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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 08:29

 

 

 

Ébauche de texte inachevée. Vous aurez sans doute remarqué que je fatigue.

 

 

J’ai déjà écrit il y a peu sur mon opinion que, quand les monstres et les anormales veulent accéder à la normalité, fut-ce en statut « égal », elles se jettent de fait et d’acte, désarmées et consentantes, dans la caricature d’une normalité qui en est déjà, largement, une. Large à tel point d’ailleurs qu’elles n’y apportent rien, et en sont débordées de partout, incluses, phagocytées, massacrées – et sans vouloir comprendre pourquoi ça marche pas.

 

Il y a quelques temps, un article paru sur le site de NPNS (oui, cette assoce survit encore !) décrivait avec satisfaction un atelier organisé incontestablement pour des nanas bio, qu’on suppose par ailleurs racisées, lequel avait pour objet de leur apprendre à se maquiller normément dans le but de se revaloriser, et conséquemment de faire embaucher plus facilement (je vous laisse à penser dans quels emplois). Je pense absolument inutile de faire de plus longues réflexions sur le fait que la course à la caricature est socialement imposée à toutes les femmes et que nous ne faisons que reproduire le même dans nos ateliers de genre… Sans parler de l’identité foncière des aspirations sociales. On est mal, toutes, tout de même !

Rappel : parmi les derniers marchés en croissance, aux côtés de celui de la guerre, restent ceux du paraître.

Il va encore de soi que la caricature centrale, la caricature humaine, réside dans l’ensemble des formes masculines. C’est là que se nichent la force et la valeur, c'est-à-dire la brutalité et la coercition, enduites d’appétent. Le reste est caricature, en fait, principalement dans la mesure où et comme il se dispose, se sélectionne par rapport à cette centralité m, hétérote et appropriatrice. Les formes assignées féminines ne sont tolérées et intégrées que pour autant qu’elles sont ou semblent inoffensives et excitantes pour le sujet social m-centré ; lequel s’étend bien au-delà du groupe social m et de ses porteurs attitrés ; comme tout sujet social, sa vocation est l’hégémonie et le tropisme généralisé ; voir ce qu’en écrivait lucidement Solanas il y a un demi-siècle ; on ne peut pas dire que la situation se soit en quoi que ce soit arrangée.

 

Juste après, je zieute un site de collègues ts (Putains dans l’âme), qui me jette au visage un superbe motto de nana bio bien normée, sans excroissances ni bourrelets, génitalisée à fond, raide comme un passe-lacet aussi (c’est peut-être dû à l’inhabileté de la personne qui l’a dessiné, mais tout de même, bon, il y a comme une intention hiératiste…). A fa f’est sûr qu’en moyenne on gagne plus dans notre activité quand on remplit les cases de ces formes. Mais quand je resonge aux apparences réelles des collègues qu’il m’arrive de côtoyer, à quelques occasions, je reste fort songeuse. Qu’est-ce qui est finalement mis en exergue, avec de telles images ? Le tapin, ou autre chose ? Nan mais s’il s’agit de baiser, c’est simple : en fait, Valérie avait raison : les mecs, et les personnes qui veulent faire mec, au sens social du terme, sont tellement obsédés par la forme-baise qu’ils sont capables de vouloir y faire avec la plus moche d’entre nous, après avoir « traversé un océan de vomi ». Ils sont d’ailleurs prêts, réglément, à violer des nourrissonnes et des vieillardes qui ne correspondent que très exceptionnellement aux normes de la sexualisation enthousiaste. Je veux dire, c’est là-dessus qu’on fait notre frichti - toute économie suppose brutalité, dépendance, injonction sociale en arrière plan. Plus ou moins grassement j’en conviens, mais au fond, quand on a bien pratiqué et écumé, on se rend compte que les fadaises autour du daisir-plaisir, ce n’est pas que ce soit inexistant, mais tout de même ça semble bien annexe. Pour les meilleurs jours et les meilleures configurations. Mais le grand ordinaire, c’est pas là que ça se tient. La sexualité, comme la sexualisation, c'est la frénésie sociale et la violence qui va avec indissolublement. C’est jouer son rôle, être acteur de sa vie comme on dit en novlangue. Quant au génital, génital on est mal, c’est un des principaux sémaphore du retour aux fondamentaux ; c’est là que ça se passe, à tous points de vue. Bref il est de nouveau bien visible et explicite sur nos bannières.

 

Au fond, ça ne pose pas vraiment de problème non plus – je veux dire, le problème commence bien avant. Il commence quand nous prenons au sérieux, pour bon, pour réel de réel, je ne sais comment dire, toute cette pantomime, et les formes dans lesquelles il nous faut nous introduire, nous insérer, pour qu’elle paraisse, justement sérieuse. Formes qui d’ailleurs ne sont à peu près jamais atteintes réellement, nous devons faire comme si elles l’étaient, comme si nous étions la nana sur l’affiche, la vendeuse idéale, la trans invisible. Et c’est là que le sérieux dérape dans ce qu’il faut bien appeler caricature, et mensonge de fait. Caricature de caricature, parce que ce que nous devons faire semblant d’atteindre, en soi, en est déjà une. Je ne cause pas des détails, c’est le fait qu’elle soit à atteindre, à faire mine de, qui en fait, quels que soient ses éléments, une caricature. Ce qui nous met dans cette situation, c’est la croyance envers la réappropriation, qui cimente infailliblement l’état des choses, et nous livre à elles, sous le prétexte de l’inverse.

 

Tapin de parking à pas cher, en plus de polémiste et de, surtout, grosse feignasse, je ne prends plus soin de moi depuis belle lurette et je ne surveille pas ma ligne. Ça ne change pas grand’chose. Tant qu'à être caricature, ne pouvoir en l'état ne pas l'être, autant ne pas (trop) se brutaliser. Je suis trans, je suis donc monstre, je ne gagnerais je pense que peine et ridicule, je ne serais qu’un poil plus pathétique, à faire semblant de comme si pas. Je pense même que le passing va beaucoup mieux sans chercher à coller, qu’il crée à la limite, dans ce cas de figure, un filet de ce quelque chose d’autre que nous étions quelques unes à vouloir, et avons presque toutes renoncé à ; une gueule de personne, au sens ambidextre de ce terme. Cette personne qui fait précisément excroissance, et que tous les revêtements ont pour objet de raboter, passer à l’émeri, lisser, dissoudre.  

 

C’est en recherchant un normal qui lui-même fait peur dans la rue (les coupes hétéros vissés par la main, les petits nenfants rose et kaki…) qu’on fonce, entre autres, tête baissée dans la caricature de caricature. Je resonge par exemple à quelques films tout à fait kitch des années 80 et 90, que les trans intégrationnistes ont aujourd’hui soigneusement rangés tout au fond de l’armoire, sous les serviettes – même pas fourgués à Emmaüs, pour ne pas donner une mauvaise image des t’s ! Moi-même en ai eu mon heure d’éloignement. Aujourd’hui je me rends compte que ce qu’ils mettent en image est bien moins caricatural que la mornitude genrée et civile à laquelle nous multiplions les abonnements, et que même certaines questions dérangeantes pour l’ordre social y sont abordées, qu’on ne risque pas de trouver dans de fibreux navets comme Normal ou Laurence anyways, lesquels sont des catéchismes de comment biotiser, hétérotiser, et ne posent surtout aucune question de fond, puisque le social présent, amour propriété citoyenneté, est le meilleur des mondes possibles, et que toute sa perfection doit consister à avaler les identités qui se présentent avec la meilleure volonté qui soit au passe-plat. Il y aurait évidemment bien autre à manifester que drag-queens en goguette, nous manquons d’imagination, mais rien n’est pire, dans l’état des choses, que la normalisation à laquelle nous aspirons, qui est bien plus lourde, poisseuse, que les hystéries les mieux fournies.

 

Mon propos n’est pas, celles qui me lisent souvent l’auront deviné, la déjà vieille et usée approche de production de fierté par la « réappropriation des stigmates ». Déjà parce que je suis résolument contre la fierté, la reconnaissance et tout ce qui vise à octroyer une place dans le social. Ensuite parce qu’il ne s’agit pas de s’en tenir à ça, de rajouter quelques identités au pot. Plutôt de casser celui-ci. Ni fuite honteuse, donc, ni appropriation fiérote en l’état ; ce n’est pas là la question, crois-je. C’est d’une part de voir, de dire, de marquer où nous en sommes, et où nous en sommes, les f-t’s, dans l’immense où nous en sommes social. De savoir par où nous voulons en sortir – si tant est que nous le voulions, mais même dans notre époque à l’encéphalogramme plat il y a de mauvaises coucheuses, en attendant des temps meilleurs ; enfin de distinguer ce qui dans la caricature est caricaturé précisément parce qu’elle recèle des possibilités de rupture et d’émancipation avec l’ordre des choses, utilitaire et masculin.

Ouf ! me direz vous. Oui, ouf, ça fait beaucoup, surtout quand on est quelques isolées à s’acharner au maintien de la possibilité d’une sortie, avec le risque assumé de se gourer absolument (mais par ailleurs, je ne crois pas qu’il y ait quelque part, déjà, un « ailleurs » vers où aller. Cet ailleurs est à créer, à la barbe de toutes les résignées, les réaques, les modernes comme les postmodernes !).

 

Nous sommes là, c’est inocntestable. L’affaire est de ne ni s’illusionner, ni y consentir. Re ouf ! je sais.

