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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 11:41

La petite murène louche de temps en temps avec agacement sur le énième feuilleton des audacieuses françaises séquestrées par des états ou mouvements barbares et mal intentionnés, qui n’ont rien compris à leur désir de connaître. C’est pas nouveau. Quand elle était enfant il y avait déjà Françoise Claustre dans les sables du Ténéré. Plus tard il y eut la mère Aubenas qui y a gagné semble-t’il une espèce de magistère surjournalistique à parler avec autorité de tout et de rien. Et là on vient d’avoir droit à l’affaire Reiss. En attendant la prochaine qui ne tardera pas, puisqu’il s’agit de la reproduction d’une attitude sociale et de ses diverses conséquences.

Ce qui relie quand même ces mésaventures, ne vous en déplaise, c’est le principe d’exotisme. Là bas si j’y suis. Ou si s’y trouve quelque vérité dont je puisse m’arrondir. Aller se flanquer au milieu des plus excitantes émeutes, des guérillas les plus pathétiques, des civilisations et gouvernements sur lesquelles la controverse est le plus à la mode. Parce que bien sûr, ce n’est pas dans nos tristes fesses que se situe l’intérêt, la valeur et la promotion sociale chez les siennes. C’est chez le Turc ou l’Algonquin, vieille et moisie passion française et probablement un peu rousseauiste. Principale variante il est vrai : il fut un temps où on partait sans désir de retour, où on « prenait le turban » par exemple, où on s’établissait et adieu. Ça concernait peu de gentes, et fréquemment des qui s’étaient mis en position de n’avoir guère plus le choix. Ce n’est plus le cas, pas même des bobos écolos qui ont paraît-il bâti un cauchemar nommé Auroville dans les Indes orientales, pour y vivre leur fantasme purificateur au contact (ce fameux contact, ce mot dit tout…) de la civilisation indienne (mais surtout pas de la misère et de la pollution galopantes). Á gerber.

Mais l’autre version, contemporaine, c’est le tourisme militant. Lequel a, comme le militantisme en général, fusionné avec l’universitaire. On part avec quelques grades et une recommandation académique. Et en frétillant de désir de s’immerger. Et on s’immerge tellement dans la vraie vie qui bouge qu’on finit en prison, avec quelques grappes de penduEs qui se balancent aux alentours. On est quand même préservée de la pendaison, en général, quand on n’a pas eu l’idée lumineuse d’aller se ressourcer par exemple chez ceux que les médias nomment les talibans. Mais on ne sait pas quand et comment on pourra en sortir.

Bon, la petite murène n’a pas envie de faire dans la satire. Elle déteste le Canard Enchaîné et autres saloperies évidentistes du même tonneau. Ce qu’elle veut dire par là, c’est que ces affaires qui font couler bien de l’encre et du télex sont la petite corne de l’énorme iceberg de l’exotisation. De ce souci dévorant d’aller se chercher chez les autres. Si possible des autres bien autres, tellement on a appris à se détester et à se mépriser, à s’ennuyer avec soi. Et aussi appris que l’ennui c’est mal, ça participe de la frustration et là, c’est l’enfer, l’enfer de la honte. Nous sommes dans une société de la fierté, notamment dans les mouvements alterno-universitaires. Il faut pouvoir se gonfler comme des grenouilles, gonfler et resplendir de réalisation, d’expérience, de savoir. Toujours plus. Toujours plus loin. Toujours plus autre. Puisque le rêve, plus ou moins avoué selon les personnes et les idéologies, c’est de se faire autre. La petite murène en a connu qui s’affublaient de noms arabes et cherchaient à ne coucher qu’avec des « racisées », par exemple, pour faire bonne figure dans notre pays islamophobe et contenter leur masochisme envahissant. Ah c’est que ça vous change la moelle des os de vous appeler avec un K dans le nom (ah non, pas Karine, ça c’est nul !) et de vous promener au bras d’une personne bien typée, comme on dit. Mais il est vrai qu’aller serrer la paluche à des guérillères Kurdes ou faire sa thèse à Téhéran, là aussi ça vous pose en vous-même, ce vous-même qui justement ne peut prendre de valeur qu’en se remplissant de ces autres, de leur image correctement lissée, et en s’éloignant de notre triste destinée pâlote, à jamais répudiée (à part l’héritage des parents quand il y en a, évidemment). Les renégatEs du dix-septième, par exemple, acceptaient d’être des mortEs civilEs dans leur pays d’origine. RayéEs des cadres. Á l’époque des avions, d’internet et des identités multiples, on a fait fi de ces limitations. On n’a plus à choisir, dieu merci. On collectionne et accumule.

Identités multiples et multipliées, du reste. Ce que les alternotes et compagnie cherchent dans les collectifs, c’est déjà à dépasser cette triste enveloppe qui nous fait irrémédiablement unes. Uniques au mauvais sens du terme, limitées, pauvres quoi. Et du coup, une des magies de l’exotisation, c’est de brancher nos tristes personnes enfermées dans leur peau sur des peuples entiers, des destinées époustouflantes. Encore mieux que le mille-pattes collectif blanchouillon, hein ? Étrange évolution du rapport de la fameuse individualité occidentale et chrétienne (ah ah !) au fourmillement enrichissant des autres. On peut difficilement se montrer plus cynique dans la reconduction du vieux rapport raciste et colonisateur…

La petite murène vous dit ça – elle y a trempé aussi, elle a pataugé dans cet enthousiasme fétide. Elle se rappelle, ça c’est en plus le summum du tourisme militant bien-pensant, une « mission civile » en Palestine, par exemple. Et plus tard d’avoir suivi avec entrain une de ces « néo-K » chez les « indigènes ». D’y avoir battu sa coulpe en chœur et répété avec componction des aberrations essentialistes qui ne se distinguaient que pour avoir été inversées. D’avoir joué la petite Delphy quoi. Ah elle en est pas fière d’avoir participé à ces faux débats d’abruties. D’avoir fait taire le doute. Marché en cadence. Obéi. Elle en a été récompensée par les plus ignobles saloperies. Elle dirait somme toute « bien fait », bien fait pour avoir été aussi bête, si justement ce « bien fait » ne participait pas encore de tout ce cirque « là bas si j’y suis ». Et de la déresponsabilisation généralisée. Elle n’est pas là bas, elle n’est pas ailleurs. Sa pauvreté est sa pauvreté mais sa haine est aussi sa haine, on en verra peut-être les effets quelque jour.

Bref voilà. Les sentiments et réflexion qui l’agitent à lire les articles sur les péripéties de cette universitaire manifestante. Mais surtout sur la passion sociale qui anime tout ce qui dans ce pays ne se veut pas ou plus « bourge » ou « norméE ». Normée ou exotisme. Binarité de cauchemar. Est-ce que les Chartreux y échappent ? Comment échapper, oui, à cette alternative de plus en plus tyrannique, à cette confiscation du possible par des attitudes et positions de plus en plus rigides, répétitives et misérables pour ne pas paraître pauvres ? Mesquine ou envahissante, le beau menu…

On a l’impression d’une fuite éperdue devant l’éventualité de se reconnaître (et d’ainsi pouvoir reconnaître autrui autrement que comme une fonction sociale et un appât existentiel). Fuite considérablement facilitée par des moyens techniques (véhicules, télécommunications) que Jeanne Bloy, encore elle, décrivait dès 1900 comme une accumulation de possibilités de se débiner, justement. De se débiner physiquement mais aussi moralement et existentiellement !

Il va de soi que la case prison au beau milieu de cette débauche de mouvement ne peut apparaître que comme un scandale. Immobilité et réclusion ! Hé oui, l’exotisme a ses risques, puisque c’est ainsi que l’on nomme les fatalités logiques en cette époque d’assurances et de tribunaux. On passe sous un bulldozer blindé, on se prend une rafale d’arme automatique (auquel cas on passe martyre, car il ne faut rien laisser perdre) ; ou bien on stagne dans une geôle. Le traitement de l’affaire est d’ailleurs un peu compliqué, notamment dans les deux premiers cas. On ne peut, ici, trop le dénoncer comme un scandale, parce que ce serait oublier que les gentes qui vivent là bas subissent ça tous les jours, anonymement. Et que c’est pour le progrès de l’humanité. D’où la voie moyenne du « martyre », pas trop célébré non plus. La rage exotique a ses pudeurs. De toute manière il n’y a plus personne à sauver.

Dans le cas de l’emprisonnement, c’est une autre affaire. Encore une fois, la petite murène se fiche de la cuisine qui se joue en pareil cas et des divers enjeux. Ce qui lui fait souci c’est ce qui mène à ça et le monde idéologique qui va avec. D’ailleurs, il n’est pas même indispensable d’aller sous une autre latitude pour faire l’expérience : comme signalé plus haut, il y a de nombreuses opportunités dans ce pays même. Y compris de se retrouver en prison, mutilée ou morte. De se retrouver martyre ou scandale médiatique en étant sortie de soi, en ayant revêtu quelque défroque idéalisée. C’est encore arrivé il n’y a pas très longtemps. Et les comédies jouées autour ont dépassé tout ce qu’on avait vu depuis longtemps en stupidité bienveillante.

Tout pour ne pas se retrouver seule avec soi, avec son histoire, sans valeur ajoutée. On a la désagréable impression que c’est devenu (mais depuis quand ?) l’unique enjeu réel de ce qu’on pourrait appeler rébellion, sous nos latitudes…

 

Dans ses Prisons, la très grande Marguerite de Navarre pose en troisième et suprême lieu de détention, dont il se faut évader, la science, l’obsession de la transformation de soi par l’accumulation de connaissance, de certitudes et de découvertes. Je crois que c’est une des très rares qui aient eu conscience de cela dans notre histoire de plus en plus positiviste. C’est en nous et dans notre propre pauvreté que nous avons à chercher. Elle est sans fond.

