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Les bio transies

 

 

 

Voilà un texte déjà un peu vieillot que quelques demandes m’ont incité à exhumer de sa tanière à la page douze ou treize de ce blog. Je suis toujours d’accord avec l’approche résolument dissolvante et bas les pattes qu’il prône, même si je fais plus dans le systémique désormais. L’important est de ne pas se laisser prendre au revendicationnisme et à vouloir les formes de ce monde qui engendrent précisément les arnaques, les violences et les écrasements en question. Revendicationnisme où nous nous laissons toutes engluer, arnaqueuses et arnaquées. Quelle piètre compagnie !

Vendredi 13

 

C'est un des exercices amusants qui plaît souvent en début de transition, lorsqu'on circule sur les routes, de relever les raccourcis épatants que figurent les noms et logos d'entreprises de transports sur les camions et autres utilitaires. On s'en lasse petit à petit, à mesure que l'on découvre qu'on n'a certes pas ouvert la porte des félicités. Mais quand même, ça passe des moments, comme quand on était gosses, à répertorier les numéros minéralogiques de départements.

Un des plus célèbres à ce palmarès est biotrans, qui adorne des camionnettes avec des couleurs vives de martin-pêcheur.

Ce qui me ramène à une problématique certes pas nouvelle, bien ressassée même, mais dont l'obstinée survivance et régénération dans les faits mérite qu'on y revienne. Celle des bio qui se font, plus ou moins, passer comme trans. Ou comme « indéterminéE », mais du coup un peu trans aussi ou quand même, pasque c'est ça le but.

Je le dis brut de décoffrage comme ça. J'en ai marre de l'hypocrisie et des circonlocutions bien-pensantes pour éviter de fâcher. Pasque ça fâche, j'aime autant vous le dire. On est un certain nombre à en avoir fait l'expérience plus ou moins rude et amère. Et avec très souvent la même réaction : « on est trop durEs ». Chez celleux qui se veulent sociologues on est « essentialistes ».

Alors là pouet pouet, dis-je. L'essentialisme, mal ou bien-pensant, je le vis et l'ai vécu dans les faits, qu'on puisse par exemple se permettre absolument n'importe quoi et le pire envers zizigue ; la signification indubitable en étant que, trans et par dessus le marché inabordable, inachetable aussi, je ne vaux rien, ne coûte rien sur ce même marché politico-relationnel qui est la vraie et je crois même désormais l'unique raison socialedu mouvement féministe contemporain et « de genre » en général. La dureté je crois pareil – ce sont des personne qui vivent dans de bien douillets cocons collectifs qui vous renvoient ça. Gracieux.

Donc, ça me fait assez mal au ventre que les gélatines de ce milieu le renvoient opportunément quand elles sentent que leur intérêt de croissance relationnelle pourrait être mis en question. Car le but est là : être le plus de choses possibles, représenter le plus de légitimitéspossible, pour ratisser large et s'en mettre plein la lampe, plein la maison et si possible plein le plumard. Puisque c'est la valeur d'échange et de richesse désormais en vigueur chez toutes celles qui entendent bien ne pas être ringardes.

Rien que pour ça d'ailleurs, sans même aller plus loin, la notion de légitimité, cultivée en véritable agro-industrie dans ce milieu, est devenue elle aussi une parfaite imposture ! Je me fiche de ce que les gentes sont ; ce qui m'atteint est ce qu'ellils font. Je me fiche qu'on se déclare trans, freak, etc. ou pas, pourquoi et à la suite de quoi ou pas. Mais il y a ce qu'on fait (et aussi ce qu'on évite de faire...) avec. J'ai bien dit « avec » - puisque nous sommes désormais à nouveau dans un monde où on n'agit ni ne parle « qu'en tant que ». Et qu'on s'en sert, et que ça use.

Je dis « biotrans » pour désigner le phénomène. Je conçois bien que c'est défectueux comme terminologie, mais que faire avec quelque chose qui a autant de noms qu'il veut ? On a eu aussi « freaks », pour essayer de croire à une communauté d'intérêts dont je doute fortement. On s'est rajouté des k à droite et à gauche. Ça aussi la symbolique exotisante et viriloïde du k, en pleine croissance, il faudra en parler un de ces jours. Etc.

