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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 09:19

 

 

 

 

« Je suis un homme, pourquoi pas vous ? »

 

 

 

 

On cause de masculinités déviantes. Je suppose que c'est pour se découvir une opposition de plus dans la continuité. Dévier c’est une chose, mais on sait d’où l’on vient, ou bien où l’on va, et ce que l’on continue. Être pourrie c’est encore une autre affaire. Les masculinités peuvent être déviantes. La féminité, socialement, est pourrie, tout court et sans rien pouvoir.

 

Reste donc et déjà la question, laquelle me paraît inévitable sauf si on veut à tout prix l’éviter, de ce qui structure ce monde, de si on a envie ou pas de le renverser, ce monde, pour en essayer un autre – ou pas de monde du tout, ça serait peut-être aussi une issue, plus de totalité.

 

Je vais le dire tout cru : je crois que l’usage de la notion de déviance est surtout une opération qualitative qu’on fait subir à une notion structurelle de l'ordre en vigueur, de l’usage de laquelle on n’a pas vraiment envie de se priver, pasque zut, ça rapporte, de la relation, du plaisir, de l’espace ! Et que l’adjonction opportune du suffixe déviant, ô miracle de la science moderne, en fait quelque chose de tout à fait acceptable, de rebelle, et par ailleurs de réputé inoffensif ; le problème social en est réglé. Le social, pour mézigue, c’est le patriarcat.

 

Il faudra, dans quelques décennies, se pencher d’ailleurs sur le caractère masculin de la rébellion, de la lutte, du résistancialisme, du légitimisme profond qu’elles supposent – au nom de, la formule de base de l’aliénation. Mais ça c’est quand il y aura de nouveau un féminisme critique et audacieux. On n’y est pas.

 

Au reste, une masculinité n’est déclarée déviante, de fait et d’expé, que s’il s’y niche des morceaux de féminité, elle-même constituée en caricature. C’était déjà le cas il y a vingt ans à pédélande, ce l’est toujours an’hui à alternotranslande : le féminin qui est intégré dans les performances de genre finit toujours péjoratif et caricatural. Il ne peut en être autrement : le féminin est ce qui est hétéronome, marqué ; ce qui dépasse, c’est le féminin ; le masculin finit toujours très vite par réintégrer sa bonne vieille place au neutre, au pratique, comme on dit souvent. Et par ailleurs, cela illustre brutalement combien nos histoires de genre n’ont jamais réussi un instant à remettre en cause la bipartition du réel.

Ce que les masculinités, dans leur foisonnement, dévient, ce n’est pas elles-mêmes, c’est ce féminin qu’elles tordent comme une vieille panosse pour en exprimer l’exotisme nécessaire à une poursuite de la valorisation.

Tout à la réciproque, la féminité ne se rachète, toujours provisoirement, qu’en y incorporant des éléments de masculinité. C’est là je pense un des aboutissements du vautrage de la question dite de genre ; maintien des catégories, d’une part, également des hiérarchies ; cependant aussi, pour finir, ce qui devrait se poser en contradiction mais finalement fait suite à ce vautrage : en réalité et en pratique, personne, y compris en milieu féministe, n’y croit vraiment. Les m-t’s restent des femmes et les f-t’s des hommes, pas officiellement (ou pas trop explicitement) mais de fait et de compréhension effective. Les formes assignées masculines continuent à se voir réappropriées comme méthode de valorisation et de remplacement de formes assignées féminines toujours pouraves. En fin de compte, les idéologies de la transitude et de la queeritude ont pris exactement le même chemin que leurs prédécétrices, dont le proféminisme hétéro, par intégrationnisme autant que par opportunisme, ainsi que par manque de volonté critique. On était à straightlande et en plein patriarcat, et on y est toujours, voire un tantinet plus. Et zut ! On ne peut pas transformer la masculinité, ou plus précisément son rôle structurant d’un certain monde ; on ne peut que s’en débarrasser. Ou l’assumer, avec ses conséquences toujours identiques. Il n’y a pas de masculinité ou de masculinisme alternatives. D’ailleurs je crois que ça vaut mieux. Comme je l’écrivais il y a déjà un moment, autant ne pas chercher à remplacer ou à relooker les véroles. Nous n’arrivons déjà pas, les unes ni les autres, à nous dépêguer du masculinisme par défaut qui jaillit et rejaillit de partout, par notre pusillanimité et notre paralysie effrayée à critiquer et envoyer valdinguer les formes sociales « évidentes » et surtout patriarcales qui en découlent, pas la peine d’en rajouter à la grosse cuillère « alternative ».

 

La masculinité, ou ses formes « réappropriées », est et reste le sujet, d’où tout part et où tout aboutit, vers lequel tout appète (et réciproquement : ce qui est à mettre en cause ici, c’est le sujet) ; la féminité, c’est le paillasson intermédiaire, sur lequel on passe pour en venir et y aller, sur lequel on se décrotte et où on délasse ses fantasmes. La déviance, en tant que telle, comme la « subversion », a toujours été un moment de straightlande, l’endroit « autrement valorisé » qui huile la mécanique, comme l’assigné féminin fait tourner bénévolement la machine à produire, ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail. La masculinité, c’est le rapport d’appropriation, d’objectivation et de dichotomie. Quand on essaie de reprendre ce rapport, on nourrit la masculinité. Le sujet est masculin, c’est entendu ; mais dans cette logique tout et toutes tendent à ou essaient de devenir ce sujet par lequel les fonctionnements sociaux vont pouvoir transiter. Évidemment, comme dans toute société bien ordonnée, n’y en a pas pour tout le monde, loin de là – manquerait plus que ça ! Mais ça reste et doit rester l’objectif. Toutes et tout sujet – voilà l’impasse définitive. There is no alternative – qu’y disent !

 

La f’ité trans est pourrie, évidemment, superlativement. Déjà ça pue d’être une nana, mais alors de l’avoir choisi, on empeste et on ne peut se regarder dans aucune glace. En témoigne le vide et l’impossibilité totale que j’ai à peu près toujours constaté dans les rencontres t’s, dès qu’on était entre f-t’s. Encore, à deux ou trois, on se raconte des horreurs, passe. Mais dès que c’est formalisé c’est la panique : il n’y a rien de ce que nous réalisons qui nous paraisse en fait défendable. Je me rappelle même de réflexions du genre « je m’emmerde avec les nanas t’s, je ne suis bien qu’avec les transboys ». Le f nous fait horreur, comme à tout le social, seul me m est positif et rédempteur. Ce en quoi nous donnons parfaitement la réplique aux nanas bio, rompues par la misogynie intériorisée, et qui préfèrent la violence de leur copain à se retrouver entre femmes, parce qu’alors il faut confronter la négativité à peu près totale du f – et qu’il vaut encore mieux prendre des baffes. Le f est pourri et nous sommes les secondes, après bien sûr les m-t’s mais sur leurs talons, à nous tourner vers les formes et le domaine masculin, que ce soit comme objet de relation ou comme éléments d’identification de soi.

Notre dégoût de nous-mêmes, notre angoisse face à une négativité antisociale radicale que nous avons pourtant choisi (hé, tout de même, alors ?) tend malencontreusement la main, par-dessus les clivages politiques, à la haine structurelle du féminin et aux dénonciations « retour aux fondamentaux » de la « féminisation » (que j’aimerais bien voir, tiens !) de la société, alors bien entendu que celle-ci est en train au contraire de s’universaliser sur des valeurs et formes assignées masculines.

Il y a, il faut bien le dire, un mystère à notre existence, si l’on veut passer par-dessus l’explication simpliste d’un exotisme pervers : pourquoi devenons-nous femmes ? Réduire, de même, la question à une disposition innée ou à des choix exclusivement individuels, au sens isolant social du terme, outre les présupposés inquiétants (et déprimants) que cela draine – surtout la première – n’épuise rien. Je tiens qu’au mimimum, parmi les f-t’s, il y a une volonté radicale de combattre la norme masculinocentrée. Ce qui est remarquable, ce qui si j’ose dire nous visibilise, alors là, redoutablement, y compris à nous-mêmes, c’est que contrairement à l’ordre généralement supposé pour le rapport à des positions qui tranchent, nous l’avons fait, en succession logique je veux dire, souvent, avant même de le penser entièrement, qu’il a fallu que nous le fassions pour le penser tout à fait. Et que, chose qui pourrait sembler étonnante, c’est là que ça coince, et pas dans les contorsions sans fin qu’il nous faut éxécuter pour en arriver où nous sommes – en fait où nous ne sommes jamais, toujours à réaliser.

 

Les histoires de genre sont un ratage monumental, si toutefois on voulait renverser l’ordre de ce monde – et on était quelques unes à le vouloir. Au lieu de nous sortir des fatalités, elles nous y ont collées encore plus, et par-dessus le marché renforcé la valorisation, l’hégémonie des formes masculines du social et de l’identité. Démonstration, une fois de plus dans l’histoire des échecs révolutionnaires, que si on n’est pas nettes sur les buts, qu’on patouille à essayer de ne pas rompre radicalement avec d’où on vient, qu’on chèvre et choute – et laisse toujours bouffer le chou à la fin - les moyens mêmes qu’on y mettra se retourneront contre toute issue. Il ne suffisait pas de renommer trucs, boudins et comportements, et encore moins en ne faisant que jouer au rubik’s cube et repiocher dans des registres inchangés : c’est à ces registres mêmes, à leur existence injonctive, à leur rapport aux choses, aux fameuses choses qui nous dictent de l’intérieur, qu’il fallait sans doute s’attaquer. Nous nous en sommes bien gardées.

