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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 13:00

On raconte que, lors de la guerre entreprise contre le Mexique, Henry David Thoreau, ayant refusé d’acquitter ses contributions pour n’y pas contribuer, fut emprisonné. Et qu’un de ses amis l’ayant et lui ayant demandé « mais pourquoi êtes-vous là », il lui aurait répondu « pourquoi n’y êtes vous pas ». On fait de cette scène un mythe fondateur de la désobéissance civile.

« Pourquoi êtes vous-là ? » - la question semble un tantinet stupide… mais la réponse, ou plus exactement la répartie, est tout à fait redoutable, elle fonde le puits de roublardise sincère dans lequel nous nous jetons les unes les autres à la file, et où celles qui ont le dessous périssent empoisonnées. Car le liquide qui y croupit est vénéneux.

 

Á partir du moment où elle n’est plus un acte délibéré, c'est-à-dire de volonté et de nécessité, mais un acte incité, la désertion ou la désobéissance deviennent des oxymores et des absurdités d’une logique comparable à celle de tous les ismes. Et avec les même conséquences de grégarité, de bien-pensance, de peur et surtout de travestissement des enjeux.

 

Le « Pourquoi n’y êtes vous pas ? » d’un Thoreau figure une racine de cette aberration, qui manque au principe de s’occuper de ses fesses. Le souci qui en sourd est celui de se répandre. Il m’a hanté bien des années, comme il hante et possède, au même titre que les fameuses idées, toutes les militantes et autres bienfaitrices de l’humanité. Répandre une interrogation. Le piège. Si on cherche à répandre, on ajoute comme condition à la présence de cette interrogation sa multiplication en idées sur pattes. On a d’ores et déjà sauté à pieds joints dans la mare. On commence dès lors à offrir une reconnaissance, et même la reconnaissance, en échange de l’identification, de l’acquiescement. On est en plein dans le marché de dupes (relativement il est vrai ; tout le monde est trompé, se trompe réciproquement, mais celles qui en pâtissent sont une minorité). Mais il est patent que, dupes ou pas dupes, le marché, la bourse et la fripe commencent là.

 

Le « Pourquoi n’y êtes vous pas ? », qui recèle implicitement autant et plus de reconnaissance qu’il exige d’obligation et d’abdication, représente ici la main tendue qu’on rencontre souvent avec l’urbanité bien-intentionnée sur le chemin de la vie, et qu’il faut surtout bien se garder de saisir ! Elle colle après indéfectiblement, comme la tunique de Nessus, instille petit à petit son venin, et on est amenée à s’amputer, quelquefois fort haut, pour s’en libérer. Quand il en est encore temps.

 

Il faut en outre y faire bien gaffe. En effet, la main tendue, au-delà du cas banal de l’attrait propre à l’appât social de la reconnaissance égalitaire (« viens donc avec nous), peut être aussi présentée comme « en détresse » ; à aider (viens donc pour nous mais le pour se surajoute en réalité à l’avec). C’est d’ailleurs un des principaux travestissements de l’affaire. On se sent un devoir moral de générosité, de vouloir s’identifier à, même si ce n’est pas encore le jeu de la redevabilité mathématico-politique (qui arrive généralement un peu après, quand on est déjà coincée par l’arnaque à la pseudo-reconnaissance. Au fond, ce qui gît toujours derrière c’est « viens avec nous, tu seras comme nous » - puisque la grande malédiction contemporaine paraît d’être ce qu’on est, et le premier désir d’être quelqu’une d’autre ! C’est là le tordu de la promesse à travers la demande. La main vous suggère de venir là où est sa porteuse, ou du moins plus près, de changer de place dans le monde, quoi. Sous le beau parapluie du principe d’identification, mais aussi de solidarité. Solidarité – une des autres piques de la grande arnaque. Solidaires, soudées, déplacées. Evidemment nous rêvons avec obstination d’être déplacées, que ce soit en princesses, en lesbiennes, en squatteuses, en soumises, que sais-je encore… Ces bons vieux rêves collectifs qui tournent vite au cauchemar.

La main vous demande le déplacement, mais aussi d’articuler un acte de foi. C’est là où vous êtes prise : vous l’avez dit. Que ce soit à la première personne (engagement) ou à la troisième (énonciation d’une « vérité nouvelle » ou d’un « fait social »). Ça vous mène beaucoup plus profond que vous pensez, et en même temps beaucoup moins loin. Dans la vase du marigot. Cette parole vous lie. On vous jette une nouvelle peau sur les épaules. Gare !

 

La main tendue est une arnaque à la reconnaissance, une parmi tant d’autres devrais-je dire… C’est aussi une arnaque à l’utilité. C’est un grand crime en notre siècle que d’être ou de se sentir inutile. D’autant qu’on l’assimile désormais tout à fait abusivement, selon la doctrine selon laquelle tout le monde doit à tout le monde, à être à charge d’autrui. Nous sommes en un temps farci d’utilitarisme, où l’on parle répétitivement de l’intérêt comme de la plus tangible réalité, empilable et amassable, alors qu’il s’agit encore une fois d’un obtus paquet abstrait, un autre de ces travestissements de la réalité. Et c’est précisément ce principe d’utilité qui, après les torsions convenables, cimente le vivre sur dos les unes des autres, le revendiquer et le réclamer sans interruption comme condition essentielle de l’existence individuelle comme collective. Être inutile, si toutefois cela se peut, serait plutôt y échapper…

L’attrape à l’utilité est ancienne, aussi ancienne que ce que d’aucuns appellent à tort ou à raison la modernité. On en voit en tous cas poindre les principes et obligations dès le seizième siècle, et petit à petit grignoter les archaïsmes. Je crois toutefois qu’elle a fait un nouveau saut de grenouille, dans notre époque, lorsque utilitarisme, notion d’intérêt comme comptabilité du réel, et plus récemment sans doute le care et ce genre de choses ont été posés, explicitement, comme conditions au (« plus grand ») bonheur (« possible ») que l’on doit évidemment rechercher et même imposer (puisque le préambule de la constitution américaine même, concentré du XVIIIème siècle, le disait déjà). Le terrain était bien ameubli. J’ai moi-même fait partie d’un des petits groupes, les antispés, qui ont véhiculé ce fléau dans leurs brouettes. Je n’en suis pas autrement fière, vous vous en doutez.

 

La question n’est évidemment pas de savoir s’il faudrait être utile ou inutile. Elle est biaisée dès le savoir et dès le il faudrait. Et enfin, de voir les résultats de cette course à l’utilité et de cette comptabilité des intérêts, bref de cette entredévoration, il y a de quoi nourrir des doutes sur l’ensemble de cette logique.

Le il faut, en tous cas, est tout entier dans la main tendue. Là commence une des suites mathématiques de l’implicite. L’attitude envers les choses, et tout ce qui est tapi derrière le paravent.

 

Une des grandes promesses de la « subversion » ou autres alternatives serait justement de ne plus être tout à fait de ce monde. Tout en y étant. Tout bénef si j’ose dire. Je tiens donc que c’est une tromperie. La désertion ne s’incite ni ne se décrète, d’une part, et on ne peut pas prétendre à quitter ce monde en y restant. Parce qu’il y a aussi cette torsion, qui ramène à ce qu’on serait, ne voudrait pas être ou deviendrait. Eh ben je suis persuadée finalement qu’on ne devient rien, fondamentalement. On peut juste se déplacer un peu. Se retirer. On ne déserte pas vers une main tendue. On part seule devant – ou derrière soi.

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:37

Pour ne plus devenir prisonnière des bonnes intentions, de la militance, du féminisme, de l’antiracisme, de la « déconstruction » et autres cages à bons points et faux débats.

 

Déjà vous aurez remarqué que j’écris prisonnière au singulier. Beh oui – parce que je crois désormais, après une trop longue expérience (mais j’ai la tête lente et l’auto-estime émiettée), que la première cage sur ce chemin est le pluriel. La terreur de rester seule. De ne pas se voir agrégée. De devoir prendre parti et choisir sans garantie collective.

Bien sûr, si j’écris, c’est pour d’autres – et tout d’abord dans l’espoir que ça servira à ce que quelques unes échappent à ces papiers tue-mouches qui pendent en travers de tous les carrefours de la sociabilité militante.

 

On a pris, depuis bien deux siècles, et un peu partout, notamment en france, le pli obligatoire de partir des idées, forcément productrices de réalité et dispensatrices du bien commun.

J’ai toujours eu tendance, depuis l’enfance, et dans une vie qui n’a jamais été drôle, voire un tantinet cauchemardesque, de partir des conséquences et des résultats pour juger des prédicats et des systèmes. J’ai laissé trop souvent contrarier cette pente par la loyauté aux dogmes qu’on me proposait en m’alléchant par leur rigueur morale. Quand on est une vieille chrétienne on ne se refait pas, hélas…

C’est d’autant plus étonnant, parce que ces résultats, les comportements engendrés quoi, ouvrent pourtant toutes grandes d’impressionnantes fenêtres sur les motifs immédiats et réels, les enjeux quoi, de la course, de la bousculade même, pour se trouver au bon endroit, au bon moment, avec le bon badge et la bonne idée. J’ai déjà dit ailleurs qu’un des caractères majeurs de l’idéologie, et peut être un de ses buts, est le travestissement des enjeux. C’est d’ailleurs pas moi qui l’ai découvert, je vous prie de me croire…

 

Mais bon, on a tellement pris aussi cette sale habitude de tout justifier, d’alléguer le bonheur futur jusques devant des charniers et des camps, bref de « casser des œufs » - si possible autres que soi – pour en confectionner la fameuse omelette de félicité, que même l’évidence n’émeut plus personne, bien au contraire.

 

On arrive même à se mentir, et donc à mentir à autrui - disons, dans une certaine mesure (oui, je ne crois plus à la sincérité béate ni rageuse de mes ex-camarades), et à devenir une bonne et efficace paveuse de l’enfer des bonnes intentions.

C’est ça aussi : j’ai toujours refusé de croire que les gentes étaient des imbéciles. Elles m’ont toujours au contraire impressionnée. C’est probablement dans mes périodes d’adhésion maximale à leurs idées que je les ai le plus prises pour des connes, relativement – de croire justement à leur sincérité. Quant à moi, je me vois comme une jobarde incurable, particulièrement peu intelligente, ce qui m’a désignée toute ma vie pour être abusée et dupée à répétition, mais aussi, finalement, qui me sauve à la fin et m’ôte de cette entreprise obstinée de vessies et lanternes. Tout simplement parce que je ne suis pas assez maligne pour suivre, pour triturer la réalité à la même vitesse que les bonnes militantes, ni pour prévoir les changements de cap et retourner ma veste assez vite. Je crois enfin trop facilement à ce qu’on m’affirme ou me jure. J’en reste au mot et ne sais pas lire entre les lignes.

Je suis une intellectuelle, je n’en ai d’ailleurs absolument pas honte, mais une intellectuelle par accumulation, sans étincelles. Une intellectuelle pas douée. C’est pour ça qu’à quarante cinq ans j’en suis juste à me dépêtrer de ce dont bien d’autres se sont dégagées à trente.

Je suis pauvre d’esprit. Et ça me va très bien. Je juge et jugerai ainsi désormais strictement au ras des pâquerettes, c'est-à-dire des conséquences et des faits.

 

C’est pour cela que je vais causer de ce que j’annonce au départ, ces idéologies qui tiennent une grande part dans un certain monde politique et moral contemporain, qu’il soit institutionnel ou alternatif – d’un point de vue qu’on pourra juger subjectif, parce qu’il ne sera pas systématique. Je vais parler des effets que j’en ai vus. Et remonter un peu, mais depuis ces effets. Je suis en effet intimement convaincue de ce principe de plouque : qu’aux fruits on connaît l’arbre.

 

Le plus drôle est que j’avais déjà mené cette enquête, avec la même méthode, il y a quinze ans, en m’extirpant de l’antispécisme. Où j’avais somme toute identifié des buts et des passions, des dissimulations et des mensonges à peu près semblables, dans ce petit troupeau, à ce que j’ai vu en grand dans les dernières années, depuis 2000 disons, dans le féminisme « déconstructeur », l’antiracisme et ce qui tourne assez largement autour, bref les obsédants faux débats qui dévalent de partout comme des cascades en période de crue. Faux débats parce que les buts immédiats des grandes démonstrations et professions de foi ne sont pas ceux qui sont prétendus. Mais aussi parce que, de ce fait, l’auto-arnaque est générale, parce qu’il faut bien se structurer et s’appuyer sur une cohérence interne, et qu’on assiste à d’hallucinantes reconstructions, tout aussi tordues que, si on veut, l’excipement par un gouvernement de raisons de « sécurité » (passion qu’il partage avec les alternotes qui l’appellent « safety) pour promulguer une loi essentiellement raciste et surtout stupide.

C'est-à-dire – et je sais que c’est redoutable parce que ce sont quelquefois les arguments aussi d’autres idéologues, celleux de la réaction – que les objets mis en avant sont dans les faits des prétextes à un tout autre jeu.

Mais justement : parmi les principes désastreux de ce genre d’approche, il y a celui de ne pas dire quelque chose quand ça pourrait ressembler, de près ou de loin, à la critique des méchants criminels ennemis de l’humanité. La vraie raison à mon sens n’étant pas de ne pas « faire objectivement leur jeu » ou pas, mais juste de se préserver soi de l’accusation qui tue…

 

Par exemple, dans l’antiracisme « déconstructeur » en milieu « de genre », j’ai assisté principalement à la surenchère de nanas « blanches » hypocrites et avides, terrorisées par la simple idée de ce qu’elles sont, courant après les « racisées » pour s’en faire bienvenir dans une grimace de soumission (un peu comme les mecs proféministes après les nanas), ainsi que pour coucher avec puisque c’est la sanction sociale suprême d’une société obsédée par la sexualité comme valeur fondatrice. Et au revers, courant à reculons vers elles, des « racisées » paranoïaques, abusives, assoiffées de pouvoir et qui tombaient rapidement dans le puits de l’image dithyrambique d’infaillibilité essentielle que leur présentaient les « blanches » comme un miroir ! Bref l’arnaque réciproque dans des trombes d’obséquiosité et de « reconstruction » de la réalité. Un véritable assaut de stupidité volontaire prêtée et rendue. J’avoue que c’était tellement gros, arrogant, que j’y ai cru un moment – un peu gênée quand même des fois par l’abêtissement délibérément réducteur, le manichéisme binaire (tiens le revoilà çui-là) et le « tout va dans l’même sens » consécutifs… Et par l’usage répété des prétextes « politiques » à visée… relationnelle, pour rester prude… Je mentionne juste en passant, parce que ce sont des corollaires qu’on rencontre absolument partout, la pratique généralisée de la culpabilité, et la passion pour la surveillance, nommée joliment vigilance, comme dans les partis totalitaires ou les vigipirates démocratiques. Des fois on dit softement attention ou bienveillance, mais ça veut dire la même chose.

Je donne cet exemple, parce que je l’ai vu de près et qu’actuellement il est particulièrement gratiné – mais dans tous les coins, de l’alternative comme ailleurs, et sur une foultitude de thèmes, on en est à des fonctionnements similaires. J’ai vécu ça aussi dans la transphilie en vogue, tout à fait conditionnelle du reste : il faut être, surtout mtf, une bonne trans, sans quoi on est moins que rien. De même dans l’antiracisme : on est déconstruite ou on n’est pas.

Tout ça pour, en somme, se fuir, d’un côté comme de l’autre, sans parler du troisième et du dixième. L’exotisme, et le néo-essentialisme des « histoires sociales » qui seraient la source de tout (comme de son contraire), sont les expressions devenues bien étranges et tordues de ce narcissisme généralisé et solipsiste que d’aucunEs voyaient poindre depuis quelques décennies. Avant il fallait « être soi-même », ce qui était déjà tyrannique et hors de prix ; désormais il faut, consciemment ou pas du reste, « être ce qui est bien », et qui est toujours, positivement ou a contrario, véhiculé ou signifié par une « autre », cet indispensable « autre », ou plutôt image d’autre. Mais surtout il faut se fuir – le péché originel, bouh ! Et abolir toute forme de reconnaissance d’un soi comme d’autres et d’un réel trop prosaïques. Trop pauvres. Il les faut enrichir d’idées, de statuts, de certitudes, de désirs et que sais-je encore – et de fait les, nous remplacer et travestir.

