilisantes, et ont généralement du se conformer au retour androgyne, surtout andro, bref f ça pue, qui est actuellement de bienséance par chez nous.

 

Et puis surtout, dans le pack bienveillance, il y avait là comme d’habitude cette espèce de politesse que c’est mal de nous outer. Et là évidemment je rigole. La plupart d’entre nous, jeunes et vieilles, sommes out 24/24, on nous voit, repère et entend à cent mètres ! Mais il ne faut pas le dire, pas même le penser. C’est que déjà ça fout la zone dans l’idéologie intégrationniste associative selon laquelle quand on aura nos papiers avec un gros f dessus personne n’osera plus ni moufter, ni même nous voir. Que bien des groupes sociaux haïs consensuellement, dans l’histoire, aient été massacrés alors même que l’égalité civile formelle leur avait été accordée, et continuent de concentrer la haine fétichiste explicative de « pourquoi notre monde merveilleux fait des malheureux », ça aussi, mieux vaut y oublier n’est-ce pas ? En ce qui nous concerne on, ce cher on, aura toujours le temps de se réveiller un instant, juste le temps de se dire qu’il est de toute façon trop tard et de se rendormir, quand ce sera la chasse à courre aux travelos que nous sommes, en termes crus de rapports sociaux, (et à bien d’autres) dans les rues. Je ne sais pas pourquoi je parle encore au futur parce que ça a déjà (re)commencé - ça n’avait jamais totalement cessé, mais là, la société majoritaire qui voit ses avantages diminuer a besoin de se faire meurtre, pour se refaire une santé, ou charmer son agonie.

 

Politesse dis-je. Je ne suis pas du tout contre la politesse, la mise en forme des contacts sociaux entre personnes et entre groupes. Je ne suis pas du tout contre le formalisme, bien au contraire. Mais si ce formalisme essaie de travestir un mensonge et, pour tout dire, une haine sociale, là non, merci bien. Je suis assez effarée de ce déni qui non seulement nous touche, mais que par souci de ne pas envenimer les choses la plupart d’entre nous ont fait leur. La croyance que nous ne sommes pas visibles. La croyance que nous ne sommes pas vues, socialement, comme des caricatures sur pattes, que nous n’incarnons pas sur nos gueules et les contradictions de la forme sociale sexe, et la non-naturalité d’une féminité qui concentre, par toute la planète et l’histoire, le dégoût, le mépris, la dé-valorisation et encore une fois la haine.

 

Chez les cisses, chez les mecs trans, comme finalement partout à straightlande (dont, n’oublions, pas, nous sommes nombreuses à vouloir faire partie en réalité), on aimerait bien, on éprouverait un net soulagement à ce que les transses n’aient pas des gueules de transses, tout simplement parce que par « gueule », on n’entend pas seulement nos vilaines têtes anguleuses, nos tailles trop élevées, etc – on entend toute la problématique sociale et sexuée qui piétine derrière, et que beaucoup d’entre nous, et cisses, et trans, et transses, aurions bien eu envie d’oublier, de ramener à de simples questions d’identité perso dans un système d’échange social « neutre ». Mais voilà, en réalité, notre apparition puis notre multiplication relancent par le fond ces vieilles questions douloureuses pour l’ordre des choses et des gentes ; on peut même dire qu’elles les ont enrichies de nouvelles anicroches.

 

La volonté de ne pas voir ce qui se passe, qui est comme le nez au milieu de la figure, ou encore plus précisément comme un nez qui en plus ne serait justement pas au milieu de sa figure, a beau être un vieux trope majoritaire comme minoritaire, ça déconcerte. Et ça énerve, quand ça vient de personnes qui ne sont pas à proprement parler concernées – on ne peut alors que soupçonner de leur part une élusion, un refus de responsabilité sociale. Ça arrangerait tout le monde, et nous-mêmes en premier je dois bien le dire, si à l’instar de nos homologues m nous étions à peu près invisibles, normées, passantes. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le cas socialement, ce n’est pas le cas physiquement – le physique étant pour moi issu du social, et dans sa compréhension et pour une bonne part dans sa genèse même. C’est surtout irréductible. Nous pouvons bien nous faire raboter, retoucher de tous les côtés, même comme ça, même si on pouvait nous couper des tranches, comme aux thons, nous resterions très majoritairement visibles. Et quand je dis visibles c’est porteuses, incarnations d’un stigmate qui inspire la haine et le mépris, c’est pas juste reconnaissables, comme ça. Nous sommes la négative, la négation sur pattes de ce qui est consensuellement trouvé bien, apprécié, valorisé par tout le monde social, nos zamies cisses et m-t’s y compris. Du coup il faut ne pas nous voir, il faut ne pas voir ce que nous portons, puisqu’il n’y a pas le douteux « courage » de nous rejeter explicitement – celui qu’assument, à peu de frais vu ce qu’on vaut, les radfem’, une notable part des cisféministes, et avec elles la totalité du monde straight.

 

En réalité, tout le beau monde des vraies est bien d’accord à notre sujet : ne pas vouloir nous voir, ne pas vouloir voir les significations et contradictions que nous portons en terme de genre, de sexe social, de valeur – puisque l’autoperception de toutes ces vraies est basée elle-même sur le déni et l’aveuglement à ces sujets, dont la manifestation remettrait leur propre sujet social en cause. Pour les unes il faut nous exterminer direct, pour les autres nous caviarder poliment avec bienveillance, mais les tenants et les aboutissants sont les mêmes – juste cela se traduit par une concurrence sur le marché politique, dont nous sommes alors un des prétextes.

 

Pour cisselande et ses annexes, somme toute, une bonne « personne trans » - fourre tout qui, contrairement à la doctrine en vigueur, nie la hiérarchie sexualisante, juste pour nous ça tombe bien – est une personne indétectable, ou tout au moins acceptable selon des normes ciscentrées mais aussi très masculines. Sinon c’est un tas de caca qui « nous » discrédite. J’en ai déjà causé il y a quelques mois, au sujet du « real life test » qui sous tend peut-être les projections légalisatrices de certaines, y compris d’entre nous (et qui se font, je m’excuse d’être aussi grossière, de sacrées illusions sur leur propre devenir, quand on ira regarder dans tous les trous de nez qui qu’est bio, qui qu’est fausse). En tous cas, ça délimite de facto quelles « personnes trans » seront admises à l’existence. Presque que des m-t’s. Et une minorité de f-t’s qui vivra conséquemment toujours dans la peur de l’inévitable resserrement des critères – ce qu’on pourrait appeler le système de la sélection régulière, tel qu’il fut appliqué en certains endroits.

Ce désir angoissé de la normalité, de l’invisibilité alignée sur la forme sociale après laquelle nous courons, est évidemment un de nos puissants motifs pour nous soumettre à tout et à son contraire, comme ce l’est de toutes les minorités qui voudraient rejoindre la béatitude des assises, des bien nées – mais voilà, ça ne marche pas. Il faut bien se rendre que nous, les transses, n’avons pas signé pour ça !

 

Nous ne devons tellement pas exister qu’on nous dénie jusques à ce qui fait le principal de notre expérience, « mais non tu paranoïe », ce qui a pour effet, détruisant notre propre rapport aux valeurs sociales dominantes et aux stigmatisations qui s’ensuivent, d’anéantir la réalité, et de nous rendre facilement cinglées. Mais cet effet, nous rayer de la carte, est le but, pas très conscient mais tout de même un peu, des cisses et finalement aussi des m-t’s, désormais – en tant que groupe social en tentative d’intégration à l’ordre genré et civil. Nous dépassons, et par comme nous apparaissons et par ce que nous risquons de signifier – bref, pour que tout continue, il est indispensable de se débarrasser de nozigues. Sans le dire, sans même le chuchoter (on laisse ça aux ouvertement transsephobes, finalement bien pratiques et irremplaçables).

 

Alors évidemment, quand les inclusivistes, la larme à l’œil, s’apitoient sur notre sort que pourtant elles tricotent avec la même constance que les autres ; qu’elles se servent de nous pour régler leurs comptes avec leurs homologues cisses radfem’ ; qu’elles font mine de croire – et de nous imposer de croire – à un continuum trans qui n’existe pas plus socialement et politiquement qu’un supposé continuum humain en patriarcapitalisme ; enfin qu’elles se soucient en faisant des mines comiques de faire semblant que non, on n’est pas visibles, on n’a rien vu rien entendu, et qu’il faut surtout pas nous outer, donc ne plus faire semblant – je dois avouer, je ne sais plus que dire, sinon shut up ! Fermez la un peu au sujet de ce qu’on est ou pas pour vous, de ce que vous avez ou pas le courage politique de voir, parce que nous, on en est à ne plus nous entendre nous-mêmes.

 

Pour le moment, que les choses soient claires : nos alliées concurrencent bien nos ennemies, en mauvaise foi comme en violence sociale, et nous nuisent tout autant. Nous avons besoin des unes, des autres, de leurs volontés bonnes et mauvaises, comme d’un trou dans la tête. D’ailleurs il faudrait apprendre à ne plus avoir besoin tout court, pour briser le cadre étroit qui nous maintient en cette situation. Situation qui n’est pas fatale à jamais – je ne souscris pas à l’essentialisme statutaire qui limite la question sociale à la situation par rapport à des buts sociaux incritiqués. C’est sans doute en nous attaquant à ces buts, anthropologisés ou naturalisés, évidentisés, que nous pourrons envisager de cesser de jouer nos rôles respectifs, et de nous foutre par cela même les unes des autres – et les unes les autres sur la patate. Mais il faut, dans l’état des choses où nous sommes, arrêter de faire comme si, et mettre au net ce qui se passe.

 

Il faut bien voir que la culture politique de la dénonciation, du ressentiment, de l’exotisation, de l’aménagement, non seulement n’est pas de la critique sociale mais carrément l’empêche, la paralyse. De même que toutes les idéologies antithéoriques des « retours aux fondamentaux », du « réel qui ne ment pas », des « traditions qui libèrent », de « l’oppression de la majorité par les (sournoises) minorités », des essentialismes fatalistes, vers lesquels convergent, en nos braves temps de naufrage, depuis les réaques assumées jusques aux intégrationnistes les plus diverses, sont dans leur principe, je le crois en tous cas, masculinistes, nationalistes et propriétaires.

 

Il faut bien voir aussi que parmi les désastreuses conséquences de l’application effrénée de ces idéologies pansements, se trouve l’exacerbation des dominations, des oppressions, des stigmatisations, des haines et des mépris. Et que par quel bout que l’on prenne l’affaire, on ne peut pas se taire à ces sujets. Ça n’implique donc pas de se contenter de se passer de la pommade, de se déresponsabiliser, de faire comme si pas – rien de tout cela n’est au-delà de nous, bien au contraire. Il ne s’agit donc pas de ne pas se prendre à partie ; il s’agit de tenter de déterminer ce qui est réellement en jeu à travers nos rapports et nos échappatoires.

 

Si nous continuons, les dominantes comme les dominées, à croire benoîtement que ce que nous sommes correspond à ce que nous voulons ou croyons être, ce d’un point de vue social, à refuser d'envisager que ce puisse être ce dont nous revendiquons la perfection qui soit à l'origine du cauchemar, eh bien les choses, nos doubles sociales sur le cou desquelles nous laissons par là même la bride, continuerons leur sarabande autonome jusques à leurs conséquences ultimes, quelles que soient nos plaintes ou nos protestations. Nous leur passerons dessous.

 

Un matérialisme qui ne critique pas les formes sociales, les prend au contraire pour bonnes, nécessaires et référentes, qui ne pense que leur comptabilité et leur distribution, est un essentialisme qui a peur de son ombre, et une matrice de reproduction permanente du même. Nous en sommes là actuellement. Et de vouloir nous y blottir ne nous sauvera ni les unes ni les autres (dans l’ordre encore une fois bien sûr). Une remise en cause de ce à quoi nous nous accrochons comme objectif est indispensable à nous sortir de là – si encore une fois nous le voulons vraiment.