 

La petite murène

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:32

Relation, amour, hétérogrouinke, et même enfantement (mal ô ventre !). Voilà le beau programme qui apparaît en bandeau dans une pub animée quand vous regardez le Monde sur internet. Une pub pour une sorte de banque. Évidemment c’est la millionième et il y en aura encore un million. Mais ça fait gerber ; ça agresse, comme on dit en novlangue. Après, eh, y a qu’à pas aller sur internet si on veut éviter les pubs ignobles. Incontestablement. Et ne pas marcher trop dans les rues des villes aussi. Plus lire, plus regarder les films. Crever quoi.

Beh oui, ce n’est pas parce qu’on se fait assassiner chez les féministes, quand on n’est pas dans la ligne de ce qu’il faut penser et être, qu’on en devient béatement satisfaite de respirer le nuage patriarcal et relationniste. On souligne bien relationniste, parce que, chose étonnante, toutes les belles « doctrines du ressenti », que ce soient celles de la famille hétéra ou de ses diverses copies relationnelles « déviantes » (on allait écrire « copines », hé hé) passent par cet énorme tuyau aspirant : la célébration des relations, la dénonciation de la solitude. C’est ce qui apparaît en plein ou en filigrane dans toutes les pubs (au sens large du terme ; une pub ne sert pas forcément qu’à vendre monétairement un objet ou un service. Tout ce qui incite au bien est une pub).

Or il s’agit, quand on y fait un peu gaffe, d’un véritable bombardement. Une part énorme des messages dont nous ruisselons comme de crachats n’a au fond pour seul argument que « être ensemble c’est bien, être seule c’est mal ». Avec évidemment tous les sous-entendus d’une époque où se renifler le cul est considéré comme le mode d’épanouissement inévitable et suprême (« le plaisir – sexuel évidemment – c’est bien ; la frustration c’est mal »). Et bien entendu, les nanas forcées à séduire, squelettiques et cadavériques, et les mecs à la fois suaves et maîtres du jeu. C’est fou à quel point, depuis quelques années, les rôles dans la pub et dans la culture en général sont redevenus cyniques et outranciers. Et à quel point ça passe, sans doute parce c’est ce qui est demandé…

Bref, pub patriarcale, incontestablement ; ça fiche mal au ventre, physiquement, de se prendre ça dans le caisson. Mais aussi pub relationniste, et c’est probable que les deux sont liés, depuis des temps sans doute immémoriaux. C’est pourquoi ça ne fait pas moins mal au ventre, finalement, de subir les Têtu ou les publications « subversives » qui toutes subordonnent la valeur à un type ou à un autre de relation (et c’est d’ailleurs fort peu varié, par force, finalement ; en gros ce qui est censé changer est le nombre de personnes avec qui on baise…).

Cercle vicieux. Bien évidemment, si c’est ce genre de message qui revient toujours, c’est qu’il est réclamé avec avidité. De même qu’un film ou un bouquin sans histoire d’amour, sous une forme quelconque, va ennuyer et désorienter une bonne partie du peuple. C’est malheureux mais on a ce qu’on demande, somme toute.  

C’est terrible parce que, superficiellement, ça finit par donner une espèce de vernis de fausse lucidité à des déclarations en elles-mêmes pitoyables, mais qui, dans leur énoncé, contiennent à un moment une suite dont la pertinence formelle saute aux yeux (de qui n’est pas dans le cirque). Ainsi du triste histrion qui, à la honte même de bien des catholiques, occupe actuellement la Chaire de St Pierre, et qui vient de gratifier les ouailles portugaises de considérations vite fait sur le gaz au sujet de la « société du désir et du plaisir », qui engendre les propres « nuisances » qu’elle prétend par ailleurs combattre (violences, pressions à la performance, concurrence acharnée à la « réalisation »…).

C’est terrible parce que formellement il a raison, le bougre, dans ce qu’il dit là. Enfin… dans une certaine mesure vu qu’avant cette société la continence et le respect ne semblent pas voir été plus suivis comme voies de comportement possible...

On ne peut échapper alors au vertige qu’en se rappelant que, l’idéologie du plaisir étant historiquement conssubstantielle au libéralisme, on la retrouve… jusque dans cette église qui court après les dernières franges de la modernité pour se faire bienvenir. Il n’est que de lire par exemple les hilarants articles « familiaux » de Famille Chrétienne, organe clérical fort peu « réformateur », sur l’épanouissement personnel, sexuel ou ce genre de choses (dans le couple hétéro et prolifique bien entendu – mais cette imposition de cadre est elle plus impertinente, incohérente en elle-même que la « non-monogamie safe » des alternotes ?). Eh oui, que ce soit le collectif x, notre amie du centre lgbt Le Doaré ou Benoît XVI, tous dans ce même bateau.

Bon, évidemment point trop n’en faut. Anathématiser la terre entière en aplanissant et en niant la réalité des plus vieilles oppositions est aussi se fourvoyer définitivement. Benoît XVI n’est ni Le Doaré ni les alternotes de l’axe du Bien. Et encore moins le contenu de la pub pour Axa. Et réciproquement. Heureusement. On tombe facilement dans l’illusion que tout ce qui est ailleurs est même, par principe ou par volonté. Ça simplifie le monde à outrance et ça s’autonourrit. Il est bien plaisant pourtant de grossir les choses qu’on voudrait faire voir et que le regard fuit. Mais il ne faut pas se mettre à y croire, et encore moins à le savoir, pasque là on est foutue.

N’empêche, le fil rouge de la valorisation implicite ou explicite des « relations z’et sexualités » comme valeur fondamentale se retrouve bien un peu partout quand on mâche les différents sandwichs.

Et on est pris du vertige évoqué plus haut quand tout cela apparaît concentré dans les deux frimousses sur fond de pièce de monnaie qui se rejoignent (!) dans la pub en question.

 

 

La petite murène

 

 

PS : évidemment les militantes revendicatrices vont sortir du chapeau la "lutte contre les pubs sexistes". Ce qui se tient et est bien agréable (bling crash !). Mais aussi revient toujours à externaliser le mal et à réclamer (donc à se mettre en dépendance et à attendre d'autrui, fut-ce sous la pression).

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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 13:31

http://www.starwizz.com/decouvrez-barbie-transsexuelle-lors-dune-exposition-en-espagne-41468

 

Je me disais, on va faire dans le léger - mais en ces sales temps le léger est incroyablement lourd.

 

Voilà ce qu'un artisteux, probablement à haut niveau de prétention militante et philanthropique, nous chie dans une expo en Espagne, une barbie trans.

 

Je dois avouer, quand j'ai vu la chose annoncée, j'ai d'abord tressailli d'espoir. Une barbie mtf, avec notre sale gueule à mâchoire un peu large, nos grands pieds zet nos grandes paluches, notre lârge front... Notre "illégitimité" sur pattes quoi, la vraie, qu'on montre partout, dans le bus, etc. Qu'on rabote à coups de rabot électrique dans toutes les cliniques esthétiques. Voilà qui allait bousculer un peu, ou simplement introduire réflexion sur les limites inhérentes à ce monde.

 

Ben non, pupuce a juste pris une barbie honnêtement anorexique, un peu bronzée pour faire antira, tout à fait ce que ne sont même pas les nanas bio, quoi, et il lui a simplement - collé une bite. Awalà ! Vous avez une trans. D'ailleurs, effectivement, dans les fantasmes de ce genre de gentes une trans c'est une femme à bite, point. Opérée elle vaut d'ailleurs plus rien, avec ses problèmes urinaires, n'est-ce pas ? Allait pas lui mettre la tête de Ken (ce qui pourtant aurait été bien moins stupide).

Et de manière plus générale, c'est évident que dans un monde complètement obsédé par la baise, le sexe et la génitalité, c'est la bite qui fait la trans et rien d'autre. Nos "histoire sociales", comme on dit en novlangue, se résument - à tout point de vue ! - à ce qu'on a entre les jambes. Le reste on préfère même oublier.

 

Tout ça est à gerber.

 

 

PS : allez, la citation de la décade :

« On voit bien, à la façon dont Il nous a traitées, que Dieu est un homme.  »

                                                                                      Mme de Tencin

 

 

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 13:00

On raconte que, lors de la guerre entreprise contre le Mexique, Henry David Thoreau, ayant refusé d’acquitter ses contributions pour n’y pas contribuer, fut emprisonné. Et qu’un de ses amis l’ayant et lui ayant demandé « mais pourquoi êtes-vous là », il lui aurait répondu « pourquoi n’y êtes vous pas ». On fait de cette scène un mythe fondateur de la désobéissance civile.

« Pourquoi êtes vous-là ? » - la question semble un tantinet stupide… mais la réponse, ou plus exactement la répartie, est tout à fait redoutable, elle fonde le puits de roublardise sincère dans lequel nous nous jetons les unes les autres à la file, et où celles qui ont le dessous périssent empoisonnées. Car le liquide qui y croupit est vénéneux.

 

Á partir du moment où elle n’est plus un acte délibéré, c'est-à-dire de volonté et de nécessité, mais un acte incité, la désertion ou la désobéissance deviennent des oxymores et des absurdités d’une logique comparable à celle de tous les ismes. Et avec les même conséquences de grégarité, de bien-pensance, de peur et surtout de travestissement des enjeux.

