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Réflexions de l'hiver 14

 

Encore faudrait-il qu'on le veuille !

 

 

Misogynie, m-valorisation : rien de spécifique, non plus que de fatal

 

 

 

Ce n’est pas une fois, mais quelques, que je l’ai entendue, celle là, à tpglande, dans la bouche de nanas t’ ; fagotée plus ou moins crûment, mais au sens toujours identique et très clair : je me fais chier avec les femmes trans, je ne vois pas ce que je pourrais partager avec, je me sens bien qu’avec les garçons trans, les nanas ou les garçons cis, dark vador, tank girl, enfin bref tout ce qui n'est pas une transse. 

 

(Nanas, garçons… chez nous ne dit pas trop homme et femme, ce sont – et j’en conviens avec allégresse – des très gros mots. Sauf qu’en convenir ne suffit pas, il faudrait les défaire réellement – et là, ça biche. Nous n’en avons rien défait, au mieux repeint les bordures, et glissé vers la normalisation. Je crois que nous sommes à ce jour, finalement, arrivées à 99 pour cent à nous trouver être des femmes et des hommes t’s, même si honteusement et torvement – je parle, évidemment, de la famille f-tpg. Tant pis. Encore ratée !)

 

Je n’y vois pas même tant une profession de foi hétéra (une part notable de celles qui m’ont dit ça se définissent d’ailleurs comme lesb’ – ce qui est facilité par la réduction de ces catégories à des orientations sexuelles, la socialité et le choix d’un monde en étant exclues) que la conséquence de la profonde misogynie qui imprègne tout le social, tout l’identiste. Nous ne pouvons pas nous trouver, pas même rester avec nous-mêmes, sinon forcées, parce que l’affirmativité de fond nous traîne, nous tire, nous fait glisser avec obstination vers les formes masculines et ce qui les porte. Et que la négativité, la profonde remise en cause que nous pourrions porter nous fait horreur, nous dégoûte et nous effraie. Rien de très neuf là non plus - je renvoie à ce que remarquait Bindseil il y a trente ans ("La fabrication sociale...", dans le buisson d'épines conjoint).

 

C’est la même soif d’authentique, sans doute, et de valorisation, qui nous pousse en général vers les cis, même si nous passons notre temps à nous plaindre de leur mépris, quand ce n’est pas de leur haine. La vérité est ailleurs. Précisément là, à bio-m-lande.

 

Comme d'habitude, je ne cause pas là des personnes, en tant que pack identistes à juger politico-moralement, à approuver ou à condamner ; et encore moins de "ce qu'on devrait être/pas être" ; je parle des formes sociales que nous incarnons et (re)produisons.

 

Vous aurez remarqué que je ne cause pas de « transmisogynie », comme le font plusieurs de mes camarades. Tout simplement parce que la misogynie et le masculinisme dans lesquels nous baignons et que nous reproduisons ne sont pas plus spécifiques que ne l’est, finalement, la transitude, ou la f-transitude. Une fois de plus, je crois qu’il nous faut, à regret j’en conviens, abandonner l’idée que nous avons, à ce jour, amené quoi que ce soit de neuf au guignol social-genré, ni que nous introduisions des éléments autres. Au mieux, si j’ose user ici de cette appréciation, nous en avons tiré les caractères un peu plus loin. Mais nous faisons tout notre possible pour éviter de manifester les remises en cause possibles. Pour oublier ce possible. Pour trouver place. Exister dans les catégories imposées. Intention tout à fait conséquente en elle-même, d'un point de vue utilitaire et de survie, sauf que ça ne marche pas pour nous, les éléphantes du genre. Et que ça marche d'ailleurs de moins en moins et pour de moins en moins de gentes au gré du rétrécissement de la portion rentable de ce monde.

 

Le concept de transmisogynie, avec son à-côté, comme l’ont tous les concepts de ce type, de regrettable erreur qui ne devrait pas avoir lieu dans le meilleur des mondes des genres, ou de l’économie d’échange, ou de la citoyenneté, etc. – nous laisse dans la rade où nous nous sommes un peu sabordées, et est tout à fait insuffisant à nous sortir de quoi que ce soit où nous sommes. Parce qu’il n’arrive pas à rejoindre une critique de fond, et par ailleurs ne parvient pas à se défaire de l’idée vague d’un nécessaire paradis des identités, où elles seraient toutes égales, toutes part d’un grand gâteau gourmand winner-winner qui grandirait sans cesse par quelque magie. Bref parce qu’il ne parvient pas à se dire franchement que la hiérarchie m/f, valorisé dévalorisée, n’est peut-être pas dépassable en l’état, se maintient dans les utopies redistributives. Et qu’il faudrait alors nous débarrasser du m. Bref que le principe même d’un monde de valeur, c’est que tout ne se vaut pas, tout en étant emprisonné dans la même cage d’évaluation. L’exigence d’équivalence, indexée sur une tierce faussement neutre, entraîne l’inégalisation.

 

Dans les faits, cela crée entre autres notre aversion réciproque les unes pour les autres, avec les plus miteux prétextes, style que telle ne pense ou ne dit ou ne fait précisément pareil que ce qu’il est attendu (et par qui, quoi ?) qu’elle doive – mais les cis et les m-t’s après lesquelles nous courons, singulièrement, peuvent se permettre les plus grandes fantaisies, sans parler évidemment du pouvoir discrétionnaire de reconnaissance dont elles usent à notre égard, nous n’y trouvons rien à redire. Au contraire, nous nous transformons, incluons des éléments misogynes, rigolons grassement – oh oh oh – de nos propres caractères (il paraît que quand c’est nous qui nous humilions c’est subversif…), nous alignons bref autant que possible, en externe ou en interne, sur ce qui est un des aspects du sujet social contemporain (qui est de se placer aussi près que possible d’un idéal aujourd’hui masculin, blanc, producteur de valeur, consommateur de plaisir - ou l'inverse - intégré, complémentaire, souverain, efficace, etc…), afin de leur plaire – et à notre propre fantôme social, lequel chuchote dans notre dos ! Alors tu parles, z’auraient bien tort de se gêner. Ce en quoi nous nous comportons totalement, identiquement, il importe de le resouligner, comme la plus grande partie des nanas bio – soumission self-hate ou compétition pour l’incarnation des formes m, l’une n’étant pas exclusive de l’autre. Hétérolande, meclande et biolande sont partout, de même que la valeur et de l’identité, et toutes les réalisons avec émulation ; et nous nous mettons très profondément le doigt dans l’œil lorsque nous nous imaginons, essentialisme de statut aidant, que nos contorsions trans changent quoi que ce soit au schéma, dans la mesure où tout, et toutes, sommes tournées vers un impératif unique, débité en portions diversement colorées et fourbies.

 

Je dirais au contraire que si il apparaissait, bien malgré nous, quelque chose de spécifiquement trans, ou transse, nous serions bien embêtées avec, et ne saurions qu’en faire. Á ce jour, rien n’est apparu dans notre sillage qui tranche avec les caractéristiques majeures du présent ; ni le jeu d’un genre toujours binaire et hiérarchisé, même au détail, ni l’intégrationnisme aux formes « neutres » de la féroce nécessité (et l’ahurissement toujours aussi naïf que oh zut, ça marche pas et ça tue !), ni même la dépendance au médical. Ou si c’est apparu, hé bien aucune d’entre nous, moi y compris, ne l’a perçu.