 

J’ai lu il y a peu, pour la énième fois, dans un de ces plaidoyers transféministes qui se multiplient pour montrer que, hé, hein, on n’est pas des paillassons passifs, qu’on entend bien participer paritairement au marasme commun en y ajoutant de la valeur (le préfixe !), le mantra qui suit : « Fuck off ! Nos corps nous appartiennent ! Ils n’appartiennent en aucun cas à vos agendas normés ou déconstruits, et si on décide de les transformer ou pas, c’est avant tout pour nous-même et certainement pas pour confirmer ou infirmer certaines normes sociales ! » (in Badasses). Ce m’apparaît comme de l’illusionnisme grand format, sans même entrer dans une critique de détail des divinités invoquées (le gentil rapport d’auto appropriation versus la méchante norme, par exemple, comme si nous n’étions pas de et dans un monde d’appropriation frénétique, de soi et du reste !). Je crois au contraire évident qu’on se découpe et redimensionne à la petite comme à la grosse cuillère en fonction des attributs de genre, de quelque manière qu’on y prenne, et dans un sens, un contenu et des formes assignées. Sans quoi on se ferait greffer des oreilles entre les pattes et on se tartinerait de nutella plutôt que d’oestrogel. Ce qui d’ailleurs… bon… m’avez compris… Et ce nous-mêmes prétendument non situé par rapport au genre et au f, ou au-delà, n’existe pas - peut-être pourra-t’il exister mais on n’y est pas et rien n’est sûre. Dans l’état de choses c’est normal. Je ne sais pas si je puis aller jusques à dire que c’est même préférable – mais en général les singeries agenre ou antigenre (qui finissent presque toujours dans le masculin soft) donnent plutôt envie, avant toute analyse profonde de l’irruption des formes f, de ressembler à une nana. C’est triste de lire de pareilles c…ies venant de gentes qui pourraient s’en dispenser. Pour le moment, nous essayons de faire la percée antimasculine du côté des formes f, et essayer de le nier ou de le diluer est de la foutaise, un retour de haine anti-f, ou ce rêve que dès maintenant et sans aucun effort nous parviendrions à ne plus être sujet social. Je ne crois pas à ce genre de magie à trois balles performatrice, où il suffit de déclamer et de décaler un ou deux signes visibles pour se croire exonérées du social et du genre. Si il est possible de se désengluer de tout ça, ce ne sera jamais en en manipulant les éléments ni en s’en « réappropriant » les fondements, et encore moins, quand on n’a pas réussi à en sortir, en croyant que ! Proclamer notre « autonomie » par la gesticulation dans la surenchère des valeurs dominantes est à la fois tragique et pathétique.

L’invocation au rapport d’appartenance, cet horizon du présent toujours à réaliser (horizon : ligne imaginaire qui recule à mesure qu’on avance) est significative autant que définitive : tant que nous nous en tiendrons à l’appropriation, qu’elle soit à autrui ou à nozigues, nous sommes à peu près sûres de tourner en rond tout en serrant le nœud de la corde. Elle fait probablement partie des formes et rapports sociaux à briser. Quand nous ne croirons plus avoir besoin de nous appartenir pour nous occuper de nos fesses, eh ben… hein…

 

Une vie normale est le fond de la caricature d’humanité dont nous jouons bénévolement, militantes et minoritaires pour l’inclusion, la surcaricature.

 

Nous sommes, par le fait comme par la logique sociale que nous n’avons pas les moyens de percer actuellement, des caricatures de caricatures, c’est notre condition dans le monde présent, inutile de nous en faire accroire à ce sujet ; il est aussi vain de le nier que de s’en féliciter ou de s’en culpabiliser, sans parler de chercher à se le récupérer ; nous nous préparons d’autant moins à y échapper que nous prétendons que les simagrées, aspects, comportements de récup’ et autres smileys sexués que nous arborons, n’en sont point entre nos mains. Pas moins non plus quand nous affectons de fuir ces mêmes aspects dans une neutralité qui ne reflète que la domination spongieuse du masculin citoyen. Quand nous prétendons et nous forçons à croire, surveillance malveillante mutuelle à l’appui, que nous avons choisi et recréé librement ces identités, ressentis, perfos et masques, drouilles d’un étalage qui se révèle finalement d’une cheapeté soviétique, mais n’en resterait pas moins un étalage, un alignement de valeurs intégratives, s’il parvenait à se montrer plus riche. C’est le rapport à nous-mêmes, aux choses, aux slogans et aux nécessités qu’il nous faudrait briser. Si toutefois nous voulons encore autre, ce qui est loin d’être démontré.

 

 

note laborieuse et arthritique de février 2016 : à relire ce texte, je me rends compte à quel point j’y ai négligé un aspect principal, que j’ai par ailleurs évoqué dans quelques autres plus tardifs. Ce principal étant que la lutte pour la reconnaissance, dans un cadre économique et social qui se réduit et se referme, est une concurrence matérielle sociale permanente, meurtrière, entre nous et avec autrui, pour un ajustement toujours à réréaliser sur des conditions de valorisation toujours plus restreintes et rigides. Toujours plus brutales et masculines aussi, sous les couleurs chatoyantes de la diversité, de la liberté, de la performance de genre ou autre.

 

Franchement, si ç’avait été possible, cette intégration dont je parle si mal, dans un social qui aurait du coup été nécessairement profondément déconcurrencé, déconditionnalisé, collectif aussi dans son approche, ma foi, il eut fallu sans doute pousser en ce sens. C’est cette option optimiste sur le proche avenir que je défendais au tout début du siècle (!). Sauf que ça ne tourne pas du tout comme ça, au contraire, ça vire à l’élimination massive sur des injonctions impossibles, une repolarisation sur le rapport de force, même si celui-ci est « positivement » travesti, et des mensonges grossiers (le chantage affectif-relationnel, l’identité prétendument « indépendante » - alors qu’elle dépend évidemment de l’approbation générale, "l’invisibilité" des transses… !) pour couvrir l’abattoir. Le refus de marcher vers ça, de le cautionner au prix de nos tripes, une possible collectivisation de survie entre transses, et surtout une relative inconditionnalisation, autant que possible une non évaluation, une échappée aux formes de la valorisation, de l’affectif, de la fierté et autres auto-traquenards moraux-politiques qui sous tendent évaluation et élimination - pour la structurer, sont au contraire à présent une question de vie ou de mort pour beaucoup, et sans doute bientôt la plupart d’entre nous. Bref, nous prendre résolument en considération, comme nous sommes dans ce qu’est l’état de fait, de manière potentiellement critique – connaissance versus reconnaissance – mais sans en faire de nouveaux catéchismes, et surtout de nouvelles normes pour nous trier - et ce faisant laisser radicalement tomber les illusions d’une estime qui est en elle-même toujours conditionnelle autant que conditionnée, et une hiérarchie structurée profondément sur des implicites comme des explicites qui nous condamnent à retourner au néant. Bref une parfaite (auto)arnaque « spontanée ». C’est bien beau d’appeler à la bienveillance et à la positivité, mais, sans même entrer dans une critique interne de ces formes qui ont plutôt à ce jour chapeauté le charclage en interne dans nos milieux, c’est en lâchant la course à des idéaux cis (et riches, et sélectifs...) qui se dérobent de fait à de plus en plus que nous pourrons nous les proposer. La tentative, dans les faits presque impossible à toutes, d’imitation et d’identification à des formes sociales cisses, antitransses, est un casse pipe permanent, comme d’ailleurs ça l’est pour toutes les femmes et toutes les stigmat’s, depuis leur position réelle envers les performances exigées ; et c’est pour cela, bien plus que pour une quelconque raison morale ou politique, que nous devrions être incitées à nous en garder !

 

Mais bon, je dis ça, à tort ou à raison, mais on n’en est pas là et on n’en prend pas le chemin. L’heure est plus que jamais à la reproduction dans l’isolement et la misère croissante, parsemée d’affinités sourcilleusement consensuelles et, quoi que se la jouent leurs prenantes, socialement triées. Ah, ces sacrés choix – qui sont bel et bien là, mais n’en traduisent pas moins fidèlement la structure et les mouvements du social. Oui, nous changeons et choisissons – oui aussi, nous sommes un phénomène social de sexe à l’aventure (mais qui la craint !). Peut-être que de reconsidérer cette dialectique nous pourrait amener à nous voir sous un jour à la fois moins « émerveillant », mais aussi moins exigeant, avec plus de mansuétude (et surtout mieux distribuée ; robinet fermé pour les cisses !) – et par ailleurs encore une fois à cesser de nous atteler à une identification impossible ; ce qui rendrait possible, si ça se trouve, des échappées excentriques. Va savoir – et nous ne saurons que si nous y allons. La priorité, à cette heure, est de vivre. Et d’empêcher les autres comme d’aucunes d’entre nous de nous tuer. Pour ma part, je tiens la thèse que la plupart des formes et des comportements que nous exerçons et percevons comme positifs, quand ce n’est pas évidents, sont parmi les structures mêmes qui nous détruisent et par l’usage desquelles nous nous anéantissons nous-mêmes et mutuellement. Dans l’état des choses, la reconnaissance est une pratique éliminatoire. Il nous faut passer dessous cette barrière tranchante, contourner ce hall d’accueil rempli de chausses trappes préréglées et dont seule une minorité se sort vivante ou indemne, pour sauver nos peaux. Il faut en finir avec le s’en sortir qui est fatalement, structurellement toujours individuel, affinitaire, subordonné à la conformation aux exigences croissantes et à la perte d’autrui pour se sauver, afin de pouvoir tenter un en sortir collectif. Et pour en sortir, il faut commencer par essayer de ne pas y entrer plus avant.

 

Nous ne pouvons pas éluder la place, éminemment pourrie, qui nous est réservée dans le fonctionnement social présent. C’est de toute façon aussi cette place qui nous constitue, autant que notre décision de la prendre. L’invisibilité, c’est la cissité. Essayer de faire comme si pas, comme si nous avions le nez au milieu de la figure, renforce encore le danger qui pèse sur nous, car cela nous isole les unes des autres, nous oppose les unes aux autres, et nous rend incapables, souvent, de nous prémunir contre les violences et les rapports inégalitaires. Mais nous pouvons agir en fonction de cette situation, nous protéger mutuellement, refuser les faux-semblants, tracer enfin un chemin de signification dans le rapport social de sexe et le social en général. Nous pouvons (mais là il est vrai c’est mon point de vue) mettre en place une critique de méthode universaliste, mais de formation communautaire collective, laquelle est pour le moment sans doute une condition de survie. Le tout est de ne pas nous prendre nous même au jeu trompeur de la valorisation, qui reste le même, avec les mêmes conséquences éliminatoires, et majoritairement avec les mêmes éléments d’évaluation, que son objet soit l’intégration à cisselande ou la fierté identitaire.

 

Nous devons fuir les formes-rôles que nous avons docilement appris à incarner, qui ne servent qu’à faire fantasmer les cisses, nous faire nous même nous cisfigurer, enfin nous maintenir dans la précarité et leur dépendance ; nous n’avons à être ni chrysalides, encore moins papillons (bonjour l’espérance de vie). Tâchons plutôt d’être consciencieusement de bonnes grosses chenilles dodues, gourmandes autant que partageuses, égalitaires, ni bonnes ni connes mais attentives, et soucieuses de nouzautes ! N’oublions pas de soigner nos poils urticants, à défaut des autres ! Et inventons nous même des blindages – chenilles-tatous. Et en troupeau. Seules, nous sommes à peu près toutes fichues, et les rescapées ne vaudront guère mieux, entièrement circoncellées par cisselande, perfusées au mépris souriant.