 

De même que la sexualité c'est l'hétérosexualité, quand tu es invisible, tu es cis'.

 


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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 09:36

 

 

 

L’an dernier, dans « Applaudissons-nous, hétérolande a gagné », je m’avançais à prédir que l’hameçon de l’intégration participative, forcément réservée à d’aucunes vis-à-vis d’autres, aux joies et bénéfices supposés d’hétérolande, ainsi que de ce qui va avec : propriété familiale, filiation, héritage, défense de ces belles choses et j’en passe et des plus vieilles de la société capitaliste et bourgeoises, tracerait entre, au milieu de nous, les transpédégouines et compagnie, une nouvelle ligne de barricades, derrière lesquelles les unes défendraient, avec toutes les forces de l’ordre, la stabilité économique et sociale contre les loquedues, pas rentables et autres révolotes.

 

Il y a peu, dans une de ces batailles de polochons, pardon, de commentaires comme nos sites d’infos communautaires en hébergent pour notre plus grand divertissement et esbaudissement, notre édification quoi, je défendais assez mordica l’action menée par des qui furent mes camarades sur une secrétaire d’état particulièrement retorse. Que je ne fusse plus sur leur ligne politique d’intégration nataliste, économiste et civique ne m’empêchait en rien de prendre leur parti, d’autant que c’était un peu la furie contre elles de la part de ce que j’en viens à appeler straightlande lgtb’. Pensez donc, ayant balancé quelques ingrédients sur la membre du gouvernement, elles avaient été d’une violence épouvantable. C’était l’avant dernier échelon avant le meurtre politique, à en lire pas mal. Á coté de cela, les assassinats et la chasse à nozigues ne pouvaient en rien tenir comparaison (d’ailleurs, il y avait même une ligne négationniste qui affirmait sans ambages que nous vivons pour le mieux et que nous nous victimisons).

 

Au cours de cette discussion, une personne décocha une phrase où elle signifiait que « si vouloir militer sans violence et dans le respect de toutes les personnes c’était être réactionnaire, eh bien elle l’était ». Sec. Je ne la notai pas immédiatement, puis brusquement sa matrice historique me revint en mémoire, et me fit dresser les cheveux sur la tête. Il me rappela ce à quoi les citoyennes sont tout à fait capables d’adhérer, de participer, pour que rien ne change, pour que rien ne soit remis en question – au risque même de leurs propres intérêts, puisque tout est en démocratie capitaliste question d’intérêt, de bénéfice ou de perte. Jusques à notre propre peau, qui selon l’expression largement usitée nous appartient, comme n’importe quel autre bien ou marchandise – tout est réduit au rapport de propriété. Il va de soi que nous préférons, en bonne charité bien ordonnée, que ce soit la peau de l’autre, de celle qui vaut moins, de la transse, de la pute à pas cher, de l’étrangère… Mais enfin des fois il faut paraît-il se sacrifier, avec plus ou moins d’enthousiasme, pour que l’ordre règne et que nulle n’empiète sur l’héritage d’autrui.

 

Le premier modèle en question, en tous cas dans l’histoire et la logique politique contemporaines, c’est le tristement célèbre dernier discours de Calvo Sotelo père à la tribune des Cortes de Madrid, le 13 juillet 1936, lors duquel il dit sans ambages ni complexes que « si vouloir que s’arrêtent les atteintes à la propriété et à la paix publique, si vouloir un état fort pour tous, c’est être fasciste, alors je déclare que je suis fasciste ». Hop. Quelques jours plus tard c’était le soulèvement militaire. Et la tonalité des discours suivants, de ce côté là de la barricade qui devint vite un front avec des tranchées, c’était « Viva la muerte ». Calvo Sotelo avait été, il est vrai, assassiné. Il n’avait pas été le seul et ça crépitait ferme de feux de pelotons, ça creusait sec des charniers, particulièrement là où ses petits copains arrivaient, et libéraient l’Espagne de la violence des rouges. Beaucoup de gentes fuyaient pour ne pas être libérées, surtout parmi les plus pauvres, mais c’est là comme disent d’aucuns un détail.

 

Je veux dire, comme ce que j’exprimais dans cet échange de commentaires, que d’une part ça y est, si ça avait besoin d’être démontré, la partie haute de lgtblande affirme sans complexes excessifs qu’elle est tout à fait disposée à se ranger aux côtés d’hétérolande, de la république, des réaques, contre la partie basse, les emmerdeuses, les gouines, les transses, les putes, les pas bien céfran, les parasites, les misère du monde…. Et que d’autre part, elle ne rechigne donc plus du tout à s’approprier la thèse de la « tyrannie des minorités », qui pourtant est aussi en train et plus qu’en train d’être réchauffée, de la droite dure à la « gauche » nationaliste et naturaliste (méluche, anti-indus…), à son usage. Précisément que les cisses lesbiennes et gays bien clean seront selon toute vraisemblance pas loin après la première fournée sur le tapis roulant. Mais leur confiance est égale à celle de cet ingénieur avec qui Imre Kertesz fit le voyage de Budapest à Auschwitz, et qui répétait avec assurance, et sans doute pas mal de mépris envers ses co-raflés, que « lui, ne risquait rien ; « on », ce fameux « on » envers lesquels tous les gentes qui se croient justifiés d’exister, certifiés par la domination, manifestent une confiance pourtant facilement déçue ; « on » donc avait « besoin de lui », pour l’industrie de guerre.

 

Arrivés sur la terrible rampe de débarquement, où avait lieu la sélection, l’ingénieur indispensable se vit poussé du côté de ceux qui, personne n’en pouvait douter, allaient partir vers les chambres à gaz. Kertesz décrit sa dernière vision de son visage, complètement ahuri, décontenancé, indigné. La logique d’élimination n’était pas celle dont il pensait qu’elle le favoriserait. Ben zut alors ! De même, nos camarades cisses propres sur elleux, je pense, se font de braves illusions sur celle qui sous tend la révolution réactionnaire en marche et ce qu’elles, ils peuvent en attendre.

 

C’est exactement ce visage qu’elles, ils, arboreront, les cis-lg (et sans doute diverses transses intégrationnistes) partisanes de la paix sociale et de la tranquillité républicaine (pour les secrétaires d’état en tous cas ; les transses et les putes assassinées dans les coins sombres où elles sont poussées, entre autres, par la politique des premières, relèvent indiscutablement d’une autre juridiction), quand le meurtre social autogéré les frappera de plein fouet, et alors qu’il, elles seront bien certaines de s’être acquises la reconnaissance de la majorité hétérote en collaborant à notre disparition.

 

Ce n’est pas celui qu’elles, ils arboreront en cas de barricades. Là ce sera celui de la haine majoritaire pure, évidemment conscientisée comme défense de l’ordre profitable à « tous » (un tous très sélectif) – mais là encore, en attendant l’acte deux, déjà évoqué. L’histoire apprend que jouer les supplétifs est rarement profitable. Et, dans cette occasion comme dans celles qui viennent, ç’auront été les supplétifs de la haine populiste et réactionnaire, tout autant que de l’ordre républicain de protection de la propriété et de la richesse accumulée.

 

Le pire (je ne pense pas que ce serait mieux s’il s’agissait de méchanceté voulue pour telle) c’est que toute cette involution régressive, impitoyable, féroce, relève principalement d’une inépuisable bonne volonté, indexée sur la croyance dans la naturalité mais aussi la fatalité des formes de la société individualiste, marchande et représentative, qui du coup ne permet pas de résister à la montée de ses conditions inévitables de haine et d’exclusion – mais toujours alors pour de bonnes raisons. Et l’histoire montre à quel point nous sommes bon public pour les raisons qui se présentent alors à la file. Comme j’ai dit plus haut il y a bien sûr la défense d’intérêts sociaux, réels ou des fois même fictifs, crus ; mais là aussi cela relève plus de l’adhésion à « c’est et ce doit être comme ça » qu’à une conscience de classe nette et froide, qu’il serait des fois un peu angoissant d’assumer. Au début tout au moins. Parce qu’avec la montée de la confrontation et de la brutalité sociales, on se chauffe, et on se décomplexe. C’est moi ou toi – a ben alors ce sera toi…

 

Enfin, ce qui m’apparaît dans tous ça, c’est notre capacité de reproduction, notamment des formes sociales et politiques. Et notre capacité d’oubli de ce qu’elles donnent. Enfin la capacité de déni de ce qui se passe en ce moment même. Et au final, là aussi je me répète, la culture des identités n’implique pas des positions politiques on va dire, pas réaques. Il n’y a pas d’unité politique lgtbienne ni tépégélandienne. Confiance zéro, dans la droite ligne d’une société d’individuation attributive, de droits, de propriété, de guerre de toutes contre toutes comme présupposition anthropologique.

 

Je crains que nous ne nous trouvions beaucoup plus loin que nous ne le pensons sur la voie et le clivage qui nous mènent à des choses pas belles du tout. Que l’eau est beaucoup plus chaude que ne le pense le homard. Et qu’elle va chauffer encore plus très vite. Et que nos zamies républicaines, entre autres, sont beaucoup plus proches de consentir, sinon même de participer, à une barbarie de « retours aux fondamentaux » et de « défense de l’ordre public » - concurremment avec des qui ne sont, ou ne se croient, pas républicaines du tout. La terreur blanche est devenue, depuis assez longtemps, bleu blanc rouge. Elle pourra prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel au besoin.

 

Je ne crois pas à l’éducationnisme, ni à une nécessaire fraternité des intérêts qui devraient nous rassembler, surtout dans un monde où ces intérêts sont totalitaires : échange, valeur, appropriation. Où ce sont eux, c'est-à-dire nos possessions, les choses, nous-mêmes comme agglomérats de propriétés, qui nous délimitent, justifient ou non notre existence ; ainsi que toutes les violences juridiques et sociales, jamais perçues comme telles. Je ne sais pas en détail comment tout cela va tourner mais je dis que ça tourne déjà mal, et que l’essentiel de mes contemporaines, y compris donc lgtb’lande, me font peur. Et pour moi, et pour elles mêmes (mais ça, je crois, ce sera leur affaire et je ne serai même plus là, grâce à leur diligence citoyenne, pour avoir ni émettre un avis).

 


 

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 08:16

 

 

 

En songeant à de péremptoires affirmations, sur la toile, ces derniers jours :

 

Être une caricature suppose que l’on cherche à ressembler, à coller, quoi, à des modèles lisses qui glissent. Zoup ! Paf ! Pas de meilleur moyen d’en être une, surtout avec nos gueules de travers !

 

Nous ne voulons pas être des monstres, nous ne voulons pas figurer en négatif ? Fort bien, nous sommes d'affirmatives et pathétiques caricatures de caricatures, encore une fois.

 

Á l’application, collègues !

 

 


 

 


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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 08:50

 

 

Il n’y a presque plus d’opposition, constatait il y a déjà quinze ans une personne que je tiens encore pour camarade. Presque ; je ne sais pas ce qui était entendu par ce presque. Pour ma part je tends à croire que c’est nous-mêmes qui sommes presque aplaties. Et aussi que nous ne sommes pas très au net sur ce qui structure cette société. Je suis notamment profondément agacée par le glou glou obsédant des pensées basées sur l’idée de dé- quelque chose, de décadence, de perte d’un supposé vrai réel fortement naturalitaire, qui se sont réintroduites dans les milieux révolutionnaires quelques années après que les nouveaux philosophes, de Foucault à Finkelkraut, nous aient conseillé paternellement de nous accommoder d’un pouvoir dont, disent-ils, nous ne saurions nous défaire sans risquer pire. Ce pire qui a et aura servi à toutes les maintenances de régimes et à toutes les contre-révolutions ; ça pourrait être pire ; à cet énoncé nous rentrons les cornes en cadence. Ah on est belles, coincées entre ces murs liquides qui montent de côté et d’autre, traditionalisme réac et moindre mal républicain, qui fusionnent par en bas dans une sorte de résistancialisme nostalgique et régressif, lequel croit s'ooposer aux conséquences en s'appuyant sur leurs causes. Utopie, critique par contre, plus touche – anathème ! Je suis donc profondément agacée, mais cette parole me tarabuste depuis des années. Opposition recouvre ici, je pense, à la fois une disposition et un contenu. Et, je dois dire, les deux me paraissent en bien mauvais état.