 

Le « Pourquoi n’y êtes vous pas ? » d’un Thoreau figure une racine de cette aberration, qui manque au principe de s’occuper de ses fesses. Le souci qui en sourd est celui de se répandre. Il m’a hanté bien des années, comme il hante et possède, au même titre que les fameuses idées, toutes les militantes et autres bienfaitrices de l’humanité. Répandre une interrogation. Le piège. Si on cherche à répandre, on ajoute comme condition à la présence de cette interrogation sa multiplication en idées sur pattes. On a d’ores et déjà sauté à pieds joints dans la mare. On commence dès lors à offrir une reconnaissance, et même la reconnaissance, en échange de l’identification, de l’acquiescement. On est en plein dans le marché de dupes (relativement il est vrai ; tout le monde est trompé, se trompe réciproquement, mais celles qui en pâtissent sont une minorité). Mais il est patent que, dupes ou pas dupes, le marché, la bourse et la fripe commencent là.

 

Le « Pourquoi n’y êtes vous pas ? », qui recèle implicitement autant et plus de reconnaissance qu’il exige d’obligation et d’abdication, représente ici la main tendue qu’on rencontre souvent avec l’urbanité bien-intentionnée sur le chemin de la vie, et qu’il faut surtout bien se garder de saisir ! Elle colle après indéfectiblement, comme la tunique de Nessus, instille petit à petit son venin, et on est amenée à s’amputer, quelquefois fort haut, pour s’en libérer. Quand il en est encore temps.

 

Il faut en outre y faire bien gaffe. En effet, la main tendue, au-delà du cas banal de l’attrait propre à l’appât social de la reconnaissance égalitaire (« viens donc avec nous), peut être aussi présentée comme « en détresse » ; à aider (viens donc pour nous mais le pour se surajoute en réalité à l’avec). C’est d’ailleurs un des principaux travestissements de l’affaire. On se sent un devoir moral de générosité, de vouloir s’identifier à, même si ce n’est pas encore le jeu de la redevabilité mathématico-politique (qui arrive généralement un peu après, quand on est déjà coincée par l’arnaque à la pseudo-reconnaissance. Au fond, ce qui gît toujours derrière c’est « viens avec nous, tu seras comme nous » - puisque la grande malédiction contemporaine paraît d’être ce qu’on est, et le premier désir d’être quelqu’une d’autre ! C’est là le tordu de la promesse à travers la demande. La main vous suggère de venir là où est sa porteuse, ou du moins plus près, de changer de place dans le monde, quoi. Sous le beau parapluie du principe d’identification, mais aussi de solidarité. Solidarité – une des autres piques de la grande arnaque. Solidaires, soudées, déplacées. Evidemment nous rêvons avec obstination d’être déplacées, que ce soit en princesses, en lesbiennes, en squatteuses, en soumises, que sais-je encore… Ces bons vieux rêves collectifs qui tournent vite au cauchemar.

La main vous demande le déplacement, mais aussi d’articuler un acte de foi. C’est là où vous êtes prise : vous l’avez dit. Que ce soit à la première personne (engagement) ou à la troisième (énonciation d’une « vérité nouvelle » ou d’un « fait social »). Ça vous mène beaucoup plus profond que vous pensez, et en même temps beaucoup moins loin. Dans la vase du marigot. Cette parole vous lie. On vous jette une nouvelle peau sur les épaules. Gare !

 

La main tendue est une arnaque à la reconnaissance, une parmi tant d’autres devrais-je dire… C’est aussi une arnaque à l’utilité. C’est un grand crime en notre siècle que d’être ou de se sentir inutile. D’autant qu’on l’assimile désormais tout à fait abusivement, selon la doctrine selon laquelle tout le monde doit à tout le monde, à être à charge d’autrui. Nous sommes en un temps farci d’utilitarisme, où l’on parle répétitivement de l’intérêt comme de la plus tangible réalité, empilable et amassable, alors qu’il s’agit encore une fois d’un obtus paquet abstrait, un autre de ces travestissements de la réalité. Et c’est précisément ce principe d’utilité qui, après les torsions convenables, cimente le vivre sur dos les unes des autres, le revendiquer et le réclamer sans interruption comme condition essentielle de l’existence individuelle comme collective. Être inutile, si toutefois cela se peut, serait plutôt y échapper…

L’attrape à l’utilité est ancienne, aussi ancienne que ce que d’aucuns appellent à tort ou à raison la modernité. On en voit en tous cas poindre les principes et obligations dès le seizième siècle, et petit à petit grignoter les archaïsmes. Je crois toutefois qu’elle a fait un nouveau saut de grenouille, dans notre époque, lorsque utilitarisme, notion d’intérêt comme comptabilité du réel, et plus récemment sans doute le care et ce genre de choses ont été posés, explicitement, comme conditions au (« plus grand ») bonheur (« possible ») que l’on doit évidemment rechercher et même imposer (puisque le préambule de la constitution américaine même, concentré du XVIIIème siècle, le disait déjà). Le terrain était bien ameubli. J’ai moi-même fait partie d’un des petits groupes, les antispés, qui ont véhiculé ce fléau dans leurs brouettes. Je n’en suis pas autrement fière, vous vous en doutez.

 

La question n’est évidemment pas de savoir s’il faudrait être utile ou inutile. Elle est biaisée dès le savoir et dès le il faudrait. Et enfin, de voir les résultats de cette course à l’utilité et de cette comptabilité des intérêts, bref de cette entredévoration, il y a de quoi nourrir des doutes sur l’ensemble de cette logique.

Le il faut, en tous cas, est tout entier dans la main tendue. Là commence une des suites mathématiques de l’implicite. L’attitude envers les choses, et tout ce qui est tapi derrière le paravent.

 

Une des grandes promesses de la « subversion » ou autres alternatives serait justement de ne plus être tout à fait de ce monde. Tout en y étant. Tout bénef si j’ose dire. Je tiens donc que c’est une tromperie. La désertion ne s’incite ni ne se décrète, d’une part, et on ne peut pas prétendre à quitter ce monde en y restant. Parce qu’il y a aussi cette torsion, qui ramène à ce qu’on serait, ne voudrait pas être ou deviendrait. Eh ben je suis persuadée finalement qu’on ne devient rien, fondamentalement. On peut juste se déplacer un peu. Se retirer. On ne déserte pas vers une main tendue. On part seule devant – ou derrière soi.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:37

Pour ne plus devenir prisonnière des bonnes intentions, de la militance, du féminisme, de l’antiracisme, de la « déconstruction » et autres cages à bons points et faux débats.

 

Déjà vous aurez remarqué que j’écris prisonnière au singulier. Beh oui – parce que je crois désormais, après une trop longue expérience (mais j’ai la tête lente et l’auto-estime émiettée), que la première cage sur ce chemin est le pluriel. La terreur de rester seule. De ne pas se voir agrégée. De devoir prendre parti et choisir sans garantie collective.

Bien sûr, si j’écris, c’est pour d’autres – et tout d’abord dans l’espoir que ça servira à ce que quelques unes échappent à ces papiers tue-mouches qui pendent en travers de tous les carrefours de la sociabilité militante.

 

On a pris, depuis bien deux siècles, et un peu partout, notamment en france, le pli obligatoire de partir des idées, forcément productrices de réalité et dispensatrices du bien commun.

J’ai toujours eu tendance, depuis l’enfance, et dans une vie qui n’a jamais été drôle, voire un tantinet cauchemardesque, de partir des conséquences et des résultats pour juger des prédicats et des systèmes. J’ai laissé trop souvent contrarier cette pente par la loyauté aux dogmes qu’on me proposait en m’alléchant par leur rigueur morale. Quand on est une vieille chrétienne on ne se refait pas, hélas…

C’est d’autant plus étonnant, parce que ces résultats, les comportements engendrés quoi, ouvrent pourtant toutes grandes d’impressionnantes fenêtres sur les motifs immédiats et réels, les enjeux quoi, de la course, de la bousculade même, pour se trouver au bon endroit, au bon moment, avec le bon badge et la bonne idée. J’ai déjà dit ailleurs qu’un des caractères majeurs de l’idéologie, et peut être un de ses buts, est le travestissement des enjeux. C’est d’ailleurs pas moi qui l’ai découvert, je vous prie de me croire…

 

Mais bon, on a tellement pris aussi cette sale habitude de tout justifier, d’alléguer le bonheur futur jusques devant des charniers et des camps, bref de « casser des œufs » - si possible autres que soi – pour en confectionner la fameuse omelette de félicité, que même l’évidence n’émeut plus personne, bien au contraire.

 

On arrive même à se mentir, et donc à mentir à autrui - disons, dans une certaine mesure (oui, je ne crois plus à la sincérité béate ni rageuse de mes ex-camarades), et à devenir une bonne et efficace paveuse de l’enfer des bonnes intentions.

C’est ça aussi : j’ai toujours refusé de croire que les gentes étaient des imbéciles. Elles m’ont toujours au contraire impressionnée. C’est probablement dans mes périodes d’adhésion maximale à leurs idées que je les ai le plus prises pour des connes, relativement – de croire justement à leur sincérité. Quant à moi, je me vois comme une jobarde incurable, particulièrement peu intelligente, ce qui m’a désignée toute ma vie pour être abusée et dupée à répétition, mais aussi, finalement, qui me sauve à la fin et m’ôte de cette entreprise obstinée de vessies et lanternes. Tout simplement parce que je ne suis pas assez maligne pour suivre, pour triturer la réalité à la même vitesse que les bonnes militantes, ni pour prévoir les changements de cap et retourner ma veste assez vite. Je crois enfin trop facilement à ce qu’on m’affirme ou me jure. J’en reste au mot et ne sais pas lire entre les lignes.