 

Les t’s sont dans les deux cas les positions les plus exposées : déviants à fond dans un cas, absolument pourries dans un autre. Ce qui, je crois, met fin à l’illusion, justement, d’une t’identité, solidarité ou quoi que ce soit de ce genre. Nous n’avons ni voulu ni su briser la dichotomie, nous l’avons juste fourrée partout, nous avons cru pouvoir en jouer ; on ne joue pas avec les éléments de la domination, ce sont eux qui nous jouent. La conséquence en est le renforcement, à travers nous, des logiques sexuées et hiérarchiques. Les f-t’s n’ont rien à faire avec les m-t’s. Les t’s comme identité « solidaire » sont une fiction de moins en moins soutenable, à mesure que la pratique se déroule. Dévier, c’est encore vouloir et avoir intérêt, possibilité de trouver place dans cet ordre de choses ; en être pourrie conduit, enfin en logique, à vouloir en sortir, et pour cela lui passer sur le corps. Á terme, c’est inconciliable. Je ne crois d’ailleurs pas un instant à une fatalité des identités et du matérialisme déterministe ; mais il faut être conséquents avec ce que l’on veut. Les buts conditionnent les moyens. Vouloir sortir par le chemin des masculinités d’un monde m se révèle contradictoire, et de fait ne marche pas : on ne peut pas doubler ce monde.

 

Par ailleurs, si on admet que le genre n’est à ce jour qu’une redistribution très marginale des formes sociales assignées sexuellement, et nullement une remise en cause de ces formes, je crois qu’il faut en finir avec le fantasme t’identitaire. Si il y a des t’s, ellils sont très, très peu, ce seraient des personnes quasiment pas genrées ou sexuées (et cela litière faite de la grande illusion « masculine-agenre », où comme par hasard presque tout le « neutre » est issu d’un masculin plus ou moins soft, avec quelques paillettes de féminin clairement excroissant). Il n’y a pas de t’s ; il y a des mecs trans et des nanas trans – à l’exception de quelques inclassables dont je ne suis pas, et qui n’ont pas demandé leur carte au guichet. Et, d’expé, je doute de plus en plus fortement que leurs places, leurs représentations, leurs projections et tutti quanti, à ces mecs et ces nanas que nous sommes, tiennent plus d’un T introuvable que de la sexualisation ordinaire, avec un peu d’exotisme – qui au reste ne nous est pas propre.

Nous avons continué, profondément, d’être les caricatures de caricature que l’on est en ce monde dès lors qu’on veut ou qu’on se laisser aller à ressembler à quelque chose – ces quelques choses pas si nombreuses et bien délimitées, qui courent les rues et qui sont les caricatures originelles dont nous dérivons, ou dévions.

Bref, je crois qu’il faut reconnaître qu’il n’y a pas, ou très peu, de « t » dans ce monde – en tant que forme sociale ou antisociale. Et qu’il faut cesser de nous cacher derrière le suffixe – c’est, hélas, le préfixe qui continue à prévaloir. Comme je dis toujours, si on voulait en sortir, c’est raté pour cette fois ; et si on voulait pas en sortir, mais y rentrer encore plus profond, ce dont j’ai de plus en plus l’impression, l’honnêteté intellectuelle de base consisterait à ne pas faire semblant de vouloir le contraire.

Hé non, contrairement à ce que voudraient encore croire des camarades, merci à elles de ne pas avoir oublié ce but, « notre vie » n’est pas révolutionnaire, non plus que nos identités (comment d’ailleurs une identité, cube dans le rubik’s, équivalence dans le système d’échange, pourrait elle l’être ?). C’est raté, radicalement raté. Pour cette fois et de cette manière. Mais c’était autant une option qu’une possibilité. Il aurait sans doute fallu le vouloir vraiment, et le vouloir conséquemment, sans victimisation ni opportunisme. Nous n’avons pas fait pire que beaucoup d’autres (suivez mon regard…), mais en cette époque, dans la situation où nous nous trouvons, le moins du pire est déjà une impasse soigneusement bétonnée. Et nous ne sommes pas dans cette impasse, nous sommes cette impasse, ou plutôt nous constituons désormais une partie de l’impasse générale.

 

Vous avez compris qu’il n’est pas question ici de protester, de revendiquer, de chercher une place dans la hiérarchie « qui c’est qu’est la plus opprimée », bref de continuer la moral-politique dans laquelle nous sommes embourbées depuis des décennies. Ce qui ne va pas, et nous met dedans, c’est l’illusion que ces formes, masculines donc, vont nous émanciper de quoi que ce soit. Elles ne font que donner de nouvelles couleurs à la barbarie qui prend ses marques, de manière de plus en plus insistante.

 

Ce qui me fait peur, c’est que, de mon point de vue, l’affaire est plus grave encore qu’un « simple » échec historique : nous sommes en train, en pleine panique intégrative, alors même que ce à quoi nous voulons nous intégrer part en miettes, devient impitoyable dans l’agonie, de nous agripper, de préempter les daubes les plus régressives ou conservatrices. D’espérer quoi que ce soit de la citoyenneté, du marché, du mariage, de la famille, de la religion ou de la masculinité (etc. – il faut craindre que tout la drouille naturalo-tradie soit remise au goût du jour, jusques à des trucs qu’on n’ose pas encore réimaginer), en essayant de les faire nôtres pour que ça passe en petites boulettes subjectivées et plurielles – multipliées quoi, est, en soi, carrément tragique.

 

Et puis, il faut bien commencer à le dire, hors de quelques phrases lancées dans des coins affinitaires : c’est aussi le mouvement féministe comme nous l’avions relancé autour de 95, qui se vautre dans ce qui est là aussi pire qu’un échec.

Pourtant, on avait eu, moi la première, quelqu’espoir au début, il semblait y avoir une volonté de séparation, de rupture radicale ; ça n’a pas tenu longtemps face au désir d’aménager l’ordre des gentes et des choses, sans le remettre en cause, de le faire tourner. De ne surtout rien perdre et rien laisser.

Pour n’avoir jamais voulu rompre, pour nous être résignées et y avoir, il faut bien le dire, pour certaines, trouvé notre compte, nous avons suivi la courbe de la socialisation et de son aménagement. Nous en sommes à prendre langue avec toutes les compromissions, tous les rackets, à leur décerner des vertus émancipatrices.

 

Le bon vieux but humaniste de libération des formes sociales reste à l’ordre du jour : que tout le monde soit homme (et sujet, et valeur, et peuple, etc.). C’est une option, celle de la perfection de ce monde ci. Comme je dis toujours ça se tient. Le tout est de savoir si c’est ça qu’on veut (apparemment oui), et si on en assume les conséquences (apparemment pas toujours ni aussi volontiers).

 

Il nous manque encore un défrichage fondamental sur la haine, le mépris, le dégoût et la peur du féminin, non seulement chez les réaques mais aussi dans tout l’imaginaire du mouvement révolutionnaire ; une critique par conséquent du réinvestissement sans fin dans les formes masculines – sexualisantes bien entendu, mais très au-delà et partout : politique, économie, travail…

 

Il nous manque aussi une vivisection sans oubli ni pardon des formes qui, chose étrange, ne se réalisent qu’entre les personnes qui portent valeur, et finissent toujours par détruire les autres : solidarité, lutte… Sans doute faudra-t’il que nous échappions à ces formes, et que nous inventions autre chose pour arriver à vivre et à nous trouver.

 

Les masculinités auront beau dévier tant qu’elles veulent, porter à gauche ou à droite, prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel, elles n’en resteront pas moins le sujet social, avec tout ce que cela suppose : dichotomie, objectivation, domination ; et la féminité, qui n’arrive jamais vraiment à être plurielle, l’anti-sujet, tout gris tout moche, tout pourri quoi. Et ce, jusqu’à ce que nous ayons renversé la société. Et que nous n’ayons, la déesse aidant, plus besoin de sujet social.

 

La réappropriation, c’est la perpétuation. Ça peut paraître étonnant que quelque chose d’aussi énorme ne nous apparaisse pas – mais peut-être l’explication est-elle du côté des vieilles chieuses : quelque part, bien caché sous nos protestations et nos indignations, nous avons des intérêts à ce que ce monde continue. Et la rhétorique alterno-révolote n’est là que pour nous repeindre le temps qui passe.

 

La masculinité déviante, c’est comme la sexualité sans contrainte ou le commerce équitable, c’est une arnaque. Et ça sert à perpétuer un monde basé sur les mêmes structures prétendues neutres, qui ne seraient « que ce qu’on en fait », naturalisées quoi.

 

Ce n’est même pas une question de gamètes ; c’est une question sociale. Valérie Solanas relevait justement qu’en patriarcat, un nombre considérable de nanas « sont des mecs », c'est-à-dire incarnent activement ou passivement les formes assignées masculines. Dans une anti-monde, une anti-société éclatée, déconcentrée par des formes f, peut-être serions nous toutes enfin des nanas. Ou encore mieux, qui sait. Mais plus des mecs ! On l’a assez été, on a assez cherché à l’être, à l’égaler, à l’intégrer, à quelque titre et de quelque position sociale que ce soit ; on l’a assez réalisé, à notre détriment permanent ; on en a assez bouffé, de la mequitude.

