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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 14:52

 

 

 

Je ne suis pas une réformatrice, encore moins une Indignée®, ni une adepte du ravalement social par la redistribution du même ou les « nouvelles valorisations » ; j’ai beau aussi ne pas avoir la moindre sympathie pour des contemporains qui me haïssent, comme ils haïssent tout ce qui est assigné féminin ; mais dans l’état où nous sommes, je ne peux pas ne pas bondir quand je lis des trucs comme le rapport de la cour des comptes, qui enjoint au gouvernement (lequel n’a guère besoin de cette injonction) de réduire encore les « dépenses sociales » ! Ben ouais, faut surtout pas aller tirer un poil de la barbe au dieu de l’économie, ni chatouiller sa main invisible, il est très susceptible. Quant aux classes moyennes, elles sont à deux doigts de la révolution fasciste. Pas touche non plus. Que reste t’il comme masse sur laquelle on puisse racler ? Ben les pauvres. Ça tombe bien, les pauvres sont de plus en plus nombreux, quelle échelle que l’on prenne. La croissance, c’est toujours une minorité qui s’enrichit et la plupart qui s’appauvrit. Et donc, encore une fois, ça tombe bien, on ne trouve de sous que sur les pauvres. Directement ou indirectement. En sucrant ce qu’ils ont encore, ou, là où ils n’ont rien, en gagnant sur la marchandise que, dépossédés, ils ne peuvent éviter.

 

C’est vrai quoi, pour causer juste des pauvres de semi-luxe qu’on est ici, foutus pauvres, avec au mieux leurs x cent euro mensuels, dont il leur faut renvoyer x pour cent de trop perçu (les goinfres !) à la caf, qui consomment pas assez pour relancer la production, qui n’arrivent pas à payer l’élec de l’hiver dernier, qui piquent dans les magos, qui ne suivent pas les procédures légales, bref qui sont totalement pas rentables, presque déjà des étrangers ! Puisque la logique des nations, des frontières, de la souveraineté c’est cela : la répartition des qui valent et des qui valent pas, des qui ont et des qui ont pas. Eh bien une nation d’ennemis de l’écosnomie a cru dans le sein paraît-il accueillant de la république. Et l’entraîne au gouffre. Si seulement, d’ailleurs ! Et si seulement on se donnait aussi un peu de mal pour faire tomber les frontières où on flingue, noie les ceusses qui arrivent, histoire d’achever de bouffer la bestiole ensemble.

 

Pasque c’est qu’ils ont raison, en un certain sens, les gestionnaires, au sens de la raison instrumentale qui prévaut et calcule : effectivement, ce qui ne produit pas de valeur, ne dégage pas de plus value, et qui est de plus en plus lourd à mesure que ce dégagement devient impossible, ne peut qu’entraîner toujours plus vite la société économique vers sa fin. Si seulement, là encore ! Mais voilà, ce genre de fantasme dans lequel tout le monde est contraint à se projeter ne meurt pas volontiers, et entend bien n’y passer qu’après nous. C’est à qui achèvera l’autre, de l’économie ou de nos peaux.

 

Le bien commun, la solidarité, c’est le syndicalisme d’intérêts de ceux qui parviennent encore à compter, à valoir, provisoirement, et qui ne peuvent, restant dans cette position, que pétitionner l’etermination des en trop qui ne valent plus assez, et qui les dévalorisent à leur tour. Inutiles au monde, comme écrivait Geremek, inutiles, disons le même néfastes à ce monde d’utilité et d’utilisation totales, qui ne sait plus de quelles chairs humaines faire feu ! Il n’y a pas de meilleure, de plus efficace haine sociale que celle qui s’hypnotise sur le bien commun, alors même que celui-ci dévore paisiblement – mais hiérarchiquement – l’ensemble humain. Rationalité meurtrière et résignée. « Crève aujourd’hui, moi demain », est l’ultima ratio de l’appropriation et de sa légitimité – « j’ai le droit c’est à moi ». La liberté finit là où commence etc. Cannibalisme. L’important est de rester le terminator d’autrui. Le jour où tu l’es plus t’as perdu ! Y en a un qui va s’occuper de toi, il est déjà dans ton dos, avec les huissiers et la force publique qui protège la propriété.

 

On comprend pourtant bien, à lire ça, que l’aboutissement de la logique à Migaud et compagnie, c’est que ce cancer disparaisse. Que qui ne vaut rien meure. Les pauvres sont bons à rien, dans le monde de la valorisation. Pas même à être forcés au travail, ça coûterait encore des sous. La logique, telle qu’elle s’impose depuis des décennies, et de plus en plus crûment, c’est la mort. L’extinction de ce qui ne rapporte pas. Sans parler de ce qui n’est pas valorisable, de ce qui risquerait de passer outre la monétarisation. Haro ! Fraude ! La seule alternative, qui apparaît plutôt comme un palliatif avant l’écrasement, étant dans une systématisation de l’auto-exploitation pénurique, de l’auto-entreprise au micro-crédit en passant par le crowfunding ; pauvres, financez vous, montez vous les uns sur les autres, puis faites vous rendre gorge les uns les autres ! Le darwinisme social reconnaîtra les siens ! Dans le monde de la liberté et de la nécessité, il est primordial que les gentes prennent soin d'eux-mêmes ; en termes clairs, que les pauvres et autres en trop s'entréliminent, spontanément, délibérément, sous les meilleurs prétextes qui ne manqueront jamais. 

 

Là aussi, je sais bien, c’est comment dire fruste et limité, mais si on ne laisse pas vivre, à un moment, les promis à la mort ne se laisseront plus tuer, et peut-être même, cauchemar des magistrats, se mettront à frapper autre chose que d’autres pauvres. Ça ne suffira pas, si on ne sort pas de la production/reproduction, mais ça sera quand même indispensable. Ça l’est déjà.

 

Ni valeur, ni appropriation, ni frontières !

 


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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 10:05

 

 

 

Comme des brûlés ! Les longs nez de la révolution réactionnaire qui commence à submerger tout le social, toutes les consciences, par une intimidation à laquelle nous répondons par la résignation active aux « nécessités », histoire de nous dire vaguement que nous aurons quand même été acteures quelque part, beuglent comme des malheureux parce qu’une, je dis bien une, et évidemment celle qui portait le moins de conséquences, des propositions sur l’avortement de la commission Bousquet, pourtant pas réputée pour son avant-gardisme, a été retenue par les députés soces, contre même la volonté du gouvernement qui n’en voulait aucune, histoire de vernir son virage à droite toute et sa réconciliation nationale ! Et, ne l’oublions pas, après le silence décennal, l’absence de toute demande d’extension des délais ou de dépénalisation réelle, par exemple, de toutes les assoces qui n’osent même plus souvent se dire pro-avortement, tellement elles ont peur que la moindre positivation de la chose leur retombe sur le museau. Une, donc, la « notion de détresse ». Je rappelle qu’étaient proposées aussi l’abolition du préambule pro-vie de la loi sur l’avortement, et surtout la réduction du « délai de réflexion », de huit à deux jours. Ah mais ça, dès le lendemain NVB nous avait bien averties que ça allait pas être possible, qu’il n’était pas du tout question de « bouleverser les bases sociales », antienne qu’elle nous ressort désormais en réponse – négative – au plus plates et rampantes demandes d’extension quelconque de ce que l’état nous laisse d’accès à nous-même (en général sous contrôle). C’est qu’il faut donner du grain, justement, à la droite, et à une population dont on voit bien désormais, jusques aux plus malvoyantes amies du peuple, qu’elle ne rêve, dans le naufrage social et économique, que haine, revanche, retour aux fondamentaux, asservissement complémentaire des femmes et chasse au minorités. Comme des brûlés donc qu’ils ont gueulé en défilant, les pro-vie (et quelle vie !), pour ce seul petit amendement résiduel et honteux de lui-même. Avec leurs affiches où un gros escargot s’apprête à manger des petits lardons rose et bleu – si seulement ! si seulement les thèses de genre amenaient un quelconque renversement de l’ordre sexué et relationnel – mais non, à cette heure ça se réduit à une plus grande affluence autour des étalages de formes hétérotes et masculines, pour toutes ! Les réacs ne mesurent même pas cette victoire paradoxale de leurs idéaux – mais c’est normal, ils ne comprennent rien à eux-mêmes et sont peu partageux. D’ailleurs, intuitivement, ils sentent bien que désormais l’avenir leur appartient, à moins d’une grande surprise historique. Et qu’il n’est plus question pour eux de partager ni même d’annexer les marges, mais de se préparer à les détruire. Ils se sentent portés par l’esprit du temps, ça va bien au-delà des droits des femmes (mais ça commence par là), c’est la révolution réactionnaire qui monte d’en bas, le printemps radieux des c…s. Ça sent le rappel de toutes les « revanches » historiques, comme de toutes les exterminations salutaires. On va s’amuser, je ne vous dis que ça !

 

Quant à l’égalité, l’objet de cette loi, provisoire d’ailleurs et déjà condamnée par la fin de l’économie pour tous, ce sera celle de la concurrence et de la valeur monétaire, c'est-à-dire effectivement la discrimination qui résume la domination : vous serez ou non rentables, vous survivrez ou non. Au reste, si le « droit à gagner autant » (si tu es rentable évidemment) est consacré une fois de plus, même le petit amendement sur l’action collective en cas de discrimination a été supprimé – faut pas embêter le dieu de l’économie, sinon y va nous punir ! Classe ! Les conséquences de la rentabilisation sont déjà à l’œuvre, sous les prétextes les plus divers, sur une bonne partie de la planète : élimination autogérée. Au moindre coût autant que possible (la famine, la maladie, les objets contondants et les voitures piégées se montrent souvent plus productifs que les bombardiers high tech, qui coûtent cher l’heure de vol et qu’on ne sort plus guère que pour allumer le feu). L’important, c’est la croyance commune qu’il y a plein de monde en trop, dessus, dessous, pour quelque prétexte que ce soit, ça on en trouve toujours. Quand ça viendra « chez nous », on pleurera, on dira qu’on n’avait pas voulu, etc etc. mais l’histoire n’a que fiche des larmes de celles qui l’attisent et la dirigent – c'est-à-dire nous toutes ! C’est ça l’égalité devant la valeur, discrimination naturalisée, des démocrates (et des pas démocrates) éconocroques. On en est déjà bouffées, on l’en sera encore plus. Jusques au trognon. Le capitalisme n’a d’autre fin que lui-même. D’ailleurs, en ce qui nous concerne immédiatement, outre l’appauvrissement qui se fait déjà sentir et la criminalisation de toute tentative pour y pallier, ce sont des raisons, comme on dit, budgétaires, qui chapeautent déjà le vide des droits subsistants, et qui, mixées avec le retour aux fondamentaux, patronneront les lois démocratiques et républicaines qui les aboliront. Là encore on va se marrer ; le patriarcapitalisme a encore devant lui une bonne vieillesse, sur un tas de cadavres formellement égaux.