Je suis une intellectuelle, je n’en ai d’ailleurs absolument pas honte, mais une intellectuelle par accumulation, sans étincelles. Une intellectuelle pas douée. C’est pour ça qu’à quarante cinq ans j’en suis juste à me dépêtrer de ce dont bien d’autres se sont dégagées à trente.

Je suis pauvre d’esprit. Et ça me va très bien. Je juge et jugerai ainsi désormais strictement au ras des pâquerettes, c'est-à-dire des conséquences et des faits.

 

C’est pour cela que je vais causer de ce que j’annonce au départ, ces idéologies qui tiennent une grande part dans un certain monde politique et moral contemporain, qu’il soit institutionnel ou alternatif – d’un point de vue qu’on pourra juger subjectif, parce qu’il ne sera pas systématique. Je vais parler des effets que j’en ai vus. Et remonter un peu, mais depuis ces effets. Je suis en effet intimement convaincue de ce principe de plouque : qu’aux fruits on connaît l’arbre.

 

Le plus drôle est que j’avais déjà mené cette enquête, avec la même méthode, il y a quinze ans, en m’extirpant de l’antispécisme. Où j’avais somme toute identifié des buts et des passions, des dissimulations et des mensonges à peu près semblables, dans ce petit troupeau, à ce que j’ai vu en grand dans les dernières années, depuis 2000 disons, dans le féminisme « déconstructeur », l’antiracisme et ce qui tourne assez largement autour, bref les obsédants faux débats qui dévalent de partout comme des cascades en période de crue. Faux débats parce que les buts immédiats des grandes démonstrations et professions de foi ne sont pas ceux qui sont prétendus. Mais aussi parce que, de ce fait, l’auto-arnaque est générale, parce qu’il faut bien se structurer et s’appuyer sur une cohérence interne, et qu’on assiste à d’hallucinantes reconstructions, tout aussi tordues que, si on veut, l’excipement par un gouvernement de raisons de « sécurité » (passion qu’il partage avec les alternotes qui l’appellent « safety) pour promulguer une loi essentiellement raciste et surtout stupide.

C'est-à-dire – et je sais que c’est redoutable parce que ce sont quelquefois les arguments aussi d’autres idéologues, celleux de la réaction – que les objets mis en avant sont dans les faits des prétextes à un tout autre jeu.

Mais justement : parmi les principes désastreux de ce genre d’approche, il y a celui de ne pas dire quelque chose quand ça pourrait ressembler, de près ou de loin, à la critique des méchants criminels ennemis de l’humanité. La vraie raison à mon sens n’étant pas de ne pas « faire objectivement leur jeu » ou pas, mais juste de se préserver soi de l’accusation qui tue…

 

Par exemple, dans l’antiracisme « déconstructeur » en milieu « de genre », j’ai assisté principalement à la surenchère de nanas « blanches » hypocrites et avides, terrorisées par la simple idée de ce qu’elles sont, courant après les « racisées » pour s’en faire bienvenir dans une grimace de soumission (un peu comme les mecs proféministes après les nanas), ainsi que pour coucher avec puisque c’est la sanction sociale suprême d’une société obsédée par la sexualité comme valeur fondatrice. Et au revers, courant à reculons vers elles, des « racisées » paranoïaques, abusives, assoiffées de pouvoir et qui tombaient rapidement dans le puits de l’image dithyrambique d’infaillibilité essentielle que leur présentaient les « blanches » comme un miroir ! Bref l’arnaque réciproque dans des trombes d’obséquiosité et de « reconstruction » de la réalité. Un véritable assaut de stupidité volontaire prêtée et rendue. J’avoue que c’était tellement gros, arrogant, que j’y ai cru un moment – un peu gênée quand même des fois par l’abêtissement délibérément réducteur, le manichéisme binaire (tiens le revoilà çui-là) et le « tout va dans l’même sens » consécutifs… Et par l’usage répété des prétextes « politiques » à visée… relationnelle, pour rester prude… Je mentionne juste en passant, parce que ce sont des corollaires qu’on rencontre absolument partout, la pratique généralisée de la culpabilité, et la passion pour la surveillance, nommée joliment vigilance, comme dans les partis totalitaires ou les vigipirates démocratiques. Des fois on dit softement attention ou bienveillance, mais ça veut dire la même chose.

Je donne cet exemple, parce que je l’ai vu de près et qu’actuellement il est particulièrement gratiné – mais dans tous les coins, de l’alternative comme ailleurs, et sur une foultitude de thèmes, on en est à des fonctionnements similaires. J’ai vécu ça aussi dans la transphilie en vogue, tout à fait conditionnelle du reste : il faut être, surtout mtf, une bonne trans, sans quoi on est moins que rien. De même dans l’antiracisme : on est déconstruite ou on n’est pas.

Tout ça pour, en somme, se fuir, d’un côté comme de l’autre, sans parler du troisième et du dixième. L’exotisme, et le néo-essentialisme des « histoires sociales » qui seraient la source de tout (comme de son contraire), sont les expressions devenues bien étranges et tordues de ce narcissisme généralisé et solipsiste que d’aucunEs voyaient poindre depuis quelques décennies. Avant il fallait « être soi-même », ce qui était déjà tyrannique et hors de prix ; désormais il faut, consciemment ou pas du reste, « être ce qui est bien », et qui est toujours, positivement ou a contrario, véhiculé ou signifié par une « autre », cet indispensable « autre », ou plutôt image d’autre. Mais surtout il faut se fuir – le péché originel, bouh ! Et abolir toute forme de reconnaissance d’un soi comme d’autres et d’un réel trop prosaïques. Trop pauvres. Il les faut enrichir d’idées, de statuts, de certitudes, de désirs et que sais-je encore – et de fait les, nous remplacer et travestir.

Tout cela mène à un curieux ballet d’expropriation réciproque et obligatoire. Comme dans ces jeux qui sont tant prisés dans certains milieux, et où on doit tout être à l’exception de soi-même. Sauf que là le jeu est grandeur nature et les dégâts aussi.

On s’étonnera donc à peine que, pendant ce temps et dans ces conditions, les rapports sociaux et personnels réels n’évoluent guère vers du mieux, ni même vers du plus clair, mais plongent plutôt dans l’inconscience, la violence, l’irresponsabilité et même la folie furieuse. Et je ne parle là que du troupeau des « conscientisées » - quoique ce qui s’y passe finit par ressembler assez à ce qui se passe partout ailleurs.

 

Cette attitude – parce qu’au fond je crois que ça se tient d’abord dans l’attitude – me semble donner juste une catastrophe, ou une kyrielle de catastrophes. Où évidemment les unes agrippées aux autres basculent à la suite dans le même trou. C’est d’ailleurs sinistrement comique de penser à toutes les tirades sur les « spécificités » et les « légitimités », les « irréductibilités » et la mauvaiseté horrible de « l’universalisme » - et de voir toutes celles qui clament ça marcher résolument dans les mêmes directions et avec la même logique, se courir après et se vautrer ensemble… Le minimum, même dans les illusions d’ordonnancement du monde, aurait été de s’éloigner les unes des autres et de creuser son propre lopin. Et de ne plus rien se réclamer ! Que d’chique, c’est au contraire la ruée sur la même bourse. Je crois qu’une pareille apparente inconséquence révèle à elle seule l’enjeu effectif.

D’ailleurs je me fiche des baffes : je l’avais déjà compris et écrit il y a quinze ans. Mais le clinquant des « nouvelles luttes » et l’autorité culpabilisante de quelques hamsters m’avaient troublé l’esprit… on va dire… J’avais même cru devoir « m’y retrouver » à la faveur d’une transition mtf – alors qu’on ne peut pas se « retrouver » dans une entreprise visant à se perdre à tout prix ; à mettre à la ddass sa pauvre défroque pour l’échanger contre je ne sais quel avatar de jeu vidéo. Il m’a fallu longtemps pour me rendre compte, en causant avec une amie et en retrouvant la mémoire, que ma transition n’avait pas grand’chose à voir avec un « acte politique », comme on dit en novlangue, et heureusement ! – mais que c’était la seule manière de la rendre lisible, acceptable, assez pleine quoi, aux yeux à facettes de ce milieu. Que c’était tout simplement mon affaire, mon histoire si on tient à ce mot, et que j’en ai été littéralement expropriée par toutes les bonnes volontés adjacentes ! Il me reste aujourd’hui à en ramasser les débris et à partir avec ça, que je ne laisserai plus tripoter par quiconque. Avertissement sans frais pour d’autres !

Ne vous laissez pas tripoter, ni physiquement, ni moralement – et encore moins politiquement. Car alors vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même de tout ce qu’on vous aura fait subir !

 

S’en prendre à soi-même. Tiens. Voilà bien l’antithèse du cantique dévastateur hurlé par toutes les bouches dans l’enfer du politiquement correct. J’en parlais avec une amie, il y a quelques temps, qui, comme moi, est native de ce que j’appelle l’époque de la névrose, qui a du se finir au milieu des années 60, et dont je trouve les produits humains et comportementaux infiniment plus aimables que ceux de l’âge de la schizophrénie qui l’a suivi incontinent.

