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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 11:47

 

 

Ce coécrit fait suite au consensus mou (on devrait dire énième de la famille…) d’un certain nombre d’associatifs trans’ « autonomes » pour diffuser et défendre la pub pour un machin cultureux profondément exotisant au sujet de l’histoire sociale des nanas transses telle que fantasmée par les cis’, et à laquelle on sent que tout le monde aimeraient bien qu’elles collent : folkloriques et disponibles quoi. Et au refus d’une critique construite de ce genre d’imagerie. Ben non, zut, nous n’acceptons pas l’indifférence et l’absence dirigée de réflexion sur ces sujets, qui démontrent la persistance d’une misogynie foncière et crasse jusques dans translande. On va beaucoup se répéter, exactement comme ce qui se passe chez nous. Enfin, chez nous – qui est chez soi réellement dans ce très petit monde, qui entend représenter ce qui devient rapidement une multitude ?

 

S’il y a une passion qui est largement partagée en cette époque, commune autant que résiduelle, c’est bien celle de délégitimer les nanas transses, après les nanas cisses, bien entendu, puisque c’est l’assigné féminin qui est en cause, et avec bonus intégré, on devrait dire incarné. Par quelque moyen et avec quelque prétexte que ce soit. Il y en aura toujours bien un qui passera. Depuis les continua néo masculins, binaires ou pas, jusques à cisselande (nos chères alliées vérole), en passant bien entendu (il faut un fusible pour le courant) par nous-mêmes, un peu ahuries et consentantes, qui venons et revenons voleter autour de la lampe du pouvoir et de la reconnaissance sociales, ça fait convergence. La haine normative de l’assigné féminin est en effet systémique, partie intégrante du rapport social de sexe auquel nulle n’échappe, et tout le monde la relaie, y compris envers soi (et surtout les collègues), d’une manière ou d’une autre. Le motto central, c’est donc l’illégitimité, le manque à, c’est que nous ne pouvons être tout à fait ce que nous sommes, c'est-à-dire de nouvelles catégories de nanas. Comme c’est nouveau et surprenant, tiens. Il paraît même, d’après des petits bonapartes associatifs de métropole régionale, bien installés dans l’institutionnel, que quand on rassemble on ne fait pas structure (alors que les assoces monocéphales, tiens…). On ne doit en fait vraiment rien être, si ce n’est éparpillées, utilisables, assujetties et approbatrices d’une neutralité unitaire translandienne qui penche nettement vers où penche le social général en cette période de concurrence pour la valorisation-survie sur fond d'échec du sujet social idéal de l'économie politique : la remasculinisation neutre-référente, soit en identité, soit en appropriation des vaillantes valeurs qui nous ont menées où nous en sommes, les humainEs. Mais quand même, c’est encore mieux quand on n’est pas là. Ou vraiment « raisonnablement », minoritaires. Comme c’est le cas désormais dans un nombre croissant de collectifs trans’, où on apprend vite (ce) qui est défendable et (ce) qui ne l’est pas ; et encore plus chez les lgb(t), évidemment. Ça tombe bien, en réalité on n’y est plus guère. On est partout ailleurs. Éclatées en nous-mêmes, autant que socialement. Et évidemment prises, comme nos collègues, dans cette complexification en abîme du rapport social de sexe ; nous avons été des mecs, eux des nanas. Et essayer d’enfouir ça sous un catéchisme nativiste et essentialiste que le social ne serait qu’un masque sur un profond réel fermement sexué « du bon côté », genre « née dans un corps de », c’est de la foutaise. Le réel social est le plein réel humain, dans son présent, accumulé ; s’il se modifie et évolue c’est tant mieux, mais ça n’efface rien. Bref, si misogynie il y a, ce n’est pas une affaire simple, du tout, ça ne peut être que systémique, d’une part, et d’autre part pris avec les pincettes de ce que nous trimballons, accumulé, les unes et les autres. Il n’en reste pas moins une tendance lourde à la reproduction de la méfiance et de l’hostilité envers les formes de l’assigné féminin (qui dépassent d’ailleurs largement l’identité féminine proprement perçue comme telle). Une passion sociale et forcément positive, et la misogynie générale dans la société de sexes résulte avant tout d’une subjectivité positivante d’un neutre qui revient aux formes rassemblées sous l’assigné masculin, et qui donc fait consensus – ses conséquences en sont alors dissociées comme « anormales », alors qu’elles en sont, sinon « normales », tout à fait logiques et prosodiques. Inutile donc de chercher à l’origine un machiavélisme délibéré, celui-ci n’apparaît qu’en route, dans la mise en œuvre, laquelle est toujours perçue comme justifiée au niveau fondamental.