Tout cela mène à un curieux ballet d’expropriation réciproque et obligatoire. Comme dans ces jeux qui sont tant prisés dans certains milieux, et où on doit tout être à l’exception de soi-même. Sauf que là le jeu est grandeur nature et les dégâts aussi.

On s’étonnera donc à peine que, pendant ce temps et dans ces conditions, les rapports sociaux et personnels réels n’évoluent guère vers du mieux, ni même vers du plus clair, mais plongent plutôt dans l’inconscience, la violence, l’irresponsabilité et même la folie furieuse. Et je ne parle là que du troupeau des « conscientisées » - quoique ce qui s’y passe finit par ressembler assez à ce qui se passe partout ailleurs.

 

Cette attitude – parce qu’au fond je crois que ça se tient d’abord dans l’attitude – me semble donner juste une catastrophe, ou une kyrielle de catastrophes. Où évidemment les unes agrippées aux autres basculent à la suite dans le même trou. C’est d’ailleurs sinistrement comique de penser à toutes les tirades sur les « spécificités » et les « légitimités », les « irréductibilités » et la mauvaiseté horrible de « l’universalisme » - et de voir toutes celles qui clament ça marcher résolument dans les mêmes directions et avec la même logique, se courir après et se vautrer ensemble… Le minimum, même dans les illusions d’ordonnancement du monde, aurait été de s’éloigner les unes des autres et de creuser son propre lopin. Et de ne plus rien se réclamer ! Que d’chique, c’est au contraire la ruée sur la même bourse. Je crois qu’une pareille apparente inconséquence révèle à elle seule l’enjeu effectif.

D’ailleurs je me fiche des baffes : je l’avais déjà compris et écrit il y a quinze ans. Mais le clinquant des « nouvelles luttes » et l’autorité culpabilisante de quelques hamsters m’avaient troublé l’esprit… on va dire… J’avais même cru devoir « m’y retrouver » à la faveur d’une transition mtf – alors qu’on ne peut pas se « retrouver » dans une entreprise visant à se perdre à tout prix ; à mettre à la ddass sa pauvre défroque pour l’échanger contre je ne sais quel avatar de jeu vidéo. Il m’a fallu longtemps pour me rendre compte, en causant avec une amie et en retrouvant la mémoire, que ma transition n’avait pas grand’chose à voir avec un « acte politique », comme on dit en novlangue, et heureusement ! – mais que c’était la seule manière de la rendre lisible, acceptable, assez pleine quoi, aux yeux à facettes de ce milieu. Que c’était tout simplement mon affaire, mon histoire si on tient à ce mot, et que j’en ai été littéralement expropriée par toutes les bonnes volontés adjacentes ! Il me reste aujourd’hui à en ramasser les débris et à partir avec ça, que je ne laisserai plus tripoter par quiconque. Avertissement sans frais pour d’autres !

Ne vous laissez pas tripoter, ni physiquement, ni moralement – et encore moins politiquement. Car alors vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même de tout ce qu’on vous aura fait subir !

 

S’en prendre à soi-même. Tiens. Voilà bien l’antithèse du cantique dévastateur hurlé par toutes les bouches dans l’enfer du politiquement correct. J’en parlais avec une amie, il y a quelques temps, qui, comme moi, est native de ce que j’appelle l’époque de la névrose, qui a du se finir au milieu des années 60, et dont je trouve les produits humains et comportementaux infiniment plus aimables que ceux de l’âge de la schizophrénie qui l’a suivi incontinent.

J’ai parlé plus haut de cette rage de ne pas vouloir rester en soi-même, et d’en sortir à tout prix. Soit. Mais on ne peut pas vivre dans le vide, ah ça c’est  pas possible, nous ne sommes pas des esprits (hélas me dis-je souvent). Il nous faut ces défroques, ces identités, après lesquelles nous courons. Et si nous ne voulons pas de la nôtre, trop simple et gueuse, eh bien il nous faut nécessairement aller prendre celle d’autrui, nous y introduire, la dépecer à plusieurs au besoin s’il y a résistance. Et voilà la fatalité de l’expropriation que j’évoquais.

Un de ses aspects est de passer son temps et énergie à réclamer. Á se réclamer les unes les autres tout ce qu’on s’est potentiellement arraché et même le reste, dans cette foire épouvantable où on ne peut vivre que sur autrui ! Ce qui indique corollairement le refus comme l’incapacité absolue de s’en prendre à soi-même, comme de prendre sur soi ! Il nous faut toujours un bouquet de coupables et de débitrices sur notre table de nuit. On peut même en venir à inventer les maux pour pouvoir aller glaner dans le champ social ! Mais inventés ou pas, là n’est pas la question. Ça fait juste partie du travestissement généralisé des enjeux, là aussi. Et de l’existence sociale : n’existe que celle à qui on doit quelque chose.

J’ai mis moi-même trop d’années à me rendre compte que toute cette affaire ne tient pas plus debout que ces combinaisons folles pour amasser des thunes, qui ne fonctionnent que si le groupe thésaurisant s’accroît toujours. Ce qui d’ailleurs fait une fois de plus le lien avec l’idéologie libérale d’un monde potentiellement infini et ouvert à toutes les croissances ! J’ai moi-même réclamé. Je ne voulais pas être en reste… L’imbécile !

Je parlais donc avec cette personne de choses qu’une autre lui réclamait, de la reconnaissance ou je ne sais quoi. Ce qui d’ailleurs est ahurissant parce que c’est certainement une des personnes qui devrait le moins aux autres, même dans la logique effrénée de redevabilité – mais là aussi il y a la fatalité qui veut qu’on demande le plus à celles qui sont le moins. Et il nous apparaissait à toutes deux que c’était bien bel et beau, mais qu’un monde qui n’était plus qu’un concert de réclamations, et où personne ne voulait simplement prendre sur elle sa vie et ce qu’il y a dedans, ou pas, eh bien deviendrait à faible échéance tout à fait invivable, comme l’est, précisément, le monde économique des compagnies d’assurance où tout a un prix, et où surtout ce prix est toujours exigible à autrui. Que finalement ça retombe sur les plus faibles est par ailleurs une banale constante.

Une autre connaissance, elle aussi de la vieille branche, m’écrivait il y a peu que la dégoûtait ce monde « où on préfère mentir que souffrir ». Voilà qui nous concerne aussi directement. C’est vrai que ça coûterait cher de ne plus travestir choses et gentes ; dans le sens où d’un coup toute l’accumulation boursière que constituent la valorisation sociale et les réclamations innombrables tombent alors au néant. Le krach ! Toutes en chemise ! Et quant à accepter de souffrir, ou simplement de ne pas tout avoir, voilà un scandale en notre époque de bien-être. Il y faut forcément des coupables.

Voilà qui me tire par le bout de la jupe bien loin de la militance contemporaine, indubitablement. Prendre sur soi. La malédiction ! Ce qu’on est décidées à éviter au prix de la vie s’il le faut, la sienne comme celle des autres ; comme de la réalité. Oulà. Ça va loin… Ça va aussi loin que la folie dans laquelle je suis persuadée que nous basculons en ce moment même, avec toutes nos idées infaillibles et nos belles connaissances. Faute de savoir revenir sur nous et nous occuper de nos fesses.

Je crois très précisément que pour sortir des cages il faut rentrer en soi-même. C’est je crois le seul moyen actuel pour n’être ni happée ni prisonnière. Et sortir de ce monopoly débile et maniaque.

C’est ce que j’appelais déjà il y a longtemps une autre forme de décroissance : abandonner ses prétentions. Et plutôt que d’exiger un maximum impossible et littéralement meurtrier, comme je l’ai fait bêtement moi-même au nom d’une égalité de gavage, vivre sur un minimum. Et commencer par soi.

Prendre sur soi me paraît l’indispensable remède à la rage de travestissement incroyablement coûteuse des gentes, des faits et des choses à laquelle nous nous livrons, fût-ce avec les meilleures intentions du monde, et où nous nous sommes perdues.

  

Ne plus. C’est quand même hallucinant que nous répétions régulièrement ces deux petits mots qui n’ont l’air de rien, au milieu de la folie d’accroissement et de réclamations tous azimuts qui nous caractérise. Peut-être un morceau de conscience qui nous reste un peu libre nous chuchote que vraiment ça ne va pas comme ça.

Mais comme, selon notre bonne coutume, nous allons réclamer ce « ne plus » les unes aux autres, tout en accumulant ce faisant un extraordinaire fatras de pratiques, de constructions, de déconstructions, d’identités et de fuites, évidemment ça tombe par terre.

 

Si vraiment on veut « ne plus » - alors il ne faut plus. Et ce n’est pas du côté de l’accumulation des bons points et des capitaux existentiels, même « déconstruits » - ce qui est juste une marque de fabrique d’ailleurs – ni de la bourse aux créances sociales et identitaires qu’on va trouver ça. C’est en se retirant. Chez nous. Avec tous nos vilains défauts. Et nos gnons dans la gueule.

 

J’en reviens somme toute à ce que je disais déjà il y a quinze ans, mais avec la vision d’un passif beaucoup plus lourd : déserter des prétentions, exercer son jugement, cesser de s’en remettre à autrui.

 

« Occupons nous de nos fesses ! ». C’est sans doute la première longueur d’une longue marche rétrograde qui commence par ne plus s’occuper des fesses des autres, au propre comme au figuré, et qui pourra peut-être mener, dans très longtemps, à voir ce qu’on peut faire. La terre ne s’en arrêtera pas de tourner.

 

Joyeuses Pâques !

 

 

La petite poule rousse

 

 

 

Alors le pire, je vais vous dire… J’ai l’impression d’avoir en substance et même souvent en paroles déjà écrit ça il y a quinze ans… De juste faire le même constat aujourd’hui, sans doute dans le cadre d’une frénésie qui est maintenant encore plus concentrée qu’à l’époque, et après être repassée dans la soupière dissolvante.

Je ne suis pas triste de me répéter ; je crois fermement que le monde est fini, pas très divers, et qu’on ne peut ni n’a besoin de dire un nombre ahurissant de choses. Mais quand même, le sentiment de ne m’être pas écoutée moi-même, au milieu des haut-parleurs géants d’un mouvement qui prétend au contraire nous ramener à nous… seulement c’est à un soi démesuré et illusoire. Le bon vieux soi du progrès, de l’accumulation et de l’intensité. La baudruche monstrueuse d’un soi de proie et de dépouille.

C’est quand même un comble.

Pour s’écouter, il faut se boucher les oreilles !

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 09:34

 

La petite murène contemplait somme toute placidement, depuis quelques temps, le grand numéro du cirque de l’indignation minutée autour des abus sur les mômes commis par les clercs catholiques (n’y a-t-il que les catholiques qui abusent ? mh bon…). Placidement. Rien de nouveau sous le soleil. Le sport habituel qui consiste à réchauffer sur le gaz un mal absolu, et à l’expédier à son voisin comme une patate – puisque c’est à ça que se résume de plus en plus souvent ce qu’on appelle encore quelquefois la « politique » ou le « débat ».

Et puis ce qui est terrible, c’est que dans de pareils concerts d’inculpations et de disculpations, il devient rapidement impossible de dire et même de penser quelque chose d’intelligent. Tant il est vrai qu’on ne peut pas créer son monde. On est emportée par la bêtise et le surenchérissement comme par un glissement de terrain. Il ne reste même plus d’endroit qui échappe au débat. La terre entière se met à trotter au rythme du mille-pattes.

C’est le sentiment de la petite murène ce matin, en lisant les dernières déclarations d’un âne rouge de la Curie, d’une part, et les couinements indignés de touTEs les vertueuXses citoyenNEs LGBT, d’autre part. Deux fois elle a essayé de poser le truc, déjà, et deux fois ça lui a échappé totalement, tellement ce  tumulte coule à travers les doigts et les grilles d’égout dans l’insignifiant et l’indifférencié. Tellement il n’y a rien à en garder ni tirer en l’état.

Et pourtant nous y sommes, et pourtant cette cacophonie parle du réel. Et ça fait peur.

 

Comme d’habitude la petite murène voit et lit d’abord, dans toutes ces lignes, ce qui sous-tend. Ce qui n’est pas discutable, ni pour les unEs ni pour les autres. L’enjeu. Au nom duquel on s’étripe. C’est une déformation propre à la myopie des murènes ; au lieu de porter fièrement leur regard au loin, vers le riant avenir du progrès et de l’hygiène par exemple, elles louchent sur ce qui est très proche, si proche qu’on ne le voit plus, qui nous rampe dessus si on ose dire.

 

« Nous ne sommes pas ce que vous êtes », voilà la corde que font obstinément vibrer les parties en présence. Et ce que vous êtes, c’est les ennemiEs du bien. De quoi est donc ce bien inamovible ?

 

Déjà être de son époque. En profiter au maximum tout en en évitant et même en en anathématisant les conséquences, externalisées comme des méfaits inexplicables et honteux. Personne n’est plus de son époque qu’un cardinal rubicond ou unE militantE lgbt. Peut-être unE lgbt chrétienNE mais ce n’est pas sûr. Personne ne défend mieux que touTEs ces gentes la bonté intrinsèque de la sexualité comme pilier de la vie, ou encore celle de pondre maints lardons, outres de sentiment et d’espoir, de justification sociale et autres illusions diverses, pour leurs parentEs comme pour la communauté humaine tout entière. C’est au contraire, et comme toujours, la concurrence effrénée pour incarner le bien, avec les inévitables croche-pieds qu’on se décoche dans la bousculade. Parce que bousculade il y a, tout le monde voulant s’engouffrer dans un idéal qui s’avère plus étroit dans les possibilités de sa réalisation que ne le proclament les doctrines.

(Dans cette catégorie, l’argument le plus stupide a sans conteste été celui des cathos progressistes, gentes très peu sexistes qui estiment que chacun devrait pouvoir posséder sa chacune : le célibat (lire la frustration des besoins élémentaires de l’homme) entraînerait les viols sur les mômes. C’est donc fou le nombre de pères de famille qui sont dans le besoin. Je rends grâce à ma copine Le Doaré d’avoir elle-même, dans son blog, affirmé son scepticisme envers cet effroyable foutage de gueule. En tous cas, pour une fois, je suis d’accord avec Vatican…)

 

On comprendra bien, au lire de ceci, que la petite murène se refuse absolument à entrer dans le sondage de « qui c’est les vilains ». Vu que les abus sur les mômes, et sur bien d’autres d’ailleurs, n’ont pas l’air d’être une spécialité locale ni sociale. Le rapport complètement tordu envers les enfants, à la fois souffre-douleurs et garanties existentielles, peut difficilement amener autre chose. Que ce soit de la part de curés à boys-scouts ou de parents pathologiques (ce qui est généralement un pléonasme). Surtout dans un monde obsédé par l’assouvissement sous toutes ses formes, et réticent envers toute forme de limite qui ne serait pas matérialisée par les coups de trique et la réprobation citoyenne.

 

On en obtient donc un vacarme et une ruée particulièrement abasourdissants sur les bonnes places, celles qui innocentent et justifient. Comme celles des « bons parents », qui comme le récite l’apgl dans Têtu, se fondent sur « l’amour et le respect de la dignité » de leur progéniture. Ce qui fait doublement rigoler. Primo parce que c’est très précisément le même credo que celui des cathos (et somme toute d’absolument toute la société, à l’exception de quelques obscurantistes qui auraient des vues précises). Secundo parce que ces sentiments imprécis ont rarement protégé qui que ce soit, et couvrent volontiers toutes les insanités, à commencer par la mauvaise foi assez générale qui préside à bien des enfantements. Et enfin, évidemment, parce que ce monde n’est plus qu’un truffis de terreurs et d’angoisse déroutées par les désastres et violences qui sont encouragées par les valeurs sociales en vigueur (1), que personne ne veut aller trifouiller.

Mais comme d’habitude quand on veut couvrir ce genre de malaise, on en rajoute dans la vocifération. Ce qui vaut évidemment tout d’abord pour l’Église catholique en plein délire, qui essaie désespérément de refiler sa patate brûlante à la première population disponible. Mais n’est pas moins perceptible dans l’angoisse de tous les autres qui crèvent de trouille de se voir désignéEs comme perverSEs. Ce qui aboutit à un concert de stupidités hargneuses, d’accusations et de reniements.