J’ai parlé plus haut de cette rage de ne pas vouloir rester en soi-même, et d’en sortir à tout prix. Soit. Mais on ne peut pas vivre dans le vide, ah ça c’est  pas possible, nous ne sommes pas des esprits (hélas me dis-je souvent). Il nous faut ces défroques, ces identités, après lesquelles nous courons. Et si nous ne voulons pas de la nôtre, trop simple et gueuse, eh bien il nous faut nécessairement aller prendre celle d’autrui, nous y introduire, la dépecer à plusieurs au besoin s’il y a résistance. Et voilà la fatalité de l’expropriation que j’évoquais.

Un de ses aspects est de passer son temps et énergie à réclamer. Á se réclamer les unes les autres tout ce qu’on s’est potentiellement arraché et même le reste, dans cette foire épouvantable où on ne peut vivre que sur autrui ! Ce qui indique corollairement le refus comme l’incapacité absolue de s’en prendre à soi-même, comme de prendre sur soi ! Il nous faut toujours un bouquet de coupables et de débitrices sur notre table de nuit. On peut même en venir à inventer les maux pour pouvoir aller glaner dans le champ social ! Mais inventés ou pas, là n’est pas la question. Ça fait juste partie du travestissement généralisé des enjeux, là aussi. Et de l’existence sociale : n’existe que celle à qui on doit quelque chose.

J’ai mis moi-même trop d’années à me rendre compte que toute cette affaire ne tient pas plus debout que ces combinaisons folles pour amasser des thunes, qui ne fonctionnent que si le groupe thésaurisant s’accroît toujours. Ce qui d’ailleurs fait une fois de plus le lien avec l’idéologie libérale d’un monde potentiellement infini et ouvert à toutes les croissances ! J’ai moi-même réclamé. Je ne voulais pas être en reste… L’imbécile !

Je parlais donc avec cette personne de choses qu’une autre lui réclamait, de la reconnaissance ou je ne sais quoi. Ce qui d’ailleurs est ahurissant parce que c’est certainement une des personnes qui devrait le moins aux autres, même dans la logique effrénée de redevabilité – mais là aussi il y a la fatalité qui veut qu’on demande le plus à celles qui sont le moins. Et il nous apparaissait à toutes deux que c’était bien bel et beau, mais qu’un monde qui n’était plus qu’un concert de réclamations, et où personne ne voulait simplement prendre sur elle sa vie et ce qu’il y a dedans, ou pas, eh bien deviendrait à faible échéance tout à fait invivable, comme l’est, précisément, le monde économique des compagnies d’assurance où tout a un prix, et où surtout ce prix est toujours exigible à autrui. Que finalement ça retombe sur les plus faibles est par ailleurs une banale constante.

Une autre connaissance, elle aussi de la vieille branche, m’écrivait il y a peu que la dégoûtait ce monde « où on préfère mentir que souffrir ». Voilà qui nous concerne aussi directement. C’est vrai que ça coûterait cher de ne plus travestir choses et gentes ; dans le sens où d’un coup toute l’accumulation boursière que constituent la valorisation sociale et les réclamations innombrables tombent alors au néant. Le krach ! Toutes en chemise ! Et quant à accepter de souffrir, ou simplement de ne pas tout avoir, voilà un scandale en notre époque de bien-être. Il y faut forcément des coupables.

Voilà qui me tire par le bout de la jupe bien loin de la militance contemporaine, indubitablement. Prendre sur soi. La malédiction ! Ce qu’on est décidées à éviter au prix de la vie s’il le faut, la sienne comme celle des autres ; comme de la réalité. Oulà. Ça va loin… Ça va aussi loin que la folie dans laquelle je suis persuadée que nous basculons en ce moment même, avec toutes nos idées infaillibles et nos belles connaissances. Faute de savoir revenir sur nous et nous occuper de nos fesses.

Je crois très précisément que pour sortir des cages il faut rentrer en soi-même. C’est je crois le seul moyen actuel pour n’être ni happée ni prisonnière. Et sortir de ce monopoly débile et maniaque.

C’est ce que j’appelais déjà il y a longtemps une autre forme de décroissance : abandonner ses prétentions. Et plutôt que d’exiger un maximum impossible et littéralement meurtrier, comme je l’ai fait bêtement moi-même au nom d’une égalité de gavage, vivre sur un minimum. Et commencer par soi.

Prendre sur soi me paraît l’indispensable remède à la rage de travestissement incroyablement coûteuse des gentes, des faits et des choses à laquelle nous nous livrons, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, et où nous nous sommes perdues.

  

Ne plus. C’est quand même hallucinant que nous répétions régulièrement ces deux petits mots qui n’ont l’air de rien, au milieu de la folie d’accroissement et de réclamations tous azimuts qui nous caractérise. Peut-être un morceau de conscience qui nous reste un peu libre nous chuchote que vraiment ça ne va pas comme ça.

Mais comme, selon notre bonne coutume, nous allons réclamer ce « ne plus » les unes aux autres, tout en accumulant ce faisant un extraordinaire fatras de pratiques, de constructions, de déconstructions, d’identités et de fuites, évidemment ça tombe par terre.

 

Si vraiment on veut « ne plus » - alors il ne faut plus. Et ce n’est pas du côté de l’accumulation des bons points et des capitaux existentiels, même « déconstruits » - ce qui est juste une marque de fabrique d’ailleurs – ni de la bourse aux créances sociales et identitaires qu’on va trouver ça. C’est en se retirant. Chez nous. Avec tous nos vilains défauts. Et nos gnons dans la gueule.

 

J’en reviens somme toute à ce que je disais déjà il y a quinze ans, mais avec la vision d’un passif beaucoup plus lourd : déserter des prétentions, exercer son jugement, cesser de s’en remettre à autrui.

 

« Occupons nous de nos fesses ! ». C’est sans doute la première longueur d’une longue marche rétrograde qui commence par ne plus s’occuper des fesses des autres, au propre comme au figuré, et qui pourra peut-être mener, dans très longtemps, à voir ce qu’on peut faire. La terre ne s’en arrêtera pas de tourner.

 

Joyeuses Pâques !

 

 

La petite poule rousse

 

 

 

Alors le pire, je vais vous dire… J’ai l’impression d’avoir en substance et même souvent en paroles déjà écrit ça il y a quinze ans… De juste faire le même constat aujourd’hui, sans doute dans le cadre d’une frénésie qui est maintenant encore plus concentrée qu’à l’époque, et après être repassée dans la soupière dissolvante.

Je ne suis pas triste de me répéter ; je crois fermement que le monde est fini, pas très divers, et qu’on ne peut ni n’a besoin de dire un nombre ahurissant de choses. Mais quand même, le sentiment de ne m’être pas écoutée moi-même, au milieu des haut-parleurs géants d’un mouvement qui prétend au contraire nous ramener à nous… seulement c’est à un soi démesuré et illusoire. Le bon vieux soi du progrès, de l’accumulation et de l’intensité. La baudruche monstrueuse d’un soi de proie et de dépouille.

C’est quand même un comble.

Pour s’écouter, il faut se boucher les oreilles !

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:34

 

La petite murène contemplait somme toute placidement, depuis quelques temps, le grand numéro du cirque de l’indignation minutée autour des abus sur les mômes commis par les clercs catholiques (n’y a-t-il que les catholiques qui abusent ? mh bon…). Placidement. Rien de nouveau sous le soleil. Le sport habituel qui consiste à réchauffer sur le gaz un mal absolu, et à l’expédier à son voisin comme une patate – puisque c’est à ça que se résume de plus en plus souvent ce qu’on appelle encore quelquefois la « politique » ou le « débat ».

Et puis ce qui est terrible, c’est que dans de pareils concerts d’inculpations et de disculpations, il devient rapidement impossible de dire et même de penser quelque chose d’intelligent. Tant il est vrai qu’on ne peut pas créer son monde. On est emportée par la bêtise et le surenchérissement comme par un glissement de terrain. Il ne reste même plus d’endroit qui échappe au débat. La terre entière se met à trotter au rythme du mille-pattes.

C’est le sentiment de la petite murène ce matin, en lisant les dernières déclarations d’un âne rouge de la Curie, d’une part, et les couinements indignés de touTEs les vertueuXses citoyenNEs LGBT, d’autre part. Deux fois elle a essayé de poser le truc, déjà, et deux fois ça lui a échappé totalement, tellement ce  tumulte coule à travers les doigts et les grilles d’égout dans l’insignifiant et l’indifférencié. Tellement il n’y a rien à en garder ni tirer en l’état.

Et pourtant nous y sommes, et pourtant cette cacophonie parle du réel. Et ça fait peur.

 

Comme d’habitude la petite murène voit et lit d’abord, dans toutes ces lignes, ce qui sous-tend. Ce qui n’est pas discutable, ni pour les unEs ni pour les autres. L’enjeu. Au nom duquel on s’étripe. C’est une déformation propre à la myopie des murènes ; au lieu de porter fièrement leur regard au loin, vers le riant avenir du progrès et de l’hygiène par exemple, elles louchent sur ce qui est très proche, si proche qu’on ne le voit plus, qui nous rampe dessus si on ose dire.

 

« Nous ne sommes pas ce que vous êtes », voilà la corde que font obstinément vibrer les parties en présence. Et ce que vous êtes, c’est les ennemiEs du bien. De quoi est donc ce bien inamovible ?