 

Ce n’est un secret pour personne que translande, c'est-à-dire à la louche les trans’ plus ou moins organisées, avec du lien social, toussa toussa, ça rassemble une assez infime partie des personnes trans’ et notamment des nanas transses, surtout dans ce pays. Le monde associatif en forme une partie importante, même si il ne la résume pas ; il y a toute une socialité trans’ et transse qui lui coexiste ou lui échappe, selon comment on voit les choses. Mais enfin il n’y joue pas moins un rôle central.  Depuis des années des assoces ou autres orga font de la retape, depuis des années elles se gonflent comme la grenouille alors qu’elles tournent généralement en réalité sur une personne ou un binôme (une étude socio à ce sujet serait sans doute instructive) qui y détiennent fermement le pouvoir, fixent et immobilisent la ligne idéologique, plus un cheptel irrégulier, turnoverisé, subordonné ou infantilisé, qui peuple plus ou moins bien des soirées tupperware où le témoignage larmoyant et la victimisation, sont encouragés, où il est déconseillé même d’essayer d’aller outre et de penser système ; un nombre fluctuant mais de toute façon infime quand on sait combien nous sommes, d’adhérents fantômatiques. L’associatif trans’ n’en a pas moins une importance décisive pour une bonne partie de ce qui a évolué formellement, administrativement, dans le sort des trans’ dans ce pays depuis vingt cinq ans. Il n’est donc pas question ici, si l’on en pointe les limites ou les contradictions, de le délégitimer. Il s’agit de signaler des implicites, des dénis et des zones aveugles qui ne l’aident pas à progresser – et nous en général avec. Car une partie aussi notable des consciences sociales trans’ s’est constituée du fait de l’impulsion de cette minorité active. Juste on se retrouve facilement, au vu du social global et de ses fonctionnements, de ses hiérarchies, de ses objectifs, coincées à plusieurs charnières, où la nouveauté et l’illégitimité collisionnent l’espoir d’intégration. Et de là naissent ou plutôt se reproduisent, pasqu’on n’a pas inventé grand’chose à ce point de vue, les chausses trappes, les rapports de force interne.

Cela se perçoit aussi dans le primat donné d’emblée à un politique strict, au détriment de l’examen et de la prise en compte du social général. À ce point de vue, les dernières tentatives d’autonomisation trans’ se sont rapidement ensablées et ont relancé la ronéo fonctionnelle et idéologique. Notamment en se proclamant à chaque fois l’aboutissement indivisible, unitaire, sans coutures, contradictions ni (trop de) rapports d’inégalité en interne. Or, ben non, à chaque fois on pousse les questions qui fâchent pourtant depuis longtemps sous le tapis, et ça commence à faire de sacrés monticules, sur lesquels on se casse réglément la figure au premier mouvement. Ce qui fait qu’on n’y bouge plus.

Les assoces ont leur utilité, spécifique ; elles font du support et de l’institutionnel, elles font même avancer ce dernier, tout en le confisquant quelque peu (l’opacité est la règle à translande associative). Mais pour cela on a besoin d’un bureau et d’un fax, de quelques sub’s si on a de la surface, du piston, et d’une représentation souvent monopersonnelle protéiforme et interchangeable. Les assoces sont des avants postes indispensables par rapport à l’institutionnel, mais sont par ailleurs plutôt néfastes à la socialité transse, surtout à mesure que les choses se compliquent et se dégradent ; elles ne constituent pas, et moins que jamais en l’état du social qui se déglingue, une possibilité de vie. On en a déjà parlé ailleurs. Ni une représentation, au-delà de quelques idéaux, d’une société trans’ elle-même bien peu existante. La plupart des transses vivent absolument sans lien avec l’associatif, on l’a dit et répété, et ce pour plusieurs raisons (présence obsédante des rapports de pouvoir, opacité donc, dirigisme idéologique, bien sûr également à l’inverse individualisme et naïveté citoyenne…). C’est un fait et il n’a pas l’air de vouloir changer, mais plutôt de s’accroître avec le temps et l’involution du social. Enfin, il y a aussi un, peut-être déjà des, translande(s) relationnellement structuré(s) qui déborde(nt) le monde spécifiquement associatif, mais c’est en formation. Il faudra en causer, une autre fois.

Les assoces ont été créés sur des structures destinées à remplir le temps libre des majoritaires, pas pour constituer des plateformes de vie et d’orga pour les minoritaires. Les dynamiques de pouvoir et d’intégration y sont donc nettement plus violentes chez nous que chez les pour qui s’associer est un hobby. C’est un classique des minorités. Nous y percevons, et à raison, et à tort, de tels enjeux, que ces structures de viennent facilement pépinières d’abus, de despotisme, et ce qui n’est pas le moins grave de peur de la réflexion. Bref, laissons les vivre, soutenons les, mais vivons, d’abord, et ne nous laissons pas bouffer par elles. En fait, il nous faudrait parvenir à mettre en place de tous autres réseaux de vie sociale et communautaires, qui à la fois remplissent tout ce que les assoces ne peuvent pas assurer, et aussi arrivent à ne pas reproduire les rapports de pouvoir et d’injonction qui sont presque toujours la règle dans celles-ci. Ce n’est pas gagné du tout.

