Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

Verdun DIY

 

ou les enfants de dieu au boulot

 

 

« Vois les marcher, vois les courir

Á des morts, il est vrai, glorieuses et belles

Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. »

La Fontaine

 

« Vivre en travaillant, ou mourir en combattant »

Eventuellement l'inverse, mais il convient de travailler ou de combattre, ce qui finit par revenir à la même chose.

Classe le choix. C’est par où la sortie ?

 

 

Je m’écarquillais les yeux l’autre jour, faisant ma revue de la cyberpresse de hamsterlande (dont je suis ressortissante mais pas citoyenne), sur un compte rendu de bagarre anti-indus, pareil à bien d’autres, mais tout de même. Rien à dire à l’objet en soi – cela fait un moment que nous sommes un certain nombre à partager cette certitude qu’énonça Benjamin dans les années 20 du dernier siècle, qu’au-delà d’un certain niveau de développement ça deviendrait réellement coton de sortir de la cata vers un monde humain émancipé. Et par conséquent que le temps perdu pour la recherche, l’accélération, la production, la croissance et le confort sont du temps gagné, ou épargné, pour une vie supportable. Bref, entièrement pour casser l’élan. Et creuser des trous pour lui tordre les chevilles.

 

Je n’aime cependant pas l’activisme pour l’activisme, notre militarisation qui suit immanquablement l’idéologie de la mobilisation et nous fait ressembler en bien piètre aux casqués, enfin nous fait des fois mourir à peu près aussi stupidement qu’à Verdun, un petit Verdun de coin de campagne que nous aimons tant à jouer et rejouer, quand ce n’est pas l’Etna chez soi, comme disait un distant du dix neuvième siècle. J’en ai pleuré des fois de rage et de dépit, de comment des amies ou des connaissances sont mortes ou ont été amochées. Il arriva que ce fût bien bêtement – et je crois par ailleurs fréquemment bête de mourir. Le fétichisme de l’engagement total et du martyre est aussi une forme d’aliénation séculaire. Le radicalisme peut aussi être creux, ou renforcer le présent par effet de concurrence. Et la rébellion peut s’intégrer parfaitement au grand jeu de la servitude volontaire, même quand ça clashe, pourvu que ça clashe là et où tout le monde l’attend.

Quant à l’indignation qui trottine dans ses traces, elle me laisse froide ; si on attend autre chose des cognes et de la force publique que plaies, bosses, tabac, humiliations et au besoin pire, alors là moi j’arrête. Est-ce que c’est encore cette vieille hallu politique de croire que le roi, in fine, est forcément bon mais mal servi ; et la démocratie foncièrement géniale mais dévoyée ? Que l’état est autre chose que le monopole de la brutalité ?

 

Le productivisme de l’action et de la confrontation peut lui aussi participer du tonneau infernal, et de l’intériorisation poussée de ce qui doit compter. Nous voulons nous mettre à la hauteur de la domination, et nous y réussissons trop bien, à notre échelle bien entendu. Après, les résultats…

 

Valérie Solanas, dont je me dis des fois qu’elle avait une vision stéréoscopique du présent et de l’avenir, l’avait pourtant dit et martelé : n’allez pas stupidement vous faire casser en rase campagne, mettre le nez sous la trique ; nous sommes précieuses ; sabotage et action invisible, désertion (1). Mais non, ce qui prévaut c’est toujours activisme, territorialisme, visibilisme, monument permanent aux mortes et aux esquintées. Faire comme les autres, s’offrir partout sur la planète au broyage plus ou moins héroïque. Eh ben m…, je n’en suis pas.

 

Là dans ce texte y avait le pompon. Déjà, une analyse parfaitement reichienne du capitalisme. La domination serait le fait de caractères « cupides-autoritaires ». Et probablement un peu refoulés sur les bords. Mais on n’en aura donc jamais fini avec ce vieux prêcheur de l’hétérosexisme ?! Et ses explications simplistes du fonctionnement économique ou des fétichismes collectifs ?

 

Puis, dans le même texte, l’ahurissante expression  « enfants de la liberté ». Alors là j’ai hoqueté. Les enfants de dieu, quoi. Liberté, dieu, économie, planète, tout ces trucs objectivés qui pendouillent en l’air et nous kidnappent. Si on se bat, au moins que ce soit pour nous, pas pour ces rejets opiniâtres de formes religieuses qui parsèment le terrain vague.