 

C’est le sentiment que j’ai eu en allant il y a quelques temps à une de ces occasions consensuelles et tardives, toujours trop courtes s’il s’agissait vraiment de discuter et de s’interroger, dont le thème était l’abolition de la prison. J’avais été quand même un peu attirée par cet intitulé devenu inhabituel, qui me rappelle beaucoup de choses et de gentes, et qu’on ne voit plus libellé aussi franchement si souvent. Sortie à la capitale régionale. Vroum.

 

Bon, je ne m’attendais pas à des étincelles (mais tout de même, allez, si, toujours – toujours cette idée que rien n’est écrit à l’avance – sans quoi on en revient aux aigreurs réaques évoquées plus haut). Les anars – dont j’ai la difficulté d’être tout de même – continuent sur leur vol plané de moralisme acritique et catéchétique – ce qui donne presque un relief, par contraste, aux léninistes de permanence, pourtant très 1.1, lutte des classes et (inter) nationalisme(s), point barre.

 

Je n’ai été que très peu étonnée que le propos abolitionniste se soit, depuis trente ans, réduit à une lutte de plus. Et qui s’avoue désormais bien coincée, comme tout ce qui prend la forme de lutte. Contre des aspects plus que contre un cadre. Nous avons suivi la courbe de l’affaiblissement et de la résignation. Le rapport de force qui était déjà très défavorable l’est devenu encore plus, et c’est un euphémisme. Depuis l’autre qui faisait finement remarquer que les barricades ne valaient plus rien contre l’aviation, nous n’avons pas cessé de décatir. Quand ce n’est pas d’aller chercher les plus sinistres armées pour sauver le moindre mal évoqué plus haut – et sans lequel, encore, ce serait pire c’est sûr, juré craché.

Je n’ai donc pas non plus été étonnée que l’on ne caresse plus, même de très loin, la moindre réflexion critique sur les notions de droit et de justice – je dis bien les notions. Trop facile de s’en prendre à leurs institutions éponymes, en arguant qu’elles les défigurent, pour rehausser l’indiscutabilité de ces formes sociales ; comme d’autres proposent une économie équitable. Mais non, nous n’en sommes plus là. Déjà il a toujours été limite d’examiner cette idée de justice, ce commerce des statuts et des atteintes, dont je voudrais reparler quelque jour. Là on en était tout de même à évoquer la justice populaire, ou à encenser des militaires nationalistes clandos dont le vœu le plus cher est un état de plus, avec des frontières, des fliques et des prisons (sans cela rien ne serait possible, notamment le maintien de l’appropriation, et surtout on aurait l’air de quoi !).

 

Mais comme je vous dis je ne m’attendais guère à ce que ça vienne sur le tapis. Je sais à quel point la résignation nous fait nous réfugier de plus en plus à l’ombre des structures incontournables, qu’il n’est plus question que de bien réaliser. Sans quoi une redoutable nemesis nous punirait. Non, ce qui m’a surtout épouvantée, c’était l’état dans lequel nous étions, notre aspect. Je veux dire, je peux être énervée à l’audition des sempiternels mecs qui tiennent le crachoir vingt minutes d’affilée pour exactement ne rien dire, se lamenter, se gargariser de vide moralisant et témoigner, comme on dit (en général d’ailleurs de rien du tout de notable, juste qu’ils sont là quoi, et qu’un jour un flic les a regardés méchamment). Mais là l’affolement l’emportait encore sur l’énervement. L’essentiel d’entre nous étions de toute évidence cassés, laminés, éclatés. Il y avait un petit air de je parle finalement tout seul. Je n’irai pas dire du mal de parler seule – je pense moi-même tout haut depuis que je sais parler ! Mais là, la jonction du contenant et du contenu faisait peur. Á peu près tout le monde avait l’air coincé dans une cage invisible, de tourner en boucle, et sur une boucle fort courte. Et je me suis dite, bon, admettons que nous soyons là quelque chose de vaguement représentatif de ce qui se pose actuellement en opposition, eh bien on est mal.. Pas seulement mal parce que nous avons renoncé à la critique et que ce dont nous nous réclamons est au fond la base même du pouvoir (distribution, justice, organisation et relationnite). Ça on peut toujours en sortir, et même très vite, au moindre doute qui affleure. Nan, là c’était comment nous étions, une bonne partie des présents.

 

Il y avait là aussi des nanas qui maintenaient un certain niveau, qui se laissaient pas aller, visiblement – les capitaines qui coulent avec le navire, droit dans leurs bottes, ce sont à peu près toujours des nanas - mais un niveau soit muet, dans la salle, soit très structuré, très sympathique, des d’une assoce anticarcérale – résolument cantonnées dans le pragmatique. Ce qu’on ne saurait leur reprocher vu ce qu’elles se sont proposées. Mais qui n’est plus accompagné de rien qui lui fasse pendant dans la perspective, ce pragmatisme qui partout nous fait nous enfermer nous-mêmes dans la logique imposée par la force, et jeter la clé par le hublot dans un mélange d’héroïsme qui la ferme et d’adhésion aux thèses anti-intellectuelles et acritiques, d’un réel qui ne ment tellement pas que nous avons définitivement conclu à ne pas en changer.

 

Mais à part ces jeunes qui maintenaient un certain niveau d’exigence, de précision, eh bien nous n’étions pas bien classe à voir. Non seulement nous sommes de toute évidence paumés, déglingues, abattus, ressentimenteux – au choix – mais ça se voit. Pas qu’un peu. Ça éclate en notre présence. Nous ne faisons rien pour le cacher. Je dirais même nous le portons en saint-sacrement, ayant avalé sans doute l’hostie là encore postmoderne que le décatissement est le début de la fin du capitalisme et du pouvoir. Notre œil, pourtant, de toute évidence ! Les décennies passées doivent nous avoir informées que c’est n’imp’. Si c’en est même la fin, cette fin là passera et passe déjà par nous-mêmes, et il n’y aura plus personne pour profiter de l’écroulement éventuel de la geôle comme du magasin ! C’est là le risque qu’après d’autres nous rappellent quelques camarades qui ne sont pas dans les présupposés décadentistes.

 

C’est triste et j’ai d’autant plus peur. Je préfèrerais largement être aux côtés de gentes résolues et avec qui je ne serais pas trop d’accord, mais contre cet ordre de chose, qu’au milieu de cet énorme vivier d’isolement, d’autisme, de réclamation plaintive, d’écrasement, que nous constituons autant que nous le subissons. Enfin – bon, je dis ça et cependant je ne suis pas non plus à l’aise avec les résistancialistes qui sont passés à l’action ici et là et qui font, aussi, trop souvent je trouve, dans le pragmatique et le retour aux fondamentaux. M’enfin tout de même, quand on a l’air, et je crois franchement pas que l’air, trop défait comme ça, ça fiche les chocottes et pour comment nous vivons et nous faisons vivre les unes les autres, et pour en cas de, comme on dit, d’opportunité historique. Sans parler qu’on n’a tellement plus l’air d’y croire qu’on ne la créera ni ne la verra si elle se présente (je n’ai pas d’opinion arrêtée sur comment les choses peuvent se passer ou non en pareil cas). Et c’est fou aussi comme, quand on ne croit plus à la possibilité de l’incertitude, on se met à croire pour de bon aux daubes les plus éculées, ou à des soi assez peu reluisants.

 

Le niveau politique et critique a bigrement baissé, et partout, sans exception, depuis – bon pour moi depuis que je suis arrivée dans l’affaire, années 80, mais je le vois aussi sur les dix dernières années. Je nous vois tétanisées, effrayées par un « réel » auquel nous prêtons une personnalité et des intentions – quand nous ne résolvons pas ça en complots, tentées par des simplifications généralement régressives, droitières, viriles et j’en passe. Mais il est vrai que nous avons des raisons d’avoir peur : le contrôle, policier ou citoyen, technique ou social, est désormais suffisamment efficace pour nous interdire à peu près toute espèce de désertion en acte. Sans doute y avons-nous mis un peu facilement notre nez, avec notre goût pour la com’, la transparence et encore une fois cette foutue exigence de justice qui, comme dans La Fontaine, nous conduit et à une métaphysique de la concurrence réciproque (ça c’est à moi – on me le doit !), et à tendre tristement la patte à la domination qui s’en est portée garante et juge.

 

On est mal. Et je pense que c’est désormais autant une cause qu’une conséquence de notre déroute quotidienne, fluente, sans fin. Comme le suggérait une autre camarade il y a aussi bien des années, il nous faudrait (re)commencer par refuser d’apprendre à être malheureux – malheur qui n’est que le pendant de ce bonheur, ce concept profondément réac que nous nous laissons proposer aussi au détail par la domination depuis les débuts de la modernité. J’y reviendrai.

 

Bonheur malheur, enfermement liberté, travail capital, problème solution, ces duos qui nous gardent nous enserrent, par lesquels nous nous délimitons qu’être. Il nous faut apprendre à voir le piège, identique, dans toutes ces paires. Là aussi le binaire est à briser, et évidemment pas pour des moyens termes qui les rassemblent, mais pour leur destruction symétrique. Quand nous ne rêverons plus à la tranche de bonheur, à la liberté du travailleur, au problème qui, ô providence, finit toujours par être un groupe social et suppose sa solution, donc son éradication, à l’innocence qui nous propose des listes de coupables, à la convivialité et à la communication nécessairement friquées, parce que seul l’argent peut répondre à l’argent, quand nous ne jouerons plus notre rôle de clownes endimanchées et sécurisées dans ce cauchemar, quand nous aurons conclu que l’alternative est en soi une arnaque déjà close, quand nous nous opposerons conséquemment en la renvoyant à son identité foncière, eh bien je suis prête à parier que déjà nous aurons moins vilaine frimousse !

 

 


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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 10:20

 

 

Qu’ils sont doux, qu’ils sont gentils, nos zamis les cathos. Je vous en parle pas souvent, c'est un marronier un peu chez nous, mais je suis attentivement ce qui se raconte sur la netsphère du marché politique religieux où ils ont part majeure. C’est copieux. C’est instructif – ce qui nous attend en cas de révolution réactionnaire réussie. C’est très attendu mais en même temps on voit que rien ne leur fait peur. J’avais ainsi noté il y a quelques temps sur Famille Chrétienne - site que je vous recommande parce qu’il donne la température de la partie du mouvement qui ne se veut ni conciliaire ni trop fondamentaliste, et qui traduit bien le glissement rapide et permanent toujours plus à droite de ce qui y était déjà, site aussi qui parle beaucoup de morale relationnelle et donne les clés d’idéologies qui se répandent dans le « social » sans arborer nettement leur drapeau - j’avais donc ainsi noté l’épais article d’un de leurs penseurs qui nous reprend la bonne vieille scie que « dès qu’on touche à l’ordre naturel » – qui est plutôt l’ordre bourgeois issu de ce dix huitième siècle que pourtant il est censé abhorrer, « c’est le goulag ». Au sens strict du terme. J’ai déjà causé de cette angoisse post-années soixante qui réunit étrangement aux réacs, sur les abdications anti-utopiques, bien des supposés pas réacs, comme une bonne partie des postmodernes, et même des fois mémé Arendt, hélas : on ne peut pas s’en prendre à ce qui devient du coup des espèces de constantes anthropologiques avouées ou non, comme le pouvoir ou la complémentarité, l’échange ou la sexualité ; il faut soit s’y soumettre le doigt sur la couture du pantalon (réacs cathos), soit en jouer habilement à son profit (postmodernes). Je vous mets plus bas le truc que j’avais alors rapidement scribouillé - Pupuce et l’équilibre.