 

On en est même ces derniers temps, ainsi, avec la mise au placard, la réticence ou la fuite de plus en plus accentuée des nanas transse du néo monde associatif trans’, souvent dirigiste et masculinocentré, à ce que celui-ci abandonne la « gestion » de nouzautes au pack lgb(t) que pourtant il morigène avec raison, quand ce n’est pas à la charité hétérocisse pure. Quelque part les nanas transses ne font plus partie de facto du petit monde trans’ ; alors que par ailleurs elles constituent cissocialement la presque totalité de son image fantasmée, et dans les faits peut-être une majorité de sa population en nombre. Il y a comme une espèce d’implosion dont on peut se demander où elle va mener. Peut-être que dans quelques années, translande associative tournera pratiquement sans femmes, sinon en peinture, défendra plus que jamais un intégrationnisme neutre complètement dénégateur de notre situation réelle, qui est déjà massive. Il y a un véritable dédain envers les nanas transses, leurs spécificités sociales, leur survisibilité et la violence qui va avec ; et ce dédain est même perceptible de la part de celles de nouzautes qui ont réussi à se tailler une place de pouvoir dans le milieu – rien d’étonnant, la misogynie intégrée est aussi le fait des femmes les moins mal placées. Les nanas transses sont juste bonnes pour faire nombre, remblai, folklore, jouer au besoin les contremaîtresses pour faire tenir les autres à carreau. On sera cent, cent cinquante mille dans ce fichu pays, éparpillées selon la logique qui veut que les minorités illégitimes ne peuvent se rassembler, et avec un discours en notre nom qui de fait passera sur nous, mais zéro place et même bientôt zéro care envers nous dans les lieux d’où émanera ce discours. Bon, zut, on va pas chouigner, mais clairement il faut et qu’on s’auto-organise en non mixité transse, et qu’on ôte notre prétexte à la bouche des « camarades » ; qu’ils apprennent à parler pour eux, à considérer de face le rapport social, à en tirer les conséquences ; et nous de même ! Il est probable que des non-mixités pensées et délibérées, depuis les différentes situations en présence, feraient avancer les choses.

 

D’une certaine manière, l’économie identitaire et politique de genre, autant dans la société générale que dans nos milieux, est sur le point de basculer d’une logique d’utilisation et d’infériorisation du féminin (et d’autres déterminations sociales), à celle d’une exclusion croissante des porteuses de ces déterminations parce que finalement on ne peut plus trop en tirer bénéfice, tellement la concurrence à ce qui vaut socialement est en train de se resserrer sur des formes de moins en moins nombreuses et diverses. Juste sera conservée une minorité représentative dans la minorité, pour des raisons publicitaires. Dans cette hypothèse, il est parfaitement inutile d’essayer de nous agripper à une participation à ce fonctionnement ; prenons le large. Mais ce n’est bien entendu pas si facile : il faut vivre, et vivre suppose une base sociale, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, on en meurt même plutôt. Nous ne pouvons donc pas simplement prendre à la légère un devenir social qui risque de nous exterminer, que ce soit cyniquement ou hypocritement. Il faut emporter avec nous ce dont nous avons besoin, ne pas nous laisser exproprier de ce qui nous est nécessaire. Ne pas la jouer généreuses ni magnanimes.

Il est possible que le développement, souhaitable, d’autonomies de nanas transses, entraîne l’apparition de nouvelles formes d’organisation. Ce n’est évidemment pas fatal, nous ne croyons pas à la correspondance essentialiste entre une « identité » et un mode de fonctionnement, mais si on cause en termes de rapports sociaux et de comment les attraper, on peut imaginer que chez nous se profile un possible « après associatif », non pas donc qui enterre celui-ci, mais qui permette un élargissement de la socialité transse et de l’action vis-à-vis de la cissociété.

 

 

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Parce que nous ne sommes massivement à peu près rien de ce qu’on attend de nous, et de ce qu’on nous autoriserait éventuellement à être et à faire, que ce soit à cis ou à translande. Nous ne sommes absolument pas non plus là où on aimerait que nous soyons parquées. Nous sommes relativement inutilisables et parfaitement dispersées. Ce qui nous affaiblit et nous isole est dans le même temps, singulièrement, ce qui dans les faits nous évite aussi d’être contrôlables par celleux qui se sont proclamées nos protecteurices et représentantes. Nous sommes désespérément ingérables. Certes, cela vient surtout de notre illusion citoyenne-libérale que nous allons être individuellement intégrées dans le social comme personnes de plein exercice, la bonne blague pour le moment, quand on voit les mésaventures même des « élites subalternes » ; mais que nous proposent d’autres ces souteneures ? Nous constituons un glissement morcelé qui grignote à contre courant la direrction majoritaire que prend le social. Perdu d’avance ? Rien n’est écrit et de toute façon la question n’est pas là. Et encore une fois rapport à l’associatif, il s’agit pour nous de nous auto-organiser autrement, pour vivre matériellement et maintenant, ce à quoi il ne peut fournir, structure fétiche d’une société en pleine faillite, et dont l’exercice sujet social est désormais réservé à de moins en moins.