Ce dont somme tout on a bien l’habitude, dans notre monde pavé, bardé, tuilé d’irréprochables intentions.

 

Que dire, donc, que dire… sinon une fois de plus qu’il y en a marre de ce monde d’amour, d’enfants, de désirs, arborés comme des reliques en procession. Il y en a marre, peut-être – mais aucun espoir de sortir de ce nougat qui fond indéfiniment sur un radiateur. La petite murène a une fois de plus le sinistre sentiment que ce monde de scandales répétitifs et éphémères, où rien de fondamental ne peut être remis en cause, ce monde où on se prend tellement au sérieux, ce monde où l’activité principale est la réclamation, eh bien que ce monde gît effectivement au fond d’un vieil appartement déserté, sur un radiateur qui chantonne tristement, et y fond doucement. Et que nous n’avons aucune chance de voir jamais la fin de cette prudente liquéfaction. Qu’on ne va pas en sortir et mourir dans cette glu nauséeuse. Impression d’une gigantesque marée de glu, sur la couleur de laquelle on ne se prononce pas, et dans laquelle meurent lentement les murènes, les oiseaux, les calamars et bref, toute la faune… De glu idéologique et lanterneuse qui imprègne et pénètre tout, au point de ne plus pouvoir rien reconnaître.

 

La petite murène vous quitte sur cette constatation un peu désespérée. C’est affreux de se dire qu’on va mourir dans un monde pareil !

 

 

 

  

(1) Évidemment, les abus sur les mômes ne datent ni de l’idéologie de l’amour moderne (XVIIIème siècle) ni de celle plus récente des « libérations » de tous ordres. Il suffit à la petite murène de feuilleter du bout de ses moignons de nageoire les Mémoires de Pierre de l’Estoile, par exemple, magistrat parisien de la fin du seizième siècle, pour y voir registrée une belle kyrielle de « viols par ascendants »… ou par curés. Déjà. Ça semble plus lié au patriarcat, et à la vieille passion pour la sexualité qui va avec. Et sans doute aussi au rapport de pouvoir envers les enfants. Mais on se fourvoie fréquemment à chercher le sens des choses dans les chiffres. Alors qu’un peu d’esprit de suite y supplée activement : un monde qui valorise l’obsession de la sexualité comme source de valeur est enchaîné aux violences à caractère sexuel. De même qu’un monde qui cherche à accumuler multiplie l’exploitation. Et ainsi de suite.

 

 

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:16

« Si je ne peux pas... », ainsi commence la complainte imprimée sur le tract d’un « pink block », lors d’une manif antifa à Lyon en ce beau mois d’avril. Suit tout un exposé que je trouve parfaitement fondé, pertinent et juste de la machoterie militante, qui a et aura encore de beaux jours devant elle. Mais aussi de toutes les belles et magnifiques perspectives que trimballent les « identités » et les « pratiques » qui vont avec, présentées en exemple à toute l’humanité. Et de tout ce qu’elle devraient pouvoir.

Vous vous en doutez, je ne suis pas mieux avec ce « si je ne peux pas » transpédégouine, déconstruit et assimilé. Même si je ne suis non plus à aucun prix avec les trolls et les momies du féminisme supposé tradi. Plus exactement je n'en suis pas, je suis obstinément ailleurs et étrangère. La tortue dans le jeu de gourdins, comme d'hab.

Mais tout d'même...

C’est prodigieux de commencer comme ça un texte, qui va s’en prendre précisément à des qui peuvent ou sont soupçonnés de pouvoir, par un petit assemblage de quelques mots qui pose tout de suite le cadre commun. Et ce cadre c’est, comme toujours dans notre magnifique société d’accumulation, la légitimation par le fait. "Je suis donc je peux donc je dois pouvoir". Accessoirement "je suis" du bon côté, selon les lois de la géographie militante. Là aussi je parle des "tradis" comme des "néos" (cf "Pro-sexe toi-même").

Mais ça je m’en fiche, je ne crois plus à ces billevesées des bons points sociaux. C’est la logique qui me tourmente, comme elle me tourmente depuis vingt ans dans ce mouvement alterno qui ne fait que suivre et renchérir sur les idéaux libéraux et carnassiers.

Si je ne peux pas « faire de moi ce que je veux », ou « profiter au maximum », le monde est méchant et – là aussi accessoirement (mais en fait c’est le principal !) je suis une nouille.

C’est d’ailleurs ça qui transparaît, comme toujours derrière les énoncés enthousiastes : il y a bien pire que les machos en noir, il y a toutes celles qui ne peuvent ni peut-être même ne veulent. Et ce sont elles les vraies ennemies de l’humanité. Celles qui prétendent faire baisser la moyenne de jouissance, ne pas être disponibles et limiter la marche vers l’avenir glorieux des festivités ininterrompues.

On peut sans doute récupérer les concurrents, mais celles là il faut qu’elles disparaissent. Et encore plus si elles osent ouvrir leur gueule pour contester. On absoudra un mec, il peut toujours servir d’étalon ou d’amusement. Mais comment s’amuser avec des mal-baisées qui osent affirmer, entre autres hérésies, que l’obligation sociale aux sexualités, si multiples soient-elles, entraîne par elle-même des abus ?! Ou qu’il est tout aussi illusoire et désastreux de croire à une croissance infinie du monde des relations et de l’existence qu’à celle de l’économie matérielle ? Ou encore que la gratuité relationnelle est une arnaque séculaire.

On les méprise donc, et éventuellement on les surine dans les coins, sous les plus inimitables prétextes. Il y a toujours des mini-hyènes bien intentionnées pour ces basses œuvres.

 

« Si je ne peux pas… ». C’est quand même extraordinaire que cette profession de foi ait été récupérée jusque dans la bouche des mecs les plus odieux. Et que croit-on ? Que ça lave la logique de pouvoir et d’extension indéfinie que de la mettre dans d’autres bouches ? C’est semble-t’il effectivement ce qui est cru depuis quelques années dans un mouvement qui cultive de plus en plus la crédulité idéologique. Qu’il suffit que la réclamation vienne des identités ou histoires sociales définies et proclamées comme bonnes et de surcroît d’avenir, pour qu’elle devienne bénéfique !

J’ai pu voir et revoir depuis vingt ans la faillite permanente de ce genre de doctrine, dans ses prosaïques résultats, au milieu de l’ébahissement toujours renouvelé de ses sectatrices.

Ce qui d’ailleurs me conduit, après bien des doutes, à revenir vers des positions qu’on décrira comme incurablement réalistes et universalistes. On ne change pas les choses en les repeignant en rose. Les faits restent les faits. Le néo-essentialisme des "identités productrices de réalité" tire déjà la langue. Tout autant que le moralisme militant qui a précisément tué la morale, c'est à dire la faculté de discerner et d'en prendre le risque.

Et à prôner résolument un effort vers le moins.

Il y a des tas de fois où je trouve bien de « ne pas pouvoir », et même de ne pas vouloir. Et je suis persuadée que vouloir et pouvoir, débridés, rendus obligatoire par l'articulation de l'émulation et du mépris, mènent infailliblement… où nous en sommes !

 

La petite murène

 

 

 

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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 15:36

Je voulais juste mettre ça dans Baleines et sirènes, mais ça s'est allongé, et je crois que ça s'allongerait encore volontiers. J'en fais donc un billet, allez, un peu de légèreté ne nuit pas.

 

Na bedide murène a nes lectures ébousdouvlantes. Si si.

Voilà ce qu'elle vient de trouver dans un article de... Famille Chrétienne

(http://www.famillechretienne.fr/famille/sexualite/pour-jean-vanier-la-cle-de-la-sexualite-cest-un-engagement-mutuel-celebre-dans-la-joie_t5_s18_d54089.html) par un certain monsieur Vanier.

Ce docte personnage commence, dès son sous-titre, par mettre en même ligne handicapéEs et célibataires. Il a oublié de mentionner les mal-baisées et les anti-sexe, mais ça doit être par ignorance.

Tant il est vrai que les gentes qui ne relationnent ni ne baisent abondamment (ou même parcimonieusement, ou même tout court) sont vraiment des incapables que l'on doit à toute vitesse guider vers l'assouvissement. Sans quoi gare ! Les cathos "progressistes" ne nous rebattent-ilelles pas les oneilles que les méchants clercs pédophiles le sont pasqu'on les a empêchés de convoler - ce qui en dit long d'ailleurs sur leur idéologie de la femme comme repos du guerrier, celui-ci fut-il spirituel, déjà. Et leur absolue inintelligence du rapport de tout domaine valorisé avec l'exercice du pouvoir - alors que les soi-disants "philies", c'est à dire les abus de statuts, vont toujours du haut vers le bas, comme c'est singulier ! Là je dois avouer je suis somme toute d'accord avec le Vatican que ces allégations sont une vaste arnaque !

 

Comme quoi les catholiques même intransigeantEs sont beaucoup plus dans l'air du temps et les valeurs modernes qu'on ne le croit ! Personne aujourd'hui n'oserait plus, si ce n'est peut être quelques chartreux ou chartreusines par leur silence, supposer que la valorisation de la sexualité et de se courir après préférentiellement à (presque) tout puisse être un fléau !

 

Ah par contre monsieur Vanier tient évidemment au bénévolat, tout commes les féministes laïcardes et pro-gratuité à tout prix. Donc il ne promeut absolument pas les assistantEs sexuelLEs.

C'est vrai que c'est plus économique ainsi - les bénévoles assument tous les coûts ! Et aussi les coups éventuels. Comme dans l'amour, le mariage, la non-exclusivité et autres aspects de la tambouille relationnelle.

 

Les catholiques contemporainEs sont décidément tombéEs dans une pathétique piscine où ilelles ont emporté le pire de ce qu'ilelles amenaient d'avant tout en essayant de récupérer le pire de ce qui leur échappe maintenant. Tout ça pour exister encore un peu dans ce monde, au mépris du reste de l'esprit comme de la lettre des Textes... 

Bande de crétinEs.

 

Ah non mais... Là en fait je continue à explorer le site de Famille Chrétienne et je tombe sur un article dont voici le chapeau : "Étienne et Béatrice se sont rencontrés en 2008 au pèlerinage des célibataires chrétiens à Sainte-Anne d’Auray, et se sont mariés le 18 avril 2009. A la veille de leur mariage, ils ont accepté de témoigner de leur expérience dans les groupes de célibataires."

Argh. Evidemment, je devais bien me douter que l'Eglise, toujours à l'heure sur les plus bêtes sujets et les débats les plus faux, n'allait pas se laisser distancer par la floraison infinie et qui m'agresse horriblement (je sais pas vous) de pubs pour la relation (les "rencontres" en novlangue), de sites dédiés à ça etc. Bref l'entreprise hygiénique de valorisation du cul et de rabaissage plus bas que terre de celleux qui n'y consentent pas.

Mais un pèlerinage des célibataires... Jamais, jamais je crois dans l'histoire on n'avait creusé aussi bas ! Parce qu'on aurait pu imaginer un pèlerinage d'action de grâces pour se réjouir de ne pas faire partie, à quel titre que ce fût d'ailleurs, de l'immense cirque de reniflage de derrières et d'angoisse de faire seulE sa popote ! C'eût été de grande édification et j'y aurais peut-être même été !

Nenni. On y va pour se rencontrer et on s'en félicite !!! Et je vous dis pas la tête des promis. Ca ne fait pas envie et je prefère infiniment la mienne !

Des fois on se dit que ne pas être reconnues comme humaines ouvre au moins des opportunités de se sortir de cet abominable entrelacis de carcasses désirantes, selon la terminologie positivée en vigueur.

Je crois vraiment qu'il va falloir que quelques rabat-joie, dont je postule d'être, se décident à découper en rondelle et à autopsier ce saucisson idéologico-émotionnel, le désir.

Promis

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 18:08

 

  

Etre seule de son espèce. D’abord on comprend pas pourquoi ; après on ne comprend que trop.

 

Servir de jouet aux fantasmes des unes et aux désirs de domination des autres (quelquefois les mêmes). Servir de caution tant qu’on est pas trop embêtante aux groupes et assoces qui veulent se la péter (nous on a une trans au ca, wa !).

 

Se voir annexer avec hypocrisie par des bio paranoïaques et pleines de haine, genre "indigènes" ou "déconstruites", qui ont besoin de petites soldates pour leurs basses tâches, puis se voir massacrer par les mêmes dès lors qu'on ne croit plus à leurs aberrations.

 

Sentir aussi fort que de la merde le mépris et le dégoût derrière les sourires, les bisoux gluants et la prétendue « intégration ». Baigner dans l’illégitimité et la redevabilité pendant que les bio se font leurs petites mascarades « meufs gouines trans » pour choquer le bourgeois.

 

Se faire au mieux jeter, au pire ignoblement calomnier, dès qu’on a cessé de servir ou bien qu’on s’est rebellée. Et ce évidemment dans l’indifférence, voire la complicité la plus totale du mouvement féministe.

 

Se voir outée par des compagnes désireuses de bien faire savoir qu’elles se tapent une trans ; exhibée comme justificatif « je suis pas transphobe j’ai des amies/une copine trans ».

 

Etre abusée voire violée à répétition par la transphile (ou les transphiles) de service, sans même pouvoir s’en rendre compte tout de suite ni protester parce qu’elle vous « accorde de l’intérêt » ou « témoigne du désir ». Et ce encore dans l’apathie, l’assentiment et la dénégation générales si on a l’audace d’y faire allusion.

 

Se voir sucer et spolier sa vie, son identité et son expérience pour nourrir la personne sociale et politique des bio, exproprier de soi-même, détruire sa réalité, puis recracher comme un noyau.

 

Se voir isolée d’une éventuelle autre mtf, mise en concurrence avec elle par les bio dominantes.

 

Être trahie et abandonnée, à commencer par celles qui ont profité de vous de toutes les manières.

 

 

Ne plus être.

 

 

 

PS : Lyon, et Rhône Alpes en général, ont cette particularité d'être, pour la militance comme pour le reste, les capitales de la crapulerie pharisaïque.

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:45

« Ah elles nous en ont fait avaler des couleuvres

De marches en ladyfests, d’alcôves en fausse estime

Ces féministes bio, qui mettaient tout en œuvre

Pour nous faire gober qu’on était légitimes… »

(Ferrat revisité) (1)

 

Depuis une demi-douzaine d’années, le bruit roulait sur ses petits patins à roulettes politiquement corrects que les trans, mtfs comme ftms, avaient désormais vocation et légitimité à participer au mouvement féministe.

Aujourd’hui, il est temps de faire un bilan. Pas sur les idées. Les idées c’est une fripe, un décrochez-moi ça ; n’importe qui peut arborer à n’importe quel moment n’importe quelle idée, bonne ou moins bonne. Les idées servent à tout, même un peu trop, et à son contraire bien entendu.

Ce qui importe est de savoir si les fonctionnements et ce qui est à leur base, les statuts, ou plutôt les rapports entres statuts, on bougé. Le statut, c’est pas très compliqué, c’est indiqué par comment on vous traite sans que vous n’ayez rien à demander ni à refuser. Le pouvoir social se manifeste beaucoup, d’une part par la capacité à faire que les autres aient envie de ce que vous avez envie, d’autre part à ce que ça aille « de soi », invisible. Dès que l’on a à réclamer – et même si l’on obtient ! – c’est que l’on n’est pas vraiment légitime. La « vraie » légitimité sociale se bâtit sur le non-dit. Les femmes en général en ont une expérience lourde et renouvelée : toujours demander, toujours être tolérées, toujours se voir rogner ce qui a été concédé (et seulE cellui qui a un pouvoir relatif peut concéder parce qu’ellil possède).

 

Alors les trans, et par exemple là les f-trans, je vous dis pas.

 

On nous a fait croire, et nous avons voulu croire, que l’illégitimité basique de notre patchwork, entre le genre dont nous avons honte et celui qui a honte de nous, allait être apaisée. Bien sûr il fallait que pour cela nous parussions suffisamment « inoffensives » - le « côté sombre de la force », déjà mal accepté chez les butchs historiques, devait être enfermé dans sa petite cage. Nous avons toujours somme toute été sous surveillance. Pourtant, comme nous l’écrivions déjà il y a deux ans, ce n’a pas été la ruée des mtfs sur les groupes féministes, ni paléo ni alternos. Le fantasme horrifique de Janice Reymond ou de Mercader ne s’est jamais réalisé.

