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Textes de 2012/3

 

 

 

 

Une des images favorites d’un Sempé était de dessiner des manifestations où tous les partis opposés mais aux apparences semblables défilaient pour revendiquer et s’approprier la même chose. Et où au besoin ça finissait en bagarre. J’ai bien entendu cette sensation à voir les réaques et les lgteubés qui brandissent bien haut les bonnes vieilles valeurs qui ont fait la france et structuré le capitalisme, en avançant derrière une rangée de poussettes dont la symbolique comme la disposition font un peu penser à celles d’une division blindée. Les unes veulent à toute force se les garder (et pour ma part je leur aurais bien laissé jusques à ce qu’elles en crèvent), les autres s’y installer et se les approprier, comme on dit chez nous.

 

Personne ne semble avoir l’audace de suggérer que c’est probablement, de tout ça, la normalité d’hétérolande et du patriarcat qui sort vainqueure, hégémonique, universelle pour ainsi dire (1). Nous avons tellement abandonné la critique systémique des formes sociales, que n’existent plus pour nous que les individus réessentialisés par grappes dans leurs identités. Nos lunettes ne nous permettent plus de voir que ça, des identités qui se baladent, s’additionnent, quelquefois mais rarement se combattent. Et se combattent toujours pour l’accès aux mêmes places, aux mêmes réalisations. Voilà la totalité du conflit social. Faire tourner les usines, se mettre en couple, pondre des mômes, produire du plaisir (un peu), se faire thanatopracter. Ce tableau de cauchemar, c’est le présent pour lequel nous luttons. Parce que nous luttons. Il n’y a pas le moindre doute là-dessus. Nous luttons pour maintenir aussi longtemps que possible ce présent qui tombe en ruines. Nous en sommes à payer pour travailler, à accepter surveillance et répression pour citoyenner, à nous marier et à provigner pour hétérolander. Et tout cela, effectivement, est une lutte, permanente, quotidienne. Une lutte pour recevoir régulièrement notre permis de séjour dans la dépossession et l’exploitation, le bénévolat et l’abnégation – pourvu qu’en échange de toutes ces aumônes faites à la machine sociale nous obtenions le droit de faire semblant de vivre.

 

De même que les martyrs fondent les causes les plus absurdes, de même la lutte fonde et légitime son but, aussi catastrophique puisse-t’il être. C’est la grande faiblesse de la rencontre du raisonnement et de l’émotion, avec en tiers le désir de similitude repeinte en égalité formelle. Nous ne pouvons pas admettre que nous puissions souffrir pour rien, ou pire que rien : des aberrations. Que nous puissions, collectivement agir contre nous. C’est ainsi que la socialisation violente et carcérale se perpétue par les souffrances même qu’elle occasionne, et par le jeu de ses hiérarchies : le seul but concevable est de monter sur son lumineux podium. D’être toutes vainqueures avec elle. Vainqueures de nouzautes, et de toute échappée.

 

Hétérolande a donc gagné, avec nous. Être lesb’ n’est vraiment désormais plus qu’une sexualité, un statut, une catégorie subhétérote de plus. Nous avions envie de croire qu’il suffisait d’être (et si peu) pour poser une réalité – et nous voilà à la fois ralliées et annexées. Rarement on aura vu victoire plus désastreuse. On en vient à regretter l’époque où on perdait sans cesse et où il se passait des tas de trucs imprévus ! Mieux vaut perdre le vieux monde que de le gagner.

 

La faiblesse de l’interprétation critique y est évidemment pour quelque chose. C’est sûr que si le système hétéro se réduit à la mise en présence d’une bite et d’un vagin, on peut très facilement et à relativement peu de frais (encore que, non, les bites sont trrrrrès insistantes – ciseaux !) se penser hors ; de même que lorsqu’on pense que le capitalisme n’est que le sombre complot d’une mini société de patrons et de traders contre l’immense masse des honnêtes travailleures. Là aussi, on se demande bien comment on fait pour ne s’en être pas désengluées depuis trois siècles. On est tout de même un peu empotées. Puisque ni la famille, ni l’injonction à la sexualité, ni la positivation de la reproduction et de l’élevage n’ont à voir avec le patriarcat ; puisque le productivisme et l’idéologie du travail n’ont rien à voir avec le capitalisme, vraiment, on est incroyablement nouilles de pas régler l’affaire en cinq secs. Puisqu’il n’y a rien à comprendre, que tout est visible, évident, désigné. 

 

Nos raisons même sont de plus en plus convenues, je ne dirai pas « mauvaises » parce qu’elles se tiennent, juste elles se tiennent dans la cohérence de ce qui maintient ce monde. Il y a quelques jours, je me suis esbaudie devant une campagne lgteubée où les participantes étaient appelées à faire savoir combien elles rapportaient à l’état et à la société. Ce qui fonde effectivement, je ne conteste pas un instant, l’intégration à ses formes. Valoir, produire, consommer, c’est le fondement de notre existence et de notre légitimité sociale. Tous leurs aspects finissent par se rapporter à ça. Derrière hétérolande, c’est la raison économique totale qui remporte un succès, lequel est peut-être un de ses derniers (encore qu’il ne faut pas trop se faire d’illusions à ce sujet).

