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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:34

 

 

Misogynie, m-valorisation : rien de spécifique, non plus que de fatal

 

 

 

Ce n’est pas une fois, mais quelques, que je l’ai entendue, celle là, à tpglande, dans la bouche de nanas t’ ; fagotée plus ou moins crûment, mais au sens toujours identique et très clair : je me fais chier avec les femmes trans, je ne vois pas ce que je pourrais partager avec, je me sens bien qu’avec les garçons trans, les nanas ou les garçons cis, dark vador, tank girl, enfin bref tout ce qui n'est pas une transse. 

 

(Nanas, garçons… chez nous ne dit pas trop homme et femme, ce sont – et j’en conviens avec allégresse – des très gros mots. Sauf qu’en convenir ne suffit pas, il faudrait les défaire réellement – et là, ça biche. Nous n’en avons rien défait, au mieux repeint les bordures, et glissé vers la normalisation. Je crois que nous sommes à ce jour, finalement, arrivées à 99 pour cent à nous trouver être des femmes et des hommes t’s, même si honteusement et torvement – je parle, évidemment, de la famille f-tpg. Tant pis. Encore ratée !)

 

Je n’y vois pas même tant une profession de foi hétéra (une part notable de celles qui m’ont dit ça se définissent d’ailleurs comme lesb’ – ce qui est facilité par la réduction de ces catégories à des orientations sexuelles, la socialité et le choix d’un monde en étant exclues) que la conséquence de la profonde misogynie qui imprègne tout le social, tout l’identiste. Nous ne pouvons pas nous trouver, pas même rester avec nous-mêmes, sinon forcées, parce que l’affirmativité de fond nous traîne, nous tire, nous fait glisser avec obstination vers les formes masculines et ce qui les porte. Et que la négativité, la profonde remise en cause que nous pourrions porter nous fait horreur, nous dégoûte et nous effraie. Rien de très neuf là non plus - je renvoie à ce que remarquait Bindseil il y a trente ans ("La fabrication sociale...", dans le buisson d'épines conjoint).

 

C’est la même soif d’authentique, sans doute, et de valorisation, qui nous pousse en général vers les cis, même si nous passons notre temps à nous plaindre de leur mépris, quand ce n’est pas de leur haine. La vérité est ailleurs. Précisément là, à bio-m-lande.

 

Comme d'habitude, je ne cause pas là des personnes, en tant que pack identistes à juger politico-moralement, à approuver ou à condamner ; et encore moins de "ce qu'on devrait être/pas être" ; je parle des formes sociales que nous incarnons et (re)produisons.

 

Vous aurez remarqué que je ne cause pas de « transmisogynie », comme le font plusieurs de mes camarades. Tout simplement parce que la misogynie et le masculinisme dans lesquels nous baignons et que nous reproduisons ne sont pas plus spécifiques que ne l’est, finalement, la transitude, ou la f-transitude. Une fois de plus, je crois qu’il nous faut, à regret j’en conviens, abandonner l’idée que nous avons, à ce jour, amené quoi que ce soit de neuf au guignol social-genré, ni que nous introduisions des éléments autres. Au mieux, si j’ose user ici de cette appréciation, nous en avons tiré les caractères un peu plus loin. Mais nous faisons tout notre possible pour éviter de manifester les remises en cause possibles. Pour oublier ce possible. Pour trouver place. Exister dans les catégories imposées. Intention tout à fait conséquente en elle-même, d'un point de vue utilitaire et de survie, sauf que ça ne marche pas pour nous, les éléphantes du genre. Et que ça marche d'ailleurs de moins en moins et pour de moins en moins de gentes au gré du rétrécissement de la portion rentable de ce monde.

 

Le concept de transmisogynie, avec son à-côté, comme l’ont tous les concepts de ce type, de regrettable erreur qui ne devrait pas avoir lieu dans le meilleur des mondes des genres, ou de l’économie d’échange, ou de la citoyenneté, etc. – nous laisse dans la rade où nous nous sommes un peu sabordées, et est tout à fait insuffisant à nous sortir de quoi que ce soit où nous sommes. Parce qu’il n’arrive pas à rejoindre une critique de fond, et par ailleurs ne parvient pas à se défaire de l’idée vague d’un nécessaire paradis des identités, où elles seraient toutes égales, toutes part d’un grand gâteau gourmand winner-winner qui grandirait sans cesse par quelque magie. Bref parce qu’il ne parvient pas à se dire franchement que la hiérarchie m/f, valorisé dévalorisée, n’est peut-être pas dépassable en l’état, se maintient dans les utopies redistributives. Et qu’il faudrait alors nous débarrasser du m. Bref que le principe même d’un monde de valeur, c’est que tout ne se vaut pas, tout en étant emprisonné dans la même cage d’évaluation. L’exigence d’équivalence, indexée sur une tierce faussement neutre, entraîne l’inégalisation.

 

Dans les faits, cela crée entre autres notre aversion réciproque les unes pour les autres, avec les plus miteux prétextes, style que telle ne pense ou ne dit ou ne fait précisément pareil que ce qu’il est attendu (et par qui, quoi ?) qu’elle doive – mais les cis et les m-t’s après lesquelles nous courons, singulièrement, peuvent se permettre les plus grandes fantaisies, sans parler évidemment du pouvoir discrétionnaire de reconnaissance dont elles usent à notre égard, nous n’y trouvons rien à redire. Au contraire, nous nous transformons, incluons des éléments misogynes, rigolons grassement – oh oh oh – de nos propres caractères (il paraît que quand c’est nous qui nous humilions c’est subversif…), nous alignons bref autant que possible, en externe ou en interne, sur ce qui est un des aspects du sujet social contemporain (qui est de se placer aussi près que possible d’un idéal aujourd’hui masculin, blanc, producteur de valeur, consommateur de plaisir - ou l'inverse - intégré, complémentaire, souverain, efficace, etc…), afin de leur plaire – et à notre propre fantôme social, lequel chuchote dans notre dos ! Alors tu parles, z’auraient bien tort de se gêner. Ce en quoi nous nous comportons totalement, identiquement, il importe de le resouligner, comme la plus grande partie des nanas bio – soumission self-hate ou compétition pour l’incarnation des formes m, l’une n’étant pas exclusive de l’autre. Hétérolande, meclande et biolande sont partout, de même que la valeur et de l’identité, et toutes les réalisons avec émulation ; et nous nous mettons très profondément le doigt dans l’œil lorsque nous nous imaginons, essentialisme de statut aidant, que nos contorsions trans changent quoi que ce soit au schéma, dans la mesure où tout, et toutes, sommes tournées vers un impératif unique, débité en portions diversement colorées et fourbies.

 

Je dirais au contraire que si il apparaissait, bien malgré nous, quelque chose de spécifiquement trans, ou transse, nous serions bien embêtées avec, et ne saurions qu’en faire. Á ce jour, rien n’est apparu dans notre sillage qui tranche avec les caractéristiques majeures du présent ; ni le jeu d’un genre toujours binaire et hiérarchisé, même au détail, ni l’intégrationnisme aux formes « neutres » de la féroce nécessité (et l’ahurissement toujours aussi naïf que oh zut, ça marche pas et ça tue !), ni même la dépendance au médical. Ou si c’est apparu, hé bien aucune d’entre nous, moi y compris, ne l’a perçu.

 

Mais voilà. Ici, je ne peux que reconnaître que j’entre dans le parti pris, et que je le prends sans vergogne aucune. Non, je ne crois pas que le sujet social soit pluriel, qu’il y en ait autant que de statuts dans l’échelle du pouvoir et de l’appropriation. Et non, je ne crois pas, en conséquence, que ces statuts sociaux changent quoi que ce soit à l’usage des formes sociales ni à leur ordre. Ce sont elles, par jeu de retour fétiche, qui s’autonomisent à travers notre enthousiasme ou notre résignation, et gagnent à chaque fois quand nous pensons les utiliser, si subversivement soit-ce. Elles tendent vers la réalisation d’un seul idéal, appropriateur, valorisateur, productif, masculin. La concurrence pour s’en approprier les éléments, les revenus et les manettes n’est pas de l’opposition, ni de la désertion. Et je crains que les conséquences n’en aillent toujours, là encore à notre stupéfaction indignée à chaque tentative, dans le même sens, et nous retombent sur la gueule avec constance.