Enfin… Pas si simple. Parce que le propre d’un fantasme, notamment lié au statut social, c’est d’être auto-réalisant. Même s’il ne se passe rien il se passe quelque chose, et si vraiment il ne se passe rien du tout eh bien « on » l’inventera, qu’à cela ne tienne, et ça paraîtra plus vrai que nature.

C’est le père Bouamama qui en avait fait une belle analogie en présentant son bouquin sur le mythe français, et en reprenant point par point la fable de La Fontaine, « Le loup et l’agneau ». Ce qui est remarquable dans cette fable, ce n’est pas que le loup mange l’agneau à la fin, ça c’est tellement normal qu’on n’a même pas à le noter. Non, c’est la suite de justifications inventées par le loup. Même si l’agneau est incolore, inodore, invisible, immobile, eh bien il « trouble son breuvage », et toc. Et je te bouffe et c’est ta faute en plus. Tout bénef. En plus l’agneau est tout à fait inoffensif, je le répète – et d’ailleurs il a tort. Il ne faut pas être inoffensiFves, ça ne sert à rien.

 

Je te bouffe… Ce qui est remarquable dans le traitement statutaire des trans par les bio, comme en général dans le traitement statutaire des « subalternes » par les référentes, comme dirait Spivak, c’est ce « je te bouffe ». Ça fait un bon moment que ces référentes ont trouvé mieux que la simple exclusion et extermination, qui somme toute coûtait de l’énergie (même des fois les gentes se débattaient, la honte !) et ne rapportait pas grand’chose. Maintenant donc la domination simple et la haine passent par l’arnaque. Viens donc ma belle (enfin, euh…) que je nourrisse mon moi social de ton bel exotisme, de ton oppression appétissante, de ta diversité affriolante. Ah c’est que c’est pas facile tout les jours d’être référente ; déjà on a un peu honte d’être soi-même dans la baignoire politiquement correcte ou se ré-essentialisent en bons (et forcément en mauvais) points les « positions sociales ». Mais en plus ça se nourrit, sans quoi ça périclite : à quoi bon être dominante si on ne peut pas bouffer du « politiquement positif », qu’on ne trouve que chez les « stigmatisées », bien sûr. Le cannibalisme n’est pas à la mode au sommet de la pyramide alimentaire sociale, ce serait plutôt la concurrence de « regarde toutes mes belles amies stigmatisées ».

 

Je te bouffe… mais après il faut bien à un moment soit excréter la bête… soit la cracher si elle s’agite trop dans le gosier. Phase finale. Et c’est là qu’on a les plus beaux tableaux, non pas de chasse mais de chiasse. Tout y est bon, les travestissements les plus étonnants de la réalité, les mensonges les plus ignobles, jusqu’au cynisme le plus débridé. C’est à ce stade que certaines d’entre nous, qui sommes depuis longtemps dans le « mouvement », sommes « arrivées ». Et nous rendons compte que les sourires, les petits fours et les mains au cul cachaient la haine et le mépris les plus abyssaux. Et que rien, mais alors rien, n’est trop bas pour se débarrasser de nous et nous anéantir.

Après, hein, « les promesses n’engagent que celles qui les croient », et de même les programmes politiques. Et le pire est que les bio elles-mêmes se croient, autant quand elles nous « accueillent » que quand elles nous massacrent. Le propre d’une idéologie, surtout à l’usage de dominantes, est de toujours suffisamment masquer les enjeux, les rapports et les faits réels pour que la conscience soit en paix.

 

Le jeu est fini. Les f-trans reprennent leur visage inquiétant, anguleux, leurs serres griffues, leur agressivité génétique, que sais-je encore ? Et les bio peuvent alors inventer les histoires les plus invraisemblables pour les aplatir, personne (de bio certes mais aussi de trans qui cherche encore sa place) ne les mettra en doute.

Le féminisme bio peut dès lors excréter ses trans, dont il a quand même gardé (ce serait bête de laisser perdre !) une espèce d’œcuménisme à tous usages (« femmes-gouines-trans », la bonne blague quand on sait que gouine, déjà, hein, bon ?). Et par là même éviter de se définir comme valeur dominante, selon la louable habitude depuis longtemps prise. Femme ça c’est gentil tout plein, opprimé, fréquentable – mais se dire « bio »… S’admettre tout simplement bio… Là… Trop dur… C’est à ça qu’ont servi les trans, à rajouter la queue qu’il fallait à la raison sociale, à l’enseigne du magasin des oripeaux identitaires. Après les en avoir dépouilléEs, on peut les renvoyer à leur statut encore plus appauvri, quelques accusations en prime sur la tête.

 

Puisqu’évidemment, comme le disait une fois de plus Bouamama, le crime est dans le statut. S’il y a, c’est l’aubaine, on en fera florès : double, triple, quadruple peine et curée. Et s’il n’y a pas on l’inventera, puisque de toute façon les trans sont des mecs, donc des criminelLEs endurciEs (dans les deux « sens » d’ailleurs, c’est singulier, s’pas ?). D’où une floraison de rumeurs complaisamment colportées. Et les survivantEs qui serrent les fesses sur leur strapontin en attendant la prochaine purge.

Ça fait songer à cet hôtel de Moscou où, le fameux hiver 38, étaient logéEs les représentantEs (et souvent survivantEs) des « partis frères « persécutés. Chaque nuit un certain nombre en disparaissait, et chaque matin les subsistantEs passaient devant les chambres vides… jusqu’à ce qu’ilelles n’osent même plus sortir des leurs où on viendrait les cueillir. L’atmo pour les trans mtfs, comme pour d’autres minorités, dans le mouvement féministe bio majoritaire ressemble curieusement à ça.

Au fond l’arnaque est analogue : le « parti » s’est prétendu « internationaliste »… mais gare au cosmopolitisme !

 

Bon – bilan ! Eh bien c’est de la daube, les trans, et les f-trans en particulier, n’ont pas de place légitime dans le mouvement féministe français. Point. La question n’est même plus ici de disserter si c’est bien ou mal. C’est un fait social et une question de statut. Par contre nous n’hésitons pas à accuser les féministes bio (et notamment les alternoféministes qui dégoulinent de verbiage pompeux) d’arnaque, d’abus et de mensonges, quand ce n’est pas de violences, vu l’hypocrisie et l’utilitarisme crasses, enfin la lâcheté dont elles font preuve. Ce n’est d’ailleurs pas une spécialité qui soit propre à notre histoire : c’est la pratique générale du groupe social référent de ce mouvement vis-à-vis de tous ses groupes subalternes. Les gouines, les racisées, les bancroches, etc. en font toutes l’expérience. Ça ne nous rapproche évidemment pas d’un poil les unes des autres : au contraire, comme toujours la guerre des faibles contre les faibles est la rançon de la tranquillité et de la bonne conscience des fortes.

 

Donc – conséquence. Attendre que les référentes deviennent gentilles et conscientes (mais de quoi, grandes déesses ?) et avenantes ? Deux siècles d’éducationnisme révolutionnaire devraient bien nous avoir convaincues que c’est de la pisse de chat. Ce n’est comme nous le disions pas une question d’idées mais d’enjeux, et l’enjeu, la lutte autour de la valeur sociale et du niveau de vie qui en dépend, est la plus impitoyable qui soit. Ça ne se discute point (ce qui rend bien pratique le non-dit du pouvoir évoqué plus haut). Pas même bien sûr entre stigmatisées qui se disputent les quelques strapontins au couteau avec désespoir ; « Crève aujourd’hui, moi demain », disait le dicton du goulag…

 

Conséquence : quitter le mouvement féministe bio. L’heure n’est pas venue – et nous nous fichons un peu de si et quand elle viendra, parce que nous ne voulons plus dépendre de ça – où nous aurons le pouvoir de nous y asseoir sans que rien ne nous soit demandé de plus qu’aux « autres », ces fameuses « autres »… qui ne sont justement jamais autres, c’est le principe de leur pouvoir. Et alors, par contre, en partant, pas question de lui laisser sa fiction d’œcuménisme de genre. Il est bio, il n’est que bio, il reste bio. Et il se démerde avec. Point. Ce n’est même pas parce que des trans continueront évidemment à être prises à la glu mielleuse des profiteuses et à se faire sucer la trompe que ce mouvement sera celui de « toutes les femmes », pas plus qu’avec les autres subalternes il ne pourra faire mine d’être « égalitaire ». Il ne le sera peut-être que quand justement il arrivera à jeter ces mensonges bisounoursiens par-dessus bord, et avec son idéologie tranquillisante. Ça semble pas devoir être demain la veille.

 

 

Vendredi13, groupe f-trans plus du tout féministes (et niste niste !)

 

 

 (1) l'original, qui vaut aussi son pesant de kacha de camp :

 

"Ah ils nous en ont fait avaler des couleuvres

De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou

Ces staliniens zélés, qui mettaient tout en œuvre

Pour nous faire signer les aveux les plus fous."



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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:44

Ban... vous savez que je ne suis pas une bouillante partisane des néo-trucs, de couirlande, de déconstruilande etc etc. Mais des fois, on veut pas croire que je n'ai pas plus de sympathie pour les "orthodoxes". Alors que franchement, non : c'est un peu partout que je crois voir bien-pensance et récitation des mantras. Ca doit être l'époque.

Mais du coup, je suis souvent ballotée : je me retrouve très souvent seule mais quelquefois je me sens indignée et proche d'autres par réaction. C'est ce qui se passe là avec les attaques de plus en plus comminatoires contre les groupes qui appellent à la manif du 6 mars. Il y en a eu de bien gratinées.

Je suis une incorrigible farceuse. Ca fait longtemps que je pense, à tort ou à raison d'ailleurs, que faire péter la barque commune sur lequel je suis avec l'ennemiE, y a rien de plus chouette. Tout le monde se retrouve à la baille à barboter et je rêve qu'un jour ça change un peu la donne. De même, j'adore essayer de démontrer à celles qui me démontent qu'en fait elles défendent ce qu'elles dénoncent. C'est un peu réthorique mais ça m'amuse.

Bref là on vient d'avoir droit sur Têtu à un remarquable article d'une Mme Le Doaré (http://blogs.tetu.com/nos_combats_lgbt/2010/03/03/non-votre-feminis...), qui excommunie allègrement toutes celles qui ne sont pas sur sa ligne. Au moins ç'a le mérite de la franchise, elle cherche pas à racoler ; on dirait un vieux pape en plein milieu d'un schisme, qui prodiguerait ses anathèmes à la moitié de la terre. Ah non mais vraiment, j'exagère pas. Un vrai langage, pas même de missionnaire, mais de bulle pontificale. Avec même l'allusion à la "vieillerie" des thèses de ses adversaires - il faut savoir que les attaques catholiques contre les réformes internes se servent souvent de l'argument que les dites réformes reprennent des hérésies condamnées depuis des siècles.

Elle dit notamment tout le mal possible des "anti-universalistes", des "pro-sexe" et des putes militantes. Tout cela agrémenté d'antiques fantasmes et mensonges en conserve, allégués cent fois et réfutés cent dix fois.

Une personne bien courageuse a fait pour le Strass (www.strass-syndicat.org) une réponse que je trouve vraiment très bien. Il faut du courage pour se mettre au niveau d'obsession des "orthos" et reprendre les choses une par une. Je ne l'ai pas eu. Je n'ai su somme toute que la mettre à la sauce de mes propres soucis, et me moquer un peu de sa prétention à ne pas être "pro-sexe". D'où la longue humeur qui suit. Où je vais la chercher sur le pro-sexe et la fameuse "gratuité". Mais pas qu'elle. Nous toutes !

 

 

 

 

 

 

 


Pro-sexe toi-même, ma bonne…

 


En cet Semaine Sainte de la fameuse « journée des droits des femmes », notre Pâque, où comme d’habitude depuis la fracture de 2004 se croisent les fers des différentes professions de foi féministes et assimilées, paraît sur le blog de Têtu un article de Christine Le Doaré, du centre lesbien et gay de Paris, consacré précisément à ces divergences, pour rester polie.

Enfin – bon, dans la bonne vieille tradition militante française, qui tient à la fois du catholicisme et du stalinisme, on ne parle pas tant que ça justement de divergences, puisqu’il s’agit comme souvent d’une excommunication. Celles qui ne sont pas sur la ligne de l’auteure ne sont pas de vraies féministes, point. D’ailleurs, c’est le désir de toutes les parties en présence : s’adjuger le « vrai » féminisme.

Bon, on pourrait déjà se poser la question de savoir s’il faut absolument être féministe, c'est-à-dire posséder la « légitimité », avoir le badge, le discours, etc. pour avoir forcément raison et être, somme toute, une personne bien. Parce c’est souvent cet enjeu qui pointe derrière les grandes récitations idéologiques : rester fréquentable à tout prix. La militance, dans ce pays en tout cas, se cristallise de plus en plus souvent sur un réseau social et relationnel, voire identitaire, visant à se sentir en sécurité et du bon côté de la barrière. Pas forcément un endroit où se confutent les idées, et de plus en plus rarement une force capable de mouvoir les choses ou de combattre ses adversaires. L’essentiel des « combats » y sont depuis bien quinze ans, sinon plus, des égorgeages internes. Posséder la légitimité et la droiture idéologique y sert, avant toute chose, et souvent avant même leur usage dans des luttes qui ne sont plus tellement menées, à rassembler autour de soi. C’est en tout cas particulièrement perceptible dans les mouvement dits « de genre », comme le mouvement LGBT, où l’appartenance est basée sur des définitions ou des pratiques relationnelles et sexuelles, et plus généralement sur l’affirmation que le relationnel est un domaine sacré et fondamental, qui ne peut être que bon par nature. Affirmation présente aussi, dite d’une manière ou d’une autre, dans les mouvements féministes depuis quarante ans et l’avènement de la « libération ».

 

Cette remarque sur la « nature » actuelle de réseau social et relationnel du mouvement militant en général, féministe en particulier, m’amène illico à mon sujet.

Je n’entends en effet pas reprendre point à point l’argumentaire de Mme Le Doaré sur le féminisme en général et le travail du sexe en particulier. Je vais être méchante mais ses remarques et les données plutôt fantasmées qu’elle avance sur la question sont déjà éculées, tournées, retournées et controversées depuis belle lurette. Elle récite des pseudo-évidences et des mensonges allégués cent fois, réfutés cent dix fois. Le fantasme sur les « capitalistes du sexe », notamment, qui est un vieux must halluciné, aussi tanné que les sages de sion ou les transhumanistes, comme toutes les théories complotistes. Or la récitation, qui est un des grands sports de la militance contemporaine, il n’y a plus rien à en tirer, ni pour ni contre. Au mieux ce sont des bornes sur le terrain. Ce serait plutôt sur ce qui se peut disputer, c'est-à-dire le parti, le choix, l’opinion quoi, que je reste perplexe.

 

Mme Le Doaré, que je suppose être une lesbienne militante, si elle est responsable d’un centre lesbien et gay, utilise le terme de « pro-sexe » pour désigner les mauvaises féministes (ou plutôt celle qui ne le sont pas, selon elle, étant hors de son orthodoxie). Incontestablement, ces « mauvaises ou non-féministes » se réclament fréquemment de cette étiquette. Qui comme toutes les étiquettes a un peu deux facettes, ce qu’elle signifie, à un moment donné, dans le jeu politique et social, et d’autre part ce qu’elle signifie dans ses propres termes.

Parce là j’avoue, de mon point de vue, que je ne cacherai pas être extrêmement critique par rapport à la valorisation obsessionnelle de la sexualité qui résonne dans toute la société depuis assez longtemps. Bref, je suis résolument anti-sexe, mais je ne vois pas du tout en quoi Mme Le Doaré et son mouvement sont moins pro-sexe que celles qui s’en réclament.

Comme je l’ai fait remarquer plus haut, c’est la base même de ces mouvements qui est constituée par une affirmation positive et valorisante de la ou des sexualités, et des relations qui, en réalité, ne sont pas considérées comme valables sans. Affirmation tant collective qu’individuelle. Qui sous-entend l’immense bonitude de ces choses désirables, et même socialement obligatoires si vous voulez ne pas être considérée comme une pauvre nouille inexistante. Et exclut d’emblée la mise en question de cette valeur, véritablement traitée comme naturelle, même quand c’est derrière tout un discours constructiviste. Les seules discussions autorisées étant sur la manière dont on la publicise, ou bien si on fait du BDSM ou pas, en gros. Mais sur le fond, la communion est générale. Baiser c’est super et c’est ce qui nous fait humaines et sociales, point.