 

Cet éparpillement, qui est à l’origine de la confusion sur « l’invisibilité » des nanas transses – alors que nous sommes majoritairement survisibles, mais rendues socialement imperceptibles et insignifiantes, si ce n’est négativement comme monstres anecdotiques – n’est pas une force. Nous sommes, que nous le voulions ou non, car notre devenir social suit d’autres chemins que l’image que nous aimons à nous en faire, à l’opposé de la force. Une négation particulièrement carabinée du pouvoir. Même quand nous restons engluées dans la revendication d’origine masculine d’une place qu’on aurait du avoir, d’une cisintégration, même quand nous causons doctement d’empowerment, nous sommes drossées par notre situation vers les antipodes de tout cela. Nous nous trouvons donc aussi à l’opposé d’une bonne partie du théâtre associatif.

 

Plus au centre de tout ça qu’on le croirait reste et prospère la vérole récurrente de l’exotisation fétichiste de la transsité féminine. L’accumulation répétitive de « chrysalides », de « papillons », de « saut de l’ange » et autres images assignantes à ce que le féminin lui-même assigné par le masculin a produit de plus effrayant, de plus ridicule et de plus limitatif, ce que le féminisme avait quand même un peu bousculé, au moins à une époque où on en parlait pas de se « réapproprier » les directives sociales en vigueur. Quand c’est déployé par les cis, c’est déjà très énervant ; quand c’est spontanément repris à translande, c’est une fois de plus l’illustration de ce que nous mêmes, les nanas transses, n’arrivons pas à nous accepter et reconnaître pour ce que nous constituons, ici et maintenant. Et quand c’est renvoyé sans aucune réflexion par nos collègues masculins qui y pourtant échappé et pas pour rien, là ça énerve considérablement. Hé ben non, pourquoi ne serions nous, si vraiment on veut causer d’alignement, pas aussi imparfaites que les cisses, grosses, poilues, vieilles (c’est à dire durables !), inapprochables et sans vergogne, des chenilles dévorant la vie à belles mandibules plutôt que des papillons faméliques et, je le rappelle, éphémère (cool la comparaison, une bonne transse meurt vite quoi, c’est même sa fonction essentielle, démontrer l’impossibilité intégrée, je l’avais fait remarquer au sujet d’une annonce funéraire). Pour ça que l’abominable pub’ qui a motivé cette histoire, où on voit une nana transse alanguie et exposée à une supposée convoitise, laquelle ne correspond même pas à la réalité du travail du sexe chez nouzautes, a de quoi énerver très fort, et l’interdiction de sa critique à faire exploser la marmite.

Non, et clairement on admet de se friter là-dessus avec des collègues, mais l’idéologie de la caricature de caricature longiligne et éthérée, même pour des raisons on va dire pragmatiques, zut ! de toute façon on ne peut pas plus la réaliser statistiquement que les nanas cisses, et même beaucoup moins ! Et quand ce sont des assoces qui se prétendent « politiques » (mot il est vrai aujourd’hui bien vague et fourre tout) qui relayent ce genre d’imagerie, hé bien elles merdent totalement et on ne le leur envoie pas dire. Et feraient bien de se poser des questions sur leur fond idéologique, et sur, encore une fois, la transmisogynie structurelle et intériorisée.

 

Il y a pourtant bien des raisons de s’énerver, souvent, de la non déconstruction ou abandon de tropes profondément masculins par nouzautes ; mais par ailleurs il faut toujours garder à l’esprit que derrière l’extrême complexité des modifs ou non du rapport social de sexe en domaines trans’, il y a la neutralisation consensuelle de toute une grande partie de l’assigné masculin – formes sociales et pas simplement identité, on souligne encore - comme référent de l’humain, positif et désirable. Sans se poser de questions sur les contradictions internes de ce référent qui ne nous a pas pourtant mené à un monde bien sympathique…. Bref il y a, comme le disait un collègue, une sévère asymétrie qui s’ajoute (et ne se soustrait pas) chez nous au rapport social de sexe en général ; mais encore celui-ci est d’autant plus un rapport commun qu’une grande partie de ses déterminations ne sont pas vues comme tel ;es, mais comme « anthropologiques », «naturelles » ou simplement « positives ». Les masculin , comme le féminin limité à sa simple réponse exclue, sont une glu, soit qu’elle nous englue, soit que nous ne nous en désengluions pas. Sans parler des constructions non binaires où il se reproduit dans à peu près tout le positif supposé bien à tort libéré de ses assignations. Il est partout. Il est le principe de tout – il faut donc questionner non seulement l’aboutissant mais le tenant, l’origine, la raison sociale. En tous cas, s’il y a une chose qui nous met en porte à faux avec nos prétentions, à translande, c’est de croire que nous pouvons, par la magique vertu de nos transsités, reproduire innocemment le rapport social de sexe, le vider de ses conséquences ; ben non, nous en avons à peu près les mêmes qu’à cislande. Soit il nous faut l’assumer cyniquement (et cesser de faire comme si trans’ allait changer quelque chose) ; et par cela même devoir avaler la haine cis’ en partie sans pouvoir en tirer là encore conséquence puisque nous voudrons juste être cislande (que nous ne serons jamais mais ça, y a du mal à l’admettre) ; soit il nous faut piocher sérieux dans ce que nous avalisons et laissons passer.