 

C’était juste une insomnie en ce grand hiver. Ce sont des questions qui demanderaient une sagacité qui me dépasse et qui de toute façon ne pourrait sérieusement être que collective. Allez, je retourne dans ma caisse.

 

 

 

 

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:25

 

 

« Cette crispation dans l’effort d’aimer, alors qu’il ne vous reste plus qu’à obéir, mène généralement au-delà de la simple et naïve subordination. En « dénichant » les « qualités » de ses supérieurs, on espère se dépouiller d’une rancune aussi insupportable qu’inévitable. Quand on a fermement résolu de s’élever, d’arriver, il faut de bonne heure s’habituer à anticiper sur son ascension, grâce à la fumisterie du respect spontané ; se garder de se contenter de l’obéissance aveugle, seule exigée ; toujours feindre d’accomplir volontairement et en pleine souveraineté tout ce qu’on attend, quoi qu’il advienne, de valets et de subordonnés. »

 

H. Arendt, Rahel Varnhagen

 

 

Ce morceau de schéma du mécanisme naturalisé de l’intégration des paria à l’orée de l’époque moderne, dressé par Arendt plus d’un siècle après, n’a pas pris une ride, alors qu’un autre siècle s’est à peu près écoulé. J’ai fortement repensé à ce petit passage en lisant, dans la presse, les ahurissants mensonges que débite, sereinement, une célèbre porte parole. Il n’est pas beaucoup de métiers plus sales, plus effrayants moralement que celui-là, qui représente justement une des quintessences du mécanisme général de l’intégration : devoir s’approprier les mensonges de la domination, avec initiative et inventivité. S’y croire. Au besoin les précéder.

 

C’est ce métier que nous exerçons toutes, les stigma, les qui font la queue, en plus de toutes les autres activités auxquelles nous aurons été conduites. Porte-paroles de ce que nous avons gobé comme devant être le bien le beau le bon. Bénévolement pourrait-on dire, et même à nos frais. En effet, et nous le savons très bien, même s’il nous faut aussi faire nôtre le mensonge que nous allons être accueillies dans la communauté citoyenne (ou toute autre), et donc le taire : il faut une multitude de perdantes, qui seront bouffées et excrétées, pour une éventuelle gagnante démonstrative.

 

Notre stupidité ainsi forcée et volontaire n’a rien d’innocent, ni par ce que nous voulons, ni par ce que nous sommes amenées à faire les unes aux autres, et à nous-mêmes, pour acquérir le droit de le vouloir. Nous sommes parfaitement mouillées dans la domination, la brutalité, l’utilité convergentes, et par conséquent pour parvenons même à mériter, dans les termes de la logique comptable et justicielle hégémonique, notre sort. Comme ça on coûte rien, et on laisse pas de dettes. Classe non ?

 

 


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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 07:35

 

 

 

 

« … qui n’hésiteraient pas à planter un couteau dans le ventre d’un type ou à lui enfoncer un pic à glace dans le cul au premier coup d’œil si elles pensaient pouvoir s’en tirer… »

 

 

Ce passage, avec un autre plus circonstancié que j’ai déjà cité in extenso je ne sais plus quand, est un des nombreux qui me réjouissent dans Scum, et il fait lui-même partie d’un paragraphe fort revigorant – mais qu’est-ce qui ne revigore pas dans Scum ? Á part peut-être la démocratie numérique esquissée, vers la fin, peut-être par souci de se montrer quand même raisonnable quelque part, ce qui ne sauve jamais ni personne ! Soyons déraisonnables et impitoyables. J’ai déjà fait moult fois savoir que j’étais contre toute velléité exterminatrice de gentes, et pour le principe, et d’autre part parce que ce sont des formes sociales, des fantômes, comme disait Stirner, qui nous bouffent la vie, et dont il siérait de nous débarrasser, si possible. En tous cas, cela nous poserait résolument en raisons de nous-mêmes. Et exclurait le dévouement morbide, lequel justifie toutes les cruautés, à des causes, externes et communes. Il faut cependant avouer que des fois, comme en ce moment avec la tête de p… qui traîne souvent autour de mon trou fétide, dans le patelin de peigne-culs où mon abrutissement m’a précipitée, et semble appartenir à la très nuisible sous espèce des gendres néo-mecs, on a quand même envie de jouer de ce qu’on a au moins appris en autodéfense, sans parler de plus. Il convient de ne jamais se priver de préciser les choses, et de matérialiser le systémique, dans la lutte contre les masculinités, sortir le pic à glace, quoi. Premier degré. Couic pupuce. Et s’en tirer.

 

Bref, si s’en sortir me paraît une étroite blague sucée et resucée, s’en tirer me semble une prémisse, une condition. D’abord veiller, aussi longtemps que faire se pourra, à s’en tirer, éventuellement à en tirer quelques autres, sans que ce devienne pour autant une généralité parce qu’on en arrive alors vite au calcul utilitaire, au moindre mal, au sacrifice des unes pour sauver les autres et toutes ces vieilles daubes qui nous font crever, le sourire aux lèvres, le drapeau déployé et la table de multiplication à la main. Et surtout n’inciter personne, ni ne la justifier, à ce genre d’exercice, genre extirper le mal de ce monde.  

 

Nous n’avons à sacrifier personne, ni nous ni autrui ; ni abrahamiques, ni païennes ! Marre de l’antique daube justice, prémisse, elle, de tous les commerces.

 

Comme je l’ai aussi déjà dit, rien ne vaut de périr pour, non plus que de tuer, parce que la valeur elle-même est déjà une des ces sanglantes raisons par lesquelles nous nous extorquons nous-mêmes.

 

Évidemment il y a le s, apostrophe. Qui est en jeu ? Qui pourrait ? Qui voudrait ? Qui ne peut pas ou peut ne pas vouloir ? Qui et que sommes nous ? Il se peut que s’en tirer suppose quelquefois d’y laisser sa queue, et quelques autres appendices. Mais pas beaucoup plus.

 

Á quel prix, jusques à quel prix ? Voilà justement la question dont il nous faudrait nous débarrasser, comme d’un corset ; cesser d’évaluer et d’équivaler. Vivre est pour nous, comme pour n’importe qui, la condition de tout. Vivre de peu, avec peu, sera préférable, afin de moins dépendre, mais ce n’est pas là une évaluation de ce qui devient, par la comptabilité, portion de vie attribuée à une instance fuligineuse.

 

Souffrir n’a rien d’agréable. Mourir est l'humiliation finale. Qui les valorise donne raison aux choses et à qui les révère.

 

 


 

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 08:35

 

 

C'est nous, c'est nous

Les huskys du pôl'nord !


 

 

On est venu demander jusques à moi, hargneuse dans mon trou fétide, un avis au sujet du fibreux machin censé pondu par une f-t’ probiote (ce qui est presque un pléonasme dans les faits) et qui a animé une partie de la t’sphère quelques jours. Pas de chance, je l’avais déjà donné dans des textes récents ; voir Ça chante faux et Poire.

On a même été jusques à douter de l’existence de la t’. Moi pas. Déjà, comme m’avait dit autrefois sur ce genre de confessions une vieille camarade, c’est tellement misérable que ça doit être vrai. Les positions relativement attractives autour de la valeur sociale trouveront toujours leurs paillassons et leurs repenties, et auront toujours une gamelle de reconnaissance avariée sur le feu pour elles. Et surtout, hé ! qui peut se vanter chez les loquedues comme nous de n’avoir jamais joué sa partition dans cette gamme ? Pas moi en tous cas, qui fus, pareillement, l’humble servante empressée de bio abuseuses, exotisantes, politicardes hallucinées et autres plus vraies que moi tu meurs, que j’avais pourtant pour certaines connues auparavant pas si vraies que ça. C’est que je ne suis pas maligne, et qu’il m’aura fallu plus de décennies qu’à d’autres pour faire le topo. Ce qui me permet par contre de disposer, au sujet de bien des évènements et de gentes, d’une mémoire perspective assez étendue, et très peu appétissante.

 

Bref, et vu d’un point d’ex paillasson et repentie, tout cela est fort ordinaire. C’est malheureux mais on n’a pas encore trouvé le moyen d’aller plus vite que la musique.

 

Nous allons apparemment avoir droit à une offensive y’a bon de trans vraies, fausses ou supposées, soumises, coupables, respectueuses des clous et de l’ordre des choses comme des identités. Sauf que, hé, que faisons nous, depuis des années, sinon yabonner cet ordre en y réclamant inclusion, bienveillance et reconnaissance ? Zut alors ! Le pouvoir tient par le rassemblement et l’assentiment. Là où les gentes s’égaillent, abandonnent la logique comportementale et identifiante qui le structure, il commence à se perdre, il est percé. Mais nous n’avons jamais eu cette velléité. Bien au contraire. Nous avons faite nôtre, superlativement, l’approche sourcilleuse, vigilante, comptable, qui se cherche une place et refuse avec indignation de considérer la domination comme peut-être systémique. Nous en bouffons les conséquences.

 

Si nous avions quelque audace à déserter leur logique de chantage à l’existence sociale, nous ne ferions donc sans doute même pas attention à ces manip’s grossières. Mais voilà, tant que nous ne serons pas claires dans notre attitude envers, justement, leur gamelle, eh bien elles garderont un pouvoir sur nous, et nous couinerons à répétition de leurs violences, tout en restant obnubilées par les hochets qu’elles agitent et que nous convoitons.