Des fois, je dis pas, c'est sympa, et puis les transitions se font pas toujours d'un coup, mais d'autres fois ça sent nettement l'utilisation et pour tout dire l'imposture.

 

Imposture. J'y viens. Se mettre à la place de. C'est étrange ce « se mettre à la place ». Ça n'a l'air de rien, on se dirait même, boh, où est le mal ? Et cependant, au delà même de tous les débats de préséance en cours sur les « places sociales » et leur savant organigramme, eh bien cet à la place de déclenche un peu partout et toujours des catastrophes. Déjà sans doute parce qu'il n'y a pas moyen d'être plusieurs par place, et que l'une expulse l'autre dans le non-être. Mais peut-être aussi parce finalement les places ont peut-être un sens et pour tout dire une réalité, et qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec la réalité, si (dé)constructiviste soit-on. Hypothèse contre-révolutionnaire s'il en est, et que je porte désormais avec allégresse. Il en faut bien.

Nous, les trans, sommes un des archétypes de l'imposture du moment. Y a guère plus imposteurEs que les trans, et notez bien que je le dis sans aucune ironie. C'est au-delà de l'illégitimité. Non seulement ça n'existe pas mais ça prend la figure de ce qui existe (ne nous voilons pas la face !). Même des fois de ce qui existe en pire. On fait souvent comme si on était sortiEs de la cuisse de je ne sais qui, et qu'on était désormais au-dessus des débats "binaires". Mon oeil !

En tous cas c'est prodigieux comme la légitimité absolue, celle des bio, l'en-soi et l'intégrité, la vérité quoi, faites personnes, l'antithèse de l'imposture, eh bien arrive à faire encore son beurre de cette même imposture trans, gagne quelque chose à y venir tremper sa nouille ! C'est renversant. C'est comme dans le capitalisme, même les ordures, même ce qui n'existe pas engendre de la valeur, au contact intime et quelque peu intrusif de la puissance et de la richesse !

Ou alors, j'en reviens-là : abolissons les trans, abolissons-nous, (du coup, on abolira également les bio qui se font passer pour). Des fois je me dis que toute la grande vague trans qui a déferlé à partir de la fin des années 90, et dont je suis, est juste une entreprise de valorisation sociale de plus, de valorisation d'un domaine jusque là négligé. Et qu'on n'a rien à dire s'il y en a après qui nous collent au derrière pour essayer d'en profiter un peu. Peut-être ce qui me chagrine est qu'ellils en profitent en fait beaucoup, l'ambiguité étant à la mode. Et qu'on s'est fait avoir, avec notre espèce de rectitude débile dans la transition.

 

Cela dit, pour le moment, je suis furaxe, et j'en reste à ce que j'écrivais avec un reste d'espoir il y a un an et quelque à une personne, une bio rhônalpine charismatique, qui a, on peut le dire, plus qu'abusé de moi et aussi d'autres, en se servant précisément de sa « freakitude » et pseudo-transitude. C'est une arnaque inégalitaire sans nom que jouer les trans ou les semi-trans avec les trans, et devant le reste du monde. De fait, l'unique but et résultat visé est de récolter à la fois les dividendes de la biotitiude, et sa légitimité tous azimuts, sans limites et sans phrases, et d'autre part les épices de la transitude, histoire de ne laisser échapper aucun plaisir ni aucune présence. Cet avertissement a été plus que vain, et même ma perte, cette personne entendant bien continuer à n'importe quel prix, comme d'autres, sa retape. On l'a vue encore il y a quelques jours faire un joli coucou avec son plus doucereux pseudonyme sur diverses listes, notamment trans. Histoires de répandre un peu de glu mélangée à la bouillie prétexte qu'elle « faisait suivre », pour en attraper de nouveau quelques unEs. Lassée, je n'ai pas eu l'esprit de réagir ; mais je le ferai la prochaine fois, qui ne manquera évidemment pas d'arriver. Quand on a été coulée, on se doit encore de servir de falot, hissé sur l'épave, pour avertir des naufrageureuses.