 

Hétérolande a gagné. Nous avons gagné. Ben oui, inutile de brandir les vieux épouvantails de l’erreur, de la trahison ou de l’arnaque. C’est nous, c’est bien nous. Et pire : sans nous, sans notre demande enthousiaste d’y participer, il lui aurait manqué quelque chose, elle aurait été puissante, dominante, mais pas absolue. Nous lui avons fait faire un grand pas vers cette dernière position. Et nous l’avons fait « de science sûre et après mûre réflexion ». Nous l’avons choisi. Il faudra assumer, comme on dit, les conséquences de ce choix, à commencer par leurs effets sur nous-mêmes.

Nous voulions depuis longtemps être hétérolande, prouver qu’on pouvait faire aussi pire, les doigts dans le nez. On l’a prouvé, de facto comme de jure, et très largement. Y a pas photo. Comme toutes les minorités nous avons déposé chaque année, dans nos chaussons, à Noël, notre unique demande : être grandes, être comme les vraies, les majoritaires. Nous y arrivons. C’est un peu laborieux mais nous y arrivons. Et quand nous serons arrivées, alors, eh bien nous pourrons toujours prendre la mesure du désastre, et de toutes les possibilités à vivre autrement qui auront été perdues.

 

On s’applaudit bien fort !

 

 

 

(1) Quelque chose qui m’a toujours amusée chez mes petites camarades qui se réclament bien fort d’un « anti-universalisme », c’est que la plupart d’entre elles n’en réclament pas moins l’inclusion des communautés, différences et statuts dans les mêmes formes sociales de reconnaissance globale, tout à fait comme la diversité infinie des objets se résout dans leur identité comme marchandises, une fois l’indispensable marché atteint.

Aujourd’hui bien des anti-universalistes défilent pour l’intégration et la similarité ; et moi la vilaine universaliste, lapse et relapse, je beugle pour qu’on ne tombe pas dedans. Singulier, s’pas ?

 

 

 

Des citoyennes et des aliens

 

Je me suis esbaudie, comme quelques autres, devant l’avis rendu par le conseil national consultatif des caf au sujet de l’extension des formes sacrées d’hétérolande à toute la population. Vote négatif – dont celui des représentants de la cgt, jamais en retard d’une œillade au peuple bien réac dont nous avons le malheur de faire partie. Beh oui hein, que vont devenir les chères têtes blondes ou gît la résurrection nationale (rémanente depuis le sursaut national post-45) si elles manquent de l’altérité et de la complémentarité des sexes, c'est-à-dire tout bonnement de la hiérarchie misogyne et de l’exemple nécessaire de la domination masculine, comme des formes m en général, hein ? Peut-être des tapettes et des feignasses (si seulement ! - en fait le désir de normalité l'emporte toujours statistiquement).

 

 Je ne parle même pas du faux-culisme gouvernemental. En démocratie représentative, « les promesses n’engagent que celles qui les croient ». Et faire confiance aux soc-dem, avec leur passé permanent de déni et de trahison, était quand même une performance. Les intégrationnistes lgteubées sont cocues, mais ça paraissait évident dès le soir du premier tour et le score de la droite dure ; plus question de laxisme sur les symboles… C’est pour ça qu’on a Valls et la chasse aux clandos, Montebourg et la france saine au bras retroussés, Vallaud-Belkacem et les bons sentiments prohibitionnistes.

 

Mais j’ai été tout aussi épatée par un article qui dénonçait cet état de fait, paru dans Féministes en tous genres, et qui assigne cependant dans le même mouvement comme but de la vie aux mêmes gosses éspéréEs de devenir convenablement des sujets et des citoyens. Autant dire plus crûment des producteurs et des consommateurs. Et de parfaites acteures du cirque ci-dessus évoqué.

 

Bon, déjà, je trouve assez croquignole qu’aujourd’hui personne ne semble plus se poser de questions quant à la reproduction effrénée des formes sociales qui ont fait le patriarcat classique autant que contemporain : famille, mariage, couple, incitation à enfanter. Pourtant on la leur aurait bien laissée leur vie de m… à la colle, le lit conjugal, les marmots qui braillent et toute la séquelle ; mais puisqu’y paraît que nous ne pouvons pas vivre sans le bonheur de cette glu… Enfin bon, je m’en suis déjà expliquée. Là, c’est le reste de l’idéal de vie qui se déroule. Il ne va pas très loin. Et il exprime bien à quel point nous baignons, de quelque côté politique que nous soyons, dans l’horreur et l’angoisse envers la remise en cause des barrières et des mangeoires de notre zoo social.

 

Ce n’est pas non plus par hasard que les parties qui s’opposent sur ce sujet, comme sur bien d’autres, défendent et thurifèrent exactement les mêmes formes et valeurs. La seule différence étant que les réaques pensent que seul la hiérarchie et pépé familias doivent bénéficer de l’affaire ; et les progros que tout le monde doit s’y intégrer à même titre. Ce qui est sans conteste logique et défendable en cohérence interne.