 

Nan, là en tête de gondole un article sur la violence conjugale et familiale. Qui bien sûr est une anomalie et n’a rien à voir avec la conjugalité et la famille, tout le monde est bien d’accord là-dessus depuis le vatican jusques au planning. Sans quoi il faudrait tout revoir et ce serait ennuyeux, voire dangereux – le goulag vous dis-je ! Cet article qui dénonce la manipulation (vertu éminemment féminine, on le devine, pour ces gentes) et la violence est donc illustrée d’une image qui présente deux silhouettes, très genrées à la moderne, très reconnaissables. Et je vous le donne en mille, y en a une qui est en train de baffer l’autre, laquelle autre toute miséreuse essaie de se protéger en tournant la tête vers le bas, le must quoi de la représentation de la violence sexuée.

 

Et de quel sexe social est la silhouette qui baffe ? Mais oui, vous avez bien trouvé ! C’est la silhouette de nana qui violente le pauvre mec.

 

G (dur) ! Comme dit une camarade quand c'est trop énorme.

 

Je pense que cela se passe de commentaires longs et filandreux. Les femmes ont pris le pouvoir, vous ne le saviez pas ? Vous êtes pas sorties de chez vous aujourd’hui alors. Et comme tout pouvoir illégitime, il ne peut se maintenir que par la brutalité et la manipulation. Par contre, le pouvoir légitime des mecs est tellement normal que rien de ce qui s’y passe ne relève de ces odieuses catégories ; nan, au mieux un peu d’impatience dans l'usage bien compris du pouvoir, quand ce n'est pas du droit de vie et de mort, sur femmes et enfants ; la confession est là pour ça ! 

 

Oui, ça fait gerber. Et ce genre de dénonciation des minoritaires, comme je le fais souvent remarquer, est précisément ce qui mène à la violence de masse des majoritaires. On va en voir de belles.

 

 

 

Pupuce et l’équilibre

 

 

http://www.famillechretienne.fr/societe/histoire/la-france-sombre-t-elle-dans-l-utopie-131482

 

 

Il est toujours bon de lire attentivement ses ennemis. Voilà un nouvel exemplaire de la thèse conservatrice que toute tentative d’examen, de critique et de remise en cause de l’ordre et de la hiérarchie sociale « naturelle et éternelle » mène au goulag, aux camps, à l’extermination – en résumé que féminisme égale nazisme – comme d’ailleurs toute tentative, que dis-je, toute intention de contester un ordre social « naturel » - le nôtre, le meilleur vous dit-il ! 

 

Il ne faut pas nous y tromper nous-mêmes : toute l’angoisse par exemple autour de ce qui ne devrait à aucun prix être une théorie, mais non surtout pas, pasque théorie c’est mal, pas réel, pas « la terre ne ment pas », c’est féminin quoi ; abonder dans ce sens est un premier consentement que nous nous laissons arracher. Le pas suivant c’est le souci de ne pas « bouleverser les équilibres sociaux », comme dit une de nos chères ministres - dont on a vu les conséquences récemment. Et après, petit à petit on glisse vers la droite, qui nous attend la bouche grande ouverte… Gloups !

 

Il faudrait cesser d’avoir peur de notre ombre, et dire franchement que non, nous ne croyons pas que la révolution sociale, si elle a le cran de s’en prendre justement aux naturalités, à la valeur, à l’échange, mène au totalitarisme – ceux-ci sont plutôt nés du recul devant la critique radicale, et de la croyance à ces naturalités qu’il fallait libérer – ; que nous ne croyons pas non plus aux équilibres neutres. Mais en avons-nous le courage intellectuel ?

 

Celui de dire que oui, théoriser, critiquer, aller vers ce qui n’a jamais été, l’utopie quoi, c’est bien. Et qu’on en a marre de croupir dans la domination naturalisée, fatalisée, rationalisée.

 

Et tiens, pendant ce temps là, pupuce, ça l’angoisse beaucoup les millions de pas rentables qui crèvent « naturellement » de dépossession et de pénurie (pasqu’il faut que les choses valent quelque chose, sans quoi là aussi, c’est le goulag !) ? Pas trop on dirait. Le darwinisme social et économique, voilà un équilibre sympa et pas totalitaire pour un sou.

 

 


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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 09:14

 

 

 

 

Ainsi que Sterne l’illustrait déjà à travers une anecdote, à la fin de l’ancien régime, les revenus de sa majesté, de ce qui est aujourd’hui la représentation de la collectivité des isolés par force et par droit, ne doivent subir aucune atteinte, ne dépendre d’aucune légèreté. Las ! Alors que l’économie en tant que fonctionnement social est vraisemblablement en train de couler à pic, et qu’il faut ratisser des sommes jamais vues pour uniquement permettre à son cadre de simplement continuer à exister, quand bien même tous en créveraient – l’argent manque. Et, chose désolante, l’économie étant une croyance instituée, sans humains il n’y a plus de fric. C’est à dire plus d’échange visant à dégager de la valeur. Quand les humains sont trop essorés, ça tourne plus. Dans ce pays, par exemple, c’est la chasse aux revenus de secours, on mobilise des escouades interdisciplinaires pour tomber sur des miséreux ou des insouciants qui ont fait quelques centaines d’euro pas dans les règles. Il ne s’agit évidemment pas de rentabilité, ce genre d’opé coûte bien plus cher que ce qui est recouvré ; il s’agit de terroriser, deux ou trois coups bien médiatisés retenant les pauvres et autres loquedus de se faire trois sous hors de circuits qui ne sont pas seulement taxés, mais soigneusement rendus escarpés pour que seuls ceux qui peuvent investir une somme suffisante au regard, là encore, de l’économie et du fisc, puissent y accéder légalement.

 

Ça fleure un fort parfum d’ancien régime et de banqueroute, quand on se met à courir de cette manière après les pauvres ; non même qu’on croie encore y trouver de grandes réserves, mais surtout il faut empêcher que quoi que ce soit d’autre que l’économie se mette en place, ou même que quoi que ce soit du même ordre y échappe. La « lutte contre les mafias » recouvre tout d’abord une lutte contre une valorisation qui ne rapporte pas tout ce qu’elle devrait. De l’autre côté des Pyrénées, pareil. Figurez vous que quand les gentes sont dans la misère, la consommation fléchit. Y compris celle de ces produits de première nécessité, dont la plupart d’entre nous, ne pouvant les produire, doivent se munir contre espèces ou par le vol. Or, depuis que les états sont ce qu’ils sont, l’impôt sur la consommation représente une part majeure de leurs entrées. Si il commence à piquer du nez, ça va aller mal. Que croyez vous que le gouvernement Rajoy fit ? Eh ben il a monté à vingt pour cent la taxe sur tout, même les nouilles et les pois chiches. Ça c’est une vraie mesure d’ancien régime, devrait-on dire prérévolutionnaire ? Et de quel genre de révolution, aussi ? Les tribunaux tournent à plein, les peines fermes tombent, les gouvernants et leurs forces de l’ordre boivent du petit lait (la fâcherie avec les juges a succombé à l’urgence de répression) ; mais qui épie, dénonce, et exulte devant le résultat des courses ? Ton voisin si ce n’est toi-même, toujours passionné de ce commerce de la violence qu’on appelle justice. Nous sommes les automates de la plus value et de la haine envers toute perte, toute pauvreté. Ce n’est pas qu’un malheur, ce ne peut être un rapport social et politique, c’est donc un délit.

 

N’empêche, ça ne suffira pas d’aller réveiller les pauvres en bleu à six heures ; je tiens la thèse que rien, pas même l’extermination de la moitié de l’humanité, que certains pensent sans doute déjà nécessaire, ne sauvera l’économie et le capitalisme – deux mots pour la même chose. Je pense donc que l’étape suivante sera le retour à la consommation obligatoire. La gabelle. On estimera de manière transparente les besoins de chaque ménage, et ses membres seront tenus d’acquérir au moins pour la valeur de ces besoins. Sinon ça voudra dire fraude, contrebande et tout le reste. Délit. On en viendra à taxer le vagabondage. Je me rappelle en écrivant ça le déjà vieil album de Cardon, La véridique histoire des compteurs à air. Et ce bonhomme qui respire tellement peu que les commissions se succèdent dans son dos (où est installé l’obligatoire compteur à air de chacun) afin de déceler la malice. Ça risque d’ailleurs de devenir une réalité, grâce au management de l’environnement, censé donner un – dernier ? – souffle au marché.

 

Ce qui ramène à ce dont je parlais il y a juste quelques temps. En régime économique, une chose comme une personne n’ont le droit d’exister que si d’elles se dégage une plus value. Sinon, il importe qu’elles disparaissent. On l’a déjà vu avec les graines, avec les poubelles de supermarché : ce qui ne peut être vendu et acheté doit disparaître. Á aucun prix il ne doit servir à la vie (la reproduction comme dirait le vieux barbu). Avec le rétrécissement de la plus value, je pense qu’on va en voir de belles : comme à l’époque du blé dans les chaudières de locomotive, il va sans doute falloir, pour sauver la démocratie (ou ses concurrents) et la propriété, anéantir la plus grande partie de ce qui se trouve sur la planète pour être sûrs que rien n’échappera à ce qui restera d’échange marchand.

 

Tout cela, j’y reviens, ne peut se concevoir que dans un régime de contrôle efficace et de terreur dissuasive. Avec bien entendu les meilleurs prétextes du monde – je vous ai déjà aussi parlé plusieurs fois du concept de « contrefaçon », qui laisse supposer une moindre qualité, pour ne pas dire pis, alors qu’il ne recouvre que l’absence du paiement des droits de propriété ! On en trouvera bien d’autres – et on nous prendra surtout toujours à nos propres plaintes et exigences : de la santé, de la qualité, des services… Okay ! La répression est là précisément pour les garantir, selon les normes en vigueur, votée démocratiquement par nos représentants – la politique relève de la nécessité ; et il ne faudra pas chouigner si leurs conséquences effectives sont toutes autres que la bienveillance institutionnelle à laquelle nous nous obstinons à croire, à travers la descente dans la violence et la contrainte instituées. Quand vous essayez de vous faire cramer, par exemple, dans une institution, c’est au nom de la santé et de la sécurité du peuple que c’est vous qui êtes poursuivie, hé oui. Ne vous ratez pas – dans ce cas, comme on dit chez les chats fourrés, les poursuites sont éteintes (!). La seule manière tolérée d’échapper à la pauvreté, c’est de s’enrichir, ce qui est évidemment réservé à peu, ou de mourir (et encore, les moyens de suicide sont sévèrement renfermés – ça aussi j’en ai eu causé) ; c’est là d’ailleurs le but inavouable et inavoué de la chasse à tout ce que pourraient bien fabriquer les pauvres pour subsister, que ça dégage définitivement – mais en trouvant toujours une autre raison, une autre manière. Vous savez, la dignité humaine nanana…

 

Au dos d’un fascicule horaire de chemins de fer de 1943 figure une publicité d’état contre le marché noir. Elle argue elle aussi de la « qualité inférieure » des marchandises y échangées, ce qui fait rigoler quand on se rappelle que les seuls trucs mangeables étaient précisément ceux qui ne passaient pas par le marché officiel. Et elle appelle à « placer sainement son argent » - c'est-à-dire, alors, dans l’effort de guerre nazi, tout le numéraire étant confisqué à cette fin. Á présent, il est recommandé de ne pas bouffer ce qui traîne ou n’est pas produit selon un cahier des charges précis, et d’investir l’argent durablement dans une panique économique mondiale qui a déjà commencé à se traduire en guerres exterminatrices plus ou moins autogérées.