 

Parce qu’évidemment, avec en plus ce qui se passe delà les Pyrénées, cela rappelle également douloureusement ce qu’implique que le rapport à soi soit contrôlé, sanctionné, permis, interdit, par les lois et les alternances politiques. On entre dans la réaction généralisée, plus touche à nos vilaines parties ! Et il n’est pas question, au regard de ce bien commun que brandissent aussi bien les cathos les plus réacs que les républicaines les plus… euh… ben réaques aussi, qu’on puisse prétendre agir sur soi sans contrôle et autorisation (ce qui pose évidemment aussi le problème du dédoublement objectivant, mais on n’en est fichtrement pas là, on en est à la trique de l’état et des services annexes). On a voulu (et on veut encore) transiger, croire que l’état est là pour notre bien, et toutes ces antiques palinodies ; paf sur le bec ! On va en voir de drôles. On n’a pas voulu organiser la liberté clandestine et autonome ? Eh bien on y sera forcées, à nouveau, et dans les pires conditions. Et tout autant empêchées par la bienveillante sollicitude de tous les échelons de contrôle social, sanitaires – sans oublier ce qu’il y a toujours au bout de cette bienveillance : les fliques les tribunaux, la prison. Et on a tellement voulu croire qu’on pouvait se servir de la puissance d’état, du contrôle social, à notre profit, comme on croit si facilement que si on est « différente », faire les mêmes choses que les autres, user des mêmes leviers sociaux, ne portera pas à mêmes conséquences. Croyance, essentialisme, que toutes les baffes que nous nous prenons n’arrivent jamais à décourager. Ou bien, quand ça tourne vraiment mal, comme maintenant, et que nous sommes plus que découragées, alors nous sortons le triste joker de « c’est pas possible autrement voilà tout » ! Mais envoyer promener le barda et nous tourner les unes vers les autres, ah ça pas question, qu’est-ce qu’on ferait donc ? On risquerait même de s’ennuyer ! C’est ça, c’est ça qu’on a tiré de décennies, de siècles de tentatives d’émancipation ?! Eh ben, sûr, on a pas le cul tiré des ronces.

 

Pendant ce temps là, mes camarades transses intégrationnistes se plaignent, à juste titre d’ailleurs, que tous les amendements concernant nos petites histoires aient été repoussés, dont un directement sur pression de la ministre aux droits des femmes. Bien tiens ! Comme si c’était étonnant. Bon, on sait ce que je pense de notre « légalisation », qui ressemblerait probablement à celle, par tolérance et dérogation et sous surveillance, de l’avortement ; comme toutes les légalisations quoi. Et surtout, que ce n’est pas le petit f sur nos faffes dans notre sac à main ni les lois antidiscriminations qui empêcheront dans quelques temps la chasse à courre dans les rues à nos gueules de travers. Est-ce que les naturalisations ont en quoi que ce soit diminué la haine des blancs envers les minorités racisées ? Pas d’un poil. Carte de vrai français dans la fouille ou pas, les sales gueules pas blanches sont tout autant persécutées, humiliées, flinguées par les fliques (et les autres)(1). Le rapport social « plus vrai que vrai » l’emporte toujours sur la vérité juridique, et finit d’ailleurs toujours aussi par soumettre, aligner celle-ci (bien tiens, c’est la volonté du peuple !). C’est valable aussi pour la haine des femmes. Les mecs sont prêts à aller en taule et à l’échafaud pour continuer à battre, à dominer, à violer. Il n’y a pas d’issue à ce monde dans le juridique qu’il a engendré : il n’y a de sortie possible que dans le renversement des rapports sociaux et la remise en cause de leur objet (la hantise des républicaines comme des communautaires), ici se débarrasser de la sexualité et de la mequitude.

 

Par ailleurs c’est exact que NVB nous a dans le nez, les transses, ce qui est d’ailleurs le cas de la quasi-totalité de la population cisse. C’était déjà notoire quand elle était élue locale à Lyon ! Elle nous hait d’une haine tripale, spontanée – et là encore c’est selon la cisnorme. Elle abhorre de toute façon, en bonne républicaine positiviste, tout ce qui n’est pas straight, tout ce qui lui semble risquer de « bouleverser la société ». Et on sait à quel point on nous prête à ce sujet un pouvoir de défaisage du monde que nous n’avons, de mon point de vue malheureusement, pas ! Un peu comme on impute aux juifs une puissance occulte, prévaricatrice, en somme une existence illégitime, féminine quoi (2). La haine fantasmatique envers les transses et celle envers les juifs ont quelques aspects sacrément en commun, et sont tout autant populaires, consensuelles, l’une que l’autre. C’est nous qui mettons des clous dans la forcément bonne sousoupe (tiens, ça rappelle aussi la sorcellerie) ! La misogynie qui structure ce monde en a de ces drôles de polypes historiques. Ça me fait penser à une autre que j’ai connue aussi à féministlande, une opportuniste du même tonneau, dont les propres amies riaient dans son dos, autrefois, avant qu’elle prenne du pouvoir et qu’elles se retrouvent dans sa dépendance, tellement elle haïssait rabiquement, démonstrativement, les transses, devenait blême et tremblante dès qu’une transse était signalée à moins de cinquante mètres. Aujourd’hui elle a des responsabilités, il faut un peu se tenir, trouver des prétextes sortables, comme NVB, alors ce sont ses entrailles qui font des loopings en off en présence des monstres, et le vomi haineux à la Reymond qui sort intermittemment, quand elle se croit en complicité. Ça c’est vraiment ce qu’on peut appeler de la phobie ou bien les mots n’ont plus de sens. Mais c’est aussi un type, la manifestation d’un de ces ordinaires réinvestissements de l’énergie refusée à la critique des conditions de vie en haine sociale ressentimenteuse néo-conservatrice envers les plus faibles (la fameuse « tyrannie minoritaire » vous savez !), qu’illustrent aujourd’hui les Le Doaré et les Dufresne, comme mes hétérobio agresseurs de voisins, ou les « réac’s pour tous » qui déferlent : obsessionnelle, mais au moins visible, meurtrière cependant vu la lâcheté solidaire des cisses ; la majorité dans ce milieu militant qui se dit « inclusif » (warf ! faut voir comment - ) hait, méprise, craint d’ailleurs tout autant les transses (surtout celles qui ne baissent pas la tête, mais les autres auront leur tour, pas de panique !) mais essaie de ne pas trop s’en rendre compte elle-même, d’où une violence sourde, non dite, tordue. Ou déléguée aux premières.

Mais derrière ces « phobies », il y a tout simplement la vague sociale du rêve d’un retour au fondamentaux, où les rôles sont complémentaires, où il n’y a que vrais hommes et vraies femmes, où tout le monde cultive, produit, consomme, jouit, enfante, familie, que ce soit hétéro ou homo. Presque toutes restons tournées vers des passés fantasmatiques, des trente glorieuses au « matriarcat originel », via toutes les nations possibles et imaginables, tellement nous ne croyons plus à la possibilité de crever les murs de ce monde, ni souvent, finalement, ne le voulons ! Et ce cauchemar polymorphe est équitablement, épouvantablement partagé par des qui croient encore (mais pour combien de temps ?) être dans des options politiques opposées. Alors que la plupart communient déjà avec les formes qui contiennent notre condamnation et notre anéantissement, à toutes ou peu s’en faut.

Cela fait longtemps, hélas, que les positions qui se croient contestantes, par manque de critique radicale, sont de fait dans la concurrence et dans la surenchère de réalisation des formes sociales en vigueur qui conditionnent totalement, amoindrissent le réel et ferment les possibilités au nom des nécessités intériorisées. La haine sociale semble à présent devenir, par-dessus la « compétitivité », une de ces nécessités. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire, mais c’est peut-être avec une extension et une puissance jamais atteintes.

 

Et pour comble de malheur, de bêtise aussi, de résignation roublarde, nous-mêmes commençons à suivre la logique du pire, à nous évaluer selon les critères qui sont ceux auxquels s’identifient ces gentes, et auxquels nous adhérons insensiblement, plus ou moins consciemment, en reprenant leurs formes d’organisation et de finalités (assoces, gestion communautaire de la population, etc.). Avec des conséquences évidemment identiques. F-tpglande commence à éliminer les transses qui n’apportent ni compétence, ni richesse, ni avantage en nature, comme on dit. Sans parler des qui font chier – et ce ne sont pas, par exemple, tant les caractérielles qui sont visées par cette définition que les trop critiques (mais patience, les caractérielles, enfin celles qui n’auront pas de valeur, suivront juste après dans le broyeur !). L’air de rien. L’avantage, en période de réaction et de naufrage, c’est qu’il suffit de ne rien faire, de regarder ailleurs, de soupirer éventuellement, pour obtenir un résultat radical. Les autres s’occupent de tout le technique, de l’intendance quoi. On en est (mais a-t’on jamais été plus loin ?) à ce que les t’s ont tellement peur de perdre leur reconnaissance, leur carte de séjour délivrée par cislande, que le soutien envers d’autres t’s doit être contresigné, avalisé par les cisses de tutelle ; et on cause de « communauté trans ». Quel foutage de gueule ! Et qui montre bien à quel point les t’s ne croient pas en leur propre réalité, pourtant clamée bien fort par leurs automédia : il faut que les cisses les confirment, leur donnent leur billet ! Et ainsi de suite dans l’escalier social. C’est toujours l’échelon supérieur, et en fin de compte les « nécessités communes », qui décident si tu as le droit de survivre ou pas. Et nous y croyons ! On a bonne mine, de prétendre à tue tête que « personne ne peut dire à notre place qui nous sommes », jusques d’ailleurs à l’interdiction de nous penser nous-mêmes pasque ce serait trop dangereux qu’on puisse dégager une problématique politique et sociale autre qu’identiste, et dans les faits de remettre l’entièreté de cette définition à nos tutelles cisses, qui elles doivent forcément savoir et en tous cas pouvoir, et dont nous n’osons pas nous détacher, à l’état qui distribue les extraits de naissance, à la logique d’évaluation utilitaire qui prévaut en capitalisme, enfin à la domination en général qui nous assigne notre place effective dans ses poubelles. Nan mais des fois je crois que des bouffons bouffonnes comme nous, les t’s, y en a pas eu depuis longtemps sur le marché équitable, et malheureusement que si on vient à nous crever toutes à la fin, on aura scrupuleusement tout organisé pour que ça marche. Si nous bouffonnons, hélas, ce n’est pas dans l’audace, mais par pusillanimité.