Ah c'est une belle biotrans, elle, un des spécimens les plus réussis, les mieux documentés et qui donne même le plus l'illusion de la singularité bienveillante. J'y ai été bien prise moi-même. J'ai été une de ses victimes, et je crois avoir été la seule à oser le lui dire à la fin en face, à exiger et espérer un changement, comme à reprendre ses copines t...philes sur leur empressement (pour rester polie). J'ai payé épouvantablement cher cette outrecuidance, parler en égale à une bio ! (Beh oui, là la biotrans retrouve d'un coup sans scrupule aucun toute sa stature et sa puissance de bio, invoque ses mânes et ses vestales, et vous foudroie). Sa vengeance prophylactique, sentant venir le roussi d'une remise en cause carabinée, n'a pas été moindre que de détruire, et surtout faire détruire par quelques sycophantes à ce apostées, ma vie sociale et même intérieure, comptant à juste titre sur la lâcheté féministe envers nos angoisses fétichisées, et la révérence envers son statut de grande ancienne pour que ça passe comme du petit lait. Histoire de pouvoir tranquillement continuer à engranger les profits de son ambiguité intéressée. Elle a même réussi à me purger d'une forte somme, confiée pour un projet commun. La main de la bio dans la poche de la trans, quoi. Sachant que ladite bio est une riche héritière (si, si, ca existe ailleurs qu'à la télé), qui vitupère les "bourges" à longueur de journée... La réalité dépasse la fiction. 

C'est là qu'on voit ce qui compte réellement dans le milieu alterno-féministe ou lgbt, que les rapports de pouvoir y sont pointilleusement les mêmes qu'ailleurs, et défendus avec autant de mauvaise foi par une carapace de silence traversé d'opportunes rumeurs aux cibles savamment sélectionnées. Le tout baignant dans un cynisme sans fond. 

Les biotrans y sont comme des poissons dans l'eau. Il va de soi que ces personnes sont généralement également transphiles, c'est à dire dans un certain nombre de cas abusent quelque peu de trans, et ce de manières pas très diverses (que peut-on faire avec une trans, sinon coucher ou se montrer avec, comme tout le monde à relationnoland ?). C'est bien sûr aussi ce que font bien des bio pas « trans » du tout. Mais bon, de toute façon, dans un monde de rapport de force, de valorisation conditionnelle et de cul il serait stupide de s'en formaliser en soi ; ou on remet tout ça en cause ou on la ferme... Marre de la larmoyance dramatique, comme si les abus étaient une anomalie dans un pareil cadre !

 

(C'est marrant – si l'on peut dire : je suis persuadée que nous sommes finalement assez nombreuses, les mtfs en tous cas, à subir notre « biotrans », ou notre « transphile », notre crocodile larmoyantE, notre loutre venimeuse. Mais que nous le disons rarement, déjà parce que c'est dangereux, ces personnes détenant souvent les clés de nos vies ; mais aussi par désespoir et par cette honte, cette impossibilité d'accès à nous-même, dont je causerai plus loin).

Je me suis faite aussi agresser à diverses reprises par des docteures du milieu, lorsque j'avais à l'occasion soulevé la question ; celles-là n'ont pas été les dernières à se réjouir des charretées de saloperies que la première avait commandées à grands frais pour m'ensevelir, et la question avec.

Tout ça pour vous dire ce qui peut vous arriver, petite trans facilement séductible, avec les crocodiles charismatiques.

 

Cette ambiguité intéressée équivaut tout simplement à participer à la vampirisation et à l'expropriation des personnes trans. Dans le monde tel qu'il est. On en arrive des fois à ne plus savoir qui on est, sachant que déjà ce n'est pas la gloire entre nous, avec toutes les hiérarchies qui tombent sur les épaules de nous qui postulons à l'existence, dans un monde où elle nous sera toujours déniée, ou au mieux octroyée conditionnellement. Hiérarchies qu'au reste nous ravivons entre nous avec entrain. Voir ce que j'en ai écrit dans Chimères et coquecigrues. Mais alors quand nos amies s'en mêlent, se proposent, s'infiltrent, alors là... Plus personne. Plus aucune capacité à reconnaître ni à se reconnaître, tout étant préempté par la machine d'avalement, qui fait un drôle de mic-mac à moitié identitaire, à moitié relationnel, selon les catégories en vigueur de nos jours. Mais un désert sûr et certain en langage clair et non châtié.