 

Mais la guerre aux pauvres est aussi géographique. Il faut désormais les virer de toutes les zones dont on espère encore un peu de plus value. C’est là un lieu commun, je ne vais pas vous reproduire tous les articles, très justes de mes camarades sur la gentryfication, la modernisation et la « mixité sociale » qui se limite aux ménages encore rentables ; je tombe juste sur un article du Monde qui affirme que les nouveaux réseaux de tramway ont été fatals aux municipalités sortantes, et y donne diverses raisons financières ou automobiles, en en oubliant une, pourtant clamée par tous les rentiers de centre ville depuis trente ans : les quartiers vont descendre ! Hé oui, les transports urbains dits lourds ont cette mauvaise habitude d’aller pousser leur radicelles jusques dans les zones périphériques, et de ramener du vilain monde (pas payer est en outre plus commode en tram). Marseille est le contre exemple historique : pas question de transports urbains dans les quartiers nord ! Équipes municipales acclamées, réélues.

Á présent, il est vrai, la tendance est plutôt que les pauvres aillent crever dans les petites villes décaties ou à la campagne. Ça pose contradiction pasque le vote rural pèse lourd en france, et qu’il est peu recommandé d’aller chatouiller les moustaches des retraités qui forment désormais la base social du monde rural (les paysans n’y compte plus que pour fort peu, à part dans quelques régions de céréaliculture). D’où la récente estimation de la sous préfète d’un arrondissement voisin que les candidats les plus aptes à occuper les fonctions municipales (gestion et surveillance de proximité comme on dit) sont « de jeunes retraités de la fonction publique ou de la gendarmerie ». Je vous laisse savourer toute la profondeur de cette estimation, et ce que ça signifie sur où on en est. C’est que les loquedus déferlent sur le bas pays, l’heure est désormais à la défense sociale de ce qui reste d’appropriation. La guerre sociale est déjà déclarée, au nom de l’appropriation attributive et de sa sauvegarde.

 

Et quand, croyant la religion publique, nous demandons plus de lois, plus de transparence, plus de règlements, plus de vie intense et échangeable, plus de moyens, c’est somme toute ça que nous demandons aussi et avec. Plus les choses avancent, plus on devrait commencer à se dire qu’il n’y a pas d’alternative interne à ce fonctionnement social, économique et politique. Sa raison, dès le début, est notre perte. Quant à l’argent, il est désormais d’autant moins une affaire d’autonomie, même relative, qu’il devient plus cher, et conditionne nos usages à l’emploi principal qui lui reste : maintenir tant qu’il sera possible l’ordre des choses. Ce n’est même plus à nous qu’il s’attribue, mais nous ne le saurons vraiment que quand nous serons à peu près toutes le cul par terre, et que même l’échange monétaire ne pourra plus avoir lieu, tout étant immobilisé pour le maintien de notre fantasme collectif historique, richesses, appropriation privée, publique, collective, bien commun même, qui se retournera mécaniquement toujours contre nous. La conséquence de l’appropriation et de l’argent, c’est la misère et l’entretuerie. La chasse aux pauvres est d’autant plus efficace qu’il s’agit aussi d’une chasse entre pauvres, et entre stigmatisées, prônée par une adhésion massive aux valeurs d’un « réel » à qui on prête une âme, une volonté, un réel que je qualifie volontiers de punitif, un réel naturalisant qui récompense et punit selon qu’on suit – et peut suivre – ses injonctions intériorisées, ou pas. Un réel investi dans des notions disciplinaires et sélectives comme celle de peuple, laquelle en appelle bien d’autres à son tour, toujours plus daubées et brutales (1).

 

Quand on en est à prôner, l’air épanoui, comme émancipatoire et d’avenir ce qui il y a quarante ans passait pour un pis aller de survie immédiate avant bouleversement, on mesure la distance qu’on a parcouru en arrière depuis. Et surtout que ce qui était perçu comme contrainte est devenu objet de consentement, quand ce n’est pas d’enthousiasme participatif. Il est probable que nous croyons obscurément par cela nous concilier l’esprit que nous supposons à ce monde, dans la veine postmoderne où on pense possible et souhaitable de jouer avec le pouvoir et la fatalité économique qui le patronne. Le plus sinistre est que ce faisant, même du point de vue le plus comptable nous continuons à perdre presque toutes – en accompagnant la chose, demain sans doute en nous réappropriant la culpabilité intériorisée de n’être pas à la hauteur de la main invisible ! On ne court jamais assez vite, on ne s’écrase jamais assez pour satisfaire les transcendances, quelles qu’elles soient. La convergence des nécessités avancées par la rationalité exterminatrice et des revendications de plus en plus réduites, pour ne pas dire des offres de collaboration intelligente, que nous avons substituées à sa critique, a de quoi faire froid dans le dos. L’opportunisme dont nous nous flattons finit par faire que nous ne savons plus si les brutalités sociales sont des catastrophes ou des opportunités (je lisais il y a peu un épouvantable article, d’un sociologue évidemment, qui affirme sans rire ni vomir que la condition de l’homme-frontière est une nouveauté tout à fait intéressante – et que quelque part la forteresse europe – sans parler des autres - aide à innover ! Le même jour, un document tout ce qu’il y a de plus officiel dénombre vingt cinq mille morts recensées – donc au moins le double en réalité – dues à cette merveilleuse opportunité depuis le début du siècle !). La terreur hiérarchisée à laquelle nous nous sommes accoutumées a pour pendant le désir par lequel nous tentons de nous rendre aimables ses conséquences. Et le droit est là pour maintenir l’ordre dans la queue pour l’entredévoration darwinienne qui résulte de ce paradis d’un mal que personne n’arrive plus honnêtement à même qualifier de moindre. Il est vrai que ça commence à ne plus être exigé pour la vêture correcte de la domination.

 

La chasse aux pas rentables, aux pas échangeables, est une guerre non déclarée, menée au nom de nécessités folles, et bien sûr des intérêts qui arrivent à les épouser. Non déclarée, comme toutes les guerres depuis des décennies, travesties en simple maintien de l’ordre, ce qui permet de mettre dans un absolu hors la loi les à dégommer. Nous sommes au bout de la logique républicaine et bourgeoise, au sens précis du mode de production et d’échange imposé. Nous n’avons jamais su nous en extirper, nous réclamant toujours de la « vraie réalisation » de ses idéaux, achevés depuis belle lurette, et qui nous achèvent nous : évaluation, échange, sexualité, communication. Quel a jamais été la pratique comme l’idéal républicains, si ce n’est avec la nation, la souveraineté, la propriété, la famille, le travail, la domination et le colonialisme, pour faire la liste courte ? L’extrême droite et son substrat populaire sont la parfaite expression de la république. Une révolution sociale, de gauche, aurait pour condition de savoir se débarrasser de l’une et de l’autre. Mais ce pays, cette société, sont une véritable baignoire de haine nostalgique, dans laquelle jusques aux cibles des plus consensuelles croient que se tremper les rendra invulnérables. C’est la définition du ressentiment que j’ai-je crois déjà citée plusieurs fois : boire du poison en espérant que l’autre va en mourir – et accessoirement qu’on en sera légitimé et vivifié, selon l’incroyablement stupide et fasciste sentence que font leur de plus en plus de libertaires en bout de course idéologique nécessitaire et fataliste : « ce qui ne me tue pas nanana ». Et pour servir de coussin à asseoir cela, notre bonne volonté inusable, gouvernance bienveillante, sparadrap sanitaire et réempowerment-réévaluation précaire toujours à r'faire  ! Youhou le menu du banquet funèbre autogéré ! 

 

 

 

 

(1) Je recommande à ce sujet un livre malheureusement épuisé, qui m’a fait et me fait toujours fort effet, depuis un quart de siècle que je l’ai lu pour la première fois, par sa rigueur de critique d’idéaux politiques du capitalisme toujours pas enterrés : L’idéologie nationale, de Guiomar.

 


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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 10:30

 

 

On aurait pensé qu’elles étaient contentes, les prohi, leur loi votée, nouzautes un peu mieux clandestinisées, le progrès social à pas cher et même moins que cher, sur notre râble. Eh ben non. Depuis quelque temps fleurissent de nouveaux appels à la discrimination – et je reste polie, toujours basés sur l’inusable scie des minorités tyranniques ; souvent des textes pseudosignés, semés ça et là et un rien diffamatoires, comme on dit chez les légalistes. Rien n’aurait été fait, nous serions en train d’envahir l’espace public et politique. On est sonnées, k.o. debout, mais nan, en fait il paraît que nous sommes en train de prendre le pouvoir ; quand on nous donnera la chasse ce sera sans doute parce qu’en réalité, nous détiendrons la puissance absolue et aurons réduit le reste de l’humanité à merci. Ah ça en rappelle de joyeux souvenirs, ce regain de dénonciation à chaque tournant de la répression, cette invocation à la sombre puissance illégitime des faibles qui, en réalité mais vous ne le saviez pas, dominent le monde. On l’a sorti pour bien des groupes humains – et, dans un monde patriarcal, on le sort aussi régulièrement pour les nanas en général, mais certaines ont tendance à oublier opportunément les implications des instruments de violence qu’elles pensent utiliser en toute sûreté pour elles-mêmes. Quand on veut faire disparaître une population, écrabouiller une catégorie sociale, toujours demander plus, brandir la menace épouvantable que son maintien fragilisé laisse peser sur la saine société ; pour en somme arriver là où on voulait en venir, sans oser le dire d’emblée : éradiquer. Éradiquer les gentes. Les prohi se sont longtemps avancées derrière les paravents des clients, de l’industrie du sexe, de bien d’autres prétextes ; mais en réalité ce sont aux putes qu’elles en veulent, direct. Aux nanas.

 

Ce qu’elles veulent avant toute chose, ce n’est pas renverser le pouvoir, fut-ce celui des hommes avec lesquels elles s’allient volontiers ; c’est rayer de la carte les nanas avec lesquelles elles sont en désaccord profond. On, c’est au moins un tropisme moderne – et postmoderne, ne leur en déplaise – dans le cadre de notre assomption comme citoyennes, par conséquent des vies desquelles on fait dépendre la toujours future félicité publique ; c’est ainsi que les ennemis prioritaires des communistes furent et restent d’autres communistes, des républicains idem, de l’extermination desquels la joie escomptée devait issir. D’ailleurs, ne l’avons-nous pas hérité du religieux : le pire ennemi n’est jamais le païen, mais l’hérétique. Et réciproquement – je dis d’autant plus réciproquement que les positions des unes et des autres, républicaines versus communautaires, me paraissent fondées sur les mêmes intentions sociales et les mêmes zones aveugles, impensées.

C’est d’autant plus flagrant que les mêmes prohi ne remettent pas un instant en cause le système hétéropatriarcal. Amour, attirance (gratuite et pour les mecs bien sûr !), famille, travail, rien de tout cela ne les ennuie, bien au contraire elles adhèrent, elles l’opposent même à l’infernale vénalité. Parce que le fond du prohibitionnisme c’est ça, la normalité hétéra, complémentariste et j’en passe. Vous ne trouverez pas beaucoup de prohi antisexe ou solanassiennes. O ben non, qu’est-ce qu’on ferait sans les hommes ? Nous on sait très bien ce qu’on ferait sans et avec de la thune ; on s’en passerait totalement et on s’allongerait les orteils. Ah mais la paresse est mère de tous les vices, et une valeur fort peu virile. Pas bien.

