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L’anti-impérialisme, malgré son incipit négatif, n’a à ce jour qu’enfanté et réenfanté les unités de valorisation de l’économie politique que sont les états nations (ou les ligues d’états nations) et leurs citoyens propriétaires qu’on espère rentables et consommateurs, sans quoi ça ne va plus du tout dans le bouzin. Normal, puisque l’impérialisme serait un « mauvais » nationalisme, comme il y a de mauvais commerçants (et donc des bons). Nation, propriété, représentation sont sacrées et « neutres », incriticables, rien à voir avec la domination et le capitalisme. Le messianisme répété que cette fois, vraiment, ça va être autrement, que ce soit en Palestine, au Kurdistan, voire dans les états déjà bien faisandés d’amérique du sud, sans oublier nos sympathiques nationalistes endogènes européens, a cette caractéristique propre à toutes les formes sociales investies de la croyance à la « réalisation du réel » que rien n’arrive à nous en lasser, et encore moins à nous rendre un tantinet critiques. Les échecs successifs, la finition de même dans les formes d’un capitalisme de rattrapage, sont toujours, comme dans toute religion, attribués au diable, à l’hétéronome, aux méchants à combattre ; jamais à l’infirmité des formes dans lesquelles nous nous reproduisons. Je songe au Vietnam, ancien paradigme de la libération (mais libération de quoi ?), devenu un paradis de la production…

Les textes glanés ci-dessous sur la toile sont plutôt « prolétariens », gardant eux-mêmes l’espoir d’une conscience opposée qui naîtrait de la situation, par simple précipitation mécanique, sans critique fondamentale. Ma foi, là aussi, ça fait longtemps qu’on l’attend, cette « conscience de classe ». Mais ils n’en pointent pas moins l’impasse, qui confine à l’imposture, de ce nouveau papier à mouches pour révoltés exotisants comme pour citoyens démocrates et propriétaires. Notamment en ce qui concerne les données de bases (propriété santé). Et aussi les semi non dits de l’appropriation territoriale qui va avec (ici, les projets de déportation de la population désignée comme arabe, par exemple). Mais il y a aussi la pub pseudo-féministe (les amazones, les nanas avec des armes mais qui restent tout de même bien des nanas, ça c’est pas du tout un fantasme masculin…), avec quelques photos et la moustache d’Oçalan en sous impression, ce que rappellent aussi les camarades. Il y a bien des années, j’avais moi-même été approchée par un « parti des femmes kurdes », tout à fait indépendant et autonome mais là aussi avec la belle moustache PKKesque et la priorité nationale en arrière plan. J’avais déjà donné dans l’exotisme voyageur et j’ai eu alors la présence d’esprit d’éluder. Dommage, une transse ça leur aurait fait un peu de valeur ajoutée. Bah, en ont certainement trouvé d’autres.

 

 

Quel soutien à Kobanê ?

 

Paru sur La bataille socialiste

Depuis que les fascistes de Daesh étendent leur territoire et les atrocités qu’ils y commettent, et notamment depuis l’attaque de Kobanê, une question (récurrente dans l’histoire de l’extrême-gauche) divise les militant-e-s: comment être solidaires en restant sur des positions internationalistes ? Certains, campés sur des principes immatériels comme leurs ancêtres lors de la Révolution espagnole en 1936, ne voient que des camps bourgeois dans toute guerre et refusent leur soutien à qui que ce soit. D’autres, plus nombreux, sont prêts à s’engager contre Daesh, mais sont abasourdis par l’enthousiasme acritique du collectif parisien Anarchistes solidaires du Rojava. Que dans le cadre d’une économie de guerre et d’une région où les courants réactionnaires sont nombreux et puissants, on puisse considérer que l’enclave gérée au Nord de la Syrie par le PKK soit relativement progressiste, en tout cas plus que ses voisins, et y soit un point d’appui défendant notamment les droits des femmes, certes, mais de là à s’extasier sur une « révolution » locale et les vertus de la conversion du nationalisme kurde au « centralisme démocratique », de là à se retrouver supplétifs béats du PKK, il y a de la marge, et cette marge n’est pas évidente à délimiter concrètement selon les rapports de force militants locaux. A Caen, nous avons eu la « chance » (ce n’est pas que de la chance, c’est aussi le résultat d’un travail important) de faire co-exister dans la mobilisation les kurdes de la ville et des militants internationalistes ne reniant rien de leurs convictions, dans leurs mots d’ordre, leurs banderoles, leurs tracts, leurs prises de parole. Cela n’a pas été possible partout.

En janvier-février, une tournée de militants anarchistes turcs (DAF) dans de nombreuses villes de France permettra peut-être de préciser des choses sur une situation au Rojava dont on ne sait pas tant de choses que ça et d’en débattre. On nous dit par exemple que le « nouveau PKK » est respectueux des minorités non-kurdes. Pourtant Battaglia comunista attire notre attention sur le fait que ce respect ne s’appliquerait peut-être pas à la minorité arabe:

Le PKK (…) s’est maintenant constitué comme le défenseur des minorités du Kurdistan. Ceci, cependant, ne s’applique pas, et ne peut pas s’appliquer aux Arabes. En plus d’une occasion, Salih Muslim, co-leader du PYD, a parlé d’« expulser les arabes », et la possibilité d’une « guerre entre kurdes et arabes ». Clairement, Muslim ne parle pas d’expulser tous les Arabes, « un jour ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes devront être expulsés ». Les Arabes dont il parle sont ceux qui ont été transplantés lors de la campagne d’Arabisation de 1973. Étant donné la démographie des pays du Moyen-Orient (l’âge médian en Syrie est juste au dessus de 22 ans), la majorité de ces « ces Arabes qui ont été amenés dans les zones kurdes » sont nés au Kurdistan. Muslim lui-même admet que ces Arabes sont des « victimes » de tout cela. Cela ne l’empêche pas de proclamer que « tous les villages où ils vivent appartiennent maintenant aux kurdes ».

Chacune et chacun, selon les possibilités militantes à sa portée, peut essayer de s’engager contre la réaction sans taire ses critiques et ses réserves. Il n’y a pas besoin d’idéaliser une Révolution pour défendre les femmes et les ouvriers du Moyen-Orient.

In La bataille socialiste

 

***

 

Le texte « Rojava : la Guerre Populaire, ce n’est pas la Guerre de Classe », que vous pouvez lire ci-dessous, représente une contribution de la « Tendance Communiste Internationaliste » (TCI) au débat qui a lieu depuis plusieurs semaines dans certains milieux qui se revendiquent de la « lutte anticapitaliste ». Les points centraux de cette discussion tournent autour des événements actuels au Kurdistan occidental, le Rojava.

Même si généralement nous ne sommes pas d’accord avec le corpus idéologique de la TCI (malgré certaines positions et références programmatiques communes), nous avons néanmoins décidé de publier ici ce texte et de le traduire en tchèque et en français à partir de la version originale anglaise, car nous partageons la défense des positions internationalistes qui y sont abordées. L’État n’est pas simplement une structure constituée du gouvernement, de la police, de l’armée et d’un appareil administratif ; l’État, comme le mouvement communiste l’a déjà saisi, est un rapport social, la matérialisation de l’ordre du monde capitaliste, peu importe si sa légitimité est basée sur des assemblées parlementaires ou communautaires. Si donc le PKK et ses affidés du PYD revendiquent qu’ils ne cherchent pas à créer un État, c’est seulement parce qu’en réalité ils représentent déjà l’État, en raison du rôle, pratique et idéologique, qu’ils jouent au Rojava. Ce que certains des partisans du PKK appellent très justement « un État sans État », c’est-à-dire un État qui ne se territorialise pas obligatoirement sous la forme d’un État-Nation, mais qui in fine constitue un État tout de même dans ce sens où les rapports sociaux capitalistes, la propriété privée, ne sont pas remis fondamentalement en question.

