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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 08:34

 

 

J’avoue, après réflexion et retour sur ce que j’ai vécu et subi à bio-féministlande, je ne m’associe pas à la chorale d’indignation vertueuse et inclusiviste envers les nanas qui se définissent ou se rassemblent comme Radfem®. Oh, c’est pas que je les apprécie, et encore moins réciproquement, vous vous en doutez. Mais déjà je n’ai pas du tout envie d’un monde où il sera prescrit de m’apprécier ou de me « reconnaître », encore moins de me respecter pour « ce que je suis », ou même pour un autre critère. C'est-à-dire où la haine sera contenue dans le privé – parce que je ne me fais aucune illusion à ce sujet : nous, f-trans, sommes objet de haines congruentes et convergentes, pour des raisons que j’irai jusques à qualifier de très bonnes, dans la – très large – mesure où ce monde entier est structuré sur la haine du féminin ou de ce qui est assigné tel. On n’est pas sorties de la cave de l’auberge, et c’est inutile de faire même comme si nous étions près du soupirail.

 

Par ailleurs, je ne vois absolument aucune raison que je puisse soutenir d’empêcher des nanas de se réunir en non-mixité, fusse cette non-mixité imprégnée de haine et de bêtise réductrice et acritique. Et comme si les pas radfem étaient politiquement tout en sucre – quand on en est à revendiquer comme émancipatoires le mariage, la famille et même au besoin la religion, il faudrait ptêtre faire un petit retour sur nozigues, hein ? Je suis juste de celles qui préfèrent que les choses soient claires : c’est une non-mixité f-bio. Mais faut le dire. Exactement comme pour  la plupart des non-mixités qui se proclament « inclusives » et ne le sont pas en fait.

 

Et d’autre part, ça me fait tristement marrer que cette opportune colère dirigée sur quelques naffreuses qui sont la bien pratique honte de la famille, permette une fois de plus de washer le mouvement féministe dans son ensemble, et surtout dans ses secteurs modernes, de toute violence anti f-trans. Parce que faut pas me, nous prendre pour des c…es. C’est aussi bien à ça que ça sert, de s’en prendre à ces nanas qui sont elles-mêmes minoritaires, depuis que le féminisme radical, qui ne se limite, ne leur en déplaise, pas à elles et à leurs fétichismes négatifs, est à peu près mort, au grand soulagement des intégrationnistes et revendicatrices de toutes places dans l’ordre des choses d’un patriarcat lui aussi washé de ses côtés contreproductifs.

 

Je peux même le dire très simplement. Je n’ai jamais été agressée ou maltraitée par une féministe radicale, et encore moins par plusieurs ; j’en ai rencontré quelques unes, des bien copieuses, antitrans et tout, dans ma life et on a même des fois causé. On était clairement des deux côtés de la barrière, la labrys à portée de main au cas où, mais on causait, et des fois j’ai ramené des ces causeries un bien meilleur souvenir que de l’hypocrite bouillie inclusive pleine de clous. On ne prétendait à rien, ni les unes ni l’autre.

Là où - compte non tenu des mecs autrefois - j’ai été violée, agressée, maltraitée, instrumentalisée, calomniée et même (rien laisser perdre, principe de l’équarrissoir !) escroquée, c’est dans le milieu féministe alterno-inclusif (à forte tendance institutionnalisante), précisément chez les lyonnaises. Et par des têtes de l’endroit. Pas par de méchantes radicales.

Là où j’ai, et où d’autres, avons subi la haine pas assumée qui se cherche et, si elle n'en trouve pas, invente ses prétextes, l’exotisation qui essaie quand même de se servir de nous, le dégoût et la peur de ce « trop féminin tout de même, pas clair », c’est pas chez les radicales, qui ont l’honnêteté élémentaire de pas nous la jouer, de dire que nous et elles c’est niet – et réciproquement. Nan, c’est chez celles qui se la jouent, justement, « on est toutes un peu trans », ou bien « on est inclusives », « meufs gouines trans la croisière s’amuse ».

 

Un des sales côtés de ce monde, qui se répète, c’est qu’on est quelquefois moins en danger avec des ennemies ouvertes qu’avec de prétendues amies qui vous pourrissent et vous méprisent. Parce qu’au fond, les deux pensent et sentent pareil. Juste elles n’en font pas la même chose.

 

La réalité crue, et dure, c’est que le programme intime de la majorité du féminisme actuel est identique à celui des Radfem. Conservatisme et intégration/exclusion. Comme le programme de la gauche gouvernementale devient identique à celui de la droite dure. Mais que les impératifs du commerce politique impliquent de ne pas le dire ouvertement, de juste le laisser sentir, et à celles qui sont démarchées, c'est-à-dire les bio. Par exemple, les unes ne croient pas plus à la notion de genre – laquelle nous a été effectivement d’un piètre usage pour changer quoi que ce soit -  que les autres, mais elles affectent de faire (mal) semblant, et profitent des a-côtés. Les f-t’s, en attendant leur disparition escomptée, jouent le rôle des juives ou des roms, exutoires, punching-balls et boîtes à fantasmes. C’est pour ça que nous sommes recrutées à inclusiv’lande. Et pour mettre aussi de la pommade sur la conscience malheureuse et torturées des bio qui font dans la compassion et le paternalisme. Mais qui ne se posent guère de questions oiseuses quand nous venons à disparaître. Il y a tellement de choses intéressantes à faire et qui gavent l’attention comme l’avidité ; « Wah trop radicool ! Une soirée post-porno queer mgt, dis donc, ah ça c’est libératoire et pas normé pour un kopeck. Ah c’est bête, on manque de diversité, il faudra qu’on se dégotte une nouvelle trans pour faire domina la prochaine fois ».

