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Titre d’un texte que j’ai la rame d’écrire, au milieu du naufrage de mes conditions matérielles et de l’isolement politique. Du coup je le mets en chapeau de celui-ci, écrit par les personnes de Stop-masculinisme. J’avoue, cela fait un moment que je ne lis plus les facta de PMO et consorts. Je ne suis pas masote. Et de toute façon ce n’est que le resucé de bien vieilles théses, guère de surprises. À ce propos, je suggère une fois de plus de réfléchir à la liaison historique de la pensée ressentimenteuse et réaque entre antiféminisme et antisémitisme. Les femmes, comme les juifs, dominent sournoisement le monde, biaisent la saine logique d’échange économique et relationnelle, font se battre en eux les vrais hommes sains (obsession célinienne) – « sans ces garces de femmes nous serions tous des frères », comme dit la chanson. Et sans les juifs et les yankees, l'ordre sexuel, religieux, national et propriétaire rendrait tout le monde heureux, puisque chacun y occuperait sa vraie place, juste et éternelle ; ben voyons. Bref, cela remet en cause toutes les pensées qui attribuent le malheur du monde à un ou des groupes sociaux qui l'incarneraient exclusivement, et par cela même entérinent la bonté intrinsèque des formes sociales consensuelles (économie, peuples, nations, appropriation, territorialisme, sexualité et j’en passe). Les vrais hommes opprimés sont la même figure de la domination naturaliste et légitime, placée face aux conséquences de ses contradictions, que les bons peuples frustrés par les méchants sans racines. C'est pour cela aussi que je crois que la critique du masculinisme doit être aussi une critique des formes intégrées de la masculinité et du patriarcat ; et que l'affaire ne se limite pas aux intérêts d'un groupe social, mais s'étend à des structures qui prétendent à l'universalité et y réussissent trop bien, font envie parce qu'elles représentent, fondent la domination. Ce qui amène à se poser la question de la « réappropriation » de ces formes, et des conséquences. Tous des mecs, territoriaux, propriétaires, méritocrates, pour un monde libre et heureux ? relisons Solanas ! Et pagayons pour un antimonde démasculinisé, deséconomisé, desexualisé. 

 

Plume

 

 

 

"Depuis plusieurs années, nous tâchons de comprendre, pour mieux la combattre, l’une des formes de l’anti-féminisme qui se développe en France : le « masculinisme ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette vision du monde n’est pas seulement défendue par quelques machos militants. On trouve à gauche de la gauche, plus précisément dans certains milieux libertaires, anti-industriels et écologistes radicaux, le pire de ce que l’idéologie masculiniste peut produire. Dernièrement, un exemple nous a touché.e.s près. Les « individus politiques » grenoblois de Pièces et main d’oeuvreont publié un texte intitulé « Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus queer ». Notre intention n’est pas de reprendre, pour le démonter point par point, le contenu entier de ce texte aussi confus que méprisant, qui révèle une profonde ignorance des sujets évoqués. Nous souhaitons en revanche nous concentrer sur les extraits qui signent le coming out masculiniste de PMO."

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Le coming out masculiniste de Pièces et main d’oeuvre

 

 

 

De la critique de la technologie à la réaffirmation de l’ordre patriarcal

 

Depuis plusieurs années, nous tâchons de comprendre, pour mieux la combattre, l’une des formes de l’anti-féminisme qui se développe en France : le « masculinisme ». Nous dénonçons la montée des groupes qui défendent les intérêts des hommes et dont l’idéologie se structure autour d’un fantasme qu’on peut résumer ainsi :
- le féminisme est allé trop loin, la société s’est « féminisée » et les femmes ont pris le pouvoir.
- la masculinité est en « crise » et les « vrais » hommes, sont devenus des perdants. Symboliquement castrés, ils ont perdu leurs repères identitaires et leur place dans la société.