Contrairement aux euro-centristes de tout poil et autres adorateurs de la division du monde entre d’une part des « pays centraux » (d’où seuls pourrait provenir l’étincelle qui allumera le brasier de la révolution) et d’autre part la « périphérie » du capitalisme, nous n’avons aucun doute qu’il y ait un mouvement prolétarien au Rojava (comme dans toute la région du Moyen-Orient, et c’est là déjà un des désaccords de fond que nous avons avec les positions de la TCI en général), un mouvement qui malgré ses faiblesses vise, bien que seulement partiellement, à l’émancipation de la classe ouvrière, et qui dans ce sens fait intégralement partie du mouvement prolétarien mondial qui participe de l’abolition du capitalisme et de la création d’une réelle communauté humaine – le communisme. Ni le PKK ni le PYD cependant ne représentent ce mouvement et cela malgré leurs proclamations apparemment prosocialistes et en faveur de ce fétiche à la mode qu’est la démocratie directe (à travers le soi-disant « tournant politique » du PKK qui aurait adopté le « confédéralisme démocratique », le « communalisme » et le « municipalisme » chers à toute une kyrielle de libertaires proudhoniens à travers le monde). Et si de prétendus révolutionnaires continuent à les soutenir sans critique (ou même en adoptant un « soutien critique » à la Trotski), ils deviendront les fossoyeurs de ce mouvement fragile, de la même façon que cela s’est passé avec le soutien au Front Populaire en Espagne en 1936.

Les principaux acteurs de l’actuelle campagne de soutien international qui se développe pour le Rojava, en se faisant les porte-voix d’organisations comme le PKK ou le PYD et ses groupes armés (YPJ et YPG), ne font rien d’autre que de confondre le mouvement social existant avec les forces politiques organisées et formelles qui clament être les représentants et les dirigeants des luttes en cours. Que des organisations marxistes-léninistes (bolcheviks, staliniennes, maoïstes, trotskistes, etc.), qui n’ont jamais été historiquement que la gauche capitaliste dont la tâche a été, est et sera d’encadrer et de réprimer dans le sang les luttes de notre classe, que ces organisations étatistes soutiennent des organisations-frères comme le PKK ou le PYD, quoi de plus normal. Que des « anarchistes », des « libertaires », des « communistes libertaires », des « anarchistes communistes », qui ont toujours prétendu lutter contre l’État, contre toute forme d’État, fassent de même et participent de cette campagne (de manière « critique » ou non), cela ne nous étonne pas non plus mais nous pousse néanmoins à soulever la question et à développer quelques commentaires.

D’abord, cette campagne de « solidarité avec le Rojava », qui n’est qu’une distorsion d’un évident besoin de solidarité avec les prolétaires en lutte dans toute cette région, comme partout dans le monde, cette campagne de soutien à la lutte de libération nationale (ici kurde), n’est pas l’apanage d’une seule famille mais traverse les deux grandes familles idéologiques qui parlent au nom du prolétariat, et provoque même des divisions en leur sein alors qu’elles se déchirent entre d’une part les partisans de la « cause kurde » et des « peuples opprimés » et d’autre part les défenseurs de positions internationalistes. En effet, tant dans la famille idéologique « marxiste » que dans la famille de « l’anarchisme idéologique », on retrouve des pros et des contras. Il est dès lors très visible que les lignes de démarcation ne se situent pas, dans cette question comme de manière plus générale dans la question de la guerre et des tâches des militants révolutionnaires, entre « marxistes » et « anarchistes » mais entre d’un côté les tenants de la libération nationale et donc de l’État bourgeois et du capitalisme (même repeint en rouge) et de l’autre côté les militants qui développent le véritable internationalisme, bref entre les défenseurs du parti bourgeois à destination des prolétaires (la social-démocratie sous toutes les couleurs politiques dont elle est capable de se parer) et les combattants du seul « parti » qui libérera toute l’humanité, le parti du prolétariat révolutionnaire, le parti communiste mondial, « le Parti de l’Anarchie » (Karl Marx).

Ensuite, alors que la quasi-totalité des secteurs de l’anarchisme refuse historiquement et avec la dernière véhémence toute référence à « la dictature du prolétariat », qu’ils assimilent faussement à la véritable dictature de la valeur imposée au prolétariat durant plusieurs décennies au nom du communisme, dans des pays qui s’autoproclamaient « communistes » et étaient désignés comme tels par la propagande bourgeoise occidentale, aujourd’hui on voit ces mêmes « anarchistes » oublier tous leurs « principes » et brandir le drapeau du PKK et de son État comme un « moindre mal » comme l’a récemment révélée une prise de position publiée par le réseau Anarkismo : « La question des relations des anarchistes et des syndicalistes envers des mouvements comme le PKK – mouvements qui ne sont pas explicitement, ou même complètement anarchiste – est matière à controverse. Une partie substantielle du mouvement anarchiste, particulièrement le vaste réseau plateformiste et spécifiste autour d’Anarkismo.net, a soutenu le PKK, bien que de manière critique. […] Dans les circonstances actuelles où l’État Islamique essaye d’envahir Kobanê, même si le confédéralisme démocratique est vaincu au Rojava de manière interne par des éléments du PYD et leur mise en œuvre d’un État, cet État (d’après ce que nous avons lu sur le PYD) sera meilleur que les autres options qui sont de réelles possibilités, étant soit l’État Islamique, soit Assad ou le KRG. […] En résumé, en appliquant notre approche générale, nous pouvons dire de la bataille pour le Rojava : nous soutenons la lutte pour la libération nationale des kurdes, y compris le droit d’exister pour le mouvement de libération nationale ; […] ; notre soutien va, sur une échelle mobile, vers les anarchistes et syndicalistes kurdes en haut, suivis par le PKK, ensuite le PYD et nous traçons une ligne face au KRG ; en termes pratiques, nous nous offrons une solidarité (même si elle est juste verbale) et coopérons autour d’une série de questions concrètes, la plus immédiate étant la bataille pour arrêter l’État Islamique d’extrême droite et défendre la révolution du Rojava ; au sein de cette révolution nous nous alignons au coté du modèle de confédéralisme démocratique du PKK contre l’approche plus étatique des modèles du PYD, et même lorsque nous faisons cela, avec en tout temps l’objectif de proposer nos méthodes, buts et projets et de les faire gagner en influence : nous sommes avec le PKK contre le KRG, mais nous sommes pour la révolution anarchiste avant tout. » [http://www.anarkismo.net/article/27648/] [nous soulignons]