 

Perso je n’ai par ailleurs plus guère de sympathie pour le réformisme libertaire qui anime mes collègues syndiquées et une part grandissante du militantisme. Je ne crois pas que ce soit une opposition conséquente à la régression qui nous frappe, mais plus une tentative d’aménagement d’un même ordre social et économique, qui se veut moins meurtrière – seulement l’intention ne fait pas la capacité ; et c’est croire que notre bonne volonté participative et une certaine souplesse peuvent faire encore quelques temps de cet ordre des choses un endroit vivable, alors même que son devenir paraît ne pouvoir se faire que sur une élimination accrue. La peur de critiquer le fond de ce que pourtant on nous envoie dans la gueule a quelque chose de désespérant ; tout ça pour ne pas se faire peur soi-même, les cinquante ou cent encartées. L’adhésion aux lois de la valorisation et la revendication de reconnaissance sociale dans ce cadre, moi c’est bof. Un syndicalisme radical, pour ne même pas aller plus loin, est, d’expé, un vieil oxymore ; c’est comme pour tout l’associatif : on finit toujours, regrets ou pas, par similitude de forme et d’objet, par donner la patte au pouvoir et au fonctionnement social qui le fonde. C’est également d’autant bof qu’en fin de compte, mais c’est là encore une situation générale dans une contestation qui est revendication d’intégration, c’est se réclamer en fin de compte des mêmes nécessités que celles qui inspirent les prohi, avec une gondole dans l’étalage en plus ou en moins. La relation et la sexualité étant des systèmes d’échange sociaux, causer de « gratuité » à leur propos est une vaste blague. Il n’y a aucune émancipation, aucune vie vivable à escompter du succès de l’insertion dans quelque système d’échange que ce soit. Et cela concerne du coup autant les syndiquées réformistes libertaires que les prohibitionnistes républicaines qui, derrière leur prétendue critique de la marchandisation, ne remettent rien en cause ni de l’économisme et de l’angoisse d’équivaloir, ni du sexualisme patriarcal.

 

La haine rabique des secondes n’en est pas moins ignoble et par ailleurs stupide ; elles ont donné – avec tant d’autres - dans le très vieux panneau essentialisant de la politique, croient fermement que les systèmes globaux sont incarnés spécifiquement par des groupes sociaux, et que la solution – finale – est de les faire disparaître (« en tant que tels » dit-on aussi pour voiler la violence matérielle). Il va de soi, pour moi en tous cas, qu’on peut se proposer (et je me le propose !) de se débarrasser de rapports sociaux ; mais à ce point de vue, je suis désolée, les prohi ne remettent rien fondamentalement en cause de l’économie relationnelle, du complémentarisme et en fin de compte du patriarcat. Il n’y a d’ailleurs pas grand’monde en ce moment à féministlande qui se détermine à le refuser et à le renverser – du fait entre autres de ne pas critiquer ses formes sociales mais de vouloir se les récup’ en croyant fermement à leur « neutralité ».

 

Je trouve que ce qui se réduit de plus en plus à deux grandes options en concurrence converge vers le même incritiqué. Que ce soit le républicanisme qui se dit « universaliste », ce que je trouve parfaitement réducteur de ce que pourrait être justement un universalisme – il est hégémoniste « tout pour et par ma gueule » ; ou l’intersectionnalisme qui a certes la vertu incontestable de n’être pas (en principe) excluant – mais qui interdit toute critique des formes sociales, et par cela limite son propos à amener tout le monde à une boîte de sardines qui se révèle, ô surprise, être précisément celle que défendent les républicaines : souverainetés, économie, relationnisme et autres piliers de l’ordre mondial. « Tenue correcte exigée » versus « Venez comme vous êtes » - mais le magasin et sa logique sont les mêmes. C’est d’ailleurs pour cela que les pensées actuelles de la discrimination se situent toutes par rapport à une valeur qui elle ne serait pas discriminante. Combien de fois peut-on voir des arguments que « les gentes avaient l’argent » mais ont été discriminées, ce qui est parfaitement vrai, sur un autre plan. Par contre, la valeur portée par les unes ou les autres, elle, est naturalisée. Comme l’objectif commun d’être acteure, productrice, consommatrice, qui vont avec. Si on se plaint d’une inégalité, c’est que tout le monde ne porte pas autant de valeur ; mais que la valeur elle-même et le monde qui va avec créent une évaluation-élimination de base, ça ne semble pas tomber sous le sens. Et c’est ce qui pose des limites assez étroites à mes camarades syndiquées – comme à toutes les syndiquées de la terre. Les républicaines non plus que les libertaires ne remettent un instant en cause la magie de l’échange et des biens (marchandises, droits, etc.) par lesquels seuls nous sommes appelées à l’existence, et dont la privation, dans ce système, nous condamne effectivement au néant. Conflit interne à une même religion, je dirais. Le souci n’est pas ici seulement que c’en soit une, mais qu’elle présente des impasses sur ce quoi même elle base sa justification : hé non, ce rapport aux biens ne peut pas profiter à toutes, et même loin de là ; il ne peut fonctionner que dans la rareté, la concurrence, la reconnaissance toujours chichement mesurée (sans quoi elle ne vaudrait rien).

 

Les unes comme les autres se tiennent à une approche utilitaire qui implique compromissions. C’est désormais un lieu commun de constater que les prohi sont alliées opportunément aux mecs hétéro qui défendent l’accès gratuit aux nanas, à de vieux cathos mal laïcisés, à l’état qui fait la chasse aux clandestines dans l’espoir de consoler ses ressortissants et ressortissantes (parmi lesquelles un certain nombre d’entre nous…), lesquelles croient que cela sauvera leur frichti ; mais côté réformiste, on a aussi tendu la patte à cet état, à sa répression pour peu qu’elle ne touche que les méchants les plus consensuels, à l’organisation de la gestion des populations, à tel ou tel parti et à tels ou tels boulets, facilement très masculins ou réac-tradis. En fait, ce sont quelquefois à peu de choses près les mêmes de chaque « côté ». Inévitable, à partir du moment où on se bat somme toute pour l’intégration, la légitimité dans l’ordre des choses et les fins qui justifient les moyens. Ce n’est même pas (qu’) une question de calcul ; c’est que nous avons toutes mordu au hameçon de l’urgence, de la virile assomption des « mains sales » (une des clés peut-être des échecs à répétition des tentatives de bouleversement sociaux ; il faudra que je vous reparle de cette croyance), et aussi de ce que l’état de choses veut nous faire croire qu’il est, dispensateur de toutes félicités. Il est dispensateur, il est même thésaurisateur et monopole ; mais le voudrait-il en l’état qu’il ne saurait faire pleuvoir l’abondance et la liberté. Il est lui-même coincé par les nécessités que nous avons toutes reconnues, à commencer par la valeur et l’échange. Les résultat en est, entre autres, que nous nous retrouvons alors engluées avec bien d’autres qui nourrissent la même croyance, partent des mêmes prémisses, et devraient pourtant nous être infréquentables, si toutefois nous arrivions à nous déterminer un peu plus clairement, et à ne plus nous résigner aux mêmes conditions.

Et même – la pire compromission que nous réserve la participation aux logiques du moindre mal est celle du désespoir dans l’acharnement thérapeutique. Mettre des sparadraps sur des quartiers de viande, proclamer son utilité alors qu’on vient juste d’argumenter que le désastre qu’on combat progresse, ne bien souvent plus savoir où on en est (et là aussi en faire une argutie qu’on est dedans et que la lucidité de l’approche en est renforcée). Les prohi, elles, prétendent se tenir hors, ce qui est bien évidemment du foutage de gueule hors concours et membre du jury. Comme si répression et gestion s’excluaient. Elles aussi s’acharnent, sur nous bien sûr, mais également à prôner un modèle social qui a commencé depuis longtemps à se dévorer lui-même. Face à cela notre opposition est bien pâle, en tant que telle, puisque nous n’arrivons pas plus qu’elles à remettre en question les présupposés de l’ordre économique et relationnel. C’est d’ailleurs pourquoi nous sommes cantonnées, repliées dans la protestation morale et la comptabilité des dégâts. Les unes et les autres se posent en ambulances d’une croyance en quelque chose qui s’effondre, et qui de plus a toujours correspondu à la normalisation de formes très contraignantes, à l’élimination des qui valent pas assez, au patriarcat et à bien des trucs qu’il est paradoxal que nous regrettions.

 

Si c’est du côté du mieux vivre, je crois qu’il n’y a de promesse ni chez mes petites camarades réformistes libertaires, ni chez les prohi républicaines, lesquelles dernières se bornent à ne reconnaître qu’un parc un peu plus réduit de marchandisation (mais on ne limite pas la marchandise, le règne de la reconnaissance par l’échange de valeur, et elles ont beau passer leur temps à courir pour vérifier les clôtures :la logique même de la valeur est dans l’ordre relationnel, et il n’y a qu’en renversant celui-ci qu’on aura une chance d’y échapper – et même c’est pas sûr). C’est pour cela que les prohi en sont à défendre famille, hétéronorme, et tout ce vieux bataclan. Ce n’est même pas par méchanceté : c’est par manque d’imagination et apathie critique. Enfin, comme je l’avais fait remarquer il y a déjà des années, il n’y a pas de position critique de la sexualité en tant que telle dans les féminismes contemporains ; tous valorisent ce type de relation sociale comme « naturel », en y mettant, comme à toutes les natures qui ont une fâcheuse tendance à ne jamais être ce qu’elles devraient, diverses conditions.

 

On a eu récemment bien des occasions de se gausser, et là encore à très juste titre, d’un naturel et d’un évident qu’il faut sans cesse et à tout prix protéger contre déviances, décadences, mauvaises intentions ; tellement il va de soi. Sauf qu’on ne s’est pas forcément suffisamment aperçu que la plupart de nos positions actuelles sont des positions de défense de tas de choses qui ne marchent, et nous avec, qu’à coups de pied dans le cul. Si les unes passent leur temps à courir après « la gratuité du cul », gratuité qui comme je l’ai déjà fait remarquer, vu la position centrale de la sexualité dans les échanges sociaux, ne peut être qu’une chimère ou plus précisément un mensonge ; si les unes donc… les autres ne me semblent pas moins courir après un autre eldorado toujours remis, toujours décevant, qui est le règne des libres producteurs échangistes et qui, a sacrebleu, échoue toujours, par quelque bout qu’on essaie de le prendre ! Sans parler des autres paradis qu’on se sent obligées de ramener et de positiver une fois qu’on a repeint celui-là. Significatif tout de même que, quand on s’est résignées à croire que, l’économie, l’échange, de toute façon, on peut pas en sortir, et c’est peut-être pas si mal, tiens on va s’en servir, on y rajoute facilement natures, pouvoirs, religions et autres vieilles daubes transcendantes qui ont pourtant largement fait leurs preuves. Et se marient d’ailleurs fort bien, en pratique, au règne de la rationalité instrumentale. Je ne marche pas !

 

On a le sentiment, à voir ces contorsions, qu’il y a pour tout ce monde, qui est le nôtre, un paradis perdu, une paradis de l’ordre relationnel et économique, lequel somme toute diffère peu selon les versions de ce qui paraît sa même religion, paradis perdu qui quelque part devrait avoir été toujours là, mais qui par le maléfice de méchantes oppressions – toujours externes, jamais systémiques – se trouverait devant nous (tout en restant en arrière parce qu’il est quelque part déjà acquis, pas à penser). D’où cette bizarre position où nous sommes à la fois cul et tête dans le même sens.