 

Mais voilà. Ici, je ne peux que reconnaître que j’entre dans le parti pris, et que je le prends sans vergogne aucune. Non, je ne crois pas que le sujet social soit pluriel, qu’il y en ait autant que de statuts dans l’échelle du pouvoir et de l’appropriation. Et non, je ne crois pas, en conséquence, que ces statuts sociaux changent quoi que ce soit à l’usage des formes sociales ni à leur ordre. Ce sont elles, par jeu de retour fétiche, qui s’autonomisent à travers notre enthousiasme ou notre résignation, et gagnent à chaque fois quand nous pensons les utiliser, si subversivement soit-ce. Elles tendent vers la réalisation d’un seul idéal, appropriateur, valorisateur, productif, masculin. La concurrence pour s’en approprier les éléments, les revenus et les manettes n’est pas de l’opposition, ni de la désertion. Et je crains que les conséquences n’en aillent toujours, là encore à notre stupéfaction indignée à chaque tentative, dans le même sens, et nous retombent sur la gueule avec constance.

 

Le cynisme appropriateur, faussement fataliste, qui caractérise in fine tout l’ordre cannibale de la gestion, est une puissante forme motrice de cette répétition. Nous sommes hypnotisées par la (peut-être prétendue) nécessité de distribution et d’attribution de tout ce qui est identifiable, consommable, finalement échangeable. Cette forme structure, meut, crée peut-être même économie, justice, identité, relation, bref tous nos gimmicks favoris, nos royaumes de dieu que nous espérons voir descendre un jour sur terre, alors qu’il est vraisemblable que nous pataugeons dedans depuis des temps immémoriaux. Pataugeons même est souvent de trop : nous sommes les créatures, indéfiniment ajournées et désespérées, de cet humus social. Il faut toujours pouvoir dire qui est quoi, quoi est à qui, qui a fait quoi, non pas tant même pour le savoir que pour débiter-créditer nos comptes-fantômes, imputer nos souffrances, monnayer nos joies. Là encore, il est probable que les conséquences sont plus celles de le perfection que de l’imperfection de ces immenses moyens. Et du rêve « gagnant-gagnant », toujours plus, qui a fini par en issir comme revendication ouverte. Mais ce darwinisme social aboutit de fait à notre extermination autogérée, notamment celle des plus faibles – catégorie toujours abondée par cette logique qui fait choir de nouvelles personnes et de nouveaux groupes en deça de la valorisation. Enfin, que ces tropes « accompagnent », immémorialement aussi et toujours se renouvelant, l’hégémonie de la valorisation des formes assignées masculines que l’on peut nommer aussi patriarcat, ou viriarcat, n’a probablement rien de fortuit, et présente au contraire les caractères d’une totalité systémique.

 

Cela fait longtemps aussi que j’ai pu voir, ou apprendre d’autres, les limites du séparatisme. Celui-ci ne participerait d’un déraillement que si, au-delà des retrouvailles, il incluait une volonté critique radicale de ces fondamentaux que toutes les citoyennes ou candidates à se disputent, lesquels forment à mon avis un cercle qui se mord la queue, depuis le naturalisme rampant jusques à la modernité cyberphile. Tout seul, il ne nous empêche pas de reproduire et de décalquer fidèlement les impératifs que nous suspendons au dessus de nous. Je ne crois pas du tout à la vertu de l’oppression, de quelque côté qu’on la prenne, pour créer par quelque magie socio-mécanique de l’émancipation ou de la lucidité. Non plus que la minorisation entraîne par elle-même une opposition au logiques qui l’imposent. Notre espèce de fascination pour les capacités des pires ne nous a menées à ce jour nulle part qu’au fond de la tranchée que l’ordre discriminatoire et brutal continue à tracer. La surenchère dans la dureté, sous prétexte de nous empowerer et de nous blinder, nous conduit en fait à prendre en charge nous-mêmes notre sélection et notre destruction, en fonction d’un prétendu réel « naturellement » ou « inévitablement » punitif qui recouvre en fait l’intériorisation des règles d’évaluation de plus en plus étroites de l’ordre économique et politique. Séparations, pourquoi pas ? mais à condition de reconsidérer d’emblée à la racine comment nous entendons la, les vivre, que je crois bien plus décisif que les pourquoi dont on ne manque jamais pour couvrir ce comment monolithique. Et conséquemment : séparations de quoi et de qui ?

 

Je crois plutôt que l’affaire serait de nous faire vivre un peu – ce qui n’a rien de si simple -  et de cesser de courir, de concourir après la réalisation d’une ou de plusieurs formes unificatrices qui nous rendraient enfin humaines et heureuses. Tu parles ! Cette course même semble plutôt produire en masse brutalité, inégalité, rapports de pouvoir et de privation. Et la cohue dans le décrochez moi ça des buts et des objectivations empêche peut-être de voir que ce sont les moyens dont nous croyons user, et qui usent de nous, qui sont déterminants de notre malheur. Il se peut que nous n’obtenions, de nous-mêmes à commencer, que l’identique, si nous ne tentons pas un examen de ce qui nous semble aller de soi. De même que peut-être une sorte de déflation ou de perçage de la masse de l’identique revendiquée. Enfin d’une défiance envers attirances et désirs, qui peuvent constituer la nourriture d’un dispositif de renaturalisation permanente des structures de l’ordre par lequel nous nous esquintons.

Ce pourrait en venir à une analyse critique et active de fond, pas d’aménagement ou de rattrapage, de la partition attributive misogyne/masculine de tout ce qui constitue ce monde. Et pas d’un point de vue de rattrapage, cela voudrait dire ne pas céder à l’hypothèse complémentariste, nécessitaire, intersectionnelle, qui croit à la possibilité de s’en sortir en gardant toute la drouille redistribuée, mais prendre parti résolument pour les formes dévalorisées, les formes f, afin de tenter un basculement qui ne nous envoie pas une fois de plus dans la reproduction, conséquemment œuvrer à un dépérissement de ce qui fait consensus sans discussion, qui évide, qui se pose en "neutre", en "réel", en invariant et en nécessité, bref des formes m, et de la fascination que nous entretenons envers elles. Cesser de les suivre, de les coller, de se les récup’, de les désirer. Rompre par le même mouvement avec toute adhésion/valorisation, afin de ne pas refermer la cage – il ne s’agit pas de mettre autre chose à la place, mais de détruire cette place que nous remblayons sans cesse, et depuis laquelle la domination nous tombe dessus en pluie de plomb fondu.

 

En somme, nous lâcher un peu les nageoires, nous faire des vies un peu plus vivables, et nous farfouiller un tantinet le citron. Et créer les opportunités pour ça. Marre de s’émuler à jouer les gagnantes, en partant, en fait, toujours vaincues par les raisons de l’ordre des choses ! Nous n’avons pas les moyens de ce genre de résignation. Et il vaudrait mieux partir dans d’autres directions, que de s’échiner à se les imposer quand même. J’essaie d’en imaginer une, mais plus qu’y en aura, mieux ça sera. Au lieu de converger dans le ressentiment, la concurrence pénurique et les coups de surin, on pourrait diverger joyeusement en s’appréciant les unes les autres et en éclatant les injonctions intériorisées. « Que cent fleurs… », hein, bon, m’avez comprise… Á entendeuses, échappées !