 

Pour en revenir au féminisme radical, il se trouve que j’en suis. Je n’ai, dans la ligne de la tradition un peu beaucoup oubliée qu’on ne demande pas la permission à celleux qui vous dominent, réclamé finalement de certificat à personne. D’autant que ce que je mets dessous ne correspond que très partiellement aux rêves hargneux mais surtout étroits des Radfem actuelles. Beaucoup plus à ce qu’appelait Solanas. Une révolution, quoi.

Ça ne m’embête pas plus que ça d’être seule, dans ce pays et pour le moment, dans l’intersection, comme è disent, de ce que je suis et de mon option politique : un monde de femmes, où on aura détruit les instances de pouvoir et de valorisation. L’époque n’est pas à l’audace.

Ce qui m’embête c’est d’une part que la vie est (de plus en plus) courte, et qu’on se fait piéger et charcler par des milieux qui sont pas mal structurés par la crapulerie, la lâcheté et le mensonge. Il faudrait, si j’ose dire, pas naître, parce qu’on ne naît rien, mais très tôt, dès l’adolescence, avoir accès comme on dit encore en novlangue à un bagage de savoirs (et re novlangue !) sur la question, histoire de ne pas passer des années à nous faire massacrer par des fermières de l’intégration qui nous font « petite petite petite », avec leur grand couteau derrière le dos, comme dans la fable de la Fontaine.

 

En ce qui concerne, encore une fois, les Radfem et assimilées, de mon point de vue elles butent dans la même impasse que les Delphy et bien d’autres, impasse critique qui n’est pas propre au féminisme, mais coince tout le mouvement révolutionnaire depuis longtemps : elles n’identifient le patriarcat qu’au regroupement d’intérêts universalisés de la classe des hommes ; ce que je crois exact en analyse descriptive mais n’épuiser pas le problème. Je suis de celles qui pensent que les systèmes de domination sont totaux, constitués de formes non perçues comme telles mais que nous vivons comme nous-mêmes, et que par conséquent démolir la domination ce n’est pas opérer une redistribution de ces formes et de leurs dividendes, mais s’en défaire. C'est-à-dire, en ce qui nous concerne ici, de se débarrasser des formes sociales valorisées en patriarcat. Pas se les réapproprier. Sans quoi nous reproduirons, même avec un autre encadrement, un monde sensiblement identique.  

Les conséquences sont de toute façon matérielles et immédiates, dans le choix entre la cogestion protestataire et la critique radicale ; dans un on se retrouve un jour ou l’autre assise à la même table que des flics, des procs, des managers et des ministres ; dans l’autre on est derrière la barricade ou dans le désert. Quand on essaie de faire les deux, on finit écartelée, ou folle.

Je crois de plus en plus fermement, avec l’expé, que les attitudes morales pourries sont pour beaucoup une conséquence de l’aplatissement, de la résignation, de l’opportunisme politiques et intellectuels qui caractérisent et notre époque, et nos milieux dans cette époque.

 

Pour dire, en fait, que je peux me sentir des fois une solidarité politique partielle avec ces nanas, les rad’s, qui sont je crois elles-mêmes divisées entre se servir des structures présentes et les détruire. Et que, contrairement à ce que voudrait l’idéologie présente de la convivialité et du respect, laquelle est la pierre tombale sous laquelle se passent précisément les violences et abus évoqués plus haut, je ne demande ni n’attends en aucune manière que cette éventuelle convergence se traduise en relation ni en inclusion.

De toute façon, elles sont très peu nombreuses, et je suis encore moins nombreuse. Je veux dire, même s’il y a un risque exterminatoire, ce qui est probable envers nous si elles prenaient le pouvoir, il n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est le lent massacre dont les f-trans font l’objet chez les féministes raisonnables et opportunistes. Comme partout ailleurs à biolande.

 

Bref, je n’entre pas dans la chorale, dans aucune des chorales d’ailleurs. C’est que je chante faux. Hé, déjà, hein, vous savez bien ce qui se passe quand il y a une trans dans les chorales de meufs ; avec nos cordes vocales toutes détendues, amollies, c’est comme la louve qui se veut faire bergère (La Fontaine là encore). Wooouh. Pas possible. Ridicule même. Tout le monde fait comme si pas, mais en réalité ça passe pas, ça rigole in petto. Et des fois y a de quoi. Nous chantons faux, nous sommes des pas vraies de toute façon. Et d’ailleurs ça chante faux, dans la mesure où ce qui est chanté est souvent pas vrai non plus, prétexte, voile, cache-sexe au maintien des rapports de force et de naturalité en vigueur ! Laissons tomber les chorales. Laissons tomber les arnaques à la sororité, à la reconnaissance ou que sais-je. Laissons tomber l’alignement idéologique prudent. Ça ne sert à rien. Si nous devons être massacrées, ou conduites à l’extinction, à la fin, nous le serons. Nous nous abîmons déjà bien nous-mêmes, avec enthousiasme. Le tout est de n’y consentir ni d’y participer en aucune manière, et pour, je veux dire, garder un tant soit peu d’estime (et rerenovlangue), et pour garder aussi une liberté de pensée, cette liberté négative que j’ai déjà souvent évoquée, qui est peut-être une étape vers ce monde profondément différent, opposé, dont j’ai parlé plus haut.

 

(Peut-être que les succétrices de celles mêmes qui nous traitent comme des m… viendront alors dire merci sur nos tombes. Ce sera encore plus beau et plus obscène que leurs gueules de circonstance de cent pieds de long aux cérémonies du TDoR, entre deux saletés transphobes. On s’en fout. On les emmerde. Vivons.)

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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