 

Évidemment je fais la nouille en toute mauvaise foi ; je sais fort bien que lgteubélande et la majeure partie de tpglande ont depuis longtemps décidé de trouver ce monde génial et de l’avaler en long, en large et en travers. Ce qui nous fait, comment dire, une drôle de gueule, bien distendue de tous côtés. Et que ma foi, nous nous retrouvons quelques unes à la baille après la plongée vers les abysses, qui pour notre part n’entendions pas du tout faire avec, et pour qui, si nous étions lesbiennes ou t’, c’était aussi et peut-être même d’abord parce qu’on avait résolu d’en finir avec les formes sociales en vigueur.

 

Nous étions quelques, en un temps pas si ancien, qui ne voulions ni produire, ni nous gaver, et surtout pas engendrer. Il se trouve que nous pensions avoir mieux à faire – ou à glander – que de participer aux pitreries sordides de ce triste monde.

 

Aujourd’hui des ex de cette trempe s’adjurent les unes les autres de signer pour la promotion de la PMA, du natalisme, plein de petits nenfants, relance de l’économie, résurrection de la famille. Tiens, fume !

 

Je ne sais pas ce qu’elles pensent ? Que des mômes de lgteubés intégrationnistes changeront quoi que ce soit au désastre ? ou bien qu’ellils payeront les maisons de retraite quand on aura alzheimer ? Mon œil ; il y a toutes les chances que ce fassent de parfaits hétéros réacs, vu comment les choses tournent ; et que la misère sera à un tel point qu’on ira directement à la déchetterie, et elleux après. Même d’un point de vue calculateur c’est raté d’avance, les filles. Et d’un point de vue humain, eh bien le cirque familial, reproductif, dévoué et admiratif des larves prescriptrices de conso est relancé. C’est trop classe. Les gentes et les nanas en particulier continueront à passer l’essentiel de leur vie à torcher, à élever, à supporter, à être coincées dans ces histoires qui n’en finissent plus. Vu la situation économique et humaine, j’ai déjà bien des connaissances qui à soixante ans passés sont toujours à ne pas avoir une minute pour elles, et mourront à la tâche.

 

Elles y ont pensé un peu les camarades qui réclament et acclament hétérolande pour toutes, avec son système familial et reproducteur ?

 

Ou bien est-ce qu’elles ne se risquent plus à rien penser, l’important étant d’être in the move ? Possible. Même si cela les conduit à des positions de plus en plus conservatrices, petit à petit – quand on veut intégrer un ordre, il ne faut surtout pas qu’il bouge, sans quoi la peine de s’y conformer en est perdue. Á promouvoir, à intégrer et à œuvrer pour étendre ce à quoi nous avons autrefois voulu échapper. Ce sans quoi nous estimions qu’une vie émancipée serait mieux possible.

 

Il est vrai aussi qu’une autre génération est venue, laquelle ne présente plus ce genre de soucis ni d’ambition – non qu’elle manque de cette dernière, mais elle l’investit profitablement dans l’occupation des cadres de la domination présente et des places de ses bureaucraties institutionnelles autant qu’associatives. Les anciennes, séduites par tant de cynisme désinvolte, suivent cahin caha, subjuguées, mentalement en laisse. C’est sans doute pour ça aussi que leur sens critique a été mis sous une grosse serviette de table ; y faut plaire à cette jeunesse, et elle n’aime pas les scrupules.

 

Pourtant, le résultat risque de ne pas être du tout semblable aux images qu’on projette de l’avenir radieux en démocratie sanitaire ; il est déjà là, je l’évoque plus haut. La mise à disposition familiale toujours plus poussée, l’aménagement de la misère et de la maladie, la rencontre de la pénurie du naufrage économique et de l’injonction morale, bref tout ce qui fait que les nanas l’auront à terme une fois de plus dans le baba. Mêmes forme sociales, mêmes conséquences.

 

Comme toujours il y en a et y en aura qui auront fait leur beurre de cette baratte, et su s’exonérer des pénibles tâches comme des positions subalternes. Ce sont elles qui écriront l’histoire. Enfin – jusqu’à un certain point de la barbarisation déjà engagée, où il faudra plus que quelques galons pour échapper aux conséquences.

Bref je rigole jaune quand je songe au rêve des mes congénères pour leurs nenfants : de parfaits citoyens de la forteresse europe, agrippés à leur niveau de vie et à leurs quarante heures, vivotant chez leurs parents, « protégés » par les rangées de barbelés des pays tiers, comme on dit, sujets automates de l’économie, d’un état plus répressif que jamais et pour tout dire des formes du patriarcat étendues à tout le monde. Mais rainbow. Et ©.