 

 

Pour une révolution antimasculine !

 

 


 

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:52

 

Pareil. On liquide. Pas le moindre courage à terminer ces deux textes, qui font suite à Marteau ; et pour le premier à la misérable manif de mise en valeur de l’évènement qui s’en est suivie - céquifaut rien laisser perdre, pour négocier l’intégration et se sentir exister toud’même…

 

 

Les mène-le-deuil

 

 

Les cogérantes mènent le deuil.

Les fidèles, actrices de leur vie sociale, adhérentes au bien commun, les suivent.

Les vilaines qui ne veulent pas des bienfaits de ce monde sont cachées dans leurs trous. 

 

Autrefois on demandait de la pluie, ou de la bienveillance royale. Et puis des fois on demandait plus et c’était le soulèvement. Á présent on demande des droits. Et on ne se soulève plus, c’est mauvais pour le commerce et l’assurance-vie.

 

Il y a des endroits et des époques où un comico ou une adminstration incendiée ponctuait et ponctuera nos mortes. Ici et maintenant, ce sont des processions rogatoires derrière nos gardeuses d’oies à la badine mentale et politique, qui mènent le deuil ; et surtout le mènent vers la perfection de cette société, dont elles attendent bienfaits et places. Le pire étant qu'elles y croient autant que leurs ouailles. Et réciproquement. 

 

Et non, rien ne brûle, de ces tribunaux, administrations, hôpitaux dont pourtant nous nous plaignons si fort. Ce n’est même pas parce que nous ne sommes pas nombreuses ; dans bien des endroits nous le sommes bien plus qu’à l’époque de Stonewall à NY. Nan, c’est que nous avons peur de nous retrouver à poil. C’est que la justice, le droit, le statut et leur corrollaire, l’accès au sujet de cette société, l’argent, sont nos habits. Comme ceux d’à peu près tout le monde, coupés inégalement, bien sûr (sinon où serait le mérite ?) Habits aussi problématiques que ceux de l’empereur dans le conte. Habits qui ne nous sont propres, que nous ne maîtrisons en rien, qui nous sont octroyés et peuvent nous être retirés, à distance, selon la volonté et les intérêts de la domination. Mais être à poil, n’être que nous-mêmes, quoi, nous paraît un sort encore plus affreux, incertain. Mieux vaut nous promettre à la mort et rester vêtues – provisoirement, le dépouillement dans ce cas étant total, radical, déshabillées de nous-mêmes, de notre peau ! De notre peu que nous ne savons pas défendre, que nous ne savons que négocier, assez bas d’ailleurs. Il est vrai qu’on n’apprend rien d’autre dans les écoles de la république ou des autres religions.

 

Notre habit rêvé, c’est la bonté enfin révélée de ces institutions, c’est le roi enfin débarrassé de ses mauvais conseillers, c’est dieu enfin sur terre, et la distribution congrue en toute justice. Nous ne nous autorisons à espérer ni à vouloir rien d’autre, ce serait l’anarchie. Alors c’est sûr qu’on va pas y foutre le feu. Nan. On va processionner avec des gueules de quarante pieds de long, crier notre colère platonique (pléonasme, je pense), poster une lettre au culbuto en chef pour avoir une loi – loi qui va, bien sûr, mettre fin à la haine systémique du féminin dans un monde patriarcal, faire qu’on ne remarquera plus ni ne se moquera de nos fréquentes gueules de travers, enfin qu’on nous traitera avec tous égards. Et le plus triste, c’est qu’il y en a parmi nous qui ont fini par y croire, bien plus naïves en cela que beaucoup de nos prédécétrices. Et qui, le lendemain de cette possible loi, se réveilleront avec quelques critères d’évaluation de plus au derrière – mais attention, autogérés par les expertes de la communauté, ça change tout dans la dépossession de soi ! – et autant de mecs décidés à nous buter. Le jour où une loi, et tout le système répressif qui va avec, empêcheront un meurtre, et surtout un meurtre de normalisation sociale, je veux bien qu’on me réveille avant l’aurore pour y voir ! Pour tuer des nanas, et surtout des nanas trans, les gens sont prêts à crever, à se pendre même, on l’a vu récemment ! C’est un impératif trop catégorique. Céqui faut sauver le m-monde, viril, productif, sexualisé, de la pourriture et de la décomposaition féminine ; ce même monde pour la perfection duquel nous portons le deuil ! On n’échappera pas à ça avec des lois ; si on veut réellement en sortir, renverser les formes sociales masculines, et pour cela créer un rapport de force egt un autre rapport à nous.

 

Je l’ai déjà dit et écrit bien des fois, je ne porte pas le deuil. Et je ne clame pas de colère. Ce ne sont que des sauve l’honneur dans l’avalage de couleuvres. Rien’af de l’honneur.

 

Nous en sommes à rejouer, au milieu d’un monde structuré par la haine de ce que nous représentons, la triste mélodie du choix forcé de protec’s, état d’un côté, médics au milieu, gérantes de la transitude d’un autre. Á tous, nous sommes contraintes de céder nos vies en gros, nos morts au détail.

Á part nous soustraire, autant que possible, avec une vie plus pauvre mais plus libre, et ne nous fier en rien aux bio, non plus qu’à toutes celles qui nous veulent du bien, ce qui peut je pense nous sauver dans un nombre important de cas, je ne vois pas de direction à prendre, autre que la résignation à l’état de fait, assaisonnée de défilés indignés. En cela nous ressemblons tragiquement aux stigmatisées et aux exploitées de toujours. Il serait d’ailleurs temps de nous comprendre autant dans cette position historiquement quelque peu répétitive, pour ne pas dire universelle, que de porter sans fard là où ça biche plus spécifiquement : nous nous trouvons à rebours, les f-t’s, de l’ordre sexué et de son évolution, qui est censée aller vers les formes m, toujours et encore.

 

 

 

 

Notre mort nous-mêmes

 

 

Les loquedues « comme » mézigue, qui nous sommes faites, et là j’insiste, nous sommes faites parce qu’au bout d’un moment tu sais très bien ce qu’il en est, si tu persévères c'est en connaissance de cause - bananer, maltraiter, mépriser, et qui néanmoins continuent de sauver la boutique en la tenant 24/24 – pendant que les mieux placées sirotent des sodas au jardin – eh bien j’en ai, cette fois ci, radicalement marre de les plaindre. Elles crèvent ? Tant pis pour leur gueule. Elles savent. Moi aussi je crève, moi aussi j’ai tenu longtemps, trop longtemps, la boutique, même si à présent je les vomis. Mais bien fait, bien fait. J’y suis revenue trop longtemps, trop vieille, à ce vomi. Je le dis, passé trente, trente et quelques, ce n’est plus soutenable d’y revenir.

 

Et la manière dont nous avons, à l’occasion, maltraité à notre tour, quand les cheffes, les évidentes, les qui ne se discutent point, nous jetaient en proie la super loquedue, la pas bien, la perdue – eh bien je suis désolée, mais par là aussi nous avons précipité notre mort. Et cimenté la justification de notre tourment. Encore bien fait.

 

Je le dis aux autres loquedues, bio comme trans, qui s’agrippent au comptoir, ou qui ont trouvé le bonheur dans un canapé : si vous venez à crever, à crever de votre veulerie roublarde et craintive, des conséquences de votre confiance, de votre abandon, de vos consentements répétés, je ne verserai pas une larme, bien au contraire. Je ne crois pas à la politique du pire, je ne crois pas un instant que la mort au cul fait lever les fesses et radoube la pensée critique ; bien au contraire aussi. Mais là n’est pas la question. La question c’est que zut, on se fout encore plus de soi, du monde et de celles qui pourraient, auraient pu être ses camarades, quand on fait partie des quart-de-solde, et qu’on y reste que quand on fait partie de celles qui prospèrent. Et que la patience, ça va bien un moment : ça n’a jamais rien donné non plus, côté émancipation et bouleversements.

 

Nous sommes, par là, les principales responsables de notre mort, et de notre mort très sale, très basse, très rampante, la confession et la profession de foi sur les lèvres, ne pas mourir hérétiques, hé !

 

Nous nous cuisinons nous-mêmes pour devenir comestibles. Hé bien tant pis, et bien fait. Je le dis franchement, je ne lèverai plus une phalange pour contribuer à ce genre d’intégration, et je ne verserai pas une larme quand crèveront les indispensables, majoritaires perdantes de cette misérable loterie à la normalité. Pas plus, d’ailleurs, qu’elles n’auront fait montre de la moindre solidarité avec les loquedues et inabordables comme moi et d’autres.