 

Je note en tous cas à quel point l’atmosphère néo-conservatrice, réconciliatrice, printemps des c… et retour aux fondamentaux, s’épaissit. Un Mélenchon encense les peurs de la lumpenbourgeoisie chauvine et réaque, l’islamophile statutaire Delphy tend la patte aux islamophobes hégémonistes de Sysiphe. Il est vrai qu’on avait déjà l’habitude de la commensalité des institutionnalistes antipute avec les catho à filles repenties, accessoirement anti avortement et hétérocrates. Comme c’est singulier, toutes ces braves gentes se retrouvent, outre dans leur appétence partagée pour un monde bien ordonné, paritaire sauf pour les pas rentables, les trop pas, les pouilleuses, dégagé sur les oneilles quoi, autour de leur haine commune des f-t’s. Où on voit qu’en période de « crise » le monde rétrécit brutalement, le niveau baisse, et que les concurrences y apparaissent à sec pour ce qu’elles sont : des convergences. Et que ce sont les mêmes qui paieront la note du rapprochement. Les choses se tendent, deviennent de plus en plus dures dans la perspective du naufrage de leur raison et de son monde ; les formes masculines, autoritaires, dominantes vont faire leur baroud d’honneur, et se rencontrer sur le corps de l’assigné féminin, paresseux, dégénéré, rétif. Couic de nouzautes ! On pourra vraiment pas dire qu’on savait pas.

 

Si on ne savait où nous trouver, là, nous aurions gagné des places où vivre et d’où mettre en péril ce monde. Tant que nous restons sagement en file devant les guichets, on pourra bien s’amuser à nous faire, et à faire de nous, tout ce qu’on voudra. C’est l’issue permanente de l’identification minoritaire : se mettre en place pour servir de tampon au majoritaire.

 

Cessons de concourir. Cessons de converger. Devenons mauvaises, pour de mal.

 

 

 


 

 


 

 

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 09:55

 

 

 

 

Sages comme des images, nos aménageuses

 

 

 

Sans rêve et sans réalité

Aux images nous (nous) sommes condamnées

 

 

 

C’est l’année des bonnes volontés (celle des treize lunes a été soigneusement enterrée dans l’oubli) ; après l’appétissant appel de Preciado à une « démocratie totale » (invocation qui me fait dresser les cheveux sur la tête !), voilà qu’une autre de nos vicaires générales, la peu évitable Dorlin, cause dans l’Huma de l’urgence qu’il y a (mais qu’est-ce qui n’est urgence à cette heure ?) à révolutionner la société. Ni moins ni plus, ni surtout autre. Voilà la tâche, le moulin productif auquel nous devons nous attacher le licol.

 

On comprend que la société, le social, ici, n’est pas en cause, ne peut pas l’être. C’est plus qu’un donné, c’est un révélé ; comme le genre, le sexe, la justice, l’équivalence et les casseroles émaillées. Le mode de pensée objectiviste, catéchétique, cécomça, où se rassemblent depuis quelques temps toutes les positions intégrationnistes, réaques ou progrotes, entend mettre tout choix et toute décision au rancart ; en quoi il est un naturalisme renforcé, et surtout une expression radicale de la résignation : on ne peut défendre ou tenter que ce que nous croyons déjà être. Et nous avons peur de lancer des réponses, des contredits, qui ne nous semblent pas fondés sur une archè indiscutée. Religion, politique, science, nous tenons à toujours nous tirer, justificativement, des poches ventrales d’une des poupées kangourous de cette suite historique, sans parler de celle que nous allons sans doute nous dresser après, et qui nous rendra le monde encore plus total, calculable et fermé. Car c’est là leur principe.

Il n’y a rien au-delà ni en deça de ce social révélé, et encore moins à côté ni au loin, sinon la barbarie – que celle-ci ait plutôt l’air de lui être amoureusement conjointe n’est qu’un énième mauvais moment à passer. Nous socialiserons plus que jamais, au contraire. Plus ça rate, plus ça doit marcher, s’pas ?

Quant à révolutionner, son suffixe clapotant renseigne. Il n’est pas non plus question d’un renversement, d’une évasion, d’une révolution quoi. On ‘tionne, comme on solutionne. Tout se passe dans la grande gamelle. Gare à laisser s’échapper des grumeaux.

Révolutionner est à un changement radical ce que « s’en sortir », locution coutumière de la résignation à Hobbeslande, est à « en sortir », et même à sortir tout court. Toute l’affaire étant dans l’effort (et l’audace) de détermination, ou pas, de ce qu’est le en, et de ce que nous sommes à ce en. Non moindre audace à réfléchir sur le sujet – qui.

Mais non – on plaisantait – « comment s’en sortir », c’est tout bêtement comment s’adapter aux nécessités, ces nécessités incontestables, immobiles, naturelles, une fois de plus, répétitivement.

Coimment, au contraire, résolument rester dedans, dans ce monde, dans ses formes et dans son sujet. Comment rendre perpétuellement attractive la playroom, et chauler adroitement ses cimetières annexes. Comment discréditer toute idée d’y échapper. Comment tresser ensemble tous les matelas, toutes les paillasses anciennes et modernes, revalorisées, rejustifiées, n’en oublier aucune, pour être sûres de ne jamais risquer de passer au travers.

 

Un antique et suspect barbu avait fait la remarque prémonitoire que le capitalisme pourrait tenir jusques à extinction des feux, et de nous-mêmes, à condition de bouleverser sans répit son fonctionnement. C’est ça révolutionnier ; révolure, que les conditions soient toujours innovantes, créatrices et abolissantes, pour y trouver un regain de valeur et d’appétit ; mais ‘tionner, parce qu’il n’est pas question de renverser les paradigmes fondamentaux, bien au contraire : toujours plus d’intensité, d’identité, de besoin, de désir, de transparence, de dépendance, de justice, de calcul, de pouvoir, de société quoi. Nous sommes sur le chemin de l’avenir radieux, ça ne fait pas de doute.

 

Foucault et ses épigones, les « nouveaux philosophes », Tatcher même nous l’ont bien dit et martelé : « TINA ! ». Il n’y a pas d’en dehors et il ne doit pas y en avoir. D’ailleurs, à toutes fins utiles et safetytaires, nous avons abondamment disposé autour de nous des capteurs, afin de dénoncer les  marches plus ou moins furtives de celles qui prétendent tout de même s’éloigner, en laissant vaticiner vicaires et croyantes ; c’est qu’on ne sait pas ce qu’il pourrait en advenir ! La déesse sait ce qu’elles pourraient nous ramener d’imprévu ! Et même si elles ne reviennent pas : tout le monde doit rester là, participer, sans quoi nous serions de fait mises en question et il n’en est pas - question. Notre devise, c’est « Que personne ne sorte ! ». Nos vicaires, sous-vicaires, que dis-je, nous-mêmes, qui sommes l’ecclesia, faisons notre rentrée, pour bien montrer le chemin, que personne n’aille vagabonder. Et aussi rassurer les peuples (et les mecs) : mais non on ne va pas bousiller votre monde, on est responsables, nous, pas des cinglées à la Solanas. D’ailleurs on n’oserait pas imaginer s’en passer, et ne plus persévérer dans l’existence qui en sourd. On part du même présupposé, avec les mêmes limites : améliorer indéfiniment l’ordinaire, poser d'indignés pansements sur les conséquences des causes que nous continuerons à cultiver. 

.

On bouge même tellement pas, occupées à redistribuer les éléments et les identités, que du fond du couloir géant où nous nous sommes séquestrées glissent vers nous, scène de film d’horreur, nozamies « retour aux fondamentaux » et autres institutionnalistes étatistes à trique républicaine, suivies de près par les réaques naturalistes, les réappropriatrices de toutes les vieilles daubes, les dipécolotes et des que je n’ose pas imaginer. N’ayant pas voulu quitter ce qui demeure « fondamental », nous en serons vraisemblablement avalées. Quand on ne veut pas quitter le terrain de l’incontesté, c’est toujours le plus fondamental qui bouffe les autres à la fin. Gloups. Avis à la nourriture.

 

Le féminisme auquel se sont résignées raisonnablement toutes ces gentes, on l’a bien compris, ne sera pas (lui non plus) révolutionnaire, ni critique, encore moins dissolvant ; prendra avec pragmatisme sa part spécifique à la redistribution du même en portions paires, ne se saisira de rien à la racine – haram ! – et haram surtout celles qui prendront ce genre de position, tiendront ce pari : ni crédibles, ni rentables. Ne fera pas péter les structures et les formes sociales qui d’ailleurs paraît-il n’en sont pas vraiment, ou bien en sont mais on n’y peut rien, à part les performer subversivement, les faire jouer avec nous, cache cache de la domination autogérée : je ne suis pas celle que vous croyez ! Bah, quoi d’étonnant, dans un cul de sac historique où on en est à ce que les libertaires promeuvent l’amélioration du politique et la profusion juridique ? Ce à quoi sera cantonné ce féminisme en sera effectivement révolutionné. Émulsifié. Intersectionné. Chloré. Battu en neige et mis au frigo. –é. Passif, quoi : seules les nécessités qui pendouillent sur nos têtes et en lesquelles nous devons être traduites, réduites pour exister, ont droit à l’activité et à chapeauter l’initiative, à déterminer les cadres et les buts que les pragmatiques responsables s’autorisent à s’assigner.

 

Nous fûmes des camarades et nous savons pertinemment que nous ne sommes pas des imbéciles. Nous avons choisi, et en connaissance de cause ; nous savons ce que nous avons voulu ; il y a celles qui travestissent la résignation en enthousiasme et veulent perfectionner, perpétuer et totaliser le monde du besoin et de la dépendance, il y a celles qui veulent rompre avec ces nécessités proclamées, et peut-être avec l’abstraction réelle « monde ». Si ça se trouve il y en a encore d’autres, ici et là. Il est temps en tous cas d’en finir avec les solutions de continuité, les mascarades de la convergence et de la solidarité, derrière la showroom desquelles on massacre gentiment les non-consentantes. Nous sommes adversaires, nous ne nous mettrons plus à la disposition de vos pattes baladeuses, récupératrices et gluantes. Enfin n’attendez plus la moindre mansuétude de notre part. Ce que vous voulez ménager, d’autres entendent le déménager.

 

 

 

 

PS : quelques jours après, je lisais un autre article sur les radieuses perspectives qu’un énarque quelconque assigne à la nation, comme c’est la coutume depuis la renaissance résistancialiste des années 50. Et je n’ai pas été autrement surprise d’y trouver le même langage (jusqu’aux mots magiques les plus actuels, genre « s’approprier »), le même tropisme vers un mieux enchéri de l’identique, finalement les mêmes rêves sociaux. Tout le monde court après, s’excite sur le même cadavre de lièvre, monté sur rail. Et les moyens invoqués sont finalement toujours identiques, surenchérissants : valeur, travail, droit, sursocialité quoi. Les moyens sont significatifs des fins. Encore une fois, concurrence et opposition sont confondues, interverties même, et la racine de ce monde a encore de beaux jours devant elle. Nous, c’est une autre affaire.