 

Incontestablement, pendant que les prohi tirent sur l’ambulance des travailleuses du sexe les plus visibles, cible bien pratique parce que circonscrite, l’hétéropatriarcat comme système se porte on ne peut mieux. Il s’est de toute façon historiquement très bien accomodé de toutes les répressions antiputes et anticlients, qui ne datent pas d’aujourd’hui. Tout simplement parce qu’il est foncièrement basé sur l’idée et l’injonction de besoin sexuel, de naturalité des relations de dépendance affective et sexuelle, de prétendue gratuité qui dissimule mal un système d’échange et de valorisation contraint, une économie quoi. Et j’ose dire que non seulement il se porte bien, mais carrément de mieux en mieux, alors que les autres formes de reconnaissance sociale obligée se rétrécissent et vont à la faillite. Cela fait des années qu’avec d’autres, chercheuses et associatives, nous avions constaté la hausse sur le marché de la mise en couple et de l’enfantement, par exemple. Avec les déconvenues et violences que de conséquence. C’est marrant – aucun mouvement féministe aujourd’hui ne met plus en garde contre les dangers de la vie familiale, du natalisme, de la culture de l’amour. Nan, on en fustige les « dérives », mais l'idéal social lui-même est tout beau tout en sucre. Á ce point que les non-hétérobio veulent y prendre participation avec enthousiasme. Et, ô malheur de la « nature humaine » (puisqu’on n’arrive pas à se dire que c’est ce type de rapport qui les engendre) les même conséquences glauques et brutales.

 

L’attaque d’un point social ou politique perçu consensuellement comme faible ou sale est un vieux must des autostratégies de divertissement : comment ne pas penser à la situation générale ? Acharnons nous donc sur un des ses appendices. C’est la force des tendances conservatrices et « retour aux fondamentaux » actuelles : elles ne manquent absolument pas de cibles lentes à détruire. Et la faiblesse de la réponse c’est de ne pas sortir de la logique même qui permet ces attaques, ce divertissement, cette absence de critique sociale. Quand les syndicalistes mettent en avant le « moralisme » des prohi (qui ne me paraît pas si évident) ou la « libre-dispo de soi-même » comme outil et unité d’échange, et que surtout elles ne vont pas au-delà pour « ne pas faire peur » (mais encore une fois à qui ?!), elles se maintiennent délibérément dans le cadre qui dans les faits favorise un contrôle général et aussi une limitation des rapports sociaux à ce qu’ils sont déjà. Et si, dans les circonstances du naufrage actuel, les prohi l’emportent dans ce cadre, eh bien ce n’est probablement pas par hasard. Nous nous trouvons exactement, de ce point de vue, dans la même situation que tous les autres acteurs économiques, comme on dit : nous essayons de sauver notre participation à un fonctionnement qui suppose dans les faits de plus en plus nettement notre tri éliminatoire, par plusieurs tenants. Et que ce soit par notre propre dynamique (je me rappelle l’ahurissement de collègues à qui, dans un atelier, je proposais d’examiner les violences internes au milieu autrement que, justement, moralement…) ou celle de la réduction générale de la valeur en cours pour essayer de prolonger l’ordre des choses comme il (ne) va (plus trop bien), traduite elle aussi en termes politiques par nos adversaires. Qu’on brûle des pneus devant une usine en se battant contre les employés d’une autre boîte, ou qu’on défile sur le trottoir à deux cent, c’est désormais la même impasse. C’est nous, surtout, qui privilégions, par pusillanimité, ce qui est désormais une approche morale et plaintive : « mais pourquoi… ». 

 

L’adhésion, je pourrais même dire l’identification de principe de nous-mêmes à l’économie jumelée de la reconnaissance et de l’objectivation-appropriation, de soi-même comme du reste, est commune aux deux positions qui s’affrontent. Et encore plus la réticence à les remettre en question. L’idée d’un désinvestissement répugne à tout le monde. C’est d’ailleurs ce qui donne à contrario tant de valeur à l’économie sexuelle, qui doit de ce fait être soumise à une espèce de régime de fusionnalité, qui d’une part cache qu’elle est une économie, et par ailleurs la survalorise. Mais défendre sa naturalité dans l’échange « commun » ne remet pas non plus en cause cette valorisation – elle l’assure autrement. Évidemment, le point de vue syndical ne lui demande en fait pas autre chose – derrière les arguments libertaires – que d’assurer justement un peu de redistribution de valeur. En quoi, et précisément du fait que personne ne se propose, ni d’ailleurs n’a les moyens qui ne pourraient être que collectifs et révolutionnaires, de sortir de cette situation de nécessité, ça se tient. Mais ça ne se tient que dans la mesure où on croit que « toutes approches égales par ailleurs », ça marche. Or ça commence aussi à ne marcher plus trop, ou dans des conditions qui, comme c’est le cas de toute l’économie, nous esquintent et dévorent par ailleurs. Et là, précisément, je prétends que le point de vue syndical et associatif d’amélioration du présent a déjà été rattrapé par les conditions générales qui résultent de ce qu’un vieux barbu appelait la chute tendancielle du taux de valorisation… et de toute la société structurée dessus ! Je veux dire, en réalité et d’expé, si on veut prendre un exemple tout à fait terre à terre auquel je me heurte moi-même, prohibition ou échange libéral, la plupart d’entre nous, les moins valorisées, de par le libre jeu qui d’ailleurs se fiche en grande partie des lois, sont confrontées au pouvoir de la clientèle, c'est-à-dire de la valorisation à travers les personnes, qui nous contraint à sucer et à baiser sans capote, parmi bien d’autres choses que l’échange équivalent ne nous permettra jamais de choisir. Á commencer par les plus moches et les moins chères, dont je me flatte d’être et donc de connaître un peu la condition. Je veux dire, nous y sommes conduites aussi sûrement par ce à quoi nous adhérons jusques nous y identifier – la valeur – que par la répression prohibitionniste. Et de manière générale, l’économie, planétairement comme localement, est mauvaise pour la santé, si on veut s’en tenir à ce critère lui-même transformé depuis quelques années en outil de valorisation. Comme la socialisation, la sexualité, la famille et autres formes injonctées, défendues par les unes ou par les autres. Des lois pro capotes seraient d’aussi peu d’effet positif que le sont les lois prohibitionnistes : elles déplacent juste le fonctionnement économique et sexué depuis l’institué vers un relatif informel. Les lois ne modifient pas les rapports sociaux dominants ; elles y sont liées fondamentalement ; soit elles les entérinent, soit elles les répriment sans grand succès. Un rapport social ne se change que dans le bouleversement de la société.

 

La raison sociale, l’objectif, payant ou « gratuit » (c'est-à-dire payant en une autre monnaie) reste le même : ici il prend la forme de l’épiderme, de la muqueuse – de la signification de leur mise en scène en termes de valorisation. Si nous voulions que quelque chose change à ce sujet, c’est là qu’il faudrait porter l’examen et le fer. Mais nous ne voulons pas que ça change, du fait que la condition même du circuit dans lequel nous trouvons pitance est là dedans. Il faut nous défaire de l’idée simpliste que vouloir c’est pouvoir, en l'état et sans changer de base sociale, et que nous pouvons donc avec suffisamment de bonnes intentions et de vigilance remédier aux contradictions qui se télescopent en nous et sur nous. Les conséquences en resteront d’autant plus et plus longtemps les mêmes que nous nous bornerons à chouigner que « ça marche pas » - et accessoirement que ce n’est que la faute aux méchantes qui nous entravent, qui entravent le meilleur monde possible de l’échange à valeur ; et aussi à croire que les droits sauveront notre peau. On peut pourtant voir déjà largement combien le droit, soumis par logique au rapport d’appropriation, sauve de peaux de par le monde.

 

Une autre personne pose la question qui revient : y a-t-il une ou des communautés ? Et si on considère la thèse selon laquelle oui, il y a une communauté, à peu près générale désormais : celle d’une nécessité que nous avons fait nôtre, qui nous lamine et que nous nous battons cependant pour intégrer ? Cette nécessité n’a rien d’humain, est totalement transcendantale si on peut dire, et implique évaluation, concurrence, ta place (ta propriété) n’est pas la mienne dégage – et conséquemment élimination, même avec toutes les bonnes intentions antidiscriminatoires du monde, parce que la discrimination dernière n’est pas pensée, ressentie, vécue comme telle, mais comme « la réalité ». Réalité exclusive et punitive.

Par ailleurs, je crois qu’aucune autre identification collective n’est en mesure de s’opposer à ce broyage, parce qu’elles sont aussi déterminées sur des devoir-être et des transcendances. Que ce soit, là encore, le républicanisme le plus outré ou les spécifismes les plus scrupuleux. La forme même adoptée, mise en concurrence avec l’abstraction réelle la plus puissante, est toujours perdante et avalée, après avoir servi évidemment au renforcement de la domination. Il n’y a vraisemblablement aucune voie de sortie ou de secours vers l’arrière, le déjà fait, qui nous a amenées où nous en sommes.

M’énerve aussi le tonitruant silence militant actuel sur la violence sociale normative, misogyne, raciale, propriétaire qui gagne partout, réduite dans les slogans à la violence d’état, non moins effective, qui en est pour une notable part la conséquence et la justification, notamment en démocratie. L’état, comme la plus grande partie de l’organisation sociale (droit, justice…) fonde amplement l’acceptation, pour ne pas dire pis, de sa violence, sur le jeu des haines ordinaires, ainsi que sur la peur réciproque encouragée. Hobbeslande. Les institutions, essayant de maintenir leur semblant de légitimité, courent au devant de la demande sociale majoritaire, et cette demande, dans la résignation générale qui ne date pas d’hier à la pauvreté et au flicage, est in fine une demande de haine et de violence. Il faut cesser d’innocenter nos contemporains, ce sont souvent eux qui nous persécutent, nous dénoncent, nous tuent, réclament contrôle et répression. La volonté générale n’est malheureusement pas un vain mot. Elle n’a rien de folichon. On peut longtemps causer d’aliénation – un terme aussi complexe que ce qu’il recouvre – mais il n’y a rien dedans qui ne soit, précisément, autonome, et ne reproduise par tous moyens ses propres lois et contraintes. Je ne crois pas qu’on pourrait s’en prendre à cet état de choses sans en finir avec la puissance des rapports de force socialisés et des injonctions qui les structurent.

 

Pour tout dire, je ne crois pas que ça nous mènera à grand’chose de tenter d’opposer vertueusement notre autolimitation (économique, sanitaire…) aux surcroîts de violence sociale qui nous tombent dessus, parmi lesquels la haine de plus en plus nue et nette des prohibitionnistes pour nous – et pas tant pour un système patriarcal dont elles protègent le principal, qui consiste précisément dans la naturalité pseudo-gratuite de l’hétéronorme. Nous sommes, comme tant d’autres, depuis longtemps sur une défensive pas toujours très claire – parce que nous défendons aussi notre participation au même ordre des choses, dont nous essayons de tirer quelque profit et ce que cette société nous permet et suggère d’autonomie : valoir quelque chose et pouvoir l’échanger (là encore, je souligne, aucune critique de ce principe du côté prohi, où il n’y a plus d’opposition antiéconomiste de fond depuis longtemps – à supposer qu’il y en ait jamais eu). Mais une position défensiste, dans la situation actuelle et vu sa logique interne contradictoire (avec mais contre, ou l’inverse), a de plus en plus de chances de nous faire nous conduire par la main vers une éradication certes bien différente de celle que promeuvent les prohi – toutes en atelier et en travail honnête, mentalité de dix-septième siècle et de grand enfermement – mais non moins probable. Quel que soit le jugement politique que l’on porte dessus, je crois qu’escompter sur un développement gagnant-gagnant de tous les systèmes d’échange qui structurent totalitairement le présent trouvera déception :ils sont déjà tous en train de se rétracter. Le libéralisme libertaire arrive trop tard, de ce point de vue. Et un avenir transitoire est plutôt à nos ennemies – à ceci près qu’elles seront, pour la plupart, parmi les cibles suivantes de la politique qu’elles pensent imposer – et qui s’impose en fait depuis un moment sans elles pour cimenter ce qui reste du social marchand en déroute : le retour aux fondamentaux.

