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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 14:30

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L’identité et le pouvoir, la confiance en laquelle nous les tenons, la surenchère que nous en faisons, n’ont vraiment pas l’air de nous mettre en capacité de transformer, encore moins de « dépasser », le rapport social. Bien au contraire, elles nous en emberlificotent comme jamais, nous y enfoncent, ligotées, au point que ça nous rentre déjà par les trous du nez. Couic.

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 14:08

 

 

 

Je vois tomber cette annonce d’un cycle de conférences – « Féminismes matérialistes et analyses critiques », auxquelles comme bien souvent seules les parisiennes auront accès (si ç’avait été une journée ou deux, peut-être des ressortissantes de bous’lande auraient pu monter – mais voilà, les bouseuses, hein, rienaf’)

 

http://sophiapol.hypotheses.org/17340

 

Alors je suis à la fois un peu contente et pas trop. Contente pasque l’intitulé m’allèche, et que depuis un moment je replonge, pour la énième fois d’ailleurs, dans l’ensemble de thèses maté’ de cette école, et que j’y trouve toujours plus de possibilités pour une critique radicale de ce qui structure l’ordre des choses en vigueur, si concurrentiel soit-il en interne.

 

Moins contente pasque déjà, je suis pas naïve, je vois bien qu’il s’agit en ce moment un peu d’une revanchise politique. Ce n’est même pas que ça m’embête, je suis polémiste, mais je crains que d’emblée ce cadre implicite ne limite fortement les audaces intellectuelles. Et pour le reste vous savez que j’ai autant d’aversion pour les positions des rep’s que pour celles des anti-impé, sans parler de ce qui essaie de se tenir entre les deux. Tout ça se décalque, converge à mort pour se disputer l’appropriation. Loin à gauche toute de cette foire. Passons.

 

Moins contente donc surtout pasque je pense franchement que ce qui serait intéressant ne consiste pas en revenir à l’état de réflexion que nous ont laissé ces nanas, pour nous en faire un cocon, mais au contraire de le pousser là où elles n’ont pas été. Pour parler net, je pense que comme c’est présenté, on reste dans le dualisme ontologisant ; on a du mal à s’extirper d’une primauté des supposés sujets, qui feraient les rapports (approche non dialectique des classes, des sexes, ect.) pour passer à une critique du rapport social qui conditionnerait intégralement le sujet. C’est là pour moi toute la limite de se tenir dans l’arène « objectivisme contre subjectivisme », et de ne pas poser l’hypothèse que les deux nous maintiennent dans le piège binômal de l’ontologisation du social dans des « sujets sources de réalité ». On reste dans un dualisme qui se reproduit – j’assume d’avoir, pour ma part, un point de vue moniste : un rapport social clivé par valeur/non valeur, masculin/féminin ; un sujet social pour la réalisation duquel nous sommes prêtes à tout et au pire.

 

Ce que je trouvais de bien dans Mathieu, entre autres, c’était l’ouverture sur une critique radicale des « évidences fondatrices », et « naturelles » - anthropologiques comme on dit à postmodernlande. Mais Mathieu n’a pas été au-delà, non plus que bien d’autres. Aller au-delà, cela voulait dire remettre en cause les structures sociales de l’échange, de l’appropriation, leurs conséquences de justice et droit, et la « nécessaire » masculinité chère à toutes les complémentaristes. Le sujet social en somme. Se proposer leur possible disparition. Oulàlà. La fin du monde quoi. Au lieu de quoi on s’est sagement cantonnées dans la question de la redistribution des éléments dudit monde – supposés neutres, et sans poser la question qui tue : ces éléments ne sont ils pas les formes mêmes qui fondent la contradiction de la valeur et du sexe, et qui semble devoir se résoudre en extermination ?

 

Bref, je vais comme d’hab’ être un peu raide : je crois de plus en plus que ce sera Solanas, Scholz, Mathieu, et surtout au-delà, des antisubjectivismes qui ne se réfugient pas dans le piège objectiviste, théorisées et pratiquées ? ou la mort, à commencer par le féminicide, l’anéantissement de la non valeur par la valeur, avant que celle-ci ne se dévore mais ça on s’en fout, nos peaux, zut ! (féminicide qui est d’ores et déjà massif, formel et structurel, institué, à renverser totalement, non pas la péripétie juridique individualisante à laquelle aimeraient le ramener les intégrationnistes, pour qu’il soit échangeable lui aussi, intégrable dans le pib) ? Hétérolande, soit le masculin, le sexe, la relation reproduction, bref le rapport social de sexage, ensemble de formes subjectivées et naturalisées, est l'axe commun des pensées conservatrices progressistes comme exotisantes réaques, axe (re)devenu invisible en sa niche. Dénichons le. Ou cessons de nous lamenter sur ses conséquences et de les attribuer à ses "dérapages".  