 

Le cynisme appropriateur, faussement fataliste, qui caractérise in fine tout l’ordre cannibale de la gestion, est une puissante forme motrice de cette répétition. Nous sommes hypnotisées par la (peut-être prétendue) nécessité de distribution et d’attribution de tout ce qui est identifiable, consommable, finalement échangeable. Cette forme structure, meut, crée peut-être même économie, justice, identité, relation, bref tous nos gimmicks favoris, nos royaumes de dieu que nous espérons voir descendre un jour sur terre, alors qu’il est vraisemblable que nous pataugeons dedans depuis des temps immémoriaux. Pataugeons même est souvent de trop : nous sommes les créatures, indéfiniment ajournées et désespérées, de cet humus social. Il faut toujours pouvoir dire qui est quoi, quoi est à qui, qui a fait quoi, non pas tant même pour le savoir que pour débiter-créditer nos comptes-fantômes, imputer nos souffrances, monnayer nos joies. Là encore, il est probable que les conséquences sont plus celles de le perfection que de l’imperfection de ces immenses moyens. Et du rêve « gagnant-gagnant », toujours plus, qui a fini par en issir comme revendication ouverte. Mais ce darwinisme social aboutit de fait à notre extermination autogérée, notamment celle des plus faibles – catégorie toujours abondée par cette logique qui fait choir de nouvelles personnes et de nouveaux groupes en deça de la valorisation. Enfin, que ces tropes « accompagnent », immémorialement aussi et toujours se renouvelant, l’hégémonie de la valorisation des formes assignées masculines que l’on peut nommer aussi patriarcat, ou viriarcat, n’a probablement rien de fortuit, et présente au contraire les caractères d’une totalité systémique.

 

Cela fait longtemps aussi que j’ai pu voir, ou apprendre d’autres, les limites du séparatisme. Celui-ci ne participerait d’un déraillement que si, au-delà des retrouvailles, il incluait une volonté critique radicale de ces fondamentaux que toutes les citoyennes ou candidates à se disputent, lesquels forment à mon avis un cercle qui se mord la queue, depuis le naturalisme rampant jusques à la modernité cyberphile. Tout seul, il ne nous empêche pas de reproduire et de décalquer fidèlement les impératifs que nous suspendons au dessus de nous. Je ne crois pas du tout à la vertu de l’oppression, de quelque côté qu’on la prenne, pour créer par quelque magie socio-mécanique de l’émancipation ou de la lucidité. Non plus que la minorisation entraîne par elle-même une opposition au logiques qui l’imposent. Notre espèce de fascination pour les capacités des pires ne nous a menées à ce jour nulle part qu’au fond de la tranchée que l’ordre discriminatoire et brutal continue à tracer. La surenchère dans la dureté, sous prétexte de nous empowerer et de nous blinder, nous conduit en fait à prendre en charge nous-mêmes notre sélection et notre destruction, en fonction d’un prétendu réel « naturellement » ou « inévitablement » punitif qui recouvre en fait l’intériorisation des règles d’évaluation de plus en plus étroites de l’ordre économique et politique. Séparations, pourquoi pas ? mais à condition de reconsidérer d’emblée à la racine comment nous entendons la, les vivre, que je crois bien plus décisif que les pourquoi dont on ne manque jamais pour couvrir ce comment monolithique. Et conséquemment : séparations de quoi et de qui ?

 

Je crois plutôt que l’affaire serait de nous faire vivre un peu – ce qui n’a rien de si simple -  et de cesser de courir, de concourir après la réalisation d’une ou de plusieurs formes unificatrices qui nous rendraient enfin humaines et heureuses. Tu parles ! Cette course même semble plutôt produire en masse brutalité, inégalité, rapports de pouvoir et de privation. Et la cohue dans le décrochez moi ça des buts et des objectivations empêche peut-être de voir que ce sont les moyens dont nous croyons user, et qui usent de nous, qui sont déterminants de notre malheur. Il se peut que nous n’obtenions, de nous-mêmes à commencer, que l’identique, si nous ne tentons pas un examen de ce qui nous semble aller de soi. De même que peut-être une sorte de déflation ou de perçage de la masse de l’identique revendiquée. Enfin d’une défiance envers attirances et désirs, qui peuvent constituer la nourriture d’un dispositif de renaturalisation permanente des structures de l’ordre par lequel nous nous esquintons.

Ce pourrait en venir à une analyse critique et active de fond, pas d’aménagement ou de rattrapage, de la partition attributive misogyne/masculine de tout ce qui constitue ce monde. Et pas d’un point de vue de rattrapage, cela voudrait dire ne pas céder à l’hypothèse complémentariste, nécessitaire, intersectionnelle, qui croit à la possibilité de s’en sortir en gardant toute la drouille redistribuée, mais prendre parti résolument pour les formes dévalorisées, les formes f, afin de tenter un basculement qui ne nous envoie pas une fois de plus dans la reproduction, conséquemment œuvrer à un dépérissement de ce qui fait consensus sans discussion, qui évide, qui se pose en "neutre", en "réel", en invariant et en nécessité, bref des formes m, et de la fascination que nous entretenons envers elles. Cesser de les suivre, de les coller, de se les récup’, de les désirer. Rompre par le même mouvement avec toute adhésion/valorisation, afin de ne pas refermer la cage – il ne s’agit pas de mettre autre chose à la place, mais de détruire cette place que nous remblayons sans cesse, et depuis laquelle la domination nous tombe dessus en pluie de plomb fondu.

 

En somme, nous lâcher un peu les nageoires, nous faire des vies un peu plus vivables, et nous farfouiller un tantinet le citron. Et créer les opportunités pour ça. Marre de s’émuler à jouer les gagnantes, en partant, en fait, toujours vaincues par les raisons de l’ordre des choses ! Nous n’avons pas les moyens de ce genre de résignation. Et il vaudrait mieux partir dans d’autres directions, que de s’échiner à se les imposer quand même. J’essaie d’en imaginer une, mais plus qu’y en aura, mieux ça sera. Au lieu de converger dans le ressentiment, la concurrence pénurique et les coups de surin, on pourrait diverger joyeusement en s’appréciant les unes les autres et en éclatant les injonctions intériorisées. « Que cent fleurs… », hein, bon, m’avez comprise… Á entendeuses, échappées !

 

 


 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:24

 

 

« Sisterhood is really powerful. It kills - sisters. »

TG Atkinson

 

 

La solidarité entre les cisses – ou la pesanteur sociale qui leur en tient lieu – tue les transses, c’est répétitivement avéré. De même que la solidarité des intégrationnaires extermine les divergentes. Mais comme est vérifié que la solidarité tout court, dans la perspective hégémonique d’appropriation où nous nous entassons, reste un acte syndical de qui a des acquis à défendre, de quoi investir dans la croyance envers les formes, buts, pratiques sociales à réaliser. Et défendre des acquis, ce n’est jamais que contre les grands méchants, c’est aussi contre la lumpen tourbe de qui ne les a pas, ne les peut avoir, pourrait en mésuser ou, pire, caguer dedans, de toute façon est de trop et fait chavirer la barque. Laquelle, comme nous le savons depuis longtemps, est toujours pleine (mais un peu élastique lorsque se présente un capital inespéré ou une compétence conséquente). Le pragmatisme, c'est-à-dire l’adhésion aux conditions en vigueur admises comme nécessités, amène toujours à des attitudes faussement fatalistes, stigmatisantes, de droite quoi.

 

Nous savons très bien que la violence sociale de ces « nécessités », le chantage à la reconnaissance, l’illégitimation récurrente rendent la solidarité inabordable à qui loge au large fond des cuves. La solidarité, c’est pour qui porte, représente de quoi négocier. La solidarité, c’est un bouclier de la brutalité et de l’utilitarisme du social basé sur l’échange des biens et des valeurs. La solidarité est une de ces formes sociales « neutres », « outil », « accessibles à toutes » (comme l’argent, la citoyenneté, etc.) qui a déjà toujours d’abord déterminé qui et que sera la toute en question. Auto-arnaque, comme d’hab : quand il y a « tout le monde », il y a une foule d’autres, qui ne peuvent finalement qu’être personne, selon ces formes magiques et modernes qui devaient nous libérer de toute servitude particulière. La solidarité évalue, trie, tue. Elle est, en pool avec ses concurrentes, une grande productrice dialectique d’isolement, de privatisation, de néantisation. Elle en a besoin, comme toutes les grandes formes abstractives, pour exister.

 

Enfin, en ce qui nous concerne plus précisément, c’est aussi l’illusion d’une continuité trans, ce leurre coloré dont on ne sait plus très bien qui ne l’agite pas, de nous ou d’autrui, et qui nous empêche, les transses, de nous trouver. La communauté trans est une sale blague, comme toutes les communautés. Déjà, il y a les nanties, les consommables, les utilisables, les acquiesçantes, devant le regard scrutateur de l'évaluation hégémonique, et les autres. Ainsi que partout. Et par ailleurs nous nous engenrons, sexualisons activement, joyeusement, ni plus ni moins que les bio et somme toute sur les mêmes assignations des formes sociales, les mêmes clivages valorisé/dévalorisée. Avec de semblables conséquences. Et avec les mêmes impasses. Même en faisant mine de jouer avec le rubik’s cube des formes d’identification. Ce n’est pas demain que nous poserons nos matelas sur la tombe bien tassée du sexe-genre. Si même cela peut arriver, ce que rien ne nous garantit encore – mais arrivera ce que nous aurons l’audace de faire et de défaire. Il n’y a pour le moment que le présent, brutal et injonctoire, qui se garantit. Et les solidarités, les prétendues qui égarent, isolent ; les réelles, qui se blindent derrière cette assurance. F-tpglande peut ainsi investir, indistinctement dans la communion sociale convergente autour de l'inévitable, du nécessaire, anonymement au besoin, par un pack rentabilité, dans la mort de transses surnuméraires, malformées, activité parmi tant d'autres. 