 

Je dois le dire, nettement ; quand je lis, entends le déluge monotone d’espérance plate et de consentement pourri, de celles « qui sont devenues de vraies femmes » - et ne sont donc plus des trans puantes et inachevées - à celles qui font la queue devant les divers guichets de la reconnaissance de nos zidentités par les institutions de ce monde, depuis la justice jusques à l’amour, je me dis, en voyant déjà comme la plupart d’entre nous finiront, l’illusion passée, poursuivies dans les rues, leur sésame légal et évidemment inefficace en poche ou à la main, rejetées, isolées, malades, devenues inutiles à leurs protectrices bio exotisantes, eh bien oui je me dis, ce sera bien fait, merde ! Ce sont elles qui actuellement surinent discrètement les non-consentantes, les critiques, les insupportables et les inintégrables, pour s’assurer la place au soleil que l’ombre de la révolution réactionnaire et du retour aux fondamentaux assombrit pourtant déjà. Eh bien c’est aussi stupide que la justice, la némésis. Elles crèveront de ce à quoi elles auront assidûment adhéré. Je n’éprouve aucune pitié, aucune solidarité envers elles, qui n’ont qu’horreur pour les trublionnes dans notre genre, et qui sont bien contentes quand nous disparaissons, ça leur fait un emmerdement de moins, une épine de moins dans le cul, et une mort de plus à négocier. Mais surtout elles auront tout bêtement, matérialistement, empêché toute avancée vers un renversement radical, abondé le système même qui, masculin, misogyne et fétichiste, ne pourra que nous offrir en pâture au loquedus auxquels il ne pourra plus fournir le nécessaire. Dans ces cas là le nécessaire redevient centralement la haine des femmes, leur viol, leur meurtre, derniers ciments sociaux, et les f-t’s bien entendu en toutes premières, avec collaboration des biotes qui espéreront retarder ainsi un instant leur passage à la machine. Nous y sommes même, je pense, à peu près déjà. Alors même que nous nous gorgeons de belles paroles sur les droits et l’état civil, la situation se tend un peu partout, et les meurtres se multiplient. On ne saura peut-être même pas jusqu’où nous eussions pu aller, si nous avions eu quelqu’audace, car il est bien possible que nous soyons toutes massacrées bien vite, et que ce soit cela qui fasse de nous une anecdote de l’histoire – ou bien un de ces fantômes insistants, de ces rêves d’échapper au carcan qui renaissent obstinément. Dans ce cas là, espérons qu’une future vague féminisatrice ne se flanquera pas dans d’identiques impasses.

 

Nos morts ne sont pas que dues à une action extérieure de la domination, et aux sombres complots despotiques que cela suggère ; elles sont dues aussi, et je pense achevées, sanctionnées par notre propre appétit à réaliser les formes de cette domination, vues comme libératrices, et notre absence à peu près totale de critique à cet égard, notre énergie étant mobilisée dans la revendication de cette réalisation intégrative. C’est hélas une vieille scie des luttes sociales. La lutte même, et le social, nous avalent, président à notre passage naïf et confiant à la broyeuse, quand ce n’est pas à notre extermination mutuelle. Et je le redis une dernière fois : nous ne sommes pas des imbéciles, je le sais très bien, pas la peine de faire semblant. Si nous ne nous en prenons pas aux logiques de ce monde à la racine, et voulons au contraire nous les approprier, c’est délibérément. Je ne crois pas un instant que nous ne soupçonnions pas, pour le moins, que ces logiques sont celles du pouvoir. Il nous tombera sur la gueule, et nous l’aurons bien cherché. Comme toutes les identités sociales qui veulent le rester, nous faisons la queue devant les guichets de l’utilité et de la raison des choses, d’où sort notre mort. Sans queue pas de guichets. Nous collaborons, comme bien d’autres, à notre anéantissement. Couic donc !

 

 

 


 

 

 

 

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 08:00

 

 

à n’importe quoi, capables de tout pourvu qu’on leur en ait donné le droit. Voilà la clé du ressort mécanique des à tête et mentalité de baudroie (nos ancêtres les…) qui me voisinent, comme de leurs innombrables congénères en citoyenneté. Á cette fruste condition tout leur est pensable et possible, à commencer évidemment par le mesquin, le nuisible, l’inhumain, qui leur conviennent admirablement. Si vous vous sentez safe à portée de pareilles gentes, sous loi et justice, en société quoi, eh ben pas moi.

 

 


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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 08:29

 

 

 

Ébauche de texte inachevée. Vous aurez sans doute remarqué que je fatigue.

 

 

J’ai déjà écrit il y a peu sur mon opinion que, quand les monstres et les anormales veulent accéder à la normalité, fut-ce en statut « égal », elles se jettent de fait et d’acte, désarmées et consentantes, dans la caricature d’une normalité qui en est déjà, largement, une. Large à tel point d’ailleurs qu’elles n’y apportent rien, et en sont débordées de partout, incluses, phagocytées, massacrées – et sans vouloir comprendre pourquoi ça marche pas.

 

Il y a quelques temps, un article paru sur le site de NPNS (oui, cette assoce survit encore !) décrivait avec satisfaction un atelier organisé incontestablement pour des nanas bio, qu’on suppose par ailleurs racisées, lequel avait pour objet de leur apprendre à se maquiller normément dans le but de se revaloriser, et conséquemment de faire embaucher plus facilement (je vous laisse à penser dans quels emplois). Je pense absolument inutile de faire de plus longues réflexions sur le fait que la course à la caricature est socialement imposée à toutes les femmes et que nous ne faisons que reproduire le même dans nos ateliers de genre… Sans parler de l’identité foncière des aspirations sociales. On est mal, toutes, tout de même !

Rappel : parmi les derniers marchés en croissance, aux côtés de celui de la guerre, restent ceux du paraître.

Il va encore de soi que la caricature centrale, la caricature humaine, réside dans l’ensemble des formes masculines. C’est là que se nichent la force et la valeur, c'est-à-dire la brutalité et la coercition, enduites d’appétent. Le reste est caricature, en fait, principalement dans la mesure où et comme il se dispose, se sélectionne par rapport à cette centralité m, hétérote et appropriatrice. Les formes assignées féminines ne sont tolérées et intégrées que pour autant qu’elles sont ou semblent inoffensives et excitantes pour le sujet social m-centré ; lequel s’étend bien au-delà du groupe social m et de ses porteurs attitrés ; comme tout sujet social, sa vocation est l’hégémonie et le tropisme généralisé ; voir ce qu’en écrivait lucidement Solanas il y a un demi-siècle ; on ne peut pas dire que la situation se soit en quoi que ce soit arrangée.

 

Juste après, je zieute un site de collègues ts (Putains dans l’âme), qui me jette au visage un superbe motto de nana bio bien normée, sans excroissances ni bourrelets, génitalisée à fond, raide comme un passe-lacet aussi (c’est peut-être dû à l’inhabileté de la personne qui l’a dessiné, mais tout de même, bon, il y a comme une intention hiératiste…). A fa f’est sûr qu’en moyenne on gagne plus dans notre activité quand on remplit les cases de ces formes. Mais quand je resonge aux apparences réelles des collègues qu’il m’arrive de côtoyer, à quelques occasions, je reste fort songeuse. Qu’est-ce qui est finalement mis en exergue, avec de telles images ? Le tapin, ou autre chose ? Nan mais s’il s’agit de baiser, c’est simple : en fait, Valérie avait raison : les mecs, et les personnes qui veulent faire mec, au sens social du terme, sont tellement obsédés par la forme-baise qu’ils sont capables de vouloir y faire avec la plus moche d’entre nous, après avoir « traversé un océan de vomi ». Ils sont d’ailleurs prêts, réglément, à violer des nourrissonnes et des vieillardes qui ne correspondent que très exceptionnellement aux normes de la sexualisation enthousiaste. Je veux dire, c’est là-dessus qu’on fait notre frichti - toute économie suppose brutalité, dépendance, injonction sociale en arrière plan. Plus ou moins grassement j’en conviens, mais au fond, quand on a bien pratiqué et écumé, on se rend compte que les fadaises autour du daisir-plaisir, ce n’est pas que ce soit inexistant, mais tout de même ça semble bien annexe. Pour les meilleurs jours et les meilleures configurations. Mais le grand ordinaire, c’est pas là que ça se tient. La sexualité, comme la sexualisation, c'est la frénésie sociale et la violence qui va avec indissolublement. C’est jouer son rôle, être acteur de sa vie comme on dit en novlangue. Quant au génital, génital on est mal, c’est un des principaux sémaphore du retour aux fondamentaux ; c’est là que ça se passe, à tous points de vue. Bref il est de nouveau bien visible et explicite sur nos bannières.

 

Au fond, ça ne pose pas vraiment de problème non plus – je veux dire, le problème commence bien avant. Il commence quand nous prenons au sérieux, pour bon, pour réel de réel, je ne sais comment dire, toute cette pantomime, et les formes dans lesquelles il nous faut nous introduire, nous insérer, pour qu’elle paraisse, justement sérieuse. Formes qui d’ailleurs ne sont à peu près jamais atteintes réellement, nous devons faire comme si elles l’étaient, comme si nous étions la nana sur l’affiche, la vendeuse idéale, la trans invisible. Et c’est là que le sérieux dérape dans ce qu’il faut bien appeler caricature, et mensonge de fait. Caricature de caricature, parce que ce que nous devons faire semblant d’atteindre, en soi, en est déjà une. Je ne cause pas des détails, c’est le fait qu’elle soit à atteindre, à faire mine de, qui en fait, quels que soient ses éléments, une caricature. Ce qui nous met dans cette situation, c’est la croyance envers la réappropriation, qui cimente infailliblement l’état des choses, et nous livre à elles, sous le prétexte de l’inverse.