 

Le pire, c’est que nous sommes toutes dupes, et dupes consentantes, de ce qui se révèle finalement pour une haine systémique de nous-mêmes, de l’assigné féminin et de ce que nous pourrions porter de résolument négatif, de toute sortie. Nous sommes dupes par notre désespérante adhésion, identification aux structures, au formes et au nécessités que nous tend comme autant d’hameçons le système patriarcal, économique, relationnel ; de croyances envers les baudruches mortelles de son propre fétichisme acéphale dont nous achevons de parfaire l’hégémonie. Nous sommes dupes à fond de la confusion entre ressentiment réappropriation récup’ et émancipation possible. Nous sommes dupes des thèses daubées du moindre mal, dupes de la croyance utilitaire en la prééminence des buts et des fatalités sur nos peaux (enfin si possible d’abord celle de la loquedue là bas dans le coin, puis celle de la voisine, après éventuellement la mienne…) On ne peut guère imaginer plus misérable faillite, façon de chuter dans la machine en nous entraînant, en nous y poussant les unes les autres.

 

Toutes dupes, les républicaines hégémonistes « retour aux fondamentaux » et bien dégagées sur les oneilles, les alternaféministes pourries de lâcheté affinitaire, de peur de penser et de compromissions, les transcommunautaires responsables qui tentent de faire admettre les plus rentables d’entre nous dans le dinghy à la remorque de la valorisation et gèrent honteusement l’élimination des autres. Cela ne nous exonère évidemment pas de la responsabilité que nous avons dans les saletés que nous faisons au nom de cette duperie, mais c’est pas permis d’être aussi cyniques et aussi bêtes, car nous en sommes à terme toutes appelées, dans l’ordre hiérarchique inversé, à passer à la broyeuse. Et notre slogan de fond devient celui du capitalisme finissant : « crève aujourd’hui, moi c’est pour demain ! ». Classe. Pas étonnant qu’en attendant notre tour, nous passions notre temps résiduel à mater des docu-fictions sur le passé héroïque – qui nous a toutes, de toute la planète, menées où nous en sommes ! Tout cela dans la plus pure tradition achevée de la totalité (Béatriz, il ne faut jamais appeler à la totalisation de quoi que ce soit, c’est amener un malheur imparable sur sa tête et sur celle des autres !)

 

Pourtant c’est de plus en plus clair, notamment en ce qui concerne le bas du panier. Les intermédiaires en cours de dévaluation elles-mêmes nous font désormais bien comprendre qu’elles se sont assez forcées à faire semblant de nous laisser une place (et quelle place !), le cynisme naturaliste, fondamentaliste, revient en force. Mais voilà, il ne fallait rien leur demander ; si nous étions, vraiment, comme nous l’avons prétendu, eh ben il fallait l’occuper, cette place, sans visa. Demander, que ce soit poliment ou pas, quoi que ce soit à qui a le cul posé sur sa tête, c’est éternellement l’avoir dans l’os. Il n’y a que si nous nous faisons réellement égales, et pas en fonction d’une « valeur suprême » de reconnaissance ni d’évaluation, qu’on pourra se regarder et se trouver.

 

Est-ce qu’il est encore temps, déjà pertinent, d’appeler à un réveil et à un refus de cette rapide glissade vers l’utilitaire, la normalisation, la droitisation et pour nous, finalement, l’anéantissement ? Ou faut-il attendre qu’il y ait encore plus d’effacées sur la photo de famille ? Il y en a déjà pas mal, j’en ai connu un taf en deux décennies.

 

Il ne s’agira pas d’essayer de recoller le verre en pyrex ; il est cassé, bien cassé, et chercher sans cesse à rafistoler les formes, les idées, les pratiques qui nous ont menées dans l’impasse, ce qui semble être actuellement toute la tâche du militantisme, eh bien c’est mort ! Il s’agit donc d’examiner et d’inventer, et de parer au plus pressé non plus en faisant mine de mettre des pansements de plus en plus institutionnels et dépendants du système même qui provoque isolement et misère, mais en faisant face, et en cessant de s’entréliminer.

Un avenir immédiat possible n’est pas dans le faire, qui nous a entièrement constituées en rouages de la machine à tuer, mais dans le cesser de, la grève quoi, mais une grève résolue de la réalisation des formes sociales, afin de nous retrouver. Pour nous entraider, il faut déjà commencer par cesser de nous entredétruire, d’y consentir en le déléguant.

On ne relancera pas la critique ni l’action féministes par l’amalgame ni par le consensus ; c’est justement de ceux là qu’on joue depuis trop longtemps et ça les a faites crever. Et nous avec, parce que l’usage de ces structures se fait toujours par rapport à des formes autonomisées, idéales, qui nous mènent à nous anéantir pour nous conformer à leurs contradictions niées. En finir avec la convergence et l’unité, lesquelles nous écrabouillent toujours dans l’unicité. On les relancera à partir de nous-mêmes, et de nous-mêmes un peu déchargées de tout ce qu’on a voulu y faire entrer, qui ne chercherons pas à ressembler peureusement les unes aux autres, ni à ressembler forcément à quoi que ce soit. Si possible en évitant de glisser dans les ornières déjà largement creusées de la dénégation, du "tout est dans tout" et du réformisme libertaire...

Ce ne sont là que thèses, parmi bien d’autres à espérer ; mais si quelque chose se dégage, tout de même, c’est bien ne pas recommencer encore ce qui nous a menées où nous en sommes !

 

Sans critique radicale de nos prémisses et sans changement tout aussi radical de nos comportements réciproques, il n’y aura bientôt plus de féminisme, si ce n’est un croupion réactionnaire, pragmatique et résigné, soumis à toutes les instances forcément supérieures, en attendant l’abattoir.

 

 

 

 

 

(1) Soyons pragmatiques ; la naturalisation repousse la menace de la déportation. Je dis repousse parce qu’il y a déjà eu des lois de dénaturalisation, dans l’histoire contemporaine, et que je suppose que quand il faudra purger la population pas rentable, les républicains en redécouvriront les vertus. De même, le changement d’état-civil nous permettra, quand on nous foutra en taule, remède éprouvé à la non-rentabilité avec l’assassinat direct, de nous faire casser la gueule par de vraies nanas au lieu de nous faire violer par de vrais mecs. Elle est pas belle la vie en démocratie ?

 

(2) On peut lire deux analyses que je trouve assez convaincantes à ce sujet de Postone dans les Épines. Par ailleurs un recueil d’articles de lui à ce sujet est paru récemment : Critique du fétiche capital

 

 


 

 

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 10:34

 

 

Misogynie, m-valorisation : rien de spécifique, non plus que de fatal

 

 

 

Ce n’est pas une fois, mais quelques, que je l’ai entendue, celle là, à tpglande, dans la bouche de nanas t’ ; fagotée plus ou moins crûment, mais au sens toujours identique et très clair : je me fais chier avec les femmes trans, je ne vois pas ce que je pourrais partager avec, je me sens bien qu’avec les garçons trans, les nanas ou les garçons cis, dark vador, tank girl, enfin bref tout ce qui n'est pas une transse. 

 

(Nanas, garçons… chez nous ne dit pas trop homme et femme, ce sont – et j’en conviens avec allégresse – des très gros mots. Sauf qu’en convenir ne suffit pas, il faudrait les défaire réellement – et là, ça biche. Nous n’en avons rien défait, au mieux repeint les bordures, et glissé vers la normalisation. Je crois que nous sommes à ce jour, finalement, arrivées à 99 pour cent à nous trouver être des femmes et des hommes t’s, même si honteusement et torvement – je parle, évidemment, de la famille f-tpg. Tant pis. Encore ratée !)

 

Je n’y vois pas même tant une profession de foi hétéra (une part notable de celles qui m’ont dit ça se définissent d’ailleurs comme lesb’ – ce qui est facilité par la réduction de ces catégories à des orientations sexuelles, la socialité et le choix d’un monde en étant exclues) que la conséquence de la profonde misogynie qui imprègne tout le social, tout l’identiste. Nous ne pouvons pas nous trouver, pas même rester avec nous-mêmes, sinon forcées, parce que l’affirmativité de fond nous traîne, nous tire, nous fait glisser avec obstination vers les formes masculines et ce qui les porte. Et que la négativité, la profonde remise en cause que nous pourrions porter nous fait horreur, nous dégoûte et nous effraie. Rien de très neuf là non plus - je renvoie à ce que remarquait Bindseil il y a trente ans ("La fabrication sociale...", dans le buisson d'épines conjoint).

 

C’est la même soif d’authentique, sans doute, et de valorisation, qui nous pousse en général vers les cis, même si nous passons notre temps à nous plaindre de leur mépris, quand ce n’est pas de leur haine. La vérité est ailleurs. Précisément là, à bio-m-lande.

 

Comme d'habitude, je ne cause pas là des personnes, en tant que pack identistes à juger politico-moralement, à approuver ou à condamner ; et encore moins de "ce qu'on devrait être/pas être" ; je parle des formes sociales que nous incarnons et (re)produisons.

 

Vous aurez remarqué que je ne cause pas de « transmisogynie », comme le font plusieurs de mes camarades. Tout simplement parce que la misogynie et le masculinisme dans lesquels nous baignons et que nous reproduisons ne sont pas plus spécifiques que ne l’est, finalement, la transitude, ou la f-transitude. Une fois de plus, je crois qu’il nous faut, à regret j’en conviens, abandonner l’idée que nous avons, à ce jour, amené quoi que ce soit de neuf au guignol social-genré, ni que nous introduisions des éléments autres. Au mieux, si j’ose user ici de cette appréciation, nous en avons tiré les caractères un peu plus loin. Mais nous faisons tout notre possible pour éviter de manifester les remises en cause possibles. Pour oublier ce possible. Pour trouver place. Exister dans les catégories imposées. Intention tout à fait conséquente en elle-même, d'un point de vue utilitaire et de survie, sauf que ça ne marche pas pour nous, les éléphantes du genre. Et que ça marche d'ailleurs de moins en moins et pour de moins en moins de gentes au gré du rétrécissement de la portion rentable de ce monde.