 

Tenter le pari alors de sortir ce que nous pourrons de nous du sujet, nécessairement valorisateur et masculin, de ses évidences et exigences, des backlashes en concurrence pour se l'adjuger ?

 

Pour une tentative antilégitimiste, féminisatrice, communiste, collectiviste, égalitaire, inféconde et paresseuse (ouf) ; et pour bien d'autres à imaginer. De la nouvelle !

 

 

Intersectionnalisme, subjectivisme, pragmatisme...

Remasculinisation, misogynie, antisémitisme, spiritualité...

→ convergence des contestations dans un backlash à la fois régressif et libéral

 

L'angoisse

 

Je ne serai pas l'alliée des concurrents de mes ennemis

Je ne trouve aucune échappée dans le recours au passé

 

On ferme ! - pour le moment...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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25 février 2015 3 25 /02 /février /2015 10:23

 

 

L’exotisation subjectiviste de la prison, cet état social d’élimination de plus en plus généralisé ; il fallait le faire, ou le refaire ; on l’a (re)fait (et on ira sans doute bien plus loin, à voir ce qui fait pelote par chez nous en ce moment), on l’applaudit bien fort, on en jouit. La vieille perfo masculiniste du rock du bagne réappropriée, mise à jour en série tv, émoustille lgbt-tépégélande à la recherche d’identifications fortes. Et quoi de plus forte que la positivation toute crue de la contrainte et de la brutalité, hé ? – bref l’extension tous azimuts de l’idéologie sadienne, elle-même admirablement adaptée au capitalisme, à la guerre de toutes contre toutes, à l’obsession de l’appropriation, et à l’affirmation des “individues fortes et gagnantes” dans ce système qui se raidit à mesure que les moyens de survie autorisés par l’économie se raréfient. Sans parler de l’enrichissement subjectif et de l’empowerment par la menace d’élimination ; on n’imagine pas le genre de – on le connaît déjà, dans la « vraie vie », et c’est top classe, on en redemande ; darwinisme social 0.1. On ne parle évidemment pas des perdantes – c’est la version radicale de la méritocratie, tu vis ou tu meurs, point. Éventuellement tu es protégée tant que tu as de la soumission, de la sous-traitance, à échanger et qu’elle paraît négociable. Si tu es une vraie personne humaine, une légitime, tu feras partie des survivantes, est-il dit. Mauvaise foi idéologique ordinaire : ce n’est qu’autant et tant que tu survis que tu es légitimée ; les choses, ce petit nom pour rapport social, ont toujours raison, nous toujours tort. La justification réduite à la survie et réciproquement. Le rêve on vous dit. En tous cas un fantasme bien significatif du monde auquel nous voulons adhérer autant que possible, autant par peur fataliste que par roublardise profiteuse. Et aussi, comment déclarer sexy le renforcement et la multiplication des états ou institutions politiques équivalentes, ces accompagnements indétachables de la propriété, du droit, de la justice, conséquemment de la répression et de l’emprisonnement Postmodernisme, résignation et concurrence dans un credo commun d’anthropologisation des formes de l’économie politique en contraction. La force, comme totalité, but et raison sociale – effectivement détient la raison, en ce monde, qui demeure en lice à la fin, a éliminé ses concurrentes, assujetti ses partenaires, manière sans contredit de réaliser l’unité Super subversif n’est-ce pas ? Trop cool, pas masculiniste ni capitaliste pour un kopeck, naaan, au contraire, modèle social illimité à suivre et reproduire, réapproprié à fond, li-bé-ra-teur, on vous dit, sans crainte aucune de l’épouvantable contradiction… Il est vrai qu’on les collectionne, qu’on s’y pousse avec passion, depuis un petit moment.