 

Si nous ne voulions pas y finir, il serait peut-être plus que temps de commencer à penser une sortie avec nos moyens, continuer à subsister à notre habitude, mais cesser de l’idéaliser comme une quelconque voie d’émancipation (depuis quand travail et cul sont-ils émancipatoires ? croyance républicaine, précisément, elle-même entée sur le religieux le plus antique), et imaginer négativement des transformations qui ne tiennent plus à de pathétiques aménagements de l’inaménageable, le nez dans le guidon, toujours déçues par les résultats. Nous sommes des ambulances ; et on tire sur les ambulances. Pas vraiment d’idée de par où nous pourrions partir d’où nous en sommes – mais cela ne justifie en rien la croyance qu’on arrivera à quelque chose de vivable si on y reste ! D’expé c’est plutôt compromis. La confusion des remèdes et autres solutions n’arrange rien : de ne pas voir ne nous sauvera pas. Je suis de celles qui en ont marre qu’on célèbre des tactiques de survie dont nous savons très bien que nous ne les contrôlons guère, et que leurs possibilités se rétrécissent de jour en jour, comme si c’étaient des stratégies d’émancipation, de maîtrise et de changement des choses ! Nous savons d’expé que nous sommes en cela à peu près autant de mauvaise foi que nos ennemies avec leur faconde prétendument antimarchande, qui ne mène elle aussi qu’à maintenir les rapports sociaux en l’état en songeant in petto « pourvu que ça dure ». Dans les faits, les deux options se terminent dans la même impasse d’appauvrissement, de concurrence et de dépossession.

 

Les prohi, on les emmerde, c’est une chose acquise ; mais veillons à ne pas nous emmouscailler nous-mêmes, par pusillanimité et croyance que l’histoire actuelle, matérielle, va dans notre sens, en tous cas ce que nous imaginons encore trop souvent comme notre sens. La croyance n’amadoue jamais les logiques sociales. Et on a eu encore ces dernières années l’occasion de voir ce que promettent par exemple les révolutions strictement politiques : changement houleux de décor, curés, fliques, militaires, vieux chevaux de retour, ordre économique, pénurie mafieuse. C’est le visage pour déjà pauvres de la réaction mondiale ; le visage pour encore un peu riches, nous l’avons, républicains répressifs, négociations salariales et sociétales, progrès gratuits et excluants. Á logiques sociales, guerres sociales. Une condition en est sans doute de ne se plus prendre à la glu des fins, ou de ce qui se présente telles, mais de prendre garde à ce que nous étions habituées à percevoir comme moyens. C’est là ce par quoi nous nous laissons toujours encadrer. Il n’y a pas d’avenir à patauger dans les sables mouvants, autre que se grimper les unes sur les autres pour y crever dans l’ordre imposé, que ce soit par les lois explicites ou les lois implicites. Il nous faut sortir d’ici ! En finir avec la positivation d’un quotidiennisme qui nous est certes imposé par les circonstances, mais que nous nous sommes malencontreusement réappropriées afin de voir les choses plus en rose et d’éviter la réflexion systémique sur l’impasse propre à ce monde et qui nous broie parmi les autres. Mais non seulement je doute que les réformistes libertaires le veuillent, dans les dispositions actuelles je commence même à me demander si elles ne se mettraient pas avec l’état et le secteur social en travers d’une éventuelle et imprévue sortie de piste, lestées de toutes les bonnes raisons qui nous entraînent les unes après les autres, et les unes par les autres, vers le fond depuis des décennies ! Je n’ai pas envie de me laisser aller à justifier ce qui nous (et me, charité bien ordonnée…) tue, que ce soit imposé et géré dans la répression politique, ou consenti et autogéré dans la sélection économique. Aucune des normalisations en concurrence ne me paraît présenter d’issue autre. Et l’affaire ne se joue pas à terme – nous sommes en plein dedans depuis un moment.

 

 


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20 mars 2014 4 20 /03 /mars /2014 09:36

 

 

Les alliées c’est la vérole

 

C’est, avec la fameuse convergence des luttes, son masque de zombie l’unité, leur marionnette l’articulation, pourquoi pas même le « vivre ensemble » ?!, peut-être plus qu’elles encore, ou bien ça les résume, un des mirages les plus meurtriers de la vie sociale et politique. Meurtrier parce qu’un mirage vous fait voir considération, aide et sécurité là où vous attendent mépris, haine, charclage et mort dans le désert.

 

On est pourtant beaucoup à le savoir, à le re, le re-resavoir, d’expé. Mais voilà, on voudrait toujours croire que les choses (et les gentes) sont ce qu’elles se prétendent, comment elles se présentent. Et ce croyant nous nous remettons toujours en danger, jusques à extinction, épuisement.

 

Autrefois je disais que nous n’avions pas d’alliées. C’était encore trop optimiste. Plût à la diablesse que nous n’en ayons vraiment pas, non plus que de puces et de gale. Je viens de me voir rappeler que nous en avons, toujours trop dès qu’il y en a. Alliées, la glu, t’love-t’haine, velcro, acariennes, j’suis un peu t’ je te prends ton peu de place, et autres attentionnées prends soin d’toi - démerde toi. Et moi et moi et moi ! Nous sommes leurs amies –  vous savez ce que c’est que d’être l’amie de. Nous sommes même paraît-il leurs camarades (à sous statut), quand ce n’est pas leurs sœurs (quelle famille !), et ça vaut tout autant. C’est nous qui payons la noce, cela va de soi. Mais c’est bien aussi que nous y avons cru, consenti – et c’est là un euphémisme ! Quand on cherche une vérole, on n’a aucun mal à la trouver, elle est toujours disponible, elle n’a qu’à attendre – et cette attente jamais déçue marque le niveau de notre débine, de notre résignation, de nos illusions, de notre participation quoi à ce qui nous massacre.

 

Les alliées abusent. Les alliées abusent d’être alliées. Et nous nous abusons nous-mêmes de vouloir des alliées ou de les accepter. L’alliance est un des aspects contournés, hypocrites, de l’inégalité. Les alliées sont toujours vos dominantes, toujours plus fortes – on n’a jamais entendu parler d’une alliée plus faible. Déjà, avec notre obsession de l’empowerment, de l’intensité et de l’accumulation ça ne nous intéresse pas, et les plus faibles savent très bien que dans ce système elles ne sont ni ne peuvent être les alliées de personne. Les alliées apportent du capital, de cette puissance « neutre » qui nous constitue en éléments de la concurrence et de l’entrélimination ; elles apportent leur pouvoir, tellement c’est chouette le pouvoir, et elles se le gardent. Sit-in. Pique nique. Les alliées finissent toujours à votre place, elles vous la prennent, elles vous isolent, elles gobent vos liens, votre vie, se l’annexent en vous rayant de la carte, en vous jetant dans le vide, sans même avoir besoin souvent de forcer. C’est mécanique, c’est naturel, c’est le pouvoir, c’est classe !

 

Les alliées nous consomment, pour autant qu’il y a quelque chose qui leur est consommable, pas trop fibreux. Quand ce n’est pas directement, elles se promènent avec notre image sur la gueule, ça ouvre des portes paraît-il. Une fois consommées, ou tout de suite s’il s’avère qu’il n’y a rien à consommer, nous c’est poubelle, sur le couvercle de laquelle elles ne dédaignent pas de s’asseoir, de concert avec celles qui professent ouvertement la haine des transses - quand même, elles vont pas se fâcher pour ça. Ça servirait à quoi la solidarité ?

 

Les alliées ont pour principe, cela tombe sous le sens, de n’être jamais vous. Beurk. Si elles sont alliées c’est précisément à cause de et pour ça. Ce n’est pas pour partager ni combattre la stigmatisation, la violence subie, l’absence de valeur, encore moins renverser ce qui fait cette valeur par laquelle elles sont un peu mieux reconnues ; c’est pour farfouiller ce qu’elles pourront bien se mettre de côté de ce que vous pouvez encore représenter d’intéressant, de valorisable, selon les barèmes en vigueur. Á tpglande, les alliées deviennent ainsi « un peu trans », « queer », histoire de profiter de ce qui peut attirer, du versant rémunérateur de l’exotisation ; un peu, pas trop, et surtout pas exagérément féminin, pasque là comment dire, ça craint quoi.

 

Le concept même d’alliance est pourri. Il n’y a pas de bonnes alliées parce qu’il n’y pas de bonnes alliances, et pour personne, pas plus que de bons mariages ; que le principe en est la hiérarchie dans la réalisation du sujet social unique, masculin, valorisateur ; que la dynamique même en est foireuse et délétère. Il est vain d’invoquer au sujet de ce qu’elle provoque les mauvaises intentions ou les consciences défectueuses – ce qui ouvre éternellement la porte à la continuation des abus, avec les bonnes intentions, les consciences « déconstruites » et tout le bataclan moral. Il est porté par la fascination pour le pouvoir à laquelle nous n’avons pas la volonté d’échapper, que nous nous sommes résignées à ne plus critiquer, et à laquelle cependant nous succombons. Les alliances, les convergences, ce sont dans les faits et dans la logique de plus en plus souvent carrément explicite l’assentiment aux hiérarchies, l’engluage dans leur valeur et leur justice, le rappel aux ordres, qui rapidement n’en font plus qu’un seul derrière leur concurrence.

 

Réviser les rapports à la baisse, saborder les intérêts et les objectifs, démasquer les solidarités effectives qui dominent et éliminent, étrangler l’appétence, noyer l’(auto)exotisme, dissoudre les glus sociales et identistes à l’acétone, refuser les types de rapports fétichistes qui nous esquintent. S’il n’y en a pas d’autres en rayon, s’en passer, plutôt que de s’y faire. Du balai ! Et du balai aussi dans les idéaux, les balivernes dont nous nous berçons. Gardons nous d’être nos propres alliées et de faire le boulot sur nous-mêmes. Tirons conséquence de ce que nous savons, plutôt de ce que l’on nous serine et que nous voulons bêtement avaler. Ce n’est qu’en connaissant les impossibilités qu’on pourra faire place à d’autres possibilités. Ne jamais plus en faire des destins, des besoins, des désirs ni des nécessités. Et pour cela s’y rendre inutilisables.

 

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 12:35

 

 

...pour des séparatismes à venir

 

 

Rompre avec l’illusion idéaliste que le « qui/ce que nous sommes » changera magiquement par sa vertu exotique les rapports et formes sociales, laquelle nous a menées à ce jour à des tripotées d’échecs, parce que reproduisant les structures pensées « neutres » de ce dont nous voulions fuir. De ce point de vue, l’important est encore plus de quoi on se sépare, d’emblée et avant tout, que de qui on se sépare. Quoi désigne clairement ici les formes et les pratiques sociales à vocation majoritaires, convergentes, actuelles. Et cette séparation envers le quoi peut (re)déterminer en acte le qui se sépare, et de qui. Il se peut qu’on ait des surprises ; déterminons nous nettement pour qu’elles soient bonnes.

 

Rien ne sortira des tours de passe-passe néo-essentialistes que la reproduction du même ; il nous reste le principal à faire comme à défaire. Mais là encore, pour trouver ou forer des issues, peut-être nous faut-il nous débarrasser du stakhanovisme cohérentiste des solutions – autochantage qui nous injoncte de créer (encore) un monde, comme si n’en avait pas assez, et dans les faits de tout remplacer (ou de tout repeindre) en « alter- », bref mine de rien de transposer la même structure de réalité soi-disant neutre - de rapports sociaux fatalisés, naturalisés. Ne pas hésiter à en abandonner de larges pans, ça nous fera de la place pour vivre et inventer autre chose. Désinvestir. Poudre d’escarpette.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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