 

Le concept de transmisogynie, avec son à-côté, comme l’ont tous les concepts de ce type, de regrettable erreur qui ne devrait pas avoir lieu dans le meilleur des mondes des genres, ou de l’économie d’échange, ou de la citoyenneté, etc. – nous laisse dans la rade où nous nous sommes un peu sabordées, et est tout à fait insuffisant à nous sortir de quoi que ce soit où nous sommes. Parce qu’il n’arrive pas à rejoindre une critique de fond, et par ailleurs ne parvient pas à se défaire de l’idée vague d’un nécessaire paradis des identités, où elles seraient toutes égales, toutes part d’un grand gâteau gourmand winner-winner qui grandirait sans cesse par quelque magie. Bref parce qu’il ne parvient pas à se dire franchement que la hiérarchie m/f, valorisé dévalorisée, n’est peut-être pas dépassable en l’état, se maintient dans les utopies redistributives. Et qu’il faudrait alors nous débarrasser du m. Bref que le principe même d’un monde de valeur, c’est que tout ne se vaut pas, tout en étant emprisonné dans la même cage d’évaluation. L’exigence d’équivalence, indexée sur une tierce faussement neutre, entraîne l’inégalisation.

 

Dans les faits, cela crée entre autres notre aversion réciproque les unes pour les autres, avec les plus miteux prétextes, style que telle ne pense ou ne dit ou ne fait précisément pareil que ce qu’il est attendu (et par qui, quoi ?) qu’elle doive – mais les cis et les m-t’s après lesquelles nous courons, singulièrement, peuvent se permettre les plus grandes fantaisies, sans parler évidemment du pouvoir discrétionnaire de reconnaissance dont elles usent à notre égard, nous n’y trouvons rien à redire. Au contraire, nous nous transformons, incluons des éléments misogynes, rigolons grassement – oh oh oh – de nos propres caractères (il paraît que quand c’est nous qui nous humilions c’est subversif…), nous alignons bref autant que possible, en externe ou en interne, sur ce qui est un des aspects du sujet social contemporain (qui est de se placer aussi près que possible d’un idéal aujourd’hui masculin, blanc, producteur de valeur, consommateur de plaisir - ou l'inverse - intégré, complémentaire, souverain, efficace, etc…), afin de leur plaire – et à notre propre fantôme social, lequel chuchote dans notre dos ! Alors tu parles, z’auraient bien tort de se gêner. Ce en quoi nous nous comportons totalement, identiquement, il importe de le resouligner, comme la plus grande partie des nanas bio – soumission self-hate ou compétition pour l’incarnation des formes m, l’une n’étant pas exclusive de l’autre. Hétérolande, meclande et biolande sont partout, de même que la valeur et de l’identité, et toutes les réalisons avec émulation ; et nous nous mettons très profondément le doigt dans l’œil lorsque nous nous imaginons, essentialisme de statut aidant, que nos contorsions trans changent quoi que ce soit au schéma, dans la mesure où tout, et toutes, sommes tournées vers un impératif unique, débité en portions diversement colorées et fourbies.

 

Je dirais au contraire que si il apparaissait, bien malgré nous, quelque chose de spécifiquement trans, ou transse, nous serions bien embêtées avec, et ne saurions qu’en faire. Á ce jour, rien n’est apparu dans notre sillage qui tranche avec les caractéristiques majeures du présent ; ni le jeu d’un genre toujours binaire et hiérarchisé, même au détail, ni l’intégrationnisme aux formes « neutres » de la féroce nécessité (et l’ahurissement toujours aussi naïf que oh zut, ça marche pas et ça tue !), ni même la dépendance au médical. Ou si c’est apparu, hé bien aucune d’entre nous, moi y compris, ne l’a perçu.

 

Mais voilà. Ici, je ne peux que reconnaître que j’entre dans le parti pris, et que je le prends sans vergogne aucune. Non, je ne crois pas que le sujet social soit pluriel, qu’il y en ait autant que de statuts dans l’échelle du pouvoir et de l’appropriation. Et non, je ne crois pas, en conséquence, que ces statuts sociaux changent quoi que ce soit à l’usage des formes sociales ni à leur ordre. Ce sont elles, par jeu de retour fétiche, qui s’autonomisent à travers notre enthousiasme ou notre résignation, et gagnent à chaque fois quand nous pensons les utiliser, si subversivement soit-ce. Elles tendent vers la réalisation d’un seul idéal, appropriateur, valorisateur, productif, masculin. La concurrence pour s’en approprier les éléments, les revenus et les manettes n’est pas de l’opposition, ni de la désertion. Et je crains que les conséquences n’en aillent toujours, là encore à notre stupéfaction indignée à chaque tentative, dans le même sens, et nous retombent sur la gueule avec constance.

 

Le cynisme appropriateur, faussement fataliste, qui caractérise in fine tout l’ordre cannibale de la gestion, est une puissante forme motrice de cette répétition. Nous sommes hypnotisées par la (peut-être prétendue) nécessité de distribution et d’attribution de tout ce qui est identifiable, consommable, finalement échangeable. Cette forme structure, meut, crée peut-être même économie, justice, identité, relation, bref tous nos gimmicks favoris, nos royaumes de dieu que nous espérons voir descendre un jour sur terre, alors qu’il est vraisemblable que nous pataugeons dedans depuis des temps immémoriaux. Pataugeons même est souvent de trop : nous sommes les créatures, indéfiniment ajournées et désespérées, de cet humus social. Il faut toujours pouvoir dire qui est quoi, quoi est à qui, qui a fait quoi, non pas tant même pour le savoir que pour débiter-créditer nos comptes-fantômes, imputer nos souffrances, monnayer nos joies. Là encore, il est probable que les conséquences sont plus celles de le perfection que de l’imperfection de ces immenses moyens. Et du rêve « gagnant-gagnant », toujours plus, qui a fini par en issir comme revendication ouverte. Mais ce darwinisme social aboutit de fait à notre extermination autogérée, notamment celle des plus faibles – catégorie toujours abondée par cette logique qui fait choir de nouvelles personnes et de nouveaux groupes en deça de la valorisation. Enfin, que ces tropes « accompagnent », immémorialement aussi et toujours se renouvelant, l’hégémonie de la valorisation des formes assignées masculines que l’on peut nommer aussi patriarcat, ou viriarcat, n’a probablement rien de fortuit, et présente au contraire les caractères d’une totalité systémique.

 

Cela fait longtemps aussi que j’ai pu voir, ou apprendre d’autres, les limites du séparatisme. Celui-ci ne participerait d’un déraillement que si, au-delà des retrouvailles, il incluait une volonté critique radicale de ces fondamentaux que toutes les citoyennes ou candidates à se disputent, lesquels forment à mon avis un cercle qui se mord la queue, depuis le naturalisme rampant jusques à la modernité cyberphile. Tout seul, il ne nous empêche pas de reproduire et de décalquer fidèlement les impératifs que nous suspendons au dessus de nous. Je ne crois pas du tout à la vertu de l’oppression, de quelque côté qu’on la prenne, pour créer par quelque magie socio-mécanique de l’émancipation ou de la lucidité. Non plus que la minorisation entraîne par elle-même une opposition au logiques qui l’imposent. Notre espèce de fascination pour les capacités des pires ne nous a menées à ce jour nulle part qu’au fond de la tranchée que l’ordre discriminatoire et brutal continue à tracer. La surenchère dans la dureté, sous prétexte de nous empowerer et de nous blinder, nous conduit en fait à prendre en charge nous-mêmes notre sélection et notre destruction, en fonction d’un prétendu réel « naturellement » ou « inévitablement » punitif qui recouvre en fait l’intériorisation des règles d’évaluation de plus en plus étroites de l’ordre économique et politique. Séparations, pourquoi pas ? mais à condition de reconsidérer d’emblée à la racine comment nous entendons la, les vivre, que je crois bien plus décisif que les pourquoi dont on ne manque jamais pour couvrir ce comment monolithique. Et conséquemment : séparations de quoi et de qui ?

 

Je crois plutôt que l’affaire serait de nous faire vivre un peu – ce qui n’a rien de si simple -  et de cesser de courir, de concourir après la réalisation d’une ou de plusieurs formes unificatrices qui nous rendraient enfin humaines et heureuses. Tu parles ! Cette course même semble plutôt produire en masse brutalité, inégalité, rapports de pouvoir et de privation. Et la cohue dans le décrochez moi ça des buts et des objectivations empêche peut-être de voir que ce sont les moyens dont nous croyons user, et qui usent de nous, qui sont déterminants de notre malheur. Il se peut que nous n’obtenions, de nous-mêmes à commencer, que l’identique, si nous ne tentons pas un examen de ce qui nous semble aller de soi. De même que peut-être une sorte de déflation ou de perçage de la masse de l’identique revendiquée. Enfin d’une défiance envers attirances et désirs, qui peuvent constituer la nourriture d’un dispositif de renaturalisation permanente des structures de l’ordre par lequel nous nous esquintons.

Ce pourrait en venir à une analyse critique et active de fond, pas d’aménagement ou de rattrapage, de la partition attributive misogyne/masculine de tout ce qui constitue ce monde. Et pas d’un point de vue de rattrapage, cela voudrait dire ne pas céder à l’hypothèse complémentariste, nécessitaire, intersectionnelle, qui croit à la possibilité de s’en sortir en gardant toute la drouille redistribuée, mais prendre parti résolument pour les formes dévalorisées, les formes f, afin de tenter un basculement qui ne nous envoie pas une fois de plus dans la reproduction, conséquemment œuvrer à un dépérissement de ce qui fait consensus sans discussion, qui évide, qui se pose en "neutre", en "réel", en invariant et en nécessité, bref des formes m, et de la fascination que nous entretenons envers elles. Cesser de les suivre, de les coller, de se les récup’, de les désirer. Rompre par le même mouvement avec toute adhésion/valorisation, afin de ne pas refermer la cage – il ne s’agit pas de mettre autre chose à la place, mais de détruire cette place que nous remblayons sans cesse, et depuis laquelle la domination nous tombe dessus en pluie de plomb fondu.

 

En somme, nous lâcher un peu les nageoires, nous faire des vies un peu plus vivables, et nous farfouiller un tantinet le citron. Et créer les opportunités pour ça. Marre de s’émuler à jouer les gagnantes, en partant, en fait, toujours vaincues par les raisons de l’ordre des choses ! Nous n’avons pas les moyens de ce genre de résignation. Et il vaudrait mieux partir dans d’autres directions, que de s’échiner à se les imposer quand même. J’essaie d’en imaginer une, mais plus qu’y en aura, mieux ça sera. Au lieu de converger dans le ressentiment, la concurrence pénurique et les coups de surin, on pourrait diverger joyeusement en s’appréciant les unes les autres et en éclatant les injonctions intériorisées. « Que cent fleurs… », hein, bon, m’avez comprise… Á entendeuses, échappées !