 

 

 

 

 

 

 

  (S')évaluer, (se)normaliser, (s'entr')éliminer

 

…ou pas !

 

 

Quelques camarades, déjà pas bien nombreuses, ont renaudé ci et là, à très juste titre, envers la nouvelle vague de déclamations normalisantes, évaluantes, carrément des fois biologisantes, de droite quoi, qui commencent à se multiplier dans le paysage de t’lande, très visibles sur des sites genre txy, en filigrane de plus en plus insistant dans un large spectre d’associatif t’, pour jeter les pas assez rentables et les trop visibles (je vous épargne la liste, elle figure à maints endroits) à la baille. C’est vrai quoi, on est en train d’essayer d’insérer notre petite maison tricolore, aux trois couleurs pastel et baveuses du genre (bleu fuchsia rose, beuhâ !) qui camouflent mal l’idéalisé fond bleu blanc rouge, dans le grand marché de noël de la démocratie marchande mal en point, c’est une affaire sensible quoi, et voilà les putes, les essdéeffes, les intellotes et autres monstres qui ramènent leurs sales têtes, ces vilaines têtes toutes anguleuses, grossières, dont on aurait envie volontiers d’oublier que, fafs dans le sac à main ou pas, elles restent celles de la plupart d’entre nous. Roh, pas bien !

 

Je commence à me demander si en toile de fond des régularisations demandées, toutes évidemment soumises à l’état de droit comme à l’état de fait social actuels et à leurs rapports, leurs valeurs, leurs légitimités, donc à une prime évidente aux plus normales et aux moins visibles qui constituent aujourd’hui, et ne rêvons pas continuerons à, une petite minorité des transses, si donc il n’est pas question implicitement d’un grand real life test, fondé sur les dynamiques sociales automates et à leurs conséquences sans appel. Les pas intégrables, même si on n’en vient pas à la tuerie dans les rues, ce qui n’est pas acquis, resteront de toute façon marginalisées, monstrifiées, comme le sont toutes les minorités visibles, lois sur la discrimination ou pas. La légitimité sociale majoritaire l’emporte toujours. Et je pense que nos copines qui se croient clean – en réalité la plupart ne le sont pas du tout, ne le seront jamais et seront victimes de leur propre calcul – espèrent ainsi un phénomène darwinien qui éliminera rapidement les – nombreuses - transses de bas de gamme. Et le tout, sans avoir rien à changer aux structures sociales et politiques. Au contraire. Enfin, comme je dis, qu’elles croient. Déjà je pense qu’elles se sont pas regardées dans la glace avec des yeux de normales, ni écoutées avec des oreilles pareilles. Et puis il en est qui ont déjà fait des calculs comme ça dans l’histoire, en livrer mille pour en sauver cent (dont soi, évidemment)… Ce sont d’autres qui en ont vu les conséquences. Les calculateurs vertueux y sont passés eux-mêmes. En outre, je parle des intentions que je suppose à certaines – mais je crois que ces intentions ne pèsent pas lourd dans le mécanisme général d’évaluation-élimination qui sous-tend nos modes d’organisation actuels, et qui en ramène aux mêmes effets les meilleures, d’intentions. Bref, je crois que tout le mouvement associatif communautaire actuel, par son appétit normalisateur, est en train d’accompagner la sélection, autant d’un point de vue d’acceptabilité de genre que d’autres valeurs incontestables de fait ; sans trop le savoir ou, pour de plus en plus, sans trop vouloir y penser, mais en sachant déjà bien qu’il y en aura pas - en faits, en rapports sociaux contondants - pour tout le monde ; rengaine de cette sombre époque. Parce que le en, concernant de plus en plus de gentes, ça va être sous peu la vie.

 

Pour en revenir à la droitisation « pragmatique » évoquée et illustrée, le souci c’est donc qu’elle va déjà, je pense, bien au-delà de ce qui est facilement identifiable comme telle. Et que pour parler franc, que l’on investisse dans l’individualisme intégratif « plus vraie que vraie » dans le meilleur des mondes ou dans la santé communautaire, dans la catéchèse ou dans l’échange durables et responsables, on se trouve sur la même pente glissante, celle qui nous force tôt ou tard à « faire des choix », comme on dit aujourd’hui, c'est-à-dire à éliminer des gentes, pasqu’y en a pas et n’y en peut avoir pour tout le monde, dès lors qu’on cause appropriation et/ou distribution des bienfaits. Que pour éviter ça  c’est le cadre même qu’il faudrait sans doute exploser. Cadre dont nous (notre ressenti-identité) faisons intégralement partie désormais. Et les alter- eux-mêmes se sont résignés au pragmatisme de droite, là encore par ce fichu calcul de moindre mal qui finit toujours par des désastres. Il n’y a pas de mémoire historique. Nous sommes toutes à f-tpglande en train, individuellement et collectivement, de tomber dans des argumentaires parcellaires, biaisés, ressentimenteux, faciles, et qui se révèlent toujours à la fin de droite, républicains, propriétaires, juridistes, éliminatoires et j’en passe ! Jour après jour de vois, j’entends, je lis de vieilles camarades qui finissent par défendre des renonciations, des fantasmes, des haines et des fausses alternatives que nous aurions dites indéfendables il y a dix ans et moins. Pragmatiquement comme on dit. De plus anciennes que mézigue, même, qui croyaient dans la radicalité de la victimité ressentie, et qui aujourd’hui sortent à leur tour des horreurs sur les minorités dans les minorités, qualifiées d’intellectuelles, de bourgeoises efféminées (ça va ensemble, le peuple, le vrai, est forcément viril), d’irréalistes ; qui reprennent la logique même des « pour tous » qui défilent en bleu blanc rose, qui leur apporteront quelque avant dernier jour leurs compétences en offrande, et se feront, je pense et même je l’espère, casser la tête par eux.

 

Nous sommes en pleine croissance, à tous points de vue, un peu comme les économies de rattrapage du capitalisme, lesquelles sont déjà en train de se crasher mais il faut pas trop le dire, la bourse c’est comme l’identité, c’est du ressenti pur jus, c’est magique ! Mais pour ma part, je crois fort possible que de nous normaliser, de nous aligner sur les suicidaires exigences de la valorisation et de la reconnaissance sociales, politiques, économiques, relationnelles, nous conduise tout droit à n’avoir été qu’une bulle spéculative de relance des identités de genre, et à finir comme telle, individuellement comme collectivement, après avoir désespérement sacrifié toutes nos congénères aux dites exigences. Bref, fait avec conscience le travail de la domination, qui a tant de force parce qu’elle s’incarne dans la convergence des désirs et des nécessités, c'est-à-dire en nozigues.