Dès qu’on s’agite, du bon côté sous entendu, on est pris par l’esprit. Ça ressemble fichtrement aux idéaux des hussites ou des münzériens, restés dans l’histoire certes comme de sympathiques vaincus, mais aussi comme de féroces absolutistes de la rédemption, qui mettaient à mort cellui des leurs qui faisait mine d’avoir commis un péché quelconque, puisque dès lors ellil était hors de la grâce, et ne valait donc plus un pet de lapin. Zicouic ! Ah c’est qu’y faut pas de demi-mesures pour surmonter la malédiction du péché originel. Ben pareil, nous essayons de dissoudre notre culpabilité d’être nées dans l’anéantissement et l’abnégation.

 

Ces vieilles daubes gnostiques et millénaristes continuent hélas à structurer les mouvements de lutte et les prospectives politiques. Avec leur héritage existentialiste, où la castagne promet par sa seule vertu « une nouvelle terre et un nouveau ciel ».

 

Je suis enfin restée sur le cul en lisant – pas là tout de même ? hélas si – l’invocation pourtant infiniment daubée, partagée avec de très puants, à la Résistance. Sur le cul, tout de même, ne serait-ce que parce que cette pénultième session de rattrapage, tricolorwashing, de l’impérialisme national en vrille a tout de même préparé les technocrates de l’après guerre, la prospérité électrique, l’atome hexagonal, les plans d’industrialisation, de regroupement de la population et de conso ; ainsi qu’enfanté les premières compagnies républicaines de sécurité, lesquelles se firent la main en cognant les rétrogrades paysans qui n’entendaient point que l’on noyât leurs villages pour restaurer la puissance de la nation. Sur le cul, parce que les camarades qui se collètent contre THT et TGV se battent précisément contre le développement de la société voulue par cette Résistance nationaliste et technolâtre. Faudrait savoir.

 

Tout à fait au même moment, se tenait par là bas aussi un « forum contre les grands projets inutiles ». Parce qu’il y aurait des grands projets utiles (toute la question gisant sans doute dans la portion de présent qu’on est disposée à critiquer). Curieuse, je vais lire le programme. Et je reste figée : l’entièreté de celui-ci se limite à « comment se friter efficacement avec les casqués. Casqués au sens large, bien sûr, les casques de chantier multicolores des cadres sups’ et autre vermine ingéniérique y prennent place. Encore heureux. Et efficacement, ce qui d’une part nous met exactement à leur niveau, et d’autre part laisse songeuse quand on a un passé dans le secteur, et qu’on a vu surtout les projets peints en vert et les chefs cooptés par la rationalité économique.

Mais dans ce programme, pas un, je dis pas un, « atelier » sur le devenir du monde, le capitalisme, la technologie, l’économie, le droit, enfin bref les formes qui, ce me semblent, permettent et entraînent la folie économique. D’ailleurs, pas non plus de remise en cause de celle-ci. L’important semble de se foutre sur la tronche toujours plus réglément avec les forces de l’ordre, de se sentir bouger quoi. Déjà, les immenses succès auxquels cela nous a menéEs depuis cinquante ans nous montrent le chemin. On a toujours perdu, eh ben on va faire encore mieux. Et, par ailleurs, cela va nous permettre de nous montrer, comme je dis plus haut, aussi efficaces que l’ennemi, c'est-à-dire aussi militariséEs, mentalement blindéEs, utilitaristes que lui. Donc pas non plus sans doute de réflexion sur comment se battre sans jouer au wargame genre Valmy.

 

Et c’est là d’ailleurs ce que je disais, tiens, précisément par là bas aussi, à un ex-camarade qui me serinait l’habituel « eux et nous ». Nan. Y a pas eux et nous. Y a nous. Ou à la rigueur, si on admet que l’aliénation est totale, nous sommes eux – mais ce me semble un artifice. Á toujours vouloir être à la hauteur de, intégréEs à, égales à, eh bien il n’y a que nous. Et c’est ce nous qu’il nous faudrait sans doute déserter. Mais pas pour devenir un autre bloc : ce sera toujours la même gélatine, et ça redeviendra toujours « nous » dans les faits et dans la logique en cinq secs. Si nous voulons ne pas être eux, il va nous falloir examiner nos bases mêmes de réflexion, d’identification, et ce à quoi nous croyons comme recours. Et cela voudra aussi dire, pour moi en tous cas, en finir avec le dualisme à bon marché avec lequel nous nous rachetons, qui nous vient de la gnose millénariste évoquée plus haut, et reste dénominateur commun des révolutionnaires avec les plus rances idéologies ; l’identité de base ami ou ennemi. Ce qui permet de faire l’impasse sur la critique des formes sociales. Et a patronné bien des glissades vers les idéologies réacs, simplistes, antisémites et complotistes. Ou juste vers une rancœur désabusée.

