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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 11:14

Dire du mal du milieu militant et des mouvements qui s’y agitent est un exercice banal. Et certes la petite murène ne prétend pas à la moindre originalité en ce faisant. Pour autant elle assume, et rempile. Parce qu’il le faut. Parce qu’il n’y a pas que des détails ou du « fonctionnement » qui soient seulement en cause, mais la structure idéologique même de ce milieu qu’elle appelle désormais hamsterland. Ce néologisme sera plus développé dans un texte à venir. Bon, tout ça fait évidemment obsessionnel. Ben ouais, cela fait vingt ans que la petite murène est obsédée par les mensonges cyniques des groupes comme des individuEs, et par leur absence totale de vergogne à truster l’espoir et broyer les plus faibles dans leurs moulins à identité. Enfin, surtout, à travestir les enjeux et jusqu’aux faits. Bref à mentir, que ce soit par action ou par omission. Á mentir jusqu’à détruire toute possibilité de réalité – ce qui d’ailleurs les replace pleinement dans la dynamique du monde contemporain. Hamsterland est le pays où le mensonge est paraît-il impensable – pas pensable ni visible parce qu’il est partout et qu’il structure tout !

 

 

On a déjà eu les « musées des horreurs » et les musée de cire. Pour sa part, observant le manque de plus en plus criant de capacité du militantisme à mesurer les réalités, ainsi que sa zombification accélérée depuis quinze ans, la petite murène propose aux mal-pensantes et mal baisées qui ont perdu tout espoir un petit musée des mortEs-vivantEs et du ridicule, de l’aberration et de la malveillance idéologiques.

Du ridicule… Elle a une très bonne expérience de ce que c’est que le ridicule profond, celui qui tue. Le ridicule « existentiel » en quelque sorte. Celui qui colle comme une tunique de Nessus à la peau de celles qui ne remplissent ni ne rempliront jamais les rôles qui leur sont dévolus : relationner, produire, accumuler et exister… Et qui sont déshumanisées et disqualifiées dans tous les milieux, comme la nana moche et triste en fauteuil roulant dans Fucking Amal, ce film monument du cynisme pro-sexe, pro-belles et valides.

Parce qu’il y a toujours ce double visage de la suffisance militante, par exemple féministe et transpédégouine, ou encore "antiraciste", orthodoxe ou libertaire : devant, un respect et une égalisation de carton-pâte, vernis des plus ridicules et bien-pensants néologismes et affirmations. Et immédiatement derrière, le vrai visage, celui du mépris, de la violence, de la paranoïa sécuritaire. Des visages de morts-vivants.

Bien sûr elle va grossir l’apparence des choses et des paroles. Günther Anders, en préface à son Obsolescence de l’homme, tenait la thèse que pour rendre certaines choses fondamentales visibles, il les fallait exagérer considérablement. Ainsi des microbes, mais ainsi aussi des aberrations qui se calent tellement bien dans l’ordonnance d’un monde dément que l’on ne peut les reconnaître. Il faut les rendre encore plus grosses pour les faire « sortir » de leur logement.

 

Ce qui est prodigieux, c’est justement que l’assurance de ce milieu mi-militant, mi-universitaire à porter le bât d’une post-modernité qui gargouille dans le même pot infernal qu’un conservatisme sécuritaire de compagnies d’assurances le conduit souvent à des démonstrations, affirmations, sophismes et enfin pratiques qui, lorsqu’on est sortie de la bulle d’auto-admiration, laissent simplement bouche bée et le cul par terre. Ainsi qu’à un manque absolu, quand ce n’est pas un refus, de logique de base ou de lucidité élémentaire, discréditées et disqualifiées par des « analyses » complètement farfelues ou délibérément tordues, et qui s’autorisent essentiellement de leur fatuité.

Le principe de ce monde, c’est que les idées sont tout, et leur garantie leur cohérence formelle. L’union des deux permet tout, et surtout les pires saloperies ou la lâcheté la plus puante. Pour aller chercher loin, jusqu’à Dostoïevski, qui n’est pourtant pas le genre de personne que j’aurais pu imaginer citer un jour, les militantEs sont littéralement possédéEs par les idées, forme originale d’expropriation. Les idées pensent et même ressentent pour elleux, en quelque sorte. C’est là le résultat final de l’idéologie de la « réappropriation », perpétuellement agitée ; on se « réapproprie » toutes les idées, pratiques, surtout celles qui paraîtront le plus « subversives »… c'est-à-dire généralement les plus éculées du libéralisme ou de divers essentialismes déterministes. Et bien entendu on se fait bouffer par elles. Pacman grandeur nature. On n'est plus qu'un assemblage d'idées contraignantes, de pratiques obligatoires, d'identités recommandées.

 

Et c'est ainsi qu’on n’a plus affaire à des humainEs, lesquelLEs sont complètement obsolètes, d’ailleurs politiquement suspectEs précisément parce qu'humainEs, mais à de véritables mortEs-vivantEs, à des idées sur pattes quoi, qui scandent des pensées et ressentis soigneusement vérifiés et clonés, et se comportent de même de manière répétitive et similaire. C’est ainsi que, débarquant un soir d’été aux UEEH, j’eus un véritable flash d’avoir vu, les années précédentes, les mêmes personnes faire exactement les mêmes gestes et dire les mêmes choses. Je m’écriai alors « mais c’est la nuit des morts-vivants ! ». Quelques uns de ceux-ci me scrutèrent avec inquiétude, et ce fut tout.

 

Ce qui est encore plus ennuyeux et même carrément périlleux, avec les mortEs-vivantEs, c’est qu’elles, ils, semblent haïr les vivantEs, exactement comme dans les films. Et sont toujours près à les exterminer et dévorer. C’est le côté malveillant de l’idéologie en actes. Exterminer au nom de la pureté, du bien de l’humanité ou de la classe opprimée en vogue qui la représente ; dévorer pour s’assimiler ce qui pourrait nourrir quand même leur identité insatiable de militantEs existentielLEs (peut-être est-ce désormais là un pléonasme). C’est qu’un des principes de base de ce monde, tout à fait en phase avec libéralisme et croissance, c’est qu’il ne faut rien laisser perdre. On peut et on doit anéantir ce qui ne marche pas tortu comme nous (la fameuse marche mécanique des morts-vivants), mais bouffer tout ce qui est bouffable et assimilable ! Ça aussi d’ailleurs c’est un mode de fonctionnement qu’ils ont en commun avec les grands totalitarismes… La technique de la calomnie est très largement utilisée ; en effet, c’est d’un efficace redoutable, puisqu’il n’y a que des hamsters qui osent (lancer la calomnie) et des hamsters qui n’osent pas (s’élever contre, il y a risque d’être prisE pour unE vivantE).

 

J’appelle de plus en plus souvent les militantEs des hamsters – ayant fini par considérer que leurs aberrations collectives ressortent bel et bien de la « hamstérisation » que j’avais d’abord isolée chez les mecs proféministes et les suceureuses de graisse en général. Mais des hamsters morts-vivants ! Un monde de hamsters morts-vivants. Vision dantesque ! De hamsters morts-vivants qui se sont emparés de ce qui semblait encore faisable ou à créer en ce monde, l’ont littéralement confisqué, et s’en font leur litière en le déchiquetant idéologiquement. Mais les choses et les gentes n’en sont pas moins effectivement saccagées et détruites.

 

J’ai moi-même fait partie de la troupe de ces hamsters, à deux longues reprises dans ma vie pasque je suis une incomparable jobarde qui se fait toujours réavoir, ou en tout cas j’ai essayé, comme ces vivants qui essaient de survivre au milieu des morts-vivants en les singeant. Á ceci près que leur propagande est efficace et que j’avais cru, comme bien d’autres infortunées, que c’est ce qu’il fallait vraiment être ou paraître pour le bien de touTEs ou des plus « légitimes » - le néologisme mort-vivant pour « naturel » ! Mais voilà, on ne peut pas bien singer indéfiniment ; et surtout les mortEs-vivantEs, hamsters ou autres, pourrissent sur pattes, puent la mort et la lâcheté, et au bout d’un moment ils, elles se rendent compte que certainEs ne pourrissent pas, ou que superficiellement, et gardent en somme un intérieur, une distance, quelque chose de vivant. Et alors c’est la curée. Ce doivent être de dangereuXses réactionnaires, ou en tous cas « étrangèrEs à la réalité mort-vivante » pour plagier un grand must d’il y a quelques décennies…

 

D’ailleurs, il est besoin de le rappeler, pas plus de sympathie de ma part envers celleux que j’appelais déjà il y a quinze ans les « évidentistes », les « plus vrais que nature », bref les « vrais réacs » quoi, celleux qui sont sur l’échiquier officiel les adversaires des militanTes ; ellils sont tout aussi hamsters et mortEs-vivantEs. Ce qui n’apparaît jamais par contre est que la logique des unEs et des autres se ressemble pitoyablement, ou plutôt qu’ellils se disputent le même bout de gras de la fréquentabilité, et surtout les mêmes évidences, ce qui est désirable. « Toujours plus », « toujours plus loin », « faire de moi ce que je veux »…

 

Et voilà… On ne peut pas grand’chose, politiquement, ni surtout humainement contre cette épidémie dans un monde lui-même en rapide pourrissement, cinglé, irresponsable et qui s’en flatte. Où au contraire les différents partis en présence font, comme toujours du reste dans l’histoire, assaut réciproque pour le mieux réaliser les effroyables idéaux qui surnagent comme des taches d’huile.