 

On pourrait aussi dire que nous, les femmes transses, tendons nous même le bâton pour nous faire battre. Mais alors là holà ! La dynamique sociale qui conduit les membres des groupes délégitimés et stigmatisés à se retrouver dans des configurations où elles ont « toujours tort », désolée, mais n’importe qui a fait un peu d’études minoritaires, où qui en est, sait comment ça marche et même un peu d’où ça vient. Les personnes et les groupes en position d’avantage et qui incarnent mieux les formes sociales positivées ont généralement bien moins de mal à rester dans des positions où iels ont « raison ». Où iels échappent aux conséquences des contradictions sociales incluses dans les formes assignées, et qui pèsent surtout sur les plus faibles et les moins valorisées. Il faut aussi se souvenir du double sens de raison. Le second sens est celui d’avoir raison de. Bref de dominer structurellement. On n’est jamais si cohérente en interne que quand on a les moyens de faire comme on dit, et réciproquement. Donc que des transses puissent se mettre, comme on dit, formellement « en tort », doit certes être lu dans le rapport complexe au genre, mais aussi et tout bêtement dans le rapport de pouvoir général, qui y est lié. Le rapport social nous assigne de telle manière que nous nous éliminons à chaque fois nous-mêmes. Tout bénef. Et cependant l’issue n’est pas et ne peut pas être de réclamer l’inclusion dans ce qui nous élimine, qui est précisément nourri ce mécanisme. L’amour de, l’appétence pour ce qui nous objective et finalement nous nie et nous rabaisse, si souriant paraisse-t’il être (l’hétérosocialité par exemple) est constitutif de cette misogynie dont après nous prenons les conséquences en pleine figure.

 

Il reste évident, et ce n’est pas une découverte, puisque les autres minorités l’ont statué depuis longtemps, que notre infériorisation dans un rapport social d’évaluation et de domination, fréquemment médiatée envers nous par les qui nous semblent et se proclament les plus proches, quand ce n’est notre équivalence, nous isole les unes des autres, nous rend ennemies les unes aux autres, nous dissuade, et le mot est faible, de nous rassembler ; nous tenons tellement à cette fichue reconnaissance par les supérieurs et aux avantages qu’elle est censée nous donner – en réalité c’est presque toujours le mépris et la course infinie après un simple strapontin chaque jour remis en question – que nous somme toujours prêtes à nous dénigrer mutuellement, à nous méfier les unes des autres, à tenir pour souhaitable d’être seules au milieu des cis’ ou des m trans’. Comme si quelque part nous étions des leurs, des « hommes comme les autres », invisibles, registrées ; finalement, on en revient toujours à la normalité des formes assignées masculines, y compris pour le féminin en permanent rejet de lui-même. La peur de déplaire à celleux à qui nous voulons plaire, en tous cas, nous tenaille. Et signe notre dépendance à leur approbation. Il n’y à contre cela aucune « pédagogie » qui vaille, les rapports sociaux ne sont par principe pas « rationnels ». Nous ne pouvons au mieux compter que sur le rassemblement de celles d’entre nous qui n’ont plus rien à perdre à « l’inclusion », qui y ont déjà tout perdu. Et encore, même avec un billet « perdu », beaucoup d’entre nous s’obstinent à velcroter, et on n’ira pas les chercher ; on a déjà assez à faire avec nous-mêmes, rien n’est simple. Nous devons là aussi nous débarrasser des comptines « unitaires » ou « d’intérêt bien compris ». Il n’y a pas plus d’unité des nanas transses que d’autres, déjà à cause de nos inégalités sociales internes, ensuite à cause de cet infini désir d’inclusion et de la puissance séparatrice de la domination misogyne. Bref, n’invoquons pas, et surtout ne nous conditionnons en rien, à une unité quelconque, surtout basée sur des identités a priori.

 

 

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Bref, la transmisogynie, qui progresse à translande comme elle progresse ailleurs avec la misogynie en général, sur le tapis à roulettes de la régression vers des « fondamentaux » désirables et incritiqués, dans un contexte de raréfaction de ce qui aide et sert réellement à vivre, n’est pas ou si on y tient absolument qu’accessoirement, une question morale. Ce n’est pas non plus simplement une intention individualisable où une simple expression subjective. C’est une question systémique et le fruit d’un rapport social qui nous englobe intégralement, nous constitue, dans des positions certes inégales mais aussi complexement différentes. C’est donc beaucoup plus difficile à aborder et encore plus à régler encore une fois qu’une simple question d’attitude morale (mais il est vraisemblable et en tous cas défendable que le domaine moral n’est qu’une superstructure du systémique de sexe ou d’autre, et conséquemment pas plus facile à se dépatouiller de en fait). Les coups de menton volontaristes et les chartes éthiques n’y servent, on le sait quand même d’expé, à peu près à rien. On ne peut pas tenter (aucune garantie qu’on y arrive) d’en sortir sans s’en prendre direct au sujet, c'est-à-dire nozigues, reproduites et reproductrices, et cesser totalement de faire confiance aux packs d’identité et de ressenti, aux catéchismes faciles, qui découlent de ce systémique et ne font finalement que le renforcer. Il nous faut nous complexer, quoi. Au contraire de la pente défendue par les autoproclamés pragmatiques, quelque peu autoritaires, ça passe ou ça casse, qui entendent décomplexer nos histoires.