 

Dans les mêmes jours, il m’a été donné de lire un bout de catéchisme « anarchiste individualiste » qui proclamait fièrement que « L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie ». Ah wais. Pasque le capitalisme effréné mène à autre chose peut-être ? Et se base sur autre chose que l’exacerbation des « désirs » ? C’est quand même atterrant qu’on en soit encore à ces resucées productivistes que la mesure, comme la raison, semblent autant gêner qu’elles ennuient les managers de la conso. UniEs en tenaille dans la lutte pour la mobilisation totale. Une grande différence qu’il y aurait entre la libération des forces productrices, à peu près toutes déchaînées depuis que l’individu abstrait est le centre de l’intérêt, et l’émancipation humaine, est l’obsession de l’échange et de la valorisation, sans doute. Mais croire que l’angoisse de l’intensivité et les visions messianiques d’une humanité « qui ne dormirait jamais » n’ont-elles rien à voir avec cette folie collective par laquelle nous nous anéantissons, relève d’une naïveté bien miséreuse. On est mal.

 

La bagarre et l’orgie… Ça ne vous fait penser à rien comme idéaux traditionnels ? Pour ma part j’y vois cette imprégnation des formes nihilistes et brutales assignées et valorisées masculines, qui me semblent prendre leur revanche à l’intérieur de nous-mêmes, je cause là de nous en tant que féministes, depuis un certain nombre d’années. Pour moi, le féminisme, ce n’est pas s’emparer des vieilles daubes viriles et les repeindre en mauve ; c’est renverser les perspectives et aller vers un monde f, avec aussi une nouvelle analyse à la clé du pourquoi ce f. Il ne s’agit évidemment pas d’une nouvelle collection d’identités. On en a soupé des identités. Je fais partie de celles qui tiennent le pari qu’un monde humain et une émancipation conséquente sont à chercher du côté de ce qui a été ravalé, socialement, tout au fond de ce f. Enfin que ça à voir avec la vieille critique sociale, celle qui se méfie du sujet automate et des formes qui le meuvent.

C’est le propre des formes sociales valorisées que d’être revendiquées par touTEs les parties en présence, au lieu d’être démontées et critiquées. Et c’est probablement une des principales causes d’échec des mouvements révolutionnaires (allez, un grand mot, un !). Bref, je tiens le pari de la vieille critique sociale que nous n’avons rien à chercher dans la réappropriation ni dans le tripatouillage hiérarchique, la métaphysique des identités salvatrices et des classes providentielles.

Et au fond, tout ça c’est du boulot ; l’adhésion à la nécessité productive. L’activité pathologique. L’injonction réciproque de servir à quelque chose, fut-ce à un soi idéalisé et hypostasié ; bref un des aspects les moins remarqués à ce jour de la servitude volontaire.

Comme disait barbichette, l’usine forme l’armée des prolétaires ; et l’armée forme l’usine des prolétaires. Ce qui reste, c’est la prolétarisation générale et transversale, comme serinent les univ’s.

 

Ne nous cherchons pas de parents rêvés, de princes noirs ni de princesses libres. Des clous. Nous ne sommes enfants que de ce qui a été et reste. Il n’y a rien à chercher dans le ciel ni dans l’immanent. Et encore moins dans un « nous » profondément enfoui.

 

Il n’y a pas de paix sociale. Moins que jamais pourrait même t’on dire. Social et paix ont des chances de se révéler antinomiques par eux-mêmes. Ce dont nous aurons à sortir est plutôt de la guerre de toutes contre toutes, prédicat du monde politique et économique. Sortir de l’idéal guerre pour faire des choses, des choses qui ne soient pas qu’un décor de théâtre de la lutte, voué à être arraché au gré de celle-ci, et que nous allons nous épuiser à remonter plus loin, pour refuser aussi d’agir en réaction, toujours menées par l’adversité qui nous promène où elle veut, et de céder à l’agitation, pour creuser des ornières, des nids de poule, des cavernes. Pasque, comme on dit grossièrement, à jouer aux c… avec des c…, on finit toujours par perdre.

 

On sait trop bien où nous trouver. Nous sommes visibles comme le nez au milieu de la figure, quand il n’en a pas été arraché ; et quand il l’a été, il l’en est encore plus. Il y a déjà plus de vingt ans que, faisant le bilan d’une autre confrontation, avec quelques, nous nous rendîmes compte à quel point la prévisibilité de tous les rôles sur pattes en présence, des flics aux irréductibles, équivalait à un large contrôle autogéré, contrôle qui évidemment favorisait les plus forts, mais posait problème par son existence même, par la réalisation scrupuleuse de ce qu’on pouvait prévoir de chacun, par la bonne volonté générale. Une véritable autogouvernance, inclusive en diable. Et zut. Peut-être nous faut-il au contraire chercher le voile et la fumée de la mauvaise volonté. Est-ce sorcier ? Tant mieux.