 

 


 

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22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 10:24

 

 

« Sisterhood is really powerful. It kills - sisters. »

TG Atkinson

 

 

La solidarité entre les cisses – ou la pesanteur sociale qui leur en tient lieu – tue les transses, c’est répétitivement avéré. De même que la solidarité des intégrationnaires extermine les divergentes. Mais comme est vérifié que la solidarité tout court, dans la perspective hégémonique d’appropriation où nous nous entassons, reste un acte syndical de qui a des acquis à défendre, de quoi investir dans la croyance envers les formes, buts, pratiques sociales à réaliser. Et défendre des acquis, ce n’est jamais que contre les grands méchants, c’est aussi contre la lumpen tourbe de qui ne les a pas, ne les peut avoir, pourrait en mésuser ou, pire, caguer dedans, de toute façon est de trop et fait chavirer la barque. Laquelle, comme nous le savons depuis longtemps, est toujours pleine (mais un peu élastique lorsque se présente un capital inespéré ou une compétence conséquente). Le pragmatisme, c'est-à-dire l’adhésion aux conditions en vigueur admises comme nécessités, amène toujours à des attitudes faussement fatalistes, stigmatisantes, de droite quoi.

 

Nous savons très bien que la violence sociale de ces « nécessités », le chantage à la reconnaissance, l’illégitimation récurrente rendent la solidarité inabordable à qui loge au large fond des cuves. La solidarité, c’est pour qui porte, représente de quoi négocier. La solidarité, c’est un bouclier de la brutalité et de l’utilitarisme du social basé sur l’échange des biens et des valeurs. La solidarité est une de ces formes sociales « neutres », « outil », « accessibles à toutes » (comme l’argent, la citoyenneté, etc.) qui a déjà toujours d’abord déterminé qui et que sera la toute en question. Auto-arnaque, comme d’hab : quand il y a « tout le monde », il y a une foule d’autres, qui ne peuvent finalement qu’être personne, selon ces formes magiques et modernes qui devaient nous libérer de toute servitude particulière. La solidarité évalue, trie, tue. Elle est, en pool avec ses concurrentes, une grande productrice dialectique d’isolement, de privatisation, de néantisation. Elle en a besoin, comme toutes les grandes formes abstractives, pour exister.

 

Enfin, en ce qui nous concerne plus précisément, c’est aussi l’illusion d’une continuité trans, ce leurre coloré dont on ne sait plus très bien qui ne l’agite pas, de nous ou d’autrui, et qui nous empêche, les transses, de nous trouver. La communauté trans est une sale blague, comme toutes les communautés. Déjà, il y a les nanties, les consommables, les utilisables, les acquiesçantes, devant le regard scrutateur de l'évaluation hégémonique, et les autres. Ainsi que partout. Et par ailleurs nous nous engenrons, sexualisons activement, joyeusement, ni plus ni moins que les bio et somme toute sur les mêmes assignations des formes sociales, les mêmes clivages valorisé/dévalorisée. Avec de semblables conséquences. Et avec les mêmes impasses. Même en faisant mine de jouer avec le rubik’s cube des formes d’identification. Ce n’est pas demain que nous poserons nos matelas sur la tombe bien tassée du sexe-genre. Si même cela peut arriver, ce que rien ne nous garantit encore – mais arrivera ce que nous aurons l’audace de faire et de défaire. Il n’y a pour le moment que le présent, brutal et injonctoire, qui se garantit. Et les solidarités, les prétendues qui égarent, isolent ; les réelles, qui se blindent derrière cette assurance. F-tpglande peut ainsi investir, indistinctement dans la communion sociale convergente autour de l'inévitable, du nécessaire, anonymement au besoin, par un pack rentabilité, dans la mort de transses surnuméraires, malformées, activité parmi tant d'autres. 

 

Pour les dévalorisées, de plus en plus nombreuses, ne pas mourir supposerait de faire voler en éclat les arnaques liées à la valorisation, et à un inclusivisme de façade qui cache une sélection systémique et féroce, précisément en fonction de ce que valent les gentes pour l’auto-entretènement en l’état du milieu, aussi ses intérêts dans le grand marché existentiel.

 

Je ne parle évidemment même pas de la fausse alternative charitable "gestion de population" - accueil, épouillage, gamelle, bienveillance et surveillance. Ce que nous voulons mettre en place, c'est finalement quelque chose d'aussi ringard que de nous faire égales, en réalité et en actes. 

 

Mais pouvez vous me dire aussi ce qu’on faisait là, posées comme des fleurs au beau milieu de l’autoroute durable, efficace et solidaire ? Sprotch quoi !

 

Et quand aurons nous, les unes avec les autres, ou les unes contre les autres, le sursaut de lucidité et d’audace qui nous fera jeter à bas les formes cannibales aux dénominations incritiquées en lesquelles nous avons mis notre confiance, comme les grenouilles envers pépé héron, et en fonction desquelles nous nous entr’évaluons, sélectionnons, éliminons avec tout plein de bonnes raisons ?

 

Joyeux noël donc en famille ! Loquedues comprises, mais à leur place, bien entendu, cette place nécessaire et raisonnable qui s'impose à travers nos pratiques et nos ressentis ; dehors.

 

 

 

 


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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 11:48

 

 

Queud’ch, ma vieille, queu’ch ! Nous ne sommes rien, pas même d’opposées, de négatives, encore moins les déchirures dans la réalité imposée, punitive, que nous avons à la fois eu peur et dédaigné de faire. (Trop vertes et bonnes pour les..., ben voyons !) Pas la peine de nous la jouer étantes, anti-étantes ni même candidates à ; nous ne portons aucune valeur sociale. Ontologramme plat. Zéro-moins immanence. Ce que nous portons, de fort mauvais gré et en essayant de faire semblant de pas, c’est une flopée de questions que personne n’envie d’avoir à mouliner ; mais cela à commencer – ou à finir – par nous-mêmes, qui évitons soigneusement de les épeler, et ne voyons pas même d’un bon œil qu’on en puisse manifester l’intention. Nous avons ainsi finalement consenti, même si de biais, au désir d’anéantissement qui se concentre sur nous.

 

 

Ça c’est de la convergence où je m’y connais pas.

 

Par conséquent nous sommes rien et moins que ; que des destins anecdotiques, ininsérables, pourris quoi.

 

 


 

 


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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 14:13

 

 

 

Zog nit keynmol az du gayst dem letzten veg…

 

                                           

 

J'ai beau rester absolument opposée à toute politique du pire, je trouve cependant que si vous assumiez nettement ce qu’on aurait volontiers tendance, si l'on passe outre votre déni premièrement dégainé sur ce sujet, à nommer euphémiquement votre malaise, mais aussi votre impensé, c'est-à-dire enfin pour causer net votre participation au mépris et à la haine envers les femmes trans – et peut-être, pensez y, envers tout ce qui ne tend pas vers le réapproprié du masculin -  hé ben, je ne veux pas dire qu’en soi ce sera merveilleux, mais au moins on ne se verra peut-être plus charcler dans vos accueillants vestibules de glu prétendument solidaritaire fourrée à la lame de rasoir – valide jusqu’au soutien réel exclusivement et conséquemment menteuse autant que mutilante.

 

Ouais, ça ne changera que ça, mais comme je l’ai déjà écrit une ou deux fois, si cela nous ouvre d’emblée toute grande la trappe de la chute dans le vide que nous faisons de toute façon tôt ou tard, au moins nous y partirons à peu près entières, sans avoir été mutilées et avoir perdu des années, des grands pans de nous-mêmes, dans la lâcheté malveillante dont vous nous faites payer principal et intérêt, puisqu’il s’agit de ça : vous n’osez pas vous avouer votre aversion profonde. C’est même pour cela que vous avez inventé « les trans », ces créatures pratiques, uniques, équivalentes, ces concentrés d’identité – abstraction réalisée d’une normalité lisse, raide, pratique qu’à patriarcalande qui veut compter est invité à incarner ou à désirer ; normalité que les nanas, ces éléphantes du genre, alourdissent et déshonorent.

 

Et nous, f-t’s, bonnes poires bien blettes, on a eu la veulerie de vous croire, que vous saviez bien ce qu’on était (puisque dans ce monde la question c’est d’être il paraît) ; intéressées évidemment puisque nous courions après la, votre, reconnaissance. Poires, sans doute, de la farce, mais mouillées jusques au cheveux dans son déroulement. Trop facile et mensonge, là aussi, que de se la jouer victimes innocentes. On voulait la même galette, l’inclusion dans le même ordre, en essayant de ne pas savoir que cet ordre suppose la dévoration hiérarchique.

 

Nouzautes pareillement répugnons donc à assumer que, si nous voulions autre, eh bien nous nous sommes vautrées, fourvoyées, censurées même ; et que si franchement nous voulions même, comme nous avons tout fait pour nous y joindre, il serait temps de l’admettre dans toute sa conséquence, et ne plus nous la jouer au miteux arc en ciel fluo, mais gris souris, vert bouteille, rose fuchsia, au mieux. Ou encore plus tristement bleu blanc rouge, avec nos consœurs « retours aux fondamentaux ». Elles nous haïssent ? Et nous, au fond, avons-nous eu autre chose que peur, mépris, haine pour ce que nous aurions pu, au moins tenter, et dont nous nous sommes bien gardées afin de nous tourner plus vite vers le sec buffet des confirmations ?

 

Vous trouvez bien opportun, avantageusement calculé de participer, envers nous, à la haine et au mépris masculinotropes, selon les préceptes du darwinisme social, utilitaire, du moindre mal et de sa distribution avisée, dont vous faites grand cas ; vous n’avez même pas à vous y investir beaucoup : il suffit de laisser agir vos collègues de circonstance, et finalement la fatalité soi-disant humaine. Nous n’avons pas eu la volonté, encore moins la légitimité, c'est-à-dire crûment la puissance, de nous y opposer ; ce qui fait qu’on n’aura plus, étant mortes, à se poser la question de si on pleure tout de même ou pas quand vous y passerez à votre tour, qui a toutes les chances d’être celui d’après. Comme on disait quelque part autrefois : « Crève aujourd’hui, moi c’est pour demain ». On aura alors toutes l’air c….es, les unes comme les autres ; pas grand’chose de plus stupide que de gérer l’ordre de nos assassinats, d’en décharger ce faisant les tueurs, en leur évitant la constitution de bouchons, lieux de possibles mécontentements.

 

 


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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 10:37

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/07/une-expertise-sur-l-acces-a-l-avortement-embarrasse-le-gouvernement_3509822_3224.html

Beh wais, je trouve même un peu effrayant qu'après des années de statut quo, où tout le monde a fait semblant d'oublier que les lois sur l'accès conditionnel à l'avortement, en france comme ailleurs, ne l'ont jamais entièrement dépénalisé, et en ont toujours fait un acte scabreux, ce soit la mère Bousquet, qui jusques à présent s’était signalée comme hostile à la dispo de soi-même, et le reste par ailleurs (putes, trans…) qui aujourd'hui propose de bien timides certes rognures aux fameux délais (hors desquels vous êtes délinquante ou criminelle, selon l'achèvement de l'alien) – via la suppression de l’hypocrite « délai de réflexion » qui servait juste à faire sortir un peu plus de nanas des clous temporels légaux en les culpabilisant, un allègement de la médicalisation, ou peut-être enfin une réécriture du tristement fameux préambule pro-vie des lois successives, qui en a toujours fait des lois de tolérance et de dérogation.