 

Tapin de parking à pas cher, en plus de polémiste et de, surtout, grosse feignasse, je ne prends plus soin de moi depuis belle lurette et je ne surveille pas ma ligne. Ça ne change pas grand’chose. Tant qu'à être caricature, ne pouvoir en l'état ne pas l'être, autant ne pas (trop) se brutaliser. Je suis trans, je suis donc monstre, je ne gagnerais je pense que peine et ridicule, je ne serais qu’un poil plus pathétique, à faire semblant de comme si pas. Je pense même que le passing va beaucoup mieux sans chercher à coller, qu’il crée à la limite, dans ce cas de figure, un filet de ce quelque chose d’autre que nous étions quelques unes à vouloir, et avons presque toutes renoncé à ; une gueule de personne, au sens ambidextre de ce terme. Cette personne qui fait précisément excroissance, et que tous les revêtements ont pour objet de raboter, passer à l’émeri, lisser, dissoudre.  

 

C’est en recherchant un normal qui lui-même fait peur dans la rue (les coupes hétéros vissés par la main, les petits nenfants rose et kaki…) qu’on fonce, entre autres, tête baissée dans la caricature de caricature. Je resonge par exemple à quelques films tout à fait kitch des années 80 et 90, que les trans intégrationnistes ont aujourd’hui soigneusement rangés tout au fond de l’armoire, sous les serviettes – même pas fourgués à Emmaüs, pour ne pas donner une mauvaise image des t’s ! Moi-même en ai eu mon heure d’éloignement. Aujourd’hui je me rends compte que ce qu’ils mettent en image est bien moins caricatural que la mornitude genrée et civile à laquelle nous multiplions les abonnements, et que même certaines questions dérangeantes pour l’ordre social y sont abordées, qu’on ne risque pas de trouver dans de fibreux navets comme Normal ou Laurence anyways, lesquels sont des catéchismes de comment biotiser, hétérotiser, et ne posent surtout aucune question de fond, puisque le social présent, amour propriété citoyenneté, est le meilleur des mondes possibles, et que toute sa perfection doit consister à avaler les identités qui se présentent avec la meilleure volonté qui soit au passe-plat. Il y aurait évidemment bien autre à manifester que drag-queens en goguette, nous manquons d’imagination, mais rien n’est pire, dans l’état des choses, que la normalisation à laquelle nous aspirons, qui est bien plus lourde, poisseuse, que les hystéries les mieux fournies.

 

Mon propos n’est pas, celles qui me lisent souvent l’auront deviné, la déjà vieille et usée approche de production de fierté par la « réappropriation des stigmates ». Déjà parce que je suis résolument contre la fierté, la reconnaissance et tout ce qui vise à octroyer une place dans le social. Ensuite parce qu’il ne s’agit pas de s’en tenir à ça, de rajouter quelques identités au pot. Plutôt de casser celui-ci. Ni fuite honteuse, donc, ni appropriation fiérote en l’état ; ce n’est pas là la question, crois-je. C’est d’une part de voir, de dire, de marquer où nous en sommes, et où nous en sommes, les f-t’s, dans l’immense où nous en sommes social. De savoir par où nous voulons en sortir – si tant est que nous le voulions, mais même dans notre époque à l’encéphalogramme plat il y a de mauvaises coucheuses, en attendant des temps meilleurs ; enfin de distinguer ce qui dans la caricature est caricaturé précisément parce qu’elle recèle des possibilités de rupture et d’émancipation avec l’ordre des choses, utilitaire et masculin.

Ouf ! me direz vous. Oui, ouf, ça fait beaucoup, surtout quand on est quelques isolées à s’acharner au maintien de la possibilité d’une sortie, avec le risque assumé de se gourer absolument (mais par ailleurs, je ne crois pas qu’il y ait quelque part, déjà, un « ailleurs » vers où aller. Cet ailleurs est à créer, à la barbe de toutes les résignées, les réaques, les modernes comme les postmodernes !).

 

Nous sommes là, c’est inocntestable. L’affaire est de ne ni s’illusionner, ni y consentir. Re ouf ! je sais.

 

J’ai lu il y a peu, pour la énième fois, dans un de ces plaidoyers transféministes qui se multiplient pour montrer que, hé, hein, on n’est pas des paillassons passifs, qu’on entend bien participer paritairement au marasme commun en y ajoutant de la valeur (le préfixe !), le mantra qui suit : « Fuck off ! Nos corps nous appartiennent ! Ils n’appartiennent en aucun cas à vos agendas normés ou déconstruits, et si on décide de les transformer ou pas, c’est avant tout pour nous-même et certainement pas pour confirmer ou infirmer certaines normes sociales ! » (in Badasses). Ce m’apparaît comme de l’illusionnisme grand format, sans même entrer dans une critique de détail des divinités invoquées (le gentil rapport d’auto appropriation versus la méchante norme, par exemple, comme si nous n’étions pas de et dans un monde d’appropriation frénétique, de soi et du reste !). Je crois au contraire évident qu’on se découpe et redimensionne à la petite comme à la grosse cuillère en fonction des attributs de genre, de quelque manière qu’on y prenne, et dans un sens, un contenu et des formes assignées. Sans quoi on se ferait greffer des oreilles entre les pattes et on se tartinerait de nutella plutôt que d’oestrogel. Ce qui d’ailleurs… bon… m’avez compris… Et ce nous-mêmes prétendument non situé par rapport au genre et au f, ou au-delà, n’existe pas - peut-être pourra-t’il exister mais on n’y est pas et rien n’est sûre. Dans l’état de choses c’est normal. Je ne sais pas si je puis aller jusques à dire que c’est même préférable – mais en général les singeries agenre ou antigenre (qui finissent presque toujours dans le masculin soft) donnent plutôt envie, avant toute analyse profonde de l’irruption des formes f, de ressembler à une nana. C’est triste de lire de pareilles c…ies venant de gentes qui pourraient s’en dispenser. Pour le moment, nous essayons de faire la percée antimasculine du côté des formes f, et essayer de le nier ou de le diluer est de la foutaise, un retour de haine anti-f, ou ce rêve que dès maintenant et sans aucun effort nous parviendrions à ne plus être sujet social. Je ne crois pas à ce genre de magie à trois balles performatrice, où il suffit de déclamer et de décaler un ou deux signes visibles pour se croire exonérées du social et du genre. Si il est possible de se désengluer de tout ça, ce ne sera jamais en en manipulant les éléments ni en s’en « réappropriant » les fondements, et encore moins, quand on n’a pas réussi à en sortir, en croyant que ! Proclamer notre « autonomie » par la gesticulation dans la surenchère des valeurs dominantes est à la fois tragique et pathétique.

L’invocation au rapport d’appartenance, cet horizon du présent toujours à réaliser (horizon : ligne imaginaire qui recule à mesure qu’on avance) est significative autant que définitive : tant que nous nous en tiendrons à l’appropriation, qu’elle soit à autrui ou à nozigues, nous sommes à peu près sûres de tourner en rond tout en serrant le nœud de la corde. Elle fait probablement partie des formes et rapports sociaux à briser. Quand nous ne croirons plus avoir besoin de nous appartenir pour nous occuper de nos fesses, eh ben… hein…

 

Une vie normale est le fond de la caricature d’humanité dont nous jouons bénévolement, militantes et minoritaires pour l’inclusion, la surcaricature.

 

Nous sommes, par le fait comme par la logique sociale que nous n’avons pas les moyens de percer actuellement, des caricatures de caricatures, c’est notre condition dans le monde présent, inutile de nous en faire accroire à ce sujet ; il est aussi vain de le nier que de s’en féliciter ou de s’en culpabiliser, sans parler de chercher à se le récupérer ; nous nous préparons d’autant moins à y échapper que nous prétendons que les simagrées, aspects, comportements de récup’ et autres smileys sexués que nous arborons, n’en sont point entre nos mains. Pas moins non plus quand nous affectons de fuir ces mêmes aspects dans une neutralité qui ne reflète que la domination spongieuse du masculin citoyen. Quand nous prétendons et nous forçons à croire, surveillance malveillante mutuelle à l’appui, que nous avons choisi et recréé librement ces identités, ressentis, perfos et masques, drouilles d’un étalage qui se révèle finalement d’une cheapeté soviétique, mais n’en resterait pas moins un étalage, un alignement de valeurs intégratives, s’il parvenait à se montrer plus riche. C’est le rapport à nous-mêmes, aux choses, aux slogans et aux nécessités qu’il nous faudrait briser. Si toutefois nous voulons encore autre, ce qui est loin d’être démontré.

 

 

note laborieuse et arthritique de février 2016 : à relire ce texte, je me rends compte à quel point j’y ai négligé un aspect principal, que j’ai par ailleurs évoqué dans quelques autres plus tardifs. Ce principal étant que la lutte pour la reconnaissance, dans un cadre économique et social qui se réduit et se referme, est une concurrence matérielle sociale permanente, meurtrière, entre nous et avec autrui, pour un ajustement toujours à réréaliser sur des conditions de valorisation toujours plus restreintes et rigides. Toujours plus brutales et masculines aussi, sous les couleurs chatoyantes de la diversité, de la liberté, de la performance de genre ou autre.

 

Franchement, si ç’avait été possible, cette intégration dont je parle si mal, dans un social qui aurait du coup été nécessairement profondément déconcurrencé, déconditionnalisé, collectif aussi dans son approche, ma foi, il eut fallu sans doute pousser en ce sens. C’est cette option optimiste sur le proche avenir que je défendais au tout début du siècle (!). Sauf que ça ne tourne pas du tout comme ça, au contraire, ça vire à l’élimination massive sur des injonctions impossibles, une repolarisation sur le rapport de force, même si celui-ci est « positivement » travesti, et des mensonges grossiers (le chantage affectif-relationnel, l’identité prétendument « indépendante » - alors qu’elle dépend évidemment de l’approbation générale, "l’invisibilité" des transses… !) pour couvrir l’abattoir. Le refus de marcher vers ça, de le cautionner au prix de nos tripes, une possible collectivisation de survie entre transses, et surtout une relative inconditionnalisation, autant que possible une non évaluation, une échappée aux formes de la valorisation, de l’affectif, de la fierté et autres auto-traquenards moraux-politiques qui sous tendent évaluation et élimination - pour la structurer, sont au contraire à présent une question de vie ou de mort pour beaucoup, et sans doute bientôt la plupart d’entre nous. Bref, nous prendre résolument en considération, comme nous sommes dans ce qu’est l’état de fait, de manière potentiellement critique – connaissance versus reconnaissance – mais sans en faire de nouveaux catéchismes, et surtout de nouvelles normes pour nous trier - et ce faisant laisser radicalement tomber les illusions d’une estime qui est en elle-même toujours conditionnelle autant que conditionnée, et une hiérarchie structurée profondément sur des implicites comme des explicites qui nous condamnent à retourner au néant. Bref une parfaite (auto)arnaque « spontanée ». C’est bien beau d’appeler à la bienveillance et à la positivité, mais, sans même entrer dans une critique interne de ces formes qui ont plutôt à ce jour chapeauté le charclage en interne dans nos milieux, c’est en lâchant la course à des idéaux cis (et riches, et sélectifs...) qui se dérobent de fait à de plus en plus que nous pourrons nous les proposer. La tentative, dans les faits presque impossible à toutes, d’imitation et d’identification à des formes sociales cisses, antitransses, est un casse pipe permanent, comme d’ailleurs ça l’est pour toutes les femmes et toutes les stigmat’s, depuis leur position réelle envers les performances exigées ; et c’est pour cela, bien plus que pour une quelconque raison morale ou politique, que nous devrions être incitées à nous en garder !

 

Mais bon, je dis ça, à tort ou à raison, mais on n’en est pas là et on n’en prend pas le chemin. L’heure est plus que jamais à la reproduction dans l’isolement et la misère croissante, parsemée d’affinités sourcilleusement consensuelles et, quoi que se la jouent leurs prenantes, socialement triées. Ah, ces sacrés choix – qui sont bel et bien là, mais n’en traduisent pas moins fidèlement la structure et les mouvements du social. Oui, nous changeons et choisissons – oui aussi, nous sommes un phénomène social de sexe à l’aventure (mais qui la craint !). Peut-être que de reconsidérer cette dialectique nous pourrait amener à nous voir sous un jour à la fois moins « émerveillant », mais aussi moins exigeant, avec plus de mansuétude (et surtout mieux distribuée ; robinet fermé pour les cisses !) – et par ailleurs encore une fois à cesser de nous atteler à une identification impossible ; ce qui rendrait possible, si ça se trouve, des échappées excentriques. Va savoir – et nous ne saurons que si nous y allons. La priorité, à cette heure, est de vivre. Et d’empêcher les autres comme d’aucunes d’entre nous de nous tuer. Pour ma part, je tiens la thèse que la plupart des formes et des comportements que nous exerçons et percevons comme positifs, quand ce n’est pas évidents, sont parmi les structures mêmes qui nous détruisent et par l’usage desquelles nous nous anéantissons nous-mêmes et mutuellement. Dans l’état des choses, la reconnaissance est une pratique éliminatoire. Il nous faut passer dessous cette barrière tranchante, contourner ce hall d’accueil rempli de chausses trappes préréglées et dont seule une minorité se sort vivante ou indemne, pour sauver nos peaux. Il faut en finir avec le s’en sortir qui est fatalement, structurellement toujours individuel, affinitaire, subordonné à la conformation aux exigences croissantes et à la perte d’autrui pour se sauver, afin de pouvoir tenter un en sortir collectif. Et pour en sortir, il faut commencer par essayer de ne pas y entrer plus avant.

 

Nous ne pouvons pas éluder la place, éminemment pourrie, qui nous est réservée dans le fonctionnement social présent. C’est de toute façon aussi cette place qui nous constitue, autant que notre décision de la prendre. L’invisibilité, c’est la cissité. Essayer de faire comme si pas, comme si nous avions le nez au milieu de la figure, renforce encore le danger qui pèse sur nous, car cela nous isole les unes des autres, nous oppose les unes aux autres, et nous rend incapables, souvent, de nous prémunir contre les violences et les rapports inégalitaires. Mais nous pouvons agir en fonction de cette situation, nous protéger mutuellement, refuser les faux-semblants, tracer enfin un chemin de signification dans le rapport social de sexe et le social en général. Nous pouvons (mais là il est vrai c’est mon point de vue) mettre en place une critique de méthode universaliste, mais de formation communautaire collective, laquelle est pour le moment sans doute une condition de survie. Le tout est de ne pas nous prendre nous même au jeu trompeur de la valorisation, qui reste le même, avec les mêmes conséquences éliminatoires, et majoritairement avec les mêmes éléments d’évaluation, que son objet soit l’intégration à cisselande ou la fierté identitaire.

 

Nous devons fuir les formes-rôles que nous avons docilement appris à incarner, qui ne servent qu’à faire fantasmer les cisses, nous faire nous même nous cisfigurer, enfin nous maintenir dans la précarité et leur dépendance ; nous n’avons à être ni chrysalides, encore moins papillons (bonjour l’espérance de vie). Tâchons plutôt d’être consciencieusement de bonnes grosses chenilles dodues, gourmandes autant que partageuses, égalitaires, ni bonnes ni connes mais attentives, et soucieuses de nouzautes ! N’oublions pas de soigner nos poils urticants, à défaut des autres ! Et inventons nous même des blindages – chenilles-tatous. Et en troupeau. Seules, nous sommes à peu près toutes fichues, et les rescapées ne vaudront guère mieux, entièrement circoncellées par cisselande, perfusées au mépris souriant.

 

C’était juste une insomnie en ce grand hiver. Ce sont des questions qui demanderaient une sagacité qui me dépasse et qui de toute façon ne pourrait sérieusement être que collective. Allez, je retourne dans ma caisse.

 

 

 

 

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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 09:25

 

 

« Cette crispation dans l’effort d’aimer, alors qu’il ne vous reste plus qu’à obéir, mène généralement au-delà de la simple et naïve subordination. En « dénichant » les « qualités » de ses supérieurs, on espère se dépouiller d’une rancune aussi insupportable qu’inévitable. Quand on a fermement résolu de s’élever, d’arriver, il faut de bonne heure s’habituer à anticiper sur son ascension, grâce à la fumisterie du respect spontané ; se garder de se contenter de l’obéissance aveugle, seule exigée ; toujours feindre d’accomplir volontairement et en pleine souveraineté tout ce qu’on attend, quoi qu’il advienne, de valets et de subordonnés. »

 

H. Arendt, Rahel Varnhagen

 

 

Ce morceau de schéma du mécanisme naturalisé de l’intégration des paria à l’orée de l’époque moderne, dressé par Arendt plus d’un siècle après, n’a pas pris une ride, alors qu’un autre siècle s’est à peu près écoulé. J’ai fortement repensé à ce petit passage en lisant, dans la presse, les ahurissants mensonges que débite, sereinement, une célèbre porte parole. Il n’est pas beaucoup de métiers plus sales, plus effrayants moralement que celui-là, qui représente justement une des quintessences du mécanisme général de l’intégration : devoir s’approprier les mensonges de la domination, avec initiative et inventivité. S’y croire. Au besoin les précéder.

 

C’est ce métier que nous exerçons toutes, les stigma, les qui font la queue, en plus de toutes les autres activités auxquelles nous aurons été conduites. Porte-paroles de ce que nous avons gobé comme devant être le bien le beau le bon. Bénévolement pourrait-on dire, et même à nos frais. En effet, et nous le savons très bien, même s’il nous faut aussi faire nôtre le mensonge que nous allons être accueillies dans la communauté citoyenne (ou toute autre), et donc le taire : il faut une multitude de perdantes, qui seront bouffées et excrétées, pour une éventuelle gagnante démonstrative.

 

Notre stupidité ainsi forcée et volontaire n’a rien d’innocent, ni par ce que nous voulons, ni par ce que nous sommes amenées à faire les unes aux autres, et à nous-mêmes, pour acquérir le droit de le vouloir. Nous sommes parfaitement mouillées dans la domination, la brutalité, l’utilité convergentes, et par conséquent pour parvenons même à mériter, dans les termes de la logique comptable et justicielle hégémonique, notre sort. Comme ça on coûte rien, et on laisse pas de dettes. Classe non ?