Comme on le voit dans cette citation, rien n’a vraiment changé depuis au moins 1936 et « l’anarchisme idéologique » continue tout autant à justifier le « moindre mal » (qui se révèle dans la pratique toujours être le pire !) et à sacrifier ainsi la révolution sociale sur l’autel de la rentabilité politique, du pragmatisme et de l’opportunisme, comme n’importe quelle autre expression de l’arc-en-ciel de la politique bourgeoise. Alors qu’hier en Espagne, ces mêmes « anarchistes » (CNT-FAI) dévoyaient les luttes de notre classe, qu’ils refusaient ce qu’ils ont appelé « la dictature de l’anarchie » (c’est-à-dire l’élaboration de mesures élémentaires et drastiques pour imposer à la bourgeoisie la satisfaction des besoins de la révolution, la lutte contre la propriété privée), alors qu’ils canalisaient le mouvement social sur les rails de la légalité républicaine, ces messieurs dames fricotaient avec les forces du Front Populaire, avec les « socialistes » et les staliniens, entraient dans les gouvernements bourgeois et assumaient ainsi leur rôle dans la répression étatique de notre classe. Aujourd’hui à nouveau, certains « anarchistes » frayent avec les mêmes forces politiques qui ne portent aucun programme prolétarien, aucune perspective révolutionnaire, allant jusqu’à revendiquer ouvertement leur soutien militant non pas aux quelques expressions révolutionnaire émergeant péniblement du bourbier de la paix sociale mais plus prosaïquement aux « luttes populaires progressistes » (cf. le texte d’Anarkismo déjà cité), et cela avec d’autant plus de facilité qu’il est bien difficile de déceler avec force et certitude l’autonomie programmatique et effective de notre classe sur le terrain au Rojava. Aucune force prolétarienne et communiste n’émerge puissamment (du moins au vu du peu d’informations militantes qui proviennent de là-bas) comme il a pu exister par exemple lors des soulèvements de 1991 en Irak où d’importantes expressions de l’associationnisme prolétarien se sont manifestées.

Ce ne sont ici que quelques commentaires par rapport à cet important débat qui dépasse en importance la seule « question kurde » ainsi que le soutien ou non (et comment) à « la résistance au Rojava ». C’est toute la question de la guerre qui est posée, ainsi que la question de la lutte de classe, de la guerre de classe et de l’affirmation du prolétariat comme force organisée imposant la satisfaction de ses besoins. Nous voudrions pour terminer cette petite introduction, proposer quelques autres textes critiques qui nous inspirent, même si nous tenons à émettre de vives réserves quant à certaines de leurs faiblesses et limites. Le débat et la discussion sont loin d’être clos…

“Rojava : an anarcho-syndicalist perspective” by WSA [http://libcom.org/blog/rojava-anarc...], en français : « Rojava : Une perspective anarcho-syndicaliste » par la WSA [http://anarkismo.net/article/27647] “Anarchist Federation statement on Rojava : December 2014” [http://libcom.org/news/anarchist-fe...] “Rojava : Fantasies and Realities” by Zafer Onat [http://www.servetdusmani.org/rojava...]

PS : Nous voudrions adresser un dernier mot à tous ceux qui, à la suite de ces quelques critiques très peu populaires, mettraient en doute notre solidarité avec les prolétaires en lutte au Moyen-Orient, et comme partout ailleurs : depuis l’émergence du soi-disant « printemps arabe », nous avons publié pas moins de cinq textes et/ou tracts directement consacrés à cette question, qui sont des affirmations tranchées et fermes en faveur des luttes contre la misère et l’exploitation (sans compter les divers textes d’autres groupes que nous avons traduits en tchèque, dont nous avons fait une présentation, et que nous avons diffusé à travers notre réseau militant internationaliste). Outre qu’ils aient été produits dans les trois langues de notre groupe (tchèque, anglais, français), nos textes propres ont été traduits et diffusés à leur tour par diverses expressions militantes à travers le monde, en allemand, arabe, espagnol, grec, italien, portugais, russe, serbo-croate, turc…

Guerre de Classe # Décembre 2014 http://www.autistici.org/tridnivalk...

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Rojava : la Guerre Populaire, ce n’est pas la Guerre de Classe

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. (…) La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants. (…) La révolution sociale (…) ne peut pas tirer sa poésie du passé, mais seulement de l’avenir. Elle ne peut pas commencer avec elle-même avant d’avoir liquidé complètement toute superstition à l’égard du passé. Les révolutions antérieures avaient besoin de réminiscences historiques pour se dissimuler à elles-mêmes leur propre contenu. La révolution (…) doit laisser les morts enterrer leurs morts pour réaliser son propre objet. » http://www.marxists.org/francais/ma...

L’Espagne dans un Contexte Historique

L’article de David Graeber, « Pourquoi le monde ignore-t-il les révolutionnaires Kurdes de Syrie ? », a été largement distribué dans la presse anarchiste et libérale. Il y parle de la façon dont la révolution sociale au Kurdistan occidental (Rojava) est « scandaleusement » ignorée par tous, y compris par une vague « gauche internationale ». Il choisit de commencer sur une note délibérément subjective en annonçant que son père s’était porté volontaire pour se battre dans les Brigades internationales durant la guerre civile espagnole en 1937. Il poursuit : « Un possible coup d’Etat fasciste avait été temporairement arrêté par le soulèvement des travailleurs, dirigé par les anarchistes et les socialistes, et dans une grande partie de l’Espagne une véritable révolution sociale s’est produite, ce qui a placé des villes entières en autogestion démocratique, les industries sous le contrôle des travailleurs et l’autonomisation (empowerment) radicale des femmes. Les révolutionnaires espagnols espéraient créer la vision d’une société libre que tout le monde pourrait suivre. Au lieu de cela, les puissances mondiales décrétèrent une politique de « non-intervention » et ont maintenu un strict blocus de la République, même après qu’Hitler et Mussolini, signataires ostensibles, aient commencé à envoyer des troupes et des armes pour renforcer le camp fasciste. Le résultat a été des années de guerre civile qui ont pris fin avec la défaite de la révolution et certains des massacres les plus sanglants d’un siècle sanglant. Je n’ai jamais pensé qu’au cours de ma propre vie je verrais la même chose se reproduire. » Source originale : http://www.theguardian.com/commenti..., publié en français entre autre sur : http://oclibertaire.free.fr/spip.ph... et http://rojavasolidarite.noblogs.org... Notre professeur d’anthropologie […] a clairement besoin d’étudier l’histoire avec plus de soin. Le coup d’Etat militaire du 18 juillet 1936 contre la Seconde République espagnole est arrivé après des années de lutte de classe. Le gouvernement du Front populaire des socialistes et des libéraux ne savait pas comment réagir, mais les ouvriers l’ont fait. Lorsque les ministres libéraux ont refusé d’armer les ouvriers, ils ont attaqué les casernes du régime et ils ont pris les armes. Cela a déclenché une révolution sociale qui, dans diverses parties d’Espagne, correspondait presque à ce que Graeber décrit. Toutefois, elle n’a pas touché au pouvoir politique de la République espagnole bourgeoisie. L’Etat n’a pas été détruit. Les leaders anarchistes de la CNT-FAI ont d’abord décidé de soutenir le gouvernement régional catalan du bourgeois Luis Companys, puis, à peine cinq mois plus tard, ils sont entrés dans le gouvernement de Madrid avec les libéraux et les staliniens. Ils ont décidé de faire passer la lutte contre « le fascisme » avant la révolution sociale. Ce faisant, ils ont abandonné tout ordre du jour de la classe ouvrière et ils ont livré la révolution à la bourgeoisie. C’est l’épisode le plus honteux de l’histoire anarchiste et la plupart des historiens anarchistes seront d’accord avec ce verdict […]. Bien qu’il invoque l’histoire, Graeber la retourne sur la tête. Pour lui, c’est le fait qu’Hitler et Mussolini ont armé Franco qui a mené à la défaite de la révolution. Il n’en fut pas ainsi. C’est l’abandon de la révolution sociale en faveur des besoins militaires de « l’antifascisme » qui était vraiment à blâmer. C’est la révolution sociale de juillet 1936 qui avait poussé la masse de la population à commencer à se battre pour elle-même et pour une nouvelle société. Nous ne disons pas que la révolution aurait pu l’emporter, compte tenu de son isolement à l’époque, mais elle nous aurait laissé aujourd’hui un héritage plus stimulant. En fait, l’histoire de la classe ouvrière espagnole était si différente du reste de l’Europe (la bourgeoisie espagnole n’a pas pris part à la Première Guerre mondiale, par exemple) que les travailleurs espagnols se sont retrouvés seuls à combattre. Le reste de la classe ouvrière européenne ne s’était pas remis de la défaite de la vague révolutionnaire qui mit fin à la Première Guerre mondiale. Cette défaite avait déjà permis au fascisme d’être victorieux en Italie et en Allemagne.