Et ainsi ne reste plus que ce que j’ai vilipendé des années, pensant avec beaucoup d’autres qu’il y avait bien mieux : le jugement, la capacité de distinguer a priori l’humain de l’inhumain, et le raisonnable de l’aberrant. C’est quand même fou quand on est une trans, qu’on se penserait être la première victime de ce bon sens, et qu’on découvre à force de coups de pieds dans les gencives et de coups de surin dans le dos que les plus dangereuXses sont les prétenduEs critiques de ce bon sens… C’est qu’on n’avait pas assez lu l’histoire et les exploits déjà commis par ce genre de gentes… Ou pas voulu croire…

 

Ce qui est très décourageant, c’est de voir, d’entendre, de sentir littéralement ces verbiages sortir de partout à la fois, se jeter les uns sur les autres dans un renchérissement sans fin, à la fois mathématique et agressif. Peut-être est-ce une déformation due à la trop grande fréquentation des ces mouvements et milieux. Mais on se sent terriblement seule pour détricoter cette immense récitation sociologique, alors qu’il faudrait être beaucoup… Et dans le sale voisinage qui plus est de vrais réactionnaires qui récitent tout autant leurs mantras. Tout cela, l’hypocrisie progressiste comme la bêtise réactionnaire, à moins que ce ne soit l’inverse, file franchement la gerbe.

 

Bref – bien sûr, on peut être saisie, indignée, épouvantée – mais il y a souvent aussi un rire de désespoir qui prend, devant le spectacle de ces hamsters mécaniques en train de porter, de défendre, de magnifier leurs saints sacrements, et devant l’aspect même de ceux-ci. Pitoyables récitations du bien et du mal, du correct et du téméraire. Car c’est fou à quel point leur manière de manier les doctrines les rapproche des églises – jusqu’au saint-office, aux fatwas et à l’excommunication, ce retranchement de leur société que, dans leur terreur permanente de la solitude, elles/ils envisagent comme le plus terrible châtiment.

 

Un petit « musée du ridicule mort-vivant » ne peut être que d’actualité permanente, dans la mesure où les morts-vivants se récitent et répètent indéfiniment. Les mantras d’il y a cinq ou dix ans sont ceux de dans cinq ou dix ans, en gros. On pourrait même aller chercher bien plus loin, et dans le passé et dans un avenir qui, selon le mot de la comtesse de Rochefort, ressemble tellement au premier que ça n’aurait aucun intérêt de le connaître.

Par exemple, alors que j’écris, vient de sortir le numéro deux d’un périodique catéchétique arnako-féministe, qui a ceci d’extraordinaire et de banal en même temps qu’on n’y trouve rien qu’on n’entende répété et réimprimé depuis bien quinze ans, soit dans le contenu ou dans l’approche, qui ressemble comme une sœur et à son premier numéro, et à tous ceux qui suivront. Aucun risque d’hérésie, de nouveauté ni surtout de réflexion sur les bases. Même les résultats d’ateliers y sont parfaitement prévisibles, puisque le ressenti, désormais proclamé pilier du temple idéologique, se doit bien évidemment de rester de ce fait dans les limites les plus acceptables (je ne sais pas si vous avez déjà participé à un atelier… c’est le summum du consensus tremblant, de l’angoisse et de la surveillance réciproques).

La performativité du militantisme mort-vivant, c’est de se momifier avec ardeur et dans l’agitation perpétuelle. Les morts-vivants ne dorment jamais. Ne s’arrêtent jamais. Ne s’interrogent pas, surtout pas. Ne se scrutent que pour se surveiller. Remettre en cause cette épilepsie est ordinairement considéré comme pusillanime.

 

 

 

 

Dans les vitrines du petit musée

 

 

 

Ce qui est déjà remarquable, dans l’univers militanto-universitaire, c’est le déversement quotidien de « sexualité » et de « genre » à toutes les sauces, considérés visiblement comme les pivots du monde. Le plus drôle est que c’est en un sens tout à fait vrai – mais chose ahurissante, personne de toutes ces têtes bien farcies ne semble apte à poser la question fondamentale du pourquoi ? Il n’y a plus que du comment. Impossible de remettre en cause ces choses qui paraissent par là infiniment naturelles, ou sont traitées comme, et plutôt même désormais comme surnaturelles par la révérence qu’on leur voue.

On en est à recevoir des annonces tout à fait sérieuses pour des séminaires consacrés à « l’actualité sexuelle » ou de « genre », et où genre veut d’ailleurs dire absolument n’importe quoi, tout étant désormais genre.

Non mais ce qui est extraordinaire est que, vu la place que ce domaine a pris dans les têtes et ailleurs, personne ne semble plus capable de discerner la cocasserie d’une telle vision de choses !

Je vais être banale, mais une certaine Valérie Solanas, morte misérable et seule pour avoir craché sur les vases sacrés, avait répondu, au moins en partie. En tous cas elle notait bien, avec stupéfaction, que « les hommes étaient prêts à traverser un océan de vomi » pour baiser. Le problème est que ce ne sont pas que les hommes : les hommes, les femmes, les trans, les intersexes et le reste sont effectivement dans leur grande majorité disposés quotidiennement à nager dans le vomi de la socialité ainsi obtenue pour baiser et le manifester, de diverses manières. Et par cela même performer leur genre, puisque plus personne ne peut ignorer que c’est la pratique de la sexualité qui les cimente.

Et quant aux universitaires, en parler doctement comme du fondement du monde contemporain semble les satisfaire profondément.

Mais la fausse candeur concernant ces jeux olympiques permanents de la productivité sociale dépasse tout.

Et ce qui n’est pas moins insupportable, c’est le langage contourné et incompréhensible dont s’ingénient désormais à user jusques aux historiennes (justes cieux !), et qui semble être devenu une condition sine qua non pour que soit prise en compte la moindre supposition ou aperçu le moindre opuscule. Là encore, je suis désolée, mais la cocasserie est immense. Parmi cent mille exemples, voici par exemple comment est présenté de nos jours un tout à fait respectable article sur Port-Royal :

« Cet article montre comment, en 1665, la production d’imprimés participe à la constitution d’un lieu géographique et social d’énonciation de la vérité (les abbayes de Port-Royal) comme lieu de la féminité, c'est-à-dire d’un certain idéal féminin, et que cela ne s’effectue que par une forme particulière de subversion de la différence des sexes qui peut être décrite grâce au concept de neutre élaboré par Louis Marin. » Et il y a plus terrible en concentration de « lieu » et de « subversion » - ah, oui, parce qu’en plus, cette novlangue qui aurait au moins pu être foisonnante, qu’on s’amuse, présente approximativement la richesse de vocabulaire de la tragédie française au début du dix-huitième siècle, c'est-à-dire un éventail de quelques centaines, voire moins, de mots obligatoires sans l’usage desquels vous ne pouvez même supposer être reçuEs ni luEs par l’élite et la contre-élite contemporaines.

Urps… Ou comment véhiculer l’émiettement d’un monde en ayant juste l’air de dire n’importe quoi… Parce que je ne crois évidemment pas un instant que ce ne soit qu’une mode, si muscadine fut-elle ; ça se réfère évidemment à la religion constructiviste et à ses innombrables soupentes et chapelles.

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« Un juge de la ville d’Haïfa, dans le nord d’Israël, va se trouver face à la preuve que Rachel Corrie, 23 ans, a été tuée illégalement alors qu’elle s’était mise sur le chemin d’un bulldozer pour essayer de l’empêcher de démolir une maison palestinienne à Rafah. » (Bellaciao, mars 10)

Effectivement, c’est particulièrement scandaleux qu’elle ait été tuée illégalement. L’eut-elle été légalement, ç’en eût été un tantinet moins pire sans doute.

Ça fait penser à ce que Diogène Laërce rapporte de la réponse de Socrate à sa femme qui se lamentait qu’on le fit mourir injustement ; « voulais-tu donc que ce doit justement ? ».