 

Nous n’avons pas vraiment envisagé que la normalisation, comme la domination, se puisse trouver du côté du plus, du faire, de la libération des formes sociales, du jouir, de la diversité dans la convergence, de l’utilisation réciproque. Nous sommes restés en cela des espèces de romantiques teintées de reichisme, indignées et effrayées d’un « esprit bourgeois » que nous croyons obstinément opposé à l’intensification, répressif d’un néo-naturel luxuriant, prolifique. Je tiens la thèse qu’en cela nous avons complètement loosé – et que nous continuons.

 

Pourtant, expérience faite, l’urgence, comme la réactivité (c'est-à-dire en autres termes la performance), par leur structure même de fonctionnement à échéances courtes, répétitives, d’une part, leur focalisation sur l’efficace valorisé, et l’absence de réflexion de fond qu’elle supposent par ailleurs au sujet de ce qui, au fond, va décider de nous (et à travers nous), eh bien sont de puissants facteurs d’invisibilisation et conséquemment d’élimination des plus faibles. Plus précisément, ce sont elles qui niaquent, par un darwinisme hypocrite, les plus faibles, les plus précaires, les plus isolées d’entre nous, que nous prétendons soutenir – par le refus de l’étalement, de la perspective (et du partage que ça suppose). Elles se rattachent par défaut comme par réaction aux logiques générales de cette société, et interdisent tout investissement dans des subsidiarités de moyen et long terme, qui sont souvent indispensables à nous faire vivre dès lors que le principal n’est plus assuré. Dans l’économie comme dans la militance, la priorité est ainsi donnée au maintien de « ce qui tourne », personnes comme entreprises, et les loquedues, les bracassées, les pas rentables quoi encore une fois n’ont qu’à crever. Ce n’est pas dit, on prétend même le contraire, mais dans les faits c’est ce qui se passe, parce que nous ne voulons pas examiner ni remettre en cause les structures mêmes que nous sommes en train de disputer à la société majoritaire, ce qui nous amène aux mêmes résultats qu’elle. Ce qui est désormais notre réformisme libertaire et sanitaire laisse à la « main invisible » de la fatalité le soin d’écrémer quotidiennement notre cheptel. Je dis quotidiennement parce qu’il s’agit, là encore dans la suite logique que nous constituons du mouvement de rétraction économique, non plus même de quelques exceptions (qui déjà pourtant devraient questionner nos slogans inclusivistes) mais d’un phénomène de plus en plus massif.

C’est ce qui fait, entre bien d’autres causes, de féminist-, cisqueer- et transpédégouinelande des traquenards, des équarrissoirs sociaux tout à fait efficaces dans la gestion avisée des populations, où les mieux puissantes et normées arrivent encore (encore, ça n’pourra pas durer toujours) à prospérer, nourries par les sous-produits engendrés de l’entréxtermination interne des loquedues, desquelles de toute façon, dans quel secteur et sous quelque prétexte que ce soit, il importe de se débarrasser sans du tout y penser. C’est la conséquence de l’avalage du politique par l’identisme, le pragmatisme la déférence implicite à l’inéluctable, enfin ce que nous avons consenti à accepter comme tel. Y faudra pas venir pleurer quand ce mécanisme attaquera la majorité d’entre nous – ce qui commence d’ailleurs déjà.

C’est aussi ce qui fait que le niveau politique du milieu en est désormais à défendre la famille, la justice, la propriété, l’ordre républicain, le droit de toutes à hétérolander ; tandis que les plus professionnelles font leurs armes dans l’associatif communautaire pour, pareil, un demain qui n’est pas loin, qui a même commencé pour certaines, trier bons et mauvais pauvres, bonnes et mauvaises victimes, dans les administrations locales ou les ong auxquelles celles-ci auront sous-traité le marché de cette indispensable tâche. Tout est prévisible, sinon prévu ; il y aura des psychologues pour traiter les perplexités résiduelles des trieuses, et des poubelles pour recycler les morceaux des triées. Et des sociologues pour analyser et décrire le massacre en termes positivants, recommandations à l’appui.

Dans la logique actuellement dominante, économique et politique, il semble y avoir un sale mouvement de vases communicants entre la reconnaissance formelle et la brutalité sociale. Comme si la première, d’ailleurs excessivement frileuse, était là pour couvrir une augmentation perpétuelle de la seconde, et éviter qu’on la questionne. En terme crus, les transses, pour nous reprendre en exemple, nous serons de plus en plus à la rue, méprisées, appauvries, livrées à la haine active du bon peuple viril pour le faire tenir tranquille – mais réassignées civilement, et même électrices (on nous enverra nos cartes dans les boîtes postales des centres sociaux, et pour les mieux loties dans les logements dont elles n’oseront de tout façon plus sortir – ce qui est déjà le cas de pas mal). Ce sera une des ces réformes qui ont l’avantage de ne rien coûter, ni de rien mettre réellement en cause de l’ordre des choses et des gentes, comme la chasse aux putes, et de mettre un gros nez rouge de clowne ronalde sur la face impersonnelle de la nécessité économique comme de ses à-côtés régulateurs de tension. Tant que les pauvres en quête de normalisation tuent les pauvres monstres, les affaires peuvent continuer.

 

Nous aurons fait, ou laissé faire, du féminisme, une roulette d’appoint parmi d’autres d’un exécutif que la révolution populaire et réactionnaire tire elle-même rapidement vers un plein retour à des valeurs masculines et droitières dont personne n’avait finalement tant que ça réussi à vraiment s’éloigner. Et surtout, nous avons engrangé ces compétences en parfaite autonomie, en nous faisant la main les unes sur les autres. En cela, du reste, nous n’avons innové en rien : l’associatif, au sens large, sert de sous traitant de l’élimination sociale depuis un demi siècle. Avec le communautaire et autres pensées de l’adaptation, cela mène à ce real life test total que j’ai déjà évoqué, et où les conditions sociales incritiquées sont l’algorithme d’évaluation des gentes ainsi parquées à dispo, dans l’isolement du « rapport à soi », par une forme d’organisation que nous nous sommes laissées imposer, et où on n’aura, juré promis, pensé qu’au moindre mal de toutes (enfin presque).

 

Captivant, nan ?

 

Cela parce que nous avons prises pour bonnes, avalé, naturalisé les structures sociales majoritaires, travesties en « objectifs » (et en « objets ») neutres, à réaliser au meilleur coût, utilité, plaisir etc. dans les meilleures conditions – et prétendument par toutes (mais là nous savons très bien que ce n’est pas vrai, que la contradiction est interne, et nous avons choisi de ne pas voir – c'est-à-dire d’attribuer les éliminations aux méchants bâtons dans les roues qu’on nous mettrait, aux pesanteurs régressives, en un mot aux méchants et/ou aux inconscientes.). Je ne parle même pas du slogan, lui-même repris au capitalisme, que l’intégration des unes à la valorisation « fait le trou » pour les « autres », comme me disait il y a quelque dix ans une inamovible abuseuse qui surfe toujours aujourd’hui profitablement sur cette fiction prétextuelle. Nous savons désormais très bien que, comme dans l’économie politique, ce trou est une tombe. Mais là encore nous préférons essayer de croire que c’est une anomalie, un dysfonctionnement, voire un retard (!)… Et pareil, de croire que les effets désastreux de l’organisation « responsable » sont « pervers », juste une histoire de réglage. Tu parles, charles !