 

 


 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 08:02

 

 

 

 

« L’infortune ne tombe pas du ciel ; elle est le fruit de la bêtise.

Lorsque la raison s’obscurcit, le malheur se noue »

 

Hsi K’ang

 

 

 

La stupidité, tout autant que la résignation et la roublardise, participe de la complicité envers l’ordre des choses.

 

 

(Hé - autant pour moi que pour bien d'autres ; on n'a jamais fini d'apprendre à ne pas consentir ! Encore faut-il commencer - et nous sommes rarement précoces en la matière, hélas.)

 

 


 

 

 


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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 08:58

 

 

 

 

Quand je vois un néo-mec, comme il en traîne désormais partout, un bien raide, avec famille assortie (femme nez baissé, garçon kaki, fille rose), dégagé sur les oneilles, s’exprimant par aboiements, pas lopette pour un sou, brutal, autoritaire, ridicule, je me dis illico « B… d…, comme on dirait Valls ! ».

 

 


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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 10:44

 

 

Ainsi que je le faisais déjà remarquer l’an dernier, nous ne faisons que goûter les premières goulées du supplément d’adhésion aux formes hétéra que nous avons, joyeusement, massivement apporté à la société patriarcale, laquelle entend bien nous le rendre. Nous découvrons notamment à quel point les formes du mariage, de la transmission, de l’hérédité supposée, etc. sont et ne sont, historiquement, que des formes légales, liées à l'appropriation des biens, certes, mais aussi des gentes… On avait déjà eu les premiers procès entre nanas séparées pour l'accès à l’alien. Voilà la suite immédiate, les donneurs de sperme qui reviennent, avec le reste de m-hétérolande, par la fenêtre. Un jugement vient ainsi de donner droits à une de ces éponges ambulantes, qui s’est avisé de reconnaître, comme on dit, lardounet, après coup. Les mères sont bien emmerdées.

 

Bien entendu, preum's t’as déjà envie de passer le bonhomme à la machine à jambon, en commençant par les pieds. Ce serait pas un mal. Mais, mais, tout de même, hé, qui a aussi créé ou plutôt a reproduit, à tous les sens du terme, la situation familiale qui est indécrottablement indexée sur les formes patriarcales, quel que soit le personnel qui les incarne ? On veut continuer le même monde, en pensant en éviter les côtés nuisibles. Ben non ? Ça marche pas. Soit on en change soit on l’avale. Actuellement on l’avale, l’entonnoir bien profond dans le gosier, pour pas dire qu’on l’a ailleurs.

 

Bien sûr, on pourra réclamer encore d’autres lois, et tout ce qu’on voudra. Ça ne nous mènera qu’à être toujours plus dans la dépendance de l’état et du social, ce qui n’est pas peu dire. Et par ailleurs, je crois qu’on se fait des illusions si on croit que la dite loi va enfin se montrer émancipatrice, rompre avec les filiations dites « biologiques », et avec les logiques d’appropriation qui vont avec. Son fondement, celui de la civilisation que nous pensions bien légèrement récupérer sans nous interroger à son sujet, est précisément dans ces logiques. Avec le social, avec la famille, avec l’engendrement comme valeur, avec la propriété, il y aura toujours pépé derrière, ou à un tournant. Et par ailleurs on se comportera les unes vis-à-vis des autres comme les sagouines impitoyables et néanmoins tristement dépendantes que suppose ce système.

L’amour, comme le droit, c’est l’appropriation systématique. Les mecs sont des forcenés de la chose – les meurtres familiaux à répétition en témoignent. Mais reprendre les mêmes formes nous mènera aux mêmes conséquences : projection de sa vie dans autrui, prise de possession, dépendance, étripages juridiques ou effectifs. C’est déjà en train de prendre – stoooop !

 

Si il peut advenir qu’il n’y ait un jour enfin plus d’hommes, plus de personnes qui incarnent la masculinité, donc entre autres catas plus de ces affreux couples hétéro, menottés, vissés, hagards, il y a des chances que nous – enfin celles qui viendront alors, je me fais pas d’illusions sur la proximité de l’échéance ni même hélas sur sa certitude - découvrions subitement que nous n’avions aucune envie de ressembler à ça, de nous comporter de cette manière, de coupler et de familier. Mais si on le découvrait avant, ça ne serait pas mal non plus.

 

Le féminisme sera révolutionnaire, voire solanassien, ou bien il aura toutes les chances de finir dans l’impasse d’un tribunal aux affaire familiales. Sans parler de quelques autres, déjà surpeuplées.

 

Mais, mais, la vie est courte, et surtout unique. Bref, sans attendre ces possibles jours, il y a des tas de choses que nous pouvons dès à présent ne pas faire, ne pas engendrer ni élever de suçoirs sur pattes qui nous mépriseront plus tard, ne pas se coller de conjointes qui nous traîneront devant une justice et un droit dont nous nous rendrons compte alors que les principes n’ont rien à voir avec la vie humaine, ne pas donner de place chez nous aux masculinités, aux reproductions, aux dévotions, si séduisantes ou prétendument subversives soient-elles… Et nous poser quand même la question de ce réinvestissement général sur les mômes qui sent la misère à plein nez, la disparition des appâts sociaux du welfare et notre peu d’habitude à vivre sans, c'est-à-dire encore une fois pour nous.

 

Mais bon, dans une charmante époque où les éconos du cul durable sans attraper de boutons vont taguer des anti-avortements en spécifiant bien que ce n’est pas à cause de ça, ni de leur positions familistes, que nous avons massivement fait nôtres depuis quelques temps ; ou qu’une qui se pense « radicale » nous explique que le vagin « n’est pas un organe sexuel », mais un organe « de reproduction » (ben ouais, c’est bath la reproduction, ce secteur assigné aux nanas, vous savez… et la nature, qui est comme vous le savez féminine, est bien faite) – finalisme darwinien, hétéronorme et naturalisation crasses, quand vous nous tenez la belle jambe, àla rescousse du refus absolu de toute critique de la sexualité en tant que telle, qu'injonction sociale dont on pourrait, horreur, découvrir qu’elle a quelque chose à voir avec le patriarcat, et qu’il n’y a pas plus de sexualité émancipée que d’économie non exploiteuse (mais arrivées là, on tombe sur nvb qui nous rétorque que ce serait la fin du contrat social et qu’il n’en est pas question) – bref dans une telle époque, c’est sûr qu’en fait je rêve, qu’on en est loin, et qu’au contraire nous travaillons assidûment à ne pas nous défaire de ce qui nous détruit. C'est qu'il faut conserver sexualité, amour, famille, dépendance, à quel prix que ce soit ! Des fois, quand ça nous retombe sur la gueule, ce que ça fait quotidiennement bien sûr, j’ai envie de dire zut – bien fait pour nous ! Non seulement nous avons ouvert toutes grandes les fenêtres de ce qui reste de nos vies pour y faire rentrer tous les éléments du patriarcat, mais encore nous leur faisons petit petit quand ils hésitent. Fort bien. Quand ils seront rentrés, c’est nous qu’ils jetteront par la même fenêtre de normalisation et de peur de la critique envers les évidences de ce monde. Il se peut que ç’ait été notre dernière chance avant la barbarie totale et l’extermination. Et on y passera les premières, non seulement faute de n’avoir su ni voulu refuser à la racine, mais encore d’avoir multiplié les consentements, les adhésions, les surenchères, en pensant bien naïvement, sans imagination et un peu roublardement que nous pourrions en profiter. Pourtant, profiter de cette misère sociale, gluante, dépendante, pénurique, faut vraiment pas être dégoûtées. C’est peut être ça, nous en avons tellement avalé, et bénévoles, confirmatives, hélas, que nous en avons perdu le goût. Et le jugement.

 

 

Ça se trouve et retrouve. Mais il faut le choisir. Et nous n’avons pas l’air d’en prendre le chemin.

 

Rezut !

 


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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 10:11

 

 

 

Trouvé il y a quelques temps dans un bêtisier, lui-même pas fort malin, intégratif et normatif, cette affirmation vivement contestée, tenue même par son autrice pour incongrue : « Les personnes transgenre sont des anarchistes avec des idées folles ».

 

Ça m’a au passage rappelé l’aventure de l’Unique et sa propriété, livre aux idées tellement folles qu’il avait passé la censure pourtant bien étroite du royaume de Prusse au motif que les vues exposées étaient si extravagantes qu’elle ne pouvaient pas représenter un danger (anti) social ni politique.

 

Et ça me fait bien entendu soupirer, dans mon désert : si seulement ! Si seulement nous étions, avions été, devions enfin nous montrer, résolument, une bande de monstres à pieds de biche ! Contre le pouvoir. Contre ses aménagements et sa redistribution infinie. Avec des idées folles. Mais voilà, nous nous appliquons bien à ne surtout pas l’être. Nous formons au contraire un étalage d’associatives, sanitaires, juridiques et safetytaires, avec une visée morne : faire durer le triste état de choses auquel nous tentons de participer à boitillon, concurremment aux autres, et où nous entendons obtenir quelques strapontins, un statut, une part de gamelle. Voilà ce que recouvrent inclusivisme et transféminisme à cette heure. Capitulation générale des personnes qui auraient pu faire vivre un mouvement t’ effervescent, reddition aux nécessités sociales que nous ne saurions plus contester. On l’a mauvaise, les indigérables. D’autant que ce ralliement à la normalité ne nous sauvera évidemment pas – pasque c’est pour ça aussi que nous sommes sages : nous rendre inoffensives, utiles, valorisables, acceptables voire désirables pour biolande, afin qu’on nous épargne, et éventuellement que nous puissions en rabioter en peu - ce qui a toujours, comme on le sait, vachement marché comme calcul pour les parias et autres surnuméraires…

 

Vous voudriez bien croire que légalisées, reconnues, enregistrées, rabotées, médicalisées à souhait, la voix adoucie, la patte blanchie, comme dans La Fontaine, les papelards avec un beau f dans le sac à main, la loi anti-discriminations en auréole sur la tronche c’est fini, on est vraies, on sera plus traitées de travelos et de pélos dans le tram, plus tabassées par des bandes de mecs, plus méprisées et bananées par les nanas bio et les m-t’s. Eh bien je vous dis zébi, on le sera, et on le sera autant qu’on essaiera de faire semblant, qu’on se soumettra à la biotitude comme étalon, qu’on avancera le museau enfariné, qu’on trouvera toujours que l’autre, oulà, elle détonne, elle joue pas le jeu, on va se faire repère. Mais on est repère, et on le restera, une de nos doyennes l’a bien écrit : ça ressortira toujours, comme tous les stigmates. Tôt ou tard. Plus tôt que tard. Et je vais vous dire, autant de fois on aura fait comme si, autant de fois on aura fermé sa gueule pasque tout d’même, autant de fois on aura largué la copine excessive, autant de fois on aura fait guili-guili aux vraies, autant de fois on aura bien mérité ce qui nous arrive et arrivera. On ne change jamais, jamais un monde en usant de ses structures ; la fin est dans les moyens, déjà contenue. Ce monde ci n’est pas nôtre. Tant mieux, d’ailleurs, vu son état. Inutile d’essayer de se l’approprier.