 

 


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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 07:35

 

 

 

 

« … qui n’hésiteraient pas à planter un couteau dans le ventre d’un type ou à lui enfoncer un pic à glace dans le cul au premier coup d’œil si elles pensaient pouvoir s’en tirer… »

 

 

Ce passage, avec un autre plus circonstancié que j’ai déjà cité in extenso je ne sais plus quand, est un des nombreux qui me réjouissent dans Scum, et il fait lui-même partie d’un paragraphe fort revigorant – mais qu’est-ce qui ne revigore pas dans Scum ? Á part peut-être la démocratie numérique esquissée, vers la fin, peut-être par souci de se montrer quand même raisonnable quelque part, ce qui ne sauve jamais ni personne ! Soyons déraisonnables et impitoyables. J’ai déjà fait moult fois savoir que j’étais contre toute velléité exterminatrice de gentes, et pour le principe, et d’autre part parce que ce sont des formes sociales, des fantômes, comme disait Stirner, qui nous bouffent la vie, et dont il siérait de nous débarrasser, si possible. En tous cas, cela nous poserait résolument en raisons de nous-mêmes. Et exclurait le dévouement morbide, lequel justifie toutes les cruautés, à des causes, externes et communes. Il faut cependant avouer que des fois, comme en ce moment avec la tête de p… qui traîne souvent autour de mon trou fétide, dans le patelin de peigne-culs où mon abrutissement m’a précipitée, et semble appartenir à la très nuisible sous espèce des gendres néo-mecs, on a quand même envie de jouer de ce qu’on a au moins appris en autodéfense, sans parler de plus. Il convient de ne jamais se priver de préciser les choses, et de matérialiser le systémique, dans la lutte contre les masculinités, sortir le pic à glace, quoi. Premier degré. Couic pupuce. Et s’en tirer.

 

Bref, si s’en sortir me paraît une étroite blague sucée et resucée, s’en tirer me semble une prémisse, une condition. D’abord veiller, aussi longtemps que faire se pourra, à s’en tirer, éventuellement à en tirer quelques autres, sans que ce devienne pour autant une généralité parce qu’on en arrive alors vite au calcul utilitaire, au moindre mal, au sacrifice des unes pour sauver les autres et toutes ces vieilles daubes qui nous font crever, le sourire aux lèvres, le drapeau déployé et la table de multiplication à la main. Et surtout n’inciter personne, ni ne la justifier, à ce genre d’exercice, genre extirper le mal de ce monde.  

 

Nous n’avons à sacrifier personne, ni nous ni autrui ; ni abrahamiques, ni païennes ! Marre de l’antique daube justice, prémisse, elle, de tous les commerces.

 

Comme je l’ai aussi déjà dit, rien ne vaut de périr pour, non plus que de tuer, parce que la valeur elle-même est déjà une des ces sanglantes raisons par lesquelles nous nous extorquons nous-mêmes.

 

Évidemment il y a le s, apostrophe. Qui est en jeu ? Qui pourrait ? Qui voudrait ? Qui ne peut pas ou peut ne pas vouloir ? Qui et que sommes nous ? Il se peut que s’en tirer suppose quelquefois d’y laisser sa queue, et quelques autres appendices. Mais pas beaucoup plus.

 

Á quel prix, jusques à quel prix ? Voilà justement la question dont il nous faudrait nous débarrasser, comme d’un corset ; cesser d’évaluer et d’équivaler. Vivre est pour nous, comme pour n’importe qui, la condition de tout. Vivre de peu, avec peu, sera préférable, afin de moins dépendre, mais ce n’est pas là une évaluation de ce qui devient, par la comptabilité, portion de vie attribuée à une instance fuligineuse.

 

Souffrir n’a rien d’agréable. Mourir est l'humiliation finale. Qui les valorise donne raison aux choses et à qui les révère.

 

 


 

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 08:35

 

 

C'est nous, c'est nous

Les huskys du pôl'nord !


 

 

On est venu demander jusques à moi, hargneuse dans mon trou fétide, un avis au sujet du fibreux machin censé pondu par une f-t’ probiote (ce qui est presque un pléonasme dans les faits) et qui a animé une partie de la t’sphère quelques jours. Pas de chance, je l’avais déjà donné dans des textes récents ; voir Ça chante faux et Poire.

On a même été jusques à douter de l’existence de la t’. Moi pas. Déjà, comme m’avait dit autrefois sur ce genre de confessions une vieille camarade, c’est tellement misérable que ça doit être vrai. Les positions relativement attractives autour de la valeur sociale trouveront toujours leurs paillassons et leurs repenties, et auront toujours une gamelle de reconnaissance avariée sur le feu pour elles. Et surtout, hé ! qui peut se vanter chez les loquedues comme nous de n’avoir jamais joué sa partition dans cette gamme ? Pas moi en tous cas, qui fus, pareillement, l’humble servante empressée de bio abuseuses, exotisantes, politicardes hallucinées et autres plus vraies que moi tu meurs, que j’avais pourtant pour certaines connues auparavant pas si vraies que ça. C’est que je ne suis pas maligne, et qu’il m’aura fallu plus de décennies qu’à d’autres pour faire le topo. Ce qui me permet par contre de disposer, au sujet de bien des évènements et de gentes, d’une mémoire perspective assez étendue, et très peu appétissante.

 

Bref, et vu d’un point d’ex paillasson et repentie, tout cela est fort ordinaire. C’est malheureux mais on n’a pas encore trouvé le moyen d’aller plus vite que la musique.

 

Nous allons apparemment avoir droit à une offensive y’a bon de trans vraies, fausses ou supposées, soumises, coupables, respectueuses des clous et de l’ordre des choses comme des identités. Sauf que, hé, que faisons nous, depuis des années, sinon yabonner cet ordre en y réclamant inclusion, bienveillance et reconnaissance ? Zut alors ! Le pouvoir tient par le rassemblement et l’assentiment. Là où les gentes s’égaillent, abandonnent la logique comportementale et identifiante qui le structure, il commence à se perdre, il est percé. Mais nous n’avons jamais eu cette velléité. Bien au contraire. Nous avons faite nôtre, superlativement, l’approche sourcilleuse, vigilante, comptable, qui se cherche une place et refuse avec indignation de considérer la domination comme peut-être systémique. Nous en bouffons les conséquences.

 

Si nous avions quelque audace à déserter leur logique de chantage à l’existence sociale, nous ne ferions donc sans doute même pas attention à ces manip’s grossières. Mais voilà, tant que nous ne serons pas claires dans notre attitude envers, justement, leur gamelle, eh bien elles garderont un pouvoir sur nous, et nous couinerons à répétition de leurs violences, tout en restant obnubilées par les hochets qu’elles agitent et que nous convoitons.

 

Je note en tous cas à quel point l’atmosphère néo-conservatrice, réconciliatrice, printemps des c… et retour aux fondamentaux, s’épaissit. Un Mélenchon encense les peurs de la lumpenbourgeoisie chauvine et réaque, l’islamophile statutaire Delphy tend la patte aux islamophobes hégémonistes de Sysiphe. Il est vrai qu’on avait déjà l’habitude de la commensalité des institutionnalistes antipute avec les catho à filles repenties, accessoirement anti avortement et hétérocrates. Comme c’est singulier, toutes ces braves gentes se retrouvent, outre dans leur appétence partagée pour un monde bien ordonné, paritaire sauf pour les pas rentables, les trop pas, les pouilleuses, dégagé sur les oneilles quoi, autour de leur haine commune des f-t’s. Où on voit qu’en période de « crise » le monde rétrécit brutalement, le niveau baisse, et que les concurrences y apparaissent à sec pour ce qu’elles sont : des convergences. Et que ce sont les mêmes qui paieront la note du rapprochement. Les choses se tendent, deviennent de plus en plus dures dans la perspective du naufrage de leur raison et de son monde ; les formes masculines, autoritaires, dominantes vont faire leur baroud d’honneur, et se rencontrer sur le corps de l’assigné féminin, paresseux, dégénéré, rétif. Couic de nouzautes ! On pourra vraiment pas dire qu’on savait pas.

 

Si on ne savait où nous trouver, là, nous aurions gagné des places où vivre et d’où mettre en péril ce monde. Tant que nous restons sagement en file devant les guichets, on pourra bien s’amuser à nous faire, et à faire de nous, tout ce qu’on voudra. C’est l’issue permanente de l’identification minoritaire : se mettre en place pour servir de tampon au majoritaire.

 

Cessons de concourir. Cessons de converger. Devenons mauvaises, pour de mal.

 

 

 


 

 


 

 

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23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 09:55

 

 

 

 

Sages comme des images, nos aménageuses

 

 

 

Sans rêve et sans réalité

Aux images nous (nous) sommes condamnées

 

 

 

C’est l’année des bonnes volontés (celle des treize lunes a été soigneusement enterrée dans l’oubli) ; après l’appétissant appel de Preciado à une « démocratie totale » (invocation qui me fait dresser les cheveux sur la tête !), voilà qu’une autre de nos vicaires générales, la peu évitable Dorlin, cause dans l’Huma de l’urgence qu’il y a (mais qu’est-ce qui n’est urgence à cette heure ?) à révolutionner la société. Ni moins ni plus, ni surtout autre. Voilà la tâche, le moulin productif auquel nous devons nous attacher le licol.