La seule « urgence » qui reste ouverte, c’est de cesser de réitérer le même concassage autogéré.

 

 

*

 

 

Il y a déjà une tite vingtaine d’années, peu après le départ de ce qui fut alors un prometteur redémarrage féministe, puis tpg, s’était signalée cette tendance à très vite juguler l’audace, à avoir peur d’aller trop loin (trop loin de quoi, trop loin de qui aussi ?...) à se figer, se fixer dans des catéchismes, pleins de réponses qui closent les échappées, mais laissent ouvert les retours au bercail. Á chercher en quoi nous pourrions bien quand même être utiles et intégrables à cet ordre de choses. Á avoir peur de notre ombre quoi. Et à très vite aussi sélectionner. Á l’époque, je n’arrivais pas encore à toujours bien discerner que le nœud de l’affaire ne se situait pas dans une mauvaise application des principes (ressentiment distributiste, populisme de genre quoi) mais dans la logique interne et appliquée de ces principes mêmes, ou plutôt de ce que nous n’avions pas été en mesure, ni en volonté, de critiquer dans les principes de la société majoritaire, et que nous avions benêtement repris en nous disant que nous en ferions mieux. Une de ces auto-arnaques fut « le privé est politique ». Nous n’avions pas pris garde, bien entendu à l’équivalence que crée ici le verbe être ; ni n’avions réléchi très bien à ce que voulait dire ce maintien de « privé » en première partie ; et nous en conclûmes sans beaucoup réfléchir qu’il fallait faire en sorte de politiser les formes sociales de base, évidemment « naturelles » (produire, baiser, se reconnaître…). Nous avons cru – et ne soyons pas naïves, nous avons voulu croire, qu’il allait suffire de mettre en  bonne gestion saine, raisonnée, le contenu même de ce privé, sans le critiquer radicalement – et nous en sommes arrivées par exemple au pantalonnades des lois d’égalité civile « hétérolande pour toutes » ! Avec pas moins de violences, puisque la concurrence appropriative et jouissive, d’origine absolument patriarcale, n’a pas été le moins du monde remise en question.

 

Sauf que ces formes se sont révélées, une fois de plus comme à chaque révolution depuis deux siècles, impliquer le primat de l’attribution privative – et vingt ans plus tard, la conséquence est là : le privé a entièrement instrumentalisé le politique, qui n’est là que pour huiler, aider à faire fonctionner et intensifier les rapports de type privé. Il a avalé le politique, comme l’ont fait l’économisme, le souverainisme et toutes ces braves vieilles « nécessités » évidentes.

Nous avons voulu produire le même, naturalisé par défaut, en essayant de le policer, exactement comme nos grandes sœurs gouvernementales, auxquelles d’ailleurs, même les « mauvaises têtes », avons fini par tendre la paluche, la sébile, et somme toute donner raison. Et aussi comme les « alternatifs » et autres durables qui entendent sauver, de même que les ministres, l’économie (et qu’est-ce que le relationnel, sinon une économie ?) Nous n’avons pas voulu envisager que ce que nous percevons obstinément comme des activités (échanger, relationner, se reconnaître…) puisse impliquer par soi-même, le monde qui en est structuré d’emblée, abus, violence, peur, concurrence et destruction mutuelle. C’est pour cela que les plus avisées d’entre nous n’ont en définitive pas été en deça de se faire gestionnaires, juges, gardiennes, comptables. Et au mieux analyser sans échappée les conditions d’une violence sociale dont on n’ose jamais trop fixer le cadre – tellement il tient à ce que nous avons peur d’attaquer. Le « privé » est politique n’a ainsi servi, aux côtés et de plus en plus près du reste de la société, qu’à tenter de maîtriser, de canaliser, de régenter, quand ce n’est pas de mettre en scène la violence de formes sociales déclarées indépassables, auxquelles nous n’avons jamais voulu renoncer, et de leur faire encore rendre par pressage un peu de valeur et de plaisir, avec la logique éliminatoire toujours incluse. Nous avons donc afflué vers leur acceptation - renaturalisation, mâtinée de réglementarisme, lui-même sous traité à la puissance publique. Pleutre renonciation et dépossession.

 

Tout le monde dans ces mouvements a très bien compris, par la suite, et plus qu’à demi-mot, ce dont il retournait. Autant les négociations avec la grande méchante société (qui l’est effectivement, qu’on ne se méprenne !) se font sur la base de l’inclusion du privé et de sa gestion avisée, autant les violences internes, c'est-à-dire l’expression des rapports sociaux et d’évaluation, sont ramenées au privé et à la fatalité ; on regarde ses chaussures, les pas rentables crèvent, et tout continue dans le meilleur des altermondes possible, lui-même chapeauté par des structures de pouvoir et de répression pas du tout alter-. Bac à sable quoi.

 

C’est d’ailleurs là que prend sa racine la sinistre blague du consentement, laquelle structure de bas en haut, et ce n’est pas un hasard, tout l’alignement sur la pratique/idéologie du privé et ses exigences. A priori et avant toute chose, et surtout toute réflexion, nous consentons aux cadres de base de la domination (évaluation, échange, relation). Nous les sentons collectivement comme nous-mêmes et comme nécessités. Ils ne peuvent donc pas être questionnés comme tels. D’où le report du consentement comme référent affirmatif aux échelons extérieurs. Avec toute la rhétorique que nous avons pondue sur le « non », c’est tout de même le « oui », la réalisation des formes sociales (au meilleur coût) qui reste la norme et le souhaité – le fameux « non » si gros n’étant qu’un interrupteur, qu’il est d’ailleurs implicitement recommandé de ne pas utiliser trop systématiquement sous peine de perdre sa valeur d’échange et son utilité dans la réalisation de ces formes incritiquées, donc quand même « bonnes », et dont seuls les « abus » les plus apparents (et encore !) sont déclarés inopportuns.

(Petit exemple récent de cet affirmatisme, il est désormais admis à la valorisation chez nous de se déclarer « asexuelle », dans le respect bien entendu de la diversité de l’application de la norme sexuelle – le marché idéal des identités formellement équivalentes, ou vouées à ; par contre ça pue de se déclarer antisexe, surtout si c’est d’une manière systématique et politique, pas « ressentie » et donc « personnelle », circonscrite, inoffensive ; car c’est dès lors toute la machine à fabriquer le consentement qui se retrouve menacée d’être shuntée, pour ne pas dire sabotée, à une de ses bases, par une opposition résolue à son fonctionnement même. Et c’est par là toute la pratique consensuelle de ce privé qui se structure sur l’échange obligatoire qui perd toute sa pertinence – blasphème, car c’est à ça que nous devons servir et par quoi nous devons nous réaliser.

Idem – et c’est symétrique, sinon carrément identique, de la frugalité décroissante dans le maintien d’un cadre où on sait et continue à savoir/vouloir ce que chaque chose doit valoir, et que tout soit quelque part commensurable et échangeable – genre économies « parallèles »).