 

Le plus drôle est quand ces bio nous apprennent dans le détail ce qu'on est, d'où on vient et où on va, nous déroulent le catéchisme. C'est arrivé plus d'une fois. Mais ce n'est pas moins scabreux quand elles font au contraire mine de s'étaler pour nous lécher les pieds, ou les bottes, ou les sandales, selon que (mais gratuitement, faut quand même pas pousser !). Ou enfin quand elles jouent la partition du « je suis un peu trans moi aussi » (ça c'est surtout envers les ftms, j'ai bien des fois fait remarquer que la travelottage pseudo mtf, euh, c'était quand même plus risqué et moins esthétique, et que ça rapportaitet donc attirait moins, héhé).

Mais enfin non, ce n'est justement pas drôle. C'est odieux. C'est blessant. Ça fait partie de ce que je ne nomme plus autrement que le foutage de gueule qui sous-tend toute l'idéologie performative et la nouvelle bien-pensance. Le cynisme le plus éhonté, au sens strict de ce dernier terme, et qui s'appuie sur les plus étonnantes démonstrations pour huiler l'abattoir social.

Éhonté, tiens, voilà. Dépourvu de honte. Je ne dis même pas de capacité à la honte, de vergogne, mais qui s'en est débarrassé. Or, je reviens à ce qui me semble une vérité fondamentale, c'est que le monde n'est pas infini, et que la « solidarité », si j'ose dire, est par force. Si quelqu'une ne veut pas porter un truc elle le met ipso factosur les épaules d'une autre, par un principe qui dépasse le loin le mécanisme des (dé)constructivistes. Et si elle se l'accapare, eh bien elle le retire idem à autrui. Ce qui est vérifiable partout et quotidiennement, notamment depuis que nous sommes sortiEs des ténèbres moyenâgeuses où l'on avait encore quelquefois quelque scrupule à ce sujet. Et invalide copieusement ce que m'a répété expressis verbisdurant des années et des années la bio évoquée plus haut, cynique et avide, ressassant l'effroyable principe naguère élucidé par Guizot (« Enrichissez-vous ! »), qu'il était à terme bon pour toutes (!) que les plus puissantes  (on dit les plus "avancées" chez ces gentes là) jouissent sans entrave, accaparent les biens, s'exonèrent des peines et élargissent le monde. On a bien vu la profonde pertinence de cet axiome infâme, depuis par exemple les caravelles de Collomb et leurs extraordinaires conséquences...

Et donc la honte aussi, qu'on a cru bien commodément liée à la culpabilité, simple sous-produit d'icelle, est objet de cette correspondance, comme tout ce qui compted'ailleurs. Celles qui n'en veulent mi en rajoutent aux autres, les bonnes consciences épaississent les ténèbres. Mais la honte n'a rien à voir avec la culpabilité, hormone fort prisée depuis quelques années chez les militantEs à tête chercheuse, et qui sert justement à se valoriser au bon endroit. La honte, c'est de ne pas pouvoir se contempler. Si on prend la définition de W. Benjamin, elle serait l'antithèse du bonheur, qui consiste selon lui à « pouvoir se regarder sans effroi ». Mais je crois que ça pêche un peu parce que la honte n'est pas de se regarder avec crainte, ce qui est sans doute un exercice de bdsm moral fort prisé des susdites bonnes consciences en voie de « déconstruction », à leurs moments perdus où lors de leurs retraites spirituelles. Non, la honte c'est de ne voir personne là où on devrait être. La honte c'est quand tout a été spolié et sucé. Et c'est le cas des trans qui ont subi l'abus de bio très inclusives qui, en plus d'abuser directement, leur ont même arraché le peu et le pas très beau qu'ellils étaient. Par ce jeu de bonneteau d'être ou de se laisser croire l'un ou l'autre, selon les intérêts du moment.

J'ai aussi fait remarquer que ce privilège, pour user encore d'un terme du bêtisier contemporain, leur était réservé. Les trans ont fort, fort rarement la latitude d'être tout à fait bio en figure et en reconnaissance (ça arrive à quelques, qui passent super bien et en se cachant). En tous cas il leur est alors évidemment impossible de jouer sur les deux tableaux, si leur transitude réapparaît, même fugitivement, sont trans, bien trans, restent trans. Point.