Les masculinistes ne se contentent pas de nier l’existence du patriarcat, en tant que système social de domination, au prétexte que l’égalité entre les hommes et les femmes serait "déjà là". Leur imaginaire débordant va plus loin, produisant une fiction : la société « matriarcale » comme envers symétrique de la société patriarcale ; une société dans laquelle les femmes et les valeurs dites féminines asservissent les hommes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette vision du monde n’est pas seulement défendue par quelques machos militants. Dans le contexte réactionnaire actuel, elle se répand en transcendant les traditionnels clivages « droite » / « gauche ». Et en ce moment, le masculinisme « de gauche » se porte bien. Inutile donc d’aller se perdre sur les forums des « pères perchés », ni même de se fader les 540 pages du dernier best-seller de Zemmour. On trouve à gauche de la gauche, plus précisément dans certains milieux libertaires, anti-industriels et écologistes radicaux, le pire de ce que l’idéologie masculiniste peut produire. Dernièrement, un exemple nous a touché.e.s près. Les « individus politiques » grenoblois de Pièces et main d’oeuvre [1] (qu’on abrègera ici en "PMO") ont publié un texte au contenu antiféministe, homophobe et transphobe qui n’est pas passé inaperçu dans les milieux militants. Intitulé « Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus queer », ce texte méprisant est une violente charge contre des personnes et des groupes (femmes, lesbiennes, gays, trans, intersexes...). Mal dissimulée derrière une critique en apparence sophistiquée du Queer [2], ce pamphlet n’est en réalité rien d’autre qu’une attaque des fondements de la pensée féministe contemporaine qui a mis en évidence le fait que la naturalisation des « différences » entre femmes et hommes sert à justifier la domination de ces derniers. Si l’anti-féminisme de PMO n’était pour beaucoup qu’un secret de polichinelle, ce texte marque une étape de plus dans sa dérive réactionnaire. Malheureusement, toucher le fond n’aide pas toujours à remonter à la surface.

Dans ce texte, l’ennemi n°1 de PMO, c’est donc le « tordu queer ». Celui-ci dirigerait le monde aux côtés de ses alliés transhumanistes [3]. « Issu du milieu homo des universités new-yorkaises », il ne serait qu’un « rejeton de la technocratie bourgeoise » qui « écrase et méprise le peuple d’en bas ». Ce peuple, le « tordu queer » voudrait le « rééduquer », d’où « son effort d’entrisme dans l’enseignement, de la maternelle à l’université » [4]. Toujours dans ce texte, PMO brocarde et dénonce : les transsexuel.le.s / transgenres, que « les chirurgiens équipent ou débarrassent suivant les cas, d’un pénis détesté ou désiré », les intersexes (« Nous ne sommes pas tous intersexués, pas plus que nous ne sommes pas tous pieds-bots »), le « lobby LGBT » et « l’élite gay et lesbienne » qui aurait la mainmise sur le monde de la mode et voudrait « imposer l’homonormalité ». La liste de citations de cet acabit serait trop longue. Nous invitons les plus courageux.ses à se faire leur propre avis en lisant "Ceci n’est pas une femme". Nous savons que Pièces et main d’oeuvre a pris pour habitude de diffuser des textes provocateurs et insultants, s’amusant à observer les réactions des un.es et des autres comme les scientifiques qu’ils combattent observent des cobayes dans une cage. Ce jeu ne nous amuse pas. Notre intention n’est pas de reprendre, pour le démonter point par point, le contenu entier de ce texte aussi confus que méprisant, qui révèle une profonde ignorance des sujets évoqués. Nous souhaitons en revanche nous concentrer sur les extraits qui signent le coming out masculiniste de PMO.

 

 

Rien ne va plus : les femmes ont pris le pouvoir, les hommes sont dominés.

 

« Qu’est-ce qui fait courir les hommes ? Qui les oblige à se distinguer, à réussir, à se battre (entre eux), à être forts, beaux, riches, rusés, savants, drôles, artistes, etc. ? Pourquoi doivent-ils prouver leur valeur, ou à défaut inventer des anti-valeurs ? L’humour, la sensibilité, la désinvolture ? (Sartre, Gainsbourg, Woody Allen) Pourquoi doivent-ils être valeureux ? Que leur vaut cette valeur en fin de compte ? Une situation. Une position dans la meute. L’accès aux femmes. À la reproduction. À la satisfaction sexuelle pour ceux qui ne sont pas fous des éphèbes, ni des misogynes terrifiés par le redoutable vagina dentata.  » p.16