 

Qu’on le veuille ou pas, on est des monstres, des caricatures de la caricature bio et genrée qui court elle-même les rues, et c’est très bien ainsi ; je dirais même, si c’est pas ça qu’on veut ben vaut mieux pas transitionner, surtout vers f. Par cela même nous renversons la vapeur, le circuit de valorisation des formes sociales. On pourrait même faire péter la chaudière, en s’asseyant à suffisamment sur la soupape de sécurité. Mais si nous n’en tirons pas activement les conséquences, elles seront tirées pour nous, contre nous. On appelle ça, déjà, chez nozamies, qui commencent à piger les implications de la chose, beaucoup plus incisives qu’on y croyait, le retour aux fondamentaux. On va en bouffer du fondamental.

 

On n’a pas signé pour être aimées, appréciées, reconnues – il y a maldonne, et cette maldonne se manifeste tous les jours, impitoyable et conséquente, malgré nos gémissements. On n’a pas signé pour la gentille place sociale à respectlande. On a signé pour y fiche en l’air – ou nous faire fiche en l’air. Je pense que, par notre impayable docilité, notre bonne volonté qui nous désarme, nous avons choisi la seconde issue. Et que c’est par manque d’audace, comme bien d’autres, que nous aurons été une anecdote, une bulle spéculative de l’histoire. Nous l’aurons bien cherché.

 

On me l’a fait remarquer de source autorisée, je n’aime pas les miennes ; ben non, j’assume : je n’aime pas « ma communauté » - elle l’est et j’en suis - que ce soit en ses gérantes ou en ses consommactrices, qui se ressemblent autant qu’elles s’assemblent, et communient dans le même espoir baveux de se faire reconnaître par ce qui nous détruit et que nous devrions bazarder autant que fuir, au lieu de nous y coller comme des mouches sur des serpentins à glu, et de mourir, souvent, pareil. Elles se montrent en cela aussi stupides que celles qui nous haïssent. Toutes veulent in fine les mêmes choses. C’est ce manque d’audace qui nous rend bêtes, les unes et les autres, et qui nourrit a contrario ressentiment autant que compromission. Je n’ai pas la moindre bienveillance pour ce de quoi nous voulons participer, pour ce que nous ne croyons pas ne pas pouvoir désirer, ce qui nous bouffe et tue, comme il le fait de toutes, et accessoirement nous rend ridicules. Comment aimer ça sans nous mépriser nous-mêmes ? Je ne nous aime pas, en l’état, parce que je refuse de nous mépriser. Chérir c’est aussi exiger, ne pas laisser passer ce qui se liquéfie. Et en outre je suis sûre qu’à ramper, à psalmodier, on l’aura dans le baba, radicalement, létalement. Je ne nous aime pas, là, parce que je voudrais que nous vivions ! Moi la première, d’ailleurs, je ne me tolère pas, et je veux autre gente, dans autre monde, ou même dans pas de monde du tout. Je ne nous aime pas quand nous en sommes à réclamer l’intégration à la structure d’un monde de domination et d’évaluation, un monde qui d’ailleurs ne peut vivre que sur une élimination de plus en plus accélérée d’une grande partie des identités qui entendent le composer. Bref je ne nous aime pas quand nous nous efforçons d’incarner ce qui nous enferme, nous étrangle, et continuera à bousiller la plus grande part d’entre nous, sans parler d’autrui ; après nous avoir baladées entre les statuts d’idiotes utiles de la démocratie, de matière première pour le pib médical en crise, de prétextes à pattes. Il sourd, en somme, un épais désespoir de la perspective que, semblables d’ailleurs en cela à la majorité de nos contemporaines, nous en serons encore, dans des lustres, à nous plaindre des conséquences identiques et cumulées de causes que nous aurons perpétuées avec ardeur. Et à nous entasser dans la même impasse.

 

Ah, je vais pas nous plaindre, zut. On l’aura voulu, ce monde, on l’aura réclamé, en gros et en détail - eh ben on l’aura, on l’a déjà. En pleine poire. Quand suffisamment d’entre nous auront conclu à commencer par ne pas vouloir, il sera temps d’en recauser. Á moins qu’on ait disparu d’ici là, ce qui ne me paraît pas vraiment impossible. Á moins aussi, ce qui n’est exclusif ni de l’une ni de l’autre, que certaines d’entre nous écrivent et vivent, imprévues, inabordables et non amalgamées, une autre histoire pendant que notre représentation s’évertue à « nous » rendre comestibles. Tant qu’y d’la vie, y a d’la malice !

 

 

« Une loi et vite », clame le communiqué tout frais pondu par la cogérance de la féodalité t’ hexagonale. Qu’on sache enfin qui on a le droit d’être, cornegidouille !. Ma foi, au point où on en est, je dirais presque que ça n’empirera pas la situation… Encore que, quand on se rappelle des récentes déclarations tutélaires de nvb, comme du projet Delaunay, dont j’ai parlé en leur temps mais sur lesquelles trans-assoc’lande a été d’une discrétion tout à fait exemplaire, il y a quand même du souci à se faire. La confiscation de l’avortement par loi de dérogation et maintien de la répression de tout ce qui n’est pas dans le cadre, fort étroit, (délais, toubibs…) comme du stigma « c’est mal » est tout de même un cas d’école historique : le pouvoir institutionnel ne nous laissera jamais disposer de nous-mêmes ; ce serait donner trop mauvais exemple et inciter à on ne veut même pas imaginer quoi !

Mais voilà, quand on croit fermement que loi vaut mieux que pas loi, au mépris même d’expériences passées, comme à la logique gestionnaire du moindre mal, eh ben on y croit. Comme on croit que les curés, puis les militaires, ou les tribuns du peuple, vont prendre soin de vous, et que dis donc, zut alors, c’est pas le cas du tout, où est le guichet des réclamations ? Faut faire une loi contre les abus commerciaux politiques ouin ! – combien de décennies va-t’on encore tourner dans cette cage choisie ?

Quand, sous ce gouvernement ou un autre, elle sera tombée du ciel représentatif, cette loi et qu’on fera mine de découvrir, la gueule enfarinée, que le cornet surprise ne contient même pas la misère sociale intégrée qu’on affectait de rêver, bref qu’une loi c’est toujours, sous le contrôle de l’état et des institutions, des normes, des contraintes, des critères et des éliminations, eh bien on gueulera pour en avoir une autre. Les grenouilles qui… Ah, ça s’il y a une chose qu’on ne peut pas nous reprocher, c’est d’être indisciplinées et imprévisibles, non plus d’ailleurs qu’aucun des groupes sociaux qui font la queue. Pas même besoin de nous surveiller, on bougera pas de notre sit-in, en rangs devant les guichets. On pourra nous enfermer sur place, dans un préfabriqué – c’est d’ailleurs un peu ce qui pendouille des déclarations nvbesques.

Ce qui serait drôle avec ce monde, si on le pouvait voir de loin, c’est son shadokisme invétéré : si ça marche pas eh ben on recommence, on s’y enfonce, encore mieux encore plus. Comme pour l’avortement, comme pour le tapin : la loi et le droit, la reconnaissance par la domination, c’est d’expé l’arnaque, la limitation et la dépossession, sans parler de la division entre les qui existent et les autres, mais on a tellement peur de ce qu’on ferait ou ne ferait pas sans ce carcan, qu’on préfère encore la réclamer. Il est vrai que comme ça on pourra continuer à geindre de ses conséquences, ce qui peut occuper une vie entière, et fournir quelques strapontins utiles et gratifiants à nos représentantes certifiées.

 

Le minimum, dans un sens émancipateur, serait de délégaliser les rapports à soi - mais on s’aperçoit vite que dans un monde structuré par l’appropriation tout rapport à soi est propriété, valeur et à ce titre affaire sociale.

Et évidemment ne pas le réclamer, mais y échapper, autant que possible.

On n’en sortira jamais, à supposer qu’on en veuille sortir, par l’enchère et le haut, la visibilité qui nous désigne et nous rend attrapables à tout instant, la bonne volonté disponibles à toutes les exigences normalisatrices qui ramènent enfin à notre mort : on n’en sortira qu’en fuyant par les égouts, en disparaissant en tant qu’acteures sociales.

 

 

 

 

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Deux en un, allez ! – il y a quelques jours, est apparu dans un coin de la blogosphère alternote le récit, argumenté et détaillé, d’une « détransition » (ce que j’appellerais d’ailleurs plutôt une retransition : on n’efface ni les choses ni le temps, et on ne revient jamais d’où l’on est partie) : Vous retourner ce regard (http://nantes.indymedia.org/articles/27941). Ce récit pose des questions similaires à celles que je pose depuis un moment, et que, je crois, on est quelques t’s à méditer : que sont de facto les t’itudes aujourd’hui, quel rapport à la valorisation du monde tel qu’il est et de ses formes sociales, patriarcat et sexualité en tête. Il ne pose pas la dernière question que je crois toujours ouverte : ce que nous pourrions faire, devenir, contre ce monde ; il ne voit d’issue que dans le retour aux catégories classiques et à la lutte pour la vie, darwinienne et appropriatrice. Soit. C’est un pari a minima ; ce n’est pas le mien. Mais nous avons fait les mêmes constats : oui, le genre ne mène en l’état pas guère plus loin que le sexe. Et il serait sans doute temps de cesser de regonfler cette baudruche trouée pour se justifier d’exister, mais aussi de questionner les formes indécrottablement sexuées, hiérarchisées et valorisées (ou pas) qui en ressortent sans discontinuer.