 

Je suis de celles qui pensent qu’avant toute chose, si nous voulons bloquer ce monde et sortir de la fatalité, il nous faut nous constituer des vies, matérielles et morales, supportables. Ce qui n’est déjà pas évident vu l’état dans lequel nous nous trouvons. Et pas forcément courir se confectionner des morts et des blessures, si subversives, morales et héroïques soient-elles. Nous n’avons pas besoin de médailles. Et encore moins de bras ou de jambes de fer, ou de matériaux composites. Si vous voyez ce que je veux dire. Ce qu’il nous faut, ce sont des assises pour récupérer et repartir. Nous sommes perdues dans le monde, retrouvons nous, et de là on pourra peut-être dérouter l’adversaire. Qui n’est pas (que) quelqu’unE.

L’avenir que nous nous sommes concocté et dans lequel nous nous sommes laissées emberlificoter est parfaitement daubé, de quel côté qu’on l’examine. Nous n’avons pas réussi à sortir de l’ornière de la surenchère. Chiche, disaient d’aucunes il y a des années. Ben justement, il ne faut jamais dire chiche au désastre, sans quoi on est paralysées, comme dans un conte, et asservies à ses fins. Prises au mot. Si nous voulons retrouver et du terrain et l’usage de nos abattis, peut-être va-t’il falloir retourner sur nos pas, jusques à un endroit où nous pourrions bifurquer et reprendre du champ. Et commencer pour cela à admettre que toujours avancer peut être un leurre.

L’affaire n’est actuellement plus tant de savoir si on se conforme ou non à tel schéma explicatif ou activiste, que de maintenir et même relancer autant de bases de vie qu’on pourra, et de vies qui ne soient pas à la merci immédiate, matériellement comme moralement, des exigences et autres nécessités qui se balancent à la crémaillère du cauchemar social. Il est je crois inutile et même néfaste d’attendre pour cela des autorisations, fussent-elles morales, ou mêmes des assentiments. Encore moins des consensi d’assemblées, des conclusions d’ateliers, des comptes-rendus de conspirations. Il faut effectivement souvent, pour cela, tourner les talons, seules au besoin (et besoin il y aura) et retrouver la vieille ruse de l’Odyssée ou des mendiants de Cossery. Nous occuper de nos fesses, quoi plutôt que de les offrir en holocauste.

 

 

 

 

(1) : Je cite, pasque tout le monde affecte de causer de Scum, et que j’ai cependant l’impression que des passages entiers échappent à l’attention – comme par exemple la critique glacée de la sexualité, de la relation et de la dépendance :

 

« De plus, SCUM, qui est égoïste et garde la tête froide, n'ira pas se jeter sous les matraques des flics ; c'est bon pour les fifilles bien élevées qui tiennent en haute estime Papa et les policiers et manifestent une foi touchante en leur bonté intrinsèque. Si SCUM défile un jour, ce sera sur la face stupide et répugnante du Président. Et en fait de piquets de grève, ce seront de longs couteaux que SCUM plantera dans la nuit.

Les agissements de SCUM seront criminels. Il ne s'agira pas de simple désobéissance civile, de violer ouvertement la loi pour aller en prison et attirer l'attention sur l'injustice. Cette tactique suppose l'acceptation globale du système et n'est utilisée que pour le modifier légèrement, pour changer certaines lois précises. SCUM se dresse contre le système tout entier, contre l'idée même de lois et de gouvernement. Ce que SCUM veut, c'est démolir le système et non obtenir certains droits à l'intérieur du système. D'ailleurs, SCUM – qui garde la tête froide, qui est avant tout égoïste – évitera toujours de se faire prendre et de se faire condamner. SCUM agira par en dessous, furtivement et sournoisement. »

 

 

 

 

 

Ni l'alsace ni la lorraine

 

 

macédoine de notes…

 

…au sujet d’une possible critique de la souveraineté, de la réappropriation et de la reproduction,

en vue d’une sortie de l’état des choses.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il ne s’agit absolument pas ici d’une réflexion et encore moins d’une évaluation stratégique ou tactique sur les meilleurs moyens de – mais plus possiblement d’une réflexion sur ce qui précède et suit ce de - . Une histoire longue n’est pas un contre-sommet, rien à voir. C’est ce qui rend précieuses des histoires comme celle de nddl, tout à fait indépendamment de savoir si elles mènent à une victoire, à une défaite, si on y fait bien ou mal, si elles sont vécues en elles-mêmes comme une réussite ou une déception. Tout ça existe ensemble, je suppose, et ce n’est pas rien.