De manière générale, le mouvement féministe abonde dans le même sens. Tout son discours sur la question consiste à présenter les conditions dans lesquelles la sexualité des nanas sera la plus libre et choisie, la moins influencée par le patriarcat, etc. Y compris dans le cadre hétéro, ce qui paraît une acrobatie. Il n’y a pour ainsi dire pas de critique de la bonté intrinséque de la sexualité dans le mouvement féministe. C’est d’ailleurs singulier, parce qu’il y a eu au moins une critique de l’amour et de l’affectif, critique inachevée. Il est vrai qu’elle semble bien oubliée, quand on lit cette phrase époustouflante dans l’article de Mme Le Doaré, à propos d’une nana qui « confiait sans ciller, être actuellement amoureuse et donc ne plus se prostituer ! ». Je ne pose pas ici la question de forme, mais de fond, puisque dans l’article aucune réflexion n’est amenée sur le bien d’être amoureuse. Bien au contraire. Ce qui me paraît tout à fait singulier de la part d’une personne qui a du quand même lire les déjà vieilles critiques de la forme sociale « amour » et de ses effets unilatéraux sur les femmes…

 

Donc je le dis franchement, c’est comique de voir les unes agiter le chiffon rouge contre les autres, alors qu’elles sont strictement sur les mêmes bases et principes.

 

J’irais même dire, avec un petit peu d’audace, que les féministes qui se déclarent elles-même selon la tradition me semblent encore plus pro-sexe que celles qui se revendiquent de ce terme !

En effet, je crois fermement, confortée en cela précisément par la plus classique critique féministe matérialiste et universaliste, que plus une valeur, un comportement social, sont implicites, vont d’eux-mêmes en quelque sorte, plus ils sont puissants et hégémoniques. Plus les êtres en sont littéralement pétris et créés. Et que les mouvements qui se basent sur ces non-dits vont encore plus loin dans leur prône et leur normalisation que ceux où il arrive qu’on en parle.

Il n’y a – hélas ! – rien qui aille tant de soi-même, dans ce monde pourtant apparemment si payant, que le gratuit. On pourrait même dire que ce gratuit est la plate-forme immense qui rend possible le détail du payant. Le gratuit serait ce qui ne donne pas lieu à rétribution, ni à examen. Tout au plus éventuellement, mais de manière tout à fait évasive alors, à une espèce de réciprocité qui suppose – tiens la voilà ! – une certaine égalité. Qui serait créée ipso facto, sans autre examen, par cette gratuité !

Á peu près toute la propagande pour les relations, le sexe, etc., et j’utilise volontairement ce terme vu le matraquage que nous recevons à ce sujet dès le berceau, insiste sur la nécessité de la gratuité de tout cela. En gros sur une idéologie que nous vaudrions toutes bien assez pour en recevoir notre content ou en tous cas une part identifiable. Bref que notre valeur d’être est intrinsèquement liée à notre valeur relationnelle, qui comme valeur se suffit à elle-même et par conséquent exclut tout intrusion d’un autre système de valeur, ici l’échange économique, monnayé ou pas (il peut aussi se décliner en pouvoir social, etc.).

Ce qu’une vieille amie avisée appelle le domaine de la transaction relationnelle.

Or les mouvements féministe, LGBT, etc., tout au moins tradis mais c’est à mon sens aussi le cas – moins flagrant et hégémonique – dans les mouvements de genre plus constructivistes, mettent en avant la primauté de ce principe de gratuité. C’est, selon les termes mêmes de Mme Le Doaré, une des conditions sine qua non pour « changer les relations entre les êtres et espérer un jour, vivre dans un monde plus égalitaire et apaisé ».

Ah bon.

Je note même que si lesdits mouvements ont fini par se poser la question de la tarification et de l’estimation des tâches ménagères, par exemple, c’est pour encore plus élever un rideau de fer… et de gratuité nécessaire autour des relations proprement dites et de la sexualité qui les sanctionne. Á part ça c’est pas du tout tabou et sacré comme domaine. C’est pour cela que j’affirme que les féministes tradi sont encore plus pro-sexe que les « pro-sexe », et déifient encore mieux ce domaine – en essayant de le prétendre plus ou moins au dessus du social, potentiellement ou en désir. En en faisant un prétendu « domaine humain ». Et on sait ce qui peut se cacher derrière « humain » - une fois de plus une hiérarchie, les plus et les moins humainEs.

De qui se moque-t’on ?

Cela fait des dizaines d’années qu’on ne cesse de constater que l’exploitation, la violence et les abus sont inhérents à la sacralisation de ces domaines et à l’injonction sociale et morale d’y participer, sous peine de n’être pas reconnue comme pleinement humaine et généralement méprisée (et ce je souligne dans toutes les formes de sexualité et pas que l’hétéra). Et que la privatisation comme la singerie de la gratuité, qui n’existe évidemment pas puisqu’il y a d’une part enjeu social majeur, transaction de pouvoirs et inégalités, ne font que protéger ces dégâts. Et on vient nous dire encore une fois aujourd’hui que le grand scandale et pourvoyage d’horreurs viendraient de sa tarification.

 

Je suis, même si ça va vous paraître étrange, travailleuse du sexe et anti-sexe. Anti-sexe dans le sens où j’en ai marre d’un monde où une grande partie de l’énergie de nos vies si courtes va à se courir après, à baiser et surtout à le montrer pour avoir le droit d’exister et d’être respectées. Et des conséquences de cette économie. Une certaine Valérie Solanas avait fait le même constat il y a plus de quarante ans. Elle en est morte seule, honnie et calomniée. Il y a des blasphèmes que les plus laïques féministes ne pardonnent pas mieux que le reste de la société.

Je suis travailleuse du sexe et anti-sexe. Ça doit en boucher un coin à Mme Le Doaré qui ne doit imaginer ce genre de configuration que chez les repenties du Nid, frigidifiées par les méchants « prostitueurs » - et qui seront censément libérées par les gentilles lesbiennes à l’affût – ou au pire par un mec proféministe savonneux.  Elle serait je pense encore plus étonnée si elle savait que pas mal de nanas qui bossent dans le sexe ne sont pas des passionnées de la chose, mais n’en sont pas non plus du tout dégoûtées, et veulent juste qu’on leur fiche la paix. C’est justement un métier, point – et la vocation comme la passion, en matière professionnelle, n’existent souvent que sur les affiches des chambres de commerce.

Je suis travailleuse du sexe et c’est même ma seule "activité sexuelle", sucer des mecs, point. Ça me coûte pas cher et ça me rapporte quelques picaillons, ces mecs sont généralement assez humbles et supportables, voire sympathiques. C’est ma seule "activité sexuelle" et ça me va très bien. Et j’y ai vécu infiniment moins de violence que dans ma vie « gratuite », notamment avec des féministes ! Ce n’est même pas que j’aime ou pas « faire du sexe », selon la néo-terminologie en vigueur. Ce n’est pas la question. C’est pour fuir un domaine où je ne vois généralement qu’angoisse, violence, inquiétude, concurrence, et tout cela en plus chapeauté de non-dits et d’interdiction que tout le monde sait bien être du flan : pas être angoissée, pas être jalouse, pas être… Alors même que, précisément par la puissance que lui octroie sa prétendue gratuité qui en fait la mesure de notre humanité, le domaine relationnel et sexuel ne peut qu’être un domaine de violence, comme l’économie en général. Et j’affirme que prétendre le contraire, ou bien que ce pourrait être un monde « apaisé » comme dit Mme Le Doaré, est un foutage de gueule aussi grand que de dire que le capitalisme ou la course à la croissance peuvent être raisonnés et inoffensifs !

Cela fait d’ailleurs bientôt vingt ans que je porte cet avis contre vents et marées.

Il n’y a qu’à regarder les résultats. Quels sont les magnifiques résultats des relations prétendument gratuites, soi-disant « libres et consenties » sous la contrainte sociale la plus dure qui soit avec celle de gagner du fric ? Un océan de douleur, de silence, d’abus et d’hypocrisie. Si l’on ne s’en tient déjà qu’aux institutions de l’amour et du couple, c’est déjà un désastre. Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire pour moi que la "non-exclusivité" ou l’idéologie du « désir et du plaisir », autres travestissements de l’enjeu social, soient mieux. Ce que je veux faire comprendre, c’est que derrière les apparents clivages, tout le monde, et particulièrement tout le mouvement féministe et LGBT, communie dans la même croyance. Et que la position de Mme Le Doaré est particulièrement hypocrite, dans le sens où elle essaie de faire croire à une différence profonde.

Et quant à la non-gratuité, je ne prétends pas non plus qu’elle soit un sésame vers ce monde « apaisé » évidemment impossible à trouver, comme tous les paradis que les militantEs en tous genres nous agitent sous le nez depuis deux siècles et quelque. Quitte à nous excommunier, à nous expédier en camps ou en maisons de rééducation pour nous en faire goûter la bonté ! Simplement, je trouve complètement absurde, stupide et irréaliste de prétendre que la non-gratuité entraîne plus de dégâts que la gratuité. Déjà, et parallèlement au fait que la gratuité relationnelle est en fait dans le carcan de l’injonction sociale, la non-gratuité, dans ce pays notamment, est depuis toujours l’objet de la répression. Répression réglementariste jusqu’en 46, puis répression abolitionniste qui se colore de prohibitionnisme. Je trouve donc qu’il y a une mauvaise foi récurrente, sachant que la clandestinisation favorise toujours les rapports de force et de violence, à faire une argument de ceux-ci… pour renforcer cette clandestinisation (comme dans le « paradis suédois », ha ha la bonne blague).

Ce qui entraîne des dégâts, majoritairement, c’est l’injonction sociale et mutuelle, et encore plus si possible sa négation. Il y aurait d’ailleurs tout un article là à enter sur celui-ci, sur la notion de légitimité par rapport à l’idéal de gratuité. Les relations et le sexe tarifés ont toujours été considérés de valeur et nature inférieure aux relations et au sexe gratuit. Là encore par le soupçon que si l’on paie, donc si l’on fait intervenir une autre échelle de valeur, c’est qu’on n’est pas assez bien, qu’on ne représente pas assez de valeur pour les obtenir par cette valeur même – ce qui d’ailleurs fiche par terre le mensonge de la gratuité. Rien n’est gratuit en ce monde.

Ce qui entraîne des dégâts, c’est de ne pouvoir se soustraire à cet immense mensonge, et d’être forcées à y jouer un rôle, qui plus est un rôle bénévole !!!

Or, il est désormais bien connu que le bénévolat est un nid d’abus. Faisons l’application !

Je ne crois pas d’ailleurs non plus du tout que la non-gratuité soit un rempart protecteur contre les méfaits de la gratuité. Celle-ci est bien trop profondément inscrite dans notre héritage social et émotionnel pour que nous en puissions être indemnes, hélas. Disons qu’elle est potentiellement juste un moyen de se faire quelquefois un peu moins arnaquer. Ou de récupérer un peu de ce qu’on a perdu.

 

Le monde sécuritaire dans lequel nous vivons, tant du côté des militants que des institutions, est fertile en faux débats. Par sécuritaire, j’entends un monde qui d’une part rêve de pureté, d’une espèce d’état rousseauien de « droit naturel » qui serait miraculeusement égalitaire si nous sommes bien droites et sages, où le mal serait à jamais une « anomalie » ; et d’autre part a une peur bleue d’avoir tort, de se tromper, d’échouer. Là encore au regard des valeurs mêmes qu’il n’arrive pas à critiquer ni même à voir comme telles. Relation et sexualité en est une, une des plus puissantes, sinon peut-être la plus puissante, avec l’argent. La « possession de soi » fait un écho séculaire à la « possession des biens ». Et la course après ce rêve, qui d’ailleurs a depuis longtemps tourné au cauchemar, nous a absolument dépossédées. Si tant est même que le rapport de possession ait été réellement une solution.

L’article de Mme Le Doaré donne en plein, à mon sens, dans un de ces faux débats. Ma thèse est que la violence instituée dans les relations, violence sexiste, de genre ou autre, est fonction du dispositif même d’injonction à la relation, ainsi que de mensonge sur la prétendue "égalité" qui pourrait s’y créer, ce qui bien entendu pèse prioritairement sur les femmes. Et est peut-être indissociable du patriarcat.

Venir dire là-dessus que la non-gratuité des relations, assumée, serait l’origine et le lieu, par son principe même, d’une violence renforcée, notamment quand on voit encore une fois les splendides résultats de la « gratuité », relève de la stupidité malveillante et obstinée. J’en ai l’expérience inverse, bien d’autres aussi, et la majorité des violences qui sont signalées dans ce cadre viennent de la clandestinisation du travail du sexe, directement ou indirectement.

 

Bref, si Mme Le Doaré et les féministes autoproclamées orthodoxes veulent réellement contribuer à faire avancer quelque chose, qu’elles reprennent quelques classiques, d’abord, et s’attellent un peu plus à la critique de l’injonction à relationner et à la gratuité de la chose. Et en attendant la belle aurore de je ne sais quoi, fichent la paix aux nanas qui au moins veulent obtenir quelque chose de tangible et d’utile, comme de l’argent, en échange de leur participation à ce monde que lesdites « orthodoxes » défendent tout autant que leurs (prétendus ?) adversaires !

 

Plume

Les maisons closes, rêve de passé bien réchauffé

Il y a souvent, dans le social et le politique, des échos incroyablement déformants. Je passe évidemment sur les diverses manipulations de mauvaise foi qui peuvent être faites de telle ou telle déclaration – c’est comme on dit « de bonne guerre », et les adversaires de l’auto-organisation des travailleuses du sexe en sont coutumiers.

Non, ce qui est plus frappant, c’est quand l’écho revient d’un peu partout, de la société ou des média. Ainsi, récemment, s’est fondé en France un syndicat qui a parmi ses buts celui de provoquer la discussion sur le travail du sexe, ses conditions, la gratuité obligatoire en la matière, que sais-je encore ?

Après quand même pas loin d’un an d’hésitation, car c’est un écho qui rumine ses pensées, voilà que nous reviennent en quelques semaines et en pleine figure une tripotée de déclarations et même des sondages… favorables aux maisons closes.

Voilà comment l’écho, bien sûr pas si spontané que ça, a déformé et réduit la vaste problématique que nous posions : tout le monde (c'est-à-dire tous ceux et celles qui ne sont pas travailleuses du sexe, puisque de toute façon la parole de celles-ci ne compte pas) a l’air de trouver génial cette imbécillité néfaste, à part les ceusses qui voudraient tout simplement que la prostitution disparaisse au plus vite. Les élus, les (supposés) clients, les acteurs des diverses prophylaxies sociales. Tout le monde, en somme, trouve que ce serait magnifique que nous fussions à nouveau encartées, mises en maison, retirées de la circulation pour les unes et de l’internet pour bien d’autres. Il est en tout cas assez difficile de penser autre chose de pareilles démonstrations, en notre époque incroyablement sécuritaire, et vu les caractères indécrottablement réactionnaires du rêve français. Les putes en maison, comme sous la troisième république ! Là au moins on savait vivre, hein ? Les colonies, la guillotine sur les places publiques, le tirage au sort pour le service militaire, et puis quoi encore ?!

 

Pasque j’imagine bien, quand je lis qu’un sondage a donné soixante pour cent d’opinions favorables, ce que ça peut vouloir dire. Vu qu’il n’y a plus de bordels légaux dans ce pays depuis 46, la référence essentielle des ceusses qui ont émis cette opinion correspond très vraisemblablement à un reliquat de fantasme de cette époque que plus personne n’a vécu ou presque. Et je me doute que ces réponses doivent majoritairement venir d’hommes mûrs, comme on dit, socialement plus aptes que n’importe qui à émettre une opinion sur une pareille question. Bref – d’une part de politiciens et d’hygiénistes, d’autre part de clients… Mais de quels clients ?!