Je crois que la question commence à se poser dans les faits, avec acuité : les retransitions, et l’impasse du genre comme du sexe dont nous ne sommes encore pas sorties, l’attirance récurrente des formes assignées m. Mais voilà, nous sommes à l’orée, nous ne savons pas encore ce que nous allons vouloir en faire, ou pas.

 

Nous ne savons pas, mais comme d’hab il y en a qui savent déjà pour nous, les bio pour les t’s, comme les mecs pour les nanas : ce mea culpa, cette forclusion, ont fait saliver le propagateur de ce récit, en françouille, qui est l’inénarrable Martin Dufresne, le petit jésus aux outrages du proféminisme néo-conservateur qui hait tout ce qui n’est pas « un homme c’est comme ça une femme c’est comme ça ». Et là, ça pue franchement. Je veux dire : Dufresne fait partie de la bande « retour aux fondamentaux » et aux unités naturelles, pour laquelle tout ce qui risque de faire excroissance est tout bonnement à éliminer, chirurgicalement. Et nous en faisons partie. La bonne vieille solution par l’extermination de groupes sociaux « parasites » ou « ininsérables », forcément complices d’une domination qui n’est jamais systémique, meuh non, juste des méchants qui ont pris le pouvoir sur les victimes, pourtant gaillardes et lucides, on se demande toujours bien comment. Les essentialistes doivent toujours se réfugier in fine dans l’inexplicable afin d’éviter d’entrer dans la critique sociale.

 

En langage politicard ordinaire, on appelle ça une instrumentalisation. Et une instrumentalisation particulièrement brutale, puisqu’elle est le fait de gentes qui voudraient bien nettoyer le social, avec ce que ça implique. Je causais l’autre jour des « un peu t’s’ » qui essaient de profiter de l’ambiguité provisoire. Là on pourrait causer de ces personnes qui veulent tout simplement, crûment, notre mort, dont j’ai déjà connu quelques exemplaires dans le (pro)féminisme bio hexagonal, à Paris et à Lyon, mais qui ne répugnent elle non plus absolument pas à se servir de nos tentatives et aventures quand elles flairent la bonne affaire. Quand on est sûre d’être du bon côté, on devient vite une crapule exterminatrice, l’histoire moderne fourmille de ces exemples.

 

Que nous le voulions ou non, nous nous retrouvons et retrouverons tôt ou tard, soit à devoir cosigner notre extinction, soit à ferrailler sur plusieurs fronts : nozamies, nos ennemies, nos cheffes et représentantes. Et à envoyer f…e leur monde rêvé, celui qu’elles se disputent tellement elles l’adorent. Va falloir nous faire pousser des bras, des jambes – et des têtes ; c’est la prochaine étape, si nous le voulons. Si nous ne le voulons pas, eh ben nous leur donnerons raison, en principe et en acte.

 

Et finalement, ce n’est pas plus mal qu’il y ait désormais des néo-conservatrices open dans le féminisme, des Dufresne, des Dworkin, des Le Doaré, des Goldschmitt, des De Haas, des « radicales » acritiques réappropriatrices, elles aussi, des formes sociales m, sans parler de leurs concurrentes dans la promotion de ce que nous nous devons d’être, complémentaristes, religieuses, etc., lesquelles toutes, de plus en plus ouvertement aspirent à notre disparition, au fameux et partagé retour aux fondamentaux, ralliement aux évidences poujadistes et nécessitaires qui sentent la réconciliation et finalement la soumission totale au monde tel qu’il est, et ne saurait autrement sans donner mal à la tête. Ça met les choses au clair et je trouve même assez pathétique, pour ne pas dire pis, qu’il faille que de telles escarpes s’étalent pour que, peut-être, on en arrive à assumer nos positions. Enfin, je dis ça, je suis optimiste : actuellement, c’en est toujours à tendre la sébile à celles qui crachent dedans. Et j’ose dire bien fait : on ne tend pas de sébile, on ne demande pas à autrui et surtout à ses ennemies reconnaissance et vie. Ou alors on est franchement stupide ou maso. Et si nous le sommes, puisque c’est ce qu’on nous apprend à être en démocratie, eh bien il nous faut fissa le désapprendre. C’est une question de vie et de mort pour nozigues.

 

Y en avait marre de poticher dans la boutique, de faire la queue aux guichets de la reconnaissance, de faire mine d’être d’accord, soumises, dociles, en l’échange d’une très douteuse tolérance (pléonasme !). Rappelons nous les mots de Roussopoulos : on veut pas être les égales de ces mecs là**, on veut pas la reconnaissance de cette société. Elles et nous, non, on ne veut pas le même monde – en tous cas on ne devrait pas ; elles veulent la continuation de celui-ci, avec quelques aménagements dans la distribution de la misère et de la dépendance. Patriarcat structurel, domination, cauchemar social et pénurie économiste pour et par toutes, paritairement ; yeah !

Si nous voulons la même chose nous serons anéanties, et nous l’aurons sinon bien cherché, du moins accepté. L’affaire n’est pas anecdotique ni limitée au féminisme : le printemps des c…, l’ébullition réactionnaire, ce ne sont pas que les droitières enregistrées ; c’est une fois de plus toute la société et la mouvance politique qui glissent à toute vitesse, au milieu même de leur concurrence, vers des positions conservatrices, droitières, et se rejoignent : travail, famille, nation. Je l’ai déjà dit quelques fois : le féminisme crèvera ou deviendra au mieux une annexe de l’ordre des choses, de même que tous les autres mouvements d’émancipation, s’il n’est pas révolutionnaire, s’il ne vise pas à comprendre et à renverser les formes sociales qui structurent ce monde, s’il se contente de réclamer leur « bonne » réalisation et se borne à dénoncer un toujours indispensable complot des méchants pour expliquer leur faillite. Le néo-féminisme alterno post-95 et f-tpglande sont déjà les pattes en l’air, agonisantes (euphémisme…) par pusillanimité intellectuelle ; les institutionnalistes se sont compromises avec les pires daubes réaques et avec le pouvoir étatique. Tirons nous du charnier. Combattre ses ennemies, ce n’est pas leur demander un strapontin ; et l’obtenir n’est en rien une victoire, encore moins une émancipation.

 

Á toujours leur quémander reconnaissance, sur quelques ton que ce soit, nous leur fournissons une partie essentielle du pouvoir qu’elles exercent sur nous, sans parler de leur pathétique surface médiatique. S’il y a quelque chose de plus stupide, c’est de renchérir sur les valeurs et nécessités qu’elles agitent, qui sont celles même du pouvoir, en prétendant qu’elles ne les servent pas bien et qu’on fera mieux. Ce sont justement ces fétiches qui les rendent inhumaines et obsédées, et nous leur ressemblons trait pour trait quand nous essayons de nous asseoir à leurs côtés, sous les mêmes directives.

 

Comme je l’ai aussi écrit à plusieurs reprises depuis un an, de toute façon, on va vite voir, avec la fièvre intégrationniste, citoyenne, familiste et propriétaire, qui défend quoi, et ce sera je crois parfaitement instructif. Il n’y aura qu’à ôter les lunettes de la bienveillance apologétique et convergente pour que ça saute aux mirettes. Je le répète, c’est très bien que les positions, au rythme du naufrage, se précisent. Peut-être même que ça aidera à casser quelques unes de ces dites lunettes qui nous filtrent l’avenir en rainbow inclusif, policé et raisonnable. Déjà, quand on admet les fliques du flag dans ses friends, ou qu’on mouille de subordination devant nos bergères communautaires aux dents qui rayent le parquet, on sait ce que l’on veut. On est quelques, plus nombreuses que cru, à savoir que nous ne le voulons pas. Il n’y a pas de passerelle, et ça vaut sans doute mieux.

 

Tant mieux si ça clashe. Tant mieux si nos illusions sororitaires se fracassent, au lieu de couvrir les violences envers nous. Tant mieux si on en (re)vient à des non-mixités pas inclusives du tout. Je me rappelle encore ma joie à apprendre, des jours après, quand ça avait frité, un peu, au camping antipatriarcal, en 95 – auquel j’avais refusé de me rendre précisément parce que je ne voulais plus de la mélasse relationneuse. J’en avais dansé, yes, dans ma petite maison, toute seule - toute seule, justement – avant la lente désillusion : nous ne voulions pas vraiment le clash, nous voulions sauver la boutique. Il nous faut apprendre à savoir rester et penser seules, aussi. Pour précisément pouvoir réellement après le faire ensemble, entre personnes, et pas en puddings « plus petit dénominateur commun ».

 

Ainsi que le disait Arendt, voilà des gentes avec lesquelles nous n’avons pas de monde commun, finalement, à partager. Avec qui nous ne le voulons pas, ou ferions mieux de ne pas le vouloir. Une des conséquences en est de se questionner sur notre obstination à vouloir un monde (ce fameux monde « unique et heureux », encore une fois). Et aussi sur la possibilité de ne plus vivre en monde.

 

Marre de la foire à l’inclusion – partons dans le décor ! Devenons imprévisibles. Et acquérons par cela même une liberté critique et vitale que la position de mendiantes du genre nous interdit totalement. Il n’y a pas d’avenir dans la convergence – ou alors il est très, très moche.

 

Mais tout de même, je trouve un peu effrayant qu’il faille qu’on en soit arrivées, tombées là, dans des marais pareils, peuplés de telles horreurs politiques, pour commencer à peut-être se dire qu’il y a un blème avec ce après quoi nous avons couru pendant vingt ans (pour le moins). Que le biotropisme, la culture réappropriative des formes masculines, la normalisation et l’intégration à un social structuré par celles-ci, trois en un, sont notre mort à terme, et des fois pas à terme.

 

 

 

** : j’ajoute ici au sens de refus de l’intégration du monde du capital et du patriarcat qu’opposait Roussopoulos à la notion d’égalisation civile un sens solanassien : les qui se reconnaissent dans les formes sociales dominantes qu’elles entendent s’approprier, les performent quoi, sont des mecs – et inversement. Pas par hasard qu’à peu près toutes celles qui entendent en ce moment confisquer le terme de radicales évitent soigneusement de citer Solanas – et c’est je crois bien à tort que mes petites camarades gueulent comme des brûlées dès que j’en cause : Il faudrait déjà lire et relire Scum, et pas forcément les passages qui ont le plus fasciné les antiféministes : l’attaque de Solanas contre la société n’est pas essentialiste, ni même tant que ça statutaire – et on ferait bien d’en prendre de la graine, là où on en est ; elle s’appuie sur une description et une critique frontale des formes sociales et relationnelles liées au patriarcat, en tant que telles, et en allant beaucoup plus loin dans la remise en cause des évidences que ce que nous osons actuellement (argent, relation, reproduction, etc.) ; c’est en fonction de ça qu’elle se détermine et qu’elle analyse la société, et qu’elle préconise son renversement, bref une tentative d’émancipation de la domination et de ses formes liées à la masculinité structurelle et sociale, active et formelle. Nous sommes très en retrait sur elle quand nous pataugeons dans nos néo-léninisme essentialistes de savoir qui est quoi, en proclamant la nécessité de la valeur et de la représentation, ou encore quelle classe est bonne et quelle classe est mauvaise, sans remettre un instant en cause la bonté ontologique des structures sociales de base, évidentes, dont il ne faudrait que s’emparer pour bâtir le paradis communiste ou féministe. Ce n’est donc pas pour rien que les Radfem, par exemple, évitent de trop s’en réclamer, sans parler des néo-conservatrices, communautaristes ou pas : elles voient très bien qu’elle va trop loin pour elles, et pas dans leur direction apologétique de récupération du social en l’état. Le pari que fait, nous propose Solanas, c’est que nous pouvons créer un monde, ou un a-monde, de nanas, qui ne soit plus structuré sur les formes masculines – lesquelles, je pense avec elle, ont amplement montré ce qu’elles pouvaient donner… - et débarrassé des identités qui en découlent. C’est une position et révolutionnaire, et matérialiste, analogique et liable à la critique de l’économie politique.

Je ne partage juste pas sa croyance, datée, que la technologie et l’automation puissent servir en quoi que ce soit à une émancipation ; elles paraissent bien plutôt substantiellement comme historiquement conjointes à l’économisme et à la masculinité.

Solanas a d’ailleurs tellement bousculé les quilles et les petits drapeaux des approches intégrationnistes et essentialistes qu’elle l’a payé d’un isolement absolu, d’une vie et d’une mort épouvantables. Il n’est pas, encore aujourd’hui, anodin et inoffensif de se mettre résolument en porte-à-faux de la ruée sociale. Ni de vouloir remettre en cause les évidences et paradigmes incontestés. Rien que cela devrait inciter ses contemptrices automates à relire soigneusement ce qu’elle a écrit.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 10:56

 

 

C’est le quotidien régional qui l’annonce. Que ferait-on sans la presse régionale ? C’est de là que sourdent les nouvelles vraiment signifiantes. Une t’ a été exterminée, pas loin d’ici, dans la banlieue d’une métropole provinciale, à coups de marteau. L’article s’appesantit lourdement au masculin, la décrivant comme « un travesti ». Á vrai dire je n’en sais rien et je m’en fous. En tous cas elle était publique comme telle, voilà qui compte. Quand les concitoyens d’ici en auront marre de voir ma gueule, envie de s’amuser un coup pas cher, et qu’on m’aura assaisonnée de la même manière, je suppose que le même journal régional parlera une fois encore d’un « travesti bien connu » ; il est vrai que pour faire moderne, des fois, au hasard et à la louche, on se voit promues « transsexuels ». C'est le nec plus ultra actuel à straightlande. Vont pas se casser la nénette à s’enquérir de ci ou de ça ; de toute façon on est ce qu’on naît, même les camarades lgteubés l’affirment comme vérité politique, alors… M’en fiche un peu. Pour deux raisons. D’abord les discussions ontogénésiques sur ce qu’on est ou pas me lourdent, ainsi que leurs conséquences en termes de clientélisme politique communautaire et de course à l'intégration ; d’autre part ça me fera une gigantesque jambe puisque je serai crevée.

La troisième raison, qui a quelque chose de définitif, c’est que les tueurs savent, eux, toujours, très bien qui et pourquoi, en matière de meurtres socialement et politiquement normés : on nous tue, quelle que soit notre sous-catégorie, parce que nous sommes à tuer. La réponse est dans le fait, brut. Des mecs qui muent en nana, que ce soit temporaire ou permanent, un on les baise, deux on les tue. Comme des nanas. Beh oui. C’est, quand on prend la peine de juste regarder un peu dans le tuyau, tout de suite au dessus de l’embouchure du patriarcat, de l’amour, de la famille, du bénévolat relationnel et sexuel, des sexualités en général, de l’hétérosocialité et de tout ce qui va avec en pack intégral : le viol, le meurtre, des nanas par les mecs. De personnes affligées de formes sociales f par des personnes imprégnées, boostées de formes sociales m. Le tuyau a tous les jours de très nombreuses descentes.

 

Á coups de marteau. Alors, je ne sais pas si vous suivez un tant soit peu la chronique des meurtres de f-t’s en france, mais figurez vous qu’outre le couteau, le marteau figure assez fréquemment comme mode opératoire, comme disent les fliques et les judic’s. Hé oui. Est-ce parce les bio trouvent toujours un marteau sous la main après avoir rendu visite à leur t’ favorite, que cet ustensile traîne toujours ostensiblement chez nous ? J’ai été voir la cagette à outils qui trône effectivement, comme à peu près toutes mes affaires, au milieu du taudis que j’occupe et que je n’arrive pas à m’approprier, comme disent les psy : il y a effectivement un marteau, mais il est petit. J’ignore absolument, n’ayant jamais tué personne, même qui le mériterait bien – je répugne totalement à ce genre de solution – si on peut tuer avec ça. Sinon il y a une énorme masse et une grande hache dans un coin. Là je pense que ça peut être létal. Mais avis aux amateurs, si c’est moi qui me défends avec, la douleur risque de changer de camp, comme on dit en novlangue.

Or j’ai le sommeil, hélas, perturbé. Je ne reçois pas à domicile. Enfin j’ai fini, tardivement mais résolument, par apprendre à faire comme faisaient les bundistes en période de progrom : cogner la première et sans discutaille.

 

Évidemment, aussi, et je sais que je me répète mais je crois qu’il le faut, une fois estourbie, toutes les inclusivistes transploiteuses de la famille jailliront de leurs cantines et playrooms pour venir larmoyer, bavouiller, de combien c’est horrible et de combien la violence c’est mal et de combien la méchante société est transphobe. Ouf. Que ce soient les mêmes qui m’aient précipité à l’isolement et la vulnérabilité, après avoir gravement abusé, ça, ce sera comme on dit un de ces détails de l’histoire qu’on aura la joie et le soulagement à f-tpglande d’oublier instantanément. En effet, morte, je ne pourrai plus leur river le clou et répéter ce qui a eu lieu. J’aurai enfin la gueule fermée. Ce sont elles qui auront la parole, ce sont toujours les vivantes qui ont la parole, qui établissent la vérité dernière. Comme beaucoup de mouvements politiques contemporains, celui-ci aura surtout esquinté ses marginales, plutôt que ses ennemis. L’avantage, en plus, c’est que quand les dites marginales crèvent, on reporte le compte sur les méchants d’en face, hop, et on se tartine la conscience et la pub d’autant de beurre gratifiant. Rien de perdu tout de gagné, dis donc. Si on n’existait pas, comme toujours, il faudrait nous inventer, les trop les pas assez. Ça tombe bien on existe, on se reproduit, d’une certaine manière, par l’exemple, bref on coûte rien à la famille, et on est disponibles à plusieurs exemplaires en permanence. La nature est bien faite. La culture aussi.

 

Bref, marteau. C’est tout de même ennuyeux : nous idéalisions le marteau (que d’ailleurs nous avons toujours évité de prendre, histoire de ne pas rompre des liens potentiellement profitables) comme un moyen de combat. Il s’avère qu’il sert bien plus souvent à nous assassiner. Ce qui pose immédiatement la vieille question récurrente de la prétendue neutralité des moyens, de la technique, etc etc. Je me tiens là-dessus à l’avis de mémé Arendt : c’est la fin qui conditionne tout, même et surtout quand elle est implicite, et semble précisément n’exister que comme moyens.

 

Il est possible aussi que le marteau soit, en quelque sorte, une version cheap, démocratique et accessible (bricomarché pour tous !) de la lapidation, à laquelle, je le rappelle, nous condamnent expressément, les qui choisissent délibérément et sans vergogne les formes f, les traditions abrahamiques (ou au feu, mais c’est plus lourd à mettre en œuvre). Vous savez, celles qui vont nous libérer du capitalisme, de la domination intégrale et de la valeur, après les avoir répandues dans les moindres recoins ! Concurremment avec leurs homologues de la sagesse populaire droitière du printemps des c…s, ou bien nozamies institutionnalistes néo-conservatrices « retour aux fondamentaux », soucieuses de nous protéger de nous-mêmes et de toute émancipation désordonnée, mais surtout d’extirper du social les chimères et chèvre-pieds qui bousculent et minent leur paysage idéal. Comme ça tombe bien, nous sommes à l’intersection de toutes ces entreprises de nettoyage social. Alors, hein, comme la fin, consensuelle, veut les moyens, après tout, marteau ou autre chose…

Je suis de plus en plus ébahie, de manière générale, à voir les daubes et les drouilles qu’on ramène aujourd’hui en guise d’opposition. Nature, culture, planète, complémentarité, dieu, peuple, destin, réel plus que réel ; j'en oblie et il en glisse sous la table ; toute la panoplie des tenues historiques qui nous ont menées où nous en sommes est ressortie dans l’allégresse. Carnaval. Avec quelquefois, donc, des marteaux dans les poches. Ce qui, comme je le dis plus haut, fait partie d’une tradition hégémoniquement partagée : il y en a qui doivent périr. N'en trop. On en est. Comme dirait l’autre ça tombe mal, hein ? Puisque ce qui doit être notre dû, fatalité, norme, destin, couverture sociale est écrit, clamé, déclaré, par nozamies de partout, enfin exécuté par les vraies gentes qui savent jouer du marteau – admirable complémentarité et solidarité des bio de toute obédience dans la définition et le traitement des nanas t’ - hé, que nous reste-t’il à dire, à faire ?

 

Beaucoup.

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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