 

Pour les dévalorisées, de plus en plus nombreuses, ne pas mourir supposerait de faire voler en éclat les arnaques liées à la valorisation, et à un inclusivisme de façade qui cache une sélection systémique et féroce, précisément en fonction de ce que valent les gentes pour l’auto-entretènement en l’état du milieu, aussi ses intérêts dans le grand marché existentiel.

 

Je ne parle évidemment même pas de la fausse alternative charitable "gestion de population" - accueil, épouillage, gamelle, bienveillance et surveillance. Ce que nous voulons mettre en place, c'est finalement quelque chose d'aussi ringard que de nous faire égales, en réalité et en actes. 

 

Mais pouvez vous me dire aussi ce qu’on faisait là, posées comme des fleurs au beau milieu de l’autoroute durable, efficace et solidaire ? Sprotch quoi !

 

Et quand aurons nous, les unes avec les autres, ou les unes contre les autres, le sursaut de lucidité et d’audace qui nous fera jeter à bas les formes cannibales aux dénominations incritiquées en lesquelles nous avons mis notre confiance, comme les grenouilles envers pépé héron, et en fonction desquelles nous nous entr’évaluons, sélectionnons, éliminons avec tout plein de bonnes raisons ?

 

Joyeux noël donc en famille ! Loquedues comprises, mais à leur place, bien entendu, cette place nécessaire et raisonnable qui s'impose à travers nos pratiques et nos ressentis ; dehors.

 

 

 

 


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 11:48

 

 

Queud’ch, ma vieille, queu’ch ! Nous ne sommes rien, pas même d’opposées, de négatives, encore moins les déchirures dans la réalité imposée, punitive, que nous avons à la fois eu peur et dédaigné de faire. (Trop vertes et bonnes pour les..., ben voyons !) Pas la peine de nous la jouer étantes, anti-étantes ni même candidates à ; nous ne portons aucune valeur sociale. Ontologramme plat. Zéro-moins immanence. Ce que nous portons, de fort mauvais gré et en essayant de faire semblant de pas, c’est une flopée de questions que personne n’envie d’avoir à mouliner ; mais cela à commencer – ou à finir – par nous-mêmes, qui évitons soigneusement de les épeler, et ne voyons pas même d’un bon œil qu’on en puisse manifester l’intention. Nous avons ainsi finalement consenti, même si de biais, au désir d’anéantissement qui se concentre sur nous.

 

 

Ça c’est de la convergence où je m’y connais pas.

 

Par conséquent nous sommes rien et moins que ; que des destins anecdotiques, ininsérables, pourris quoi.

 

 


 

 


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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 14:13

 

 

 

Zog nit keynmol az du gayst dem letzten veg…

 

                                           

 

J'ai beau rester absolument opposée à toute politique du pire, je trouve cependant que si vous assumiez nettement ce qu’on aurait volontiers tendance, si l'on passe outre votre déni premièrement dégainé sur ce sujet, à nommer euphémiquement votre malaise, mais aussi votre impensé, c'est-à-dire enfin pour causer net votre participation au mépris et à la haine envers les femmes trans – et peut-être, pensez y, envers tout ce qui ne tend pas vers le réapproprié du masculin -  hé ben, je ne veux pas dire qu’en soi ce sera merveilleux, mais au moins on ne se verra peut-être plus charcler dans vos accueillants vestibules de glu prétendument solidaritaire fourrée à la lame de rasoir – valide jusqu’au soutien réel exclusivement et conséquemment menteuse autant que mutilante.

 

Ouais, ça ne changera que ça, mais comme je l’ai déjà écrit une ou deux fois, si cela nous ouvre d’emblée toute grande la trappe de la chute dans le vide que nous faisons de toute façon tôt ou tard, au moins nous y partirons à peu près entières, sans avoir été mutilées et avoir perdu des années, des grands pans de nous-mêmes, dans la lâcheté malveillante dont vous nous faites payer principal et intérêt, puisqu’il s’agit de ça : vous n’osez pas vous avouer votre aversion profonde. C’est même pour cela que vous avez inventé « les trans », ces créatures pratiques, uniques, équivalentes, ces concentrés d’identité – abstraction réalisée d’une normalité lisse, raide, pratique qu’à patriarcalande qui veut compter est invité à incarner ou à désirer ; normalité que les nanas, ces éléphantes du genre, alourdissent et déshonorent.

 

Et nous, f-t’s, bonnes poires bien blettes, on a eu la veulerie de vous croire, que vous saviez bien ce qu’on était (puisque dans ce monde la question c’est d’être il paraît) ; intéressées évidemment puisque nous courions après la, votre, reconnaissance. Poires, sans doute, de la farce, mais mouillées jusques au cheveux dans son déroulement. Trop facile et mensonge, là aussi, que de se la jouer victimes innocentes. On voulait la même galette, l’inclusion dans le même ordre, en essayant de ne pas savoir que cet ordre suppose la dévoration hiérarchique.

 

Nouzautes pareillement répugnons donc à assumer que, si nous voulions autre, eh bien nous nous sommes vautrées, fourvoyées, censurées même ; et que si franchement nous voulions même, comme nous avons tout fait pour nous y joindre, il serait temps de l’admettre dans toute sa conséquence, et ne plus nous la jouer au miteux arc en ciel fluo, mais gris souris, vert bouteille, rose fuchsia, au mieux. Ou encore plus tristement bleu blanc rouge, avec nos consœurs « retours aux fondamentaux ». Elles nous haïssent ? Et nous, au fond, avons-nous eu autre chose que peur, mépris, haine pour ce que nous aurions pu, au moins tenter, et dont nous nous sommes bien gardées afin de nous tourner plus vite vers le sec buffet des confirmations ?

 

Vous trouvez bien opportun, avantageusement calculé de participer, envers nous, à la haine et au mépris masculinotropes, selon les préceptes du darwinisme social, utilitaire, du moindre mal et de sa distribution avisée, dont vous faites grand cas ; vous n’avez même pas à vous y investir beaucoup : il suffit de laisser agir vos collègues de circonstance, et finalement la fatalité soi-disant humaine. Nous n’avons pas eu la volonté, encore moins la légitimité, c'est-à-dire crûment la puissance, de nous y opposer ; ce qui fait qu’on n’aura plus, étant mortes, à se poser la question de si on pleure tout de même ou pas quand vous y passerez à votre tour, qui a toutes les chances d’être celui d’après. Comme on disait quelque part autrefois : « Crève aujourd’hui, moi c’est pour demain ». On aura alors toutes l’air c….es, les unes comme les autres ; pas grand’chose de plus stupide que de gérer l’ordre de nos assassinats, d’en décharger ce faisant les tueurs, en leur évitant la constitution de bouchons, lieux de possibles mécontentements.

 

 


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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 10:37

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/07/une-expertise-sur-l-acces-a-l-avortement-embarrasse-le-gouvernement_3509822_3224.html

Beh wais, je trouve même un peu effrayant qu'après des années de statut quo, où tout le monde a fait semblant d'oublier que les lois sur l'accès conditionnel à l'avortement, en france comme ailleurs, ne l'ont jamais entièrement dépénalisé, et en ont toujours fait un acte scabreux, ce soit la mère Bousquet, qui jusques à présent s’était signalée comme hostile à la dispo de soi-même, et le reste par ailleurs (putes, trans…) qui aujourd'hui propose de bien timides certes rognures aux fameux délais (hors desquels vous êtes délinquante ou criminelle, selon l'achèvement de l'alien) – via la suppression de l’hypocrite « délai de réflexion » qui servait juste à faire sortir un peu plus de nanas des clous temporels légaux en les culpabilisant, un allègement de la médicalisation, ou peut-être enfin une réécriture du tristement fameux préambule pro-vie des lois successives, qui en a toujours fait des lois de tolérance et de dérogation.

Ah je lui en fais aucun crédit. On en a tellement consenti, avalé, subi, que c'est pas glorieux ni pour elle ou sa fameuse commission, qui vient de donner aval avec joie à la clandestinisation renforcée des putes, ni pour nous toutes, qu'on en soit à devoir reconnaître que la situation est tellement pourrie qu'on est obligées de voir là, eh oui, une avancée, un peu comme un minimum social qu'on nous rallongerait quelque peu, quoi.