Manipulations impérialistes

Et cela a également défini le contexte impérialiste dans lequel la guerre civile espagnole est arrivée. Graeber n’est pas fiable non plus lorsqu’il dit que toutes les grandes puissances se sont inscrites dans la « non-intervention ». C’était la politique hypocrite des classes dirigeantes française et britannique qui espéraient convaincre les puissances de l’Axe d’attaquer l’URSS (les laissant ainsi libre de ramasser les morceaux plus tard). Ils y ont entraîné Mussolini dans une tentative de diviser l’Axe, mais cela a échoué. Durant la période qui précède la Seconde Guerre mondiale, l’URSS de Staline a aussi dû trouver un moyen pour essayer de se gagner des alliés. Il avait déjà fait de « l’antifascisme » son slogan en novembre 1935. Et sur cette base, cela contribua à la formation des gouvernements du Front populaire en Espagne et en France. L’idée était de convaincre les démocraties occidentales qu’elles pouvaient faire confiance dans l’État « paria » soviétique. C’est l’URSS qui a secrètement armé la République espagnole dès le début (à l’exception du Mexique, le seul État à le faire). Et celui qui paie a le droit de décider comment sera dépensé son argent. Bien que le Parti communiste espagnol (PCE) n’avait que 6.000 membres en 1936, il a été immédiatement gonflé par la défection de la jeunesse du Parti socialiste dirigé par Santiago Carillo. Et il a grandi considérablement plus en s’opposant à la révolution sociale même qui avait déclenché la résistance. Les petits bourgeois dans l’Espagne républicaine ont afflué vers eux se défendre contre les anarchistes. Et bientôt, les ministres communistes sont apparus à Madrid et le PCE a pris en charge les services de la sûreté (SIM). Des laquais staliniens comme Palmiro Togliatti (« camarade Ercoli ») et Ernö Gerö ont été envoyés en Espagne afin de mener des chasses aux sorcières contre les vrais révolutionnaires. Celles-ci eurent principalement lieu après la débâcle de mai 1937 à Barcelone, où des combats ont éclaté entre la CNT et le POUM d’un côté, et les staliniens de l’autre. Cela s’est terminé par une trêve mais avec les staliniens aux commandes (comme la « lutte antifasciste » était primordiale) et plusieurs massacres de leurs adversaires dans le camp républicain. À chaque phase, les staliniens ont justifié leur prise de contrôle de l’appareil d’État par le besoin de rendre « la lutte contre le fascisme » plus efficace. Le seul résultat en fut de démoraliser et de détruire l’initiative des masses et d’ouvrir la voie à la victoire finale de Franco et à encore plus de massacres. Graeber a raison de dire que la révolution a été réprimée, non par Franco, mais par les « antifascistes » qu’il cherche maintenant à imiter. C’est ce que beaucoup à gauche, des anarchistes du style de Graeber à la gauche marxiste traditionnelle des trotskistes et des staliniens, ne peuvent pas comprendre. L’antifascisme était l’idéologie d’un camp de l’équation impérialiste des années 1930 pour mobiliser la population pour la guerre impérialiste. Et cela a fonctionné. Le père de Graeber ne fut pas le seul à s’être engagé comme volontaire dans les Brigades internationales. C’est ce que fit mon père métallurgiste en 1938. C’était alors un jeune garçon boucher de 16 ans et il n’avait pas d’opinions politiques bien précises. On le refusa (heureusement !) au motif de son jeune âge, mais sa réaction était précisément ce que le bloc des Alliés escomptait durant la Seconde Guerre mondiale afin de mobiliser la classe ouvrière pour encore un autre massacre après la fin en 1918 de « la guerre qui devait mettre fin à toutes les guerres ». Personne ne se serait plus battu pour « le Roi et la Patrie » mais beaucoup ont jugé utile de risquer leur vie en combattant le mal fasciste. Et une fois de plus, l’histoire se répète partiellement, en tragédie d’abord, en farce ensuite. Les Graeber, ainsi que les staliniens et les trotskystes, se parent des vêtements du passé pour appeler au soutien des nationalistes kurdes contre les « fascistes » ou les « crypto-fascistes » de Da’esh ou de l’ÉI au Rojava. Cela dit, Da’esh est une force monstrueuse réactionnaire qui perpètre des actes dignes de Gengis Khan et des Mongols, mais lutter pour ou contre eux ne favorise pas l’émergence d’une classe ouvrière autonome. Nous devons être conscients du contexte impérialiste de ce qui se passe en Syrie, en Turquie et en Irak avant d’exhorter quiconque à s’emballer et à combattre pour le PYD […]. Le PYD est dominé par le PKK, bien que pour des raisons diplomatiques il dit qu’il ne l’est pas (le PKK est condamné internationalement comme « terroriste » tandis que le PYD ne l’est pas). Le tournant « démocratique » ou « mutualiste » du PKK a été initié en grande partie afin d’essayer de gagner le soutien de l’Occident tout comme « l’antifascisme » et le « Front populaire » ont fonctionné pour l’impérialisme soviétique dans les années 1930. Da’esh est une création de la coalition impérialiste qui maintenant la bombarde […]. Sans le démembrement dirigé par les USA de l’État irakien après 2003, il n’y aurait pas de possibilités d’agir pour l’ÉI. Sans la fourniture initiale d’armes des régimes sunnites d’Arabie saoudite et du Qatar, l’ÉI ne serait rien. Et le régime kurde dans le nord de l’Irak a été le plus grand bénéficiaire de la politique américaine. Le régime du Parti Démocratique Kurde de Barzani est un proche allié à la fois des États-Unis et de la Turquie et il exporte son pétrole vers la Turquie via un nouvel oléoduc récemment achevé. L’ÉI, ayant acquit ses propres ressources financières, s’est dégagé de ses maîtres impérialistes originels et il poursuit son propre agenda. Encore une fois, il y a des parallèles avec les années 1930, mais pas ceux auxquels nos antifascistes aiment à se référer. En 1939, Staline a abandonné « l’antifascisme » pour signer le pacte Hitler-Staline […] avec ces mêmes fascistes que les ouvriers en Espagne étaient censés avoir combattus jusqu’à la mort. Hier comme aujourd’hui, les impératifs impérialistes peuvent dicter le nom qu’ils vont donner à n’importe quelle cause. Quoi que Graeber et autres puissent affirmer, la lutte en Syrie aujourd’hui est une lutte pour le contrôle impérialiste du territoire.