 

Entrons donc dans le vif du sujet avec une idée affligeante : selon PMO ce sont les femmes qui créent la compétition entre les hommes et « les oblige[nt] à se battre (entre eux) ». À mi-chemin entre l’anthropologie de comptoir et le documentaire animalier, PMO nous offre une version revisitée du scénario stéréotypé de la conquête amoureuse mettant aux prises des hommes entreprenants et des femmes spectatrices des rivalités masculines. Ainsi, pour PMO, si un certain nombre d’hommes agissent de manière idiote et violente c’est pour « accéder » aux femmes, objets de convoitise (pour la « reproduction » et leurs « satisfactions sexuelles »). Si elles n’étaient pas là, rien ne justifierait de tels comportements. C’est donc de leur faute. En suivant cette logique, les hommes s’entretuent par milliers à cause des femmes, conduisent trop vite à cause des femmes, boivent trop d’alcool à cause des femmes, etc. Ils n’auraient tout bonnement pas le choix de faire autrement. Rendre les femmes responsables des comportements masculins engendrées par le patriarcat relève du procédé typique des masculinistes : inverser le sens des responsabilités et justifier la violence du système de genre. Or, sauf à défier toute logique, ce qui découle d’un système agencé par et pour les hommes ne peut raisonnablement pas être reproché aux femmes.

 

« Du point de vue féministe, aujourd’hui, naître homme, c’est naître coupable, s’en mortifier sans cesse et atténuer ce péché originel par une vie de contrition et de perpétuelles surenchères d’humilité. Les femmes prennent désormais le maître-rôle, le pouvoir, tandis que les hommes doivent trouver de nouvelles manières de leur prouver leur valeur. » p.17

Dans cet extrait, l’idée-maîtresse du discours masculiniste est explicite : l’homme est désormais une victime (des femmes qui auraient désormais le « maître-rôle, le pouvoir »). Il est sous-entendu que les féministes (peu importe lesquelles d’ailleurs) attendent des hommes qu’ils fassent carpette (« surenchères d’humilité »), se sentent coupables d’être nés hommes et s’en repentent éternellement (« une vie de contrition »). Il s’agit bien entendu d’un cliché très présent dans les discours anti-féministes qui vise deux choses : faire passer les féministes pour des tortionnaires et empêcher les hommes de prendre conscience des privilèges que leur octroie le seul fait d’être né homme dans une société patriarcale. Pour démontrer cette thèse masculiniste, PMO avance une « preuve ». Les femmes ont le pouvoir, du moins du pouvoir, et non des moindres : le pouvoir dans les rapports amoureux.

 

«  Aujourd’hui comme hier, ce ne sont pas les hommes qui accordent leurs faveurs - ou non (…) Un cliché populaire le dit : ’Les hommes proposent, les femmes disposent’. S’il est un domaine où ’l’asymétrie des catégories’ détermine une hiérarchie, c’est bien dans les rapports amoureux, l’une des affaires majeures, sinon la grande affaire des humains. Un domaine où l’Amour sera roi, où tu seras reine. Où les hommes seront toujours plus les chevaliers-servants de leurs Maîtresses-dames (domina), suivant le modèle de la littérature courtoise étendu à l’ensemble de la société. Des esclaves passionnés ; des enthousiastes de la servitude volontaire ; des masochistes (de Sacher Masoch. La Vénus à la fourrure)  » p.17

 