 

 


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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 12:02

 

 

Ça prévaut toujours, mais là ça devient carrément étouffant, ça court sur le haricot, le démarchage packing des boutiques politiques en concurrence sur l’explication des malheurs du monde et la voie du salut. Fourguage forcé en pelotes indéformables, indémêlables, de significations et de choix. Républicaines et anti-impérialistes en têtes de gondoles, simplisme libertaire ou retour à la terre et à ses bienheureuses nécessités en produits alternatifs. Ça recense sec. Et tout ce monde met en avant l’exigence méthodologique que si tu penses ça, tu dois en même temps affirmer ça et aussi encore ça. Bien fort. Sans rajout ni omission. Credo. Et te taire soigneusement sur ça. Les réponses sont là, toujours été là, elles t’attendent, fais les tiennes pour qu’elles te fassent leur. C’est qu’il s’agit urgemment de ne pas se retrouver seule, de se tenir plus ou moins chaud, de monnayer la reconnaissance mutuelle ou institutionnelle. Chantage social, politique, juridique, particulièrement efficace sur les minoritaires, peu-valant, mal-assurées sur la vie et autres isolées. Car c’est de cela aussi dont il s’agit : se faire confirmer, reprendre son adhésion, il suffit pour cela de quelques mots, et de pas mal de silences. Mais attention, la valeur sociale n’est pas subjective ; on a les amies que l’on peut – ou que l’on croit pouvoir – s’offrir. Et avec lesquelles on pense pouvoir prospérer. Gagnantes-gagnantes, la vieille ritournelle libérale. Enfin qu’on espère. S’il y a des probabilités, il n’y a jamais de garantie. Le social, comme sa grande sœur l’économie, se rétracte et tend à faire de plus en plus d’en-trop. Et c’est je pense abuser que de faire semblant de n’en être pas avertie. Le marché, ses incarnations plus ou moins transcendantes, indiquent sans recours si le calcul, ce résumé d’un esprit ditcritique qui consiste surtout à prévoir comment sortir au mieux son épingle dans les indépassables conditions de la lutte pour la valeur et la reconnaissance, a été concluant. 

 

Pour ma part je suis sans une, depuis longtemps. Je n’avale plus. Je me détache des glus, acétone ! Ma claque de ces spirales droitisantes et unitaires qui s’engrènent les unes sur les autres dans une miteuse surenchère, embarquent et recrutent. Communiste, même gauchiste, j’assume et affectionne cette définition, matérialiste, aussi peu répu que démocrate et c’est rien dire, et précisément pour cela, je ne reprends pas la scansion des euphémismes dépolitisants et intéressés des rep’s ni des anti-impé, je n’explique pas les malheurs du social par des méchancetés subjectives et multiples, je ne crois pas à l’autonomie de la politique, je ne lève pas les bras au ciel d’un air effaré, je ne supporte ni l’humour ni la satire, ces derrières de l’évidence en place assis sur les remises en cause, je ne trouve pas « impensables » ni inhabituels des assassinats idéologiques, après et avant bien d’autres, ordinaire récurrent des solutions de la modernité sanitaire et brutale, je n’ai pas pour usage d’en porter le deuil, je ne défile, ni ne converge, ni ne résiste ; précisément pour cela je ne vais pas non plus me rassembler ni me taire autour des dénis évasifs et opportuns, pour ne pas dire pis, au sujet de l’antisémitisme et de ses avatars, de la haine de l’assigné féminin et des siens, structures récurrentes dans les pensées politiques subjectivistes, autour du silence au sujet du féminicide comme mécanisme d’élimination global, autour de la valorisation/victimisation des formes masculines, qui ne me semble pas moins systémique ni significative ; tout ça fait déjà un drôle de coussin consensuel pour assourdir réticences et questions – ces dénis fusent en effet de tous les côtés ; toutes les parties vocifèrent, s’entrebecquent sur la liberté de surenchérir dans la bêtise et le ressentiment, mais éludent, invisibilisent à qui mieux mieux les meurtres de personnes juives ; comme l’anéantissement prioritaire des femmes des zones non rentables ; collatéralités banales, secondaires, parmi quelques autres, fondues dans l’habituel humanisme masculin neutre. Pour moi, misogynie et antisémitisme sont liées, et participent de la base structurelle de la perpétuation de ce monde, de la tentative jamais contestée de réaliser sa raison meurtrière, de coller à la force des choses, d’en être bénies. Aussi peu vais-je participer aux blocs affirmatifs du salut par les traditions, des territorialismes et autres légitimismes, de la défense des zones d’accumulation, des libertés opposables de l’appropriation reproduction, de l’émancipation et de la paix (!) par le commerce, des criminalisations, des idéologies du droit ou justicières. Toutes ces affirmations, dénis, euphémisations, échappatoires couvrent pour moi un commun refus de remise en cause des formes de la valeur et du pouvoir, imputent leurs contradictions et violences à de sombres complots de groupes sociaux illégitimes aux agendas pervers, ou à des anomalies inexplicables du supposé intérêt commun appropriateur échangiste. C’est peu dire que les imbécilités et hypocrisies citoyennes et démocrates me fichent très en rogne. Et rien dire que j’en veux à tout le monde, panoramique.