 

La misogynie à translande concerne tout le monde, bien que de manières différentes ; et on ne peut pas compter y faire quoi que ce soit avec des incantations non plus qu’avec des dénégations. Encore moins en l’objectivant pour le supposer « au dehors », externalisable comme « objet ». Elle est (en) nous, elle est le rapport qui nous traverse et nous détermine. À ce sujet, ni fausse naïveté ressentimenteuse, ni fatalisme roublard, ne nous seront d’aucun secours. Mais il est vrai que là réapparaît quand même l’intention : voulons nous nous colleter avec, ou avons-nous définitivement opté pour « vivre avec », et nous en contenter, au risque de quelque pertes d’avance délégitimées, et au profit de la reproduction des rapports sociaux ? Nous l’agissons nous-mêmes comme nous la subissons, comme c’est le cas d’ailleurs pour les cisses ; d’où procèdent sinon la brutalité, la malveillance, l’isolationnisme entre nanas transses ? Il faut aussi arrêter de prétendre qu’elle n’est que subie. Nous portons doublement, par notre accumulation sexuée historique, collective et individuelle, les principes de méfiance et de haine de l’assigné féminin, et notre transition, pour significatif que soit ce mouvement, ne les efface pas miraculeusement. Non plus que l’appétence, qui est convergente depuis toutes les places sociales, pour la réalisation et la revendication de pratiques et de formes assignées masculines, la réclamation d’un toujours dû ; rien nous est dû, et à nous moins encore qu’à d’autres, et c’est très bien comme ça, nous pouvons ainsi dégager du nouveau et de la critique de l’état de fait. Sans rien demander à personne si ce n’est qu’on ne nous utilise pas, ni en positif ni en négatif. Les non mixités transses, vis-à-vis de cisselande comme vis à vis de translande, sont nécessaires, elle ne suffisent pas en elles-mêmes ; mais si nous arrivons à les réaliser ce serait déjà un fichu pas de fait. Leur non réalisation, la réticence que nous y avons, est foncièrement aussi empreinte de misogynie.

 

Un chemin possible pour sortir de cette autodestruction et de cet autoassujettissement peut être d’assumer la négativité de l’assigné féminin, mais non pas comme un exotisme positiviste, comme une critique des formes et objectifs sociaux vers lesquels nous tentons (en vain le plus souvent !) de converger. De rompre ainsi sans nous nier avec folklore et infériorisation.

 

 

 

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Pour en revenir aux manifestations consensuelles et soft de cet état de fait, les exemples abondent et se renouvellent. il y a encore quelques jours, une personne trans’ dénonçait un article pourri dans la presse (mais aussi faudrait-il déjà voir à ne pas collaborer à cette « reconnaissance » à reculons !) en excipant de chiffres de discriminations envers les « personnes transgenre » qui passent absolument sous silence le déséquilibre pourtant maintenant nettement reconnu en la matière entre les nanas transses et les autres. Désolées, mais ça aussi c’est de la transmisogynie, par utilisation et détournement. L’essentiel des violences commises le sont envers des nanas transses, visibles comme telles. Et se récupérer ces données sur un plan faussement égalitaire est un des abus qui ne sont pourtant depuis longtemps plus tolérés quand il s’agit de question de sexuation cisse, ou de race, encore moins de richesse. Mais qui à translande semblent non seulement ne poser aucun problème, mais être frileusement protégés par un consensus aux enjeux eux-mêmes inégaux ; les nanas courent après une légitimité « commune » qui n’est qu’un fake ; les autres protègent ainsi leur invisibilité. Zut. En fin de compte c’est encore et toujours nous, donc, le « bouclier », le matelas qui prend. Qui fait l’épaisseur. La « protection » a un prix.