 

Déjà être de son époque. En profiter au maximum tout en en évitant et même en en anathématisant les conséquences, externalisées comme des méfaits inexplicables et honteux. Personne n’est plus de son époque qu’un cardinal rubicond ou unE militantE lgbt. Peut-être unE lgbt chrétienNE mais ce n’est pas sûr. Personne ne défend mieux que touTEs ces gentes la bonté intrinsèque de la sexualité comme pilier de la vie, ou encore celle de pondre maints lardons, outres de sentiment et d’espoir, de justification sociale et autres illusions diverses, pour leurs parentEs comme pour la communauté humaine tout entière. C’est au contraire, et comme toujours, la concurrence effrénée pour incarner le bien, avec les inévitables croche-pieds qu’on se décoche dans la bousculade. Parce que bousculade il y a, tout le monde voulant s’engouffrer dans un idéal qui s’avère plus étroit dans les possibilités de sa réalisation que ne le proclament les doctrines.

(Dans cette catégorie, l’argument le plus stupide a sans conteste été celui des cathos progressistes, gentes très peu sexistes qui estiment que chacun devrait pouvoir posséder sa chacune : le célibat (lire la frustration des besoins élémentaires de l’homme) entraînerait les viols sur les mômes. C’est donc fou le nombre de pères de famille qui sont dans le besoin. Je rends grâce à ma copine Le Doaré d’avoir elle-même, dans son blog, affirmé son scepticisme envers cet effroyable foutage de gueule. En tous cas, pour une fois, je suis d’accord avec Vatican…)

 

On comprendra bien, au lire de ceci, que la petite murène se refuse absolument à entrer dans le sondage de « qui c’est les vilains ». Vu que les abus sur les mômes, et sur bien d’autres d’ailleurs, n’ont pas l’air d’être une spécialité locale ni sociale. Le rapport complètement tordu envers les enfants, à la fois souffre-douleurs et garanties existentielles, peut difficilement amener autre chose. Que ce soit de la part de curés à boys-scouts ou de parents pathologiques (ce qui est généralement un pléonasme). Surtout dans un monde obsédé par l’assouvissement sous toutes ses formes, et réticent envers toute forme de limite qui ne serait pas matérialisée par les coups de trique et la réprobation citoyenne.

 

On en obtient donc un vacarme et une ruée particulièrement abasourdissants sur les bonnes places, celles qui innocentent et justifient. Comme celles des « bons parents », qui comme le récite l’apgl dans Têtu, se fondent sur « l’amour et le respect de la dignité » de leur progéniture. Ce qui fait doublement rigoler. Primo parce que c’est très précisément le même credo que celui des cathos (et somme toute d’absolument toute la société, à l’exception de quelques obscurantistes qui auraient des vues précises). Secundo parce que ces sentiments imprécis ont rarement protégé qui que ce soit, et couvrent volontiers toutes les insanités, à commencer par la mauvaise foi assez générale qui préside à bien des enfantements. Et enfin, évidemment, parce que ce monde n’est plus qu’un truffis de terreurs et d’angoisse déroutées par les désastres et violences qui sont encouragées par les valeurs sociales en vigueur (1), que personne ne veut aller trifouiller.

Mais comme d’habitude quand on veut couvrir ce genre de malaise, on en rajoute dans la vocifération. Ce qui vaut évidemment tout d’abord pour l’Église catholique en plein délire, qui essaie désespérément de refiler sa patate brûlante à la première population disponible. Mais n’est pas moins perceptible dans l’angoisse de tous les autres qui crèvent de trouille de se voir désignéEs comme perverSEs. Ce qui aboutit à un concert de stupidités hargneuses, d’accusations et de reniements.

Ce dont somme tout on a bien l’habitude, dans notre monde pavé, bardé, tuilé d’irréprochables intentions.

 

Que dire, donc, que dire… sinon une fois de plus qu’il y en a marre de ce monde d’amour, d’enfants, de désirs, arborés comme des reliques en procession. Il y en a marre, peut-être – mais aucun espoir de sortir de ce nougat qui fond indéfiniment sur un radiateur. La petite murène a une fois de plus le sinistre sentiment que ce monde de scandales répétitifs et éphémères, où rien de fondamental ne peut être remis en cause, ce monde où on se prend tellement au sérieux, ce monde où l’activité principale est la réclamation, eh bien que ce monde gît effectivement au fond d’un vieil appartement déserté, sur un radiateur qui chantonne tristement, et y fond doucement. Et que nous n’avons aucune chance de voir jamais la fin de cette prudente liquéfaction. Qu’on ne va pas en sortir et mourir dans cette glu nauséeuse. Impression d’une gigantesque marée de glu, sur la couleur de laquelle on ne se prononce pas, et dans laquelle meurent lentement les murènes, les oiseaux, les calamars et bref, toute la faune… De glu idéologique et lanterneuse qui imprègne et pénètre tout, au point de ne plus pouvoir rien reconnaître.

 

La petite murène vous quitte sur cette constatation un peu désespérée. C’est affreux de se dire qu’on va mourir dans un monde pareil !

 

 

 

  

(1) Évidemment, les abus sur les mômes ne datent ni de l’idéologie de l’amour moderne (XVIIIème siècle) ni de celle plus récente des « libérations » de tous ordres. Il suffit à la petite murène de feuilleter du bout de ses moignons de nageoire les Mémoires de Pierre de l’Estoile, par exemple, magistrat parisien de la fin du seizième siècle, pour y voir registrée une belle kyrielle de « viols par ascendants »… ou par curés. Déjà. Ça semble plus lié au patriarcat, et à la vieille passion pour la sexualité qui va avec. Et sans doute aussi au rapport de pouvoir envers les enfants. Mais on se fourvoie fréquemment à chercher le sens des choses dans les chiffres. Alors qu’un peu d’esprit de suite y supplée activement : un monde qui valorise l’obsession de la sexualité comme source de valeur est enchaîné aux violences à caractère sexuel. De même qu’un monde qui cherche à accumuler multiplie l’exploitation. Et ainsi de suite.

 

 

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:16

« Si je ne peux pas... », ainsi commence la complainte imprimée sur le tract d’un « pink block », lors d’une manif antifa à Lyon en ce beau mois d’avril. Suit tout un exposé que je trouve parfaitement fondé, pertinent et juste de la machoterie militante, qui a et aura encore de beaux jours devant elle. Mais aussi de toutes les belles et magnifiques perspectives que trimballent les « identités » et les « pratiques » qui vont avec, présentées en exemple à toute l’humanité. Et de tout ce qu’elle devraient pouvoir.

Vous vous en doutez, je ne suis pas mieux avec ce « si je ne peux pas » transpédégouine, déconstruit et assimilé. Même si je ne suis non plus à aucun prix avec les trolls et les momies du féminisme supposé tradi. Plus exactement je n'en suis pas, je suis obstinément ailleurs et étrangère. La tortue dans le jeu de gourdins, comme d'hab.

Mais tout d'même...

C’est prodigieux de commencer comme ça un texte, qui va s’en prendre précisément à des qui peuvent ou sont soupçonnés de pouvoir, par un petit assemblage de quelques mots qui pose tout de suite le cadre commun. Et ce cadre c’est, comme toujours dans notre magnifique société d’accumulation, la légitimation par le fait. "Je suis donc je peux donc je dois pouvoir". Accessoirement "je suis" du bon côté, selon les lois de la géographie militante. Là aussi je parle des "tradis" comme des "néos" (cf "Pro-sexe toi-même").

Mais ça je m’en fiche, je ne crois plus à ces billevesées des bons points sociaux. C’est la logique qui me tourmente, comme elle me tourmente depuis vingt ans dans ce mouvement alterno qui ne fait que suivre et renchérir sur les idéaux libéraux et carnassiers.

Si je ne peux pas « faire de moi ce que je veux », ou « profiter au maximum », le monde est méchant et – là aussi accessoirement (mais en fait c’est le principal !) je suis une nouille.

C’est d’ailleurs ça qui transparaît, comme toujours derrière les énoncés enthousiastes : il y a bien pire que les machos en noir, il y a toutes celles qui ne peuvent ni peut-être même ne veulent. Et ce sont elles les vraies ennemies de l’humanité. Celles qui prétendent faire baisser la moyenne de jouissance, ne pas être disponibles et limiter la marche vers l’avenir glorieux des festivités ininterrompues.

On peut sans doute récupérer les concurrents, mais celles là il faut qu’elles disparaissent. Et encore plus si elles osent ouvrir leur gueule pour contester. On absoudra un mec, il peut toujours servir d’étalon ou d’amusement. Mais comment s’amuser avec des mal-baisées qui osent affirmer, entre autres hérésies, que l’obligation sociale aux sexualités, si multiples soient-elles, entraîne par elle-même des abus ?! Ou qu’il est tout aussi illusoire et désastreux de croire à une croissance infinie du monde des relations et de l’existence qu’à celle de l’économie matérielle ? Ou encore que la gratuité relationnelle est une arnaque séculaire.

On les méprise donc, et éventuellement on les surine dans les coins, sous les plus inimitables prétextes. Il y a toujours des mini-hyènes bien intentionnées pour ces basses œuvres.

 

« Si je ne peux pas… ». C’est quand même extraordinaire que cette profession de foi ait été récupérée jusque dans la bouche des mecs les plus odieux. Et que croit-on ? Que ça lave la logique de pouvoir et d’extension indéfinie que de la mettre dans d’autres bouches ? C’est semble-t’il effectivement ce qui est cru depuis quelques années dans un mouvement qui cultive de plus en plus la crédulité idéologique. Qu’il suffit que la réclamation vienne des identités ou histoires sociales définies et proclamées comme bonnes et de surcroît d’avenir, pour qu’elle devienne bénéfique !

J’ai pu voir et revoir depuis vingt ans la faillite permanente de ce genre de doctrine, dans ses prosaïques résultats, au milieu de l’ébahissement toujours renouvelé de ses sectatrices.