 

On comprend que la société, le social, ici, n’est pas en cause, ne peut pas l’être. C’est plus qu’un donné, c’est un révélé ; comme le genre, le sexe, la justice, l’équivalence et les casseroles émaillées. Le mode de pensée objectiviste, catéchétique, cécomça, où se rassemblent depuis quelques temps toutes les positions intégrationnistes, réaques ou progrotes, entend mettre tout choix et toute décision au rancart ; en quoi il est un naturalisme renforcé, et surtout une expression radicale de la résignation : on ne peut défendre ou tenter que ce que nous croyons déjà être. Et nous avons peur de lancer des réponses, des contredits, qui ne nous semblent pas fondés sur une archè indiscutée. Religion, politique, science, nous tenons à toujours nous tirer, justificativement, des poches ventrales d’une des poupées kangourous de cette suite historique, sans parler de celle que nous allons sans doute nous dresser après, et qui nous rendra le monde encore plus total, calculable et fermé. Car c’est là leur principe.

Il n’y a rien au-delà ni en deça de ce social révélé, et encore moins à côté ni au loin, sinon la barbarie – que celle-ci ait plutôt l’air de lui être amoureusement conjointe n’est qu’un énième mauvais moment à passer. Nous socialiserons plus que jamais, au contraire. Plus ça rate, plus ça doit marcher, s’pas ?

Quant à révolutionner, son suffixe clapotant renseigne. Il n’est pas non plus question d’un renversement, d’une évasion, d’une révolution quoi. On ‘tionne, comme on solutionne. Tout se passe dans la grande gamelle. Gare à laisser s’échapper des grumeaux.

Révolutionner est à un changement radical ce que « s’en sortir », locution coutumière de la résignation à Hobbeslande, est à « en sortir », et même à sortir tout court. Toute l’affaire étant dans l’effort (et l’audace) de détermination, ou pas, de ce qu’est le en, et de ce que nous sommes à ce en. Non moindre audace à réfléchir sur le sujet – qui.

Mais non – on plaisantait – « comment s’en sortir », c’est tout bêtement comment s’adapter aux nécessités, ces nécessités incontestables, immobiles, naturelles, une fois de plus, répétitivement.

Coimment, au contraire, résolument rester dedans, dans ce monde, dans ses formes et dans son sujet. Comment rendre perpétuellement attractive la playroom, et chauler adroitement ses cimetières annexes. Comment discréditer toute idée d’y échapper. Comment tresser ensemble tous les matelas, toutes les paillasses anciennes et modernes, revalorisées, rejustifiées, n’en oublier aucune, pour être sûres de ne jamais risquer de passer au travers.

 

Un antique et suspect barbu avait fait la remarque prémonitoire que le capitalisme pourrait tenir jusques à extinction des feux, et de nous-mêmes, à condition de bouleverser sans répit son fonctionnement. C’est ça révolutionnier ; révolure, que les conditions soient toujours innovantes, créatrices et abolissantes, pour y trouver un regain de valeur et d’appétit ; mais ‘tionner, parce qu’il n’est pas question de renverser les paradigmes fondamentaux, bien au contraire : toujours plus d’intensité, d’identité, de besoin, de désir, de transparence, de dépendance, de justice, de calcul, de pouvoir, de société quoi. Nous sommes sur le chemin de l’avenir radieux, ça ne fait pas de doute.

 

Foucault et ses épigones, les « nouveaux philosophes », Tatcher même nous l’ont bien dit et martelé : « TINA ! ». Il n’y a pas d’en dehors et il ne doit pas y en avoir. D’ailleurs, à toutes fins utiles et safetytaires, nous avons abondamment disposé autour de nous des capteurs, afin de dénoncer les  marches plus ou moins furtives de celles qui prétendent tout de même s’éloigner, en laissant vaticiner vicaires et croyantes ; c’est qu’on ne sait pas ce qu’il pourrait en advenir ! La déesse sait ce qu’elles pourraient nous ramener d’imprévu ! Et même si elles ne reviennent pas : tout le monde doit rester là, participer, sans quoi nous serions de fait mises en question et il n’en est pas - question. Notre devise, c’est « Que personne ne sorte ! ». Nos vicaires, sous-vicaires, que dis-je, nous-mêmes, qui sommes l’ecclesia, faisons notre rentrée, pour bien montrer le chemin, que personne n’aille vagabonder. Et aussi rassurer les peuples (et les mecs) : mais non on ne va pas bousiller votre monde, on est responsables, nous, pas des cinglées à la Solanas. D’ailleurs on n’oserait pas imaginer s’en passer, et ne plus persévérer dans l’existence qui en sourd. On part du même présupposé, avec les mêmes limites : améliorer indéfiniment l’ordinaire, poser d'indignés pansements sur les conséquences des causes que nous continuerons à cultiver. 

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On bouge même tellement pas, occupées à redistribuer les éléments et les identités, que du fond du couloir géant où nous nous sommes séquestrées glissent vers nous, scène de film d’horreur, nozamies « retour aux fondamentaux » et autres institutionnalistes étatistes à trique républicaine, suivies de près par les réaques naturalistes, les réappropriatrices de toutes les vieilles daubes, les dipécolotes et des que je n’ose pas imaginer. N’ayant pas voulu quitter ce qui demeure « fondamental », nous en serons vraisemblablement avalées. Quand on ne veut pas quitter le terrain de l’incontesté, c’est toujours le plus fondamental qui bouffe les autres à la fin. Gloups. Avis à la nourriture.

 

Le féminisme auquel se sont résignées raisonnablement toutes ces gentes, on l’a bien compris, ne sera pas (lui non plus) révolutionnaire, ni critique, encore moins dissolvant ; prendra avec pragmatisme sa part spécifique à la redistribution du même en portions paires, ne se saisira de rien à la racine – haram ! – et haram surtout celles qui prendront ce genre de position, tiendront ce pari : ni crédibles, ni rentables. Ne fera pas péter les structures et les formes sociales qui d’ailleurs paraît-il n’en sont pas vraiment, ou bien en sont mais on n’y peut rien, à part les performer subversivement, les faire jouer avec nous, cache cache de la domination autogérée : je ne suis pas celle que vous croyez ! Bah, quoi d’étonnant, dans un cul de sac historique où on en est à ce que les libertaires promeuvent l’amélioration du politique et la profusion juridique ? Ce à quoi sera cantonné ce féminisme en sera effectivement révolutionné. Émulsifié. Intersectionné. Chloré. Battu en neige et mis au frigo. –é. Passif, quoi : seules les nécessités qui pendouillent sur nos têtes et en lesquelles nous devons être traduites, réduites pour exister, ont droit à l’activité et à chapeauter l’initiative, à déterminer les cadres et les buts que les pragmatiques responsables s’autorisent à s’assigner.

 

Nous fûmes des camarades et nous savons pertinemment que nous ne sommes pas des imbéciles. Nous avons choisi, et en connaissance de cause ; nous savons ce que nous avons voulu ; il y a celles qui travestissent la résignation en enthousiasme et veulent perfectionner, perpétuer et totaliser le monde du besoin et de la dépendance, il y a celles qui veulent rompre avec ces nécessités proclamées, et peut-être avec l’abstraction réelle « monde ». Si ça se trouve il y en a encore d’autres, ici et là. Il est temps en tous cas d’en finir avec les solutions de continuité, les mascarades de la convergence et de la solidarité, derrière la showroom desquelles on massacre gentiment les non-consentantes. Nous sommes adversaires, nous ne nous mettrons plus à la disposition de vos pattes baladeuses, récupératrices et gluantes. Enfin n’attendez plus la moindre mansuétude de notre part. Ce que vous voulez ménager, d’autres entendent le déménager.

 

 

 

 

PS : quelques jours après, je lisais un autre article sur les radieuses perspectives qu’un énarque quelconque assigne à la nation, comme c’est la coutume depuis la renaissance résistancialiste des années 50. Et je n’ai pas été autrement surprise d’y trouver le même langage (jusqu’aux mots magiques les plus actuels, genre « s’approprier »), le même tropisme vers un mieux enchéri de l’identique, finalement les mêmes rêves sociaux. Tout le monde court après, s’excite sur le même cadavre de lièvre, monté sur rail. Et les moyens invoqués sont finalement toujours identiques, surenchérissants : valeur, travail, droit, sursocialité quoi. Les moyens sont significatifs des fins. Encore une fois, concurrence et opposition sont confondues, interverties même, et la racine de ce monde a encore de beaux jours devant elle. Nous, c’est une autre affaire.

 

 


 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 08:02

 

 

 

 

« L’infortune ne tombe pas du ciel ; elle est le fruit de la bêtise.

Lorsque la raison s’obscurcit, le malheur se noue »

 

Hsi K’ang

 

 

 

La stupidité, tout autant que la résignation et la roublardise, participe de la complicité envers l’ordre des choses.

 

 

(Hé - autant pour moi que pour bien d'autres ; on n'a jamais fini d'apprendre à ne pas consentir ! Encore faut-il commencer - et nous sommes rarement précoces en la matière, hélas.)

 

 


 

 

 


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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 08:58

 

 

 

 

Quand je vois un néo-mec, comme il en traîne désormais partout, un bien raide, avec famille assortie (femme nez baissé, garçon kaki, fille rose), dégagé sur les oneilles, s’exprimant par aboiements, pas lopette pour un sou, brutal, autoritaire, ridicule, je me dis illico « B… d…, comme on dirait Valls ! ».

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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