Donc, la honte, c'est pour nous, les lépreuXses. Encore et toujours. La honte, c'est à dire le rien et l'anéantissement, plus ou moins poussé selon notre docilité et notre abordabilité.

La honte est en fin de compte de ne plus pouvoir habiter chez nous, de n'avoir plus accès à nous même et au peu qui nous revient, parce que les crocodiles avides se le sont adjugéEs en entrant en nous-mêmes. En tout bien tout honneur, avec notre consentement – ah, tiens, le consentement, encore un des mensonges cyniques de la bienséance alternote ! Comment ne pas consentir à toutes les conditions de celles qui détiennent le réel, eh ? C'est comme d'aller faire un emprunt à la banque... Puisque la pauvreté, encore une fois, entraine l'anathème perpétuel et la déshumanisation pratique.

En somme, et comme on paie pour les biotrans, on en arrive à avoir honte pour elleux, à au moins deux sens du terme. C'est effrayant quand on y fait bien attention. Et ce n'est même pas toujours un acte de volonté. C'est dingue comme ce monde mécaniste et déterministe, voire prédéterministe, a dévalorisé celle-là.

Il faudrait écrire une monographie de la honte et de son rôle, voire de son utilité, puisque nous sommes dans le règne de l'utilitarisme et de l'efficacité ; et en tous cas de sa répartition !

 

Voilà pourquoi je rabâche, moi aussi, comme l'affirment devoir faire les militantes les plus chevronnées, sur ce point précis qu'il y en a marre des biotrans et de leur omniprésence obsédante, comme de leur pouvoir charismatique évident et collant. On peut me dire ce qu'on voudra des identités et de leur foire infinie. Pour ma part j'en suis revenue, je ne le cache pas, aux conditions. Nous sommes et vivons dans des conditions, au sens ancien du terme. La condition de chacunE. Ces conditions ne sont pas en nombre infini. Et elles sont dramatiquement soumises aux lois de cette solidarité de fait et de force dont je parlerai de plus en plus souvent. La seule manière de retrouver quelque liberté, ce mot antédiluvien, serait d'abandonner quelque chose, quelques prétentions, faire de la place quoi, mais c'est tabou. Seule la prise de pouvoir est un objectif valable, comme disent sirupeusement nos grandes têtes à claques de la réclamation. Coming to power. Yes. On voit ce que ça donne... Un cynisme ricanant.

 

Il faudrait aussi causer de l'arnaque inévitable, bonnes intentions ou pas, de la « présence » de trans dans des groupes foncièrement bio. Donc foncièrement humains, puisque l'humanité est une échelle de Jacob, et même une échelle tout court. Là aussi le dépouillement et le mensonge sont remarquables. On pourrait dire que tout le monde ment et se ment, les bio bienveillantescomme la trans qui pantèle de joie de se sentir enfin humaine. Mais à la fin il n'y en a qu'une qui paie, comme c'est singulier, pour ce mensonge. Comme l'âne dans la fable de la Fontaine, tout le monde a la peste mais y en a qu'unE qui crève, et ce dans la plus grande légalité, pour ne pas dire dans l'évidence qui suinte de la légitimité en décomposition.

 

Pfff... Que faire ? On peut se dire évidemment vite fait que la « non-mixité » la plus rigoureuse s'impose. Mais voilà, comme toutes ces clés à douille agitées frénétiquement depuis quinze ans par les mouvements de genre, je crois que, par l'attitude même qu'on a eu envers cette notion, elle est devenue inutilisable en l'état. C'est fou et incroyable ce que nous avons finalement gâché de possibilités en faisant tout rentrer dans les boîtes d'une bonne intention qui cache plus mal que jamais les enjeux réels d'accroissement, de profitage, et consécutivement de cannibalisme et de malveillance qui font l'atmosphère de l'enfer féministe. Pour ma part je crois hélas à l'irréparabilité de la chose. Il n'y a que les agentEs d'assurances qui croient qu'on peut réparer. C'est cassé, cassé. Pourri et empoisonné même. Au mieux, il faudrait un très long temps de remisage et d'inutilisation pour avoir une chance de pouvoir un jour s'en resservir. Ainsi qu'une mise au jour de l'économie souterraine et niée qui structure ces milieux. Il faudrait déjà le vouloir. Et ça ne sera pas pour nous, parce que la vie est brève – mais je parle évidemment là dans les nuages, ce rêve cru sur parole que nous voulions réellement changer des choses, qu'on me passa dans le cartilage du nez comme un anneau vers ma vingtième année. Et qui quelquefois me traîne encore.