Au finissant, de même que je ne marche avec aucune des options en pack actuelles, vous pensez bien que je n’appelle personne à me rejoindre sur aucune de mes positions et encore moins sur leur ensemble. Déjà je ne fonctionne pas, ou plus comme ça, l’idée même d’un point de vue nécessaire, unique et salutaire à une toutes m’étant en grande incrédulité. Et ce genre d’exercice n’est bon que pour les à surfaces reconnues, échangeables ; vu ce que je représente, j’aurais l’air encore plus ridicule que je le suis déjà par la grâce des rapports sociaux. D’autres ne l’ont pas craint ; c’est leur affaire. Il n’y a pas ruée pour partager l’illégitimité chez les compatissantes de toutes obédiences. Je défends, si j’ose dire, un bout de sec, filandreux. Ce sont les rassemblements et les unités, en soi et dans leur logique intrinsèque, au-delà même de leurs contenus (encore que je croie les contenus tributaires des formes), qui me lourdent, et me menacent, comme transse et comme isolée de peu de valeur, haïe et méprisée, promise à faire partie de l’objet des nettoyages salutaires et réconciliateurs dont les vraies gentes se frottent les mains à l’avance, et dans lesquels il n’est pas douteux qu’elles dégotteront matière à se retrouver et se reconnaître, dans l’assomption de la valeur humaine, au dessus des clivages remblayés de nos dépouilles.

 

Pareil donc quant à la concurrence du maquerellage envers les transses, fuck off et bas les pattes ! J’ai déjà dit ce que je pensais de l’empressement des alliées en surplomb. Toutes les options qui se bousculent en ce moment pour nous protéger ou nous soutenir sont systémiquement plus évidentistes, masculinistes et misogynes les unes que les autres, et impliqueront d’une manière ou d’une autre par notre élimination. La dénonciation est l’antithèse de la critique, l’affirmation implicite des fondamentaux les plus réacs et ressentimenteux, des structures même de l’appropriation et de la domination. De ce point de vue, comme de bien d’autres, je trouve les charlie et les anticharlie autant logique du pack, réaques, hypocrites et de mauvaise foi les unes que les autres. Ça communie ferme aux espèces de la concurrence, au bon, au vrai, au solide et à l’éternel, au salut public et au bien commun. Et ça appuie cyniquement là où ça fait peur, l’opportunisme agglomératif peut déployer ouvertement son argument radical : tu ne veux pas te retrouver seule, maudite et vulnérable ? Souscris à un pack. Engage toi. Grand bien te fasse. S’il n’y a pas d’issue au présent dans les amalgames, qu’ils soient relationnels ou intellectuels, il faut bien admettre que la plupart d’entre nous n’en cherchent pas, au contraire – cocoon !