Alors bon, on sait dans un petit milieu que je défends bec et ongles une option de revalorisation du client comme acteur, acheteur, personne somme toute humaine et, dans ma pratique, généralement sympathique. Okay. Ça ne veut pas dire pour autant que ce sont à eux de déterminer nos conditions de travail et de vie en fonction de ce qui les arrange le mieux ! Parce qu’on comprend bien que, vu la honte indéfectible qui s’accroche au fait d’acheter des services sexuels et annexes, bien des clients auraient envie que nous soyons parquées hors du social, dans des endroits où par exemple ils ne pourraient pas nous croiser le samedi en allant faire leurs courses avec leur petite famille (ça vous arrive de croiser des clients comme ça ? C’est assez fendard des fois…). Comme ça eux ont (au moins) deux vie, et nous une moitié (eh oui, parce c’est comme ça dans notre monde méchant, ce qu’ont les uns c’est autant que les autres n’ont pas).

Alors c’est marrant, parce que justement, ce souhait en filigrane, c’est aussi sans doute celui des politicardEs paternalistes et pseudo-féministes qui s’agitent en ce moment. Beh oui, elles, iils voient bien que l’affaire n’est pas gagnée, de karcheriser le pays et de nous faire disparaître. Même les pays ou états fédérés les plus férocement prohibitionnistes n’y ont pas réussi, alors pensez ! Et en plus voilà que ce fléau social, puisque n’oubliez pas que nous en sommes un, tout à fait officiellement, se coagule et prétend imposer des conditions de travail, un statut social honorable, et puis quoi encore ? Panique, largement d’ailleurs illustrée ces dernières semaines par les attaques dont le syndicat a été l’objet par ailleurs.

Comme donc il n’est pas question de répondre à nos vraies questions, et encore moins à celles que pose notre seule existence, eh bien voilà tout ce qui sort de la gorge enrouée de quelques édiles : envisager des maisons closes. Et clairement comme une « réouverture », ce qui dit tout : « la marche des momies, tout droit dans le passé » comme disait une cantate allemande des années 70.

Envisager des maisons closes, ou même pas closes, ou que sais-je, des sanatoria sexuels, et surtout les envisager pour nous, de l’extérieur, c’est tout simplement, comme dit plus haut, nous ségréguer de la vie sociale. Créer un « espace », comme on dit en novlangue, où les déplorables citoyens mal éduqués pourront aller faire leurs « saletés » loin de la vie normale, si propre et désodorisée. Et on comprend très bien aussi que si jamais une telle aberration se réalisait, ce serait avec le corollaire d’interdire ou de rendre impossible toute autre forme, tout autre lieu de travail du sexe. Bref de nous contrôler totalement.

Pour ma part je suis absolument opposée à ce paléo-concept parachuté de la nécropole idéale que constitue l’avenir selon ces gentes. Les maisons closes, des cohortes d’entre nous y ont bouffé leur vie entre le grand enfermement de 1665 et 1946, pour ne parler que de la france, et il n’est pas question d’y revenir. C’est quand même un comble que sur des dizaines de propositions que les Tds militantes ont fait, et où figurait la possibilité de gérer collectivement des lieux pour le boulot, ce conglomérat réactionnaire de politicienNEs dépasséEs et de clients honteux se soient, chacun à sa manière, ruéEs sur la déformation de celle-ci, et pas d’une autre. Le seul truc qui pouvait ramener au passé, ils, elles ne l’ont pas raté.

D’ailleurs, la question n’est pas en soi que ce soit le passé, vu ce que le présent et l’avenir qui mijotent dans les marmites semblent devoir nous offrir. C’est que dans ce passé, comme dans ce présent, comme dans cet avenir, nous sommes une fois de plus les sales, les illégitimes, et en fin de compte celles dont les intérêts et la liberté ne doivent être pris en compte qu’à la petite pincette et une fois que tous les honorables citoyens se seront servis. C’est cela la signification et le but de la ségrégation géographique et sociale que les gentes bien et « normales » veulent une fois de plus nous imposer.

Il n’y a apparemment qu’une voie actuellement pour sortir de ce fantasme du « mal nécessaire » ou plutôt « inévitable » que nous représenterions. Et cette voie c’est justement nous, les travailleuses du sexe, qui la représentons. C’est celle de l’autodétermination, et du refus de nous laisser prendre au verbiage et aux projets que fourbissent sur notre dos les néo-missionnaires de l’hygiène sociale et de l’ordre public.

C’est pourquoi, en l’état, je m’agrège aux réactions qui ont déjà fusé sur ce propos, comme celle de Grisélidis, et je nous appelle à ne surtout pas nous laisser envoûter par ce genre de concert. Au surplus nous n’avons pas besoin des missionnaires, c’est eux qui ont besoin de nous. Nous n’avons pas à picorer dans ce qu’on nous jettera, mais à organiser notre travail et poser nettement notre place dans la société.

 

Plume, Tds

 


Le puant retour des maîtres nageurs de la relation

« Proféministe tant qu’il la foutra ». Mais gratuitement - en tout cas sans argent ! C’est en gros l’aboutissement présent de ce que je faisais déjà remarquer en 98, lors de la première poussée boutonneuse, dans « Les maîtres-nageurs de la relation ». La phrase actuelle est d’ailleurs réductrice, puisque, comme le faisait déjà vivement remarquer Valérie Solanas en 67, ce qui terrifie les mecs c’est d’être seuls avec eux-mêmes, que ce soit en présence ou en identité. Et que, par conséquent, leur grand souci est de toujours pouvoir se tenir aux côtés des nanas, et de s'en faire bienvenir. D’où essentiellement le proféminisme, depuis qu’il y a un féminisme un peu ragaillardi.

Patric Jean fait partie de cette gent à la fois tonitruante et cauteleuse (ça dépend avec qui), laquelle, à la suite de papa Bourdieu et avec toute une kyrielle de sociologues savonneux, a « redécouvert » ce qui lui était le plus lisibles des critiques des années 70-80. Il nous a fait ainsi un beau film pas obséquieux pour un sou, afin de prouver à quel point il est fréquentable, pas comme les vilains machos. Film mâtiné de cette même ode à l'amour qui faisait la queue du livre éponyme, histoire d'anéantir toute critique en actes du relationnel, et que quand même les nanas n'aillent pas jusqu'à se croire une valeur, à se négocier et somme toute à se protéger du bénévolat de cette forme sociale incontestablement inoffensive !
Je suppose qu’il en touche d’abondants dividendes sociaux et relationnels – sans quoi il n’y aurait pas de justice, supposition bien invraisemblable dans notre monde rutilant de cours d’assises et de compagnies d’assurance.

Ce monsieur signe aujourd’hui (20 mars 10) dans le monde (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/20/prostitution-hypocrisie-et-  

lobbying-par-patric-jean_1321802_3232_1.html) un billet d’une invraisemblable saloperie, consacré aux travailleuses du sexe organisées, où il reprend soigneusement – sans doute même s’est il fait relire dans la crainte d’une hérésie – les pseudarguments de ses patronnes missionnaires de la gratuité affective et de l’idéal amoureux. Lesquels, comme chacun sait, ne recèlent absolument aucune violence ni contrainte, la totalité d’icelles étant le fait apparemment des macs et des sous-maîtresses, qui abondent dans l’imaginaire de ces gentes.

La rapidité même du billet, un peu marmonné, fait singulièrement penser à ces « témoignages » que décrit Chalamov quand il parle des procès à la va-vite intentés contre les zeks, dans les camps mêmes. Il est vrai que la tradition française, dénonciatrice et sécuritaire, peut tout à fait assumer ce passé stalinien. Et qu’il y a là aussi de la pression derrière. On voit ainsi passer en un clin d’œil « l’industrie du sexe », la « dignité » (probablement surtout celle de l’auteur), la parole forcément illégitime de toute travailleuse du sexe qui ne bat pas sa coulpe et ne va pas s’asseoir avec allégresse pour un smic derrière une caisse de supermarché ou une machine à coudre. Et quelques autres lanternes déjà immémoriales, de ces mensonges, comme je dis toujours, allégués cent fois et réfutés cent dix fois ; mais toujours en selle, tant le monde les aime et les goûte.

Mais parmi ces magnifiques arguments, il y a quand même celui, qu’il faut avouer assez rare tellement il est crapuleux, des « déviances sexuelles » des travailleuses du sexe. Ça, on nous l’avait guère servi depuis la troisième république je crois.

Ce qui est magnifique, dans l’offensive actuelle menée contre les Tds organisées et toute discussion sur la question d’ailleurs, c’est la vitesse avec laquelle les prohibitionnistes rétrogradent vers un passé effroyable et, précisément, vers des conceptions profondément misogynes. Ainsi, ici, tout le passé et le présent des Tds tient dans leurs perversions !  Et pourquoi pas dans l'hystérie pendant qu'on y est ?! Ah la femme, la trans, l'homme éfféminé, ce noir continent des pulsions, quelle conception nouvelle et progressiste ! Avec ça l'auteur de la domination masculine nous aura tout à fait convaincu de la saine rectitude de ses pensées.

On ne se faisait guère plus d’illusion après son film, évidemment. Le bonhomme cherche juste à plaire. Et il ira très loin dans la crapulerie pour ce faire. Comme en ce moment la grande urgence sociale du féminisme momifié et des hygénistes politiciens est de discréditer les tentatives d’auto-organisation des prostituées, en les faisant passer pour des macs ou des sous-marins des macs, eh bien il s’y colle, avec on imagine quelque volupté.

Les maîtres nageurs sauveteurs de la relations sacrée ont appris à nager dans les égouts du mensonge, comme dans cet « océan de vomi » qu’évoquait Solanas, qui s’y connaissait en matière de « gratuité des relations ». Ca doit être pour ça qu'ils sont devenus si puants, en plus d'être obséquieux et rampants. Les tenantEs du néo-essentialisme des "dominations registrées" leur ont donné de vrais cours commandos, savoir patauger dans la merde sans hauts le coeur improductifs...

Les unes rêvent de maisons-closes, les autres de « déviances » qui les font probablement bien bander… Et tout ça, qui grenouille dans un passé malpropre, prétend nous promettre une société nettoyée du « mal ». Ben voyons !

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:42

Bon, je dis nous, l’abus habituel de la seconde personne du pluriel. Histoire de me sentir moins seule, sans doute. Aussi parce que je crois évidemment que nous ne sommes pas des îles et qu’il arrive les mêmes choses ou des choses semblables à plusieurs en fonction de leur position dans ce monde.

Bref… Nous quand même, un peu. Et plus particulièrement les f-trans. Mais je parlerai aussi à la première personne.

 

J’écris cela à la suite de la rencontre, ou plutôt de la rencontre impossible, de plusieurs évènements, situations, perceptions, liées à notre statut pour le moins ambivalent. D’une part, ce que je perçois comme un manque de réalisme et une espèce de mégalomanie dans la victimisation, allant jusqu’à supposer qu’il y a un sombre plan d’extermination des trans à un très haut niveau. Ce que je ne crois évidemment pas pour la raison qui sous-tend les autres choses dont je veux parler, qui sont des agressions répétées, et un mépris dégoûté, lesquelles impliquent plutôt que nous ne valons ni ne représentons grand’chose, et que si on nous maltraite, on ne va pas non plus se donner un mal fou pour nous canaliser ou nous abolir. Tout au plus nous écartera-t’on. Nous pouvons toujours aller nous pendre ailleurs !

 

On… Qui est « on » ici ? Bon – je vais être franche, « on » ce sont les personnes pas trans, ni intersexe, les personnes que nous nommons cisgenre ou plus lapidairement « bio », et qui constituent l’écrasante majorité de la population.

 

J’ai envie de dire, et là je vais parler pour moi, même si je pense ne pas parler que pour moi, que je suis une chimère inadmissible… et pourtant que je ne représente rien de nouveau ! Juste un mélange de ce qui ne devait pas être mélangé, en tous cas ainsi, selon les plus anciennes prescriptions. Ou une transition jugée impossible à plusieurs titres.

Ce qui ne doit pas être mélangé ainsi. Les "bio et normalEs" tolèrent déjà mal (sauf pour s'en servir !) les bio androgynes, butchs, tapioles, etc. Il leur faut, pour s'en sortir, qu'ellils "prouvent leur nature". Ce qu'ellils font ou pas. Pour les trans, ça devient impossible.

Sans doute cette limite vient-elle de l’usage qui est faite des éléments attribués à l’un ou l’autre des sexes sociaux, et surtout de qui fait cet usage. Ce qui étant lui-même constitué par l’usage : si vous faites ça, vous êtes sorti du légitime, de l’acceptable. Vous êtes une chimère.

 

Pas d’illusion. Nous n’avons pas d’histoire sociale propre, nous n’avons rien inventé, ou trop peu. Nous ne sommes ni un troisième, ni un dixième genre. Encore moins à mon sens une voie de sortie des sexes, et pourtant nous ne sommes pas non plus vraies. Tranchons le mot, nous sommes même fausses.

Nous n’en sommes pas moins là. Mais sans statut qui ait un caractère de réalité propre. Nous sommes au mieux des morceaux détachés sans copyright (oui, la fameuse « légitimité » qui est une des clés magiques dans les milieux néo-politiques commence à ressembler à un calque de la propriété intellectuelle dans l’économie libérale).

Et si nous déraillons dans la victimisation, la perte de la mesure, la mégalomanie – c’est aussi sous la pression d’une haine, d’un mépris, d’une peur et d’une exotisation aussi bien spécifiques, réels et surtout quasiment universellement partagés, autant que le statut « évident » des bio. Et ces constantes sont en train de créer une sorte de rapport social, que la plupart d’entre nous n’ont évidemment pas voulu, et qui, pour être dépourvu de la netteté des rapports sociaux plus classiques, à cause de notre « fausseté » infuse, va bien devoir s’inscrire dans le monde.

 

Pourtant – comment sommes-nous amenés à être ça, à transitionner, à quitter le statut cisgenre, la garantie évidente de ce que l’on est ? Est-ce à cause de l’angoisse romantique qui règne de ne jamais accepter d’être soi-même, avec son histoire sociale à assumer ? Est-ce que la pression de genre est devenue plus rude aujourd’hui que hier, ce dont je doute un peu quand même ? Est-ce juste un mouvement, une possibilité ? Un trou dans le tissu ? Une expulsion ? Je suppose qu’il y a bien des raisons et des enchaînements qui nous amènent là.

Et même si c’était cette fièvre de se fuir, de ne pas « être ce qu’on est » - y aurait-il des raisons de nous traiter plus mal que les hordes de militantEs (et pas que) qui font exactement la même chose en se « déclassant » ou en se « déconstruisant » ?

En outre, je ne suis pas convaincue qu’il n’y ait que ça. Notamment pour les f-trans, qui n’ont à gagner que le mépris, la chute sociale, une vie et une réalité qui leur seront toujours contestées. On n’a pas les mêmes appâts que les ceusses qui élargissent leur « lien social » en se multilégitimisant. Nous, c’est plutôt le resserrement, quelquefois jusqu’à plus rien du tout. Ce fameux sésame, cette « légitimité », nous la perdons justement radicalement. On ne peut pas dire que nous fassions une bonne affaire. On nous soupçonne d’un mensonge constitutif, d’être des mensonges en quelque sorte. Mais là encore, on aurait du mal à dire ce que ce mensonge nous rapporte. Nous sommes ridicules, souvent visibles à quinze mètres, caricatures bien souvent d’intégration de genre, nous servons au mieux d’animaux domestiques chez les « vraies »…

Il y a autre chose.

 

Cette autre chose n’est pourtant pas une remise en cause totale, dont nous serions de toute façon bien incapables, et dont personne n’a les éléments – car il y faudrait des éléments qui échappent à la partition inégale des sexes sociaux, et je ne crois pas qu’ils existent. Tout a été trusté et attribué depuis belle lurette. Et croire que nous serions par notre vertu même, notre existence, « autrui » qui les leur arracherait et les « libèrerait », ces attributs, alors là je crois qu’on se fiche le doigt dans l’œil et que là, précisément, nous nous la pétons beaucoup trop. Nous sommes tout aussi incapables de cela… que les cisgenre !

