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Marteau 

 

 

 

 

C’est le quotidien régional qui l’annonce. Que ferait-on sans la presse régionale ? C’est de là que sourdent les nouvelles vraiment signifiantes. Une t’ a été exterminée, pas loin d’ici, dans la banlieue d’une métropole provinciale, à coups de marteau. L’article s’appesantit lourdement au masculin, la décrivant comme « un travesti ». Á vrai dire je n’en sais rien et je m’en fous. En tous cas elle était publique comme telle, voilà qui compte. Quand les concitoyens d’ici en auront marre de voir ma gueule, envie de s’amuser un coup pas cher, et qu’on m’aura assaisonnée de la même manière, je suppose que le même journal régional parlera une fois encore d’un « travesti bien connu » ; il est vrai que pour faire moderne, des fois, au hasard et à la louche, on se voit promues « transsexuels ». C'est le nec plus ultra actuel à straightlande. Vont pas se casser la nénette à s’enquérir de ci ou de ça ; de toute façon on est ce qu’on naît, même les camarades lgteubés l’affirment comme vérité politique, alors… M’en fiche un peu. Pour deux raisons. D’abord les discussions ontogénésiques sur ce qu’on est ou pas me lourdent, ainsi que leurs conséquences en termes de clientélisme politique communautaire et de course à l'intégration ; d’autre part ça me fera une gigantesque jambe puisque je serai crevée.

La troisième raison, qui a quelque chose de définitif, c’est que les tueurs savent, eux, toujours, très bien qui et pourquoi, en matière de meurtres socialement et politiquement normés : on nous tue, quelle que soit notre sous-catégorie, parce que nous sommes à tuer. La réponse est dans le fait, brut. Des mecs qui muent en nana, que ce soit temporaire ou permanent, un on les baise, deux on les tue. Comme des nanas. Beh oui. C’est, quand on prend la peine de juste regarder un peu dans le tuyau, tout de suite au dessus de l’embouchure du patriarcat, de l’amour, de la famille, du bénévolat relationnel et sexuel, des sexualités en général, de l’hétérosocialité et de tout ce qui va avec en pack intégral : le viol, le meurtre, des nanas par les mecs. De personnes affligées de formes sociales f par des personnes imprégnées, boostées de formes sociales m. Le tuyau a tous les jours de très nombreuses descentes.

 

Á coups de marteau. Alors, je ne sais pas si vous suivez un tant soit peu la chronique des meurtres de f-t’s en france, mais figurez vous qu’outre le couteau, le marteau figure assez fréquemment comme mode opératoire, comme disent les fliques et les judic’s. Hé oui. Est-ce parce les bio trouvent toujours un marteau sous la main après avoir rendu visite à leur t’ favorite, que cet ustensile traîne toujours ostensiblement chez nous ? J’ai été voir la cagette à outils qui trône effectivement, comme à peu près toutes mes affaires, au milieu du taudis que j’occupe et que je n’arrive pas à m’approprier, comme disent les psy : il y a effectivement un marteau, mais il est petit. J’ignore absolument, n’ayant jamais tué personne, même qui le mériterait bien – je répugne totalement à ce genre de solution – si on peut tuer avec ça. Sinon il y a une énorme masse et une grande hache dans un coin. Là je pense que ça peut être létal. Mais avis aux amateurs, si c’est moi qui me défends avec, la douleur risque de changer de camp, comme on dit en novlangue.

Or j’ai le sommeil, hélas, perturbé. Je ne reçois pas à domicile. Enfin j’ai fini, tardivement mais résolument, par apprendre à faire comme faisaient les bundistes en période de progrom : cogner la première et sans discutaille.

 

Évidemment, aussi, et je sais que je me répète mais je crois qu’il le faut, une fois estourbie, toutes les inclusivistes transploiteuses de la famille jailliront de leurs cantines et playrooms pour venir larmoyer, bavouiller, de combien c’est horrible et de combien la violence c’est mal et de combien la méchante société est transphobe. Ouf. Que ce soient les mêmes qui m’aient précipité à l’isolement et la vulnérabilité, après avoir gravement abusé, ça, ce sera comme on dit un de ces détails de l’histoire qu’on aura la joie et le soulagement à f-tpglande d’oublier instantanément. En effet, morte, je ne pourrai plus leur river le clou et répéter ce qui a eu lieu. J’aurai enfin la gueule fermée. Ce sont elles qui auront la parole, ce sont toujours les vivantes qui ont la parole, qui établissent la vérité dernière. Comme beaucoup de mouvements politiques contemporains, celui-ci aura surtout esquinté ses marginales, plutôt que ses ennemis. L’avantage, en plus, c’est que quand les dites marginales crèvent, on reporte le compte sur les méchants d’en face, hop, et on se tartine la conscience et la pub d’autant de beurre gratifiant. Rien de perdu tout de gagné, dis donc. Si on n’existait pas, comme toujours, il faudrait nous inventer, les trop les pas assez. Ça tombe bien on existe, on se reproduit, d’une certaine manière, par l’exemple, bref on coûte rien à la famille, et on est disponibles à plusieurs exemplaires en permanence. La nature est bien faite. La culture aussi.

 

Bref, marteau. C’est tout de même ennuyeux : nous idéalisions le marteau (que d’ailleurs nous avons toujours évité de prendre, histoire de ne pas rompre des liens potentiellement profitables) comme un moyen de combat. Il s’avère qu’il sert bien plus souvent à nous assassiner. Ce qui pose immédiatement la vieille question récurrente de la prétendue neutralité des moyens, de la technique, etc etc. Je me tiens là-dessus à l’avis de mémé Arendt : c’est la fin qui conditionne tout, même et surtout quand elle est implicite, et semble précisément n’exister que comme moyens.