 

À l’inverse, on a aussi le versant « appropriation exhib’ », « on » (toujours « on », nous sommes presque toujours agies, y compris par les collègues dominantes…) nous visibilise, mais alors faut voir comme, toutes aux abris ! genre la diffusion bien gore d’une bouille bien typée de nana transse fracassée dans la rue, comme si ça avait le moindre intérêt et la moindre efficacité sociale d’orner la dénonciation nécessaire de ce fait par la dite bouille, dont le colportage insistant srt surtout à nous annexer d’une manière bien spécifique : en nous humiliant, en nous livrant au public, et en diffusant finalement la bonne idée, si ce n’est la bonne nouvelle carrément, ô combien rassurante, qu’une vraie transse est impuissante, dépendante, qu’on n’a qu’à se servir, il manque en fait un mot spécifique pour désigner ce type d’exotisation obscène, laquelle finalement trahit le désir profond de celleux qui la diffusent : que nous soyons isolées, pourchassées, battues, pantelantes et qui sait même un tantinet ridicules dans ce déchaînement de violence, afin de leur servir de faire valoir, à ces gentils, c’est niveau protection des animaux domestiques. Trop cool. Là non plus, d’ailleurs, guère de retenue sur le petit réseau translandien, on route, sans réflexion et sans la moindre réserve. La sollicitude tutélaire, appropriatrice, exhibante et instrumentalisante n’est pas moins transmisogyne que le placard ou la violence. Nous n’avons à servir de guignoles tuméfiées ni pour le confort moral des surplombantes ni pour celui des transmixtes. Ni même et surtout pas pour nous en faire une justification que nous croyons bon marché, et qui va nous coûter nos peaux ! Pour causer slogan sommaire, les violences que nous subissons effectivement ne sont pas à votre disposition. Ni aux unes, ni aux autres, que ce soit bien clair. Encore une fois bas les pattes (et ne vous cachez pas derrière des « consentements » nécessairement inégaux !). De manière générale, il faut que nous arrêtions de relayer des images de violences graves à notre égard. Notre inquiétante fascination utilitaire à ce sujet est très à questionner, autant que celle des cisses qui font de même. Nous finissons par communier dans une approche vraiment pas claire de nous-mêmes, où nous croyons tirer quelque chose de notre propre anéantissement. Et où les cisses, en « déplorant », ont bien l’air de trouver tout à fait arrangeant que ce soit notre sort : comme ça on est bien étrangères, plus un péril social du tout, et une réserve d’émotion disponible. Stop !

 

Et nous-mêmes abondons, en rajoutons, nous laissons aller ou utiliser pour notre bien, nous-mêmes sortons et ressortons des fois sans même qu’on nous l’impose (!) les aspects les plus exotisants et fétichisants de la vision hétéracisse des nanas transses, de ce qu’elles ont été et ne sauraient cesser d’être. Nous en rajoutons, sans doute parce que nous avons été élevées, garçons, à nourrir ce point de vue éloignant, exonérant, prophylactique. Bref, nous reproduisons en nous-même cette dichotomie sociale et sexuée – et cela est inévitable, mais pour autant peut être réfléchi et questionné. Ainsi quand une flopée d’assoces, c’est à dire de personnes, vu ce que sont de fait les assoces chez nous, font démonstrativement la pub d’une daube culturelle crassement exotisante et assignante de ce que doivent avoir été (et on devine continuer à être) les nanas transses ; on sent le désir de comment doivent être les choses. Même transitionnées nous reproduisons, ce dont d’ailleurs le contraire eut été étonnant, puisque les nanas cisses le font bien, le rapport social de sexe. La misogynie n’est pas un objet isolé, ni une anomalie dans des « rapports humains » naturalisés ou évidentisés ; elle prend place structurellement dans la société de sexuation, qui est dualiste et hiérarchique par principe, et dont on ne peut pas jouer « librement » des éléments. Où on la remet en cause systémiquement, où on est condamnées à la reproduire, avec ses conséquences. Et le mouvement trans’ actuel n’a pas la volonté, ni peut-être la capacité, dans ce qu’il suppose, de le faire. Un préalable est donc de décomposer ce mouvement et de le désunifier, pour en connaître les différents tenants et enjeux. Il n’y a pas « une transidentité », il y en a plusieurs, qui ne vont pas dans les mêmes directions. Et il y a tout le reste qui s’y mêle et croise.

 

Il est patent en effet que le déni unitariste et convergentiste vis-à-vis de la misogynie vaut autant, à translande, pour maints autres rapports sociaux. Et de ceux qui ont le plus de conséquence. Il y a vraiment comme un irénisme trans’, qui par notre atypicité et notre nouveauté, d’ailleurs relatives dans leurs contenus, ferait que les basses circonstances de la vie sociale en seraient transfigurées. Ben tiens. Au contraire, elles en sont avivées. Et l’idéologie unitariste trans’ est à ce jour une des pires à cet égard, là encore à cause de son plaining intégré et la victimisation qui l’accompagne en prétendant résumer, intra-universaliser et finalement nier les situations spécifiques.

Il ne s’agit donc évidemment pas de rejouer la farce unitaire en essayant d’amalgamer les formes dévalorisées – au contraire, il faut en finir avec cette logique même, qui ne peut qu’être hiérarchique. Il faut faire éclater ce qui est aujourd’hui en train de se figer en guise de translande, comme ordre et dynamique, avant que comme le disait Atkinson pour la sororité de principe elle se mette à tuer une partie d’entre nous.