En guise d’argumentation, on a seulement droit ici à une glorification de ce « cliché populaire » qui a malheureusement la vie dure. PMO reprend à son compte le mythe patriarcal de l’amour courtois qui veut que les relations hommes/femmes soient réglées par les codes de la séduction galante qui placent l’homme en situation de vassal : l’amoureux tout dévoué - pour ne pas dire soumis - à sa belle, et qui alterne entre frustration et totale disponibilité. Il faut ainsi comprendre, dit de manière plus triviale, que les femmes « tiennent les hommes par les couilles ». Peu importe la réalité, finalement. Peu importe que les femmes soient poussées à céder aux demandes masculines et à se montrer sexuellement disponibles. Peu importe que la sexualité des femmes soit souvent une sexualité sous contrainte et que le désir féminin reste encore majoritairement subordonné au désir masculin, comme le montrent les études sur les pratiques sexuelles [5]. PMO semble ignorer cette réalité. Pourtant une simple attention aux interactions sexuelles de ses contemporains aurait pu l’éclairer sur le sujet. Alors qu’encore trop souvent les hommes imposent, comment se permettre de dire que « les femmes disposent » ? Ce genre de poncifs masculinistes a un double objectif : 1. occulter la cause de la plupart des violences sexuelles : l’injonction faite aux femmes de satisfaire le désir masculin, et 2. dédouaner les hommes violents qui n’auraient « pas pu » supporter leurs frustrations sexuelles. Contre les fantasmes de PMO sur les hommes « esclaves passionnés », faut-il rappeler le caractère systémique et l’ampleur des violences masculines contre les femmes ? 83000 femmes sont victimes de viols et tentatives de viols chaque année en France. Dans 70% des cas, la victime connait son agresseur (conjoint, ex, parent...). Une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint [6]. Chevaliers-servants, dites-vous ?

 

 

C’était mieux avant : la nostalgie d’une époque virile où les femmes étaient soumises.

 

« Notre société où les progrès technologiques dévalorisent la virilité et favorisent l’émancipation féminine, on n’en est plus à s’extasier devant les femmes pilotes de drones ou de bombardiers, scientifiques, informaticiennes, cadres, chefs d’entreprise, avocates, médecins, journalistes, politiciennes, etc. L’autorité paternelle abolie, les femmes, majeures à dix- huit ans, libres de faire des études, de travailler, de leur sexualité, d’avoir ou non des enfants, renversent peu à peu, dans tous les domaines et à tous les degrés de la hiérarchie, la suprématie masculine. » p.16

Que faut-il comprendre de ce passage ? PMO passe son temps à critiquer les progrès technologiques. Or, PMO nous dit que ces mêmes progrès conduisent à dévaloriser la virilité et à favoriser l’émancipation féminine. Doit-on en conclure que ces évolutions sont, pour PMO, négatives ? Les vraies valeurs, les valeurs viriles, sont menacées : voilà encore un thème classique des masculinistes. Quant aux femmes, elles prennent un peu trop de libertés – cela est sans doute dû au technocapitalisme et aux machines (le lave-linge peut-être ?). C’est inquiétant, il faudrait s’en soucier. On comprend que ces évolutions sont fâcheuses. On en déduit qu’il faudrait défendre l’ordre social sexuel pour que chacun.e reste à sa place et qu’on ne perde pas tous nos repères. Que PMO se rassure. La « suprématie masculine » n’est pas sur le point d’être renversée. En tant que groupe dominant, les hommes disposent toujours du pouvoir social et du pouvoir sur les femmes. Avancer que la suprématie masculine disparaît peu à peu revient à nier le problème et à ôter toute légitimité à celles (et ceux) qui continuent de lutter contre le système patriarcal. C’est la raison d’être même du mythe de « l’égalité déjà-là ». PMO alimente ce mythe anti-féministe en faisant sa liste des professions qui seraient désormais suffisamment féminisées pour qu’on n’ait plus plus à s’en « extasier ». Rappelons que les femmes pilotes de bombardier ne sont pas légion. Sous-représentées dans la plupart des métiers et fonctions cités (informaticiens, chefs d’entreprises...), elles restent des anomalies statistiques, des exceptions qui confirment la règle (en France : 17% des ingénieurs et 10% des élèves des écoles d’informatique. 6% des dirigeants des sociétés du CAC40, 3% des pilotes de chasse). La plupart des emplois rémunérateurs, des activités prestigieuses, et des fonctions hiérarchiques sont toujours des sanctuaires masculins. Et quand un métier se « féminise » c’est parce que les hommes le désertent et qu’il perd de son prestige social. Quant au plafond de verre, il ne s’agit pas d’un mythe, contrairement à « l’égalité déjà-là ». On ne s’extasie plus devant la mauvaise fois de PMO. Soulignons seulement que ce procédé rhétorique relève d’une stratégie classique des masculinistes : faire passer la marge pour le centre, LE cas exceptionnel pour la norme. On nous parle d’une femme pilote de chasse : et d’un coup, les femmes sont partout, ce sont elles qui ont le pouvoir. En ce qui nous concerne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait plus de femmes chefs d’entreprise ou pilotes de bombardier. Nous souhaitons une société sans rapports de domination. Mais ne pas reconnaître que des inégalités entre hommes et femmes perdurent est un positionnement grave. Que les femmes (d’autant plus si elles ne sont pas blanches et avec papiers) constituent le gros du bataillon des pauvres, des emplois subalternes et à temps partiels subis ne semble pas incommoder PMO trop occupé à véhiculer ses fantasmes sur les femmes au pouvoir. Que dire, pour finir, au sujet du passage sur « l’abolition de l’autorité paternelle ? PMO regrette-il le bon vieux temps du règne du Pater familias et de l’éducation à la dure ? Si effectivement l’autorité paternelle, en tant que terme juridique, a disparu au profit de « l’autorité parentale », dans les faits la domination paternelle sur les femmes et les enfants persiste. L’idéologie patriarcale veut que ce soit l’homme qui incarne l’autorité dans SA famille et fixe le cadre pour SES enfants. Les masculinistes nous disent que sans la présence de l’homme et de son autorité « naturelle » les enfants deviennent délinquants, toxicomanes ou, pire, homosexuels [7]. Cette idéologie continue de justifier certaines formes de violences en enfermant les hommes dans cette image du père fouettard, plus à même de dispenser des coups que de donner de l’amour. Est-ce de cela dont PMO se sent nostalgique ?