Mais notre gouvernement va mettre bon ordre à tout ça. La répression galope, mais la dispo de soi, attention, ça ne va pas plaire à la volonté populaire, qui ne sait plus ces jours ci quel retour à l'ordre, aux bonnes vieilles valeurs réellistes, patriarcales, morales réclamer tellement elle s'en redécouvre ; Rousseau is back ; placard donc, la ministre l'a dit d'emblée !

 

Ca en dit long, à mon sens, sur la résignation et l'autocensure où nous nous sommes cantonnées, à bien des égards et des sujets, en croyant bien vainement que de nous montrer "raisonnables" nous protègera en quoi que ce soit du raz de marée réac qui a déjà commencé à nous recouvrir, nous étouffer, nous assassiner. Sans parler de nos camarades qui ont déjà tendu la paluche, quand ce ne sont pas les deux, au parti de l’ordre, et à ses fondamentaux. Non seulement ne pas se refuser, mais se livrer, dans l’espoir évidemment toujousr déçu de « sauver quelque chose » ; vieille recette historique pour tout perdre, toutes y passer, à la fin, fin qui risque d’être plus proche de nous que nous n’affectons d’y croire.

 

 

 

Ci-dessous, un déjà vieux texte, que je n’ai jamais achevé, à ce genre de sujet. Rien de neuf ; mais qu’il y a-t-il de neuf dans nos vies, sinon de nouvelles barrières, internes et externes ?

 

 

Avortement tardif

 


« After Tiller (« Après Tiller ») dresse les portraits des quatre « irréductibles » qui continuent à pratiquer les IVG pendant les 3 derniers mois de grossesse – mais pas seulement sur des bébés présentant des malformations, loin s’en faut – après l’assassinat de George Tiller, pionnier des « IVG » sur des bébés viables, abattu en 2009 par un désaxé. Outre les menaces de mort, « il y a des barrières institutionnelles », déclare à l’AFP le Dr Susan Robinson, peu après la présentation du film à Park City, Utah, où le festival se tient jusqu’au 27 janvier.

C’est « une profession très stigmatisée. Les autres docteurs vous regardent de haut et vous considèrent comme des moins que rien », dit-elle. Susan Robinson travaillait avec le Dr Tiller et s’est installée à Albuquerque (Nouveau-Mexique) après sa mort, avec une autre collègue, le Dr Shelley Sella. Les médecins LeRoy Carhart et Warren Hern complètent le quatuor. Le premier exerce aujourd’hui dans le Maryland, après avoir été chassé du Nebraska et de l’Iowa, et le second a sa clinique dans le Colorado. Tous deux, comme le Dr Robinson, auraient l’âge de prendre leur retraite, mais aucun ne l’envisage.

Le Dr Robinson estime faire un travail de « compassion » qu’elle exerce en s’en remettant le plus souvent au jugement des femmes elles-mêmes. « Si une femme vient me voir, et particulièrement si elle a fait le chemin depuis le Canada, la Californie, la Louisiane ou la France, c’est parce qu’elle ressent vraiment le besoin d’avorter. Elle ne vient pas parce qu’elle a vu la clinique sur le chemin du supermarché. Je ne suis pas en position de juger mieux qu’elles. Car elles connaissent leur vie mieux que moi », assure-t-elle. »

 

Où peut-on lire ce compte-rendu d’un documentaire sur l’avortement dit tardif (mais pré-partum tout de même) ? Sur un site d’assoce féministe ? Vous n’y êtes pas. Pas du tout. C’est sur celui d’une dénommée Jeanne Smits, cathote intégriste, grande pourfendeuse de toute liberté des nanas envers elles-mêmes, pro vie féroce. Je vous fais évidemment grâce de ses conclusions. C’est le seul site francophone où j’aie lu causer de ce film. Faut le faire et ça dit où nous en sommes...


Je constate, je vous l’ai déjà souvent souvent dit, qu’aucune assoce, en france, ne demande plus la dépénalisation réelle et totale de l’avortement. Le compromis de 75, quelque peu toiletté, et qui ne recouvrait absolument pas l’exigence des nanas de l’époque (je ne parle pas ici des représentantes qui ne sont justement là que pour échanger des parts de l’autonomie des autres contre du pouvoir pour elles, ce qui est un des aspects appétissants du système représentatif), est devenu l’horizon indépassable. Moyennant quoi, on doit bien souvent garder l’alien (les commissions d’img étant assez restrictives), où si on a les moyens, ou les compétences, aller le faire vider ailleurs ou le vider soi-même, ou avec des camarades. Ce dernier cas expose à la répression s’il est porté à la connaissance des autorités.


On ne cause donc pas de ce qu’on appelle à la louche les « hors-délai ». C’est devenu un des nombreux tabous ordinaires de notre époque. On nous le dit, on nous l’affirme, l’avortement déjà c’est mal. Les mêmes qui nous disent ça, et qui ne sont pas que chez les anti mais aussi au gouvernement (Marisol Touraine encore il y a peu, Nisand aussi ce jours ci et autres hippocrates qui savent ce qu’est bon pour nous, les bourriques), d’ailleurs, ne disent pas non plus que l’hétérosexualisme, et la sexualité en général, pourraient bien peut-être se révéler une forme de mise en dépendance sociale particulièrement efficace et sournoise. La contraception, surtout orale, c’est bien, on fait pas chier, on fait tourner les labos on est disponibles 24/24 pour pépé – et gratuitement, ça c’est primordial et tout le monde, des féministes aux cathos, vous le dira - on s’empoisonne enfin lentement mais de toute façon, vue la vie qu’on mène, une tumeur n’arrivera pas à retrouver les causes précises de ses métastases dans le cancer qui fera la course avec la dégénérescence neurologique pour nous livrer au cabinet de thanatopractie, le dernier endroit où on fait la queue pour être reconnues comme tout l’monde, et où on va nous faire belles (euh…) histoire de tirer encore quelques thunes de nos vies misérables et confisquées. Rideau.


L’avortement, par contre, surtout tardif, c’est mal. C’est mal de se débarrasser des aliens et de garder une possibilité de vie à soi. On ne cause désormais que de « droit de l’enfant à… ». Ne croyez pas un instant que ce droit recouvre une réelle émancipation des mômes déjà nés. Plus que jamais on est bien décidé à les surveiller de près, ces fauteurs de trouble, et à les claquemurer en famille, en institution, à l’école, en prison pour mineurs. Nan, quand on parle de droit c’est toujours de l’enfant « à naître », où de son « origine ». Ainsi on a eu l’inscription des avortons. Le projet de loi sur la famille semble très soucieux de préserver le « droit à connaître ses origines ». En clair, puisque pépé trempe sa nouille et s’envole, la fin de l’accouchement sous X et le risque à vie, pour les nanas, d’être alpaguées par leurs aliens. C’est marrant, à chaque avancée sociétale, mixte évidemment puisque parité dans l’assujettissement oblige, les nanas se retrouvent à payer les faux frais, se voient rognée ce qui leur restait de liberté.


Gageons donc qu’un de ces jours, pour financer moralement une autre avancée sociétale, on redécouvrira subitement l’incroyablement novateur droit de l’enfant à naître, ce qui permettra de revenir sur les maigres délais et autorisations d’avorter avec la meilleure des consciences progressistes.


Règle : les nanas paient toujours pour tout le monde, les lesbiennes pour les hétéra. Je dirais bien les trans pour les bio mais on vaut tellement peu… Que pourrait-on payer avec nous à présent ? Mais patience, quand on nous aura dévolu quelques droits, fantômes d'autonomies jamais osées et d'emblée confisquées, il sera toujours alors temps de nous les reprendre selon ce schéma.


Notre impayable NVB n’hésitait pas à menacer l’autre jour de sanctions les gynécos qui aideraient des nanas à aller se faire inséminer à l’étranger. Á quand d’ailleurs le pistage des mères sans père ? Á quand celui de celles qui vont avorter dans des pays aux délais plus longs ? Á quand la réalisation modernisée de la caricature de 72 : une flique, une toubib, une assistante sociale et une juge d’application des peines derrière chaque nana susceptible de pouvoir engendrer, donc de mésuser de son cul, de ses entrailles et de ce qui s’y accroche ? C’est de très vieille notoriété, médiévale, antique : les nanas font toujours ce qu’y faut pas, pour elles et surtout pour la tranquillité de pépé. Il importe donc de les surveiller étroitement – et quoi de mieux pour cela que d’autres nanas (comme ça on neutralise, on intègre une partie notable du coût, humain notamment) ? Les pensionnats carcéraux de jeunes filles dévergondées ont bien toujours été tenus par des moniales.


La haine de l’avortement, c’est aussi la haine des femmes qui vivent pour elles, et du féminin en général.

 

Ni mec, ni enfant, ni emploi !

 

 


 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 18:09

 

R'gad moi bien

Pasqueud'main

Cherai changée en peau d'lapin !