Ah je lui en fais aucun crédit. On en a tellement consenti, avalé, subi, que c'est pas glorieux ni pour elle ou sa fameuse commission, qui vient de donner aval avec joie à la clandestinisation renforcée des putes, ni pour nous toutes, qu'on en soit à devoir reconnaître que la situation est tellement pourrie qu'on est obligées de voir là, eh oui, une avancée, un peu comme un minimum social qu'on nous rallongerait quelque peu, quoi.

Mais notre gouvernement va mettre bon ordre à tout ça. La répression galope, mais la dispo de soi, attention, ça ne va pas plaire à la volonté populaire, qui ne sait plus ces jours ci quel retour à l'ordre, aux bonnes vieilles valeurs réellistes, patriarcales, morales réclamer tellement elle s'en redécouvre ; Rousseau is back ; placard donc, la ministre l'a dit d'emblée !

 

Ca en dit long, à mon sens, sur la résignation et l'autocensure où nous nous sommes cantonnées, à bien des égards et des sujets, en croyant bien vainement que de nous montrer "raisonnables" nous protègera en quoi que ce soit du raz de marée réac qui a déjà commencé à nous recouvrir, nous étouffer, nous assassiner. Sans parler de nos camarades qui ont déjà tendu la paluche, quand ce ne sont pas les deux, au parti de l’ordre, et à ses fondamentaux. Non seulement ne pas se refuser, mais se livrer, dans l’espoir évidemment toujousr déçu de « sauver quelque chose » ; vieille recette historique pour tout perdre, toutes y passer, à la fin, fin qui risque d’être plus proche de nous que nous n’affectons d’y croire.

 

 

 

Ci-dessous, un déjà vieux texte, que je n’ai jamais achevé, à ce genre de sujet. Rien de neuf ; mais qu’il y a-t-il de neuf dans nos vies, sinon de nouvelles barrières, internes et externes ?

 

 

Avortement tardif

 


« After Tiller (« Après Tiller ») dresse les portraits des quatre « irréductibles » qui continuent à pratiquer les IVG pendant les 3 derniers mois de grossesse – mais pas seulement sur des bébés présentant des malformations, loin s’en faut – après l’assassinat de George Tiller, pionnier des « IVG » sur des bébés viables, abattu en 2009 par un désaxé. Outre les menaces de mort, « il y a des barrières institutionnelles », déclare à l’AFP le Dr Susan Robinson, peu après la présentation du film à Park City, Utah, où le festival se tient jusqu’au 27 janvier.

C’est « une profession très stigmatisée. Les autres docteurs vous regardent de haut et vous considèrent comme des moins que rien », dit-elle. Susan Robinson travaillait avec le Dr Tiller et s’est installée à Albuquerque (Nouveau-Mexique) après sa mort, avec une autre collègue, le Dr Shelley Sella. Les médecins LeRoy Carhart et Warren Hern complètent le quatuor. Le premier exerce aujourd’hui dans le Maryland, après avoir été chassé du Nebraska et de l’Iowa, et le second a sa clinique dans le Colorado. Tous deux, comme le Dr Robinson, auraient l’âge de prendre leur retraite, mais aucun ne l’envisage.

Le Dr Robinson estime faire un travail de « compassion » qu’elle exerce en s’en remettant le plus souvent au jugement des femmes elles-mêmes. « Si une femme vient me voir, et particulièrement si elle a fait le chemin depuis le Canada, la Californie, la Louisiane ou la France, c’est parce qu’elle ressent vraiment le besoin d’avorter. Elle ne vient pas parce qu’elle a vu la clinique sur le chemin du supermarché. Je ne suis pas en position de juger mieux qu’elles. Car elles connaissent leur vie mieux que moi », assure-t-elle. »

 

Où peut-on lire ce compte-rendu d’un documentaire sur l’avortement dit tardif (mais pré-partum tout de même) ? Sur un site d’assoce féministe ? Vous n’y êtes pas. Pas du tout. C’est sur celui d’une dénommée Jeanne Smits, cathote intégriste, grande pourfendeuse de toute liberté des nanas envers elles-mêmes, pro vie féroce. Je vous fais évidemment grâce de ses conclusions. C’est le seul site francophone où j’aie lu causer de ce film. Faut le faire et ça dit où nous en sommes...


Je constate, je vous l’ai déjà souvent souvent dit, qu’aucune assoce, en france, ne demande plus la dépénalisation réelle et totale de l’avortement. Le compromis de 75, quelque peu toiletté, et qui ne recouvrait absolument pas l’exigence des nanas de l’époque (je ne parle pas ici des représentantes qui ne sont justement là que pour échanger des parts de l’autonomie des autres contre du pouvoir pour elles, ce qui est un des aspects appétissants du système représentatif), est devenu l’horizon indépassable. Moyennant quoi, on doit bien souvent garder l’alien (les commissions d’img étant assez restrictives), où si on a les moyens, ou les compétences, aller le faire vider ailleurs ou le vider soi-même, ou avec des camarades. Ce dernier cas expose à la répression s’il est porté à la connaissance des autorités.


On ne cause donc pas de ce qu’on appelle à la louche les « hors-délai ». C’est devenu un des nombreux tabous ordinaires de notre époque. On nous le dit, on nous l’affirme, l’avortement déjà c’est mal. Les mêmes qui nous disent ça, et qui ne sont pas que chez les anti mais aussi au gouvernement (Marisol Touraine encore il y a peu, Nisand aussi ce jours ci et autres hippocrates qui savent ce qu’est bon pour nous, les bourriques), d’ailleurs, ne disent pas non plus que l’hétérosexualisme, et la sexualité en général, pourraient bien peut-être se révéler une forme de mise en dépendance sociale particulièrement efficace et sournoise. La contraception, surtout orale, c’est bien, on fait pas chier, on fait tourner les labos on est disponibles 24/24 pour pépé – et gratuitement, ça c’est primordial et tout le monde, des féministes aux cathos, vous le dira - on s’empoisonne enfin lentement mais de toute façon, vue la vie qu’on mène, une tumeur n’arrivera pas à retrouver les causes précises de ses métastases dans le cancer qui fera la course avec la dégénérescence neurologique pour nous livrer au cabinet de thanatopractie, le dernier endroit où on fait la queue pour être reconnues comme tout l’monde, et où on va nous faire belles (euh…) histoire de tirer encore quelques thunes de nos vies misérables et confisquées. Rideau.


L’avortement, par contre, surtout tardif, c’est mal. C’est mal de se débarrasser des aliens et de garder une possibilité de vie à soi. On ne cause désormais que de « droit de l’enfant à… ». Ne croyez pas un instant que ce droit recouvre une réelle émancipation des mômes déjà nés. Plus que jamais on est bien décidé à les surveiller de près, ces fauteurs de trouble, et à les claquemurer en famille, en institution, à l’école, en prison pour mineurs. Nan, quand on parle de droit c’est toujours de l’enfant « à naître », où de son « origine ». Ainsi on a eu l’inscription des avortons. Le projet de loi sur la famille semble très soucieux de préserver le « droit à connaître ses origines ». En clair, puisque pépé trempe sa nouille et s’envole, la fin de l’accouchement sous X et le risque à vie, pour les nanas, d’être alpaguées par leurs aliens. C’est marrant, à chaque avancée sociétale, mixte évidemment puisque parité dans l’assujettissement oblige, les nanas se retrouvent à payer les faux frais, se voient rognée ce qui leur restait de liberté.


Gageons donc qu’un de ces jours, pour financer moralement une autre avancée sociétale, on redécouvrira subitement l’incroyablement novateur droit de l’enfant à naître, ce qui permettra de revenir sur les maigres délais et autorisations d’avorter avec la meilleure des consciences progressistes.


Règle : les nanas paient toujours pour tout le monde, les lesbiennes pour les hétéra. Je dirais bien les trans pour les bio mais on vaut tellement peu… Que pourrait-on payer avec nous à présent ? Mais patience, quand on nous aura dévolu quelques droits, fantômes d'autonomies jamais osées et d'emblée confisquées, il sera toujours alors temps de nous les reprendre selon ce schéma.


Notre impayable NVB n’hésitait pas à menacer l’autre jour de sanctions les gynécos qui aideraient des nanas à aller se faire inséminer à l’étranger. Á quand d’ailleurs le pistage des mères sans père ? Á quand celui de celles qui vont avorter dans des pays aux délais plus longs ? Á quand la réalisation modernisée de la caricature de 72 : une flique, une toubib, une assistante sociale et une juge d’application des peines derrière chaque nana susceptible de pouvoir engendrer, donc de mésuser de son cul, de ses entrailles et de ce qui s’y accroche ? C’est de très vieille notoriété, médiévale, antique : les nanas font toujours ce qu’y faut pas, pour elles et surtout pour la tranquillité de pépé. Il importe donc de les surveiller étroitement – et quoi de mieux pour cela que d’autres nanas (comme ça on neutralise, on intègre une partie notable du coût, humain notamment) ? Les pensionnats carcéraux de jeunes filles dévergondées ont bien toujours été tenus par des moniales.


La haine de l’avortement, c’est aussi la haine des femmes qui vivent pour elles, et du féminin en général.

 

Ni mec, ni enfant, ni emploi !

 

 


 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 18:09

 

R'gad moi bien

Pasqueud'main

Cherai changée en peau d'lapin !

 

 

murène 3

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 09:49

 

 

Vous l’aviez peut-être deviné, j’ai pus envie, je suis sèche comme une vieille poire tapée tombée derrière le guéridon il y a deux générations. Pus envie de réagir, pus envie de commenter, pus envie de proposer des thèses et des échappées. Grève. Je pense depuis longtemps qu’il faut en arriver à faire grève, et grève sans revendications ni fin de grève, des naturalités que nous avons toujours la faiblesse de reprendre : relationner, s’agiter, engendrer, élever, chercher, couiner…

 

Mais ‘oilà, vous savez vous-mêmes, avec ce qu’on est et ce qu’on est pas, nouzautes, quand en a pus, qu’on croit, eeeeh ben si, y en a encore.