 

Il y eut autrefois des chimères inquiétantes appelées féministes révolutionnaires. Pour qui l’émancipation possible n’était pas déjà écrite, n’était pas l’égalité dans la débine, ni la dépossession démocratique, et pas non plus le rattrapage léniniste, l’intégration familiale ou les régressions religieuses. Qui ne faisaient pas non plus dans le consensus, que ce fut entre elles ou avec patriarcalande. Encore moins dans la surenchère avec cette dernière. Il s’agissait de briser la fatalité, d’en finir avec l’indépassable. Où sont elles désormais ? Pas même dans notre mémoire semble-t’il. Où en sommes-nous ? Á la mairie, à la maternité et au cimetière.

 

 

 

PS : je signale cet article paru sur un site de la Vienne, au sujet d’une campagne d’affichage qui a le paradoxal « mérite » d’exprimer naïvement la vie à laquelle nous sommes réduites - http://nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com/article-poitiers-sexisme-et-national-productivisme-les-deux-mamelles-de-la-poitevine-110452850.html

 

Il ne faudrait qu’un très petit effort, arrivées là, pour commencer à supposer que les nanas caricaturales de l’affiche sont précisément les « sujets et citoyennes » que nous invoquons si facilement et si mal à propos, et que c’est tout cela qu’il y aurait à bazarder.

Une fois de plus, Valérie, tu nous manques !

 

 

 

 

Mais qui peut donc bien encore être contre hétérolande ?

 

 

 

« Pro-vie, pro-famille, pro-gosses ; parce que vous croyez que nous on est contre ? » Question posée par une militante lgtb à des réaques en goguette.

Je suis pas tombée sur le cul, j'étais déjà assise ; et de toute façon je connais la réponse lourdement majoritaire depuis vingt ans : oui, on est pour ça. Comme on est pour le travail, la république, les rtt, les gentils flics qui nous protègent des méchants malfaiteurs… C’est Mickeyville partout ! La réconciliation nationale ! La fin de l'histoire ! Alleluïa ! .

 

On est pour tout, dans tout ce qui est, et on a juré méfiance et hostilité envers tout ce qui n’est pas et pourrait être, bouh. On est d’une bonne volonté à faire peur. On a résolu de tout avaler et d’ailleurs on l’a fait.

Bizarre qu’ellils ne soient encore pas contentEs ; pourtant on a intégré toutes leurs croyances, tous leurs modes de vie. Un peu plus on va se déguiser en m et en f pour faire encore plus vrai. On s'y entraîne déjà. 

En d’autres termes, être lesbienne ne voudrait surtout, mais alors surtout plus dire vouloir que les choses changent. Ce serait au contraire vouloir s’y intégrer, à fond. Vouloir se réapproprier, réaliser une bonne fois pour toutes ce bon vieux patriarcat dont les coutumes et les formes sont tellement attrayantes. Que c’est une honte qu’on en ait été privées si longtemps. Mais maintenant on est sages, on y a droit, on va tout bien faire comme vous, fonder des familles, élever des lardons, cotiser à la mutuelle, tondre le dimanche entre 3 et 5 le gazon du lotissement…

 

L’identité, marchandise parmi les autres, l’a emporté sur la volonté de changer l’ordre des choses – et des gentes. Et ça risque de nous mener « loin ». C’est que ça nous a déjà rendues fort conservatrices, la convoitise envers ces bonnes vieilles structures sociales qui se ficellent à la mairie, chez les notaires, dans les assurances-vie, devant les tribunaux quand ça chavire. Et il va falloir les protéger, en plus, ces formes si fragiles. Voilà que les bouleversements possibles ne nous apparaissent plus du tout sous le même jour. On a des intérêts maintenant dans l’ordre présent, et pas qu’un peu. On va apprendre, quand ce n’était déjà le cas, à aimer l’état, le contrôle social, la répression, la défense contre les vilains non-rentables ou les aléas politiques qui pourraient faire chuter le niveau de vie de nos petites familles, remettre en cause nos propriétés laborieusement acquises, nos annuités retraite, notre marasme républicain. Plus touche ! On est déjà conservatrices, on va apprendre assez vite à être réactionnaires. Chez les versaillais, pour être tout à fait in.

 

La substitution de la revendication à la critique mène systématiquement par assimilation et ralliement aux formes majoritaires vers une droitisation. Les mouvements d’intégration identitaire qui ont évincé ceux de contestation en sont en ce moment un exemple type, de même que les divers populismes simplificateurs. Il faut dire que c’est une tendance profonde en ce moment, et peut-être le début d’une régression massive, qui entraînerait tout le monde dans l’effondrement ; pour n’avoir pas voulu sortir de ce monde, et au contraire nous y entasser, nous périrons avec lui. Et le défendrons avec la brutalité requise, aux côtés de tous ses autres tenants, contre toute tentative d’échappatoire. Ça sera classe autour des barricades, si barricades il y a : robocops et militaires lgteubés défendant la propriété et la sécurité républicaines-rainbow© contre gouines antipatriarcat, antinatalistes et anticapitalistes. Au moins ça aura le mérite de montrer que les sexualités et autres identités ne sont pas un mode pertinent de départagement politique.