Ce qui d’ailleurs me conduit, après bien des doutes, à revenir vers des positions qu’on décrira comme incurablement réalistes et universalistes. On ne change pas les choses en les repeignant en rose. Les faits restent les faits. Le néo-essentialisme des "identités productrices de réalité" tire déjà la langue. Tout autant que le moralisme militant qui a précisément tué la morale, c'est à dire la faculté de discerner et d'en prendre le risque.

Et à prôner résolument un effort vers le moins.

Il y a des tas de fois où je trouve bien de « ne pas pouvoir », et même de ne pas vouloir. Et je suis persuadée que vouloir et pouvoir, débridés, rendus obligatoire par l'articulation de l'émulation et du mépris, mènent infailliblement… où nous en sommes !

 

La petite murène

 

 

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:36

Je voulais juste mettre ça dans Baleines et sirènes, mais ça s'est allongé, et je crois que ça s'allongerait encore volontiers. J'en fais donc un billet, allez, un peu de légèreté ne nuit pas.

 

Na bedide murène a nes lectures ébousdouvlantes. Si si.

Voilà ce qu'elle vient de trouver dans un article de... Famille Chrétienne

(http://www.famillechretienne.fr/famille/sexualite/pour-jean-vanier-la-cle-de-la-sexualite-cest-un-engagement-mutuel-celebre-dans-la-joie_t5_s18_d54089.html) par un certain monsieur Vanier.

Ce docte personnage commence, dès son sous-titre, par mettre en même ligne handicapéEs et célibataires. Il a oublié de mentionner les mal-baisées et les anti-sexe, mais ça doit être par ignorance.

Tant il est vrai que les gentes qui ne relationnent ni ne baisent abondamment (ou même parcimonieusement, ou même tout court) sont vraiment des incapables que l'on doit à toute vitesse guider vers l'assouvissement. Sans quoi gare ! Les cathos "progressistes" ne nous rebattent-ilelles pas les oneilles que les méchants clercs pédophiles le sont pasqu'on les a empêchés de convoler - ce qui en dit long d'ailleurs sur leur idéologie de la femme comme repos du guerrier, celui-ci fut-il spirituel, déjà. Et leur absolue inintelligence du rapport de tout domaine valorisé avec l'exercice du pouvoir - alors que les soi-disants "philies", c'est à dire les abus de statuts, vont toujours du haut vers le bas, comme c'est singulier ! Là je dois avouer je suis somme toute d'accord avec le Vatican que ces allégations sont une vaste arnaque !

 

Comme quoi les catholiques même intransigeantEs sont beaucoup plus dans l'air du temps et les valeurs modernes qu'on ne le croit ! Personne aujourd'hui n'oserait plus, si ce n'est peut être quelques chartreux ou chartreusines par leur silence, supposer que la valorisation de la sexualité et de se courir après préférentiellement à (presque) tout puisse être un fléau !

 

Ah par contre monsieur Vanier tient évidemment au bénévolat, tout commes les féministes laïcardes et pro-gratuité à tout prix. Donc il ne promeut absolument pas les assistantEs sexuelLEs.

C'est vrai que c'est plus économique ainsi - les bénévoles assument tous les coûts ! Et aussi les coups éventuels. Comme dans l'amour, le mariage, la non-exclusivité et autres aspects de la tambouille relationnelle.

 

Les catholiques contemporainEs sont décidément tombéEs dans une pathétique piscine où ilelles ont emporté le pire de ce qu'ilelles amenaient d'avant tout en essayant de récupérer le pire de ce qui leur échappe maintenant. Tout ça pour exister encore un peu dans ce monde, au mépris du reste de l'esprit comme de la lettre des Textes... 

Bande de crétinEs.

 

Ah non mais... Là en fait je continue à explorer le site de Famille Chrétienne et je tombe sur un article dont voici le chapeau : "Étienne et Béatrice se sont rencontrés en 2008 au pèlerinage des célibataires chrétiens à Sainte-Anne d’Auray, et se sont mariés le 18 avril 2009. A la veille de leur mariage, ils ont accepté de témoigner de leur expérience dans les groupes de célibataires."

Argh. Evidemment, je devais bien me douter que l'Eglise, toujours à l'heure sur les plus bêtes sujets et les débats les plus faux, n'allait pas se laisser distancer par la floraison infinie et qui m'agresse horriblement (je sais pas vous) de pubs pour la relation (les "rencontres" en novlangue), de sites dédiés à ça etc. Bref l'entreprise hygiénique de valorisation du cul et de rabaissage plus bas que terre de celleux qui n'y consentent pas.

Mais un pèlerinage des célibataires... Jamais, jamais je crois dans l'histoire on n'avait creusé aussi bas ! Parce qu'on aurait pu imaginer un pèlerinage d'action de grâces pour se réjouir de ne pas faire partie, à quel titre que ce fût d'ailleurs, de l'immense cirque de reniflage de derrières et d'angoisse de faire seulE sa popote ! C'eût été de grande édification et j'y aurais peut-être même été !

Nenni. On y va pour se rencontrer et on s'en félicite !!! Et je vous dis pas la tête des promis. Ca ne fait pas envie et je prefère infiniment la mienne !

Des fois on se dit que ne pas être reconnues comme humaines ouvre au moins des opportunités de se sortir de cet abominable entrelacis de carcasses désirantes, selon la terminologie positivée en vigueur.

Je crois vraiment qu'il va falloir que quelques rabat-joie, dont je postule d'être, se décident à découper en rondelle et à autopsier ce saucisson idéologico-émotionnel, le désir.

Promis

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 18:08

 

  

Etre seule de son espèce. D’abord on comprend pas pourquoi ; après on ne comprend que trop.

 

Servir de jouet aux fantasmes des unes et aux désirs de domination des autres (quelquefois les mêmes). Servir de caution tant qu’on est pas trop embêtante aux groupes et assoces qui veulent se la péter (nous on a une trans au ca, wa !).

 

Se voir annexer avec hypocrisie par des bio paranoïaques et pleines de haine, genre "indigènes" ou "déconstruites", qui ont besoin de petites soldates pour leurs basses tâches, puis se voir massacrer par les mêmes dès lors qu'on ne croit plus à leurs aberrations.

 

Sentir aussi fort que de la merde le mépris et le dégoût derrière les sourires, les bisoux gluants et la prétendue « intégration ». Baigner dans l’illégitimité et la redevabilité pendant que les bio se font leurs petites mascarades « meufs gouines trans » pour choquer le bourgeois.

 

Se faire au mieux jeter, au pire ignoblement calomnier, dès qu’on a cessé de servir ou bien qu’on s’est rebellée. Et ce évidemment dans l’indifférence, voire la complicité la plus totale du mouvement féministe.

 

Se voir outée par des compagnes désireuses de bien faire savoir qu’elles se tapent une trans ; exhibée comme justificatif « je suis pas transphobe j’ai des amies/une copine trans ».

 

Etre abusée voire violée à répétition par la transphile (ou les transphiles) de service, sans même pouvoir s’en rendre compte tout de suite ni protester parce qu’elle vous « accorde de l’intérêt » ou « témoigne du désir ». Et ce encore dans l’apathie, l’assentiment et la dénégation générales si on a l’audace d’y faire allusion.

 

Se voir sucer et spolier sa vie, son identité et son expérience pour nourrir la personne sociale et politique des bio, exproprier de soi-même, détruire sa réalité, puis recracher comme un noyau.

 

Se voir isolée d’une éventuelle autre mtf, mise en concurrence avec elle par les bio dominantes.

 

Être trahie et abandonnée, à commencer par celles qui ont profité de vous de toutes les manières.

 

 

Ne plus être.

 

 

 

PS : Lyon, et Rhône Alpes en général, ont cette particularité d'être, pour la militance comme pour le reste, les capitales de la crapulerie pharisaïque.

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:45

« Ah elles nous en ont fait avaler des couleuvres

De marches en ladyfests, d’alcôves en fausse estime

Ces féministes bio, qui mettaient tout en œuvre

Pour nous faire gober qu’on était légitimes… »

(Ferrat revisité) (1)

 

Depuis une demi-douzaine d’années, le bruit roulait sur ses petits patins à roulettes politiquement corrects que les trans, mtfs comme ftms, avaient désormais vocation et légitimité à participer au mouvement féministe.

Aujourd’hui, il est temps de faire un bilan. Pas sur les idées. Les idées c’est une fripe, un décrochez-moi ça ; n’importe qui peut arborer à n’importe quel moment n’importe quelle idée, bonne ou moins bonne. Les idées servent à tout, même un peu trop, et à son contraire bien entendu.

Ce qui importe est de savoir si les fonctionnements et ce qui est à leur base, les statuts, ou plutôt les rapports entres statuts, on bougé. Le statut, c’est pas très compliqué, c’est indiqué par comment on vous traite sans que vous n’ayez rien à demander ni à refuser. Le pouvoir social se manifeste beaucoup, d’une part par la capacité à faire que les autres aient envie de ce que vous avez envie, d’autre part à ce que ça aille « de soi », invisible. Dès que l’on a à réclamer – et même si l’on obtient ! – c’est que l’on n’est pas vraiment légitime. La « vraie » légitimité sociale se bâtit sur le non-dit. Les femmes en général en ont une expérience lourde et renouvelée : toujours demander, toujours être tolérées, toujours se voir rogner ce qui a été concédé (et seulE cellui qui a un pouvoir relatif peut concéder parce qu’ellil possède).

 

Alors les trans, et par exemple là les f-trans, je vous dis pas.