Même si je trouve que la lâcheté, l’opportunisme, quand ce n’est pas la gerbativité, vont grand train à toutes les tables, ce n’est pas une affaire morale tant que sociale qui se joue, se jouait évidemment déjà, s’accentue. Outre la méthode, commune aux rackets en concurrence et qui tire les conséquences répétitives de la reproduction idéale, rien à contester en cohérence effective à celles qui ont à y gagner ou à y conserver, après tout. Je ne fais pas dans l’indignation, à quel sujet que ce soit, je l’ai déjà dit. Mais pour d’aucunes, les illégitimes habituelles, les remblais, la drouille, le ballast, c’est de nouveau la menace et l’arnaque ; à chaque occasion, prétexte, on nous le refait, le coup de l’inclusion ; il faut en finir avec les mensonges unitaires, ou bien ils en finiront avec la plupart d’entre nous, inévitables perdantes – et avec les autres ensuite, sans aucun doute, mais on en sera plus là pour en juger ; il n’y a pas de « convergence des luttes » dans l’état de guerre de tous contre tous qui règne, a fortiori lorsque tout le monde se dispute la réalisation et les bénéfices résiduels du sujet social propriétaire, territorial, masculin, en pleine déconfiture, y en a plus pour grand’monde. Les logiques unitaires supposent toutes méthodologiquement la nécessité, la mise à la raison générale de l’évaluation qui est à l’œuvre dans la domination et le capital, dans un réductionnisme qui finit toujours par des conservatismes, et un réel commun supposé en fonction duquel on trouve toujours qu’il y a des qui cadrent pas, des qui valent pas assez, des en trop, des qui gênent. Elles sont toujours préposées à un finalisme qui pose hors de discussion les formes sociales présentées en moyens ou en outils de ces fins idéales. Le sujet social effectif se tient dans ces outils impensés et impensables. L’unité c’est historiquement un principe même de la justification exterminatrice. Qu’elle soit versée en fronts à la bétonneuse par les pures et dures, seringuée par les « radical-citoyennes » qui ambitionnent d’être un peu copines de tout le monde, secrétée par les compromis de celles qui ne veulent perdre, qui pas une place, qui pas une relation (les deux se pouvant confondre).

Soit on remet les idéaux et les structures sociales actuelles en cause, soit le massacre, le principal, dont on a quelques échantillons à richelande, celui qui est en train d’anéantir, femmes et autres illégitimes en priorité, des régions et des catégories entières frappées de non-rentabilité ou d’accusations légitimistes et fétichistes, aura toutes chances, latitudes, de continuer et devenir total ; sous les égides, prétextes et bonnes raisons les plus diverses.

 

Pour ce qui est de nouzautes, qui ne formons rien, qui n’avons de commune que négative, les à pas cher, les traîne la patte et les sans famille, nous n’avons en tout cas, de fait, rien à partager avec les qui se réévaluent et se mettent à jour en rejoignant démonstrativement les fronts de la préemption politique et relationnelle, et ce d’autant moins qu’elles ont fondement à le faire – nous ne nous trouvons ni alliées, ni ensemble, nous nous trouvons mêmes opposées. Nous ne pouvons trouver que l’utilisation puis la mort dans ces fronts où on surenchérit sur les baudruches légitimistes et horizontales. Si l’absence d’état ou de quelque institution du même tonneau suffisait à entraîner celle de pouvoir, d’illégitimation et d’élimination, on serait les premières au courant. Les garantes de l’ordre et de la hiérarchie sont les structures même du sujet revendiqué. Qu’on puisse ou pas éviter de lui servir de remblai, en tout cas ce ne sera pas de notre enthousiasme ni de notre consentement. Le danger est de s’illusionner à ce sujet, de croire les boniments recruteurs qui sont abondamment servis, avec promesse de communauté, de reconnaissance et de sousoupe. Les promesses n’engagent que celles qui les gobent. Celles qui se seront crues malignes et avisées d’y donner, qui vivra verra ce qu’il leur en adviendra ; mais si elles se retrouvent à devoir passer en hachis propitiatoire des réconciliations à venir, qu’elles ne viennent pas alors chouigner – au cas bien hypothétique que nouszautes ni nos succétrices n’ayons aussi été zigouillées, bien sûr - on ne leur tendra pas la main. La bêtise opportuniste, encore une fois, ne se pardonne pas – ou alors c’est qu’on veut y participer.

 