 

 

Sauvons les hommes (hétérosexuels) : Le mâle, seul rempart contre l’indifférenciation des sexes et des sexualités.

 

« Mais bien sûr, [la reproduction artificielle de l’humain] permettra aussi aux androphobes, révulsées par l’ignoble phallus perfossor, de faire des filles sans recours aux hommes.  » p.23

Pour PMO - et les masculinistes - les hommes sont à plaindre. Les femmes ont pris leurs places et les valeurs masculines traditionnelles sont disqualifiées et moquées par les féministes (« phalus perfossor »). Mais le pire reste à venir. Les hommes pourraient à terme être purement et simplement mis hors jeu dans le processus de reproduction. Exit le mâle ! Grâce aux technologies de la reproduction (Procréation Médicalement Assistée, ou « PMA ») et à la complicité du pouvoir bio-médical, les femmes (et les queers !) auraient le pouvoir de faire des enfants entre elles ou toutes seules. Se passer des mâles pour procréer, voilà une angoisse que PMO partage avec les défenseurs de l’ordre patriarcal et de la famille « traditionnelle ». Ce combat contre la « reproduction artificielle de l’humain » (mené de front avec des auteurs appartenant plus ou moins au même courant de pensée, tels Alexis Escudero [8] ou Hervé Le Meur [9]) s’inscrit en effet dans cet imaginaire masculiniste. Il nous faudrait comprendre que les femmes disposent désormais des moyens de répondre « au vieux désir des hommes de faire des fils sans recours aux femmes ». Pour elles, faire des filles sans les hommes, ce serait devenu possible ; l’occasion rêvée pour les féministes bien aidées par la technologie, de se venger, en quelque sorte. La PMA serait donc critiquable parce qu’elle retire du pouvoir aux hommes dans la reproduction : après l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement, l’accès à la PMA pour toutes parachèverait le processus. Les hommes perdraient ainsi définitivement le contrôle sur la fécondité des femmes. Voilà ce qui est proprement insupportable, pour les masculinistes comme pour PMO.