 

 

murène 3

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 09:49

 

 

Vous l’aviez peut-être deviné, j’ai pus envie, je suis sèche comme une vieille poire tapée tombée derrière le guéridon il y a deux générations. Pus envie de réagir, pus envie de commenter, pus envie de proposer des thèses et des échappées. Grève. Je pense depuis longtemps qu’il faut en arriver à faire grève, et grève sans revendications ni fin de grève, des naturalités que nous avons toujours la faiblesse de reprendre : relationner, s’agiter, engendrer, élever, chercher, couiner…

 

Mais ‘oilà, vous savez vous-mêmes, avec ce qu’on est et ce qu’on est pas, nouzautes, quand en a pus, qu’on croit, eeeeh ben si, y en a encore.

 

J’ai pu voir, au cours des dernières années, mes petites camarades se laisser aller aux compromissions, aux mensonges et aux lâchetés qui vont avec, histoire de rester en bloc. J’ai vu la solidarité se tarifer en adhésion et en silences opportuns. J’ai pu sentir les effluves alcalines des convergences et de la surenchère dans le retour aux fondamentaux, la résignation pragmatique, la défense et l’illustration des re-naturalités, les réconciliations nationales, communautaires ou autres. Je peux voir aujourd’hui de vraies t’s de droite, décomplexées, se réapproprier tous les mépris et les impensés socio-politicards alors qu’elles sont elles mêmes à la porte du broyeur – je ne sais pas si elles s’illusionnent ou si elles se consolent.

 

Aussi, quand mes voisins, unanimes autant qu’exaltés, véritables caricatures de morts-vivants cinématesques, en viennent, au prétexte le plus miteux qu’on puisse imaginer (un prétexte est toujours miteux, aussi miteux que les vies que l’on prétend mener, cela dit) à m’agresser à domicile et à envahir mon gourbi, forçant la porte, traînant à leur suite une édile pro manif pour toutes afin de faire poids, je serais bien sûr tentée encore, bien vainement, de trouver une retraite provisoire d’interprétation dans la géosociologie, de comparer la néo-banlieue de sous-pref’ dont je vous parlai autrefois avec la péri-villlégiature pour essorés urbains où je me suis bien inconsidérément assignée à résidence. Et de supputer les dégâts entraînés sur la matière humaine. Mais non, je vois bien qu’il est trop tard pour se réfugier dans ces palinodies sérielles. Il n’y a plus de marge, nulle part ; la brutalisation sociale, la révolution réactionnaire moderne se sont étalées, sourdent de partout, stupides et malveillantes. Plus moyen d’y échapper. Plus un coin tranquille. La haine laborieuse est en tout lieu, en tout temps, au travail.

 

Évidemment, arrivées là, la raison instrumentale et la morale des choses susurrent que, hein, bon, alors, autant être aussi brutales, stupides et malveillantes, ce sera plus pratique. Eh bien non, je refuse. Je refuse de me plier à ce cynisme mou qui se laisse porter par la très sale vague.

 

Face à tous ces gens là, j’ai envie de clamer simplement que je suis, oui, ce qu’ils abhorrent, ce qui fissure obstinément leur baraque, fait tourner leur béton, une f-t’ hystérique, lesbienne, pute, féministe radicale, pour la destruction du sinistre monde qu’ils remblaient quotidiennement. Et que je n’userai jamais de leurs très misérables moyens – car les buts ne sont que des boîtes vides ; ce sont les moyens qui déterminent. Ne voulant ressembler en rien à ces crapules virilistes, de toute manière.

 

Et que même quand ils croiront nous avoir toutes tuées, qu’y en aura pus – eh ben y en aura encore !

 

 


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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:19

 

 

 

 

« Je suis un homme, pourquoi pas vous ? »

 

 

 

 

On cause de masculinités déviantes. Je suppose que c'est pour se découvir une opposition de plus dans la continuité. Dévier c’est une chose, mais on sait d’où l’on vient, ou bien où l’on va, et ce que l’on continue. Être pourrie c’est encore une autre affaire. Les masculinités peuvent être déviantes. La féminité, socialement, est pourrie, tout court et sans rien pouvoir.

 

Reste donc et déjà la question, laquelle me paraît inévitable sauf si on veut à tout prix l’éviter, de ce qui structure ce monde, de si on a envie ou pas de le renverser, ce monde, pour en essayer un autre – ou pas de monde du tout, ça serait peut-être aussi une issue, plus de totalité.

 

Je vais le dire tout cru : je crois que l’usage de la notion de déviance est surtout une opération qualitative qu’on fait subir à une notion structurelle de l'ordre en vigueur, de l’usage de laquelle on n’a pas vraiment envie de se priver, pasque zut, ça rapporte, de la relation, du plaisir, de l’espace ! Et que l’adjonction opportune du suffixe déviant, ô miracle de la science moderne, en fait quelque chose de tout à fait acceptable, de rebelle, et par ailleurs de réputé inoffensif ; le problème social en est réglé. Le social, pour mézigue, c’est le patriarcat.

 

Il faudra, dans quelques décennies, se pencher d’ailleurs sur le caractère masculin de la rébellion, de la lutte, du résistancialisme, du légitimisme profond qu’elles supposent – au nom de, la formule de base de l’aliénation. Mais ça c’est quand il y aura de nouveau un féminisme critique et audacieux. On n’y est pas.

 

Au reste, une masculinité n’est déclarée déviante, de fait et d’expé, que s’il s’y niche des morceaux de féminité, elle-même constituée en caricature. C’était déjà le cas il y a vingt ans à pédélande, ce l’est toujours an’hui à alternotranslande : le féminin qui est intégré dans les performances de genre finit toujours péjoratif et caricatural. Il ne peut en être autrement : le féminin est ce qui est hétéronome, marqué ; ce qui dépasse, c’est le féminin ; le masculin finit toujours très vite par réintégrer sa bonne vieille place au neutre, au pratique, comme on dit souvent. Et par ailleurs, cela illustre brutalement combien nos histoires de genre n’ont jamais réussi un instant à remettre en cause la bipartition du réel.

Ce que les masculinités, dans leur foisonnement, dévient, ce n’est pas elles-mêmes, c’est ce féminin qu’elles tordent comme une vieille panosse pour en exprimer l’exotisme nécessaire à une poursuite de la valorisation.

Tout à la réciproque, la féminité ne se rachète, toujours provisoirement, qu’en y incorporant des éléments de masculinité. C’est là je pense un des aboutissements du vautrage de la question dite de genre ; maintien des catégories, d’une part, également des hiérarchies ; cependant aussi, pour finir, ce qui devrait se poser en contradiction mais finalement fait suite à ce vautrage : en réalité et en pratique, personne, y compris en milieu féministe, n’y croit vraiment. Les m-t’s restent des femmes et les f-t’s des hommes, pas officiellement (ou pas trop explicitement) mais de fait et de compréhension effective. Les formes assignées masculines continuent à se voir réappropriées comme méthode de valorisation et de remplacement de formes assignées féminines toujours pouraves. En fin de compte, les idéologies de la transitude et de la queeritude ont pris exactement le même chemin que leurs prédécétrices, dont le proféminisme hétéro, par intégrationnisme autant que par opportunisme, ainsi que par manque de volonté critique. On était à straightlande et en plein patriarcat, et on y est toujours, voire un tantinet plus. Et zut ! On ne peut pas transformer la masculinité, ou plus précisément son rôle structurant d’un certain monde ; on ne peut que s’en débarrasser. Ou l’assumer, avec ses conséquences toujours identiques. Il n’y a pas de masculinité ou de masculinisme alternatives. D’ailleurs je crois que ça vaut mieux. Comme je l’écrivais il y a déjà un moment, autant ne pas chercher à remplacer ou à relooker les véroles. Nous n’arrivons déjà pas, les unes ni les autres, à nous dépêguer du masculinisme par défaut qui jaillit et rejaillit de partout, par notre pusillanimité et notre paralysie effrayée à critiquer et envoyer valdinguer les formes sociales « évidentes » et surtout patriarcales qui en découlent, pas la peine d’en rajouter à la grosse cuillère « alternative ».

 

La masculinité, ou ses formes « réappropriées », est et reste le sujet, d’où tout part et où tout aboutit, vers lequel tout appète (et réciproquement : ce qui est à mettre en cause ici, c’est le sujet) ; la féminité, c’est le paillasson intermédiaire, sur lequel on passe pour en venir et y aller, sur lequel on se décrotte et où on délasse ses fantasmes. La déviance, en tant que telle, comme la « subversion », a toujours été un moment de straightlande, l’endroit « autrement valorisé » qui huile la mécanique, comme l’assigné féminin fait tourner bénévolement la machine à produire, ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail. La masculinité, c’est le rapport d’appropriation, d’objectivation et de dichotomie. Quand on essaie de reprendre ce rapport, on nourrit la masculinité. Le sujet est masculin, c’est entendu ; mais dans cette logique tout et toutes tendent à ou essaient de devenir ce sujet par lequel les fonctionnements sociaux vont pouvoir transiter. Évidemment, comme dans toute société bien ordonnée, n’y en a pas pour tout le monde, loin de là – manquerait plus que ça ! Mais ça reste et doit rester l’objectif. Toutes et tout sujet – voilà l’impasse définitive. There is no alternative – qu’y disent !