Bref, une fois de plus, je crois que si nous voulons réatteler une autre charrette que la reproduction cynique de l'accumulation et de la spoliation, il nous faudrait aller retrouver quelques barrières ringardes, qui ne se targuent pas de rapporter. Mais à qui parlé-je ici ? Certainement pas aux biotrans. Ni à beaucoup d'autres, des qui puissent se reconnaître en tous cas.

 


 

 

 

Un peu, beaucoup... pas du tout !

 

 

Ce n’est pas d’aujourd’hui, mais ça prend, comme qui dirait, de l’ampleur. De plus en plus fréquemment, dans le monde merveilleux de l’identification forcenée où nous nous réveillons un peu plus enfoncées chaque matin, quand une personne bio se cherche, se trouve, se découvre un truc quelconque, un bouton, un fantasme, une casquette qui lui a poussé sur la tête, un k qui est venu relever son pseudo, une idée qui lui semble un peu trouble, irisée, arquencielesque, comme du gazole dans une flaque, hop, tombe en deux minutes et demi dans son esprit émerveillé the question, la seule l’unique : « ne serais-je pas un peu trans ? »

Beh oui, il faut bien dire que parmi nos utilisations sociales, il y a, depuis que la valorisation passe par identité, diversité, subversion et désir, celle qui fait de nous un domaine-réservoir pour les fantasmes les plus éculés comme les plus in, les seconds étant une remasterisation des premiers. Dès que quelque chose paraît un tantinet bizarre ou tordu, jaillit, sur les fora par exemple, ou à pédégouinelande, la question fuse : « pensez vous pas que je suis un peu.. » ; quand ce n’est pas une affirmation qu’on nous impose. En plus on vient nous le demander – en fait, exiger notre certification.

 

Ah ça, si y a une seule chose que nous n’avons pas raté, c’est d’attirer l’attention, les projections douteuses. Désormais, la moindre fantaisie, surtout sexuelle (pasque nous sommes, n’oublions pas, hypersexuelles, eh ouais, là encore l’hypocrisie bio sur l’identité de genre ne tient guère, nous n’existons que comme perverses, sujets et objets sexuels) est rapportée à une possible, probable, espérée transitude partielle (toujours partielle, on verra ça plus loin). C’est incroyable l’exutoire que nous avons offert aux gentes, aux vraies gentes qui veulent s’en rajouter un peu. Si on n’existait pas il faudrait nous inventer. Nous sommes le lubrifiant de la machine désirante et jouissante que constitue la famille subversive et méta-consommatrice élargie, avertie.

 

Á décharge, ou plutôt à charge de toute une chacune, il faut considérer que nous-mêmes avons cru que bien des perspectives allaient sortir de ça ; qu’il fallait, que c’était là et pas ailleurs que les histoires personnelle et collective devaient se rencontrer ; nous avons finalement un peu beaucoup transitionné à la lemming, le nez dans le cul de la précédence, en espérant mais sans trop regarder précis, entre volonté de rompre quelque chose et sentiment de nécessité que nous nous gardions d’interroger. Nous avons promu le genre notre nouvelle frontière. Sans parler, hélas, souvent, de la résurrection de l’âme (celle qui est dans le mauvais corps – ce plénonasme idéaliste) – âme affligée d’un sexe, désormais, elle aussi.