Non, je voudrais attirer ici l’attention sur ce que nous pouvons, et que nous nous interdisons peut-être, épastrouillées par l’audace d’y être. Il ne s’agit donc pas d’une critique malveillante et désappointée, mais au contraire d’une (auto)incitation à bouleverser l’ordre des choses et des nécessités.

Ce ne sont que des notes qui ne se suivent même qu’approximativement, quand elles y parviennent. Je n’ai pas réussi à écrire le texte qui va avec.

Quand je parle ici allusivement de l’état des choses, ou de leur ordre, c’est au sens du fétichisme supposé par la "vieille" critique sociale : que nous mettons dans ces choses les nécessités que nous souhaitons ou que nous sommes résignées à, obscurément, collectivement, voir continuer à s’imposer à nous en formes sociales, économiques, relationnelles, etc. Ce afin de les rendre indiscutables. Une sortiepeut supposer de remettre en question cet indiscutable. Et comme écrit un camarade : « Le fétichisme n'est pas un ensemble de fausses représentations ; il est l'ensemble des formes dans lequel la vie se déroule réellement en conditions capitalistes. Chaque progrès dans la compréhension théorique, de même que sa diffusion, est donc en lui-même un acte pratique. »

 

 

 

Le territorialisme et le fétichisme des lieux et des choses. Une fois de plus les objets ont capté notre sujet social. Ce ne sont juste pas les mêmes : arbre contre avion, mais tout aussi hyperstasié.

 

L’usage de mots, de concepts et de méthodes qui courent après l’adversaire : être efficaces d’un côté, en rajouter comme lui dans le drama symbolique de l’autre, et qui se rattachent aussi au légitimisme réac : occupation militaire, etc. Nan mais – occupation policière, c’est déjà bien assez. Mais voilà, il y a comme une démangeaison de souverainisme, donc de se hisser à la hauteur de l’état – or, finalement, c’est là qu’on redécouvre que l’état, le vrai, l’originel, la brutalité organisée pure, c’est le guerrier. Ce qui pose de sacrées questions sur notre désir et d’avoir affaire à de vrais guerriers, - et d’en être ! Une fois de plus, le rapport d’appropriation nous démange : émancipation ne nous paraît pas concevable sans souveraineté.

 

Il importe d’ailleurs de dire que la question que j’agite n’est pas celle de l’usage de la force, ah ça non. C’est celle de l’usage des formes. Par exemple, celles endossées par les non-violents me semblent tout aussi déjà vues, concurrentielles et intégrées au fond du monde que celle des warriors les plus intrépides. La question violence/non violence est un de ces faux débats qui nous engluent. Le coup de bâton sur la tête et le coup de pied au derrière, autant que la bouteille qui vole, sont tout à fait soutenables. L’affaire est de ne pas les enchâsser dans une signification fétiche et une tentative de faire comme le grand.

 

La question n’est pas « violence ou pas » ; la violence et la contrainte sont l’état dans lesquels nous sommes. L’affaire est dans les motivations ; si ce sont des idées, des objets ou des formes, nous sommes coincées dan la reproduction des rapports en vigueur et de leurs prétextes. Si nous devons nous battre, que ce soit pour nous, par pour […] ; l’arnaque en est trop vieille. L’aliénation, c’est de se projeter dans les choses, de faire nôtre les raisons que nous leur supposons, croyons et prêtons, pour en survivre et jusques à en mourir. Rompre avec ça. C’est le principe de l’envoûtement social ; gardons nous de surenchérir dessus, et encore plus d’en tresser une autre, un alter, sans parler d’un durable. Comme si on en avait pas assez mangé comme ça !

 

Le souci de souveraineté est une vérole. Depuis des décennies elle nous fait applaudir les rejetons de l’approche politique capitaliste et occidentale (peuple-terre-état). Mais en plus nous finissons par la reproduire à tous les échelons, avec sa traduction de la réalité. Il n’est pas si petite occupation qui ne se prenne pour l’autorité palestinienne ou pour le christ aux outrages. Et adopte d’abord son langage, ensuite, si le sort et le rapport de force sont favorables à sa perpétuation, ses pratiques et son fétichisme.