 

Il est possible aussi que le marteau soit, en quelque sorte, une version cheap, démocratique et accessible (bricomarché pour tous !) de la lapidation, à laquelle, je le rappelle, nous condamnent expressément, les qui choisissent délibérément et sans vergogne les formes f, les traditions abrahamiques (ou au feu, mais c’est plus lourd à mettre en œuvre). Vous savez, celles qui vont nous libérer du capitalisme, de la domination intégrale et de la valeur, après les avoir répandues dans les moindres recoins ! Concurremment avec leurs homologues de la sagesse populaire droitière du printemps des c…s, ou bien nozamies institutionnalistes néo-conservatrices « retour aux fondamentaux », soucieuses de nous protéger de nous-mêmes et de toute émancipation désordonnée, mais surtout d’extirper du social les chimères et chèvre-pieds qui bousculent et minent leur paysage idéal. Comme ça tombe bien, nous sommes à l’intersection de toutes ces entreprises de nettoyage social. Alors, hein, comme la fin, consensuelle, veut les moyens, après tout, marteau ou autre chose…

Je suis de plus en plus ébahie, de manière générale, à voir les daubes et les drouilles qu’on ramène aujourd’hui en guise d’opposition. Nature, culture, planète, complémentarité, dieu, peuple, destin, réel plus que réel ; j'en oblie et il en glisse sous la table ; toute la panoplie des tenues historiques qui nous ont menées où nous en sommes est ressortie dans l’allégresse. Carnaval. Avec quelquefois, donc, des marteaux dans les poches. Ce qui, comme je le dis plus haut, fait partie d’une tradition hégémoniquement partagée : il y en a qui doivent périr. N'en trop. On en est. Comme dirait l’autre ça tombe mal, hein ? Puisque ce qui doit être notre dû, fatalité, norme, destin, couverture sociale est écrit, clamé, déclaré, par nozamies de partout, enfin exécuté par les vraies gentes qui savent jouer du marteau – admirable complémentarité et solidarité des bio de toute obédience dans la définition et le traitement des nanas t’ - hé, que nous reste-t’il à dire, à faire ?

 

Beaucoup.

 

 

 

Le mot pour rire

 

 

 

Même si vous n’allez pas me croire, je fais le plus souvent le dos rond vis-à-vis de la haine envers les nanas transses et de ses multiples expressions. J’appelle à laisser les qui la cultivent s’exciter en famille, quand il s’agit de ledoaréries, et à déserter les bacs à sable communautaires où elles s’ébattent. Et bien des fois je fais comme toutes les minoritaires, je la ferme. Mais comment la fermer quand les cis du voisinage vous agressent à domicile ? Ou bien quand sortent des chansons qui surfent sur le bon vieux référent politique réac voire préfasciste des « minorités tyranniques », comme celle d’une artiste « politiquement incorrecte et réaliste » se faisant appeler du nom de scène de GiedRé, et qui ressemble à une foultitude d'autres ?

 

« Politiquement incorrect », c’est très simple, n’allez pas chercher la moindre originalité ni encore moins de réflexion critique ; ça consiste tout à l’inverse à taper sur les minorités les plus vulnérables, en agitant les ressentis pourris et incontournables, naturels quoi, des majorités qui se cherchent des amusements et des souffre-douleur. Quant à la « chanson réaliste », hélas, pareil, historiquement c’est de la chanson réactionnaire, au prétexte de la « description » de comment fonctionne le social et de ses brutalités. Même quand la chanson réaliste ne fut pas ouvertement de droite, elle était d’une gauche qui s’appuyait là encore sur les bonnes vieilles évidences, notamment une misogynie sans faille et un idéal centré sur les intérêts masculins. En gros, incorrect, réaliste, non-conformiste aussi j’en oubliais dans la panoplie, c’est format Zemmour. C’est la haine réaque, conservatrice, ressentimenteuse et décomplexée.

 

La chanson en question est particulièrement épouvantable. J’avoue, je n’ai pas pu faire le dos rond en lisant le texte. Ça m’a fait mal au ventre. En plus je sortais d’une nuit où les traumas de violences subies, pendant des années, de la part de personnes et dans un milieu se disant féministes et « pro-t’s », étaient brutalement ressortis. Et en buvant mon robusta je lis tout simplement le texte d’une chanson visant à faire rire populairement, mettant en scène une transse, travailleuse du sexe, évidemment étrangère, déjà (et hop la xénophobie, le racisme !) qui viole un mec (un client), et qu’on tue comme une mauvaise bête. Et comme ça tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes – c’est même là je pense l’important, il est dans la chute : quand on a tué une transse, avec un bon prétexte évidemment, sans prétextes on ne ferait jamais rien, eh bien on se sent mieux et la terre tourne un tantinet plus rond, l’axe graissé de nos tripes. Le soleil se lève à l’heure et on peut aller au travail la tête haute en regardant sa petite famille, son monospace et son lotissement. Eh oui. Ça fait partie d’un bagage partagé avec une joyeuse complicité entre les fachos, les mecs en général, la société cisse en encore plus général et d’aucunes qui ne se croient ni des uns ni des autres : les transses ont pour coutume de violer, c’est bien connu. Et surtout les transses sont une anomalie à exterminer. La chanson affirme qu’elle est à donf’ de testo – ce qui fait marrer quand on sait ce qu’on avale ; mais qui va sans doute beaucoup moins faire marrer nos camarades m-t’s, en tous cas s’ils ont l’honnêteté de gueuler aussi en cette occasion. Apparemment ce n’est pas le cas, grand silence encore une fois à m-tpglande quand il s’agit de saloperies au sujet de nanas transses. C’est une habitude prise. On voit en tout cas où s’arrête réellement la « communauté ».