Mais voilà, eh ben non, t’, c’est comme tout le reste, c’est un blend modérément modifié des mêmes essences. Des mêmes éléments dichotomes. On finit par s’en rendre compte. Autant nous avons été sincères autrefois sur nos volontés, autant nous sommes maintenant d’une silencieuse roublardise sur des échecs qui ne sont pas que nôtres : comment ne pas encore chuter en bourse, après cette culbute ? Chut ! Nan, franchement, trans, c’est une nouvelle bulle spéculative existentielle, gonflée concurremment par la com’reality tragique et grandiloquente de straightlande et la pensée politique que manipuler intensément le rubik’s cube des éléments sexués va faire apparaître vraiment du nouveau. Ce n’est rien de tout ça, ou plutôt ça ne l’est que pour ce que c’est, pas mal de vide – et ça aurait pu être autre chose, voire ça le peut encore, mais alors il nous va falloir changer d’approche.

 

Mais vous n’êtes tout de même pas aussi c…es que nous ? Eh ben si, faut croire, puisque c’est tout aussi lemminguement que vous faites la queue devant t’lande pour en obtenir des certificats de citoyennes d’honneur.

Á moins que vous ne soyez aussi roublardes ? Parce que derrière la facilité d’aller t’ifier dès que s’érige une excroissance quelconque, il y a évidemment le pourquoi social ; mais là, c’est pas la même chose pour les f-t’s et pour les bio. Pour les f-t’s, c’est billet direct pour l’isolement et la transploitation ; pour les bio, c’est prise de valeur et séduction.

Par ailleurs, et là aussi nous en avons fait le lit, si j’ose dire, par espoir comme par naïveté, la catégorie « trans », sans préfixe, supposée, on se demande finalement bien pourquoi quand on nous voit, quand on se voit, transcender quelque part la binarité – eh bien cette catégorisation est bien pratique, afin de gommer les aspects les plus, comment dire, râpeux, brutaux, tranchants, de la sexualisation. Ben non, là encore, restent agglutinées les formes assignées f et m. Non, il n’y a pas de t’s génériques, il n’y a pas d’échappée au carcan genré – ou s’il y en a, c’est très peu et je pense suffisamment discrètes. De ce point de vue, c’est aussi un ratage, nous n’avons rien dépassé. Nous sommes mêmes souvent à la traîne.

Nous, on le prend en pleine poire, on s’en racornit sur nous-mêmes ; les bio, plutôt, essaient de s’y étendre un peu au-delà de la ligne, juste un peu.

 

Tout est dans le un peu, qui leur est propre.

 

Hé oui, devenir trans' - et surtout transse, résolument, totalement, ben comment dire, ce serait quand même beaucoup demander, et dans le sens vers f perdre tout de même plein de friandises sociales, de safety. Alors on se demande, et on demande, si on est pas un peu, mais alors juste un peu, ce qu’il faut, ce qui est permis, avec l’espoir palpitant de se voir répondre mais oui ma poule. Par contre, si on se voit répondre que les histoire t’s sont déjà assez moches et chiantes pour ne pas se trimballer les envies élargies de pécho des bio, puisque à ça se résument souvent leur un peu de transitude, là, je vous dis pas les pelletées de m… qui reviennent. C’est qu’on n’est pas charitables, nouzautes.

 

Hé ben non, ça aussi je l’avais dit, et je le redis encore plus net, on n’est pas et on n’a pas à être charitables avec les bio qui nous parasitent, nous transploitent, nous violent et pour finir nous massacrent quand on a servi, ou qu’on veut plus servir. Les un peu t’s, qui aimeraient bien les avantages qu’elle supposent bien stupidement à notre situation, et qu’on soit pas là, sont parmi les pires crapules transploiteuses et abuseuses, les qui nous font crever. Définitivement, on n’est pas un peu t’. On l’est ou on l’est pas. Et ce n’est même pas une question d’être, c’est une question de fait.