« Où l’on voit que l’industrie agro-chimique ne fabrique pas que des obèses, et ne féminise pas que les poissons et les crocodiles. » p.10

 

Ce passage fait manifestement référence aux pollutions chimiques (notamment hormonales) susceptibles d’entraîner la « féminisation » ou la « dévirilisation » des mâles humains. Cette idée (que l’on retrouve également chez Alexis Escudero) repose sur des études scientifiques tendant à montrer l’augmentation des anomalies sexuelles et la baisse croissante de la fertilité dans les sociétés industrielles avancées : baisse du nombre et de la qualité moyenne des spermatozoïdes, problèmes de développement sexuel de l’embryon, réduction de la taille testiculaire... Les « perturbateurs endocriniens », ces molécules affectant l’équilibre hormonal et que l’on retrouve dans certains produits chimiques (phtalates ou bisphénol A) présents dans les emballages, les produits cosmétiques, etc., seraient les principaux responsables. S’il ne faut pas sous-estimer la gravité du problème, certains comme PMO laissent à penser que la possible « féminisation de l’espèce » est la principale menace. Le pire à venir ne serait pas la fin de l’humanité, mais la venue d’une humanité sans mâle. Une humanité dans laquelle tous les humains sont des femmes ? horreur ! La question des troubles de la reproduction sert ici à alimenter le fantasme de la disparition des mâles. Une vision misogyne et masculiniste sous-tend bel et bien cette critique de « l’industrie agro-chimique » et de nos modes de vie.

« Le chromosome mâle est « petit », « ténu », « fragile », « chétif et peut-être éphémère » ; il ne cesse de perdre des gènes depuis 180 millions d’années - il ne lui en reste que 3 %. Il pourrait disparaître d’ici quelques millions d’années - voire plus vite encore si des généticiens queer prennent en main l’évolution et l’amélioration de l’espèce humaine.  » p.11

 

« Et la généticienne Jenny Graves d’en conclure « que le Y n’est plus indispensable pour assurer ces fonctions « mâles ». » Bon débarras, tiens !... Et prends ça dans les couilles, vieux chromosome patriarcal hétéronormé !  » p.11

« Cela reste vrai à ce jour, seule l’union de gamètes mâles et femelles, fut-ce dans une éprouvette, peut aboutir à la formation d’un embryon. Cela ne le sera peut-être bientôt plus, si les fiévreuses recherches pour fabriquer des embryons à partir de gamètes exclusivement mâles ou femelles portent leurs fruits. On voit le bond en avant pour l’humanité qui pourra ainsi potentiellement se débarrasser de l’une ou de l’autre de ses moitiés, en finir avec la reproduction sexuée, développer une société séparée suivant les limites de genre, imposer l’homonormalité, etc.  » p.14

 

Pour PMO, le problème de la féminisation de l’espèce n’est pas seulement le fait de l’industrie. Il serait également le résultat de l’évolution. Ce texte nous plonge dans un récit de très mauvaise science-fiction dont l’arrière-plan est toujours la disparition du mâle. Peu importe que celle-ci soit vaguement estimée dans 3 millions d’années, l’important est de frissonner. Pour PMO, il y aurait une convergence d’intérêts et de vues entre différents acteurs : les queers qui voudraient effacer les frontières entre masculin et féminin, mais aussi entre mâle et femelle ; l’industrie agro-chimique qui pollue l’environnement ; et les transhumanistes qui rêvent d’humains augmentés. Autrement dit, on serait face à une mystérieuse alliance « d’androphobes » (d’autres auteurs masculinistes préfèrent utiliser le terme « misandres » pour décrire cette haine supposée des hommes) qui auraient en commun la haine du vivant et de la nature. Or ce front commun est une affabulation.

 

Si la fin du mâle reste une pure fiction, ce qui par contre est bien réel dans ces écrits et l’esprit de leurs auteurs, c’est la peur panique de l’indifférenciation sexuelle, ce vieil épouvantail patriarcal. En d’autres mots, les ennemis de PMO sont celles et ceux qui encouragent la confusion des genres et la remise en cause de la norme hétérosexuelle. Ce qui se joue n’est donc pas le drame auquel on voudrait nous faire croire, à savoir la destruction de l’espèce, mais plutôt le repli d’un courant de la critique radicale sur la défense de la domination masculine.

 

Collectif Stop-Masculinisme, janvier 2015.

 

stop-masculinisme.org

contact[arobase]stop-masculinisme.org

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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