 

Nous sommes et restons donc des chimères incomplètes. Nous sommes à jamais sur le chemin, la tête qui sort du fossé. L’affaire, c’est que c’est peu valorisant, et que l’identification sociale repose sur la valeur. Et l’empathie sociale aussi, surtout en ces temps où compassion, culpabilité et reconnaissance ont pris le pas sur la morale et l’analyse. Donc, pour les bio, tant hommes que femmes, s’identifier à des f-trans, ça n’a fichtrement aucun intérêt. C’est même un danger, des fois qu’on serait soupçonné de (pour les hommes). La chimère, outre être impossible, illégitime, sans droit à être, ne fait pas du tout envie, si ce n’est de manière extérieure et exotisante quelquefois. Mais envie de l’être, alors là ! La fuite éperdue…

 

Chimères et méduses : nos faces glacent, renvoient ce qu’on ne veut absolument pas être, à aucun prix. Ce où on ne veut absolument pas se reconnaître. Le « on » étant toujours la communauté bio, tellement énorme qu’il est difficile de la séparer de la réalité totale. D’où l’absence de notre reconnaissance en tant qu’humaines. Alors, bon, je suis la première à dire que le terme « humaine » correspond souvent à une escroquerie sociale, le mensonge que touTEs les homo sapiens sapiens auraient un droit commun, alors que de fait c’est évidemment faux en l’état. Ok. « Nous sommes touTEs humainEs », je connais la rengaine, et ce à quoi elle sert : nier les oppressions.

N’empêche, il existe aussi une démarcation sociale humaine, derrière les autres. Et une double : de statut et de reconnaissance. Ce n’est pas pour rien qu’on a contesté l’humanité des groupes qu’on voulait anéantir. Qui est sorti d’une des conditions essentielles de l’humanité ne vaut plus tripette. C’est le cas, ne vous en déplaise, de celleux qui n’ont ni argent ni passeport intéressant. C’est aussi le cas de celleux qui ne peuvent (ou ne veulent) prétendre à être de vraiEs femmes ni hommes. Pas au même titre il est vrai. Leur vie matérielle est (généralement) protégée par leur statut économique et/ou racial ou national. Mais c’est alors une « vie nue », tout le statut… mais rien d’autre. Et c’est cet autre qui confirme et couronne la reconnaissance implicite à l’humanité. « On » peut se reconnaître en elleux… ou pas !

 

Une des bases de reconnaissance mutuelle, sociale mais, dans sa forme, de personne à personne, correspond au remplissage par les parties en présence des caractères de l’humanité. De ce en quoi on peut se reconnaître en l’autre. C’est aussi là-dessus que se base le pouvoir social. Une des définitions du pouvoir est « la capacité à faire qu’autrui ait les mêmes intentions ou envies que soi ». Si on le regarde dans le miroir, cela implique une forme de réciprocité de reconnaissance, qui d’ailleurs n’exclut nullement les oppressions et les inégalités. Mais se tient dans ces limites.

 

Et c’est là que ça biche. Une vraie humaine… ben est une vraie, en ses définitions de base. C’est une tautologie efficace. Un mensonge, une chimère ne saurait donc être vraiment humaine, traitée humainement, même munie de papiers. Au mieux on la traitera en fonction de son statut nu, là où il est incontestable, mais pas plus. Le sexe, physique comme social, est un élément indispensable de la vérité d’une personne. Et là on a faux !

Les trans, et surtout les f-trans, quel que soit leur désir, leur travail pour y parvenir, ne seront jamais vraies. Et même, pourrons-nous êtres de « vraies trans »… puisque trans égale faux par définition, dans ce monde ! Ce serait un oxymore. Et par conséquent, nous ne sommes pas humaines. Ou plutôt semi-humaines (il y a d’autres moyens de l’être ou de le devenir !). Le statut sans la légitimité (ah, cette fichue légitimité, on a cru bien s’amuser avec, dans les milieux alternos… jusqu’à ce qu’elle se retourne contre nous… On n’a pas le copyright…). Au mieux, nous sommes individuellement, isolément dépendantes de l’exotisation et des désirs, des projections de celleux des bio qui aiment pêcher en eau trouble, et nous offrent en contrepartie une défroque de légitimité qu’ellils peuvent à chaque instant nous ôter. Cela est d’ailleurs le cas pour bien des rapports sociaux et des subalternités.

 

Une chimère, c’est toujours moins. Nous sommes dans une société d’hypocrisie ou « différence » veut en fait dire « infériorité ». Nous sommes qui plus est incomplètes. Comme je viens de le dire, nous ne pouvons en être momentanément et partiellement sorties que par la mansuétude intéressée, inégale et fantasmée de personnes bio. Quand il y a salut, il est provisoire, conditionnel et individuel. C'est-à-dire qu’il s’oppose en tout au caractère humain, qui suppose au moins sur un plan basique une réciprocité de reconnaissance. Une valeur commune, même réduite. Ici, il n’y aura jamais de vraie reconnaissance. Les bio ont des amies, des amantes, des courtisanes trans… Mais jamais nous ne serons face à face.

 

Humainement, notre valeur est donc fort contestable. Or la valeur, au sein du jeu des statuts, c’est aussi l’enjeu. Et c’est ça qui me susurre à l’oreille que nous nous gourons quand nous nous désignons comme victime principalement de l’état, ou de l’ordre moral, ou que sais-je de ce genre. Ce n’est pas que nous ayons à nous féliciter de la manière dont nous en sommes traitées, bien entendu. Mais ce dont je doute est que ces institutions ou mouvements nous combattraient, parce que nous représenterions un danger pour eux. Ni pour « la société » en l’état. Pour moi on ne nous craint ni ne nous combat, on nous méprise et on nous exclut, au mieux on nous utilise. Nous ne représentons quasi rien sur l’échiquier social et politique. D’une part parce que nous sommes encore peu nombreuXses, d’autre part parce que nous sommes faibles. Faibles au sens que nous ne sommes pas un pôle qui attire, loin de là même. Nous ne sommes qu’un fort petit enjeu, et encore, pour quelques maniaques, psys ou transloveurEs, et ce n’est pas par hasard que je mets les deux catégories dos à dos. Ce sont bien les seulEs à investir quelque chose dans notre histoire. C’est, en France, par une espèce d’accident historique propre à la culture de ce pays que nous nous trouvons à la charnière de données légales et civiles, qui font que nous trouvons une résistance, qui nous donne l’impression d’être quelque chose. Nous pourrions bien être dans un pays ultralibéral où on nous changerait comme nous voulons nos données d’état-civil, et où sans doute nous paierions fort cher d’excellents chirurgiens. Nous serions alors humaines autant que nous avons d’argent, exactement comme n’importe quelle autre humaine dans ce monde sur ce plan là – mais sur le plan de la reconnaissance ? Je ne doute pas d’ailleurs un instant que la reconnaissance juridique aide à faire un pas et une place de plus, et je me bats pour – mais je ne me fais non plus pas d’illusion. Il n’y a pas de paradis pour les trans sur cette planète. L’essentiel nous échappe.

 

Par ailleurs, que nous fassions en l’état « éclater les normes de genre », comme nous nous plaisons à le répéter, me semble un de ces « mensonges de la décennie » que j’ambitionne de compiler un de ces quatre. Nous patchworkons, nous récupérons, nous réaménageons, mais nous n’avons pas de quoi « faire éclater » - parce que cela supposerait un nouveau, de nouveaux attributs, de nouveaux rôles, que je ne nous ai pas vu à ce jour apporter. Nous ne le faisons ni par notre présence, ni par notre action. Non que ce ne soit désirable ! Mais je pense qu’on s’est grandement illusionnéEs qu’à nous seulEs, et je dis là seulEs en tant que catégories, nous allions mettre en branle l’ordre millénaire. Bon, je ne veux pas dire, c’était bien essayé. Mais il serait temps, alors que nous tournons en rond dans la production de nouveaux mots et de nouveaux diables (le « binarisme » !), ce qui est un signe indubitable d’échec et d’impuissance, de retrouver le mesure, et de nous dire que nous n’avons pas fait la percée. Sans doute celle-ci ne pourra-t’elle être faite que le jour où le rapport d’oppression des deux sexes sociaux, que nous n’avons pas vraiment dépassés, sera réellement renversé, et par celles qui y ont l’intérêt le plus ancien et le plus fondé, les ou des femmes bio. On n’y est pas.

Encore une fois on ne nous craint pas ; on craint d’être comme nous, ce qui n’est pas du tout la même chose. Peut-être les plus finaudEs craignent ellils d’être amenéEs à ce à quoi nous avons été amenéEs. Mais c’est le bout du monde.

 

Bon – arrivées-là, comment allons-nous nous en tirer ? On ne peut pas nier non plus, avec toute cette merde, que nous ne soyons actuellement de plus en plus en plus nombreuXses. Sans que pour autant ce soit un raz de marée. Peut-être est-ce que de plus en plus de personnes sont, dans leur vie et parcours, amenées à tirer des conséquences, aussi peu appétissantes soient-elles. Mais des conséquences de quoi ? Du rapport bloqué des sexes sociaux ? Bien difficile à dire.

Nous sommes un phénomène social, mais nous ne sommes sans doute pas pour autant une classe. Pas même de genre. C’est trop tôt, et aussi trop composite, trop incertain. Il n’empêche, une espèce de rapport social, glauque et violent, se met en place. Il aura des conséquences. Ou bien nous disparaîtrons, éparpilléEs, ou bien quelque chose devra se déterminer.

 

J’ignore si, suivant les analyses récentes du narcissisme libéral et de la décomposition sociale, nous serions juste ou majoritairement un « produit de la modernité ». J’en doute. Il y a toujours eu, pour x raisons, des gentes qui d’une manière ou d’une autre changeaient de sexe social. Le seul truc nouveau c’est de prétendre, et de tenter de rester, hors (c’est peut-être l’endroit où on se ferait rattraper par un certain individualisme libéral, mais pas forcément). Et même si on était en mesure d’affirmer que la possible mais paradoxale mode trans (qui semble peu exister pour les f-trans) qui lèche aujourd’hui divers milieux, était issue des conditions récentes de désocialisation, eh ben ça serait au même titre que bien d’autres. Il y a de ça, mais pas que de ça, et de loin. Il y a eu bien des tentatives d’explications, souvent malveillantes, autant d’un point de vue de critique féministe (Mercader, Matthieu…) que de critique sociale en général (où nous sommes éparpilléEs parmi les diverses perversités capitalistes). J’avoue, je n’en sais rien et ce n’est pas aujourd’hui que je vais entrer dans la question, qui du premier de ces angles d’approche a bien sûr un sens. Je crois que ce qui nous a amenéEs là ne se limite pas à nous, je ne crois guère au choix individuel et à l’autodéfinition toute puissante. Mais de là à avoir une idée nette là-dessus… J’ai longtemps rationnalisé ma transition, affirmant qu’elle s’insérait nécessairement dans une logique de « prendre parti »… Aujourd’hui je suis bien moins sûre de moi, en revenant sur toutes ces années. La chimère a un côté de mystère. Mais pour autant je n’imagine pas des choses très profondes ; plutôt un enchaînement de choses, dont nul ne pouvait prévoir l’issue. Pour d’autres, l’affaire se noue bien plus tôt, et plus affirmativement. Qu’en conclure ?

Je nous vois plus comme des conséquences que des produits. Mais des conséquences que nulle personne bio, ni le monde des bio, ne sont disposés à reconnaître. Pas de filiation. Et on ne baptise plus les monstre aujourd’hui, « en cas qu’ils soient humains », selon l’ancienne coutume. Ce monde nous a indéniablement donné naissance, par des voies d’ailleurs peu compréhensibles – mais de reconnaissance, bernique. La poubelle.

Nous n’en avons pas moins également fait un choix, dans la mesure où les choix sont possibles. Et si l’on nous dit que nous « sommes une mode », je répondrai que nous nous montrons les unEs aux autres un chemin, si caillouteux soit-il (oulà, les références quasiment bibliques…). Et que tout ou presque se fait par apprentissage, acquisition, et non pas les rêves totalitaires de « sujet » ou du « citoyen » qui se devraient suffire à eux-mêmes, sans influence, sans transmission.

 

C’est peut-être pour cela que je tourne, arrivée ici, en rond, sans pouvoir conclure ni ouvrir. La porte de la reconnaissance est fermée. On nous la claque même au nez du jour où nous nous déclarons (je dis déclarons… on se déclare un peu comme des maladies…). La reconnaissance passe par se voir au travers des yeux d’autrui. Comment le pourrions-nous (et c’est en cela que nous subissons peut-être un des caractères du narcissisme contemporain, qui consiste à craindre d’accepter la vision d’autrui, et même commune, sur soi, et à se regarder en interne – avec cette différence que nous voudrions bien, justement, avoir ce regard, mais qu’on nous le refuse). C’est pour cela aussi que nous nous fuyons les unes les autres, ou bien nous jaugeons à l’aune d’un vrai social et physique qu’aucune de nous n’atteindra.

On est mal, je vous le dis.

Et de payer d’effronterie ne nous servira à rien. On ne se crée pas soi-même, sans autre répondant que des identités. La blague du queer touche déjà à sa fin en bien des endroits.

 

Une seule chose reste, incontestable, nous sommes là, un peu plus qu’un amoncelis de monades. Malgré tout nous représentons quelque chose, si faible et fuyant soit-il. Et nous vivons. Nous faisons plus que survivre. Alors ? Eh bien il nous faut trouver et tenir ouverte une issue logique, quelque chose qui puisse obtenir, de gré ou de force, reconnaissance comme tel. Et si ce n’est pas aujourd’hui possible, comme je le crois, alors au moins une mise en respect. Avec tout le sens ambigu de ce terme. Que l’on soit forcé de reconnaître notre étrangéité de fait (même si je ne crois pas qu’elle soit réelle au fond, mais c’est le mieux que nous puissions être traités).

Mais pour l’obtenir, il nous va falloir renoncer à la course infinie et souvent inutile au respect individuel.

Et sur quoi allons-nous pouvoir nous réunir, pour imposer respect ? Respect signifiant nettement ici distance, dans une logique non dénuée de séparatisme. Eh bien je n’en sais rien.

En tous cas, lorsque je dis ça, je n’imagine pas du tout des « communautés », des « lieux safe », et toute cette ribambelle de rêves socio-bucoliques qui a déjà complètement échoué à plusieurs reprises, pour nous comme pour d’autres (lesbiennes, etc.). Cela non plus n’a pas de sens, c’est l’équivalent dans le monde des groupes sociaux de la course à la reconnaissance individuelle. Le rapport de force n’y est pas. Nous ne pourrons jamais maintenir une quelconque cohésion à de pareilles entités. Nous serons toujours aspiréEs par la « vérité » (c'est-à-dire les dividendes du pouvoir social) qui est bien sûr… ailleurs ! Pas chez nous en tous cas ! C’est un marché de dupes. Cela ne veut pas dire que nous devons nous en priver, mais que nous ne devons pas compter là-dessus pour nous faire une vie.

Non, je crois que paradoxalement – oh que je hais ce mot ! – nous allons justement devoir assumer les unEs et les autres, dans nos vies et survies, partout, cette distance, et l’imposer. Il nous faudra la porter avec nous. De toute façon nous en portons déjà pas mal. Je ne suis pas sûre que ça nous coûtera beaucoup plus cher – enfin ça dépendra à qui. L’isolement serait autant un jeu de dupes que la course à la reconnaissance en l’état. Une manière bien simple de nous mettre à mort avec notre propre participation.

Mais nous devrons assumer, partout, même au milieu de nos amiEs, quand nous en avons, cette distance. Sans honte et sans forfanterie. J’hésite à dire « sans rien laisser passer ». Car c’est nous aussi qui assumerons de ne pas passer.

Nous nous sommes aussi trop reposées, dans le mouvement alterno-féministe, sur une « non-mixité inclusive » qui était surtout issue de ce rapport tordu de culpabilité, et où tout le monde se sent mal (y compris d’ailleurs de plus en plus entre hétéra et lesbiennes, blanches et racisées, etc.). Sans compter qu’on a perdu de vue ce que voulait dire « non-mixité », avec les avantages et les limites de la chose. Nous voulions (et là je parle pour tout le mouvement, pas que pour les trans ou les f-trans) les avantages sans les inconvénients. Une fois de plus on se comportait avec une conséquence de la violence sociale et un outil de vie comme avec une clé du bonheur et de l’absence de problème. On a eu tort, évidemment, on commence à s’en rendre compte (ladyfest de Dijon par exemple).