« Expérience Sociale » au Rojava

Et ce qui se passe au Rojava n’est pas aussi merveilleux que le dit Graeber. Il ne fait que relayer la propagande du PYD. En fait, vous avez l’impression (compte tenu du poids relatif des mots qui lui est consacré) qu’il est plus impressionné par la « conversion » du stalinien Ocalan aux idées du « municipalisme libertaire » de feu Murray Bookchin, une idéologie que Graeber tient à cœur. « Le PKK a déclaré qu’il n’essayait même plus de créer un Etat kurde. Au lieu de cela, en partie inspiré par la vision de l’écologiste social et anarchiste Murray Bookchin, il a adopté la vision du “municipalisme libertaire”, appelant les Kurdes à créer des communautés libres et autonomes, sur la base des principes de la démocratie directe, qui par la suite s’uniraient au-delà des frontières nationales – et qui seront appelées à être progressivement dénuées de sens. Ainsi, ils ont suggéré que la lutte kurde puisse devenir un modèle pour un mouvement mondial vers une véritable démocratie, une économie coopérative et la dissolution progressive de l’État-nation bureaucratique. » Oh si était vrai ! Le PKK a révisé sa stratégie, il a fait passer la frontière turque à ses combattants, les a positionnés en Irak et il a édulcoré son stalinisme dans une tentative de se présenter comme « démocratique ». Mais même Graeber reconnaît que certains « éléments autoritaires » se maintiennent, bien qu’il ne donne aucun détail. Donnons-lui un coup de main. Selon le PYD lui-même, il y a une forme de double pouvoir avec les désormais célèbres communautés autonomes qui existent côte à côte avec un cadre de type parlementaire entièrement contrôlé par le PYD. Tout le monde peut aisément deviner qui a le poids réel. Le PYD a obtenu un quasi-monopole des armes.1 Ils sont l’État. Et dans chaque pays (Irak, Iran et Syrie), la bourgeoisie kurde locale a mis en place sa propre entité nationale dans la même veine. Ces entités pourraient ne pas être reconnues par l’impérialisme international, mais ce sont des États à tous points de vue sauf au niveau du nom. À certains égards, elles empiètent davantage sur la vie des gens que l’État au Royaume-Uni. Par exemple, si vous avez plus de 18 ans, vous êtes soumis à la conscription.2 Et quant à l’internationalisme supposé du PYD, son chef Saleh Muslim a menacé d’expulser tous les Arabes du territoire « kurde » en Syrie malgré le fait que la plupart d’entre eux y soient nés.3 Les femmes peuvent être plus libres au Kurdistan en général que dans les territoires environnants, mais tout est relatif. Il y a eu beaucoup d’accusations concernant une culture sexiste ainsi que de viols chez les peshmergas, et Ocalan lui-même semble non seulement fermer les yeux sur cela, mais personnellement l’admettre. Rien de tout cela n’est discuté dans le trop bref compte-rendu de Graeber à propos des merveilles du Rojava. Le seul mot manquant dans le compte-rendu de Graeber, c’est le mot classe. Pour lui, Rojava est un « mouvement populaire », tout comme le mouvement « Occupy » l’était. La Seconde Guerre mondiale nous a été vendue par les Alliés comme une « guerre populaire ». Mais « le peuple », c’est la nation. Le cri de ralliement de la classe capitaliste, c’est qu’ils étaient les représentants du « peuple » contre l’ordre féodal. Mais il est admit pour nous que le peuple est une notion interclassiste. Il y inclut exploiteurs et exploités. C’est pourquoi nous posons le concept de classe en opposition à toute idée de peuple ou de « nation ». Le nationalisme est l’ennemi de la classe ouvrière qui ne possède aucune propriété privée, ni n’exploite personne. Comme Marx l’a dit « Les ouvriers n’ont pas de patrie ». La guerre de classe, ce n’est pas la « guerre du peuple ». Nous reconnaissons bien sûr qu’il y a un besoin pour de nombreux ouvriers à rechercher des exemples stimulant d’organisation sociale. C’est pourquoi nous nous tournons vers la Commune de Paris de 1871 ou la Russie en 1905. C’est aussi pourquoi nous nous tournons vers l’Espagne de l’été 1936 ou la Russie de l’hiver 1917-1918. Aucun de ces exemples ne fut parfait, mais tous ont donné des indications sur ce que la classe ouvrière était capable de faire. Tous ont finalement été noyés par l’intervention impérialiste. Mais ils étaient beaucoup plus loin sur la voie de l’autonomie prolétarienne réelle que ce qui nous est vendu aujourd’hui au Rojava ou n’importe où ailleurs au Kurdistan. Nous sommes habitués à ce que la gauche capitaliste (trotskistes, staliniens, maoïstes) se précipite pour soutenir tel ou tel « moindre mal » ou chante les louanges de tel ou tel modèle considéré comme « le socialisme réellement existant » (Venezuela, Bolivie, Cuba, Vietnam, etc., etc.) mais tout ce qu’ils nous invitent à faire, c’est d’entrer dans le jeu de la propagande impérialiste de nos gouvernants. La révolution sociale réelle ne peut pas avoir lieu à l’intérieur d’un seul pays comme l’histoire des années 1920 et 1930 nous l’a montré. Si nous voulons voir un mouvement de classe autonome capable de créer une société sans classe, sans exploitation, sans État et sans guerre meurtrière, nous devons nous battre pour elle là où nous vivons et travaillons. Dans le long terme, nous devons créer nos propres organisations de classe […] ou tout ce qui est approprié à la lutte, mais nous devons aussi arriver à ce que ce soit une partie d’une lutte consciente contre le capitalisme sous toutes ses formes. Cela signifie que la création d’un mouvement politique international et internationaliste, contrairement à tous les projets nationaux aujourd’hui, est un élément indispensable de cette lutte. Cela doit pouvoir inspirer et unir la conscience révolutionnaire de pans plus larges de travailleurs. Ce n’est pas aussi facile ou instantanément gratifiant que de rabâcher des slogans à propos de tel ou tel paradis supposé des travailleurs, mais c’est la seule voie pour l’émancipation de l’humanité. […]

Jeudi 30 octobre 2014 Source en anglais : http://www.leftcom.org/en/articles/...’s-war-is-not-class-war

 

http://www.autistici.org/tridnivalka/rojava-fantasmes-et-realites/

Dans la foulée de notre précédente contribution critique à la « campagne de solidarité » envers la « Révolution au Rojava », texte intitulé : « Rojava : la Guerre Populaire, ce n’est pas la Guerre de Classe » [http://www.autistici.org/tridnivalk...], nous présentons et publions ici deux petites prises de position que nous avons trouvé sur l’internet et qui vont dans le même sens de ne pas clore le débat mais au contraire d’apporter des éléments d’analyse de classe dans la discussion et de remettre ainsi en question l’apologie romantique de la lutte au Kurdistan syrien faite par différents milieux politiques.

Nous tenons évidemment à émettre de vives réserves quant aux faiblesses et limites qui ponctuent ces deux textes qui ne représentent pas les positions globales de notre groupe ni celles du mouvement communiste du point de vue historique et programmatique. Néanmoins, ce sont là des expressions vivantes de minorités révolutionnaires qui tentent d’affirmer à contre-courant et de manière « impopulaire » la nécessité et la prééminence de l’internationalisme dans toute lutte de notre classe.

Le premier texte est intitulé « Rojava : Fantasmes et Réalités », il est signé par un militant du nom de Zafer Onat et a été publié sur le blog de la « plateforme de discussion communiste libertaire » en langue turque Servet Düşmanı qui signifie « Ennemi de la Richesse » (tout un programme !).