 

On commençait à commémorer ces derniers temps le dixième annif de la mort de Wittig. Je me suis demandée ce qu’elle aurait pensé de tout ça, mais tout simplement aussi ce qu’elle pensait de son vivant, que ça avait déjà bien commencé à glissouiller. Ce n’était pas très clair. Wittig avait du mal à se débarrasser de la gangue léniniste, et de l’envie de rattraper ce monde. Et cependant on sent bien qu’elle n’était pas non plus à l’aise avec la revendication-acceptation. Pour ça je pense elle prenait du champ.

 

Je suis incontestablement plus proche de Solanas que de Wittig.

 

En tout cas, s’il y en a qui sont paumées, ce sont bien les réaques. Autrefois, c’était clair, nous avions des projets de société ou d’autre chose exclusifs, opposés, qui se rentraient dedans direct. Elles voulaient ce monde en bien concentré, nous voulions démolir les formes qu’elles défendaient.

 

Á présent, nous voilà toutes les unes sur les autres, à réclamer la même vie, les mêmes formes sociales et relationnelles, à en rajouter sur comment nous allons super bien les remplir et réaliser. Il y a de quoi en perdre la tête. Apparemment, de notre côté ça suscite fort peu de perplexité. M’alors en face, la panique. Y z’en sont à se couper l’herbe sous le pied pour pas qu’on y vienne ; ainsi d’un fort ahurissant communiqué d’un syndicat de notaires, qui s’oppose à hétérolande partout ; alors même qu’y z’ont tout à y gagner, comme les autres professions juridiques d’ailleurs. Contrats et procès (qui ont déjà commencé, il y a déjà des empoignades entre parentes), lesquels vont de pair avec l’extension des formes du capitalisme et de la citoyenneté propriétaire (laquelle est au départ le but principal de la conjugalité, on l’oublie trop aisément), vont fleurir. Pour parler vulgairement, y vont se faire des c…. en or. Mais nan, moralement ça bloque.

 

Ces gentes là doivent se poser la question « qu’est-ce qu’on a merdé pour que ces dépravées libérales viennent picorer dans notre triste gamelle ? ». Ben, rien je pense. Si il y en a qui ont étrangement déraillé, c’est plutôt nous. Enfin, déraillé, non, on s’est ralliées, voilà tout.

 

Au fond et en toute logique intégratoire et accaparante, il n’y a effectivement pas de quoi en ch… une pendule. Nous avons massivement fait un choix (ce fameux choix qui fait si peur à sos-homophobie). Et comme sos-homophobie nous faisons tout pour oublier que ç’a été un choix, non non, on a toujours été super bien avec ce monde, avec la famille, avec les aliens, avec hétérolande ; on veut y prendre part, s’en gaver, le servir comme des vestales. Les gouines rouges, comment dire, n’avaient pas saisi le sens ou plutôt la fin de l’histoire, voilà tout, sans quoi elles feraient comme nous aujourd’hui. There is no alternative, un monde unique et heureux.

Beh oui, ça n’a pas grand’sens, je le vois bien, de s’étrangler et de s’offusquer. Maintenant c’est comme ça, nous sommes comme ça. Au fond nous avons même peut-être toujours été comme ça. C’est le réel indépassable et voilà tout. Comment avons-nous – non, comment aurions nous pu commettre cette dangereuse erreur, probablement antidémocratique (Caro !), de vouloir changer les rapports humains ? Ce doit être un faux souvenir, un vieux cauchemar mal digéré.

 

Ou alors ? L’autre jour, je répondais à un envoi d’une très ancienne camarade, qui faisait suivre un texte sur une supposée – et espérée - opposition irréductible homo/hétéro, que je craignais que nous en soyons tout au rebours, et la tête dans la photocopieuse. J’ajoutais, un rien grandiloquente, que je pensais que nous étions dans un désastre historique aussi pour les tpg, c'est-à-dire le naufrage de ce que nous avions voulu porter en d’autres temps, et, je le répète, l’assimilation à hétérolande – donc la victoire de celle-ci.

Mais peut-être tout le monde n’est pas d’accord justement pour se passer à la photocopieuse, malgré l’apparence d’unanimité et les clameurs d’adhésion ?

Bref je jette la bouteille au marais, peut-être pour des temps prochains où, l’enthousiasme retombé, d’aucunes commenceront à percevoir la misère et l’autoarnaque dans la reconnaissance et l’intégration.

(Peut-être serons nous fières de vivre la même misère que les hétér@, l’égalité avant tout ? Difficile de dire jusqu’où la peur et la honte de se singulariser peuvent nous conduire.)

 

N’empêche, nous sommes encore un certain nombre à être contre la famille, l’enfantement, l’intégration au patriarcat élargi, la demande de certificats de bonne vie et mœurs au pouvoir, la résignation à ce monde laborieux, et cette survie idéalisée qu’on appelle la vie, en cadence alternée avec les anti-avortements - à qui l’acclamera le plus fort !

Nous sommes encore plusieurs à ne pas vouloir de cette existence en tube digestif, à ne pas bien voir à quoi servent les droits dans un monde d’impuissance, sinon à nous encager encore plus, à dire que nous nous passons allègrement des baptêmes républicains.

Nous sommes encore quelques unes à nous souvenir que féminisme et lesbianisme furent des mouvements révolutionnaires ; des refus de la résignation et des volontés de sortir de la saumure ; pas des boutiques du marché existentiel. Qu'elles peuvent redevenir refus et perspective ; changement de génération aidant, ou esprits se trouvant. Vrai qu’à voir où on en est tombées, c’est à n’y pas croire. Mais nous sommes d’indécrottables optimistes. Et l’histoire a ses surprises, bonnes et mauvaises – selon où on se trouve sur l’échiquier, les choix qu’on a faits. Reste en effet le choix, ce fameux choix qui effraye tellement qu’on préfère souvent nier jusques à sa possibilité. Comme tous les spectres historiques, on a beau l’enterrer, il remonte, rentre par les écoutilles mal fermées, fait sauter les canalisations. Le spectre du choix évacué viendra chatouiller les pieds des gentils couples endormis, avant de devenir sans doute moins friendly. Les unes et les autres ne pourront pas nier très longtemps qu’elles ont choisi, et ce qu’elles ont choisi.

 

Nous sommes dans de très sales temps, dans des années gluantes, mais nous parions que les mauvais jours finiront.

 

 

 

 Bienvenue à la maison !

 

du natalisme et du familisme à la disponibilité et à l’aliénation

– en passant par le masculinisme et les traditionalismes de retour

 

 

C’est par cet accueil sarcastique que le prisonnier® est salué par ses concitoyens et geôliers, à chaque fois que ses pérégrinations, qu’il avait sincèrement cru l’avoir conduit bien loin, libéré quoi, le ramènent en fait au village (non moins ®). Le souci, c'est que notre itinéraire historique commence à avoir fâcheusement tendance à ressembler à cette mésaventure. Nous sommes parties joyeuses et féroces, dans des directions tout de même assez diverses, pour ne pas dire étonnantes et quelquefois même audacieuses, ne boudons pas notre plaisir,  tant mieux ; et voilà qu’après des fois toute une vie de broussailles traversées, de routes battues et rebattues, de refus pas toujours faciles à prononcer et à assumer, nous nous retrouvons à la porte de ce que nous avions quitté résolument et d’un bon pas : la maison, la famille, le care, la dispo, les cadres sociaux et idéologies qui vont avec. Et ce sans avoir le sentiment d'avoir jamais fait demi tour. Y a quelque chose qui cloche dans cette histoire.

 

Après que ce qui restait de travail se soit invité dans tous les recoins de la vie, motivation, mobilité, etc. oblige, on retombe même à avant le travail en terme d'exigences de don de soi et de dévotion, ce qui est fort. Le capitalisme en déroute n’a plus à nous offrir qu’une sphère privée aussi misérable qu’avant, où la violence de pépé est désormais sursocialisée, diffusée partout et en tous temps. Retour à la disponibilité totale pour grapiller un peu de reconnaissance illusoire : la reconnaissance foncière à l’ordre économique est et reste dans la carte bleue, à la caisse. C’est vers elle que convergent les lois et les mesures répressives qui comptent et vont compter de plus en plus, pour ne pas dire peser. Et le maintien de cet ordre se fait entre autres par la hiérarchie des sexes sociaux et par la reproduction du relationnel(1).

 

Le goût, l’injonction intériorisée quoi, à la disponibilité et pour tout dire à la soumission, a les voiles dehors. On en vient à le considérer comme une super appropriation du monde, quand ce n’est pas une subversion carabinée.

 

Nous avons relancé nous-mêmes la bonne vieille rengaine insistante selon laquelle exister, vivre pour soi, est triste, ennuyeux, et pour tout dire un peu coupable, égoïste. Que la vraie vie c’est toujours par les autres, pour autrui. Et pas de n’importe quelle manière ! Ah ça non, ça mènerait peut-être à l’association libre évoquée par Solanas et d’autres avant, avec des intérêts pas du tout productifs. Nan, il faut vivre pour autrui, et vivre pour autrui selon les formes en vigueur, qui conditionnent la reconnaissance : couple, amour, enfants, famille. Ça c’est bien, ça c’est épanouissant, ça nous éclate même tellement qu’on ne retrouve plus que des lambeaux, après quelques décennies, mais c’est pas grave, c’est justement qu’on s’est bien dépassées. L’important c’est de se foutre dans des situations précodées qui n’autorisent aucun retrait, exigent la dispo, le bénévolat, la profession de foi. Et le passage obligé par les instances distributives de l’état si on veut y modifier quelque chose. Bref, rien de perdu pour la croissance. Des magasins de jouets, des tribunaux, des navires de croisière ! Quoi encore ?

 

Si on avait le cœur et l’esprit de fiche en l’air ce pour quoi existe la hiérarchie sexuelle : famille, reproduction, activités valorisées, etc. on peut imaginer d’y échapper. Au lieu de ça nous avons juste joué au rubik’s cube avec et nous nous étonnons de voir revenir toujours le même complémentarisme, le même ordre social, sur quelle tête que ce soit.