 

J’ai pu voir, au cours des dernières années, mes petites camarades se laisser aller aux compromissions, aux mensonges et aux lâchetés qui vont avec, histoire de rester en bloc. J’ai vu la solidarité se tarifer en adhésion et en silences opportuns. J’ai pu sentir les effluves alcalines des convergences et de la surenchère dans le retour aux fondamentaux, la résignation pragmatique, la défense et l’illustration des re-naturalités, les réconciliations nationales, communautaires ou autres. Je peux voir aujourd’hui de vraies t’s de droite, décomplexées, se réapproprier tous les mépris et les impensés socio-politicards alors qu’elles sont elles mêmes à la porte du broyeur – je ne sais pas si elles s’illusionnent ou si elles se consolent.

 

Aussi, quand mes voisins, unanimes autant qu’exaltés, véritables caricatures de morts-vivants cinématesques, en viennent, au prétexte le plus miteux qu’on puisse imaginer (un prétexte est toujours miteux, aussi miteux que les vies que l’on prétend mener, cela dit) à m’agresser à domicile et à envahir mon gourbi, forçant la porte, traînant à leur suite une édile pro manif pour toutes afin de faire poids, je serais bien sûr tentée encore, bien vainement, de trouver une retraite provisoire d’interprétation dans la géosociologie, de comparer la néo-banlieue de sous-pref’ dont je vous parlai autrefois avec la péri-villlégiature pour essorés urbains où je me suis bien inconsidérément assignée à résidence. Et de supputer les dégâts entraînés sur la matière humaine. Mais non, je vois bien qu’il est trop tard pour se réfugier dans ces palinodies sérielles. Il n’y a plus de marge, nulle part ; la brutalisation sociale, la révolution réactionnaire moderne se sont étalées, sourdent de partout, stupides et malveillantes. Plus moyen d’y échapper. Plus un coin tranquille. La haine laborieuse est en tout lieu, en tout temps, au travail.

 

Évidemment, arrivées là, la raison instrumentale et la morale des choses susurrent que, hein, bon, alors, autant être aussi brutales, stupides et malveillantes, ce sera plus pratique. Eh bien non, je refuse. Je refuse de me plier à ce cynisme mou qui se laisse porter par la très sale vague.

 

Face à tous ces gens là, j’ai envie de clamer simplement que je suis, oui, ce qu’ils abhorrent, ce qui fissure obstinément leur baraque, fait tourner leur béton, une f-t’ hystérique, lesbienne, pute, féministe radicale, pour la destruction du sinistre monde qu’ils remblaient quotidiennement. Et que je n’userai jamais de leurs très misérables moyens – car les buts ne sont que des boîtes vides ; ce sont les moyens qui déterminent. Ne voulant ressembler en rien à ces crapules virilistes, de toute manière.

 

Et que même quand ils croiront nous avoir toutes tuées, qu’y en aura pus – eh ben y en aura encore !

 

 


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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:19

 

 

 

 

« Je suis un homme, pourquoi pas vous ? »

 

 

 

 

On cause de masculinités déviantes. Je suppose que c'est pour se découvir une opposition de plus dans la continuité. Dévier c’est une chose, mais on sait d’où l’on vient, ou bien où l’on va, et ce que l’on continue. Être pourrie c’est encore une autre affaire. Les masculinités peuvent être déviantes. La féminité, socialement, est pourrie, tout court et sans rien pouvoir.

 

Reste donc et déjà la question, laquelle me paraît inévitable sauf si on veut à tout prix l’éviter, de ce qui structure ce monde, de si on a envie ou pas de le renverser, ce monde, pour en essayer un autre – ou pas de monde du tout, ça serait peut-être aussi une issue, plus de totalité.

 

Je vais le dire tout cru : je crois que l’usage de la notion de déviance est surtout une opération qualitative qu’on fait subir à une notion structurelle de l'ordre en vigueur, de l’usage de laquelle on n’a pas vraiment envie de se priver, pasque zut, ça rapporte, de la relation, du plaisir, de l’espace ! Et que l’adjonction opportune du suffixe déviant, ô miracle de la science moderne, en fait quelque chose de tout à fait acceptable, de rebelle, et par ailleurs de réputé inoffensif ; le problème social en est réglé. Le social, pour mézigue, c’est le patriarcat.

 

Il faudra, dans quelques décennies, se pencher d’ailleurs sur le caractère masculin de la rébellion, de la lutte, du résistancialisme, du légitimisme profond qu’elles supposent – au nom de, la formule de base de l’aliénation. Mais ça c’est quand il y aura de nouveau un féminisme critique et audacieux. On n’y est pas.

 

Au reste, une masculinité n’est déclarée déviante, de fait et d’expé, que s’il s’y niche des morceaux de féminité, elle-même constituée en caricature. C’était déjà le cas il y a vingt ans à pédélande, ce l’est toujours an’hui à alternotranslande : le féminin qui est intégré dans les performances de genre finit toujours péjoratif et caricatural. Il ne peut en être autrement : le féminin est ce qui est hétéronome, marqué ; ce qui dépasse, c’est le féminin ; le masculin finit toujours très vite par réintégrer sa bonne vieille place au neutre, au pratique, comme on dit souvent. Et par ailleurs, cela illustre brutalement combien nos histoires de genre n’ont jamais réussi un instant à remettre en cause la bipartition du réel.

Ce que les masculinités, dans leur foisonnement, dévient, ce n’est pas elles-mêmes, c’est ce féminin qu’elles tordent comme une vieille panosse pour en exprimer l’exotisme nécessaire à une poursuite de la valorisation.

Tout à la réciproque, la féminité ne se rachète, toujours provisoirement, qu’en y incorporant des éléments de masculinité. C’est là je pense un des aboutissements du vautrage de la question dite de genre ; maintien des catégories, d’une part, également des hiérarchies ; cependant aussi, pour finir, ce qui devrait se poser en contradiction mais finalement fait suite à ce vautrage : en réalité et en pratique, personne, y compris en milieu féministe, n’y croit vraiment. Les m-t’s restent des femmes et les f-t’s des hommes, pas officiellement (ou pas trop explicitement) mais de fait et de compréhension effective. Les formes assignées masculines continuent à se voir réappropriées comme méthode de valorisation et de remplacement de formes assignées féminines toujours pouraves. En fin de compte, les idéologies de la transitude et de la queeritude ont pris exactement le même chemin que leurs prédécétrices, dont le proféminisme hétéro, par intégrationnisme autant que par opportunisme, ainsi que par manque de volonté critique. On était à straightlande et en plein patriarcat, et on y est toujours, voire un tantinet plus. Et zut ! On ne peut pas transformer la masculinité, ou plus précisément son rôle structurant d’un certain monde ; on ne peut que s’en débarrasser. Ou l’assumer, avec ses conséquences toujours identiques. Il n’y a pas de masculinité ou de masculinisme alternatives. D’ailleurs je crois que ça vaut mieux. Comme je l’écrivais il y a déjà un moment, autant ne pas chercher à remplacer ou à relooker les véroles. Nous n’arrivons déjà pas, les unes ni les autres, à nous dépêguer du masculinisme par défaut qui jaillit et rejaillit de partout, par notre pusillanimité et notre paralysie effrayée à critiquer et envoyer valdinguer les formes sociales « évidentes » et surtout patriarcales qui en découlent, pas la peine d’en rajouter à la grosse cuillère « alternative ».

 

La masculinité, ou ses formes « réappropriées », est et reste le sujet, d’où tout part et où tout aboutit, vers lequel tout appète (et réciproquement : ce qui est à mettre en cause ici, c’est le sujet) ; la féminité, c’est le paillasson intermédiaire, sur lequel on passe pour en venir et y aller, sur lequel on se décrotte et où on délasse ses fantasmes. La déviance, en tant que telle, comme la « subversion », a toujours été un moment de straightlande, l’endroit « autrement valorisé » qui huile la mécanique, comme l’assigné féminin fait tourner bénévolement la machine à produire, ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail. La masculinité, c’est le rapport d’appropriation, d’objectivation et de dichotomie. Quand on essaie de reprendre ce rapport, on nourrit la masculinité. Le sujet est masculin, c’est entendu ; mais dans cette logique tout et toutes tendent à ou essaient de devenir ce sujet par lequel les fonctionnements sociaux vont pouvoir transiter. Évidemment, comme dans toute société bien ordonnée, n’y en a pas pour tout le monde, loin de là – manquerait plus que ça ! Mais ça reste et doit rester l’objectif. Toutes et tout sujet – voilà l’impasse définitive. There is no alternative – qu’y disent !

 

La f’ité trans est pourrie, évidemment, superlativement. Déjà ça pue d’être une nana, mais alors de l’avoir choisi, on empeste et on ne peut se regarder dans aucune glace. En témoigne le vide et l’impossibilité totale que j’ai à peu près toujours constaté dans les rencontres t’s, dès qu’on était entre f-t’s. Encore, à deux ou trois, on se raconte des horreurs, passe. Mais dès que c’est formalisé c’est la panique : il n’y a rien de ce que nous réalisons qui nous paraisse en fait défendable. Je me rappelle même de réflexions du genre « je m’emmerde avec les nanas t’s, je ne suis bien qu’avec les transboys ». Le f nous fait horreur, comme à tout le social, seul me m est positif et rédempteur. Ce en quoi nous donnons parfaitement la réplique aux nanas bio, rompues par la misogynie intériorisée, et qui préfèrent la violence de leur copain à se retrouver entre femmes, parce qu’alors il faut confronter la négativité à peu près totale du f – et qu’il vaut encore mieux prendre des baffes. Le f est pourri et nous sommes les secondes, après bien sûr les m-t’s mais sur leurs talons, à nous tourner vers les formes et le domaine masculin, que ce soit comme objet de relation ou comme éléments d’identification de soi.

Notre dégoût de nous-mêmes, notre angoisse face à une négativité antisociale radicale que nous avons pourtant choisi (hé, tout de même, alors ?) tend malencontreusement la main, par-dessus les clivages politiques, à la haine structurelle du féminin et aux dénonciations « retour aux fondamentaux » de la « féminisation » (que j’aimerais bien voir, tiens !) de la société, alors bien entendu que celle-ci est en train au contraire de s’universaliser sur des valeurs et formes assignées masculines.

Il y a, il faut bien le dire, un mystère à notre existence, si l’on veut passer par-dessus l’explication simpliste d’un exotisme pervers : pourquoi devenons-nous femmes ? Réduire, de même, la question à une disposition innée ou à des choix exclusivement individuels, au sens isolant social du terme, outre les présupposés inquiétants (et déprimants) que cela draine – surtout la première – n’épuise rien. Je tiens qu’au mimimum, parmi les f-t’s, il y a une volonté radicale de combattre la norme masculinocentrée. Ce qui est remarquable, ce qui si j’ose dire nous visibilise, alors là, redoutablement, y compris à nous-mêmes, c’est que contrairement à l’ordre généralement supposé pour le rapport à des positions qui tranchent, nous l’avons fait, en succession logique je veux dire, souvent, avant même de le penser entièrement, qu’il a fallu que nous le fassions pour le penser tout à fait. Et que, chose qui pourrait sembler étonnante, c’est là que ça coince, et pas dans les contorsions sans fin qu’il nous faut éxécuter pour en arriver où nous sommes – en fait où nous ne sommes jamais, toujours à réaliser.