 

Rien d’étonnant, avec tout cela d’avalé, d’intégré, de fait nôtre, au résultat que nous sommes : « autonomes », au sens de l’individue libre-échangiste, c'est-à-dire isolées et concurrentes, dépendantes en même temps de relations sociales type, ouvertes (consentantes a priori), conscientes de notre valeur (et souvent de notre manque de valeur…) – c'est-à-dire fondant notre rapport à nous-mêmes et à autrui sur une évaluation, elle-même gradation quantitative et qualitative en fonction d’une tierce instance « neutre » et massivement imposée. D’où une certaine panique : nous nous rendons bien compote du gouffre qui se creuse entre ce que nous avons cru nous proposer – ou nous laisser proposer – et notre situation réelle, toujours aussi misérable et vulnérable. Le placebo ordinaire est de se persuader (et de persuader autrui) que c’est parce qu’il faut encore faire un effort, que les formes sociales qui doivent assurer la félicité n’ont pas été bien agies, enfin qu’il y a tellement de déficiences, de mauvais comportements, de péchés quoi, qu’il n’est pas étonnant que l’ire sociale soit sur nos têtes forcément plus ou moins coupables. En tout cas, ça permet, indéfiniment, de ne pas se poser de questions à propos du cadre. En cela, les choses sont je pense désormais nettes : le réformisme libertaire qui a semblé à d’aucunes, dont j’ai fait partie autrefois, une sortie du carcan républicain, se montre de plus en plus comme basé sur les mêmes évidences que celui-ci : appropriation, valorisation, échange, abstraction réelle – et violence sociale autogérée, justifiée par la main invisible. Bon. Là aussi on s’est vautrées. N’y restons pas – mais évitons aussi de revenir en arrière.

 

Quand examinerons nous l’hypothèse qu’un critère axial de discrimination contemporain, c’est la valeur, et que cette valeur, cet acte d’évaluation et de sélection, se cache derrière une multitude de « nécessités » extériorisées, aliénées, afin que nous puissions les réintérioriser sans plus les mettre en question, mais au contraire en nous laissant mettre en interrogation par elles, juger à leur aune et éliminer si nous n’y satisfaisons pas ? C’est la même logique, le même « sujet social » qui fait mourir les pas rentables dans les déserts, sur les mers, sous les bombes, et qui préside au début de notre extermination autogérée. Nous obstiner à faire confiance à notre intégrité politique et à nos bonnes intentions pour nous persuader que mè non, on ne peut reproduire les mêmes rouages, c’est tout bonnement de l’essentialisme acritique et du subjectivisme. Dès que nous acceptons, sous un aspect ou un autre, la même gamme de « réel qui s’impose » (et qui trie), c’est fichu, on a les bras dedans et la tête aussi.

Pas plus que les républicaines, avec leur citoyenneté et leur juridisme, réglementation de la discrimination selon la nationalité et la richesse, nous ne pouvons la contourner avec nos identités et nos affinités déjà préformées, qui supposent tout aussi d’emblée utilitarisme et richesse. Sans parler de la revalorisation ultime des trad’s et autres complémentarismes. Il n’y a pas moyen de contourner ni d’étouffer une forme universelle, autrement que de lui rentrer dedans, frontalement, c'est-à-dire déjà de la nommer, et de nous définir, situer dans ce fourbi. Actuellement, nous en sommes à la reproduire, de nous enfermer dans les manières, les activités qu’elle nous dicte, et qui font notre monde politique de plus en plus répétitif et chiche. Et, ce faisant, de collaborer activement à l’élimination des surnuméraires qui est sa condition de continuation.

 

C’est aussi pour cela qu’il faudrait en finir avec la lubie biséculaire des vraies, de celles qui incarnent la terre, le peuple, le travail, enfin précisément toutes les « valeurs » qui sont au service de la valeur, et donc de l’élimination des non-rentables. Non, il n’y a pas de lucidité et encore moins de bonté propre aux prolétariats. Et l’impasse dans laquelle nous butons n’est pas uniquement due au méchants de la haute – car avec cette logique il y aura toujours une haute qui s’identifiera au nécessités, large ou étroite (et, avec l’effondrement plus que probable de l’économie, on once vers une haute très étroite et un cannibalisme généralisé pour le reste). Il faut justement en finir avec ces jugements de valeur, qui ne transmettent que la mécanique de la domination, à travers la concurrence pour son exercice.

 

Le féminisme de 95 est neutralisé, mort, il n’a, on n’a, pas réussi la percée que pas mal de nous espérions à l’époque. Le manque d’audace, mélange de onècomçacèpad’notfaute (surtout on n’a pas choisi, jamais choisi, bouh, haram, manquerait plus que ça !) et de « on veut l’égalité dans les cadres du patriarcat », le fonctionnement catéchétique et éducationniste, qui suppose, au revers d’ailleurs de ses profession de foi anti-universalistes, une vérité à partager, la peur de la réflexion critique et radicale, l’ont mené à la résignation, au pragmatisme, aux compromissions et finalement, à quelques simagrées subversives près, à l’engloutissement dans les fatalités de celle sale époque. Nous avons passé presque tout ce temps, après les bravades préliminaires – notamment des prétentions de séparation que la plupart d’entre nous n’ont jamais eu l’intention de mettre sérieusement à éxécution – à nous excuser, à nous victimiser, à réduire le champ de ce que nous déclarions néfaste, à ne pas mettre en accusation l’ordre des choses mais juste des comportements ou des intérêts – puisque nous voulions juste notre part de la gamelle, en essayant d’oublier ce que nous savions intuitivement très bien : que cette soupe ne peut se aire qu’avec notre bidoche (et celle de pas mal d’autres), et qu’il fallait au minimum renverser la marmite, en finir avec cette cuisine sociale. Ce que nous obtenons, c’est ce à quoi nous avons consenti – et surtout la conséquence de ce que nous n’avons pas osé vouloir. Le féminisme de 95 a, dès le début et de manière croissante, craint puis pris en aversion la réflexion et la remise en cause de ces fameux fondamentaux qui nous tombent désormais de partout sur la gueule ; et pourtant, j’ai le regret et la naïveté de croire encore – même si là c’est raté et plus à refaire – qu’avec nos bases politiques d’alors ce n’était rien moins que fatal, bien au contraire. Nous avons choisi une posture de retrait et d’accusées dès le début.

 

Et tout cela dit, je penserais malhonnête de passer sous silence une des principales conséquences de notre assentiment aux nécessités : que nous constituons en fonction de cela un milieu particulièrement violent, exterminateur, où nous nous comportons fréquemment en lâches crapules, et selon les plus classiques habitudes qui encadrent les rapports de la forte à la faible. Bref, que nous ressemblons comme un miroir à l’effectivement méchante société hétérobiote, en camouflant derrière notre essentialisme identitaire des structures à la mise en similitude desquelles nous travaillons d’arrache pied, quand toutefois il y reste encore une différence, une insuffisance.

Nous sommes humainement comme politiquement les asticots dans un cadavre, celui du féminisme contemporain, binaire républicain/statutaire, unanimement résigné et intégrationniste, qui gît les quatre pattes en l’air dans le fossé, ne va plus nulle part, mais où on essaie de faire son trou au milieu du naufrage et dans le plus joyeux cannibalisme.