 

L’arnaque, c’est également de nous faire croire que ce qui compte, et au fond toute la possibilité entre humaines, entre nanas allez disons le, c’est (comme avec les mecs ou entre mecs), de baiser, de procréer, de coupler, de s’attacher, de se surveiller, de s’engluer, de s’échanger au besoin, mais bref de relationner. De faire fonction, quoi. Comme nous avons cru sur parole, avant de payer la facture, que l’activité humaine, ça ne peut être qu’échanger des heures de production contre des sous qu’on va eux-mêmes échanger au magasin contre des marchandises qui elles mêmes etc etc. Dans tous les cas, car il y en a d’autres (dieu, la nation, le peuple…), il importe que nous croyions bien ferme que c’est ça qui fait vivre, et qu’hors de ça il n’y a rien de possible ni d’intéressant. Et que nous nous y enfermons avec ferveur et entrain, y enfermant par là même et par la masse la totalité d’entre nous. Ne nous coltinons ni pères, ni mômes, ni conjointEs. Ne nous coltinons plus les fonctions de production, de reproduction, de relation. La mascarade, c’est la totalité de ces liens et rôles prédéfinis, conditionnants, mutilants et meurtriers. Sexualité, relationnite, familisme, natalisme sont un antique carnaval permanent, violent, oppressif et sanglant. Comme les autres applications de la socialité et de la sursocialité. Le lien social enrichit le sujet social – et le sujet social, ce n’est jamais nous ; c’est lui. 

 

C’est d’ailleurs l’argument répétitif des antiféministes, m ou f : y faut bien (baiser, gluer, dépendre, manifester qu’on est ensemble, jouir, produire quoi), donc en fin de compte et l’un introduisant l’autre, tout devient acceptable ; la contrainte est intériorisée, donc pas de critique possible ; issue à cela, considérer que la glu des formes relationnelles et sexualisantes est inacceptable, et que l’ensemble promu par ce secteur de l’idéologie de la domination est une aliénation, hiérarchisée.

 

Nous ne faisons rien ensemble, rien les unes avec – ou sans – les autres. Nous n’avons de rapports qu’à travers et comme fonctions du sujet social qui nous englue, qui se décline en sexualité, communauté, économie, politique, diversité innombrable. En production et reproduction. Nous sommes toutes dévouées à la réalisation de ce sujet/projet dont nous sommes faites incarnations, pour ne pas dire zombies. Il est nous et nous sommes lui. C’est la malédiction de l’assujettissement. On n’y gagne guère, même sur les marges : la guerre d’écrasement et au besoin d’extermination livrées aux nanas et au féminin continue joyeusement. Comme le faisait remarquer Tchouang-Tseu, se montrer utile ne protège pas, bien au contraire ! Foin de la protection, foin de l’utilité : sortons en, attaquantes et inutiles.

Le sujet social nous injoncte toujours d’aller nous chercher ailleurs, d’aller voir si nous y sommes. Nous projeter dans ce qui n’est pas nous – et, qui moins est, n’est pas plus une autre, mais la forme qui est censée nous résumer et nous réaliser. Nous ne pouvons pas être en nous, juste nous – ça ne lui rapporterait rien. Ce qui compte, ce n’est pas nous, c’est sa reproduction à elle, la forme sujet sociale. Nous n’obtenons reconnaissance que dans son cadre, en dehors menace et désert. On appelle ça aliénation, chez les mal-sentantes en tout cas.

 

Et le sujet social est constitutivement masculin, dans sa forme, ses déterminations, ses valeurs. Sa soif d’appropriation. Par où que nous passions nous arrivons toujours à pépé, en chair, en os, en esprit ou en hypostase. On le retrouve partout, dans toutes les idéalisations vaguement nostalgiques d’un passé qui, s’il a jamais existé, ne nous a menées que jusques où nous sommes : élevage familial, patrie, commerce équitable, quand ce n’est pas carrément le petit commerce, travail honnête, propriété privée raisonnable, nature, culture, bref soumission et identification à toutes les nécessités dont s’est parée la domination au cours des derniers siècles. Un vrai rêve Louis-Philippard, ou pour d’autres trente-glorieusien. Et ce n’est pas par hasard, je pense, que bien des critiques tronquées de la modernité reprennent plus ou moins ouvertement l’antienne de la « féminisation du monde par le capitalisme » (ah ouais, où ça ?!) et se réclament d’un retour viriliste aux valeurs, aux vraies, celles mêmes que nous réintégrons en ce moment. On recourt précisément à l’idéal qui nous a mis dedans (2).

 

Nous sommes le sujet qui enfante et subit toute cette drouille avec constance, dignement, prudemment, sottement.

 

Cache toi, sujet ! avions nous envie d’intimer avec une camarade, il y a bien quinze ans. On n’y est pas encore.