Le souverainisme est pourtant né avec l’absolutisation de la propriété privée.

La notion de résistance, surtout en France, est complètement vérolée par le souverainisme et le légitimisme. D’une part par ses accointances historiques (le dernier prurit national glorieux), et d’autre part par le manque d’analyse de ce que nous défendons, voire une espèce d’investissement complaisant dans un salmigondis de formes sociales qui ont précisément donné ce monde – on se mord la queue (et les doigts après).

 

L’appropriation marche généralement avec le souverainisme, l’état s’étant congloméré en même temps que la forme moderne de propriété. Or voilà, qu’elle soit privée ou collective, la propriété reste la propriété, l’appropriation garde son caractère objectivant, lequel se retourne facilement contre nous, puisque nous lui avons transféré notre force. Nous ne sortons pas de ce type de rapport aux choses, aux bêtes et aux gentes. C’est un peu le syndrome de la cité du soleil. La souveraineté et la propriété engendrant assez facilement aussi une tyrannie à visage multiple.

 

La notion actuelle de réappropriation prend très, trop facilement les formes d’un souverainisme non-étatique (mais qui à la limite peut facilement le redevenir), fétichiste des biens et des lieux (sans même causer de celui de la « planète » !), qui une fois de plus, objets, nous dicteront la conduite à suivre et les rapports humains que nous serons autorisés à construire sur leurs exigences (exigences qui bien entendu sont les nôtres, mais non assumées et non conscientisées comme telles). Une nouvelle espèce de marchandise, en quelque sorte, avec de nouveaux systèmes d’échanges sans doute tortueux et évanescents, mais qui pourront se révéler aussi tyranniques, impitoyables et finalement inhumains que n’importe quels autre systèmes de projection du réel dans l’équivalent.

 

La logique d’appropriation, qui colle à l’histoire moderne, est surtout une manière de « faire dire » aux choses ce que nous attendons qu’elles nous disent, qu’elles ont besoin de nous (y compris dans des visées auto-exterminatoires à la malthusienne ou à la deep ecologist : ce sont les choses qui nous le demandent) ; ce qui d’une part nous permet de ne plus beaucoup nous demander ce que nous voulons de nous et pour nous, les choses y pourvoyant ; d’autre part perpétue la dynamique essentiellement vérolée du besoin et de la nécessité.

 

Le donné, ce qui va de soi (comme toute forme sociale qui s’est autonomisée) peut être autant un piège que le vendu.

 

L’authenticisme, étonnamment, ne s’oppose pas vraiment à la fascination du virtuel. Déjà il y a les mots ronflants censés gonfler la réalité et nous faire aussi grosses que le bœuf (quel punch !) – « occupation militaire » par exemple. Il y a aussi la fascination contrariée des média, déjà ancienne, et que la méfiance envers les  baveux n’a pas fondamentalement remise en cause ; les média sont désormais auto, comme un peu tout ce qui est idéalisé aujourd’hui (je reviendrai un jour sur ce glissement de l’idée d’autonomie vers un autisme convivial et partagé). Langage de reproduction des formes politiques : souveraineté, sécession, demain quoi, un zadland autonome ? oscours ! Oui des lieux libres seraient indispensables, non, des reproductions des formes fétiches (état, pays, peuple) actuelles ne nous y mèneront jamais !

Il importe aussi de remarquer que la course au « réel », à l’authenticité, surtout non bordée par des principes moraux et politiques nets, à déjà mené vers des positions déplorables.

 

Mais la passion de l’authenticité n’a jamais été aussi prégnante. Il y a une vraie idéalisation des objets, des endroits, de formes sociales, d’un « travail libéré ». Les choses n’ont jamais été aussi puissante, et nous, les bestioles humaines, aussi contestées… par nous-mêmes autant que par la machine sociale et technologique ! Nous courons le risque de nous bousiller nous-mêmes, à l’ancienne à la bio, pour n’avoir voulu faire une critique que superficielle de celle-ci, et avoir recouru à ses fondements profonds identiques.

 

Par ailleurs, et comme d’hab’, nous nous emmêlons dans la rhétorique, c'est-à-dire que nous créons des expressions qui prennent une vie quasi autonome, et finissent assez vite par un automatisme qui déborde sur la pensée et sur l’action, en les délimitant par des lignes pas forcément bien explicites. Je ne crois pas que nous ayons inventé le « et son monde », par exemple, mais ce raccourci est devenu endémique – or la notion même de monde est tout sauf claire, et ce depuis qu’elle existe. Je ne parle pas ici des martiales exagérations évoquées plus haut, mais de ce qui se veut définitoire de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons pas, voire de ce à quoi nous voulons mettre fin ou échapper.