Nier ou minimiser, c'est-à-dire hiérarchiser, la réalité effective et systémique des rapports sociaux, de ce qui se passe répétitivement, est une impasse intéressée et inégalitaire. Qui que ce soit et avec quel statut qui l’agisse ainsi.

 

D’expé comme de théorie, nous n’avons pas à parler « d’une seule voix », ni à noyer les rapports sociaux dans une symbolique unitaire. Il n’y a ni plus ni moins de « personnes trans’ » que d’humains génériques, c’est une abstraction, réelle certes, mais dirigée et qui invisibilise les inégalités. Et quant à l’efficacité pour réellement changer les choses, elle en est douteuse, c’est rien de le dire ; toutes les tentatives unitaristes, lgbtlande en est un exemple flagrant, n’ont pu se diriger que vers l’intégration et l’universalisation du modèle dominant (ici hétérolande, mais la misogynie y est incluse), avec ses contradictions et ses éliminations à l’intérieur des groupes stigmatisés. Il y a hélas tout à parier qu’au-delà, peut-être, de progrès administratifs pour lesquels les assoces sont relativement irremplaçables, et encore si les moyens matériels en existent sans quoi ce sera une blague inégalitaire de plus, il en sera de même pour une supposée translande unitaire où il fera bon ne pas amener de problématiques. Translande prend déjà la trajectoire du monde lgbt auquel pourtant elle a voulu, au moins partiellement, échapper. On n’échappe pas à la logique de l’ordre centripète rien qu’avec une identité, qui plus est résumée ; il faut remettre en cause les fonctionnements structurels. Et si nous avançons, quelques temps, dans l’intégration administrative, il est déjà patent qu’il n’en sera pas de même pour l’intégration sociale, tout simplement parce que celle-ci est d’emblée entachée d’inégalisme, de zones aveugles, d’impossibilités, en fonction des critères profonds et généraux de la société à laquelle nous prétendons appartenir, au détriment sans doute d’une grande partie d’entre nous. Encore une fois, les intentions ne suffisent pas, ni de « vouloir pour pouvoir », quand cette volonté est déjà formatée et remplie par des formes sociales qui n’entendent que se reproduire, avec leurs conséquences, à travers nos « bonnes volontés ».

 

 

Pour cela qu’il faudrait, sans rêver non plus à des rassemblements massifs qui n’existeront vraisemblablement pas plus chez les trans’ qu’ailleurs, à moins d’un changement brutal dans la société qui y oblige, et encore – des mouvances non mixtes de genre, auto-organisées. Pour briser ce cercle qui se reproduit, il faut surtout et d’abord éviter de vouloir y prendre place, de réclamer quelque du que ce soit. On ne nous doit rien et réciproquement. C’est là encore un mythe légitimiste et masculinoformé. Comme le plaining et la victimisation. Il nous faut créer d’autres espaces, où nous pourrons tenter de faire sans (trop) reproduire. Laissons translande, en l’état, sans en réclamer miette, à qui s’en contente. Bien sûr, il restera des héritages communs, mais de ceux qui se forment avec l’évolution de notre existence. Pas de ceux, catéchétiques et plaintifs, définitifs et essentialistes, qui se momifient dans le coffre fort de notre bien pathétique acquis. L’unité est un des ces auto-arnaques que nous devrions être fatiguées de faire rouler ; il n’y a pas plus d’unité transse en fin de compte, que d’unité cisse pareille, au-delà de rapports sociaux généraux. Si ce n’est une fiction intéressée au profit non pas même tant de groupes ou de personnes que de formes sociales incritiquées, désirées et positivées, avec leurs conséquences toujours réitérées et identiques. Plus d’unité plus de résumé, plus de violet, non plus que de rainbow. Assumons d’être des sujets sociaux, des conséquences et non des causes ou des récifs superbement immobiles, et assumons donc les divergences que nous imposent ces rapports et les situations qu’ils déterminent.

L’« autonomie trans’ », si elle continue à se satisfaire du fétichisme habituel pour une « identité politique valise unitaire », qui fait l’impasse sur les rapports sociaux et se juche sur quelques formes privilégiées, aura exactement les mêmes conséquences pour la plupart d’entre nous que ce que nous avons reproché à lgbtlande et à cislande.  Mais peut elle le remettre en question sans se réformer constitutivement elle-même, et abandonner son ordonnancement a priori ? car désormais s’il y a deux choses d’à peu près sûres concernant notre devenir social, c’est que si nous continuons à nous abstenir de nous critiquer nous-mêmes autant qu’autrui, comme sujet et rapport social, d’une part, et de la jouer communautaire, séparatiste et collective d'autre part, au lieu de rentrer la tête, de glugluer sans espoir à l’intégration comme à la mixité, et de nous défausser les unes sur les autres de ce qui du coup ne se fera jamais, d’autre part, hé bien nous pourrons toujours pareillement continuer à nous lamenter que rien ne change, parce que nous nous serons comportées de la meilleure manière pour qu’il en soit ainsi.

 

 

Chamalave

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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