 

La f’ité trans est pourrie, évidemment, superlativement. Déjà ça pue d’être une nana, mais alors de l’avoir choisi, on empeste et on ne peut se regarder dans aucune glace. En témoigne le vide et l’impossibilité totale que j’ai à peu près toujours constaté dans les rencontres t’s, dès qu’on était entre f-t’s. Encore, à deux ou trois, on se raconte des horreurs, passe. Mais dès que c’est formalisé c’est la panique : il n’y a rien de ce que nous réalisons qui nous paraisse en fait défendable. Je me rappelle même de réflexions du genre « je m’emmerde avec les nanas t’s, je ne suis bien qu’avec les transboys ». Le f nous fait horreur, comme à tout le social, seul me m est positif et rédempteur. Ce en quoi nous donnons parfaitement la réplique aux nanas bio, rompues par la misogynie intériorisée, et qui préfèrent la violence de leur copain à se retrouver entre femmes, parce qu’alors il faut confronter la négativité à peu près totale du f – et qu’il vaut encore mieux prendre des baffes. Le f est pourri et nous sommes les secondes, après bien sûr les m-t’s mais sur leurs talons, à nous tourner vers les formes et le domaine masculin, que ce soit comme objet de relation ou comme éléments d’identification de soi.

Notre dégoût de nous-mêmes, notre angoisse face à une négativité antisociale radicale que nous avons pourtant choisi (hé, tout de même, alors ?) tend malencontreusement la main, par-dessus les clivages politiques, à la haine structurelle du féminin et aux dénonciations « retour aux fondamentaux » de la « féminisation » (que j’aimerais bien voir, tiens !) de la société, alors bien entendu que celle-ci est en train au contraire de s’universaliser sur des valeurs et formes assignées masculines.

Il y a, il faut bien le dire, un mystère à notre existence, si l’on veut passer par-dessus l’explication simpliste d’un exotisme pervers : pourquoi devenons-nous femmes ? Réduire, de même, la question à une disposition innée ou à des choix exclusivement individuels, au sens isolant social du terme, outre les présupposés inquiétants (et déprimants) que cela draine – surtout la première – n’épuise rien. Je tiens qu’au mimimum, parmi les f-t’s, il y a une volonté radicale de combattre la norme masculinocentrée. Ce qui est remarquable, ce qui si j’ose dire nous visibilise, alors là, redoutablement, y compris à nous-mêmes, c’est que contrairement à l’ordre généralement supposé pour le rapport à des positions qui tranchent, nous l’avons fait, en succession logique je veux dire, souvent, avant même de le penser entièrement, qu’il a fallu que nous le fassions pour le penser tout à fait. Et que, chose qui pourrait sembler étonnante, c’est là que ça coince, et pas dans les contorsions sans fin qu’il nous faut éxécuter pour en arriver où nous sommes – en fait où nous ne sommes jamais, toujours à réaliser.

 

Les histoires de genre sont un ratage monumental, si toutefois on voulait renverser l’ordre de ce monde – et on était quelques unes à le vouloir. Au lieu de nous sortir des fatalités, elles nous y ont collées encore plus, et par-dessus le marché renforcé la valorisation, l’hégémonie des formes masculines du social et de l’identité. Démonstration, une fois de plus dans l’histoire des échecs révolutionnaires, que si on n’est pas nettes sur les buts, qu’on patouille à essayer de ne pas rompre radicalement avec d’où on vient, qu’on chèvre et choute – et laisse toujours bouffer le chou à la fin - les moyens mêmes qu’on y mettra se retourneront contre toute issue. Il ne suffisait pas de renommer trucs, boudins et comportements, et encore moins en ne faisant que jouer au rubik’s cube et repiocher dans des registres inchangés : c’est à ces registres mêmes, à leur existence injonctive, à leur rapport aux choses, aux fameuses choses qui nous dictent de l’intérieur, qu’il fallait sans doute s’attaquer. Nous nous en sommes bien gardées.

 

Les t’s sont dans les deux cas les positions les plus exposées : déviants à fond dans un cas, absolument pourries dans un autre. Ce qui, je crois, met fin à l’illusion, justement, d’une t’identité, solidarité ou quoi que ce soit de ce genre. Nous n’avons ni voulu ni su briser la dichotomie, nous l’avons juste fourrée partout, nous avons cru pouvoir en jouer ; on ne joue pas avec les éléments de la domination, ce sont eux qui nous jouent. La conséquence en est le renforcement, à travers nous, des logiques sexuées et hiérarchiques. Les f-t’s n’ont rien à faire avec les m-t’s. Les t’s comme identité « solidaire » sont une fiction de moins en moins soutenable, à mesure que la pratique se déroule. Dévier, c’est encore vouloir et avoir intérêt, possibilité de trouver place dans cet ordre de choses ; en être pourrie conduit, enfin en logique, à vouloir en sortir, et pour cela lui passer sur le corps. Á terme, c’est inconciliable. Je ne crois d’ailleurs pas un instant à une fatalité des identités et du matérialisme déterministe ; mais il faut être conséquents avec ce que l’on veut. Les buts conditionnent les moyens. Vouloir sortir par le chemin des masculinités d’un monde m se révèle contradictoire, et de fait ne marche pas : on ne peut pas doubler ce monde.

 

Par ailleurs, si on admet que le genre n’est à ce jour qu’une redistribution très marginale des formes sociales assignées sexuellement, et nullement une remise en cause de ces formes, je crois qu’il faut en finir avec le fantasme t’identitaire. Si il y a des t’s, ellils sont très, très peu, ce seraient des personnes quasiment pas genrées ou sexuées (et cela litière faite de la grande illusion « masculine-agenre », où comme par hasard presque tout le « neutre » est issu d’un masculin plus ou moins soft, avec quelques paillettes de féminin clairement excroissant). Il n’y a pas de t’s ; il y a des mecs trans et des nanas trans – à l’exception de quelques inclassables dont je ne suis pas, et qui n’ont pas demandé leur carte au guichet. Et, d’expé, je doute de plus en plus fortement que leurs places, leurs représentations, leurs projections et tutti quanti, à ces mecs et ces nanas que nous sommes, tiennent plus d’un T introuvable que de la sexualisation ordinaire, avec un peu d’exotisme – qui au reste ne nous est pas propre.

Nous avons continué, profondément, d’être les caricatures de caricature que l’on est en ce monde dès lors qu’on veut ou qu’on se laisser aller à ressembler à quelque chose – ces quelques choses pas si nombreuses et bien délimitées, qui courent les rues et qui sont les caricatures originelles dont nous dérivons, ou dévions.

Bref, je crois qu’il faut reconnaître qu’il n’y a pas, ou très peu, de « t » dans ce monde – en tant que forme sociale ou antisociale. Et qu’il faut cesser de nous cacher derrière le suffixe – c’est, hélas, le préfixe qui continue à prévaloir. Comme je dis toujours, si on voulait en sortir, c’est raté pour cette fois ; et si on voulait pas en sortir, mais y rentrer encore plus profond, ce dont j’ai de plus en plus l’impression, l’honnêteté intellectuelle de base consisterait à ne pas faire semblant de vouloir le contraire.

Hé non, contrairement à ce que voudraient encore croire des camarades, merci à elles de ne pas avoir oublié ce but, « notre vie » n’est pas révolutionnaire, non plus que nos identités (comment d’ailleurs une identité, cube dans le rubik’s, équivalence dans le système d’échange, pourrait elle l’être ?). C’est raté, radicalement raté. Pour cette fois et de cette manière. Mais c’était autant une option qu’une possibilité. Il aurait sans doute fallu le vouloir vraiment, et le vouloir conséquemment, sans victimisation ni opportunisme. Nous n’avons pas fait pire que beaucoup d’autres (suivez mon regard…), mais en cette époque, dans la situation où nous nous trouvons, le moins du pire est déjà une impasse soigneusement bétonnée. Et nous ne sommes pas dans cette impasse, nous sommes cette impasse, ou plutôt nous constituons désormais une partie de l’impasse générale.

 

Vous avez compris qu’il n’est pas question ici de protester, de revendiquer, de chercher une place dans la hiérarchie « qui c’est qu’est la plus opprimée », bref de continuer la moral-politique dans laquelle nous sommes embourbées depuis des décennies. Ce qui ne va pas, et nous met dedans, c’est l’illusion que ces formes, masculines donc, vont nous émanciper de quoi que ce soit. Elles ne font que donner de nouvelles couleurs à la barbarie qui prend ses marques, de manière de plus en plus insistante.

 

Ce qui me fait peur, c’est que, de mon point de vue, l’affaire est plus grave encore qu’un « simple » échec historique : nous sommes en train, en pleine panique intégrative, alors même que ce à quoi nous voulons nous intégrer part en miettes, devient impitoyable dans l’agonie, de nous agripper, de préempter les daubes les plus régressives ou conservatrices. D’espérer quoi que ce soit de la citoyenneté, du marché, du mariage, de la famille, de la religion ou de la masculinité (etc. – il faut craindre que tout la drouille naturalo-tradie soit remise au goût du jour, jusques à des trucs qu’on n’ose pas encore réimaginer), en essayant de les faire nôtres pour que ça passe en petites boulettes subjectivées et plurielles – multipliées quoi, est, en soi, carrément tragique.

 

Et puis, il faut bien commencer à le dire, hors de quelques phrases lancées dans des coins affinitaires : c’est aussi le mouvement féministe comme nous l’avions relancé autour de 95, qui se vautre dans ce qui est là aussi pire qu’un échec.

Pourtant, on avait eu, moi la première, quelqu’espoir au début, il semblait y avoir une volonté de séparation, de rupture radicale ; ça n’a pas tenu longtemps face au désir d’aménager l’ordre des gentes et des choses, sans le remettre en cause, de le faire tourner. De ne surtout rien perdre et rien laisser.

Pour n’avoir jamais voulu rompre, pour nous être résignées et y avoir, il faut bien le dire, pour certaines, trouvé notre compte, nous avons suivi la courbe de la socialisation et de son aménagement. Nous en sommes à prendre langue avec toutes les compromissions, tous les rackets, à leur décerner des vertus émancipatrices.

 

Le bon vieux but humaniste de libération des formes sociales reste à l’ordre du jour : que tout le monde soit homme (et sujet, et valeur, et peuple, etc.). C’est une option, celle de la perfection de ce monde ci. Comme je dis toujours ça se tient. Le tout est de savoir si c’est ça qu’on veut (apparemment oui), et si on en assume les conséquences (apparemment pas toujours ni aussi volontiers).

 

Il nous manque encore un défrichage fondamental sur la haine, le mépris, le dégoût et la peur du féminin, non seulement chez les réaques mais aussi dans tout l’imaginaire du mouvement révolutionnaire ; une critique par conséquent du réinvestissement sans fin dans les formes masculines – sexualisantes bien entendu, mais très au-delà et partout : politique, économie, travail…

 

Il nous manque aussi une vivisection sans oubli ni pardon des formes qui, chose étrange, ne se réalisent qu’entre les personnes qui portent valeur, et finissent toujours par détruire les autres : solidarité, lutte… Sans doute faudra-t’il que nous échappions à ces formes, et que nous inventions autre chose pour arriver à vivre et à nous trouver.

 

Les masculinités auront beau dévier tant qu’elles veulent, porter à gauche ou à droite, prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel, elles n’en resteront pas moins le sujet social, avec tout ce que cela suppose : dichotomie, objectivation, domination ; et la féminité, qui n’arrive jamais vraiment à être plurielle, l’anti-sujet, tout gris tout moche, tout pourri quoi. Et ce, jusqu’à ce que nous ayons renversé la société. Et que nous n’ayons, la déesse aidant, plus besoin de sujet social.

 

La réappropriation, c’est la perpétuation. Ça peut paraître étonnant que quelque chose d’aussi énorme ne nous apparaisse pas – mais peut-être l’explication est-elle du côté des vieilles chieuses : quelque part, bien caché sous nos protestations et nos indignations, nous avons des intérêts à ce que ce monde continue. Et la rhétorique alterno-révolote n’est là que pour nous repeindre le temps qui passe.

 

La masculinité déviante, c’est comme la sexualité sans contrainte ou le commerce équitable, c’est une arnaque. Et ça sert à perpétuer un monde basé sur les mêmes structures prétendues neutres, qui ne seraient « que ce qu’on en fait », naturalisées quoi.

 

Ce n’est même pas une question de gamètes ; c’est une question sociale. Valérie Solanas relevait justement qu’en patriarcat, un nombre considérable de nanas « sont des mecs », c'est-à-dire incarnent activement ou passivement les formes assignées masculines. Dans une anti-monde, une anti-société éclatée, déconcentrée par des formes f, peut-être serions nous toutes enfin des nanas. Ou encore mieux, qui sait. Mais plus des mecs ! On l’a assez été, on a assez cherché à l’être, à l’égaler, à l’intégrer, à quelque titre et de quelque position sociale que ce soit ; on l’a assez réalisé, à notre détriment permanent ; on en a assez bouffé, de la mequitude.

 

 

Pour une révolution antimasculine !

 

 


 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:52

 

Pareil. On liquide. Pas le moindre courage à terminer ces deux textes, qui font suite à Marteau ; et pour le premier à la misérable manif de mise en valeur de l’évènement qui s’en est suivie - céquifaut rien laisser perdre, pour négocier l’intégration et se sentir exister toud’même…

 

 

Les mène-le-deuil

 

 

Les cogérantes mènent le deuil.

Les fidèles, actrices de leur vie sociale, adhérentes au bien commun, les suivent.

Les vilaines qui ne veulent pas des bienfaits de ce monde sont cachées dans leurs trous. 

 

Autrefois on demandait de la pluie, ou de la bienveillance royale. Et puis des fois on demandait plus et c’était le soulèvement. Á présent on demande des droits. Et on ne se soulève plus, c’est mauvais pour le commerce et l’assurance-vie.

 

Il y a des endroits et des époques où un comico ou une adminstration incendiée ponctuait et ponctuera nos mortes. Ici et maintenant, ce sont des processions rogatoires derrière nos gardeuses d’oies à la badine mentale et politique, qui mènent le deuil ; et surtout le mènent vers la perfection de cette société, dont elles attendent bienfaits et places. Le pire étant qu'elles y croient autant que leurs ouailles. Et réciproquement. 

 

Et non, rien ne brûle, de ces tribunaux, administrations, hôpitaux dont pourtant nous nous plaignons si fort. Ce n’est même pas parce que nous ne sommes pas nombreuses ; dans bien des endroits nous le sommes bien plus qu’à l’époque de Stonewall à NY. Nan, c’est que nous avons peur de nous retrouver à poil. C’est que la justice, le droit, le statut et leur corrollaire, l’accès au sujet de cette société, l’argent, sont nos habits. Comme ceux d’à peu près tout le monde, coupés inégalement, bien sûr (sinon où serait le mérite ?) Habits aussi problématiques que ceux de l’empereur dans le conte. Habits qui ne nous sont propres, que nous ne maîtrisons en rien, qui nous sont octroyés et peuvent nous être retirés, à distance, selon la volonté et les intérêts de la domination. Mais être à poil, n’être que nous-mêmes, quoi, nous paraît un sort encore plus affreux, incertain. Mieux vaut nous promettre à la mort et rester vêtues – provisoirement, le dépouillement dans ce cas étant total, radical, déshabillées de nous-mêmes, de notre peau ! De notre peu que nous ne savons pas défendre, que nous ne savons que négocier, assez bas d’ailleurs. Il est vrai qu’on n’apprend rien d’autre dans les écoles de la république ou des autres religions.

 

Notre habit rêvé, c’est la bonté enfin révélée de ces institutions, c’est le roi enfin débarrassé de ses mauvais conseillers, c’est dieu enfin sur terre, et la distribution congrue en toute justice. Nous ne nous autorisons à espérer ni à vouloir rien d’autre, ce serait l’anarchie. Alors c’est sûr qu’on va pas y foutre le feu. Nan. On va processionner avec des gueules de quarante pieds de long, crier notre colère platonique (pléonasme, je pense), poster une lettre au culbuto en chef pour avoir une loi – loi qui va, bien sûr, mettre fin à la haine systémique du féminin dans un monde patriarcal, faire qu’on ne remarquera plus ni ne se moquera de nos fréquentes gueules de travers, enfin qu’on nous traitera avec tous égards. Et le plus triste, c’est qu’il y en a parmi nous qui ont fini par y croire, bien plus naïves en cela que beaucoup de nos prédécétrices. Et qui, le lendemain de cette possible loi, se réveilleront avec quelques critères d’évaluation de plus au derrière – mais attention, autogérés par les expertes de la communauté, ça change tout dans la dépossession de soi ! – et autant de mecs décidés à nous buter. Le jour où une loi, et tout le système répressif qui va avec, empêcheront un meurtre, et surtout un meurtre de normalisation sociale, je veux bien qu’on me réveille avant l’aurore pour y voir ! Pour tuer des nanas, et surtout des nanas trans, les gens sont prêts à crever, à se pendre même, on l’a vu récemment ! C’est un impératif trop catégorique. Céqui faut sauver le m-monde, viril, productif, sexualisé, de la pourriture et de la décomposaition féminine ; ce même monde pour la perfection duquel nous portons le deuil ! On n’échappera pas à ça avec des lois ; si on veut réellement en sortir, renverser les formes sociales masculines, et pour cela créer un rapport de force egt un autre rapport à nous.

 

Je l’ai déjà dit et écrit bien des fois, je ne porte pas le deuil. Et je ne clame pas de colère. Ce ne sont que des sauve l’honneur dans l’avalage de couleuvres. Rien’af de l’honneur.

 

Nous en sommes à rejouer, au milieu d’un monde structuré par la haine de ce que nous représentons, la triste mélodie du choix forcé de protec’s, état d’un côté, médics au milieu, gérantes de la transitude d’un autre. Á tous, nous sommes contraintes de céder nos vies en gros, nos morts au détail.

Á part nous soustraire, autant que possible, avec une vie plus pauvre mais plus libre, et ne nous fier en rien aux bio, non plus qu’à toutes celles qui nous veulent du bien, ce qui peut je pense nous sauver dans un nombre important de cas, je ne vois pas de direction à prendre, autre que la résignation à l’état de fait, assaisonnée de défilés indignés. En cela nous ressemblons tragiquement aux stigmatisées et aux exploitées de toujours. Il serait d’ailleurs temps de nous comprendre autant dans cette position historiquement quelque peu répétitive, pour ne pas dire universelle, que de porter sans fard là où ça biche plus spécifiquement : nous nous trouvons à rebours, les f-t’s, de l’ordre sexué et de son évolution, qui est censée aller vers les formes m, toujours et encore.

 

 

 

 

Notre mort nous-mêmes

 

 

Les loquedues « comme » mézigue, qui nous sommes faites, et là j’insiste, nous sommes faites parce qu’au bout d’un moment tu sais très bien ce qu’il en est, si tu persévères c'est en connaissance de cause - bananer, maltraiter, mépriser, et qui néanmoins continuent de sauver la boutique en la tenant 24/24 – pendant que les mieux placées sirotent des sodas au jardin – eh bien j’en ai, cette fois ci, radicalement marre de les plaindre. Elles crèvent ? Tant pis pour leur gueule. Elles savent. Moi aussi je crève, moi aussi j’ai tenu longtemps, trop longtemps, la boutique, même si à présent je les vomis. Mais bien fait, bien fait. J’y suis revenue trop longtemps, trop vieille, à ce vomi. Je le dis, passé trente, trente et quelques, ce n’est plus soutenable d’y revenir.

 

Et la manière dont nous avons, à l’occasion, maltraité à notre tour, quand les cheffes, les évidentes, les qui ne se discutent point, nous jetaient en proie la super loquedue, la pas bien, la perdue – eh bien je suis désolée, mais par là aussi nous avons précipité notre mort. Et cimenté la justification de notre tourment. Encore bien fait.

 

Je le dis aux autres loquedues, bio comme trans, qui s’agrippent au comptoir, ou qui ont trouvé le bonheur dans un canapé : si vous venez à crever, à crever de votre veulerie roublarde et craintive, des conséquences de votre confiance, de votre abandon, de vos consentements répétés, je ne verserai pas une larme, bien au contraire. Je ne crois pas à la politique du pire, je ne crois pas un instant que la mort au cul fait lever les fesses et radoube la pensée critique ; bien au contraire aussi. Mais là n’est pas la question. La question c’est que zut, on se fout encore plus de soi, du monde et de celles qui pourraient, auraient pu être ses camarades, quand on fait partie des quart-de-solde, et qu’on y reste que quand on fait partie de celles qui prospèrent. Et que la patience, ça va bien un moment : ça n’a jamais rien donné non plus, côté émancipation et bouleversements.

 

Nous sommes, par là, les principales responsables de notre mort, et de notre mort très sale, très basse, très rampante, la confession et la profession de foi sur les lèvres, ne pas mourir hérétiques, hé !

 

Nous nous cuisinons nous-mêmes pour devenir comestibles. Hé bien tant pis, et bien fait. Je le dis franchement, je ne lèverai plus une phalange pour contribuer à ce genre d’intégration, et je ne verserai pas une larme quand crèveront les indispensables, majoritaires perdantes de cette misérable loterie à la normalité. Pas plus, d’ailleurs, qu’elles n’auront fait montre de la moindre solidarité avec les loquedues et inabordables comme moi et d’autres.

 

Je dois le dire, nettement ; quand je lis, entends le déluge monotone d’espérance plate et de consentement pourri, de celles « qui sont devenues de vraies femmes » - et ne sont donc plus des trans puantes et inachevées - à celles qui font la queue devant les divers guichets de la reconnaissance de nos zidentités par les institutions de ce monde, depuis la justice jusques à l’amour, je me dis, en voyant déjà comme la plupart d’entre nous finiront, l’illusion passée, poursuivies dans les rues, leur sésame légal et évidemment inefficace en poche ou à la main, rejetées, isolées, malades, devenues inutiles à leurs protectrices bio exotisantes, eh bien oui je me dis, ce sera bien fait, merde ! Ce sont elles qui actuellement surinent discrètement les non-consentantes, les critiques, les insupportables et les inintégrables, pour s’assurer la place au soleil que l’ombre de la révolution réactionnaire et du retour aux fondamentaux assombrit pourtant déjà. Eh bien c’est aussi stupide que la justice, la némésis. Elles crèveront de ce à quoi elles auront assidûment adhéré. Je n’éprouve aucune pitié, aucune solidarité envers elles, qui n’ont qu’horreur pour les trublionnes dans notre genre, et qui sont bien contentes quand nous disparaissons, ça leur fait un emmerdement de moins, une épine de moins dans le cul, et une mort de plus à négocier. Mais surtout elles auront tout bêtement, matérialistement, empêché toute avancée vers un renversement radical, abondé le système même qui, masculin, misogyne et fétichiste, ne pourra que nous offrir en pâture au loquedus auxquels il ne pourra plus fournir le nécessaire. Dans ces cas là le nécessaire redevient centralement la haine des femmes, leur viol, leur meurtre, derniers ciments sociaux, et les f-t’s bien entendu en toutes premières, avec collaboration des biotes qui espéreront retarder ainsi un instant leur passage à la machine. Nous y sommes même, je pense, à peu près déjà. Alors même que nous nous gorgeons de belles paroles sur les droits et l’état civil, la situation se tend un peu partout, et les meurtres se multiplient. On ne saura peut-être même pas jusqu’où nous eussions pu aller, si nous avions eu quelqu’audace, car il est bien possible que nous soyons toutes massacrées bien vite, et que ce soit cela qui fasse de nous une anecdote de l’histoire – ou bien un de ces fantômes insistants, de ces rêves d’échapper au carcan qui renaissent obstinément. Dans ce cas là, espérons qu’une future vague féminisatrice ne se flanquera pas dans d’identiques impasses.

 

Nos morts ne sont pas que dues à une action extérieure de la domination, et aux sombres complots despotiques que cela suggère ; elles sont dues aussi, et je pense achevées, sanctionnées par notre propre appétit à réaliser les formes de cette domination, vues comme libératrices, et notre absence à peu près totale de critique à cet égard, notre énergie étant mobilisée dans la revendication de cette réalisation intégrative. C’est hélas une vieille scie des luttes sociales. La lutte même, et le social, nous avalent, président à notre passage naïf et confiant à la broyeuse, quand ce n’est pas à notre extermination mutuelle. Et je le redis une dernière fois : nous ne sommes pas des imbéciles, je le sais très bien, pas la peine de faire semblant. Si nous ne nous en prenons pas aux logiques de ce monde à la racine, et voulons au contraire nous les approprier, c’est délibérément. Je ne crois pas un instant que nous ne soupçonnions pas, pour le moins, que ces logiques sont celles du pouvoir. Il nous tombera sur la gueule, et nous l’aurons bien cherché. Comme toutes les identités sociales qui veulent le rester, nous faisons la queue devant les guichets de l’utilité et de la raison des choses, d’où sort notre mort. Sans queue pas de guichets. Nous collaborons, comme bien d’autres, à notre anéantissement. Couic donc !

 

 

 


 

 

 

 

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 08:00

 

 

à n’importe quoi, capables de tout pourvu qu’on leur en ait donné le droit. Voilà la clé du ressort mécanique des à tête et mentalité de baudroie (nos ancêtres les…) qui me voisinent, comme de leurs innombrables congénères en citoyenneté. Á cette fruste condition tout leur est pensable et possible, à commencer évidemment par le mesquin, le nuisible, l’inhumain, qui leur conviennent admirablement. Si vous vous sentez safe à portée de pareilles gentes, sous loi et justice, en société quoi, eh ben pas moi.

 

 


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La Bestiole

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  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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