Ce qui est absolument impayable avec la logique militante, qui essaie toujours de coudre la réalité et le rêve, quand ce n’est pas l’illusion, ce sont les résultats de cet accouplement. Bien sûr, nul ne peut échapper à cet éparpillement contradictoire pour peu qu’il agisse dans un but pas encore atteint, mais ce qui est effrayant avec les militantEs c’est qu’ellils finissent rapidement par le penser comme la réalité indépassable. Et ici par se soucier je pense réellement de la légalité de l’écrabouillement. Il est vrai que les mêmes progressistes ont souvent mobilisé, quand ils en avaient les moyens, la loi contre leurs adversaires, en y croyant profondément qui plus est. Et ça se retrouve après dans le langage, qui, à défaut de performer quoi que ce soit ou de modifier la réalité, aide et incite par contre puissamment qui en use à modifier sa perception de la dite réalité.

Bref il y a danger, à mon sens, même à qui n’y croit pas, à scander les vérités ou les modes de pensée bien-pensantes.

 

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« Bonjour,
Je m'appelle xxx je suis étudiante à Sciences po xxxx. Je fais actuellement un mémoire sociologique sur
les trajectoires de vie des lesbiennes/bi "of color". Le sujet porte sur l'intersectionnalité des identités de genre,
de sexualité et de "race" (bien sûr dans le sens de catégorie socialement construite).
Je recherche actuellement des lesbiennes/bi d'origine antillaise, maghrébine ou d'Afrique sub-saharienne pour des entretiens. Est ce que quelqu'un serait intéressé?

Je vous remercie d'avance »

 

Petite annonce, on ne peut pas dire autrement n’est-ce pas ? parue sur une liste universitaro-militante (comme j’ai déjà fait remarquer désormais les deux se mélangent de manière relativement inséparable, la suffisance universitaire accouplée pour de bon à la stupidité militante). Et qui vaut à peu près celles qui paraissent sur meetic ou tout autre site de rencontres.

Ce qui est terrible, c’est de se sentir obligée de commenter quand même ce qui ne devrait pas avoir besoin de commentaire. Mais la Petite Murène, par exemple, comme trans et comme pute, reçoit tellement souvent ce genre de demande, jusque de lycéenNEs désormais ( !), qu’elle ne croit pouvoir se dispenser de disséquer un peu ce que ça implique…

Le cirque exotisant, abondamment nourri par la culpabilité envahissante des « blanches » et la paranoïa idéologue des « racisées », montre et met en scène tout simplement cette soif de dévorer l’autre, de s’en nourrir pour se créer un soi, qui est une des sources même du militantisme contemporain. Sans autre tout est foutu. Que ce soit pour l’assommer ou lui lécher les pieds, ce qui revient à la fin au même. D'où l'immense clomwnerie en vogue, grimaçante et essentialiste, des "dominantes" et des "stigmatisées". Et gare à qui en rirait !

On va même très loin pour chercher ces autres sirupeuses : au Kurdistan, au Mexique, en Palestine, dans les "quartiers nord"... Je songe aux mésaventures qui ont occupé la sphère médiatique, comme celles d’une universitaire en Iran, ou celles d’une autre au Maroc, et zut – mais aussi qu’est-ce que c’est que cette rage de ne pouvoir tenir en place et d’aller se gonfler comme un ballon à travers toute la planète !?

« Occupons nous de nos fesses » n’est pas une conclusion d’égoïsme, bien au contraire, l’égoïsme et l’égocentrisme sont tout entiers dans l’exotisation et l’avalement des autres ! S’occuper de ses fesses c’est aller contre ce monde l’éclatement et d’accumulation incessantes, c’est au contraire la reconnaissance de soi, des autres et l’humilité.

 

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« 20% des Grecs pour un soulèvement général pour obtenir l’abolition de mesures d’austérité.

Le sondage réalisé avant la 2e grève générale, ci dessous est a prendre avec des pincettes, mais que 20% des sondés expriment publiquement leur détermination est un grand début . » (Bellaciao encore)

Un sondage pour un soulèvement… Ce qui m’a toujours épaté avec tous les bien-pensants de la terre, de quel côté qu’ils se trouvent, c’est l’absence totale d’esprit critique avec lequel ils recherchent, accueillent et recueillent tout ce qui semble aller dans leur direction. C’est ce que j’appelais déjà il y a quinze ans la pathologie du « tout va dans l’même sens ». Et je ne parle même pas de critique du contenu, mais de simple capacité de jugement par rapport à la chose. Apparemment, de nos jours, on considère accouplables un sondage et un soulèvement… Il est vrai qu’avec une logique de « réparations » digne des meilleures polices d’assurance…

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Morceau de citation, à propos d'une énième manif familiale antirèp à paris, qui a été embarquée à peu près en son entier, vu justement le nombre imposant de personnes intéressées par ce point de vue :
" revendications exprimées longuement par une grande partie du mouvement social contre la politique carcérale française "
Waf, waf, waf - c'est sans doute pour ça qu'on y est toujours cent dans ces manifs...
Je veux pas dire, mais il me semble que la "majorité du mouvement social" de ce pays, qui d'ailleurs aime tant à qualifier les méchantEs patentéEs et autres fantasmes sociaux de "criminelLEs", n'a qu'une envie, c'est de les voir en prison, en camp de travail ou à la guillotine...
Mais bon, l'absence de jugement et de mesure, qui caractérise l'autoprophétisme et l'autotémoignage du mouvement alterno, lequel effectivement serait bien en peine s'il ne se les rendait pas lui-même, conduit immédiatement à ce genre d'absurdités...

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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 19:44

J’allais dire la ménagerie féministe mais là, indubitablement, je serais injuste et mauvaise langue (de pute !), vu que cette ménagerie est absolument généralisée à tout ce milieu militant et identitaire. Les unEs ou les autres ont juste leurs bestioles favorites quoi. Il est du reste strictement pas politiquement correct de dénigrer les préféréEs d’autrui, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes quand les ditEs préféréEs s’entredévorent, ce qui est quelquefois arrivé.

 

Non mais évidemment je fais de la provoc. Mais quand même.

Vous n’avez pas l’impression d’une légère « appropriation » ? (c’est fou, dès qu’on convoque un des mots magiques de notre époque, tous les autres se ruent à la suite – appropriation, réappropriation, autres de ces « petits mensonges de la décennie » que je me réserve de faire cuire en brochette dans ma retraite).

 

Non mais rien que dans les trois derniers jours, et même en prenant du recul, sur l’internet de hamsterlande :

- une bio transphile qui, apparemment pas sevrée, nous bassine de conclusions tonitruantes sur la méchanceté du gouvernement envers les trans (on savait, chérie, on n’a pas vraiment besoin de toi, touche à ton cul ! si tu préfères qu’on soit plus claires).

- une émission de radio sur les guérillères Kurdes… Non mais je suis triste, pasque… Je sais pas… Il y a même eu une chanson, où il était mis en garde contre cette exotisation précise… Et non, toujours pas un instant de recul, on se jette dessus, on voyage, on enregistre, on redélivre…

- des rroms que l’on expulse, évidemment là aussi un truc ignoble à combattre, mais je ne sais comment dire, le gros titre, une espèce de triomphalisme de l’impuissance en plus, regardez comme les méchants sont méchants, et sur des rroms (avec deux r pour faire plus vrai) en plus. Et comme on est gentils d’en causer, avec de grrros titres et une grrrosse indignation.

 

Et j’en oublie

 

Ben j’en ai marre. J’en ai marre que l’identité alternote absolument franchouillarde et classe moyenne, et c’est comme ça et on n’a pas plus à en avoir honte que d’autre chose, cherche justement à noyer cette honte idiote dans un déluge envahissant de jactance et de piétinement, de bons sentiments et de bien-pensance, toujours centré sur les ineffables autres. Sans aucune réflexion sur pourquoi et comment on se livre à ça !

La nature de ces autres étant justement d’être le centre de nos préoccupations.

 

En plus, alors là je me marre encore plus, ou bien je pleure encore plus, cette ménagerie est un moulin, pasqu’on peut même y entrer, dès lors qu’on se fait un peu taper dessus par une institution, ou par des méchants reconnus ; on a le droit d’y entrer, de devenir fauve infortunéE parmi les fauves infortunéEs, pendant plus ou moins longtemps et avec plus ou moins d’éclat en fonction de l’estimation de la persécution. Mais il faut que les autres y soient déjà, sans ça cela ôte toute valeur à notre performance…

 

Mais je nous dis, absolument comme à ma transphile chérie : occupons nous de nos fesses !

 

Ca ne nous empêchera pas d’intervenir s’il le faut et surtout si c’est pertinent (pasque ça l’est pas toujours, et pas seulement d’ailleurs pasqu’on serait de méchantes blanches abusives : les autres sont tout aussi humaines que nous et peuvent bien faire autant d’imbécilités, que nous suivons rien que parce que ce sont elles !).

 

Alors évidemment je parle de « ménagerie », c’est pas gentil, mais alors je vais vous dire, si on part sur la « parole légitime » etc. eh bien comme trans et pute par exemple j’ai la très nette impression d’avoir été et de rester, même contre ma volonté, un animal domestique des bio et des gratuites, et même de quelques autres, une bestiole que l’on trait en quelque sorte pour en obtenir de la bonne conscience, de l’identité politique par procuration, point. Bref d’être à ce titre dans la ménagerie – plus encore que dans l’étable, parce que ça ressemble à de l’élevage de plaisance. Et que c’est la même chose vis à vis de toutes celles qui ont été déclarées « stigmatisées », puisque c’est le mot à la mode (encore un à disséquer en brochette).

Et que si il y a rapport politique et culturel, ben c’est un véritable rapport d’élevage, sur place ou à distance.

Je crois que le minimum serait alors de faire payer, je sais pas, si ça reste impossible d’avoir la paix.

Voilà qui serait antispéciste et bien-pensé, tiens : payer les animaux d’élevage ! Et les stigmatiséEs de tout poil. Au moins ça leur rapportera vraiment quelque chose !

Chiche !

 

La petite murène

 

PS : même les murènes sont dans une certaine mesure utilisables, sinon vraiment domesticables. Je crois que c’est Tibère qui en avait dans des bassins…

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 10:54

 

Voilà le préféré de mes textes de la vieille époque lyonnaise, celle où j'avais réussi pour la première fois à me débarrasser des gremlins, qui me réannèxèrent par la suite, avec mon consentement hélas. D'autant que ça parle de quelque chose de bien toujours actuel... les groupes de mecs...
Et il y a évidemment un petit changement dans qui parle, vous le trouverez aisément.

Ce texte est de 1998.

Oh oh; cela va de mal en pis !

               

 

 


               


                Ça devait arriver : voilà les groupes d’hommes antisexistes qui se reforment. Rien de mieux que l’émulation pour se bonifier, que de s’ausculter la masculinité (cache-sexe de la virilité chez les mecs gentils) pour faire apparaître on ne sait quelle fève enfin appétissante !

                Détruire ce qui fait le présent, nous et vous détruire, mecs mais aussi individus, est en quelque sorte une obligation de survie pour moi. Alors je ne vais pas cracher de ce seul fait sur ceux qui font du dégât (si tant qu’ils en font !). Là n’est pas la question. Ou plutôt, si, c’est la question : à se gratouiller, à se rassembler, à s’épouiller et à se congratuler alternativement, qu’est-ce qu’ils veulent détruire et qu’est-ce qu’ils ne veulent pas détruire ? Parce déjà, quand on se rassemble, dans un monde relationniste et communautaire, c’est louche. Efficacité ? Pour quoi ? J’y crois plus, à cette allégation qui a déjà fait ses preuves... Pour se détruire dans un état de fait relationniste, mieux vaut choir dans l’isolement, hors de tout état de fait et de tout idéal relationnel. Mais ça, ils ne le veulent surtout pas; et, dans un monde, dans une totalité de perception, quand on ne veut pas quelque chose c’est qu’on en veut une autre, opposée en général ! Qu’est-ce qu’ils veulent, les mecs antisexistes « déconstructeurs » ?

                Sans aller très loin, je crois que déjà une réponse se trouve dans leur agglutinement même : ce sont des types qui, comme tout type qui se respecte, ont toujours fui la solitude, ont toujours voulu avoir d’autres, des femmes et des hommes, des mamans et des zamanzamantes, comme ils disent, pour se prouver qu’ils existaient. Ils sont devenus révolos ou rebelles, légitimistes du concept libéral historique, pour la même raison, se sentir. Une fois trouvées quelques relations sur une ligne, qui leur permettent de se regarder dans la glace, ils réprouvent tout excès qui pourrait faire chavirer le navire : surtout ne pas se retrouver à la baille, seul. Ils craignent tellement de ne pas exister. Mais le plus sûr, c’était bien évidemment de se retrouver : autopopote; comme ça, sûrs d’exister, sûrs de se sentir, sûrs de se voir, sûrs de se savoir !

                Mais ce présent entraîne une dynamique, et un de ces fameux avenirs qui ne sont jamais que des extensions de présent.

 

*

 

                Déconstruire, qu’y disent. Des mecs bien-intentionnés se rassemblent pour casser la croûte. Je ne sais pas ce qu’ils s’en disent à part eux-mêmes. Mais il paraît terriblement probable qu’ils visent, dans la bonne vieille tradition essentialiste révisée révolo, à se dépouiller de quelque chose qui, si « eux-même » soit-il, laisse à la fin l’espoir d’un dépôt. N’importe quoi qui ne serait pas tout ce qui, par le mouvement même d’y gratter, pourra être déclaré l’autre, l’aliénant, le viril et le masculin. La bonne vieille blague : on nous a faits comme... C’est qui nous, c’est quoi ce truc essentiel qui aurait été pollué par la méchante éducation de genre ? Ce truc qui existerait nécessairement par en-dessous - sinon un bon vieux désir traditionnel ripoliné révolo ? Et accessoirement c’est qui on, cet autre tellement autre qu’il a fait de ces gentils nous d’horribles monstres étrangers à un eux-mêmes virtuel mais certain - cette blague courue depuis x mille ans de l’aliénation, de « ce qui ne peut par définition être nous », et que les prêtres ont repassé aux idéologues ? Naturalisme par affirmation ou par défaut, peu importe. Les voyant s’agiter pour se rendre utiles, pour exister, je ne peux guère douter de l’arrière-plan de leur chantier. Si ils ne cherchaient pas cette évidence sous-jacente, ils seraient seuls et même quelquefois morts.

                Essentiel, nécessité. Il faut qu’il y ait, ou que soit possible, quelque chose qui ne soit pas ce qu’on s’autorisera à cisailler. C’est leur désir profond, comme d’ailleurs celui de tous les existantEs. C’est leur désir et donc leur propos. Ce serait bien trop sinistre si d’aventure il n’y avait rien d’autre que ce présent honni, que nous ne fussions que cela, qu’il n’y ait donc à proprement parler rien à l’hypothétique bout de cette entreprise. Mais ils ne croient pas à une telle éventualité, les mecs déconstructeurs de la masculinité, et de ce fait même ils ont bien raison : le fait sort toujours du désir, pas d’une objectivité supposée. Ils n’y croient pas et ils ont un but. Un but nécessaire.

                Ce but, c’est retrouver cet universalisme que le féminisme le plus conséquent leur a bousillé, cet endroit où l’on se trouve ensemble, moralement, sur des bases totales. Et il faudra bien qu’ils existent encore, pour en profiter, que leur soi le plus évident ait été non seulement préservé, mais même revigoré par les psychodrames bien réglés et les élagages dont ils ont déjà l’habitude, pour la plupart, depuis longtemps.

                L’universalisme, le désir d’un « actif inévitable » en commun, correspond toujours, d’ailleurs, à ce désir des dominants de s’approprier, d’une manière ou d’une autre, le contrôle d’un état de fait promu ainsi totalité, c’est à dire de calquer les définitions de cette totalité sur leurs évidences, proclamées universaux (le daisir et le plaisir, par exemple, couple-dynamo qui agite les plus antiques et naturels idéaux et dont nulLE ne songerait à ne se pas réclamer), leur terreur de ne pas exister, de se trouver tous seuls, sans même un soi pour se tenir compagnie à lui-même ! C’est en cela que s’affirme l’ordre de le relation obligatoire, qui a toujours été celui de la domination subséquente. Les féministes ont été à la conséquence de laisser s’effondrer cette nécessité morale d’universalité, de communauté humaine et sentimentielle, qui cimente cet ordre. Mais les mecs antisexistes, malins, cherchent à se faire beaux et inoffensifs pour la sauver ! Faut-il en rabattre, de ce qui dépasse trop ? Ils le feront, pour ne pas lâcher la rampe ! Pour n’être pas largués, pour continuer à participer à la marche de l’histoire. Pour continuer à être essentiellement ce qui les a fait, en dépouillant le signe « masculin » (altérisation, nécessaire à tous les idéalismes, qui fonde le « moi » !). Comme d’aucuns, et quelquefois les mêmes, dépouillent le signe « humanisme » pour renforcer les actes qui le fondent. C’est un sentiment évident, de ceux auxquels on ne s’attaque pas parce qu’on ne saurait ni les voir, ni par où les prendre !

                Il faudra que ce soi, cet individu implicite ou explicite, ce sentiment d’évidence, se maintienne en quelque chose de solide pour pourvoir relationner à nouveau, comme devant, avec l’auréole de la sainteté critique et « déconstructrice » !

                Là où se retrouver, c’est le fanal qui les guide. Il est trop clair que cette nécessité, ce truc innomé qu’ils cherchent à atteindre par la « déconstruction », qu’ils en soient tout à fait conscients ou non au reste, c’est la relation retrouvée, c’est ce qui fonde leur existence, et même l’existence tout court, c’est à dire le pouvoir. La relation, c’est la reconnaissance mutuelle de la présence en actes de soi, de la possession et du pouvoir, ainsi que de ses unités (individus dans un état de fait libéral). Le sentiment d’exister c’est le sentiment de pouvoir. Ni plus ni moins. Il suffit d’ailleurs de voir le ridicule, le mépris et la peur qui entourent tout ce qui traduit l’absence de relations ! Cette peur est celle de ne pas pouvoir, de ne pas se voir reconnaître les capacités sociales élémentaires. Capacitéisme, pourrait-on même dire. Sauver ce qu’on pourra du « tissu relationnel », c’est sauver ce qu’on pourra du pouvoir, c’est à dire de quelque chose qui pèse précisément beaucoup dans la construction des hommes !

                Sauver la communauté, la nécessité et la relation, c’est sauver le pouvoir mutuel, arrangements ou pas. Et c’est cela qu’ils veulent sauver, les mecs qui « déconstruisent » : sauver la relation, en venir à un point de dépouillement de ce qui aura de ce fait été déclaré implicitement extérieur au non moins implicite essentiel, et où la communauté se pourra ressouder. Où ils pourront de nouveau relationner, sentimenter, avec tout le monde (les « préférences » ne changent pas essentiellement le caractère mâle, elles mettent en œuvre le même relationnisme. En cela aussi, les groupes d’hommes sont des groupes de communiants œcuméniques, Taizé !). Enfin nier, d’une manière idéologiquement acceptable, le refus et la séparation qui ont pu leur être opposés !

 

*

 

                Pour les mecs, « ratés » ou pas, la conséquence de l’existence, c’est toujours le désir de coller et de relationner, de se manifester, de pouvoir. Avec qui que ce soit, de quel genre que ce soit. Inutile d’y chercher autre chose. Je connais, d’en être un. De ne pas bien « fonctionner » est quelque chose de très secondaire, et nullement une garantie de quoi que ce soit. C’est exactement la même illusion que celle qui veut que les « excluEs » soient, par leurs vociférations, des dangers pour l’ordre des choses qui les écarte. Ça aussi, je connais bien. En fait, il n’y a guère de meilleurs piliers pour les idéaux communautaires que les « excluEs », qui se basent précisément sur eux pour réclamer une totalité qui les englobe avec gentillesse. Et il n’y a sans doute guère d’hommes plus hommes que ceux qui se voient « ratés ». Ils se plongent avec perplexité dans l’examen de ce qui pourrait être communautaire ou pas, de ce qui en fin de compte y nuit et est donc le mal : ils y cherchent le moyen de boucler la totalité dont ils ne bénéficient pas assez. Ce n’est pas par hasard que ces mecs soucieux et moraux, qui cherchent la clé du champ des relations rénovées, remises à flot, éclatent bien souvent en violences (fort diverses) dans des moments de désespoir d’arriver à ces fins !

                Bien sûr, il ne s’agit pas d’emblée d’atteindre une réunification communautaire présente, entre genres. Se poser un tel but reviendrait à inquiéter celles et ceux qui refusent de former plus la chaîne de la nécessité ! Sincèrement, ils ont abdiqué cette prétention. Les maîtres-nageurs tolèrent vaguement le séparatisme, c’est (durement) acquis. Mais c’est bien une réunification souhaitée qui reste sans cesse aux tripes et à l’esprit des hommes, ratés ou pas, abîmés ou pas, mais relationneux. On peut bien gratter une bonne partie du soi, tant que l’essentiel, l’idéal, l’évident n’est pas attaqué. Simplement mis en regard. C’est cet évident, cet in-dividu, ce prétendu indéterminé dont la réunification est visée, cet idéal qui nourrit un rapport de force comme l’amour depuis le paléolithique, et qui est l’avenir radieux de ce présent laborieux !

                Ce sont ces implicites uniques qu’ils cherchent sous ce qu’ils grattent ! Et un lieu de rencontre, enfin, où ils comptent, pour eux ou pour leurs successeurs, avoir la paix un bon moment, dans cet universalisme métalibéral qu’il espèrent, et où les formes essentielles de l’imaginaire des derniers siècles, voire du christianisme tout entier, seraient enfin réalisées ! Ce monde où « on n’est plus », comme il est écrit dans ces évangiles qui codifient l’amour, la forme sociale qu’ils courent toujours, « homme ni femme, mais comme des esprits » - à cela près qu’ils comptent bien qu’on y sera encore en chair et en os. Le Paradis relationniste sur Terre.

                Il s’agit pour le moment de se défaire avec honnêteté et publicité modeste de ce qui a le plus pesé sur l’état de fait communautaire traditionnel qui se délite, jusques à craquer par endroit, et entre les individus et, suprême horreur pour des citoyenNEs d’un monde d’autopropriétaires unitaires, dans ces mêmes individus. Ce sont ces derniers qui composent ordinairement les cadres des mouvements, rencontres et autres syndicats : il s’agit aussi pour eux de survivre en tant qu’existants sociaux, en l’occurrence ici en tant qu’hommes, même désmasculinants pour l’occasion : ce n’est pas là l’essentiel, l’essentiel est toujours au bout du tunnel.

                Si vous leur dites ça, ils se récrieront. Avec sincérité. Qui n’est pas sincère ? Rien  ne serait possible aux gens de bonne foi, sans sincérité, sans l’identification totale du sentiment.

                Pourtant, si ce n’est pas cela qu’ils voulaient, ils admettraient qu’opère la conséquence de la séparation, voilà tout. Mais, voulant continuer à exister, à être présents sur la scène, ils n’en prennent pas le chemin, au contraire. Pour eux, la conséquence, c’est de perpétuer autant que possible, avec la bonne conscience de s’être un peu amaigris, ce qui fait les hommes, et par conséquent « l’humain », l’universel, quoi. On ne choisit pas la conséquence, on ne choisit même rien du tout. Les conséquences s’imposent. Même la séparation ne se choisit pas. Les « organes » relationnels crèvent ou s’exaspèrent, selon diverses coïncidences. Tout laisse à penser que c’est la seconde situation qui prévaut chez ceux qui se rassemblent pour casser la croûte, et gonfler des bouées afin d’apprendre à nager à la relation mise à mal par le séparatisme. Déjà, se rassembler est un symptôme suffisant : ils ne se voient pas vraiment séparés et seuls, en train de se désagréger, ces relationneux. Ils ne se voient pas détruits par les événements, pas du tout; ils entendent garder leur manche, se déconstruire avec finesse - la pusillanimité, la politesse du mot dit tout ! Déconstruire...

                Si ce n’est pas ça qu’ils voulaient, est-ce qu’ils auraient mis sur pieds l’antisexisme ? Parce qu’il ne faut pas s’y tromper, l’antisexisme, c’est d’abord l’affaire (et même la bonne affaire) des hommes. Les anti-ismes sont d’abord l’affaire des dominants qui ont rencontré quelques résistances sur leur passage, et qui ont trouvé aussi des contradictions entre leur désir d’universalité et cette dominance, cette souffrance donc qu’ils ne peuvent plus ne pas voir. Les anti-ismes servent d’abord à déléguer en face, pour masquer la rupture effective, un diable de papier dont on puisse se déclarer ennemi; et ensuite à sauver dans les termes mêmes la communauté mise à mal, en la purifiant de l’altérité que maintenait une domination trop explicite, et qui finissait par faire comme des miettes de pain sous la douce peau du consensus sentimentiel. Les hommes ne peuvent pas à proprement parler être féministes ? Qu’à cela ne tienne, on va trouver un domaine pour qu’ils puissent participer (c’est l’important !), et même quelque peu surveiller l’évolution, domaine qui rassemblera tout le monde, fut-ce avec les apparences de la non-mixité (que nous avons eu, déjà tant de mal à avaler ! Et je ne parle même pas des clowneries « proféministes » pour se faire bienvenir.) Comme ce qui est communautaire, rassemblant est toujours mieux vu dans le relationnisme effréné quotidien que touTEs ou presque cultivent, eh bien la messe est dite. Le féminisme par là même devient, pour les hommes et dans une vision largement répandue, un secteur de l’antisexisme, où une douce parité est préconisée. C’est même sans doute là ce qui en incite d’aucuns à se jeter des accusations de non-proféminisme à la gueule pour tout et son contraire, c’est à dire, par conduction, à décider de ce qui est féministe ou pas - naturel mâle, quand tu nous tient... Parité, société, universalité, relationnite, contrôle et c’est reparti, les hommes antisexistes savent qu’ils ont déjà sauvegardé le plus gros de ce qui a servi à leur prévalence et à leur omniprésence.

 

*

               

                Me trouvant à vie, très simplement, comme vous, un mec absolument parfait, convivialautiste et violent, harceleur et poujadiste, c’est effectivement un coup de chance que je me sois retrouvé séparé. Que j’aie été conduit à des conséquences. Pas gentilles du tout. Sans quoi je serais sans doute à m’aiguiser avec componction dans ces groupes de déconstruction, à condition que je n’eusse tué personne, autre banalité du poujadisme relationnel qui forme les tripes de tout homme d’abord, et des relationneuXses en général. La séparation s’est imposée, tant mieux. Et cette séparation me fait l’ennemi de touTEs ces relationneuXses. L’ennemi de leur but nécessaire et moral, total : sauver la relation, sauver la communauté humaine, remettre à flot, après avoir gratté la coque, l’essentiel du social qui a fait le sexage et bien d’autres réalisations remarquables.

                Je ne suis pas « antisexiste »; marre des anti-ismes qui présentent leur objet tout beau, tout sucré, tout irisé d’évidence, comme si c’était fait, et que ce soit l’individu idéal présent, à ses vilaines scories hétérogènes près, qui le dût étrenner. Le sexage ne sera détruit que si les individus et la relation sont détruits complètement, jusques dans leur unité la plus intime et évidente, jusques dans leur désir; pas « déconstruits ». Et ce ne pourra pas être de la bonne volonté de ces mêmes individus qui se congratulent dans les rencontres de tous poils. Il faudra leur saboter l’existence.

                Je ne suis pas antisexiste, je suis séparé. Je ne veux pas contribuer à une convivialité, une « égalité relationnelle », un dialogue, une amélioration ou toute autre merdouille issue pour son profit de l’idéal présent. Je ne veux pas améliorer, changer, sauver l’amour, l’affection, la relation, le corps, la sexualité, le plaisir, le désir, la compréhension, l’existence, l’échange, la gratuité, le sentiment de soi et du reste (ouf !) sous quelque forme que ce soit ! Je veux les naufrager en leur trouant la panse. En commençant par la « nécessité de communauté », dont les séparatistes ont quand même montré par le fait qu’elle n’était pas inévitable, donc que le pouvoir que constituent l’exigence relationnelle et son usage mutuel quotidien ne l’étaient pas. Et que le droit implicite de la relation, du désir, est le droit de la terreur. Dans un monde qui est une communauté d’individus, seul l’isolement matériel peut détruire le présent et ses unités. L’antisexisme fraternitaire et recolleur est un des aspects principaux du libéralisme, qui est lui-même totalisation de la relation, du sentiment et des individus, dont les mécanismes conditionnent tout, contrairement à ce qu’affirment les révolos syndiqués, avec leur « marchandise » et autres antiphrases sacrées. Ces révolos qui toujours soutiennent, comme leurs adversaires, le bon vieil ordre implicite, relationnel et sexagiste. Et dont les mecs antisexistes sont les frères moraux !

                On comprendra par là que j’ai encore moins de tolérance, s’il se peut, envers les cyniques révolutionnaires « critiques de l’antisexisme », plus vrais que nature, qui défendent avec panache et littérature l’état de fait genrisé, se baignent dans l’humour, la jovialité, payent avec bravoure de leur bidoche dans les manifs, occasionnellement beuglent pour l’état de fait genrisé et les viols présentables sous un prétexte libertaire antijudiciaire. Métasexagistes, comme tous sont métalibéraux. Eux, ils ne passent pas par la case redépart pour maintenir la relation et conséquemment la domination. Franco z’y vont. Ce qui leur vaut l’admiration discrète de quelques uns qui ne se sentent pas assez de biceps pour s’imposer ainsi, et vont à l’antisexisme « déconstructeur » comme au purgatoire ! A chacun selon ses moyens, sinon selon ses besoins ! De toute façon, il y a identité de leur but final à tous, si opposés fussent-ils : la relation. C’est à dire qu’il s’agit d’en venir ou d’en revenir à une sorte d’originel supposé irréalisé, ou de « potentiel », qui est de fait la transcendance même de l’obstiné présent naturaliste, individualiste, genrisé et sexagiste, et ne tend qu’à la totalité de cette fichue relation dont on bouffe déjà matin midi et soir depuis notre naissance. Pourquoi sont ils tous bien d’accord sur cette notion ?

                Les mecs antisexistes, avec leur gentilles perspectives, modestes et racleuses, peuvent sans doute faire plaire aux relationneuXses, qui n’attendaient que ça, qui gémissaient des réserves indispensables à la communion, à celleux qui n’ont pas été pousséEs encore, à coups de saton, à prendre le large et à s’armer contre les évidences.

                Ils peuvent donner le change, en reniflant, en suant beaucoup, dans leur piscine, à touTEs celleux qui le désirent, ce change. Mais ils ne peuvent pas tromper facilement un type qui sait bien qu’il ne sera jamais que cela, semblable à eux, moins le désir relationnel et le fraternitarisme qui habillent l’hégémonie préservée du sentiment de la nécessité d’être ensemble pour tout et son contraire. 

 

*

 

                Il m’est dit que des séparatistes rigolent des groupes de mecs déconstructeurs. Ça me fait pas trop marrer pour ma part. Ces gens-là ont réellement, les expériences passées le prouvent, un impact, si peu nombreux soient-ils. Ils sauvent effectivement la communauté relationnelle totale. Ils lui ont appris déjà à nager la brasse au milieu des écueils. Ils légitiment déjà maintes approches plus ou moins compliquées, plus ou moins tortillées, pour renouer les fils mis à mal par la colère et l’incrédulité. Ils approuvent au besoin, mais approuver c’est posséder, au double sens du terme. Leur rigueur pateline est une garantie, ça oui, une garantie de maintien du présent, toiletté, humanisé même. Cette évolution libérale que j’ai déjà décrite ici et là, ce respect qui voile pudiquement les dominations, y compris le sexage, cette idéalisation douce de la relation purifiée qui fait des minorités sexuelles des modèles de socialisation, ils ne sont pas pour rien dans leur succès ! Ce que veulent naufrager celleux qui, séparéEs, ont été dépouilléEs (ouf !) des idéaux relationnistes, ils le veulent préserver autant que possible.

                Je ne parle pas en « antisexiste », ni même en séparatiste; quelles que soient mes sympathies envers celles qui ont montré par le fait la caducité de la communauté relationnelle totale et obligatoire, je ne veux me faire bienvenir par personne. Je parle en séparé. Qui n’entend plus relationner avec personne. Et ces maîtres-nageurs sont les ennemis, d’abord, de touTEs les séparéEs. L’intention compte peu, ils n’en ont que de bonnes. En déconstruisant tout ce qui pourrait faire obstacle à cette réédification, les ruines qui branlent dans ce désert possible dont, en particulièrement obsédés de la relation, ils veulent faire un chantier, ils reconstruisent bel et bien les piliers de l’idéal millénaire qui avait un peu souffert (si peu !), de quelques défections et sabotages. Ça fait un bon moment qu’il a été dit que laisser l’ennemi se reprendre, se ressourcer, c’est déjà une bévue grave. En rigoler sans méfiance peut promettre des réveils terribles. Je le dit franchement, saboter leur piscine, creuser un trou dans le fond, que tout l’amnios salvateur s’en aille aux égouts et que la relation crève asphyxiée, serait de première importance pour les séparéEs, sinon pour les autres. Voilà une entreprise supplémentaire pour celles et ceux qui, comme moi, n’ont ni frères ni soeurs et n’entendent restaurer nulle communauté, fondement de tout pouvoir. Ces types-là, avec sincérité et bonne conscience, préparent les retrouvailles; gare ! car on sait bien ce que ça veut dire, quand le monde se referme et se réunifie ! C’est là tout le clivage entre celleux, innombrables, qui veulent que l’antisexisme soit le prodromes de relations encore plus intenses, plus totalitaires, et celleux qui n’y existent plus, dans cette totalité.

                Ce qui fait le sexage me semble au reste profondément lié à la relation, cette évidence-désir, tout comme ce qui fait le pouvoir en général. Et j’ai par conséquent la furieuse impression, depuis la crevasse où je me suis partialement assis, que tout ce qui flatte et vivifie la relation et son monde, l’individu, le sentiment d’un soi, le désir de quelque chose de « supportable », tout ça nourrit le présent, le sexage et bien d’autres choses que touTEs s’affirment combattre.

                Je ne sais ce qui serait le plus dangereux, de laisser les mecs antisexistes faire leur popote, sachant que quand même il leur arrive d’en défaire un peu, et que leur sauvetage de la communauté de relation ne se profile qu’à moyen terme, ou bien de les éparpiller par des sabotages sans cœur ni pitié, c’est à dire de les désespérer un peu plus; on sait ce que font encore plus qu’à l’ordinaire les mecs désespérés de ne plus exister, révolos ou pas : viols, meurtres de masse, etc. Ceux-là paraissent moins dangereux ? Mais pour qui ? Et pour combien de temps ? Qui peut croire que quiconque se rassemble pour relationner puisse être inoffensif, dans un monde bâti par, pour la relation et le rassemblement, et dont pas mal n’arrivent plus à ignorer l’épouvante ? Parce que là gît la question : qui s’autorise à nominalement soupçonner que la relation n’est que ce qu’elle paraît, rapport de force et de domination ? Certainement pas celleux qui l’idéalisent, dominéEs comme dominantEs. Je parle d’un point qui n’est pas le leur, qui est par force hors de cet idéal actif. Pour unE désagrégéE, ce genre d’entreprise de rafistolage de l’idéal est un danger de plus, un danger pour des viandes, pas pour des sentiments de soi qui sont crevés !

                Ces entreprises sont les bétonnages d’un monde qui a mené les séparéEs à des conséquences pas folichonnes, par le renforcement entre autres de l’identification des relationneuXses à des elleux-mêmes moins déplaisantEs. Je ne jurerais du reste pas que chez les « déconstructeurs », il n’y ait des séparés en instance d’éclatement. Pour en arriver où ils en sont, ma foi, il faut quand même déjà en tenir, si j’ose dire. Mais gare à ceux-ci, alors, car c’est eux aussi qui feront les frais de la cicatrisation amorcée, si ils restent au milieu : ils seront jetés à la fin comme ce à quoi ils auront servi : de vieux pansements, et sensiblement dans un état semblable ! Il ne leur est peut-être que temps de laisser tomber le cassage de croûte, et de passer au travers d’eux-mêmes pour arriver là où personne ne les attend, et surtout pas leur soi nécessaire, fût-il déconstruit ! Vieux pansement pour vieux pansement, mieux vaut transmettre la peste que le sentiment !


 

 

 

Les popotes communes cultivent le présent.

 

 

Sauver la relation c’est sauver les dominations !

 

 

Séparations !

 

 

 

 


Le Rabat-Joie, 1998


 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 09:24


Ras la touffe, comme disait volontiers la hamstère en chef du temps qu’elle avait encore une tête.

 

Ras la touffe de combattre les hurlements des hyènes de « sexisme et racisme », qui sont d’ailleurs effectivement et sexistes, et racistes, mais surtout tout bonnement des crapules à qui mensonges et manipulations ne coûtent pas grand’chose pour asseoir leur terreur paranoïaque et hideuse. On se salit à simplement rétorquer à de pareilles personnes. Malédiction soit sur elles.

 

Ras la touffe de patauger dans le marmonnement apeuré des féministes et autres alternotes, avec leur lâcheté morale inexprimable, qui fait de leur « réseau social » un endroit à peu près aussi safe qu’un parking souterrain ou une salle de garde à vue (évidemment pas pour n’importe qui non plus, mais ça tombe sous le sens !). Cela est d'ailleurs le propre de toute institution ou milieu sécuritaire : la peur panique du mal, et celle de pouvoir avoir tort. Par contre, la "sécurité" réelle, ha ha la bonne blague.
 

Ras la touffe de la fausse bienveillance qui se révèle dès que besoin abandon, haine ou mépris, quand ce n’est pas merde pure.

 

Ras la touffe de la ré-essentialisation des positions sociales et du découpage multiplicatoire et dissolvant de la réalité.

 

Ras la touffe du mensonge impossible à désigner, de la parole performative et de la tyrannie du ressenti. Ras la touffe de l’idéologie qui formate l’illusion.

 

Ras la touffe de l’hypocrisie transphile qui continue son cirque d’abus et d’envahissement (ah il y a plus de bio qui courent après les trans ou vivent à travers elles que l’inverse !). Ras la touffe de l’hypocrisie antiraciste ou anticlassiste ou antitoutcequ’onveutiste, qui ne cache que l’angoisse et le refus de se reconnaître et de reconnaître les autres.

Occupez vous de vos fesses !

 

Ras la touffe d’essayer de poser des questions de fond qui gênent les petits enjeux (en gros les histoires de cul, la consommation de relation et d’identité) dans le mouvement féministe. Et de s’en prendre plein la gueule en retour, depuis « tu es castratrice » jusqu’aux calomnies les plus puantes.

 

Ras la touffe de l’angoisse idéologique et sécuritaire d’un mouvement qui tourne en rond dessus, ne pouvant plus rien produire d’autre dans sa paralysie et son épuisement. Ras la touffe de sa prétention béate et aveugle à « être hors du mal ». Ras la touffe qu’il s’y passe en somme exactement les mêmes choses qu’ailleurs, avec les mêmes logiques.

 

Ras la touffe de voir que les choses commencent à y déraper gravement mais que personne ne veut rien remettre en cause, peur de « casser la dynamique » sans doute, dynamique de violence, de mauvaise foi et de stérilité qui broie de plus en plus de gentes, et dans laquelle on cherche surtout à éviter d’être du mauvais côté, dans la plus classique tradition stalinienne.

 

Ras la touffe d’un socialement et politiquement correct moisi, qui ne sert qu’à distribuer des bons points et des coups de bâton, et qui n’a jamais protégé personne.

 

Ras la touffe d’un mouvement qui s’abuse, se ment, et encore pire se croit.

 

Ras la touffe d’un mouvement où il n’y a plus d’individues, rien que des amalgames frileux.

 

Ras la touffe d’un féminisme soi-disant qui « n’a jamais tué personne »… Ben si, mais justement pas ses ennemis, juste des nanas, un peu comme l’armée rouge japonaise qui s’auto-extermina en son temps. Ras la touffe en général d’un mouvement alterno incapable de combattre qui que ce soit d’autre que ses propres membres.


Et ras la touffe de ma connerie de hamstère ratée, qui ne consentais pas à voir que j'étais depuis des années dans la dépendance de crapules abusives et dangereuses, que ce soit par leur paranoïa ou par leur exotisme, qui fleurissent si bien dans les milieux militants. Je songe avec douleur à une malheureuse amie, morte l'été dernier, et que ces abominables salopes seraient si bien à sa place, au fond de l'eau avec une gueuse au cou.

Ras la touffe. Je ne répondrai plus. J’en ai assez dit. Il fallait venir plus tôt.

Je ne répondrai plus mais je n’ai pas fini d’ouvrir ma gueule.

 

Il y en a des qui avancent à coups de pieds dans le cul.

La petite murène a toujours avancé à coups de poignards dans le dos. Et elle est toujours vivante, avis aux amatrices !

Les trans ont neuf vies !
 

La petite murène

 

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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 10:30

 

 

 

« L’addition des oppressions

fait augmenter l’excitation »

Les Van-Van

 

Vous en avez marre d’être blanche, bio, bourge, hétéra, que sais-je (mais tout en gardant les avantages et en restant socialement comme relationnellement désirables ) ? – les nouveaux mystères de la jungle alternote, le queer, la culpabilité niée et la « déconstruction » de votre mauvaise nature sociale, vous tendent les bras ! Résultats rapides, vous deviendrez noire comme du charbon (comme les excommuniéEs dans les blagues du temps jadis), trans, déclassée, un tant soit peu bancroche… Tout au moins dans votre référentiel et celui de votre mouvement. Tout en gardant les avantages des qualités premières (pasque quand même, faudrait pas rigoler, on est sur terre pour accumuler, pas pour se limiter ou perdre…).

 

Bon, je force férocement le trait mais si je le force ainsi, je vais vous dire, c’est que je crois qu’il y a urgence, qu’on est dans une fort mauvaise passe, et même qu’on y entraîne autrui (autrui, c’est celles qui ne sont pas dans la moyenne sociale du milieu alterno-féministe ou alterno en général). Et qu’encore une fois, au risque de me répéter, il faut faire quelques pas en arrière ! Revenir sur ce qu’on croit acquis, souhaitable ou évident.

Et ce n’est pas une question d’idées. Les idées, elles peuvent être fort conséquentes, c’est pas ça le problème, c’est l’attitude, le fonctionnement. L’attitude vis-à-vis des idées, de nous-mêmes et des autres.