Le second texte est intitulé « Quelques commentaires sur la ‘Révolution au Rojava’ », il est anonyme et a été publié sur le blog Infoshop News – Anarchist and libertarian news, opinion and analysis. Nous présentons et publions ces deux textes sur notre blog dans leur version anglaise mais nous les avons également traduit en tchèque et en français…

# # #

 

Rojava : Fantasmes et Réalités par Zafer Onat publié sur Servet Düşmanı [Ennemi de la Richesse] – 1er novembre 2014

 

 

La résistance à Kobane qui en est maintenant à son 45ème jour a forcé des révolutionnaires du monde entier à fixer leur attention sur le Rojava. Par suite du travail mené par l’Action Anarchiste Révolutionnaire, des camarades anarchistes un peu partout dans le monde ont envoyé des messages de solidarité à la résistance de Kobane. Cette position internationaliste est sans aucun doute d’une grande importance pour les gens qui résistent à Kobane. Cependant, si nous n’analysons pas ce qui se passe dans toute sa vérité et si au contraire nous l’idéalisons, alors nos rêves se transformeront sans délai en déception.

En outre, afin de créer l’alternative révolutionnaire mondiale dont le besoin se fait urgemment ressentir, nous devons garder la tête froide et être réalistes, et nous devons correctement évaluer la situation. Sur ce point, mentionnons en passant que ces messages de solidarité envoyés à l’occasion de la résistance à Kobane démontrent l’urgence de la tâche de créer une association internationale où les anarchistes révolutionnaires et les communistes libertaires peuvent discuter de questions locales et globales et se solidariser avec les luttes en cours. Nous avons ressenti le manque d’une telle internationale pendant ces quatre dernières années lorsqu’un grand nombre de bouleversements sociaux ont eu lieu dans beaucoup de parties du monde – nous avons au moins ressenti ce besoin pendant le soulèvement qui a eu lieu en juin 2013 en Turquie.

Aujourd’hui cependant, nous devons discuter du Rojava sans illusions et baser nos analyses selon une ligne correcte. Il n’est pas très facile pour une personne d’évaluer les développements qui se déroulent dans la période où l’on vit, seulement selon ce qu’on voit à ce moment-là. Evidemment, les estimations faites avec des esprits obscurcis par une sensation de désespoir et d’être ainsi coincé rendent même plus difficile pour nous de produire des réponses saines.

Nulle part dans le monde d’aujourd’hui n’existe un mouvement révolutionnaire efficace, selon la signification que nous donnons à ce mot, ou un mouvement de classe fort qui peut être le précurseur d’un tel mouvement. Les luttes qui émergent se fanent soit en étant violemment réprimées soit en étant aspirées dans le système. Il semble qu’à cause de cela, comme c’est le cas d’une importante partie des marxistes et des anarchistes en Turquie, des organisations et des individus révolutionnaires dans plusieurs parties du monde donnent à la structure qui a émergé au Rojava une signification qui est au-delà de sa réalité. Avant toute autre chose, ce serait injuste que nous chargions le fardeau de notre échec de créer une alternative révolutionnaire dans les endroits où nous vivons, ainsi que le fait que l’opposition sociale est en grande partie cooptée dans le système, sur les épaules des personnes qui luttent au Rojava. Ce Rojava où l’économie est en grande partie agricole, et qui est entouré par des blocs impérialistes menés d’un côté par la Russie et de l’autre côté par les USA, par des régimes répressifs, réactionnaires et collaborateurs dans la région, ainsi que des organisations djihadistes brutales comme l’EIIS qui ont prospéré dans cet environnement. Dans ce sens, il est également problématique d’attribuer une mission au Rojava qui serait au-delà de ce qu’il est ou de ce qu’il peut être ou de blâmer ces gens engagés dans une lutte à la vie à la mort parce qu’ils attendent le soutien des forces de la Coalition ou qu’ils ne mettent pas en œuvre « une révolution à notre goût ».

En tout premier lieu, nous devons considérer que le processus au Rojava a des traits progressistes comme le saut important en direction de la libération des femmes, qu’on essaye d’y mettre sur pied une justice laïque et sociale, une structure démocratique pluraliste et que d’autres groupes ethniques et religieux sont impliqués dans l’administration. Cependant, le fait que la structure qui a récemment émergé ne vise pas à l’élimination de la propriété privée, c’est-à-dire à l’abolition des classes, que le système tribal demeure et que les chefs tribaux participent à l’administration, montre que le but n’est pas la suppression des rapports de production féodaux ou capitalistes mais plutôt selon leurs propres mots « la construction d’une nation démocratique ».

Nous devons aussi nous souvenir que le PYD est une partie de la structure politique dirigée par Abdullah Ocalan depuis 35 ans, qui vise à la libération nationale ainsi qu’aux limitations politiques que tous les mouvements orientés sur la nation ont aussi appliquées au PYD. En outre, l’influence d’éléments qui appartiennent à la classe dominante dans le mouvement kurde augmente constamment avec le « processus de solution », surtout en Turquie.

Sur ce point, il est utile d’examiner le Contrat du KCK définissant le confédéralisme démocratique qui forme la base du système politique du Rojava. Quelques points de l’introduction écrite par Ocalan méritent notre attention :

« Ce système prend en considération les différences ethniques, religieuses et de classe sur une base sociale » (…) « Trois systèmes juridiques s’appliqueront au Kurdistan : la loi de l’UE, la loi de l’État unitaire, la loi confédérale démocratique. »

En résumé, il est affirmé que la société de classe demeurera et qu’il y aura un système politique fédéral compatible avec le système mondial et l’État-nation. De concert avec cela, l’article 8 du Contrat, intitulé « Droits et Libertés Politiques de la Personne » défend la propriété privée et la section C de l’article 10 intitulé « Responsabilités de base » définit la base constitutionnelle du service militaire obligatoire en affirmant « En cas de guerre de légitime défense, comme une exigence de patriotisme, il y a la responsabilité de s’engager activement dans la défense de la patrie et des droits et libertés élémentaires. » Alors que le Contrat affirme que le but n’est pas le pouvoir politique, nous comprenons aussi que la destruction de l’appareil d’État n’est pas non plus visée, ce qui signifie que le but est l’autonomie au sein d’États-nations existants. Lorsqu’on considère le Contrat dans son intégralité, il est clair alors que l’objectif proposé ne va pas au-delà d’un système démocratique bourgeois qui est appelé le confédéralisme démocratique. Pour résumer, bien qu’il y ait une similitude entre les photos de deux femmes qui portent des fusils, fréquemment diffusées sur les média sociaux, l’une prise durant la guerre civile espagnole, l’autre prise au Rojava, similitude dans le sens où ce sont des femmes qui luttent pour leur liberté, il est clair que les personnes qui combattent l’EIIS au Rojava n’ont pas à ce stade les mêmes buts et idéaux que les ouvriers et les paysans pauvres qui ont lutté au sein de la CNT-FAI afin de vraiment supprimer l’État et la propriété privée. En outre, il y a de sérieuses différences entre les deux processus quant à leurs conditions d’émergence, aux positions de classe de leurs sujets, aux lignes politiques de ceux qui organisent le processus et à la force du mouvement révolutionnaire mondial.