 

Un des chemins de l’émancipation sera plus que probablement de nous centrer enfin sur un nous et un soi qui soient moins projetés, moins médiatés ; et à ce titre il est primordial que ce qui se passe pour, avec nous soit… primordial. Le problème, c’est que dès l’expression, dès les premier retour sur soi, à l’heure actuelle, ces « vécus » et ces « ressentis » sont transformés, investis par les formes qui paraissent seules légitimes à les transmettre, à les modeler. Et on se retrouve une fois de plus presque immédiatement kidnappées.

 

L’histoire des naturalistes convoquées pour faire le recensement du biotope – exactement comme leurs adversaires. Le tout est de trouver dans l’ordre des choses la permission de vivre, le signe indispensable (avec évidemment les biais et les falsifications nécessaires) – mais personne ne se dit que nous n’avons pas besoin de ces puissances exterieures qui nous expulsent de nous-mêmes.

 

Ne soyons pas nous même les terrassières et les fossoyeuses de la sortie. Ne nous transformons ni en arbre ni en oiseau, ni ne nous projetons dedans.

 

Peut-être aussi cette illusion horizontaliste et assembléiste que quand on s’est mises à niveau et qu’on a chassé toutes les cheffes visibles, le saint esprit critique descend sur nous sans que nous n’ayons à faire effort et nous inspire. Alors que généralement nous donnons alors dans les mêmes panneaux, à quelques détails formels près, que dans un cadre associatif. Eviter les hiérarchies est indispensable, mais méfions nous de nous en tenir là et de céder au nécessaire communément admis, à l’idée même de nécessité transcendante, qui nous dépasse et conditionne notre légitimité à vivre ; que ce soit l’économie ou la nature.

 

Une des conséquences est que les atypiques ont peu ou pas de place dans ces affaires. Ce qui bien sûr d’un point de vue social accumulatif ne pose pas de problème. Mais d’un autre ? Est-ce qu’il n’y a pas que les personnes qui fonctionnent selon l’intelligibilité de ce monde qui peuvent actuellement lutter, figurer sur le jeu ? Et qu’est-ce que ça implique, ou peut impliquer ?

 

S’il y a une chose que nous ne devons à aucun prix accepter, ni personnellement ni collectivement, et ce après un siècle et demi d’habituation à la brutalité de masse, à la mort, à l’indifférence et à la justification par les buts, c’est la naturalisation de la guerre, l’héroïsme, la projection aveugle dans les causes, l’utilitarisme. (Anders). Sans quoi nous ferons in fine le même boulot que les aménageurs et les bleus, en nous en rendant vaguement compte et en refusant de l’imaginer plus nettement.

 

On nous parle ici et là de « fin du vieux monde ». Pourquoi pas ? Mais il n’y a aucune fatalité à ce que ce vieux monde finisse dès que nous apparaissons, nous qui sommes ses sujets. Il n’y je crois pas non plus de fatalité à ce que nous le reproduisions sans fin. Mais cela ne se fera pas sans examen critique de ce qui nous porte. Certains de nos lapsi comme « libérer les normes » ou « approfondir l’existant » ne sont peut-être pas que des expressions malheureuses, mais bien l’énonciation de ce devant quoi nous reculons a priori.

Il y a aussi le suffixe automatique « et son monde », qui a l’inestimable avantage de nous exonérer et de définir précisément ce qu’est, contient, structure ce « monde » - et enfin ce qu’est, dans ce cas et en général, un « monde ». Nous en sommes arrivées à l’invoquer comme un autre providentiel, toujours présent et utilisable, et qui peut à volonté rassembler ou non ce que nous avons jugé intéressant d’externaliser ou de dichotomiser. « Son » monde. En représentons nous un, de monde – et surtout, faut-il recréer un monde, ou bien peut-être par contre se débarrasser de cette totalité ? Va savoir.

 

La lutte, cette forme qui a trusté, en se modernisant elle-même, les volontés comme les refus, a pris les structures d’un travail, qu’elle a ajouté à la vieille valorisation virile de la guerre. D’une transformation de la fatalité en quelque chose de consommable, d’identifiable. La lutte n’est pas, plus tant une échappée qu’une rétribution, une action de justice. Une remise de ce monde sur ses pieds. Mais avons-nous tant que ça envie qu’il marche, ce monde, ou voulons nous en changer ?!

Il est bien possible que la forme-lutte soit une de ces impasses où nous en pouvons que surenchérir, et, comme la famille, une de ces véroles qu’il ne faut surtout pas essayer de remplacer. Mais questionner ce qui nous y coince.