 

On gueulé que les masculinistes se sont grossièrement réinvités. Mais, eh, si on ne cultivait ni la famille, ni l’enfantement, ni en définitive l(hétéro)sexualité, ni toutes les formes sociales qui ont été modelées par le monde mec, eh bien ils ne trouveraient aucun strapontin où s’asseoir auprès de nous. Au lieu que là, c’est nous qui avons été nous rasseoir sagement sur le vieux canapé pourri où ils trônent ; z’ont même pas eu à bouger, c’est nous qui y sommes revenues, aux bonnes vieilles valeurs où on les jouxte, aux institutions où on ne pourra pas leur échapper. On a positivé les formes sociales qui les produisent irrémédiablement : la famille, ce n’est pas neutre, ce n’est jamais neutre, c’est toujours pépé, d’une manière ou d’une autre, dans le canapé ou derrière la fenêtre ; jusques dans nos comportements et dans les rôles que nous endossons. Pourtant ce serait pas si compliqué : plus de passion (re)productive, plus d'amour, plus de famille, plus de lardons, plus de glu, plus de pépé.

 

Nous trouvons très malin de développer dans tous les sens hétérolande, gestation, ponte, divorces, procès et gardes comme si vous y étiez. C'est-à-dire le monde de la conjugalité, de l’(hétéro)sexualité, de la parentalité, de l’appropriation, bref le monde transhistorique de la domination des formes masculines, renaturalisées et institutionnelles. C’est là-dessus aussi que se sont recultivés, comme un bouillon de bactéries autogérées, les masculinistes. Et nous ne trouvons plus qu’un retour torve à l’essentialisme pour nous défausser : eux c’est pas nous. Ah ça c’est une raison. Le bon vieil essentialisme que nous n’avions jamais vraiment quitté, des fois que. Et dont les conséquences continuent à prospérer : hiérarchie, complémentarité, aliénation. On ne peut pas vouloir la fin d’un système et le renouveau des structures qui le fondent tout ensemble.

 

On en est arrivées à être tellement coincées par nos positions familistes qu’on est obligées, jusques dans des communiqués où on devrait simplement dire « bas les pattes, crève donc là haut », ou encore mieux « chouette, tir au pigeon ! », de faire une grande révérence en passant à la parentalité, à la famille, à l’enfance, à tout ça qui est précisément ce sur quoi se base l’ennemi ! On peut plus y couper. C’est le second stade de la réintégration complémentariste. Demain on trouvera l’hétérosexualisme, comme hier le salariat, comme aujourd’hui la religion, libérateur de quelque chose (puisque dans les choses nous nous identifions) ! Classe ! Je commence des fois à me demander si on a jamais vu, dans l’époque moderne on va dire, une telle vague résignée et régressive, portée jusques par les mouvements qui devraient la briser. L’histoire ne se répète pas vraiment, et dans ce cas là on est mal, car on est sans expérience d’un tel backlash qui a réussi à s’emparer de nous-mêmes, de nos volontés et de nos analyses, au nom des nécessités et des intégrations. Il va falloir inventer l’antidote.

 

Les masculinistes en tous genres se sentent d’autant plus forts que nous n’avons pas le cœur d’envoyer valdinguer les évidences et structures – sans parler des fameux besoins - « naturelles » sur lesquelles ils prolifèrent, que nous n’osons pas nous manifester résolument féministes, vouloir un monde de nanas, que nous essayons de graisser la papatte à toutes les vieilles daubes avec lesquelles on nous enferme et aliène, des fois qu’on se les puisse apprivoiser. Les faire nôtres ! Tu parles ! On apprivoise des serpents, des insectes, pas des formes sociales dévolues à l’extinction de soi-même ! On les déserte, les affame, les détruit. On ne leur fait ni guili guili ni gouri gouri.

 

Á force de donner dans le vieux panneau essentialiste qui nous affirme que chaque forme sociale est dévolue à un groupe humain, point, nous sommes devenues incapables d’interroger ce après quoi nous courons, et nous les prenons pour ce qu’elles se prétendent, objectives et incontournables. Autant que les pyramides – si on n’en construit pas eh ben y en a pas et on se repose ! Et même de nous rendre compte que si nous y courons concurremment avec ceux qui nous bouffent, il se peut qu’il y ait un souci.

 

La haine du féminin, de tout ce qui lui est attribué, de l’autonomie personnelle et de l’émancipation est dans la base constitutive de toutes les concurrences sociales qui s’étripent pour l’exercice de la domination, un monde de surveillance, de contrôle, de complémentarité, c'est-à-dire de dépendance hiérarchique, et d’utilité. Ce sont ces buts qu’il nous appartient de virer si nous voulons en sortir. Et vivre. Assumer l’émancipation, la négativité, l’éparpillement, enfin du nouveau – et non pas le énième renouveau des vieilles daubes.

 

Quand aurons nous l’audace de nous dire qu’un monde de nanas, ce n’est ni le décalque ni la réappropriation de meclande, de ses obligations, de ses « nécessités », de son bénévolat, lesquels finissent toujours par reproduire du mec ? Mais le renversement de toutes ces fatalités.

 

 

 

(1) : On peut lire à ce sujet l’approche de Roswitha Scholz, dans les pages : « Production et reproduction ».

 

(2) : Par exemple, les thèses d’un Michéa, critiquées dans l’article suivant : http://palim-psao.over-blog.fr/article-33837106.html

 

 

 

 

 


 

 

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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