Nous portons nos non-mixités avec nous. Toutes. Moins nous sommes humaines plus nous avons à les porter, parce que les passerelles sont d’autant plus étroites. Encore une fois il va falloir les assumer, et 24/24…

 

Nous (les f-trans) n’avons pas de veine d’être là à ce moment précis. Trop nombreuXses déjà pour passer comme des cas inoffensifs (ce qui n’était pas très drôle non plus) ; mais bien trop tôt, si jamais cela doit arriver, pour représenter une force reconnaissable ni une forme d’autonomie. Et sans la plus petite idée de sur quoi nous pourrions bien être reconnuEs. Comme je le dis toujours ça ne se tire pas comme un lapin d’un chapeau.

Bien entendu, même trans, même mtfs, nous ne sommes pas à la même place dans le monde, on s’en aperçoit très vite à se fréquenter. Mais la même étrangéité peut à chaque instant, dès qu’il plaît aux bio, nous être renvoyée : ne l’oublions pas. L’oublier, c’est souvent s’exposer à de très durs réveils.

 

 

Plume, la petite poule rousse (disunited species of Plume)

 

 

 

Pouh, ça faisait longtemps que je n’avais pas autant écrit pour si peu dire. Ce texte s’est imposé à moi presque tout fait, sur un carnet, au milieu d’une après midi sombre d’automne (wouh, wouh !), comme une hantise. J’ai même l’impression d’une nullité, au sens de ne rien apporter du tout – mais pourtant avec le sentiment de devoir l’écrire. Ce qui d’ailleurs ne signifie pas grand’chose.

 

 

 

 

 

 

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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 17:40

                  Des filles agressées parce qu’elles arrêtent leur concert après des actes misogynes, un scandale après un autre concert interrompu pour les mêmes raisons, le refus de boycott de soirées queer où a eu lieu une agression raciste au motif que « c’est le seul endroit où on s’amuse », des groupes et assoces radicales truffées de personnes qui commettent abus et agressions et refusent de le reconnaître et où cependant grenouillent des féministes muettes, des profs de fac queer qui harcèlent leurs étudiantes pour les « libérer » et des militantEs « pro-sexe » qui font la même chose dans le milieu, des bios qui agressent sexuellement  des trans, pasque c’est « trop cool » d’être une transloveuse, des blanches qui « en ont marre d’être blanches » et vampirisent des racisées, de petitEs théoricienNEs de la guerre civile fantasmée qui causent des « deux côtés de la barricade », comme autrefois les missionnaires dans les villages de l’enfer et du paradis, et envoient les plus faibles au casse-pipe….

 

Toutes ces situations en apparence dispersées ont pourtant un fond commun, qui sort comme du pus dès qu’on presse un peu le bouton, sous la forme de l’affirmation intangible : the show must go on. Laquelle se décline en doctes modèles genre « mais il faut pas casser la dynamique », « y a que ça qui existe », « même s’il y a des abus ça fait avancer tout le monde ». C’est quand même frappant à quel point, au cours des années, les logiques militantes, radicales, libérales et capitalistes commencent à faire un fondu, sous l’égide d’une vague philosophie utilitariste. Et d’une pathétique croyance ou confiance en la bonté intrinsèque du mouvement.  De ce mouvement que je nomme alterno, synthétiquement, et tout particulièrement de l’alterno-féminisme, version je sais plus combien, dite  souvent « femmes-gouines-trans » (mais pas que !).

 

Toujours aller de l’avant, s’arrêter c’est la mort ; faire un pas en arrière, s’interroger, recompter, l’enfer ! On ne produirait plus assez de présence, de jouissance (salut les queer !), d’identité, de tous ces équivalents militants des automobiles, des téléphones portables et des polices d’assurance du monde « mainstream ». Même ne pas en produire toujours plus est déjà une hérésie ; la croissance avant tout !

Sachant bien entendu que la croissance profite toujours aux mieux placéEs. Ben tiens. Les affirmations égalitaires et collectivistes cachent assez mal les pratiques affinitaires, familiales et individualistes ; on affirme que les possibilités sont « infinies » mais on sait très bien que ce n’est pas vrai, qu’il n’y en a pas pour tout le monde, et on se fait sa petite popote.

Et aussi qu’elle est à un certain niveau suicidaire (mais à terme ; dans la réalité présente il y en a qui paient pour d’autres et ça roule !).

Enfin cette magnifique logique que la barre est mise, déterminée, haussée par celles qui peuvent, qui en ont les moyens et l’intérêt, aussi haut que possible, et que les autres doivent suivre cahin caha pour ne pas tout perdre, éviter de ne plus pouvoir se regarder dans la glace, jusqu’au risque de leur vie, et ce dans une bousculade qui finit par être une pure concurrence sans pitié pour la survie sociale. C’est marrant quand même comme ça ressemble au monde que nous sommes censéEs combattre, nan ? Mais the show must go on !!

 

Une fois de plus, on se trouve en plein milieu de la vieille et inextricable machine où idéologie, sentiments de soi et rapports sociaux s’entremêlent inextricablement, se justifient, se défendent et se nourrissent. Ici plus précisément fonctionnement existentiel et militant, d’une part, et intérêts, puissances sociales, d’autre part. Ça se mord la queue dans un cercle parfait d’invisibilisation et d’inconscience savamment organisées et entretenues de ce qui se passe et pourquoi.

Mais n’empêche, je ne veux prendre aucune d’entre nous pour une imbécile ; on est quand même beaucoup à savoir que quand on parle des « intérêts du mouvement », de la « dynamique », etc , c’est un fier mensonge, et qu’on pense d’abord à nos intérêts et à nos enjeux, nos loyautés relationnelles et sociales, nos privilèges quoi – dans l’embrouillamini où ceux-ci se sont mélangés à la réflexion depuis quelques années, où le « ressenti » ou bien « l’identité » sont devenues les références indépassables, au détriment du statut social et d’une critique non culpabilisante, mais honnête.

On se la joue au « déclassement », soi-disant qu’en squattant, en volant, en se fritant avec les flics, en se communiant avec les pauvres opprimées (ça on y tient à la communion, c’est qu’on veut du retour !), que sais-je encore, on ne serait plus dominantEs, on ne porterait plus de danger avec nous, on serait clean, décontaminéEs quoi. Et surtout, « contre ce monde », comme les chrétienNEs que nous sommes.

Et mon œil ? Je me fiche des présupposés, je vois les résultats : abus en tous genre, vampirisation de personnes et groupes qui n’ont pas le choix d’avoir besoin ou pas de nous, carnaval de l’activisme démonstratif, etc.

Parce qu’on garde toujours notre position de pouvoir faire, de dispenser, de distribuer. Qu’on n’en perdrait pas une miette tellement ça nous graisse l’âme et les rognons.

 

Á chaque merde qui n’est pas tue, à chaque abus qui arrive à sortir, à chaque « copine » qui quitte le milieu dégoûtEe ou détruitE, à chaque mort même, nous nous rongeons les lèvres de culpabilité, nous essayons de rationaliser, nous renvoyons la faute sur le méchant monde majoritaire, enfin quelquefois nous parlons très doctement de « dysfonctionnement ».

Nous n’avons pas absolument tort de parler de dysfonctionnement : c’est le fonctionnement, la logique générale, la croyance commune, les notions de base jamais critiquées et au contraire intériorisées comme peut-être jamais un mouvement ne l’a fait, ce qui est valorisé parmi nous, qui est effectivement en cause. La base – c’est à dire que le fonctionnement n’est pas secondaire, mais reflète exactement les intérêts réels en jeu, et les idées qui portent ou cachent ces intérêts. Le consensus, le ressenti, l’autonomie, l’identité, la symétrisation des paroles, que sais-je encore, toutes ces notions à la fois insaisissables et obsédantes que nulle d’entre nous n’ose plus dépasser ni remettre en cause ! Le « je » qui ne sert plus qu’à une expression tyrannique du « comment je me sens », mais qui se cache dès qu’il s’agit d’une prise de position claire et nette.

C’est à mon sens une conséquence de la norme du « sujet partout », vision quelque peu narcissique de la politique qui est hélas une des piliers des mouvements alternos depuis au moins les années 80. On a eu tellement peur d’être « objectifiées », de devoir quelquefois se voir de l’extérieur, que tout à été dissous dans un grand sac de billes, qui pour pareilles qu’elles soient majoritairement (blanches, bio, bourges, valides…), n’en amènent pas moins l’impossibilité – qui se voit couramment quand on a une question tangible à traiter – de dépasser l’accumulation des ressentis et la voie sans issue répétitive qu’elle entraîne. Les « ressentis », les « légitimités », tous ces trucs magiques et pleins, ronds, inquestionnables, qu’on se renvoie à la figure comme s’ils étaient égaux, miraculeusement, dans un monde inégalitaire. Ces images de nous qui sont censées nous protéger – mais qui comme l’argent ou autres valeurs ne protègent que celles dont le statut est déjà le plus élevé.  Cachées tranquillement derrière notre alterno-citoyenneté de pacotille, que j’ai envie d’appeler la sujète (puisque le pire dans notre discours c’est d’être un objet).

La sujète, dirons nous alors. Qui ne doit de comptes qu’à elle-même, ses attentes, ses désirs, ses culpabilités. Et à rien ni personne d’autre. Comme si nous étions chacune sur une planète, sans même le soupçon que ce qu’on les unes peut avoir été enlevé à d’autres, par exemple, ou autres rapports sociauxn transactions relationnelles, il est vrai peu sexy.

Cette sujète « subversive » qui ressemble alors si fort à une version légèrement décalée de la citoyenne consommatrice qui se satisfait à tout prix.

Ce n’est pas forcément un hasard que cet idéal de « sujets irréductibles » ressemble à un calque des idéaux affichés par la société capitaliste libéralisée et sécurisée post 70’s, et ses objectifs de satisfaction, de croissance et d’intensité… Ni que les impossibilités en soient semblables : si la méchante société mainstream délègue ses catas à la police, nous les déléguons pour notre part à l’esprit des collectifs, armés de quelques doctrines d’action paralysantes, et avec souvent encore moins de résultats que les institutions.

Cette sujète qui semble n’avoir plus à choisir qu’entre l’antiféminisme affiché des Annie Lebrun ou des Peggy Sastre, la queerisation qui dissous opportunément toute détermination sociale et politique dans une soupe d’identités pleine de grumeaux, ou enfin, comme nous l’avons fait, un féminisme qui se réduit de plus en plus à une « autodéfinition » de plus, vidé de ses significations comme de ses volontés d’action spécifiques. Ce féminisme qui finit par être réduit pour beaucoup à l’énoncé : « faire de moi ce que je veux ». Sans guère de souci pour autrui (puisque le souci d’autrui est un truc estampillé « f », et que nous devons nous libérer absolument de tout ce qui a été assigné au f, dussions nous d’ailleurs en crever).

Bref un autisme libéral. Un moi supposé n’être plus lié à aucune histoire ni à aucune catégorie, encore moins à aucune solidarité réellement fondée. Ni à aucun souci d’autrui, si ce n’est dans de tristes loyautés d’enjeux tellement honteuses qu’on n’ose même pas les affirmer quand elles se posent !

Ce dont nous avons peur, c’est de nous voir à la troisième personne, à travers les autres, même rien qu’un peu. Tout doit passer à la moulinette de notre ressenti sacré. Ce dont nous avons peur, c’est d’admettre que nous ne sommes pas uniques, et que nous sommes faites par le jeu social.

C’est cela qui fait du milieu alterno-féministe, qui n’est à cette heure plus vraiment un mouvement, mais que je vois comme un grand endroit de silence caquetant, un facebook en trois dimensions, où rien ne peut être sérieusement soulevé ni analysé sous peine de drame ou des regards appuyés de beaucoup vers leurs chaussures. Et je dirai même que nous risquons vite de devenir un petit monde de clones morales et sentimentielles, où nous serons amenées et fortement incitées (la carotte de la reconnaissance et de la valorisation !) à penser, dire et surtout ressentir les mêmes choses, sous peine d’étrangéité et d’excommunication non dite. C’est cela qui fait qu’on va dans le mur direct. Et que je commence à me demander même quel danger réel nous représentons pourr un « monde majoritaire » dont nous avons dupliqué les structures, avec juste des pratiques plus exacerbées et des couleurs différentes. On s’est faites eues ! On s’est eues nous-mêmes !

 

C’est dommage quand même. On avait de quoi lancer une belle aventure. On s’est tout simplement oubliées. Beh oui. En s’obnubilant sur notre « sujète », sur nos « ressentis », sur nos « légitimités » problématiques, on a oublié, voulu effacer nos histoires et positions réelles. En « s’affirmant » on s’est oubliées. Parce que ce qu’on affirme, là, c’est un « double social », un fantôme, ce qu’on nous a fait rêver d’être. Désir et culpabilité, terreur de se reconnaître et de s’assumer pour ce que nous sommes, qui n’est pas innocent, noyée dans la piscine du désir comme justification ultime.

« Je ne suis pas ci, pas possible, trop dur, je veux être ça, c’est trop cool ». Résultat : nous sommes toujours plus ci, nous nous y enfonçons, et nous faisons toujours plus semblant d’être ça. Toujours plus inégalitaires, différentialistes, dominatrices, hypocrites, socialement envahissantes envers les groupes sociaux que nous singeons.

Sachant évidemment que ce « nous » est lui-même de pure forme. Il n’est exact que dans la mesure où nous communions dans la même illusion. Il est bien évident qu’ici comme ailleurs il y a celles qui mènent et qui engrangent, et celles qui suivent, à la fois désirantes et forcées pour ne pas rester seules, plus ou moins vite et avec plus ou moins de profit. Sans parler de celles qui payent et sont carna.  Je parle beaucoup au nous, par impuissance et aussi sans doute par réticence à prendre mes responsabilités, à dire « je » - pas le je de l’affirmation et de la fierté, mais celui de la reconnaissance, du rejet de la facilité où on grouille en attendant que l’autre ait causé, du « je » aussi qui ose demander et nommer (une autre de nos hantises, tout dire, enfin presque, mais jamais nommer !).

 

Je ne sais que dire et je n’ai pas envie non plus de continuer un catalogue de looses, d’agressions, de dénis, de mensonges et de possibles désastres (même si je conçois que le mot est fort, et qu’en plus, vu ce que nous représentons socialement, je me dis qu’on peut disparaître sans que grand’monde s’en aperçoive ni s’en désole). Je vais vous dire, j’ai eu du mal à écrire ce texte pasque à des moments, il me renvoyait des trucs violents au point que j’avais du mal à en respirer (ô la pauv’)

 

                Mais je crois que pour sortir de ce que je crois résolument un fort mauvais pas, ben y va peut-être falloir revenir sur pas mal de choses, abandonner des trucs qu’on avait raflés, qu’on s’était « appropriés »… et qui je crois étaient plus forts que nous, dans la mesure même où ils étaient un autre aspect, auquel nous n’avions pas pensé comme tel, de notre réalité sociale, dominante, inégalitaire, irresponsable, narcissique…

                J’ai bien envie de lancer un catalogue de nos idées reçues, même de nos ressentis obligatoires, parce que nous les avons intériorisées, elles sont nous. Mais faire ça toute seule c’est sinistre. Eh, les copines avec qui on a déjà causé de ça (pasqu’en plus je suis pas toute seule à avoir ce genre de cogitations, je vous l’avais pas encore dit…), on s’y mettrait ?

 

                J’ai envie qu’on change, enfin ! Pas nous – puisque c’est la grande illusion, mais notre attitude ! Mais pas forcément pour se retrouver telles qu’on est parties, en grumeaux ou en sacs de billes. Au contraire, pour enfin, peut-être, voir que le consensus n’est ni possible ni souhaitable, et qu’on pourrait vivre et agir autrement que dans la peur de déparer, qui actuellement nous paralyse jusques aux neurones. Pour aussi poser nettement les enjeux qui nous constituent sur la table, sans langue de caoutchouc.

                Peut-être ça voudra dire mettre fin au mouvement tel qu’il existe – cela dit j’en doute, il y a peut-être trop de personnes en proportion qui sont intéressées à sa conservation telle quelle. Du coup ça posera la question à celles qui en pâtissent plus qu’elles n’en profitent d’en sortir et d’aller ailleurs. Un ailleurs qui probablement n’existe encore pas trop. Á voir !

 

 

La Petite Murène

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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