C’est comme pour les choses et les faits, elles sont vraies ou fausses, pas un peu ci ou vaguement ça. Et tout ça ne dépend pas de nos ressentis ni de quelque ontologie que ce soit ; phénoménon, point. Ce que tu te prends dans la gueule, comment on te traite, ce dont tu profites, ce qui te revient et pas ; et tout le temps, pas juste celui des soirées playparties. Repoint. C’est de ça que résulte que tu es, de facto, t’ ou pas, et pas tes fantasmes cisgenre et transphiles. Et ce n’est pas une identité – ou plutôt, les identités, c’est un miroir aux alouettes. Quant aux faits, je ne crois pas qu’ils existent en fonction de notre perception et de notre senti, pour ne pas dire de notre désir ; ils sont là, ils s’imposent, rerepoint. Ils sont pauvres, souvent, secs, fibreux, sans jus. Et dire des faits qui ne se passent pas, comme ne pas dire des faits qui se passent, est un mensonge. Voilà. Enfin, un monde où les faits ne sont autorisés à exister qu’en fonction de leur évaluation statutaire, bref un monde d’échange où non seulement on nourrit le pouvoir, mais encore son marché, est un monde où tout nous échappe et nous revient sur la gueule, lesté de la violence sociale que nous lui avons attaché bénévolement. Poum. Bien fait.

 

Bref vous n’êtes pas un peu t’s, vous êtes remarquablement bio, voilà tout. Rien de dramatique, au reste, lâchez nous juste la signifiance ; je suis plus agacée que furieuse. Au reste, la plupart des mes congènères voudraient bien, in fine, être complètement bio, je veux dire en reconnaissance, statut, abstraction réelle – et elles seront aussi bio que vous êtes t’s. Nous sommes à peu près toutes coincées dans des envies identiques, plus ou moins désespérées, de reproduction des formes de genre sans lesquelles nous craignons de ne pas pouvoir vivre – très à tort selon moi. Á ceci près, évidemment, que le rapport de force n’y est pas égal. Mais l’impasse est la même : vouloir être. Un peu comme tout à fait.

 

 

 

PS : à propos d’être, de n’être pas, de subir sans accepter, sans positiver, sans en faire un destin ni se croire par essence la nouveauté sociale, je viens de lire un bouquin d’Arendt que je ne connaissais pas encore, « La tradition cachée, les juifs comme parias ». Je crois que nous aurions beaucoup à apprendre de cette expérience. Et je vous lance sur sa biographie, à peu près introuvable (Presse Pocket) d’une nana tout à fait oubliée qui fut une des proto-féministes du début de la modernité, Rahel Varnhagen. Je l’ai pas lue, justement, je l’ai pas, mais pour celles qui y trouveraient sur un marché ou dans une bouquinerie, je crois que ça vaut le détour.

 


 

 

 Devinette cismilitante

 

 

Dans la vraie vie je suis cis’ et à l’aise pasque ça fait tout de même

moins d’histoires et c’est plus confortable.

 

Je me la joue trans’, déclasse et bien d’autres choses en société affinitaire, quand ça m’arrange et que ça risque rien, pour me multilégitimer, la péter et pécho.

 

J’occupe la place de personnes transses et autres exotisées mais il faut bien que chacun fasse son trou et profite de la vie, hein ?

 

Je serial-abuse, je maltraite et j’arnaque au besoin les plus faibles, je les fais agresser quand elles se rebiffent, et je m’autojustifie avec l’idéologie de l’empowerment et de la réappropriation.

 

Solidarité exige, j’apporte volontiers mon soutien

aux violences faites aux transses, stigmat’s, loquedues

par d’autres collègues multicartes de la légitimité ;

c’est que nous manquons toujours un peu d’espace vital.

 

J’ai une famille pleine de fric et multiprop’ mais c’est pas ma faute.

Je n’en prends pas moins sans scrupule ce qu’on me cède ou confie, c’est donné. Il va de soi que je ne dois rien à personne.

 

J’entretiens une clientèle de liens inégalitaires,

dans laquelle je pioche et jette. Vive l’économie politique !

Je me sens des fois un peu coupable

mais je me soigne et fais l’aumône avec discernement pour mon salut.

 

Bourge hypnotique, je ne sais que fétichiser ou écrabouiller, au choix

 

Je prends soin d’moi, faites pareil si vous pouvez.  

J’existe à tant d’exemplaires ; comment pourrait-on m’en vouloir ?

 

Je suis partout. D’autres sont nulle part mais encore une fois ça ne me pose pas question et ça ne me regarde pas.

 

 

J’ai pas à m’en faire : j’ai la chance d’appartenir à un milieu dont les membres, par intérêt, par conformité idéologique ou par crainte, partagent ou tolèrent ces comportements et idéaux.

 

Qui suis-je ?

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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