 

On nous a fait croire, et nous avons voulu croire, que l’illégitimité basique de notre patchwork, entre le genre dont nous avons honte et celui qui a honte de nous, allait être apaisée. Bien sûr il fallait que pour cela nous parussions suffisamment « inoffensives » - le « côté sombre de la force », déjà mal accepté chez les butchs historiques, devait être enfermé dans sa petite cage. Nous avons toujours somme toute été sous surveillance. Pourtant, comme nous l’écrivions déjà il y a deux ans, ce n’a pas été la ruée des mtfs sur les groupes féministes, ni paléo ni alternos. Le fantasme horrifique de Janice Reymond ou de Mercader ne s’est jamais réalisé.

Enfin… Pas si simple. Parce que le propre d’un fantasme, notamment lié au statut social, c’est d’être auto-réalisant. Même s’il ne se passe rien il se passe quelque chose, et si vraiment il ne se passe rien du tout eh bien « on » l’inventera, qu’à cela ne tienne, et ça paraîtra plus vrai que nature.

C’est le père Bouamama qui en avait fait une belle analogie en présentant son bouquin sur le mythe français, et en reprenant point par point la fable de La Fontaine, « Le loup et l’agneau ». Ce qui est remarquable dans cette fable, ce n’est pas que le loup mange l’agneau à la fin, ça c’est tellement normal qu’on n’a même pas à le noter. Non, c’est la suite de justifications inventées par le loup. Même si l’agneau est incolore, inodore, invisible, immobile, eh bien il « trouble son breuvage », et toc. Et je te bouffe et c’est ta faute en plus. Tout bénef. En plus l’agneau est tout à fait inoffensif, je le répète – et d’ailleurs il a tort. Il ne faut pas être inoffensiFves, ça ne sert à rien.

 

Je te bouffe… Ce qui est remarquable dans le traitement statutaire des trans par les bio, comme en général dans le traitement statutaire des « subalternes » par les référentes, comme dirait Spivak, c’est ce « je te bouffe ». Ça fait un bon moment que ces référentes ont trouvé mieux que la simple exclusion et extermination, qui somme toute coûtait de l’énergie (même des fois les gentes se débattaient, la honte !) et ne rapportait pas grand’chose. Maintenant donc la domination simple et la haine passent par l’arnaque. Viens donc ma belle (enfin, euh…) que je nourrisse mon moi social de ton bel exotisme, de ton oppression appétissante, de ta diversité affriolante. Ah c’est que c’est pas facile tout les jours d’être référente ; déjà on a un peu honte d’être soi-même dans la baignoire politiquement correcte ou se ré-essentialisent en bons (et forcément en mauvais) points les « positions sociales ». Mais en plus ça se nourrit, sans quoi ça périclite : à quoi bon être dominante si on ne peut pas bouffer du « politiquement positif », qu’on ne trouve que chez les « stigmatisées », bien sûr. Le cannibalisme n’est pas à la mode au sommet de la pyramide alimentaire sociale, ce serait plutôt la concurrence de « regarde toutes mes belles amies stigmatisées ».

 

Je te bouffe… mais après il faut bien à un moment soit excréter la bête… soit la cracher si elle s’agite trop dans le gosier. Phase finale. Et c’est là qu’on a les plus beaux tableaux, non pas de chasse mais de chiasse. Tout y est bon, les travestissements les plus étonnants de la réalité, les mensonges les plus ignobles, jusqu’au cynisme le plus débridé. C’est à ce stade que certaines d’entre nous, qui sommes depuis longtemps dans le « mouvement », sommes « arrivées ». Et nous rendons compte que les sourires, les petits fours et les mains au cul cachaient la haine et le mépris les plus abyssaux. Et que rien, mais alors rien, n’est trop bas pour se débarrasser de nous et nous anéantir.

Après, hein, « les promesses n’engagent que celles qui les croient », et de même les programmes politiques. Et le pire est que les bio elles-mêmes se croient, autant quand elles nous « accueillent » que quand elles nous massacrent. Le propre d’une idéologie, surtout à l’usage de dominantes, est de toujours suffisamment masquer les enjeux, les rapports et les faits réels pour que la conscience soit en paix.

 

Le jeu est fini. Les f-trans reprennent leur visage inquiétant, anguleux, leurs serres griffues, leur agressivité génétique, que sais-je encore ? Et les bio peuvent alors inventer les histoires les plus invraisemblables pour les aplatir, personne (de bio certes mais aussi de trans qui cherche encore sa place) ne les mettra en doute.

Le féminisme bio peut dès lors excréter ses trans, dont il a quand même gardé (ce serait bête de laisser perdre !) une espèce d’œcuménisme à tous usages (« femmes-gouines-trans », la bonne blague quand on sait que gouine, déjà, hein, bon ?). Et par là même éviter de se définir comme valeur dominante, selon la louable habitude depuis longtemps prise. Femme ça c’est gentil tout plein, opprimé, fréquentable – mais se dire « bio »… S’admettre tout simplement bio… Là… Trop dur… C’est à ça qu’ont servi les trans, à rajouter la queue qu’il fallait à la raison sociale, à l’enseigne du magasin des oripeaux identitaires. Après les en avoir dépouilléEs, on peut les renvoyer à leur statut encore plus appauvri, quelques accusations en prime sur la tête.

 

Puisqu’évidemment, comme le disait une fois de plus Bouamama, le crime est dans le statut. S’il y a, c’est l’aubaine, on en fera florès : double, triple, quadruple peine et curée. Et s’il n’y a pas on l’inventera, puisque de toute façon les trans sont des mecs, donc des criminelLEs endurciEs (dans les deux « sens » d’ailleurs, c’est singulier, s’pas ?). D’où une floraison de rumeurs complaisamment colportées. Et les survivantEs qui serrent les fesses sur leur strapontin en attendant la prochaine purge.

Ça fait songer à cet hôtel de Moscou où, le fameux hiver 38, étaient logéEs les représentantEs (et souvent survivantEs) des « partis frères « persécutés. Chaque nuit un certain nombre en disparaissait, et chaque matin les subsistantEs passaient devant les chambres vides… jusqu’à ce qu’ilelles n’osent même plus sortir des leurs où on viendrait les cueillir. L’atmo pour les trans mtfs, comme pour d’autres minorités, dans le mouvement féministe bio majoritaire ressemble curieusement à ça.

Au fond l’arnaque est analogue : le « parti » s’est prétendu « internationaliste »… mais gare au cosmopolitisme !

 

Bon – bilan ! Eh bien c’est de la daube, les trans, et les f-trans en particulier, n’ont pas de place légitime dans le mouvement féministe français. Point. La question n’est même plus ici de disserter si c’est bien ou mal. C’est un fait social et une question de statut. Par contre nous n’hésitons pas à accuser les féministes bio (et notamment les alternoféministes qui dégoulinent de verbiage pompeux) d’arnaque, d’abus et de mensonges, quand ce n’est pas de violences, vu l’hypocrisie et l’utilitarisme crasses, enfin la lâcheté dont elles font preuve. Ce n’est d’ailleurs pas une spécialité qui soit propre à notre histoire : c’est la pratique générale du groupe social référent de ce mouvement vis-à-vis de tous ses groupes subalternes. Les gouines, les racisées, les bancroches, etc. en font toutes l’expérience. Ça ne nous rapproche évidemment pas d’un poil les unes des autres : au contraire, comme toujours la guerre des faibles contre les faibles est la rançon de la tranquillité et de la bonne conscience des fortes.

 

Donc – conséquence. Attendre que les référentes deviennent gentilles et conscientes (mais de quoi, grandes déesses ?) et avenantes ? Deux siècles d’éducationnisme révolutionnaire devraient bien nous avoir convaincues que c’est de la pisse de chat. Ce n’est comme nous le disions pas une question d’idées mais d’enjeux, et l’enjeu, la lutte autour de la valeur sociale et du niveau de vie qui en dépend, est la plus impitoyable qui soit. Ça ne se discute point (ce qui rend bien pratique le non-dit du pouvoir évoqué plus haut). Pas même bien sûr entre stigmatisées qui se disputent les quelques strapontins au couteau avec désespoir ; « Crève aujourd’hui, moi demain », disait le dicton du goulag…

 

Conséquence : quitter le mouvement féministe bio. L’heure n’est pas venue – et nous nous fichons un peu de si et quand elle viendra, parce que nous ne voulons plus dépendre de ça – où nous aurons le pouvoir de nous y asseoir sans que rien ne nous soit demandé de plus qu’aux « autres », ces fameuses « autres »… qui ne sont justement jamais autres, c’est le principe de leur pouvoir. Et alors, par contre, en partant, pas question de lui laisser sa fiction d’œcuménisme de genre. Il est bio, il n’est que bio, il reste bio. Et il se démerde avec. Point. Ce n’est même pas parce que des trans continueront évidemment à être prises à la glu mielleuse des profiteuses et à se faire sucer la trompe que ce mouvement sera celui de « toutes les femmes », pas plus qu’avec les autres subalternes il ne pourra faire mine d’être « égalitaire ». Il ne le sera peut-être que quand justement il arrivera à jeter ces mensonges bisounoursiens par-dessus bord, et avec son idéologie tranquillisante. Ça semble pas devoir être demain la veille.

 

 

Vendredi13, groupe f-trans plus du tout féministes (et niste niste !)

 

 

 (1) l'original, qui vaut aussi son pesant de kacha de camp :

 

"Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres

De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou

Ces staliniens zélés, qui mettaient tout en œuvre

Pour nous faire signer les aveux les plus fous."



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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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