 

Les transses violent donc. Ça soulage tout le monde ; on peut oublier finalement nos petits amis hétérocis et leurs frustrations. On peut aussi oublier toute tentative critique vis-à-vis de la sexualité comme norme injonction et de ses prétendus « dérapages ». La sexualité c’est la contrainte et l’abus institutionnalisés, mais on ne peut pas le dire, non plus que l’économie c’est l’exploitation, la politique c’est la domination, l’appropriation c’est l’extorsion. Ça foutrait tout le commerce en l’air. Pas question. Il faut donc une réserve d’anormalité où investir un rapport de domination déclaré déviance de la nécessairement bonne naturalité sociale. Les transses violent. Génial. On a trouvé coupable. Et dans un mode où la recherche de coupables prime de loin sur les velléités de critique et de transformation, je vous dis pas la jouissance partagée. Enfin, coupables oui, mais surtout à pas cher socialement et relationnellement. Là encore, les copains et les copines, papa et le cousin, ce serait trop dommage. Mais le monstre de service, c’est trop beau, c’est noël, coupable idéale qui ne coûte rien à personne, comme les autres déchets de la concurrence sociale.

 

Le mensonge est déjà, en lui-même, énorme. Les transses sont probablement parmi les plus insécurisées envers la norme de sexualité et l’initiative des rapports qui vont avec. Mais il est vrai qu’il en est beaucoup qui, même le sachant bien, n’éprouvent guère de gêne à dire le contraire, et à faire avaler leur haine transsephobe en répandant ce type de calomnies et d’appels au meurtre. Les transses violent, c’est leur spécificité, elles ne sont même transses que pour ça – manipulation qui rassemble et raccommode la droite, vieille et jeune, et les militantes qui se croient radicales à frais raisonnables d’investir leur détestation dans les plus marginalisées. Et par conséquent, il faut les tuer. J’avoue, je n’ai pas lu depuis longtemps une charge aussi nette, qui appelle si ouvertement au meurtre de masse envers nozigues. Ça n’a pas l’air d’ennuyer grand’monde, ce qui ne m’étonne guère. Déjà un type comme Orelsan, ce n’était pas très facile ni bienvenu, je me rappelle, de mettre en exergue ce qu’il promouvait comme rapports sociaux désirables. Mais là, des transses, même les qui bougeaient un peu alors restent coites et au chaud. Puisque nos représentantes autoproclamées ont été causer avec l’individue, on aurait tort de s’en faire. Ça pue. Ça pue très fort la lâcheté, la compromission, comme d’hab. Et cette tolérance à la puanteur ne sauvera personne.

 

Le fond, j’y reviens, est celui qui en période de crise permet de justifier le report de la crainte et de la haine sur les plus faibles. Il suffit de décréter qu’en réalité ces personnes et ces groupes sociaux dominent le monde, sourdement, nuitamment ; maltraitent et terrorisent les malheureuses majorités saines et désarmées, trop gentilles quoi. Ce schéma, qui exonère admirablement de toute critique politique systémique, a déjà maintes fois donné toute sa mesure. On l’avait déjà vu il y a quelques années à notre sujet avec la Terreur trans ; mais c’était encore exotique, distancié quoi ; là ça y est, c’est ici. On commence par rigoler, puis on passe aux menaces, enfin on extermine. Les cosmopolites, les parasites, les voleurs de cuivre et autres cancrelats. Alors les transses qui violent, ça va être pain bénit. Marteaux, couteaux, quoi encore, comme je l’avais écrit après un de ces assassinats, l’an dernier, la panoplie est chez brico. Tout le monde doit pouvoir tuer sa transse.

 

Parce que nous sommes une des nouvelles cibles consensuelles. Consensuelles parce que personne ne s’identifiera à nous, et donc ne nous défendra, encore moins se fera nôtre. Les réactions à cispédégouinelande à ce sujet on été éloquentes : rôh, c’est de la rigolade. On vous en souhaite de la comme ça, de la rigolade, quand elle vous talonnera dans les rues, à votre tour. On ne veut pas être transse, on ne veut pas non plus être du côté féminin du monde. Il y a presse pour être de l’autre, celui des biens nés et des biens devenus, celui de la domination celui où on croit qu’on sera épargné – mais la domination marche par élimination, même si elle fait sa pub sur l’assimilation et l’agrégation. Concours permanent, et concours suppose perdants.

 

Nous sommes de plus en plus nombreuses. Ce n’est ni un hasard, ni anodin. Je ne crois pas un instant que ce soit là une naturalité de plus ou je ne sais quelle histoire de genre inexplicable ; je pense très clairement à un sourd mouvement social qui tend à renverser la passion masculiniste qui prévaut. Les thèses fixistes « on est ce qu’on naît » et autres inexplicabilités que nous croyons bien vainement nous protéger me semblent complètement fuyantes, à côté de la plaque, dépolitisantes et déproblématisantes. Mais le ressenti social majoritaire, lui, ne s’en laisse pas conter ; il est aux aguets. Il a perçu un vide, une fuite, une perte. Et il se rue pour la boucher. Oui, nous constituons quand même un danger pour l’ordre sexualisant et masculinisant. Je dis quand même pasque nous rasons les murs et faisons tout, pensons en tout pour ne pas l’être, pour nous insérer dedans. Mais voilà, les ruses de l’histoire sociale font qu’on est déjà quelquefois où l’on ne croyait, voire ne voulait pas être du tout. Nous sommes d’autant plus au-delà d’où nous pensons être que nous avons résolument refusé de nous penser nous-mêmes.

Des nanas transses, dans un monde transi par la perte autophage de lui-même et qui se réfugie dans le rassemblement au sein des valeurs masculines, c’est une provocation. Choisir d’être des femmes, alors que la conjoncture générale est au contraire à remercier dieu, la nature, l’organisation sociale, de ne pas ou de ne plus en être une, ça pue. Il faut bien voir dès lors que notre persécution est une des conditions en action de la perpétuation d’un ordre social, relationnel, économique, hétérobio, mais aussi qu’abondent jusques à nos prétendues camarades « de genre », m-tpg, queer et compagnie. Nous payons pour que leur petite vie puisse continuer encore un peu, en valorisation marginale calquée d’hétérobiolande. Les bonnes intentions des unes ni des autres n’y changent rien. Un peu de réflexion matérialiste ne ferait pas de mal, à la place de la tranquillité essentialiste de statut « on est différentes, on ne peut donc pas participer identiquement de ce mécanisme ». Tu parles charles !

 

Le personnage social et fantasmatique de la transse brésilienne non op’ qui tapine à Boulogne est déjà un must de la haine sociale et du rire meurtrier qui l’accompagne. On en a eu de récents exemples appuyés. On en aura d’autres. Évidemment, se passe, je l’ai souligné plusieurs fois, ce qui se passe toujours dans des minorités qui voudraient bien passer, rester invisibles, se faire toutes petites : les plus cleanes ou qui se le croient lâchent celles qui sont censées l’être moins, faisant ainsi elles-mêmes une part déjà du travail d’élimination, qui tout aussi évidemment se terminera sur leurs personnes même ! Là encore, l’histoire est sans appel. C’est toujours ainsi que cela se passe. Car le but de ce genre de haine collective, populaire, est de détruire et de tuer (en en jouissant si possible, assez souvent).

 

Nous nous trouvons en pleine croissance du défoulage sur nos gueules. Je veux dire que les rires gras, les appels au meurtre, les calomnies, la rediscrimination, les « retours aux fondamentaux » (quand même, les transses, elles abusent…), la « réappropriation du masculin », ont un effet immédiat. Le plus pathétique étant quand ça vient de groupes sociaux qui sont déjà eux-mêmes gagnés par la pression réactionnaire, et qui soit croient se racheter en nous livrant, soit se vengent de manière désabusée sur les plus faibles (pasque les plus forts, comment dire, c’est plus compliqué). Immédiat ; je n’hésite pas à dire qu’il y a un lien direct entre la communion culturelle autour de ce genre d’abomination et la collègue qui sera attaquée demain ou après demain. La violence sociale aime se sentir justifiée, grandie. Quoi de mieux pour ça que la culture. On l’a vu avec Orelsan, porte parole de tous les mecs, artiste peintre de la nana comme nécessairement subordonnée à leurs besoins et fautive. Et donc qu’on peut tabasser sans remords. Pareil là. Tue la transse, elle le vaut bien. « Si tu ne sais pas pourquoi, elle elle le sait ». Voilà ce qui est répété. Et ce qu’on laisse répéter, jusques chez nos « alliées ».

 

Il y a consensus contre nous, des GiedRé aux féministes prétenduement inclusivistes (sans parler des autres) en passant par la manif pour tous, lgm-tlande et la gauche qui a peur elle aussi de son ombre. Il y a consensus parce qu’il faut des biques émissaires et qu’elles ne coûtent pas cher. Et comme nous ne valons rien socialement, que personne ne tient à s’identifier à nous, que nous rassemblons au contraire dans nos personnes une bonne part de la dévalorisation possible, notamment via le féminin, et un féminin « pas naturel », dix points en moins quoi – eh bien c’est nous. Il va bien falloir que nous finissions par en tirer conséquence, parce que sinon les conséquences en finiront avec nous. Tirer les conséquences, c’est cesser de faire amies-amies. Et marcher de notre pas vers une révolution qui renverserait les structures et les pratiques sociales que les gentes qui nous méprisent et nous haïssent sont bien d’accord, dans leur concurrence interne, pour maintenir et renforcer. Évidemment dit comme ça cela fait « longue marche ». Et ce sont les minoritaires par ailleurs qui ont à porter ça. Mais l’histoire ne se fait pas forcément à la majorité.

 

Enfin nous ne sommes nous-mêmes, les transses, pas exemptes de cette haine et de ses fondements, même si c’est nous qui en subissons les conséquences. On en trouve au reste pour tailler une franche bavette avec les qui se tapissent avec notre mort. J’ai déjà souligné maintes fois notre ambiguïté normalisante, notre tendance récurrente à nous haïr et nous-mêmes, et les unes les autres, tout en cherchant l’approbation de celleux mêmes qui nous massacrent. Et notre tendance à nous trouver toujours trop ; trop putes, trop marginales, trop intellectuelles ; trop féminines toujours en définitive, ce qui suit le tropisme masculiniste de cette époque. Conséquemment à chercher à discuter avec les qui tiennent le hachoir. Ce faisant, nous participons tout bonnement à notre élimination. Bref, comme je dis, faut pas venir pleurer non plus. C’est bien la misère par chez nous aussi, politiquement et intellectuellement. C’est d’ailleurs souvent la même que celle de nos ennemis, puisque nous voudrions tellement être comme tout le monde. Sauf que les suites n’en sont pas les mêmes que pour ce « tout le monde » rêvé, fantasmé ; c’est nous qui sommes la monnaie de ces facilités. Soit on change, soit on avale. Et là c’est avaler notre propre mise à mort. Bon appétit.

 

Comment ne pas passer à table, ou en tous cas pas de bon gré ? Quitter la cuisine, en ayant pris soin de nous munir de ses ustensiles tranchants et contondants. Á haine sociale, en l’état des choses, j’ai beau ne pas aimer l’idéologie warriore, je ne vois pas quoi opposer d’autre que guerre sociale. Qui commence déjà par cesser de traiter les qui veulent nos peaux et savent très bien pourquoi comme des potes qui n’auraient pas tout compris (ou pire encore à qui on n’aurait pas tout compris). La foi éducationniste en une espèce de loi humaine ou naturelle qui finirait par rassembler tout le monde dans la joie et l’adelphité est une vérole collante qui n’a fait, au cours de l’histoire, que tuer, retuer les cibles des haines sociales consensuelles. Il n’y a rien à apprendre aux cisses à notre sujet, à part se tenir à distance et fermer leurs clapoirs. Mais pour cela il nous faudrait déjà, nous, apprendre à cesser de nous faire des illusions, notamment intégrationnistes. Cesser de rester sur place en faisant plus ou moins le dos rond, ou en levant le doigt pour prendre part au débat. Nous en aller et nous séparer des logiques d’un monde qui n’a d’envie envers nous que de nous tuer en riant. Créer des endroits pour nous mettre en querencia, à défendre mordicus. Des possibilités d’autodéterminations transses deviennent, à mesure que nous glissons dans la barbarie de fondamentalismes divers et convergents, conditions de survie, de perspectives d’avenir, d’égalité réelle et en actes. Aussi apprendre à ne plus avoir scrupule de mettre un bon coup de lardoire dans le ventre des qui se mettent sur nos talons, qui parlent à nos places, qui nous agressent. Pour revenir plus tard, qui sait, sur les ailes d’une vraie révolution sociale.

 

En attendant, et même sans attendre car l’histoire ne garantit évidemment rien : à haine sociale, guerre sociale !

 

 

 

Notre mort nous-mêmes

 

 

Les loquedues « comme » mézigue, qui nous sommes faites, et là j’insiste, nous sommes faites parce qu’au bout d’un moment tu sais très bien ce qu’il en est, si tu persévères c'est en connaissance de cause - bananer, maltraiter, mépriser, et qui néanmoins continuent de sauver la boutique en la tenant 24/24 – pendant que les mieux placées sirotent des sodas au jardin – eh bien j’en ai, cette fois ci, radicalement marre de les plaindre. Elles crèvent ? Tant pis pour leur gueule. Elles savent. Moi aussi je crève, moi aussi j’ai tenu longtemps, trop longtemps, la boutique, même si à présent je les vomis. Mais bien fait, bien fait. J’y suis revenue trop longtemps, trop vieille, à ce vomi. Je le dis, passé cinq ans de service, ce n’est plus soutenable d’y revenir.

 

Et la manière dont nous avons, à l’occasion, maltraité à notre tour, effrayées et à moitié convaincues, quand les cheffes, les évidentes, les qui ne se discutent point, nous jetaient en proie, avec injonction au lynchage, la super loquedue, la pas bien, la perdue, la dernière de la liste – eh bien je suis désolée, mais par là aussi nous avons précipité notre mort. Et cimenté la justification de notre tourment. Par adhésion, docilité, lâcheté. Encore bien fait.

 

Je le dis aux autres loquedues, cisses comme transses d’ailleurs, qui s’agrippent au comptoir, ou qui ont trouvé le bonheur dans un canapé : si vous venez à crever, à crever de votre veulerie roublarde et craintive, des conséquences de votre confiance, de votre abandon, de vos consentements répétés, je ne verserai pas une larme, bien au contraire. Je ne crois pas à la politique du pire, je ne crois pas un instant que la mort au cul fait lever les fesses et radoube la pensée critique ; bien au contraire aussi. Mais là n’est pas la question. La question c’est que zut, on se fout encore plus de soi, du monde et de celles qui pourraient, auraient pu être ses camarades, quand on fait partie des quart-de-solde, et qu’on y reste que quand on fait partie de celles qui prospèrent. Et que la patience, ça va bien un moment : ça n’a jamais rien donné non plus, côté émancipation et bouleversements.

 

Nous sommes, par là, les principales responsables de notre mort, et de notre mort très sale, très basse, très rampante, très consentante, la confession et la profession de foi sur les lèvres pour la cause et son catéchisme, avec bien sûr le pardon pour les qui nous ont bousillées, tiens, ne pas mourir blasphématrices, hé ! On dirait vraiment que nous croyons à un au-delà, à un jugement, enfer paradis.

 

Nous nous cuisinons nous-mêmes pour devenir comestibles. Hé bien tant pis, et bien fait. Je le dis franchement, je ne lèverai plus une phalange pour contribuer à ce genre d’intégration, et je ne verserai pas une larme quand crèveront les indispensables, majoritaires perdantes de cette misérable loterie à la normalité. Pas plus, d’ailleurs, qu’elles n’auront fait montre de la moindre solidarité avec les loquedues et inabordables comme moi et d’autres.

 

Je dois le dire, nettement ; quand je lis, entends le déluge monotone d’espérance plate et de consentement pourri, de celles « qui sont devenues de vraies femmes » - et ne sont donc plus des trans puantes et inachevées - à celles qui font la queue devant les divers guichets de la reconnaissance de nos zidentités par les institutions de ce monde, depuis la justice jusques à l’amour, je me dis, en voyant déjà comme la plupart d’entre nous finiront, l’illusion passée, poursuivies dans les rues, leur sésame légal et évidemment inefficace en poche ou à la main, rejetées, isolées, malades, devenues inutiles à leurs protectrices bio exotisantes, eh bien oui je me dis, ce sera bien fait, merde ! Ce sont elles qui actuellement surinent discrètement les non-consentantes, les critiques, les insupportables et les inintégrables, pour s’assurer la place au soleil que l’ombre de la révolution réactionnaire et du retour aux fondamentaux assombrit pourtant déjà. Eh bien c’est aussi stupide que la justice, la némésis. Elles crèveront de ce à quoi elles auront assidûment adhéré. Je n’éprouve aucune pitié, aucune solidarité envers elles, qui n’ont qu’horreur pour les trublionnes dans notre genre, et qui sont bien contentes quand nous disparaissons, ça leur fait un emmerdement de moins, une épine de moins dans le cul, et une mort de plus à négocier. Mais surtout elles auront tout bêtement, matérialistement, empêché toute avancée vers un renversement radical, abondé le système même qui, masculin, misogyne et fétichiste, ne pourra que nous offrir en pâture au loquedus auxquels il ne pourra plus fournir le nécessaire. Dans ces cas là le nécessaire redevient centralement la haine des femmes, leur viol, leur meurtre, derniers ciments sociaux, et les f-t’s bien entendu en toutes premières, avec collaboration des biotes qui espéreront retarder ainsi un instant leur passage à la machine. Nous y sommes même, je pense, à peu près déjà. Alors même que nous nous gorgeons de belles paroles sur les droits et l’état civil, la situation se tend un peu partout, et les meurtres se multiplient. On ne saura peut-être même pas jusqu’où nous eussions pu aller, si nous avions eu quelqu’audace, car il est bien possible que nous soyons toutes massacrées bien vite, et que ce soit cela qui fasse de nous une anecdote de l’histoire – ou bien un de ces fantômes insistants, de ces rêves d’échapper au carcan qui renaissent obstinément. Dans ce cas là, espérons qu’une future vague féminisatrice ne se flanquera pas dans d’identiques impasses.

 

Nos morts ne sont pas que dues à une action extérieure de la domination, et aux sombres complots despotiques que cela suggère ; elles sont dues aussi, et je pense achevées, sanctionnées, par notre propre appétit à réaliser les formes de cette domination, vues comme libératrices, et notre absence à peu près totale de critique à cet égard, notre énergie étant mobilisée dans la revendication de cette réalisation intégrative. C’est hélas une vieille scie des luttes sociales. La lutte même, et le social, nous avalent, président à notre passage naïf et confiant à la broyeuse, quand ce n’est pas à notre extermination mutuelle. Et je le redis une dernière fois : nous ne sommes pas des imbéciles, je le sais très bien, pas la peine de faire semblant. Si nous ne nous en prenons pas aux logiques de ce monde à la racine, et voulons au contraire nous les approprier, c’est délibérément. Je ne crois pas un instant que nous ne soupçonnions pas, pour le moins, que ces logiques sont celles du pouvoir. Il nous tombera sur la gueule, et nous l’aurons bien cherché. Comme toutes les identités sociales qui veulent le rester, nous faisons la queue devant les guichets de l’utilité et de la raison des choses, d’où sort notre mort. Sans queue pas de guichets. Nous collaborons, comme bien d’autres, à notre anéantissement. Couic donc !

 

 

Celles qui se lamentent, réclament, normalisent et ciscolent,

on ne les pleurera pas !

 

 

 

 

Travaux pratiques

 

 

Au sujet de nouzautes, et de nozamies crocodiles TDoRiennes

et thermidoriennes du rapport social de sexe

 

Je parle de nos alliées, les à grandes trompes, les quand ça les arrange, les courant d’air ou les surins dans le dos quand notre existence les gêne. Prenons un exemple. Je remarque que très peu de bruit a été fait autour de la chanson « La belle au bois », qui décrit avec entrain et bonne humeur l’assassinat d’une transpute, légitimé par un de ces mensonges ignobles dont les dominants enduisent les stigmatisées pour se donner de l’appétit au meurtre. Cisféministlande, pour ne citer qu’elle, a été d’une discrétion digne d’éloge. Pas un mot, nulle part. La démonstration est faite qu’on peut donc évoquer avec une charmante positivité l’extermination des nanas transses sans que ça offusque nos alliées cisses (ni d’ailleurs nos petits camarades m’ts). Bon. Ce qui veut dire qu’avec un peu de progrès encore dans le devenir social, on pourra dans quelques temps y appeler carrément sans susciter de désagréables réserves, d’inopportuns ronchonnements. C’est vrai, on n’est que des transses et les transses, ça pue, c’est pas vrai, ça vaut queud’ch, ça colporte l’assigné féminin, ça encombre.

 

Il y a quelques années, on s’était assez largement mobilisées quand des artistes, ces propagandistes de l’ordre essentialiste, spontané, fondamental, appelaient à tabasser les nanas hétérocisses. Mais voilà – comme je l’ai déjà fait remarquer, ce qu’on nomme la solidarité a pour principe de se coaguler autour des positions sociales les moins basses dans la catégorie concernée. La solidarité est un système promotionnel. Il privilégie les qui concentrent le plus de valeur, celles dont on attend avec enthousiasme le passage dans la catégorie supérieure ; « faire le trou » comme me disait l’une d’elle, pas très à l’aise de son cynisme, il y a bien des années déjà. Trou qui, quand il se réalise, ne profite qu’à elles – mais c’est pas grave on est bien contentes pour la cause (et on espère sans le dire faire partie de la promotion suivante).

 

En principe évidemment. Encore faut-il que ça marche, et pour que ça marche qu’on soit en période de développement, de gain, de toutes ces belles choses mises en exergue par le capitalisme. Si ce n’est pas ou plus le cas, il y a un risque que celles qui jusques à un certain point en profitaient se voient elles-mêmes obligées de la bouffer, sec, la conséquence de cette solidarité à direction hiérarchique. Ça sera vraiment pas de chance, quand le retour aux fondamentaux et la nécessité de la paix sociale sur le dos des femmes auront relégitimé totalement les artistes, les curés, les maris, petits et grands, qu’il n’y aura plus même d’institution à opposer à leur bon vouloir.

 

Possible que ce jour là, les quelques unes d’entre nous qui auront survécu ricaneront bêtement, mais pas sans raison, pendant que les hétéracisses subiront le retour de violence tutélaire qu’elles justifient à présent envers nous par leur confortable silence, ou carrément exercent quand elles s’ennuient ou craignent qu’on leur prenne leur place.

 

Quand un couple de cismecs est attaqué, on en entend parler jusques dans les néo mixités « sans mec cis pas ts (ou si peu) ». Fort bien. Ce sont nos frères. Ils portent cette valeur sociale de liberté décomplexée vers laquelle nous sommes censées porter nos désirs d’être. Quand une nana transse, par contre, est assassinée dans son taudis, ou tabassée dans une province quelconque, ou agressée et calomniée par des petites cheffes cisses en manque de violence facile et d’espace vital, le consensus est sur rien’à’f. C’est au mieux la cousine pauvre, celle qu’on donne à bouffer aux chiens. Qu’est-ce qu’elle montrait sa gueule, elle ? N’avait qu’à pas être là (et les mêmes pensent alors in petto « à ne pas être », tout court, ça nous fera plus de place et génèrera moins de questions). Quelle que soit intense la prétention d’embauche, il n’y a finalement pas beaucoup de transses à sancismeclande, comme c’est étonnant ; et le turn over de celles qui y font de la figuration légitimante sur des strapontins est élevé.

 

Quand il paraît opportun ou urgent de trasher une transse, qu’on n’y tient plus, qu'elle ne peut ou ne veut plus servir à exotiser, la liste des arguments vient spontanément, toujours identique, toujours avec cette joie fondamentaliste du "politiquement incorrect" retrouvé avec délectation, qui est le vrai ciment de la domination hétéracisse et masculiniste. Les transses, c'est comme les juifs, et quelques autres : on sait bien ce qu'il faut en penser. Et si on fait quelquefois mine de l'oublier pour performer la subversivité, on se revautre sur ce matelas universel avec un plaisir sans mélange. Là encore, le rêve commun, c'est qu'on ne soit déjà plus là, déjà toutes mortes.

En attendant cette bienheureuse délivrance, nos alliées se font quelques bons points lors des fêtes liturgiques du milieu en s’y exhibant avec quelques spécimens rendus dociles par la terreur et les friandises vétérinaires – ou plus souvent leur – notre - effigie parce que tout de même, on n’est jamais trop vigilante. La docilité pourrait faire défaut en un moment fâcheux. Or il faut qu’il n’y ait aucun autre moment ; c’est Thermidor tous les jours et à toutes les tables ; on achève de pomper et d’exterminer les stigmat’s pour redistribuer encore un peu au classes moyennes du rapport social, économique et sexuel. Après nous le déluge.

 

Les guerres sociales se déroulent aussi dans féministlande en concurrence pour la cooptation dans les structures du pouvoir (qui est toujours sur quelqu’une, le « pouvoir neutre » ou juste « sur soi », c’est comme l’humain abstrait, ça n’existe que comme prétexte) ; sans parler de la réappropriation de celles du patriarcat ; dans hétéralande qui se repeint en rainbow et récupère les positions politiques frayées par d’autres ; dans pédé(gouine)lande « désir, plaisir et identités » ; dans translande intégrationniste « compromission et invisibilité recommandée/fantasmée ». Plusieurs l’ont déjà fait remarquer, et on en a eu de copieux exemple ces derniers temps. Ce n’est qu’un début. Solidarité et unité sont le slogan du rassemblement des fortes (et de celles qui escomptent le devenir) contre les faibles. De celles qui ont le plus intérêts à croire aux buts sociaux et à les naturaliser contre celles qui feraient bien de s’en désengluer. L'opportunisme ne profite qu'à celles qui sont déjà sur le haut du panier.

 

Celles qui crient à la « division » de ce qui est déjà divisé et contradictoire sont celles qui craignent de voir se barrer le remblai humain qui exhausse leurs canapés. D’autant que cette antienne unitaire résonne dans les centrales de toutes les options féministes concurrentes. Tout particulièrement lorsque le fonctionnement de la fiction « gagnantes-gagnantes » coince, que pénurie et régression apparaissent comme le menu définitif de l’agonie, qui peut être fort longue, de la société capitaliste. Ça rigole plus ; tout pour leur gueule, d’autant que tout, c’est déjà bien moins que ce que ça promettait d’être !

 

Les moins que, les sans communauté, les valeurs négatives sur pattes, les nanas transses par exemple flagrant, n’avons pas à soutenir cet état de fait et de pensée. Nous n’avons pas à abonder des solidarités qui se basent sur les valeurs sociales, nous utilisent et nous humilient. Ces mouvements, en l’état, avec leur idéologie unitaire et hégémonique, font partie de ce qui vit sur nous et nous tue, concurremment avec la société majoritaire dont ils ne critiquent pas ou plus les structures et les buts. Nous n’avons rien à faire avec eux. Ils ne sont pas plus réformables que nous ne sommes valorisables. Il faut donc ne plus (nous) cacher où nous en sommes envers eux, sous peine de crever en silence : rupture et opposition. Tant que les objectifs et formes sociales à réaliser ne sont pas remises en cause, et avec elles le sujet que nous constituons à leur égard, nous reproduisons leurs conséquences, dont les inégalités que nous pleurons fort hypocritement. Il ne s’agit pas de se frayer une place dans ces cadres de lutte et de, il faut le dire, socialisation ; il s’agit de remettre en cause les objectifs et les croyances, comme les intérêts consécutifs, qui les fondent. Essayer de se mettre entre, ou tout contre, comme se surenchérir sur le marché, est un échec annoncé. Mettons les voiles !

Ce serait un peu du foutage de gueule de soutenir qu’on ne le savait pas depuis un moment, c’en est absolument que de continuer à le nier : la promotion affirmatiste des identités, des complémentarités, des préférences, de l’insertion dans l’ordre des choses, comme buts politiques, s’opposent carrément à des prises de positions émancipatrices et égalitaristes, éludent – et je reste polie - les volontés conséquentes de bouleversement social, empêchent la critique des structures fondamentales qui produisent oppressions et anéantissements. De ce point de vue là, aucune communauté d’existence ne peut être fondée dessus, si ce n’est dans l’acceptation des règles et des buts du présent et la concurrence pour leur accomplissement – et les conséquences qui s’ensuivent. Ce constat ne nous nie pas, au contraire. Ce que nous sommes n’a pas à être mis au carré de l’identité, cette valeur parmi d’autres dans un monde inchangé. Il n’est que temps de rompre avec cette illusion. Nous pourrions, ou doit on déjà dire nous aurions pu ? - nous révéler un mouvement de renversement de l’ordre masculin, patriarcal et économique ; mais l’affaire ne se fera pas toute seule, ni qu’avec nous, et il faut la tirer au net, hors de la confusion qui engloutit les bonnes volontés de l’époque. C’est le syndicalisme d’acceptation et d’intégration qui maintient nos mouvements dans une disposition qui risque de les faire crever, les fronts passant en leur milieu.

 

La guerre sociale étend ses fronts – il n’y a plus d’exemptions. La haine, assumée ou pas, envers les transses est un marqueur – nous sommes sur les extrémités, on avait fini par nous, on (re)commence, dans l’autre sens, par nous aussi. Meuf-gouine-translande - vitrine morale-politique d'une cisselande qui rédécouvre les vertus des structures hétéra comme des formes masculines - a senti, comme tous, le vent tourner. Il ne s’agit plus d’avancer, il s’agit de reculer au plus vite, d’abandonner gentes et positions hasardées, trop en l’air, d’essayer de se fondre dans les masses saines et vigoureuses. Ce qui bien sûr ne marchera pas, ou pour une partie, mais ce n’est jamais ça qui décourage, ni qui encourage à l’audace.

Pour nous qui avons fait ce choix, lequel n’est ni « privé », ni simplement subjectif et encore moins identitaire, ni sans arrière plan social, qui participons de ce glissement de terrain au beau milieu du rapport social de sexe, il va falloir également assumer, assumer un devenir politique imposé par les circonstances que nous ne soupçonnions pas il y a encore quelques années, assumer la solitude et la haine subies, prendre de la graine de l’expérience de celles qui ont vécu et vivent cette illégitimité consensuelle historiquement, ne pas nous fourrer dans les mêmes impasses, et enfin reconnaître celles qui se proclament encore, sans doute pour pas longtemps, nos alliées, comme des ennemies parmi d’autres, peut-être devant tous les autres. Les places de cette société renchérissent. Cisselande nous fait la guerre, depuis que nous sommes là. A cette guerre sournoise, niée, nous pouvons nous soumettre, faire plaisir - et mourir ; ou vivre et conséquemment y répondre par une guerre sociale ouverte, novatrice, non revendicatrice du même. En sortant et de la dépendance, et de l’assentiment, et du ressentiment. Mais sans passer l’éponge sur ce qui nous est fait – au mieux on fera notre prix de gros ! Contre cisselande, contre l'ordre des choses qui la nourrit et nous leurre.

 

 

 

la cissolidarité se reproduit sur la haine des transses

Séparation d’avec cisselande, ses formes, ses idéaux ;

la réappropriation est notre mort

Et n’oublions jamais : invisible, légitime, égale cis’

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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