Que nous nous y soyons conduites mécaniquement, par le manque mais aussi le refus de la critique, ne nous peut en aucun cas déresponsabiliser des conséquences, que d’ailleurs nous assumons avec aplomb ; nous ne sommes pas des imbéciles, et nous savons donc parfaitement quel choix nous avons fait. Á ceci près que chacune espère bien vainement que les conséquences de ce choix l’épargneront – or, se confier à un mécanisme social, et surtout un de ce type, contient en lui-même l’écrabouillement d’un grand nombre, et à terme de la plupart, la valorisation se rétrécissant et, ce faisant, mettant la barre toujours plus haut (si ça vous rappelle confusément quelque chose, non, ce n’est pas un hasard, c’est une conformité).

 

 

*

 

 

Comment faire une, deux, trois, mille sorties, si toutefois nous le voulons réellement ? Je crois qu’il n’y a pas à lanterner, il nous faudra piocher dans une radicalité d’approche, prendre les choses et leur ordre à la tige, sinon à la racine. Tenter alors du féminisme qui n’ait plus peur de son ombre, qui ne craigne pas la punition par le méchant réel pragmatique et fatal si on ne s’y soumet pas in fine, qui ne cherche plus à se réapproprier les structures sociales qui ont fait la domination. Du féminisme quoi n’ait pas peur d’être contre les valeurs assignées masculines et complémentaristes, et pour leur disparition, qui n’ait pas peur d’être contre la famille, la relation comme norme, l’amour comme idéal, le natalisme, l’(hétéro)sexualité, l’économie, le pouvoir. Contre, pas post-, ni au-delà, ni dans, ni toutes ces abdications de critiques qui prédisposent à la récup’ et à la résignation ; et c’est reparti pour un tour. Du féminisme qui rompe avec l’illusion usée que si on récupère ces daubes, elles changeront de camp, auront d’autres implications, d’autres conséquences que celles qu’elles ont toujours eu. Du féminisme qui cesse de marcher dans les pas de la normalisation, et ose dire qu’on peut choisir et changer, que c’est bath, qu’on n’est pas astreintes à simplement « devenir ce que l’on est » - et qui plus est un nécessairement inexplicable tout autant que normé « ce que l’on est » !, en tout complémentarité je suppose. Du féminisme réellement matérialiste, où on s’attache à la critique des rapports et des formes sociales, et plus au rubik’s cube des identités. Du féminisme qui cesse une bonne fois de s’accrocher à la remorque des nécessaires ajustements et autre aménagements du naturalisé et de l’inéluctable, qui cesse aussi d’essayer de sauver la communauté bisexuée, de se chercher des origines mythiques ; bref qui parte son chemin dans l’irréalisé et l’encore pas pensé. La radicalité n’est pas dans une comptabilité serrée, une énième relance, elle est dans la remise en cause de l’évaluation. Et des pratiques qui l’ont accompagnée, quelle que soit leur origine.

 

Il nous faudrait aussi sans doute nous défaire de notre fétichisme à moitié résigné, de notre fascination malsaine et confusionniste envers la notion mais aussi la pratique du pouvoir, comme rapport social surtout – mais aussi dans les institutions qu’on désigne sous ce vocable, envers lesquelles nous manifestons une trouble tendresse. Nous nous trouvons hélas trop dans le sillage d’une pensée sociologisante qui, après 1960, a baissé les bras, s’est résignée à une anthropologisation, donc une naturalisation, du pouvoir. Nous avons renoncé à toute remise en cause de ce type de rapport social, et nous sommes en quelque sorte réfugiées dans l’idée que nous pouvions le récupérer ou, pire, en jouer. Je pense que quelque décennie d’expérience et de dégâts humains, comme d’atonie politique, pourraient nous rencarder désormais au sujet de cette illusion. On ne joue pas avec les formes sociales. Et on ne peut non plus les soumettre. Il faut les détruire ou les changer. L’affaire n’est pas de savoir si ou que – l’action et la critique politiques ne sont, et déesse merci ! – pas des sciences ! Ce sont des paris. La seule chose que nous pouvons, contre les rapports de pouvoir, c’est de chercher à briser leur colonne vertébrale, et les principes ou structures qui les permettent. Ce n’est pas évident et ça n’a rien à voir avec les acritiques libertaireries. C’est une attaque aux fondamentaux. Mais, chose étrange, à cause de la polysémie et de l’envahissement même du pouvoir, en tant que glu réciproque et imposable, pour pouvoir, pour devenir en capacité de, il nous faut briser le pouvoir et ne rien en attendre ni chercher à en récupérer. Le pouvoir est la condition de nos impossibilités.

Nous planquons aussi les rapports de pouvoir sous les fameuses nécessités hiérarchisantes de l’organisation, voir plus haut ce que je dis de cette adhésion. Le pouvoir comme rapport s’appuie considérablement sur l’état de fait, sur le « c’est toujours déjà comme ça », en définitive sur le silence : un rapport de pouvoir connaît son efficacité à ce qu’il n’a ni à commander, ni à demander. C’est pourquoi il nous faudra sans doute apprendre à dire, discuter, disputer pas mal de choses. Et à en finir avec le besoin, le désir, l’utilisation de soi et d’autrui, qui sont la justification même de ce pouvoir muet.

Pour nous trouver, cesser de nous offrir en pâture à un bien commun qui est entièrement indexé sur le social patriarcal, à une organisation qui de même nous avale pour nourrir son « autonomie », il nous faudrait quelque chose comme un défaitisme révolutionnaire, cesser d’abonder les réserves et les mécanismes des dominations. Ce sont toujours elles qui nous récupèrent. Les moyens, les outils, les cadres, les déterminations qu’on ne perçoit pas comme telles ne sont pas neutres. C’est même sans doute là que les structures agissantes de la domination ont pris leurs quartiers, depuis le début de la modernité et de ses remises en questions. Et c’est là que nous devrons alors aller les chercher pour leur couper le kiki.

 

Cela veut sans doute dire aussi remettre en cause l’idéologie darwinienne de la « lutte », que ce soit pour la « vie » ou pour la reconnaissance sociale, et la valorisation des notions de combat, qui semblent venir tout droit du fond économique et capitaliste, lequel travestit la valeur marchande en identité politique, et nous incite ainsi à participer à l’extermination réciproque qui le nourrit. Á nous intégrer à cet ordre cannibale qui finit toujours par nous jeter les unes contre les autres. Nous enferme dans la reproduction de cet ordre social. Et ramène à la guerre de toutes contre toutes pour s’intégrer aux formes de cette valorisation. Rompre avec cette logique, c’est abandonner ce champ de bataille que nous avons cru nôtre, quand ce n’est pas nous-mêmes – et ses foutus objectifs, explicites ou implicites. Ce champ dans lequel le rêve collectif de la domination est que tout le monde reste, visible, prévisible, contrôlable, dans une violence autogérée, réciproque, du commerce à la guerre en passant par la représentation, qui évite et empêche toute échappée. La lutte est un leurre, particulièrement destructeur, comme l’appropriation du pouvoir. Coupons leur l’herbe sous le pied. Désertons. Et même si nous ne le pouvons pas, refusons d’être les soldates d’une cause qui est une introduction sur le marché, et d’intégrer une guerre qui, comme toute guerre, n’existe que pour elle-même et se fiche bien de nous. Si nous devons nous battre, gardons nous que ce soit dans ces formes et pour elles. Marre de s’esquinter pour des prétextes et des prétentions par lesquels en fin de compte nous nous retrouvons arnaquées et aliénées. Comme le fit en son temps remarquer Solanas, se laisser prendre dans les formes d’opposition attendues et qui ont fait la prospérité de ce qui nous broie nous conduit à nous exposer délibérément, inutilement et même bêtement. La guerre, la lutte sont trop honnêtes envers une domination utilitaire. On y perdra toujours. Il nous faut aussi désapprendre ce genre de honte. Et surtout il nous faut vivre, et vivre au mieux ; je pense que contrairement à ce qu’affirme pour nous et fantasme un patriarcat immémorial, vivre, ce nous est refuser, refuser d’emblée ; pas nous engager dans le combat où il est comme chez lui, pupuce, et entend bien nous aspirer pour mieux nous tenir ! C’est qu’il faut rien laisser perdre, de son point de vue.