 

Les histoires de genre sont un ratage monumental, si toutefois on voulait renverser l’ordre de ce monde – et on était quelques unes à le vouloir. Au lieu de nous sortir des fatalités, elles nous y ont collées encore plus, et par-dessus le marché renforcé la valorisation, l’hégémonie des formes masculines du social et de l’identité. Démonstration, une fois de plus dans l’histoire des échecs révolutionnaires, que si on n’est pas nettes sur les buts, qu’on patouille à essayer de ne pas rompre radicalement avec d’où on vient, qu’on chèvre et choute – et laisse toujours bouffer le chou à la fin - les moyens mêmes qu’on y mettra se retourneront contre toute issue. Il ne suffisait pas de renommer trucs, boudins et comportements, et encore moins en ne faisant que jouer au rubik’s cube et repiocher dans des registres inchangés : c’est à ces registres mêmes, à leur existence injonctive, à leur rapport aux choses, aux fameuses choses qui nous dictent de l’intérieur, qu’il fallait sans doute s’attaquer. Nous nous en sommes bien gardées.

 

Les t’s sont dans les deux cas les positions les plus exposées : déviants à fond dans un cas, absolument pourries dans un autre. Ce qui, je crois, met fin à l’illusion, justement, d’une t’identité, solidarité ou quoi que ce soit de ce genre. Nous n’avons ni voulu ni su briser la dichotomie, nous l’avons juste fourrée partout, nous avons cru pouvoir en jouer ; on ne joue pas avec les éléments de la domination, ce sont eux qui nous jouent. La conséquence en est le renforcement, à travers nous, des logiques sexuées et hiérarchiques. Les f-t’s n’ont rien à faire avec les m-t’s. Les t’s comme identité « solidaire » sont une fiction de moins en moins soutenable, à mesure que la pratique se déroule. Dévier, c’est encore vouloir et avoir intérêt, possibilité de trouver place dans cet ordre de choses ; en être pourrie conduit, enfin en logique, à vouloir en sortir, et pour cela lui passer sur le corps. Á terme, c’est inconciliable. Je ne crois d’ailleurs pas un instant à une fatalité des identités et du matérialisme déterministe ; mais il faut être conséquents avec ce que l’on veut. Les buts conditionnent les moyens. Vouloir sortir par le chemin des masculinités d’un monde m se révèle contradictoire, et de fait ne marche pas : on ne peut pas doubler ce monde.

 

Par ailleurs, si on admet que le genre n’est à ce jour qu’une redistribution très marginale des formes sociales assignées sexuellement, et nullement une remise en cause de ces formes, je crois qu’il faut en finir avec le fantasme t’identitaire. Si il y a des t’s, ellils sont très, très peu, ce seraient des personnes quasiment pas genrées ou sexuées (et cela litière faite de la grande illusion « masculine-agenre », où comme par hasard presque tout le « neutre » est issu d’un masculin plus ou moins soft, avec quelques paillettes de féminin clairement excroissant). Il n’y a pas de t’s ; il y a des mecs trans et des nanas trans – à l’exception de quelques inclassables dont je ne suis pas, et qui n’ont pas demandé leur carte au guichet. Et, d’expé, je doute de plus en plus fortement que leurs places, leurs représentations, leurs projections et tutti quanti, à ces mecs et ces nanas que nous sommes, tiennent plus d’un T introuvable que de la sexualisation ordinaire, avec un peu d’exotisme – qui au reste ne nous est pas propre.

Nous avons continué, profondément, d’être les caricatures de caricature que l’on est en ce monde dès lors qu’on veut ou qu’on se laisser aller à ressembler à quelque chose – ces quelques choses pas si nombreuses et bien délimitées, qui courent les rues et qui sont les caricatures originelles dont nous dérivons, ou dévions.

Bref, je crois qu’il faut reconnaître qu’il n’y a pas, ou très peu, de « t » dans ce monde – en tant que forme sociale ou antisociale. Et qu’il faut cesser de nous cacher derrière le suffixe – c’est, hélas, le préfixe qui continue à prévaloir. Comme je dis toujours, si on voulait en sortir, c’est raté pour cette fois ; et si on voulait pas en sortir, mais y rentrer encore plus profond, ce dont j’ai de plus en plus l’impression, l’honnêteté intellectuelle de base consisterait à ne pas faire semblant de vouloir le contraire.

Hé non, contrairement à ce que voudraient encore croire des camarades, merci à elles de ne pas avoir oublié ce but, « notre vie » n’est pas révolutionnaire, non plus que nos identités (comment d’ailleurs une identité, cube dans le rubik’s, équivalence dans le système d’échange, pourrait elle l’être ?). C’est raté, radicalement raté. Pour cette fois et de cette manière. Mais c’était autant une option qu’une possibilité. Il aurait sans doute fallu le vouloir vraiment, et le vouloir conséquemment, sans victimisation ni opportunisme. Nous n’avons pas fait pire que beaucoup d’autres (suivez mon regard…), mais en cette époque, dans la situation où nous nous trouvons, le moins du pire est déjà une impasse soigneusement bétonnée. Et nous ne sommes pas dans cette impasse, nous sommes cette impasse, ou plutôt nous constituons désormais une partie de l’impasse générale.

 

Vous avez compris qu’il n’est pas question ici de protester, de revendiquer, de chercher une place dans la hiérarchie « qui c’est qu’est la plus opprimée », bref de continuer la moral-politique dans laquelle nous sommes embourbées depuis des décennies. Ce qui ne va pas, et nous met dedans, c’est l’illusion que ces formes, masculines donc, vont nous émanciper de quoi que ce soit. Elles ne font que donner de nouvelles couleurs à la barbarie qui prend ses marques, de manière de plus en plus insistante.

 

Ce qui me fait peur, c’est que, de mon point de vue, l’affaire est plus grave encore qu’un « simple » échec historique : nous sommes en train, en pleine panique intégrative, alors même que ce à quoi nous voulons nous intégrer part en miettes, devient impitoyable dans l’agonie, de nous agripper, de préempter les daubes les plus régressives ou conservatrices. D’espérer quoi que ce soit de la citoyenneté, du marché, du mariage, de la famille, de la religion ou de la masculinité (etc. – il faut craindre que tout la drouille naturalo-tradie soit remise au goût du jour, jusques à des trucs qu’on n’ose pas encore réimaginer), en essayant de les faire nôtres pour que ça passe en petites boulettes subjectivées et plurielles – multipliées quoi, est, en soi, carrément tragique.

 

Et puis, il faut bien commencer à le dire, hors de quelques phrases lancées dans des coins affinitaires : c’est aussi le mouvement féministe comme nous l’avions relancé autour de 95, qui se vautre dans ce qui est là aussi pire qu’un échec.

Pourtant, on avait eu, moi la première, quelqu’espoir au début, il semblait y avoir une volonté de séparation, de rupture radicale ; ça n’a pas tenu longtemps face au désir d’aménager l’ordre des gentes et des choses, sans le remettre en cause, de le faire tourner. De ne surtout rien perdre et rien laisser.

Pour n’avoir jamais voulu rompre, pour nous être résignées et y avoir, il faut bien le dire, pour certaines, trouvé notre compte, nous avons suivi la courbe de la socialisation et de son aménagement. Nous en sommes à prendre langue avec toutes les compromissions, tous les rackets, à leur décerner des vertus émancipatrices.

 

Le bon vieux but humaniste de libération des formes sociales reste à l’ordre du jour : que tout le monde soit homme (et sujet, et valeur, et peuple, etc.). C’est une option, celle de la perfection de ce monde ci. Comme je dis toujours ça se tient. Le tout est de savoir si c’est ça qu’on veut (apparemment oui), et si on en assume les conséquences (apparemment pas toujours ni aussi volontiers).

 

Il nous manque encore un défrichage fondamental sur la haine, le mépris, le dégoût et la peur du féminin, non seulement chez les réaques mais aussi dans tout l’imaginaire du mouvement révolutionnaire ; une critique par conséquent du réinvestissement sans fin dans les formes masculines – sexualisantes bien entendu, mais très au-delà et partout : politique, économie, travail…

 

Il nous manque aussi une vivisection sans oubli ni pardon des formes qui, chose étrange, ne se réalisent qu’entre les personnes qui portent valeur, et finissent toujours par détruire les autres : solidarité, lutte… Sans doute faudra-t’il que nous échappions à ces formes, et que nous inventions autre chose pour arriver à vivre et à nous trouver.

 

Les masculinités auront beau dévier tant qu’elles veulent, porter à gauche ou à droite, prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel, elles n’en resteront pas moins le sujet social, avec tout ce que cela suppose : dichotomie, objectivation, domination ; et la féminité, qui n’arrive jamais vraiment à être plurielle, l’anti-sujet, tout gris tout moche, tout pourri quoi. Et ce, jusqu’à ce que nous ayons renversé la société. Et que nous n’ayons, la déesse aidant, plus besoin de sujet social.

 

La réappropriation, c’est la perpétuation. Ça peut paraître étonnant que quelque chose d’aussi énorme ne nous apparaisse pas – mais peut-être l’explication est-elle du côté des vieilles chieuses : quelque part, bien caché sous nos protestations et nos indignations, nous avons des intérêts à ce que ce monde continue. Et la rhétorique alterno-révolote n’est là que pour nous repeindre le temps qui passe.

 

La masculinité déviante, c’est comme la sexualité sans contrainte ou le commerce équitable, c’est une arnaque. Et ça sert à perpétuer un monde basé sur les mêmes structures prétendues neutres, qui ne seraient « que ce qu’on en fait », naturalisées quoi.

 

Ce n’est même pas une question de gamètes ; c’est une question sociale. Valérie Solanas relevait justement qu’en patriarcat, un nombre considérable de nanas « sont des mecs », c'est-à-dire incarnent activement ou passivement les formes assignées masculines. Dans une anti-monde, une anti-société éclatée, déconcentrée par des formes f, peut-être serions nous toutes enfin des nanas. Ou encore mieux, qui sait. Mais plus des mecs ! On l’a assez été, on a assez cherché à l’être, à l’égaler, à l’intégrer, à quelque titre et de quelque position sociale que ce soit ; on l’a assez réalisé, à notre détriment permanent ; on en a assez bouffé, de la mequitude.

 

 

Pour une révolution antimasculine !

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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