Je crois qu’il serait primordial de nous interroger sérieusement sur les cadres que nous nous imposons, historiquement, avec les idéologies de la lutte (réappropriation/concurrence) et aussi du chemin (histoire déjà écrite et progrès prévisible). Il se peut bien que, de même que travail et capital sont deux guignols du conflit apparent desquels nous sommes amusées, ces formes soient de celles qui nous coincent dans la répétition.  

Peut-être n’est-ce pas un hasard que dans les argumentaires antiféministes qui viennent et reviennent avec ponctualité, l’accent soit mis avec insistance sur les formes valorisées d’une part, sur la nécessité qui doit tout encadrer, qui est même le seul cadre concevable, d’autre part, avec le besoin, encore et toujours lui  : réalisation, lutte, efficacité, hiérarchisation, préséance du but unitaire, au nom de l’idée et de la nécessité (d’ailleurs peu explicite mais toujours présenté comme évident : l’arrivée sans entraves dans un réel qui est en fait celui de l’ordre des choses ; le faire tourner comme il faut). Bref, tout l’arsenal de l’imaginaire masculiniste. Remettre préalablement à tout les gentes à leur place, dans ce qui doit rester du meilleur des mondes, le vieux biais ressentimenteux qui vérole et détruit les tentatives révolutionnaires depuis longtemps.

Je dirais volontiers que si des cadres politiques et moraux, peuvent servir au chantage au maintien des injonctions, coercitions et contraintes évidentistes, alors c’est un signe qu’il nous faut nous débarrasser de ces cadres et ne pas chercher à les réinvestir ou à nous les réapproprier, de peur de nous mettre à reproduire leurs conséquences.

 

Si nous voulons sortir de l’auto-fatalité, il nous faudra nous arracher au ressentiment, à la récrimination, à l’existentialisme et à l’appel à l’évident. C’est cet évident qui nous a menées où nous en sommes et par lequel nous nous sommes faites ce que nous sommes, sujets automates de formes sociales souvent destructrices et toujours inhumaines.

 

Nous installer dans des endroits, mais pas nécessairement en réaction, qui produit un contre effet de surenchère et de lutte, et avec un regard critique sur la réappropriation. Et le rapport d’appropriation. L’autre année, avec quelques, on s’était penchées à quelques sur une hypothèse de rupture envers la logique du rapport sujet-objet. Sur le coup, j’étais restée sceptique, et n’étais pas loin de penser que ce fusse une post-erie de plus. Á présent, je commence à croire que la question est pertinente.

 

Y nous faut de la place et du temps, mais gardons nous d’en faire prioritairement des luttes. Et surtout de nous projeter dans des formes gloutonnes, que ce soient des alsace, des lorraine, des zad ou des taz. Ce qu’il nous faut c’est vivre, au moins un peu, respirer, comprendre aussi, et la lutte, non plus que le travail, non plus que l’amour, non plus que la patrie ou même la matrie, c’est pas une vie !

 

(Futur d’une zad non aéroportuarisée : extension de la planète mars qui règne déjà à Treillères, en plus snob, ou christiania post je sais pas quoi où on échangera de l’existence comme métamarchandise ?). C’est déjà malheureusement un peu comme cela que ça tourne depuis l’automne ; la zad est en partie devenue une usine de production/distribution d’existence, d’estime de soi et de probité politico-morale. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas non plus dramatique (même s’il arrive que ça le devienne, comme quelques fois ces dernières années). Mais faire comme si c’était un grand moment de la sortie des logiques de ce monde nous laisse dans la confusion la plus totale. L’idée d’apporter, comme celle d’en retirer, sont prises pour bonnes, sans examen. Okay – mais il ne faudra pas s’étonner si on patauge dans l’échange, comme dans le reste de ce « monde » toujours évoqué, jamais précisé.

 

En fait c’est déjà un peu le cas, surtout depuis l’automne dernier : la zad est un grand magasin existentiel, gratuit selon certains critères. Mais la production, la pénurie, l’angoisse de manquer y règnent comme dans la totalité du monde de la nécessité et de l’échange. Et la gratuité suppose pour se manifester que la norme soit l’échange comptable. Cela dit, peut-on faire mieux aujourd’hui ? Et jusques où peut on ne pas faire, aujourd’hui de même, sans mourir ou s’étioler ?

 

La catastrophe, c’est l’acceptation intériorisée de ce que nous sommes arrivées à croire nécessités.

 

 

 

 

 

 

 

Partager cette page

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines