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  Meufs gouines t'oups !

 

 

 

 

Ça a frité sur la non-mixité féministe, ces derniers temps, ici et là, avec une fois de plus les mêmes vieux arguments moisis et couineurs des mecs qui ne songent pas un instant à ne plus l’être. Bon, vous connaissez ma position, (ou pas ?) : j’adhère totalement et je reprends ma carte à cette occasion au parti des « féministes bourgeoises staliniennes », comme psalmodiaient et logorrhaient récemment des momies masculino-léninistes qui semblent, comme leur modèle, avoir compris Marx comme moi la Baghavajitâ dans le texte. On sent bien cela dit que tout ce charabia unitariste ne leur est qu’un prétexte pour poser leurs couilles, un, et deux l’unité avec ces personnages, de toute façon, zébi ! Pour tout dire et redire, je suis pour une non mixité de type solanassien, si vous voyez ce que j’veux dire. Vaguement hégémonique. Universaliste, même, tiens. Couic pépé quoi.

 

Bref, une grosse barrique, quelques décennies quoi, de plus de non-mixité(s), pour ne pas dire de séparatismes(s), nous ferait je crois le plus grand bien. Remettons nous en une !

 

Bon, arrivées là, vous pensez bien que je ne vais pas vous laisser sur cette part de nougat, mais que j’amène aussi mon bonbon à la cantharide. Certaines autres occasions m’ont refait penser à une forme de non-mixité qui est souvent appliquée chez nous. Meufs gouines trans. Il y a déjà eu autrefois des débats et accrochages sur ce que c’était en réalité et comment ça se passait, sur le décalage, en peu de mots, entre non-mixité souhaitée et non-mixité réelle. D’ailleurs, tout le monde n’était je crois pas d’accord et c’est tant mieux ; plus je vieillis, plus je me dis que le consensus et la convergence nous engluent.

 

Mais, donc, un constat récurent, c’est que les nanas trans féministes, dans la mesure où nous existons – mais nous existons bien à quelques exemplaires tout de même – sont fréquemment absentes de la non mixité meufs-gouines-trans. Mais ça ne semble pas soulever question. C’est inclus dans le fonctionnement et l’expérience de la chose. On n’est pas là. On est conviées mais on n’est pas là. Conviées ; pas légitimes, parce que la légitimité est dans ce qui convie, justement. Nous ne participons pas du mouvement qui fait que nous pourrions être là. Et, donc, re, souvent, nous n’y sommes pas. Pour une foultitude de bonnes et de mauvaises raisons. Mais peut-être tout simplement parce que ce n’est pas notre place – en avons-nous d’ailleurs une, où que ce soit ?

C’est un peu comme le e dans la Disparition de Perec. On n’est pas là mais ça ne se voit pas trop. On n’est pas là mais c’est comme si nous étions là. Le t, commodément sans préfixe, nous représente suffisamment. Et nous représentons nous-mêmes, dans notre absence, le personnage muet mais indispensable. Indispensable ? Sommes nous réellement indispensables au féminisme actuel, même inclusif ? J’en doute pour ma part, mais il faudrait que ce fût dit.

C’est là, si j’ose, une des seules invisibilités dont nous bénéficions ordinairement – je renvoie à ce que j’ai déjà écrit là-dessus ; pour nous, f-t’s, l’invisibilité est plutôt une chance, et une sécurité ; quand on nous repère pas à vingt mètres tout va bien. Y compris dans le milieu militant.

 

La non-mixité mgt fonctionne bel et bien, mais plus précisément elle est, de fait, dans la plupart des cas et même dans sa normalité ordinaire, attendue, une non-mixité meufs-gouines-m-t’s. Quelque chose donc comme une non-mixité sociobiologique de communauté de destins xx, femmes nées, assignées, socialisées femmes. Ce qui d’ailleurs ne pose aucun problème, au contraire, c’est le fondement du féminisme. Une non-mixité est, justement, une non-mixité. Exclusive. Fondée. Ensuite, les destins f d’origine, eh bien ce n’est pas rien. Ça roule. Pour ma part c’est même ce qui importe et ce qui promet potentiellement un autre monde. Pour tout dire, enfin, c’est le principe de d’origine de la non-mixité féministe, qu’il serait peut-être bien de réaffirmer sans faux semblants.

 

Juste il faudra renommer la non-mixité en question ; pas la redéfinir, elle est définie, et par le fait et par une logique interne et historique qui se tient.

 

Mais aussi peut-être admettre que le genre, eh bien de fait nous n’y croyons pas excessivement nous-mêmes, dans le milieu féministe. Je dis d’autant plus nous pasque, comme vous avez pu le lire (dans Bien essayé, notamment), moi non plus, finalement. Enfin ce n’est pas y croire ou pas y croire, c’est là – mais c’est ne pas croire que ça nous fait réellement, en l’état, nous sortir des rapports sociaux en vigueur. Ni de la hiérarchie dichotomique m/f. Que nous nous sentons quand même plus en sécurité avec les destins sexués et inaltérables- et que nous avons probablement, comme on dit, de bonnes raisons de, d’expé. Mais cette incrédulité n’est pas assumée, nous faisons – mal- comme si pas. Ou plutôt nous disons comme si pas et faisons comme si, nos comportements collectifs en témoignent.

De même, ne sont assumées ni la haine sourde et constante ni le mépris exotisant et exploiteur envers les femmes trans, lesquels cependant se pratiquent, partagent et transmettent avec assiduité.

 

Et nous en tirons, silencieusement, conséquence : foncièrement, dans le mouvement féministe, les m-t’s sont et restent des femmes et les f-t’s des hommes. La question n’est pas de savoir ici si c’est bien ou pas, mais de reconnaître que c’est ce qui continue à issir, transparaître, consuivre de nos comportements politiques. Par ailleurs, cela implique aussi que la t’itude n’existe que pour ce qu’elle est effectivement, d’expé, pour la majorité des bio : un vernis exotisant, alternativement excitant ou repoussant. Et c’est à peu près tout. En fait elle n’existe pas vraiment, c’est un suffixe parmi d’autres.

 

Au fond, la dichotomie est restée assez intacte, massive, dans les pièces mêmes où nous avions cru la morceler, au moins. On pourrait dire, en quelque sorte, qu’il n’y a toujours qu’un genre, le genre masculin. Et qu’il n’y a toujours qu’un sexe, le sexe féminin. Le genre, c’est là où il y a de la place ; le sexe, c’est là où l’on est à l’étroit.

 

Ça ne me choque ni ne me bouleverse, encore moins m’indigne ou me « met en colère », en novlangue dans le texte. Au contraire, je pense que c’est l’expression d’un état de fait que nous ne pouvons guère ne pas prendre en compte. Mais les non-dits et les silences couvent facilement des situations pourries, et par conséquent je pense qu’il faudrait assumer, explicitement, que la non-mixité mgt alternote est une non mixité mgmt. Assumer que le genre, c'est-à-dire une manière de dépassement du sexe par fragmentation et redistribution, est une belle utopie certes mais que pareil, ce n’est pas en fonction de cette tentative inaboutie de renversement qui est un peu tombée désormais dans le remblayage des nids de poule de l’ordre sexué, que nous nous comportons. Et cesser d’esquinter les f-t’s en leur faisant miroiter une légitimation qui n’existe ni dans le faits, ni dans les tréfonds de nos pensées.

 

Je ne suis donc pas forcément contre notre disparition, à nous les f-t’s féministes, pas plus que je ne suis contre notre invisibilité. Cela fait de toute façon un moment que j’ai des doutes sur les t’ités en général, dans la droite ligne de ce que je dis plus haut à propos du genre : pas sur notre existence, on est là, mais sur ce que nous pensons que ça veut dire ou entraîne ; je commence à croire que c’est une impasse de plus dans la tentative de briser l’ordre patriarcal et sexualiste. Bien essayé, mais raté pour cette fois ci. Une fois de plus, nous nous sommes livrées à une re-production, à une multiplication, mais la remise en cause fondamentale, ce n’est pas encore pour cette fois ci. Dommage. Comme je dis toujours, on recommencera, autrement si possible ; dommage aussi que la vie soit si courte, et qu’il faille toujours à peu près tout recommencer.

 

Cela dit, je voudrais, une fois de plus, signaler ce qui me paraît un autre possible cul de sac, et qui est celui, vous aurez deviné, de la réappropriation. De la réappropriation acritique, dans un certains nombre de cas, de formes et de valeurs, ou de lectures du monde, qui me semblent liées substantiellement au patriarcat. D’agenrités ou de déviances qui glissent toujours finalement vers le masculin. D’un neutre, quoi, d’une origine de la valeur, d’un point central que nous n’avons pas encore réussi à mouvoir. On peut bien sûr dire que le m s’est attribué tout ce qui est bien – mais trouvons nous tant que ça que ce monde soit bien ? Ou bien (!) trouvons nous que c’est bien parce que c’est ce qui a toujours été valorisé, et autour de quoi tout s’est construit, pour ne pas dire agglutiné ?

Et que c’est peut-être là une espèce de torsion, en plein milieu, entre ce qu’on est, ce qu’on voudrait être, ce qu’on voudrait faire et ce qu’on pourrait faire (ouf !), qui empêche, si ça se trouve, le féminisme d’avancer. Et que la paradoxale absence des f-t’s a peut-être, quelque part, quelque chose à voir avec cette torsion. Nous sommes mal à l’aise avec ce qui nous paraît, in fine, exagérément f, à commencer par nous-mêmes, et bio et t’s. Qui rappelle trop ce que l’on veut fuir, à raison : l’assignation au sexe tout pourri ; mais qui nous fait peut-être aussi et jeter ce qui était peut-être la clé de la sortie du monde m, et nous rassembler autour de ces formes m qui ne nous serons jamais amicales, qui nous boufferont toujours.

 

Nous sommes, et là je parle de nous les f-t’s féministes, un peu comme des souris qui seraient coincées, tombées entre deux cloisons, et condamnées à la mort lente, nulle part. Est-ce prophétique si, il y a plus de vingt ans, une vieille amie et collègue me suggérait déjà de décrire les sentiments d’une tranche d’oignon tombée derrière la cuisinière ?

Mais je pense que cette situation, coincées entre deux cloisons, est finalement la nôtre à toutes, les féministes qui veulent aller au-delà de l’aménagement de ce triste monde ; ces cloisons sont celle des personnes, de ce qu’elles sont, et des formes sociales qui sont ce que nous sommes. Ces cloisons se rejoignent au deux bouts. Ces cloisons sont probablement une cloison, une boîte quoi. Et l’affaire n’est pas simple. Il ne suffit pas de dire « on la fait péter ». Nous sommes aussi la boîte, l’assortiment. Il importe de ne pas nous faire péter. C’est là ce que j’appellerais le détroit de l’émancipation. La libération c’est plus simple, on brise les entraves des forces et des formes que nous incarnons, et zou ! Après, il faut se démerder avec ces forces et ces formes qui ne sont pas tant que ça nous, qui ne sont pas nécessairement à notre avantage si on veut. L’émancipation c’est d’en sortir nous, avec à peu près tous nos morceaux, pas mutilées. Je crois que pour cela il importe de garder une conscience de que l’on fait, comment pourquoi.

 

Je n’irai pas plus loin, plus loin je sais pas. Je termine par – vivent les non mixités de femmes, féministes, radicales. Et explicites.

 

*

 

Et quant aux f-t’s ? Eh bien si nous nous occupions de nos fesses, au lieu de toujours aller nous faire certifier, exotiser, esquinter ou soupçonner, avec une bonne volonté déconcertante ; si nous cessions de sororiser piteusement, de tenir échelle et chandelle aux bio qui n’en ont d’ailleurs guère besoin, si ce n’est pour un certif’ de t’philie dont elles se passeront en fait très bien ; et si nous allions piocher cette carrière de négativité et d’isolement qui est, historiquement et systémiquement, un propre de la condition féminine ? Je ne jurerais pas qu’on n’en tire pas quelque chose, et pour nous, et pour plus tard plus universellement : a break in the wall. Nous sommes et restons, par force et presque déjà par tradition (les habitudes se prennent vite), la face négative du féminisme, non intégrable, non réappropriante du valorisé – et je suis de celles qui croient fermement que le négatif peut nous ouvrir des brèches dans la tyrannie du réel nécessitaire et positiviste. Chiche ! Mais pour ça il ne faudra plus chouigner ni rabioter sur notre stigmatisation ; au contraire, il faudra en cultiver les éléments, et la manger à la grande cuillère. Changer notre régime, quoi. Et qui sait par cela anticiper ce renversement général que nous avons jusques à présent toujours loupé, les unes et les autres.

 

 

 

 

 

F-t's, inclusives, Radfem

 

 

 

 

 

J’avoue, après réflexion et retour sur ce que j’ai vécu et subi à bio-féministlande, je ne m’associe pas à la chorale d’indignation vertueuse et inclusiviste envers les nanas qui se définissent ou se rassemblent comme Radfem®. Oh, c’est pas que je les apprécie, et encore moins réciproquement, vous vous en doutez. Mais déjà je n’ai pas du tout envie d’un monde où il sera prescrit de m’apprécier ou de me « reconnaître », encore moins de me respecter pour « ce que je suis », ou même pour un autre critère. C'est-à-dire où la haine sera contenue dans le privé – parce que je ne me fais aucune illusion à ce sujet : nous, f-trans, sommes objet de haines congruentes et convergentes, pour des raisons que j’irai jusques à qualifier de très bonnes, dans la – très large – mesure où ce monde entier est structuré sur la haine du féminin ou de ce qui est assigné tel. On n’est pas sorties de la cave de l’auberge, et c’est inutile de faire même comme si nous étions près du soupirail.

 

Par ailleurs, je ne vois absolument aucune raison que je puisse soutenir d’empêcher des nanas de se réunir en non-mixité, fusse cette non-mixité imprégnée de haine et de bêtise réductrice et acritique. Et comme si les pas radfem étaient politiquement tout en sucre – quand on en est à revendiquer comme émancipatoires le mariage, la famille et même au besoin la religion, il faudrait ptêtre faire un petit retour sur nozigues, hein ? Je suis juste de celles qui préfèrent que les choses soient claires : c’est une non-mixité f-bio. Mais faut le dire. Exactement comme pour  la plupart des non-mixités qui se proclament « inclusives » et ne le sont pas en fait.

 

Et d’autre part, ça me fait tristement marrer que cette opportune colère dirigée sur quelques naffreuses qui sont la bien pratique honte de la famille, permette une fois de plus de washer le mouvement féministe dans son ensemble, et surtout dans ses secteurs modernes, de toute violence anti f-trans. Parce que faut pas me, nous prendre pour des c…es. C’est aussi bien à ça que ça sert, de s’en prendre à ces nanas qui sont elles-mêmes minoritaires, depuis que le féminisme radical, qui ne se limite, ne leur en déplaise, pas à elles et à leurs fétichismes négatifs, est à peu près mort, au grand soulagement des intégrationnistes et revendicatrices de toutes places dans l’ordre des choses d’un patriarcat lui aussi washé de ses côtés contreproductifs.

 

Je peux même le dire très simplement. Je n’ai jamais été agressée ou maltraitée par une féministe radicale, et encore moins par plusieurs ; j’en ai rencontré quelques unes, des bien copieuses, antitrans et tout, dans ma life et on a même des fois causé. On était clairement des deux côtés de la barrière, la labrys à portée de main au cas où, mais on causait, et des fois j’ai ramené des ces causeries un bien meilleur souvenir que de l’hypocrite bouillie inclusive pleine de clous. On ne prétendait à rien, ni les unes ni l’autre.

Là où - compte non tenu des mecs autrefois - j’ai été violée, agressée, maltraitée, instrumentalisée, calomniée et même (rien laisser perdre, principe de l’équarrissoir !) escroquée, c’est dans le milieu féministe alterno-inclusif (à forte tendance institutionnalisante), précisément chez les lyonnaises. Et par des têtes de l’endroit. Pas par de méchantes radicales.

Là où j’ai, et où d’autres, avons subi la haine pas assumée qui se cherche et, si elle n'en trouve pas, invente ses prétextes, l’exotisation qui essaie quand même de se servir de nous, le dégoût et la peur de ce « trop féminin tout de même, pas clair », c’est pas chez les radicales, qui ont l’honnêteté élémentaire de pas nous la jouer, de dire que nous et elles c’est niet – et réciproquement. Nan, c’est chez celles qui se la jouent, justement, « on est toutes un peu trans », ou bien « on est inclusives », « meufs gouines trans la croisière s’amuse ».

 

Un des sales côtés de ce monde, qui se répète, c’est qu’on est quelquefois moins en danger avec des ennemies ouvertes qu’avec de prétendues amies qui vous pourrissent et vous méprisent. Parce qu’au fond, les deux pensent et sentent pareil. Juste elles n’en font pas la même chose.

 

La réalité crue, et dure, c’est que le programme intime de la majorité du féminisme actuel est identique à celui des Radfem. Conservatisme et intégration/exclusion. Comme le programme de la gauche gouvernementale devient identique à celui de la droite dure. Mais que les impératifs du commerce politique impliquent de ne pas le dire ouvertement, de juste le laisser sentir, et à celles qui sont démarchées, c'est-à-dire les bio. Par exemple, les unes ne croient pas plus à la notion de genre – laquelle nous a été effectivement d’un piètre usage pour changer quoi que ce soit -  que les autres, mais elles affectent de faire (mal) semblant, et profitent des a-côtés. Les f-t’s, en attendant leur disparition escomptée, jouent le rôle des juives ou des roms, exutoires, punching-balls et boîtes à fantasmes. C’est pour ça que nous sommes recrutées à inclusiv’lande. Et pour mettre aussi de la pommade sur la conscience malheureuse et torturées des bio qui font dans la compassion et le paternalisme. Mais qui ne se posent guère de questions oiseuses quand nous venons à disparaître. Il y a tellement de choses intéressantes à faire et qui gavent l’attention comme l’avidité ; « Wah trop radicool ! Une soirée post-porno queer mgt, dis donc, ah ça c’est libératoire et pas normé pour un kopeck. Ah c’est bête, on manque de diversité, il faudra qu’on se dégotte une nouvelle trans pour faire domina la prochaine fois ».

 

Pour en revenir au féminisme radical, il se trouve que j’en suis. Je n’ai, dans la ligne de la tradition un peu beaucoup oubliée qu’on ne demande pas la permission à celleux qui vous dominent, réclamé finalement de certificat à personne. D’autant que ce que je mets dessous ne correspond que très partiellement aux rêves hargneux mais surtout étroits des Radfem actuelles. Beaucoup plus à ce qu’appelait Solanas. Une révolution, quoi.

Ça ne m’embête pas plus que ça d’être seule, dans ce pays et pour le moment, dans l’intersection, comme è disent, de ce que je suis et de mon option politique : un monde de femmes, où on aura détruit les instances de pouvoir et de valorisation. L’époque n’est pas à l’audace.

Ce qui m’embête c’est d’une part que la vie est (de plus en plus) courte, et qu’on se fait piéger et charcler par des milieux qui sont pas mal structurés par la crapulerie, la lâcheté et le mensonge. Il faudrait, si j’ose dire, pas naître, parce qu’on ne naît rien, mais très tôt, dès l’adolescence, avoir accès comme on dit encore en novlangue à un bagage de savoirs (et re novlangue !) sur la question, histoire de ne pas passer des années à nous faire massacrer par des fermières de l’intégration qui nous font « petite petite petite », avec leur grand couteau derrière le dos, comme dans la fable de la Fontaine.

 

En ce qui concerne, encore une fois, les Radfem et assimilées, de mon point de vue elles butent dans la même impasse que les Delphy et bien d’autres, impasse critique qui n’est pas propre au féminisme, mais coince tout le mouvement révolutionnaire depuis longtemps : elles n’identifient le patriarcat qu’au regroupement d’intérêts universalisés de la classe des hommes ; ce que je crois exact en analyse descriptive mais n’épuiser pas le problème. Je suis de celles qui pensent que les systèmes de domination sont totaux, constitués de formes non perçues comme telles mais que nous vivons comme nous-mêmes, et que par conséquent démolir la domination ce n’est pas opérer une redistribution de ces formes et de leurs dividendes, mais s’en défaire. C'est-à-dire, en ce qui nous concerne ici, de se débarrasser des formes sociales valorisées en patriarcat. Pas se les réapproprier. Sans quoi nous reproduirons, même avec un autre encadrement, un monde sensiblement identique.  

Les conséquences sont de toute façon matérielles et immédiates, dans le choix entre la cogestion protestataire et la critique radicale ; dans un on se retrouve un jour ou l’autre assise à la même table que des flics, des procs, des managers et des ministres ; dans l’autre on est derrière la barricade ou dans le désert. Quand on essaie de faire les deux, on finit écartelée, ou folle.

Je crois de plus en plus fermement, avec l’expé, que les attitudes morales pourries sont pour beaucoup une conséquence de l’aplatissement, de la résignation, de l’opportunisme politiques et intellectuels qui caractérisent et notre époque, et nos milieux dans cette époque.

 

Pour dire, en fait, que je peux me sentir des fois une solidarité politique partielle avec ces nanas, les rad’s, qui sont je crois elles-mêmes divisées entre se servir des structures présentes et les détruire. Et que, contrairement à ce que voudrait l’idéologie présente de la convivialité et du respect, laquelle est la pierre tombale sous laquelle se passent précisément les violences et abus évoqués plus haut, je ne demande ni n’attends en aucune manière que cette éventuelle convergence se traduise en relation ni en inclusion.

De toute façon, elles sont très peu nombreuses, et je suis encore moins nombreuse. Je veux dire, même s’il y a un risque exterminatoire, ce qui est probable envers nous si elles prenaient le pouvoir, il n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est le lent massacre dont les f-trans font l’objet chez les féministes raisonnables et opportunistes. Comme partout ailleurs à biolande.

 

Bref, je n’entre pas dans la chorale, dans aucune des chorales d’ailleurs. C’est que je chante faux. Hé, déjà, hein, vous savez bien ce qui se passe quand il y a une trans dans les chorales de meufs ; avec nos cordes vocales toutes détendues, amollies, c’est comme la louve qui se veut faire bergère (La Fontaine là encore). Wooouh. Pas possible. Ridicule même. Tout le monde fait comme si pas, mais en réalité ça passe pas, ça rigole in petto. Et des fois y a de quoi. Nous chantons faux, nous sommes des pas vraies de toute façon. Et d’ailleurs ça chante faux, dans la mesure où ce qui est chanté est souvent pas vrai non plus, prétexte, voile, cache-sexe au maintien des rapports de force et de naturalité en vigueur ! Laissons tomber les chorales. Laissons tomber les arnaques à la sororité, à la reconnaissance ou que sais-je. Laissons tomber l’alignement idéologique prudent. Ça ne sert à rien. Si nous devons être massacrées, ou conduites à l’extinction, à la fin, nous le serons. Nous nous abîmons déjà bien nous-mêmes, avec enthousiasme. Le tout est de n’y consentir ni d’y participer en aucune manière, et pour, je veux dire, garder un tant soit peu d’estime (et rerenovlangue), et pour garder aussi une liberté de pensée, cette liberté négative que j’ai déjà souvent évoquée, qui est peut-être une étape vers ce monde profondément différent, opposé, dont j’ai parlé plus haut.

 

(Peut-être que les succétrices de celles mêmes qui nous traitent comme des m… viendront alors dire merci sur nos tombes. Ce sera encore plus beau et plus obscène que leurs gueules de circonstance de cent pieds de long aux cérémonies du TDoR, entre deux saletés transphobes. On s’en fout. On les emmerde. Vivons.)

 

 

 

 

 

Masculinités déviantes versus féminité pourrie

 

 

 

« Je suis un homme, pourquoi pas vous ? »

 

On cause de masculinités déviantes. Je suppose que c'est pour se découvrir une opposition de plus dans la continuité. Dévier c’est une chose, mais on sait d’où l’on vient, ou bien où l’on va, et ce que l’on continue. Être pourrie c’est encore une autre affaire. Les masculinités peuvent être déviantes. La féminité, socialement, est pourrie, tout court et sans rien pouvoir.

 

Reste donc et déjà la question, laquelle me paraît inévitable sauf si on veut à tout prix l’éviter, de ce qui structure ce monde, de si on a envie ou pas de le renverser, ce monde, pour en essayer un autre – ou pas de monde du tout, ça serait peut-être aussi une issue, plus de totalité.

 

Je vais le dire tout cru : je crois que l’usage de la notion de déviance est surtout une opération qualitative qu’on fait subir à une notion structurelle de l'ordre en vigueur, de l’usage de laquelle on n’a pas vraiment envie de se priver, pasque zut, ça rapporte, de la relation, du plaisir, de l’espace ! Et que l’adjonction opportune du suffixe déviant, ô miracle de la science moderne, en fait quelque chose de tout à fait acceptable, de rebelle, et par ailleurs de réputé inoffensif ; le problème social en est réglé. Le social, pour mézigue, c’est le patriarcat.

 

Il faudra, dans quelques décennies, se pencher d’ailleurs sur le caractère masculin de la rébellion, de la lutte, du résistancialisme, du légitimisme profond qu’elles supposent – au nom de, la formule de base de l’aliénation et de la renaturalisation. Mais ça c’est quand il y aura de nouveau un féminisme critique et audacieux. On n’y est pas.

 

Au reste, une masculinité n’est déclarée déviante, de fait et d’expé, que s’il s’y niche des morceaux de féminité, elle-même constituée en caricature. C’était déjà le cas il y a vingt ans à pédélande, ce l’est toujours an’hui à alternotranslande : le féminin qui est intégré dans les performances de genre finit toujours péjoratif et caricatural. Il ne peut en être autrement : le féminin est ce qui est hétéronome, marqué ; ce qui dépasse, c’est le féminin ; le masculin finit toujours très vite par réintégrer sa bonne vieille place au neutre, au pratique, comme on dit souvent. Et par ailleurs, cela illustre brutalement combien nos histoires de genre n’ont jamais réussi un instant à remettre en cause la bipartition du réel.

Ce que les masculinités, dans leur foisonnement, dévient, ce n’est pas elles-mêmes, c’est ce féminin qu’elles tordent comme une vieille panosse pour en exprimer l’exotisme nécessaire à une poursuite de la valorisation.

Tout à la réciproque, la féminité ne se rachète, toujours provisoirement, qu’en y incorporant des éléments de masculinité. C’est là je pense un des aboutissements du vautrage de la question dite de genre ; maintien des catégories, d’une part, également des hiérarchies ; cependant aussi, pour finir, ce qui devrait se poser en contradiction mais finalement fait suite à ce vautrage : en réalité et en pratique, personne, y compris en milieu féministe, n’y croit vraiment. Les m-t’s restent des femmes et les f-t’s des hommes, pas officiellement (ou pas trop explicitement) mais de fait et de compréhension effective. Les formes assignées masculines continuent à se voir réappropriées comme méthode de valorisation et de remplacement de formes assignées féminines toujours pouraves. En fin de compte, les idéologies de la transitude et de la queeritude ont pris exactement le même chemin que leurs prédécétrices, dont l’inénarrable proféminisme hétéro, par intégrationnisme autant que par opportunisme, ainsi que par manque de volonté critique. On était à straightlande et en plein patriarcat, et on y est toujours, voire un tantinet plus. Et zut ! On ne peut pas transformer la masculinité, ou plus précisément son rôle structurant d’un certain monde ; on ne peut que s’en débarrasser. Ou l’assumer, avec ses conséquences toujours identiques. Il n’y a pas de masculinité ou de masculinisme alternatives. D’ailleurs je crois que ça vaut mieux. Comme je l’écrivais il y a déjà un moment, autant ne pas chercher à remplacer ou à relooker les véroles. Nous n’arrivons déjà pas, les unes ni les autres, à nous dépêguer du masculinisme par défaut qui jaillit et rejaillit de partout, par notre pusillanimité et notre paralysie effrayée à critiquer et envoyer valdinguer les formes sociales « évidentes » et surtout patriarcales qui en découlent, pas la peine d’en rajouter à la grosse cuillère « alternative ».

 

La masculinité, ou ses formes « réappropriées », est et reste le sujet, d’où tout part et où tout aboutit, vers lequel tout appète (et réciproquement : ce qui est à mettre en cause ici, c’est le sujet) ; la féminité, c’est le paillasson intermédiaire, sur lequel on passe pour en venir et y aller, sur lequel on se décrotte et où on délasse ses fantasmes. La déviance, en tant que telle, comme la « subversion », a toujours été un moment de straightlande, l’endroit « autrement valorisé » qui huile la mécanique, comme l’assigné féminin fait tourner bénévolement la machine à produire, ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail. La masculinité, c’est le rapport d’appropriation, d’objectivation et de dichotomie. Quand on essaie de reprendre ce rapport, on nourrit la masculinité. Le sujet est masculin, c’est entendu ; mais dans cette logique tout et toutes tendent à ou essaient de devenir ce sujet par lequel les fonctionnements sociaux vont pouvoir transiter. Évidemment, comme dans toute société bien ordonnée, n’y en a pas pour tout le monde, loin de là – manquerait plus que ça ! Mais ça reste et doit rester l’objectif. Toutes et tout sujet – voilà l’impasse définitive. There is no alternative – qu’y disent !

 

La f’ité trans est pourrie, évidemment, superlativement. Déjà ça pue d’être une nana, mais alors de l’avoir choisi, on empeste et on ne peut se regarder dans aucune glace. En témoigne le vide et l’impossibilité totale que j’ai à peu près toujours constaté dans les rencontres t’s, dès qu’on était entre f-t’s. Encore, à deux ou trois, on se raconte des horreurs, passe. Mais dès que c’est formalisé c’est la panique : il n’y a rien de ce que nous réalisons qui nous paraisse en fait défendable. Je me rappelle même de réflexions du genre « je m’emmerde avec les nanas t’s, je ne suis bien qu’avec les transboys ». Le f nous fait horreur, comme à tout le social, seul me m est positif et rédempteur. Ce en quoi nous donnons parfaitement la réplique aux nanas bio, rompues par la misogynie intériorisée, et qui préfèrent la violence de leur copain à se retrouver entre femmes, parce qu’alors il faut confronter la négativité à peu près totale du f – et qu’il vaut encore mieux prendre des baffes. Le f est pourri et nous sommes les secondes, après bien sûr les m-t’s mais sur leurs talons, à nous tourner vers les formes et le domaine masculin, que ce soit comme objet de relation ou comme éléments d’identification de soi.

Notre dégoût de nous-mêmes, notre angoisse face à une négativité antisociale radicale que nous avons pourtant choisi (hé, tout de même, alors ?) tend malencontreusement la main, par-dessus les clivages politiques, à la haine structurelle du féminin et aux dénonciations « retour aux fondamentaux » de la « féminisation » (que j’aimerais bien voir, tiens !) de la société, alors bien entendu que celle-ci est en train au contraire de s’universaliser sur des valeurs et formes assignées masculines, ressentimenteuses et régressives.

Il y a, il faut bien le dire, un mystère à notre existence, si l’on veut passer par-dessus l’explication simpliste d’un exotisme pervers : pourquoi devenons-nous femmes ? Et je dis bien devenir, ne croyant nullement aux fables de l’âme et du corps, ou du déjà-toujours-été, bref de la naturalisation du sexe social, qui sont une échappatoire essentialisante, et par ailleurs une totale déférence aux exigences des réacs pour lesquels tout changement est une perversion. Je tiens qu’au minimum, parmi les f-t’s, il y a une volonté radicale de combattre la norme masculinocentrée. Ce qui est remarquable, ce qui si j’ose dire nous visibilise, alors là, redoutablement, y compris à nous-mêmes, c’est que contrairement à l’ordre généralement supposé pour le rapport à des positions qui tranchent, nous l’avons fait, en succession logique je veux dire, souvent, avant même de le penser entièrement, qu’il a fallu que nous le fassions pour le penser tout à fait. Et que, chose qui pourrait sembler étonnante, c’est là que ça coince, et pas dans les contorsions sans fin qu’il nous faut exécuter pour en arriver où nous sommes – en fait où nous ne sommes jamais, toujours à réaliser.

 

Les histoires de genre sont un ratage monumental, si toutefois on voulait renverser l’ordre de ce monde – et on était quelques unes à le vouloir. Au lieu de nous sortir des fatalités, elles nous y ont collées encore plus, et par-dessus le marché renforcé la valorisation, l’hégémonie des formes masculines du social et de l’identité. Démonstration, une fois de plus dans l’histoire des échecs révolutionnaires, que si on n’est pas nettes sur les buts, qu’on patouille à essayer de ne pas rompre radicalement avec d’où on vient, qu’on chèvre et choute – et laisse toujours bouffer le chou à la fin - les moyens mêmes qu’on y mettra se retourneront contre toute issue. Il ne suffisait pas de renommer trucs, boudins et comportements, et encore moins en ne faisant que jouer au rubik’s cube et repiocher dans des registres inchangés : c’est à ces registres mêmes, à leur existence injonctive, à leur rapport aux choses, aux fameuses choses qui nous dictent de l’intérieur, qu’il fallait sans doute s’attaquer. Nous nous en sommes bien gardées.

 

Les t’s sont dans les deux cas les positions les plus exposées : déviants à fond dans un cas, absolument pourries dans un autre. Ce qui, je crois, met fin à l’illusion, justement, d’une t’identité, solidarité ou quoi que ce soit de ce genre. Nous n’avons ni voulu ni su briser la dichotomie, nous l’avons juste fourrée partout, nous avons cru pouvoir en jouer ; on ne joue pas avec les éléments de la domination, ce sont eux qui nous jouent. La conséquence en est le renforcement, à travers nous, des logiques sexuées et hiérarchiques. Les f-t’s n’ont rien à faire avec les m-t’s. Les t’s comme identité « solidaire » sont une fiction de moins en moins soutenable, à mesure que la pratique se déroule. Dévier, c’est encore vouloir et avoir intérêt, possibilité de trouver place dans cet ordre de choses ; en être pourrie conduit, enfin en logique, à vouloir en sortir, et pour cela lui passer sur le corps. Á terme, c’est inconciliable. Je ne crois d’ailleurs pas un instant à une fatalité des identités et du matérialisme déterministe ; mais il faut être conséquents avec ce que l’on veut. Les buts conditionnent les moyens. Vouloir sortir par le chemin des masculinités d’un monde m se révèle contradictoire, et de fait ne marche pas : on ne peut pas doubler ce monde.

 

Par ailleurs, si on admet que le genre n’est à ce jour qu’une redistribution très marginale des formes sociales assignées sexuellement, et nullement une remise en cause de ces formes, je crois qu’il faut en finir avec le fantasme t’identitaire. Si il y a des t’s, ellils sont très, très peu, ce seraient des personnes quasiment pas genrées ou sexuées (et cela litière faite de la grande illusion « masculine-agenre », où comme par hasard presque tout le « neutre » est issu d’un masculin plus ou moins soft, avec quelques paillettes de féminin clairement excroissant). Il n’y a pas de t’s ; il y a des mecs trans et des nanas transses – à l’exception de quelques inclassables dont je ne suis pas, et qui n’ont pas demandé leur carte au guichet ; cela dit, la « neutralité queer » est tout de même fichtrement lisse-andro, attirée par le valorisé. Et, d’expé, je doute de plus en plus fortement que leurs places, leurs représentations, leurs projections et tutti quanti, à ces mecs et ces nanas que nous sommes, tiennent plus d’un T introuvable que de la sexualisation ordinaire, avec un peu d’exotisme – qui au reste ne nous est pas propre. Nous constituons un aspect du rapport social de sexe, mais nous ne transcendons ni n’abolissons en rien celui-ci, même avec des shakers. Le contraire serait tout de même étonnant.

Nous avons continué, profondément, d’être les caricatures de caricature que l’on est en ce monde dès lors qu’on veut ou qu’on se laisser aller à ressembler à quelque chose – ces quelques choses pas si nombreuses et bien délimitées, qui courent les rues et qui sont les caricatures originelles dont nous dérivons, ou dévions.

Bref, je crois qu’il faut reconnaître qu’il n’y a pas, ou très peu, de « t » dans ce monde – en tant que forme sociale ou antisociale. Et qu’il faut cesser de nous cacher derrière le suffixe – c’est, hélas, le préfixe qui continue à prévaloir. Comme je dis toujours, si on voulait en sortir, c’est raté pour cette fois ; et si on voulait pas en sortir, mais y rentrer encore plus profond, ce dont j’ai de plus en plus l’impression, l’honnêteté intellectuelle de base consisterait à ne pas faire semblant de vouloir le contraire.

Hé non, contrairement à ce que voudraient encore croire des camarades, merci à elles de ne pas avoir oublié ce but, « notre vie » n’est pas révolutionnaire, non plus que nos identités (comment d’ailleurs une identité, cube dans le rubik’s, équivalence dans le système d’échange, pourrait elle l’être ?). C’est raté, radicalement raté. Pour cette fois et de cette manière. Mais c’était autant une option qu’une possibilité. Il aurait sans doute fallu le vouloir vraiment, et le vouloir conséquemment, sans victimisation ni opportunisme. Nous n’avons pas fait pire que beaucoup d’autres (suivez mon regard…), mais en cette époque, dans la situation où nous nous trouvons, le moins du pire est déjà une impasse soigneusement bétonnée. Et nous ne sommes pas dans cette impasse, nous sommes cette impasse, ou plutôt nous constituons désormais une partie de l’impasse générale.

 

Vous avez compris qu’il n’est pas question ici de protester, de revendiquer, de chercher une place dans la hiérarchie « qui c’est qu’est la plus opprimée », bref de continuer la moral-politique dans laquelle nous sommes embourbées depuis des décennies. Ce qui ne va pas, et nous met dedans, c’est l’illusion que ces formes, masculines donc, vont nous émanciper de quoi que ce soit. Elles ne font que donner de nouvelles couleurs à la barbarie qui prend ses marques, de manière de plus en plus insistante.

Ce qui me fait peur, c’est que, de mon point de vue, l’affaire est plus grave encore qu’un « simple » échec historique : nous sommes en train, en pleine panique intégrative, alors même que ce à quoi nous voulons nous intégrer part en miettes, devient impitoyable dans l’agonie, de nous agripper, de préempter les daubes les plus régressives ou conservatrices. D’espérer quoi que ce soit de la citoyenneté, du marché, du mariage, de la famille, de la religion ou de la masculinité (etc. – il faut craindre que tout la drouille naturalo-tradie soit remise au goût du jour, jusques à des trucs qu’on n’ose pas encore réimaginer), en essayant de les faire nôtres pour que ça passe en petites boulettes subjectivées et plurielles – multipliées quoi, est, en soi, carrément tragique.

 

Et puis, il faut bien commencer à le dire, hors de quelques phrases lancées dans des coins affinitaires : c’est aussi le mouvement féministe comme nous l’avions relancé autour de 95, qui se vautre dans ce qui est là aussi pire qu’un échec.

Pourtant, on avait eu, moi la première, quelqu’espoir au début, il semblait y avoir une volonté de séparation, de rupture radicale ; ça n’a pas tenu longtemps face au désir d’aménager l’ordre des gentes et des choses, sans le remettre en cause, de le faire tourner. De ne surtout rien perdre et rien laisser.

Pour n’avoir jamais voulu rompre, pour nous être résignées et y avoir, il faut bien le dire, pour certaines, trouvé notre compte, nous avons suivi la courbe de la socialisation et de son aménagement. Nous en sommes à prendre langue avec toutes les compromissions, tous les rackets, à leur décerner des vertus émancipatrices.

 

Le bon vieux but humaniste de libération des formes sociales reste à l’ordre du jour : que tout le monde soit homme (et sujet, et valeur, et peuple, etc.). C’est une option, celle de la perfection de ce monde ci. Comme je dis toujours ça se tient. Le tout est de savoir si c’est ça qu’on veut (apparemment oui), et si on en assume les conséquences (apparemment pas toujours ni aussi volontiers).

Il nous manque encore un défrichage fondamental sur la haine, le mépris, le dégoût et la peur du féminin, non seulement chez les réaques mais aussi dans tout l’imaginaire du mouvement révolutionnaire ; une critique par conséquent du réinvestissement sans fin dans les formes masculines – sexualisantes bien entendu, mais très au-delà et partout : politique, économie, travail…

Il nous manque aussi une vivisection sans oubli ni pardon des formes qui, chose étrange, ne se réalisent qu’entre les personnes qui portent valeur, et finissent toujours par détruire les autres : solidarité, lutte… Sans doute faudra-t’il que nous échappions à ces formes, et que nous inventions autre chose pour arriver à vivre et à nous trouver.

 

Les masculinités auront beau dévier tant qu’elles veulent, porter à gauche ou à droite, prendre toutes les couleurs de l’arc en ciel, elles n’en resteront pas moins le sujet social, avec tout ce que cela suppose : dichotomie, objectivation, domination ; et la féminité, qui n’arrive jamais vraiment à être plurielle, l’anti-sujet, tout gris tout moche, tout pourri quoi. Et ce, jusqu’à ce que nous ayons renversé la société. Et que nous n’ayons, la déesse aidant, plus besoin de sujet social.

La réappropriation, c’est la perpétuation. Ça peut paraître étonnant que quelque chose d’aussi énorme ne nous apparaisse pas – mais peut-être l’explication est-elle du côté des vieilles chieuses : quelque part, bien caché sous nos protestations et nos indignations, nous avons des intérêts à ce que ce monde continue. Et la rhétorique alterno-révolote n’est là que pour nous repeindre le temps qui passe.

La masculinité déviante, c’est comme la sexualité sans contrainte ou le commerce équitable, c’est une arnaque. Et ça sert à perpétuer un monde basé sur les mêmes structures prétendues neutres, qui ne seraient « que ce qu’on en fait », naturalisées quoi.

Ce n’est même pas (qu’)une question de gamètes ; c’est une question sociale. Valérie Solanas relevait justement qu’en patriarcat, un nombre considérable de nanas « sont des mecs », c'est-à-dire incarnent activement ou passivement les formes assignées masculines. Dans une anti-monde, une anti-société éclatée, déconcentrée par des formes f, peut-être serions nous toutes enfin des nanas. Ou encore mieux, qui sait. Mais plus des mecs ! On l’a assez été, on a assez cherché à l’être, à l’égaler, à l’intégrer, à quelque titre et de quelque position sociale que ce soit ; on l’a assez réalisé, à notre détriment permanent ; on en a assez bouffé, de la mequitude.

 

Pour une monde sans masculin !

 

 

 

Comme le nez pas au milieu de la figure

 

 

Quand on s’est attelée à causer des constantes sociales du milieu comme de straightlande, on est facilement amenée à se répéter souvent. On se console en se disant que c’est le cas général, des qui défendent comme des qui critiquent.

 

En ce qui nous concerne, les transses, un des marronniers qu’on nous a planté sur la gueule, quand ce n’est pas sur notre tombe, et que nous nous sommes trop souvent prises à nourrir nous même de notre chair, de notre vie, c’est notre prétendue « invisibilité ». Comme j’ai déjà quelques fois écrit – si seulement !

 

Il y a encore peu de jours, une camarade cisse, suivant la pérenne sinon louable habitude de vouloir faire amie-amie avec « les trans » (voir plus loin ce qu’implique cet indéterminé abusif), absolument pleine à ras bord de bonne volonté, cette bonne volonté que nous payons au reste toujours de notre poche à la fin – pasque tout de même, hein, bon - , écrivait un énième plaid pour dire combien les radfem’ et républicaines sont méchantes, phobes (ce qui n’est guère contestable) – et par conséquent les inclusivistes et autres intersectionnelles qui se pensent leur opposées bonnes et gentilles - avec nouzautes. Ce qui est une toute autre affaire et pour tout dire un mensonge.

 

Déjà, il faut bien le dire, la bonitude et la gentillesse d’un milieu f-tépégé de plus en plus occupé, de concert avec ses concurrentes ci-dessus évoquées, à la récup’ réappropriatrice des formes sociales masculines en vue de l’intégration aux structures économico-politiques en vigueur, je fais partie de celles qui, pas convaincues, sans valeur, en ont bouffé jusques à la limite de la fosse commune. Encore une répétition, ce n’est sans doute que par un malheureux hasard que presque toutes les nanas transses en sont éjectées, ne peuvent y survivre ; à part quelques qui sont là comme spécimens déculpabilisantes, et ont généralement du se conformer au retour androgyne, surtout andro, bref f ça pue, qui est actuellement de bienséance par chez nous.

 

Et puis surtout, dans le pack bienveillance, il y avait là comme d’habitude cette espèce de politesse que c’est mal de nous outer. Et là évidemment je rigole. La plupart d’entre nous, jeunes et vieilles, sommes out 24/24, on nous voit, repère et entend à cent mètres ! Mais il ne faut pas le dire, pas même le penser. C’est que déjà ça fout la zone dans l’idéologie intégrationniste associative selon laquelle quand on aura nos papiers avec un gros f dessus personne n’osera plus ni moufter, ni même nous voir. Que bien des groupes sociaux haïs consensuellement, dans l’histoire, aient été massacrés alors même que l’égalité civile formelle leur avait été accordée, et continuent de concentrer la haine fétichiste explicative de « pourquoi notre monde merveilleux fait des malheureux », ça aussi, mieux vaut y oublier n’est-ce pas ? En ce qui nous concerne on, ce cher on, aura toujours le temps de se réveiller un instant, juste le temps de se dire qu’il est de toute façon trop tard et de se rendormir, quand ce sera la chasse à courre aux travelos que nous sommes, en termes crus de rapports sociaux, (et à bien d’autres) dans les rues. Je ne sais pas pourquoi je parle encore au futur parce que ça a déjà (re)commencé - ça n’avait jamais totalement cessé, mais là, la société majoritaire qui voit ses avantages diminuer a besoin de se faire meurtre, pour se refaire une santé, ou charmer son agonie.

 

Politesse dis-je. Je ne suis pas du tout contre la politesse, la mise en forme des contacts sociaux entre personnes et entre groupes. Je ne suis pas du tout contre le formalisme, bien au contraire. Mais si ce formalisme essaie de travestir un mensonge et, pour tout dire, une haine sociale, là non, merci bien. Je suis assez effarée de ce déni qui non seulement nous touche, mais que par souci de ne pas envenimer les choses la plupart d’entre nous ont fait leur. La croyance que nous ne sommes pas visibles. La croyance que nous ne sommes pas vues, socialement, comme des caricatures sur pattes, que nous n’incarnons pas sur nos gueules et les contradictions de la forme sociale sexe, et la non-naturalité d’une féminité qui concentre, par toute la planète et l’histoire, le dégoût, le mépris, la dé-valorisation et encore une fois la haine.

 

Chez les cisses, chez les mecs trans, comme finalement partout à straightlande (dont, n’oublions, pas, nous sommes nombreuses à vouloir faire partie en réalité), on aimerait bien, on éprouverait un net soulagement à ce que les transses n’aient pas des gueules de transses, tout simplement parce que par « gueule », on n’entend pas seulement nos vilaines têtes anguleuses, nos tailles trop élevées, etc – on entend toute la problématique sociale et sexuée qui piétine derrière, et que beaucoup d’entre nous, et cisses, et trans, et transses, aurions bien eu envie d’oublier, de ramener à de simples questions d’identité perso dans un système d’échange social « neutre ». Mais voilà, en réalité, notre apparition puis notre multiplication relancent par le fond ces vieilles questions douloureuses pour l’ordre des choses et des gentes ; on peut même dire qu’elles les ont enrichies de nouvelles anicroches.

 

La volonté de ne pas voir ce qui se passe, qui est comme le nez au milieu de la figure, ou encore plus précisément comme un nez qui en plus ne serait justement pas au milieu de sa figure, a beau être un vieux trope majoritaire comme minoritaire, ça déconcerte. Et ça énerve, quand ça vient de personnes qui ne sont pas à proprement parler concernées – on ne peut alors que soupçonner de leur part une élusion, un refus de responsabilité sociale. Ça arrangerait tout le monde, et nous-mêmes en premier je dois bien le dire, si à l’instar de nos homologues m nous étions à peu près invisibles, normées, passantes. Ce n’est pas le cas. Ce n’est pas le cas socialement, ce n’est pas le cas physiquement – le physique étant pour moi issu du social, et dans sa compréhension et pour une bonne part dans sa genèse même. C’est surtout irréductible. Nous pouvons bien nous faire raboter, retoucher de tous les côtés, même comme ça, même si on pouvait nous couper des tranches, comme aux thons, nous resterions très majoritairement visibles. Et quand je dis visibles c’est porteuses, incarnations d’un stigmate qui inspire la haine et le mépris, c’est pas juste reconnaissables, comme ça. Nous sommes la négative, la négation sur pattes de ce qui est consensuellement trouvé bien, apprécié, valorisé par tout le monde social, nos zamies cisses et m-t’s y compris. Du coup il faut ne pas nous voir, il faut ne pas voir ce que nous portons, puisqu’il n’y a pas le douteux « courage » de nous rejeter explicitement – celui qu’assument, à peu de frais vu ce qu’on vaut, les radfem’, une notable part des cisféministes, et avec elles la totalité du monde straight.

 

En réalité, tout le beau monde des vraies est bien d’accord à notre sujet : ne pas vouloir nous voir, ne pas vouloir voir les significations et contradictions que nous portons en terme de genre, de sexe social, de valeur – puisque l’autoperception de toutes ces vraies est basée elle-même sur le déni et l’aveuglement à ces sujets, dont la manifestation remettrait leur propre sujet social en cause. Pour les unes il faut nous exterminer direct, pour les autres nous caviarder poliment avec bienveillance, mais les tenants et les aboutissants sont les mêmes – juste cela se traduit par une concurrence sur le marché politique, dont nous sommes alors un des prétextes.

 

Pour cisselande et ses annexes, somme toute, une bonne « personne trans » - fourre tout qui, contrairement à la doctrine en vigueur, nie la hiérarchie sexualisante, juste pour nous ça tombe bien – est une personne indétectable, ou tout au moins acceptable selon des normes ciscentrées mais aussi très masculines. Sinon c’est un tas de caca qui « nous » discrédite. J’en ai déjà causé il y a quelques mois, au sujet du « real life test » qui sous tend peut-être les projections légalisatrices de certaines, y compris d’entre nous (et qui se font, je m’excuse d’être aussi grossière, de sacrées illusions sur leur propre devenir, quand on ira regarder dans tous les trous de nez qui qu’est bio, qui qu’est fausse). En tous cas, ça délimite de facto quelles « personnes trans » seront admises à l’existence. Presque que des m-t’s. Et une minorité de f-t’s qui vivra conséquemment toujours dans la peur de l’inévitable resserrement des critères – ce qu’on pourrait appeler le système de la sélection régulière, tel qu’il fut appliqué en certains endroits.

Ce désir angoissé de la normalité, de l’invisibilité alignée sur la forme sociale après laquelle nous courons, est évidemment un de nos puissants motifs pour nous soumettre à tout et à son contraire, comme ce l’est de toutes les minorités qui voudraient rejoindre la béatitude des assises, des bien nées – mais voilà, ça ne marche pas. Il faut bien se rendre que nous, les transses, n’avons pas signé pour ça !

 

Nous ne devons tellement pas exister qu’on nous dénie jusques à ce qui fait le principal de notre expérience, « mais non tu paranoïe », ce qui a pour effet, détruisant notre propre rapport aux valeurs sociales dominantes et aux stigmatisations qui s’ensuivent, d’anéantir la réalité, et de nous rendre facilement cinglées. Mais cet effet, nous rayer de la carte, est le but, pas très conscient mais tout de même un peu, des cisses et finalement aussi des m-t’s, désormais – en tant que groupe social en tentative d’intégration à l’ordre genré et civil. Nous dépassons, et par comme nous apparaissons et par ce que nous risquons de signifier – bref, pour que tout continue, il est indispensable de se débarrasser de nozigues. Sans le dire, sans même le chuchoter (on laisse ça aux ouvertement transsephobes, finalement bien pratiques et irremplaçables).

 

Alors évidemment, quand les inclusivistes, la larme à l’œil, s’apitoient sur notre sort que pourtant elles tricotent avec la même constance que les autres ; qu’elles se servent de nous pour régler leurs comptes avec leurs homologues cisses radfem’ ; qu’elles font mine de croire – et de nous imposer de croire – à un continuum trans qui n’existe pas plus socialement et politiquement qu’un supposé continuum humain en patriarcapitalisme ; enfin qu’elles se soucient en faisant des mines comiques de faire semblant que non, on n’est pas visibles, on n’a rien vu rien entendu, et qu’il faut surtout pas nous outer, donc ne plus faire semblant – je dois avouer, je ne sais plus que dire, sinon shut up ! Fermez la un peu au sujet de ce qu’on est ou pas pour vous, de ce que vous avez ou pas le courage politique de voir, parce que nous, on en est à ne plus nous entendre nous-mêmes.

 

Pour le moment, que les choses soient claires : nos alliées concurrencent bien nos ennemies, en mauvaise foi comme en violence sociale, et nous nuisent tout autant. Nous avons besoin des unes, des autres, de leurs volontés bonnes et mauvaises, comme d’un trou dans la tête. D’ailleurs il faudrait apprendre à ne plus avoir besoin tout court, pour briser le cadre étroit qui nous maintient en cette situation. Situation qui n’est pas fatale à jamais – je ne souscris pas à l’essentialisme statutaire qui limite la question sociale à la situation par rapport à des buts sociaux incritiqués. C’est sans doute en nous attaquant à ces buts, anthropologisés ou naturalisés, évidentisés, que nous pourrons envisager de cesser de jouer nos rôles respectifs, et de nous foutre par cela même les unes des autres – et les unes les autres sur la patate. Mais il faut, dans l’état des choses où nous sommes, arrêter de faire comme si, et mettre au net ce qui se passe.

 

Il faut bien voir que la culture politique de la dénonciation, du ressentiment, de l’exotisation, de l’aménagement, non seulement n’est pas de la critique sociale mais carrément l’empêche, la paralyse. De même que toutes les idéologies antithéoriques des « retours aux fondamentaux », du « réel qui ne ment pas », des « traditions qui libèrent », de « l’oppression de la majorité par les (sournoises) minorités », des essentialismes fatalistes, vers lesquels convergent, en nos braves temps de naufrage, depuis les réaques assumées jusques aux intégrationnistes les plus diverses, sont dans leur principe, je le crois en tous cas, masculinistes, nationalistes et propriétaires.

 

Il faut bien voir aussi que parmi les désastreuses conséquences de l’application effrénée de ces idéologies pansements, se trouve l’exacerbation des dominations, des oppressions, des stigmatisations, des haines et des mépris. Et que par quel bout que l’on prenne l’affaire, on ne peut pas se taire à ces sujets. Ça n’implique donc pas de se contenter de se passer de la pommade, de se déresponsabiliser, de faire comme si pas – rien de tout cela n’est au-delà de nous, bien au contraire. Il ne s’agit donc pas de ne pas se prendre à partie ; il s’agit de tenter de déterminer ce qui est réellement en jeu à travers nos rapports et nos échappatoires.

 

Si nous continuons, les dominantes comme les dominées, à croire benoîtement que ce que nous sommes correspond à ce que nous voulons ou croyons être, ce d’un point de vue social, à refuser d'envisager que ce puisse être ce dont nous revendiquons la perfection qui soit à l'origine du cauchemar, eh bien les choses, nos doubles sociales sur le cou desquelles nous laissons par là même la bride, continuerons leur sarabande autonome jusques à leurs conséquences ultimes, quelles que soient nos plaintes ou nos protestations. Nous leur passerons dessous.

 

Un matérialisme qui ne critique pas les formes sociales, les prend au contraire pour bonnes, nécessaires et référentes, qui ne pense que leur comptabilité et leur distribution, est un essentialisme qui a peur de son ombre, et une matrice de reproduction permanente du même. Nous en sommes là actuellement. Et de vouloir nous y blottir ne nous sauvera ni les unes ni les autres (dans l’ordre encore une fois bien sûr). Une remise en cause de ce à quoi nous nous accrochons comme objectif est indispensable à nous sortir de là – si encore une fois nous le voulons vraiment.

 

De même que la sexualité c'est l'hétérosexualité, l'invisibilité est indexée sur les principes et les images de cisselande (et surtout de ses formes valorisées masculines) ; quand tu es invisible, tu es cis'.

 

 

 

 

 

Let's drop..

Séparons nous des cis', de même que de la transmasculinité. Il n'y a pas aujourd'hui, ni sans doute demain, de convergence entre nous et elleux.

Mettons les voiles, assurons nous de l'espace et de la réflexion.

Autonomie transfem !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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