 

Et nous faire égales. Ce n’est ni donné ni gagné. C’est un pari au moins aussi audacieux que celui de nous en prendre au pouvoir, et qui a quelque chose à voir avec. D’autant qu’il nous faut pour cela sortir de la notion d’égalité par rapport à une tierce mesure, qui toujours réorganise l’inégalité. C’est pour cela que je dis nous faire égales. Il n’y a évidemment aucune nature, aucun droit naturel, qui nous ait pondues telles. L’égalité comme statut ou état a bien montré ses hypocrisies – toujours en référence à un ailleurs qui profite plus ou moins à certaines. Pour qu’une égalisation, comme une émancipation, deviennent possible, il faudra sans doute les faire et les maintenir sans cesse, dialectiquement, en actes, des unes avec et envers d’autres. Je n’hésite pas à croire qu’il nous faudra agir et nous considérer de manière égalitariste, volontairement, lourdement s’il le faut. Et à revoir tout ce qui à la fois relève du pouvoir et de l’inégalisation : rapport d’appropriation, imposition des poids sociaux, volonté d’acquisition. Un acétone contre cette glu a plus de chances de se trouver du côté du grand refus, par principe, d’un bon nombre de rapports qui nous aliènent et nous permettre de détruire autrui, que de leur acceptation, même sous conditions. Le propre de la ruse sociale et de toujours savoir tourner les conditions, forcément exprimées et limitatives. Il nous faut alors être aussi radicales et intuitives que la peste du pouvoir : refuser jusques aux conditions, mettre en berne les rapports par où elle passe, abandonner bien des terrains insalubres. Devenir, de cette manière ci, négative et en quelque sorte déflationniste, inconditionnelles.

 

S’il faut nous désengluer des buts, nous méfier des moyens, c’est d’attitude, d’approche générale qu’il nous faut alors changer – tout en nous gardant de faire une fois de plus dans la diversité respectueuse des statu quo qui préserve soigneusement l’hégémonie des formes nécessitaires non identifiées comme telles, quand ce n’est pas carrément celle des ordres sociaux historiques. Peut-être aussi nous diriger vers une certaine inconditionnalité, notamment pour ne pas nous faire piéger, repiéger, par ces conditions qui ont tellement l’air naturelles. Inconditionnelles, par ne pas nous identifier à ces fameuses conditions, ne pas les laisser se dicter à nous, ne pas les transmettre ni les reproduire – non plus que leur triste gestion. On nous a imposé la positivité par défaut, envahissante, répétitive ; nous y opposerons une inconditionnalité négative et négatrice. Une position qui ferme les portes par principe aux demandes, et qui permet par là même de nous tourner les unes vers les autres sans nous soumettre réciproquement, comme nous nous sommes accoutumées et résignées à le faire, au conditions et aux évaluations qui structurent ces demandes – bref, à la haine et à la peur des f envers les f, et à notre accaparement par les m et par leur logique. Une position qui rejette d’emblée la culture naturaliste, relationniste et patriarcale de la demande, du besoin, de la dépendance. Qui renverse les paradigmes proclamés incontournables des rapports sociaux.

 

 

Autodé(sé)valuation générale, défaitisme révolutionnaire (nous n’avons que faire de gagner les objectifs de leur guerre), inconditionnalité radicale ! Vu où nous en sommes, nous avons moins que jamais à perdre, plus que jamais à gagner, à tenter des goûts et des couleurs, ici et là. Le nous se reconnaîtra.

 

Et cessons d’avaler tout et n’importe quoi en essayant de croire que nous en prendrons la morne teinte, deviendrons invisibles, serons épargnées. Cessons de croire que ce monde peut nous être vivable.

 

Enfin, pour faire ou défaire quoi que ce soit, et de quelque manière que ce soit, à l’heure qu’il est, fort sombre, s’il sera probablement vital de nous mettre à plusieurs dès que nous le pouvons (sans parler de le vouloir…), il ne faudra pas moins renoncer à attendre ; déjà pour que le plus possible d’entre nous puissent s’éloigner de la broyeuse ; d’autre part parce que les assemblées « refondatrices », les « unités », les communautés d’identité et autres « mouvements de masse » à cent cinquante ne peuvent se constituer que dans l’adhésion, la résignation, au mieux un réformisme bas de gamme, une espèce d’économisme libertaire, quand ce n’est pas carrément la glissade vers la droitisation, la négociation de strapontins, et ne peuvent après vivre que dans le seul objet de leur perpétuation, dans la peur de se dissoudre. Quelle captivante perspective, encore une fois. Et quelle promesse de destruction des personnes pour maintenir quelques temps ces châteaux branlants ! Et on n’aurait le choix qu’entre l’isolement du social géré et les sectarismes bidon ? Zut alors. On va l’ouvrir, le choix.

 

Il va nous falloir enfin apprendre à risquer la dispersion, et à ne plus la voir comme une malédiction, encore moins comme une faute. Ce qui veut dire aussi savoir s’égaler et se donner la paluche entre camarades qui n’ont pas les mêmes approches ni les mêmes conclusions. Sans inclusivisme ni catéchisme. Mais aussi choisir de ne le pas, le cas échéant, et cesser de faire semblant de croire que toutes les féministes, toutes les transses, veulent, ou devraient vouloir, la même chose – ce qui devient gluant et étouffant quand on a affaire aux néo-conservatrices, ou aux néo-léninistes, et autres qui savent « ce qu’est bon pour toutes », qui se ressemblent et se rassemblent comme des jumelles. Or, c’est là que nous en sommes. Nous n’allons pas pouvoir y rester, on a le feu au derrière ; il faudra choisir, entre une unité forcée de plus en plus réaque et réduite, à la remorque de toutes les normalisations qui s’en débarrasseront une fois usée, et des éclosions en désordre sans aucune garantie du gouvernement, ni d’aucune de ces vérités révélées que nous avons trop aimées. Mais c’est qu’il va falloir, dans cette optique, aussi commencer à oublier cette injonction d’aimer et de croire.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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