Ça me rappelle quand même bigrement l’antispécisme, où là on avait trouvé ce qu’il y avait de mieux, on allait plus être de méchantes humainEs, tiens. On allait essayer d’être « des animaux parmi les animaux » (évidemment plus responsables parce que plus puissants, mais bon – la bonne vieille blague coloniale des « races responsables »…). Et révolutionner toute la pensée. Pour se laver de la vilaine domination, y avait pas mieux, on commençait fort. Evidemment tout cela a fini assez pleutrement. Trop d’impasses logiques. C’est déjà bien d’être vegan. Mais on avait quand même déjà touché cette fibre de la fuite de notre statut. On n’en a pas assez pris de la graine semble-t’il, on a recommencé… Plus près…

En outre là, il y avait à gagner. Faut bien avouer que la socialisation avec les non-humains, côté valeur sociale et estime de soi ça rapporte peu. Tandis que là, des vraies humainEs, des groupes sociaux entiers à dispo, des outres gonflées de notre compassion par procuration, comme j’écrivais déjà il y a plus de quinze ans… au sujet des animaux ! Ça en dit long sur notre vision des choses. Mais là en plus des outres qui rapportent. Avec lesquelles on peut se pavaner dans la rue et dans les rencontres. En présence comme en absence. Y avait plus à hésiter.

Bon – je vais aussi vous dire, je ne crois pas que ça ait été fait avec un machiavélisme aussi net ; mais pas non plus innocemment. On y a cru… mais pasqu’on avait bien intérêt et enjeux à y croire. Approche « matérialiste ». Politique et opportuniste. Il y a eu effectivement dans divers cas échange, don, voire soumission. Mais je crois quand même que cette approche engendre des désastres, parce que nous prétendions modifier en profondeur un rapport social que nous ne contrôlons nullement. Et qui finit toujours, au milieu des meilleures volontés, par s’imposer.

 

Quelques années après l’antispécisme on a donc "retrouvé" avec le même regard le racisme, le validisme, le sexisme, enfin toutes les "phobies" possibles et imaginables pour désigner les rapports de force – pardon, les « dominations » – et on y est repartiEs pareil ; et souvent les mêmes en tête, dont votre petite murène adorée. On allait à nouveau et même encore plus se « déconstruire ». Encore moins être nous-même, ce vilain et fatal nous-mêmes, qu’on fuit avec tout le romantisme possible et imaginable. Le romantisme n’est pas qu’un mot, une mode, voire une école littéraire – c’est une attitude sociale et politique, analysée justement par les féministes, mais aussi les marxistes. Elle consiste à se fuir, à idéaliser de nécessaires autrui, à se projeter dedans, à ne pas assumer son histoire, sa classe, son genre – ni même quelquefois sa personne. Et plus précisément pour nous, qui avons bien pris je crois le pli de la société de sécurité, à craindre comme la peste de n’être pas sécures partout, de se tromper, de ne pas (se) trouver en miroir inversé…

Il suffisait de renverser les signes, de se « soumettre » au jugement et à la connaissance, c'est-à-dire en fait de flanquer toute la responsabilité sur les épaules de nos opprimées. De se tenir bien dociles en apparence et de sucer la moelle. De causer « légitimités » pour se les renvoyer à la figure. Ça aussi les « légitimités », ça semble être un gisement d’arnaque, de la façon qu’on les gérées et signifiées, en tout cas.

 

Mais il ne s’agit pas que d’un calcul de ce genre, même s’il est bien présent. On s’est euEs nous-mêmes, touTEs, « dominantes » et « opprimées », dans cette martingale idéologique, au mieux compassionnelle. En s’attirant mutuellement, dans un processus de reconnaissance biaisée et de prétendu « échange de pouvoir ». Bon – cela dit, je reconnais que des trucs pas biaisés, dans ce monde, sont impossibles. Mais là on a fait fort dans l’arnaque, et je n’hésite pas à dire que si tout le monde est arnaquée, ce n’est pas au même titre, et que c’est quand même la demande de communauté révisée (après les précédents échecs du maternalisme ouvert) de la part des dominantes qui a enclenché l’affaire. Comment en effet, quand on est subalterne, ne pas vouloir profiter et donc répondre à cet appel humble en apparence ?

De notre côté, narcissisme total et paradoxalement « inversé » : moins on va être nous, plus on va être « autre » (et pas n’importe quelle autre), et plus on va être bonnes, ou plus précisément « exactes », « détrompées », évidemment « déconstruites ». Plus on va « faire nôtres » la pensée et les analyses réelles… ou supposées, quelquefois induites par le rapport social nié, de ces « autres », plus on va être… intouchables ! Plus responsables (« ce n’est pas nous qui le disons, c’est elles ! »). Certifiées – c’est ça qui nous démange, certifiées et reconnues, condition à la fois pour relationner et profiter tranquilles, mais aussi pour arriver à nous regarder dans la glace, tellement nous avons honte de ce que nous sommes socialement !

Á mon sens, le résultat se voit dans la montée de la violence et de la berzinguerie qui sourdent de plus en plus dans le milieu (et pas que, la société entière ayant pris ce tour compassionnel nié), et particulièrement entre personnes de classes inégales. Aux fruits on connaît l’arbre, c’est ainsi que je comprends les choses ; et c’est pour cela que depuis quelques temps j’ai tendance à dire « holà », après avoir été une grande partisane de la « déconstruction » et de ce qui va avec. On ne se « déconstruit » pas. Au mieux on voit et on visibilise, dans une certaine mesure. On ne sent pas avec l'autre, on ne voit pas avec ses yeux - la grande illusion du "compatir", qui dégouline de partout (voir les discours des politiques institutionnels) sans que nous y prenions garde.

 

Or à présent, tout cela apparaît comme une arnaque. Et même une espèce d’auto-arnaque, un piège dans lequel nous sommes tombées avec appétit, les unes et les autres, depuis nos provenances respectives. Un piège qui semble quand même singulièrement un reflet du traitement « compassionnel » et « empathique » qui est de plus en plus en vogue dans la société en général. On ne parle plus que « souffrance », « légitimité », « ressenti »… Bref, données juxtaposables, sans interrogation possible, mais aussi somme toute sans grande transmission imaginable. Ce qui après tout a sans doute aussi un sens dans l’état des choses : nous sommes séparées. Okay, mais alors il faut là aussi en tirer les conclusions, et ne plus chercher une communauté illusoire.


Avec les yeux en apparence grands ouverts (mais sur quoi ?!), nous sommes atteintes d'une véritable cécité morale. ce ne sont encore une fois pas idées qui merdent, c'est pire, c'est l'attitude, le rapport aux idées, aux groupes et aux personne. Qui nous fait bigler. Et une fois de plus croire nos intérêts de dominantes angoissées travestis en "universalisme anti-universel". Nous ne rechignons plus aux paradoxes les plus dégoûtants.


Á mon sens il faut là encore faire un pas ou deux en arrière, pas pour revenir d’ailleurs sur des connaissances ou des reconnaissances, mais pour en tirer au contraire des conséquences : cesser de croire possible ou facile ce qui ne l’est pas, et stopper l’invasion compassionnelle que nous menons plus ou moins tranquillement, confortées par l’assentiment fréquent des envahies. Ce qui amène d’ailleurs aussi à ce fameux « consentement » - que vaut-il, que recouvre-t’il réellement dans des rapports sociaux où le choix de gagner ou de ne pas gagner, même provisoirement, est déchiquetant ?

 

Et aussi assumer des positions qui nous puissent être propres – jusqu’à assumer des positions seules, « personnelles » s’il le faut. Assumer de décider sans se reposer sur de prétendus calculs politiques infaillibles qui sont souvent la girouette du vent social. Assumer de se tromper et de ne pas tout savoir, de ne jamais tout savoir. Assumer enfin de se limiter. Assumer des principes.

Et tout ce avec fermeté, mais sans cynisme – l’autre piège lui aussi fort en vogue. Il n’est pas vrai que nous ne puissions rien (autre bonne raison de se permettre tout !). Ce n’est pas parce qu’on s’est mises là les unes les autres dans une véritable situation d’impuissance, que celle-ci est fatale. Reculer un peu, c’est aussi nous dégager les unes les autres de cet enchevêtrement. Pour réavancer.

Je le dis franchement – ça c’est de notre responsabilité en tant que dominantes sociales (en moyenne). Et attendre qu’autrui nous le dise, c’est vraiment malhonnête. Nous ne devons plus attendre.


On ne peut pas reconnaître autrui si on ne se reconnaît pas. Ni les rapports où nous nous trouvons. Sans cynisme mais sans déni, et sans abus d'ami-ami.  

Voilà, je l’avais dit – télégraphique. C’est que j’en suis à essayer de… détricoter (allez, je vous la fait celle-là !) cet enchevêtris dans lequel j’étais moi aussi bien entrée depuis des années, de ne plus accepter le niveau de violence impuissante qui s’en dégage. Et d’assumer une position propre. Avec ses lacunes. Tout cela me dépasse pas mal. J’essaie actuellement d’écrire un truc sur « exotisation et culpabilité ». C’est un gros morceau bien sec, bien dur. Je m’obstine à le cracher.

Je vous donne rendez-vous sur la nappe ! Ou sous les chaises !

 

La petite murène

 

 

                                                                                                                                          

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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