Dans cette situation, nous ne devons ni être surpris par, ni blâmer le PYD s’ils sont forcés d’abandonner jusqu’à leur position actuelle pour fonder une alliance avec les pouvoirs régionaux et mondiaux pour briser le siège de l’EIIS. Nous ne pouvons pas espérer des personnes qui luttent à Kobane qu’ils abolissent l’hégémonie du capitalisme à l’échelle mondiale ou qu’ils résistent longtemps à cette hégémonie. Cette tâche ne peut être réalisée que par un mouvement de classe mondial fort et par une alternative révolutionnaire.

Le capitalisme est en crise au niveau mondial et les impérialistes qui essaient de transcender cette crise en exportant la guerre à chaque coin du monde, conjointement avec des politiques de régimes répressifs dans la région, ont transformé la Syrie et l’Irak en un véritable enfer. Dans les conditions où une alternative révolutionnaire n’existe pas, le soulèvement social qui a émergé en Ukraine contre le gouvernement prorusse et corrompu s’est soldé par l’arrivée au pouvoir de forces pro-européennes soutenues par des fascistes tandis que la guerre entre deux camps impérialistes continue. Le racisme et le fascisme croissent rapidement dans les pays européens. En Turquie, les crises politiques se succèdent les unes après les autres et les divisions ethniques et sectaires dans la société s’approfondissent. Bien que dans ces circonstances, Rojava peut apparaître comme une main courante à laquelle se raccrocher, nous devons considérer qu’au-delà du siège militaire de l’EIIS, le Rojava est aussi sous le siège politique de forces comme la Turquie, Barzani et l’Armée Syrienne Libre. Tant que le Rojava ne sera pas soutenu par une alternative révolutionnaire mondiale et qu’il puisse se reposer dessus, il semble qu’il ne sera pas facile pour le Rojava de même maintenir à long terme sa position actuelle.

La voie, non seulement pour défendre le Rojava physiquement et politiquement et de le soutenir davantage, réside dans la création d’un terrain de classe afin d’organiser la lutte et d’une alternative révolutionnaire forte et mondialement organisée qui lui soit liée. La même chose est d’application pour empêcher la spirale de conflits ethniques, religieux et sectaires qui aspire davantage les peuples de la région jour après jour, et pour empêcher des travailleurs de glisser dans le radicalisme de droite face à la crise du capitalisme au niveau mondial. La solidarité avec Kobane, bien qu’importante est insuffisante. Au-delà de cela, nous avons besoin de comprendre que discuter ce qu’il est nécessaire de faire pour créer un processus révolutionnaire, et s’organiser pour ce faire au niveau international partout où nous sommes, est impératif non seulement pour ceux qui résistent à Kobane mais aussi pour des millions de travailleurs dans le monde entier.

Source en anglais : http://servetdusmani.org/rojava-fan... Traduction française : Třídní válka # Class War # Guerre de Classe

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Quelques commentaires sur la « Révolution au Rojava » Mardi, 30 décembre 2014 @ 04:03 PM CST

Les récents reportages de témoins oculaires comme Janet Biehl, David Graeber et autres depuis le Rojava confirment deux choses :

1) La révolution économique y est encore plutôt modeste. Cela est davantage confirmé par une interview de RojavaReport avec un ministre de l’économie au Rojava qui veut que toutes les coopératives puissent concurrencer le capital privé. Il admet aussi que « avec le début de la révolution… il était même interdit de forcer une caisse ».

2) La révolution féministe a aussi été modeste. Les hommes prédominent toujours dans les rues comme sur les lieux de travail. Et, comme le site Web du PKK le montre, la théorie féministe de l’organisation provient plus des pensées de son patriarche, Abdullah Ocalan, que d’un quelconque mouvement féministe indépendant. En outre, il est peu probable que l’autonomisation des femmes provenant de leur engagement – ou de leur enrôlement de force – dans la milice puisse faire long feu. Comme lors de précédentes guerres révolutionnaires, elle sera inévitablement contredite par la déresponsabilisation due à l’obéissance aux ordres, conjuguée à la brutalité et au traumatisme de la guerre.

Peut-être que cette révolution modeste, c’est mieux que rien. Mais il est difficile de voir comment une telle révolution pourrait bien inspirer le nouveau printemps arabe qui est nécessaire pour renverser l’EIIS ainsi que leurs soutiens saoudiens, qataris et turcs. La révolution du Rojava, avec son « identité kurde radicale » et son bizarre culte semi-religieux autour d’Ocalan, aura toujours un attrait limité pour les Arabes. Seule une révolution qui offre clairement la perspective de communiser TOUT le capital privé et étatique du monde arabe (c.-à-d. l’immense richesse pétrolière) pourrait commencer à rivaliser avec l’appel de l’Islam.

Le PKK/PYD était peu disposé à se joindre au soulèvement anti-Assad en 2012 et est maintenant tout autant hésitant à renverser la propriété privée. Au contraire, après s’être allié avec la dictature meurtrière d’Assad dans le passé, il s’allie maintenant avec les USA et leur campagne de bombardement meurtrière. Cette campagne a pu sauver Kobane mais elle a aussi probablement encouragé encore plus d’Arabes à se méfier des Kurdes et à s’engager dans l’EIIS. Et cela pousse maintenant la région encore plus loin dans un bain de sang inter-impérialiste.

La délégation en visite au Rojava n’a jamais rencontré le politicien dirigeant du PKK/PYD, Saleh Muslim – peut-être parce qu’il était retenu dans une réunion plus importante avec des diplomates américains. Cette réunion a dû discuter le fait que le PKK/PYD essaie maintenant de travailler avec d’autres partis kurdes plus bourgeois – un arrangement qui peut avoir été une condition à davantage de soutien américain.

De toute évidence, le seul espoir pour le prolétariat kurde, c’est le renversement de TOUS les partis politique kurdes – y compris les technocrates des classes moyennes du PKK/PYD. Et une telle révolution authentique exigera inévitablement une source d’inspiration provenant de soulèvements prolétariens ailleurs.

Un tel scénario peut paraître incroyablement optimiste. Mais c’est probablement plus réaliste que l’espoir apparent de David Graeber de voir un jour l’État capitaliste du Rojava et sa police s’éteindre et disparaître on ne sait comment, une fois que les gens auront été formés à faire la police eux-mêmes !

 

Source en anglais : http://news.infoshop.org/article.ph... Traduction française : Třídní válka # Class War # Guerre de Classe

 

 

 

 

 

Place des femmes, rôle de la police, travail salarié, religion, alliances stratégiques, finalité révolutionnaire...
Quelques questions critiques sur la Révolution au Rojava traduites par Třídní Válka .

Il y a près de 100 ans, le journaliste américain Lincoln Steffens visita l’Union soviétique et proclama : « J’ai vu le futur, et ça fonctionne. » 
Depuis lors, les gauchistes ont continué de se leurrer, non seulement à propos de l’Union soviétique, mais aussi de la Chine, Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et ailleurs. Après un siècle de telles illusions, il est crucial que nous n’hésitions pas à poser des questions critiques sur chaque révolution – même si cette révolution est menacée par une contre-révolution brutale.

VOICI DONC QUELQUES QUESTIONS CRITIQUES POUR LES PARTISANS DE LA RÉVOLUTION AU R

OJAVA : 

 

Les femmes seront au premier plan de toute véritable révolution sociale et la participation des femmes dans la révolution au Rojava est certainement frappante. Mais les staliniens désabusés ont souvent utilisé le féminisme comme une excuse pour abandonner la politique de classe. En effet, les dirigeants du PKK disent que « la libération des femme est plus précieuse et significative que la libération des classes » et le patriarche du PKK, Abdullah Öcalan, soutient que la guerre de classe « a touché à sa fin " .

Alors, comment des femmes kurdes des classes inférieures peuvent-elles rompre avec le PKK et s’émanciper vraiment ? N’y a-t-il au Rojava aucun mouvement de femmes qui soit véritablement indépendant de la direction du PKK/PYD qui est en grande partie issue de la classe moyenne ? Si, comme le proclament des témoins oculaires, les hommes continuent de prédominer dans les rues et sur les lieux de travail, comment les femmes peuvent-elles changer cette situation ?

Le rôle des femmes dans la milice du PKK/PYD est également frappant. Mais qu’y a-t-il de si révolutionnaire que d’être recruté (ou enrôlé de force) dans une armée, d’obéir aux ordres et de subir le traumatisme du combat ? Le recrutement de femmes soldats n’a pas réussi à mener à la libération des femmes à long terme dans d’autres soulèvements nationalistes tels que la révolution sandiniste. Pourquoi cela devrait-il réussir au Rojava ?

Les recrues de la milice reçoivent à la fois « une formation militaire et une éducation politique sur les opinions écologiques et politiques d’Abdullah Öcalan. »

Si le PKK a rompu avec le stalinisme, pourquoi son site très sectaire fait-il plus que jamais l’éloge d’Abdullah Öcalan ? Où y a-t-il de claires excuses pour les meurtres commis par le PKK de tant de ses opposants et dissidents de gauche ? Où y a-t-il des excuses pour ses nombreuses années d’alliance de facto avec la dictature meurtrière d’Assad ?

Dans les années 1990, Öcalan s’est vanté que «  Je suis l’homme le plus fort du Kurdistan, et le peuple me considère comme un prophète  ». Plus récemment, il a recommandé que « [Murray] Bookchin doit être lu et ses idées… mises en pratique  ».  Bien que Saleh Muslim, le leader du PYD, affirme qu’il est contre le fait de dire aux gens ce qu’il faut faire, il a également dit : « nous appliquons la philosophie et l’idéologie [d’Öcalan] en Syrie.  » Et comme des témoins oculaires le confirment, «  il y a des portraits d’Öcalan partout [au Rojava]. » Une révolution véritablement radicale est impossible à moins que les gens ne pensent par eux-mêmes. Alors, comment le prolétariat au Rojava peut-il rompre avec le culte de la personnalité d’Öcalan ? ]

Un chef de la police du PKK/PYD a affirmé que la police au Rojava a l’intention d’un jour s’auto-dissoudre . Mais la police moderne a été inventée dans les années 1800 afin d’imposer la propriété privée et le travail salarié. Assurément, elle ne peut être éliminée que par l’abolition complète tant de la propriété que du travail salarié !

Des détenus d’une prison au Rojava.

A la différence des proclamations radicales du chef de la police, il y a beaucoup d’autres affirmations concernant la répression violente par la police du PKK/PYD. Ces allégations sont-elles simplement de la propagande anti-PKK ? Il y a également des accusations selon lesquelles de nombreuses organisations « populaires » au Rojava ne sont que des façades pour le PKK/PYD qui, avec leurs milices, détiennent une grande partie du pouvoir réel . Même si ces affirmations sont exagérées, comment des assemblées populaires locales peuvent-elles, avec presque aucune ressource, avoir un quelconque pouvoir réel, à moins qu’elles ne commencent à socialiser ou à communiser plus la propriété privée ?

Malheureusement, la révolution économique au Rojava a été plutôt modeste jusqu’à présent. Un ministre de l’Économie a déclaré que : « Avec le début de la révolution… il a même été interdit de casser une caisse  ». Il a également dit qu’il voulait des coopératives qui rivalisent avec le capital privé]. Dans cette situation, comment le travail salarié dans les coopératives du Rojava est-il moins aliénant ou misérable que tout autre travail dans la société capitaliste ?

Le chef du PKK/PYD, Saleh Muslim, rencontre le « néocon » étatsunien Zalmay Khalilzad.

Un nouveau printemps arabe est désespérément nécessaire pour renverser à la fois l’EIIS et ses bailleurs d’Arabie Saoudite, des pays du Golfe et de Turquie. Comment la révolution au Rojava peut-elle, avec son « identité kurde radicale » et son étrange culte semi-religieux autour d’Öcalan, toujours inspirer la majorité des Arabes ? Assurément, seule une révolution qui offre la perspective de partager et de communiser TOUT le capital privé et étatique du monde arabe (c’est-à-dire son énorme richesse pétrolière) pourrait commencer à rivaliser avec l’appel de l’Islam ! (Une telle révolution véritablement radicale peut sembler une perspective impossible. Mais comme la crise du capitalisme continue, elle ne peut que devenir plus possible.)

En décembre 2014, tandis que des fonctionnaires subalternes du Rojava rencontraient les militants américains Janet Biehl et David Graeber, le haut responsable du PKK/PYD, Saleh Muslim, discutait de collaboration militaire avec le « néocon » étatsunien Zalmay Khalilzad. (En tant qu’ambassadeur américain en Afghanistan et en Irak, Khalilzad a orchestré l’occupation des deux pays – occupations dont la corruption et la brutalité ont provoqué un large soutien aujourd’hui pour les talibans et l’EIIS.).

Incapables d’inspirer la révolution dans le monde arabe, le PKK/PYD a plutôt choisi de s’allier avec les États-Unis. Mais cette alliance ne va-t-elle pas encourager plus d’Arabes à se méfier des Kurdes et à rejoindre l’EIIS ? Ne va-t-elle pas pousser la région encore davantage dans un bain de sang inter-impérialiste ? Bien qu’à court terme, l’intervention occidentale peut parfois aider certaines personnes, n’a-t-elle pas à long terme, de la Palestine à l’Irak et à la Libye, toujours conduit à une catastrophe encore pire ? (Et le PKK/PYD est-il déjà en train de faire des concessions – comme par exemple en invitant d’autres partis kurdes plus bourgeois à gouverner conjointement le Rojava – afin de maintenir le soutien occidental ?)

Il y a exactement 100 ans, la plupart des gauchistes d’Europe soutenaient l’un ou l’autre camp durant la Première Guerre mondiale au motif que chacun se battait en quelque sorte pour la démocratie et le socialisme. Depuis lors, les gauchistes ont pris parti dans pratiquement chaque guerre inter-impérialiste pour des raisons similaires. Après des dizaines de millions de morts, et peu de succès dans le renversement du capitalisme, ne devrions-nous pas envisager plus avant une meilleure attitude que de prendre parti dans les guerres inter-impérialistes barbares ?

Quelles que soient les bonnes réponses à toutes ces questions, beaucoup de gens au Rojava sont véritablement en train d’essayer de transformer la société dans des circonstances très difficiles. Nous avons certainement besoin de nous opposer à l’embargo du Rojava et d’exiger l’ouverture des frontières pour tous les réfugiés. Mais notre priorité doit sûrement être de trouver comment la révolution peut advenir ici, en Occident – une révolution qui serait un complément indispensable à toute révolution victorieuse au Moyen-Orient.

Source en anglais : http://libcom.org/library/%E2%80%98i-have-seen-future-it-works%E2%80%99-%E2%80%93-critical-questions-supporters-rojava-revolution

Traduction française : Třídní válka # Class War # Guerre de Classe

 

 

 

 

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  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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