En tous cas, pour ma part, si je paraissais encore faire partie, loin sur les bords, de la convergence alternovalorisatrice, là c’est fini pour de bon. J’avais politiquement parié, joué ma vie, sur le féminisme subjectiviste qui était parti, reparti, en 95 ; mais voilà, de mon point de vue le tête à queue est complet, et c’est dans les prémisses, la méthode, les « outils » impensés que ça a biché ; les subjectivités, les comptabilités, les pragmatismes, ne nous ont permis aucune sortie de l’état des choses, au contraire ; on s’y est vautrées, résignées, loties. Nous nous sommes empêtrées dans les impasses, les contradictions pas assumées, les renoncements, la reproduction, l’abondement des solidarités avec la peau des plus faibles, les désirs d’intégration systémique et de justification sororitaire, universels ex- ou implicites. Nous nous sommes fondues absolument dans un paysage dont nous n’avons pas osé nous déparer. J’y ai tenu ma partoche, je ne renie ni ne m’excuse, mais là je fais le bilan et je n’en suis plus. On ne peut plus se tenir d’aucun des côtés bien rétrécis de la peau de chagrin pourtant garnie que sont devenus les féminismes actuels sans devoir, pour n’en pas tomber dans le vide ou quelque marmite, tendre la paluche aux vraies légitimités, aux rackets en concurrence quoi, aux états, aux armées, aux justices, aux peuples, aux entreprises, aux églises, aux institutions les plus variées de protection de la propriété, de la valeur d’échange, du sexage, à des idéologies légitimitaires, impérieuses, aussi totalisantes et universalisantes les unes que les autres, par les structures comme par les supposés, malgré le bandeau de pub d’aucunes. Que l’option en soit caro, le 8 mars, a fortiori le marais des tentatives de pas se fâcher qui s’étend entre elles ! Économies politiques de conservation, de répression, de rattrapage dans le désastre, de ressentiment ou de vengeance, rationalités d’appropriation, de puissance, de fascination pour l’être, pour son nettoyage huilage, conséquemment pour la mort. République, liberté, droit, anti-impérialisme, antitech’, naturalisme, même objet, mêmes structures, mêmes injonctions.

Arrive donc le moment où, de force comme de choix, je ne suis plus de vos camarades. Parler encore de divergence serait un autre de ces euphémismes agaçants qui volent bas ces temps ci. Quant aux trade marks hégémoniques, continuez à vous en disputer l’attribution entre meilleures concurrentes. La densification des fronts renforce la sélection de qui peut en être – contradiction ordinaire des logiques à prétention unitaire. Il va y avoir un peu plus de nanas en déshérence. Si la reproduction des mêmes rapports, situations, est probable, rien n’est cependant intégralement écrit ; l’isolement affaiblit autant que l’unité subjugue ; bref impossible de s’en réjouir en soi, comme de rien de la situation. Reste le volant d’inconnue, qui maintient la possibilité dialectique. Qui sait ? Rendez vous peut-être, comme on pourra, très incertain vu les temps qui galopent, à des qui ne se rencontreront plus sur des consensi justificatifs, qui ne prendront plus leur ticket pour se tenir chaud, ne se satisferont plus des explications altérisantes, essentialistes, acritiques, naturel- ou masculinocompatibles des rapports sociaux. Qui ne seront pas dans la situation de chercher ni de constituer de nouveau des familles, des réseaux, des sororités, des copineries, bref les formes glu qui nous ont toujours mises dedans, avec les dynamiques, sous entendues et obligations qui les structurent. Qui ne voudront ni des retours aux fondamentaux, ni de l’aménagement de l’état de fait, ni d’une diversité de convergences dans la réalisation du sujet social définitif, implicite et incriticable, mais des nouveautés. Entre autres, pourquoi pas, des collectivités féministes et féminisatrices, qui n’aient pas peur d’elles-mêmes, de leur ombre, de leurs choix, qui ne se subordonneraient à nulle cause, qui ne chercheraient pas à se réfugier ni à se transcender dans l’appropriation ni la reproduction des structures du patriarcat. Et qui, ne serait-ce que pour cette dernière raison, ne ressentiraient pas le besoin de se croire ni de se faire croire les seules les vraies, les justes et les légitimes, la voie et le salut, pour tenter d’exister.

 

Les unités c’est la vérole. L'idéal justicier de même. Les subjectivités la discipline autogérée dans le désastre.

 

Masculinisme et antisémitisme : no way ! Ni frontale ni paradoxale.

 

 

 

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12 février 2015 4 12 /02 /février /2015 10:19

 

 

« L’échange économico-sexuel » - pour la je ne sais combientième fois. Cè qu’y a l’économie, et y a le sexuel, attention. Pas confondre. Nan mais. Anathème l’hypothèse. Le sexuel n’est pas, ne peut pas être un simple secteur de l’économique, de l’échange valorisateur, boh non, c’est toujours quelque part naturel, anthropologique, fatal ! Comme le travail dans la pensée bourgeoise et léniniste : interaction avec la nature, point. Tout le monde, si constructiviste ou subversive qu’elle se veuille, reste sur un a priori ontologisant de la sexualité, comme de l’échange en général, et la pose donc à part, en référent, qui est et ne peut ne pas être ; au mieux à nettoyer de vilaines oppressions qui lui seraient hétéronomes. Qu’elle puisse en elle-même se révéler juste un aspect particulièrement violent, obsessionnel, de la contrainte générale à l’échange et à la valorisation, de l’économie quoi, désastre historique parmi autres de première magnitude, n’est pas admissible. Ça ferait trop mal au bide. Ça mettrait trop sur le tapis la supposée immanence de notre ressenti social. Et ça ouvrirait trop l’hypothèse qu’on puisse s’en débarrasser.

Mais il est vrai que qui, aujourd’hui, tient imaginable que les choses n’aient, ne représentent non plus pas naturellement une valeur, une propriété, un revenu, une reconnaissance ? L’économie, l’échange équivalent sous toutes ses formes, c’est génial, il suffit de se la réapproprier. Plus ça foire, plus on en crève (enfin, on, les pas rentables d’ailleurs d’abord tout de même…), de ces croyances, plus on s’y accroche. Sans ça, hein, ça nous mènerait où ?

 

 

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Par ailleurs, je songeais l’autre jour à quelque chose que je n’ai pas forcément clairement écrit dans les diverses textes que j’ai consacré à la question, tellement ça me paraît flagrant : la « sexualité » et ses sous-produits, plaisir et reconnaissance, sont un prétexte, un cache-social. Comme le geste de la marchande est une apparence bénigne de la contrainte à l’échange et à la valorisation. Ce qui compte est la socialité que nous entretenons, qui est dans tous ces cas de valorisation, de concurrence et hétéra. Hétérasocial ne se limite pas à une bite dans un vagin ; hétérasocial c’est la totalité de la mécanique hiérarchique des rôles sexués, des formes qui vont avec et probablement du reste. La sexualité, c'est une manifestation, une mise en oeuvre de l'hétérosexualité, de l'appropriation et du pouvoir ; de l'articulation hiérarchique sociale. D'où le double foutage de gueule des gratuitaires et de leur sexualité spontanée et équitable, comme des libérales et de leur épanouissement dans les rapporst de pouvoir déployés et assumés. On ne change pas de socialité en diversifiant ses pratiques et encore moins ses partenaires, non plus qu’on ne sort de l’économie avec des bitcoins, des grains de sel et des produits bioéquitables. Toutes les certitudes, ressentis et compagnie que nous collons à la sexualité comme lieu naturel ou même « social originel » qui serait à la source, condition des rapports, sont peut-être bien une manière de soigneusement nous aveugler sur la possibilité que ce soit l’inverse, et que la sexualité ne soit qu’une conséquence, sanction et confirmation, cadenas au bout de la chaîne de tout un ordre, lui aussi social et politique. Comme la monnaie ou la carte bleue sur le comptoir. Et conséquemment que les violences et désastres qui l’accompagnent ont sans doute leur principe et origine dans cet ordre – que pour moi j’appellerais volontiers patriarcat, comme système total d’injonctions et de formes. Bref qu’on ne sort pas mécaniquement ni magiquement du patriarcat même en cessant d’être mec, cisse ou hétéra. Mais bien plutôt que la signification possible à donner à ces termes, ces catégories, et ce qui les sous-tend, est à étendre à toute notre condition de sujet sociaux, et que si – pari tenu ! – elle est changeable, bouleversable, renversable, ce ne peut être qu’en attaquant de front les évidences et les buts « neutres » qui en sont l’infrastructure, pas simplement en réaménageant leur mise en œuvre. Pas simplement donc en jouant autrement. Mais en arrêtant ce jeu.

 

 

 

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Les identités ne déterminent pas les formes politiques et sociales ; ça semble même être plutôt l’inverse, à voir ce que nous vivons et sa reproduction. La sexualité, le relationnel qui va avec, c’est dans les faits l’hétérosocialité et une part décisive du patriarcat ; lgtblande une annexe de Jours de France ; et la poursuite du bonheur, hétérolande. Avec et entre qui qu’on les performe, de quelque manière que ce soit comptabilisé et valorisé, car ça l’est toujours, « gratuité » ou pas. Les seuls progrès enregistrés désormais sont ceux des normes hétéra, et on s’étonne que ça n’empêche pas la régression générale de l’ordre sexué ! Ben non, au contraire, ça l’accompagne. On peut toujours les chérir, mais après il ne faut pas venir pleurer des conséquences qui les suivent répétitivement. Une des impasses où nous sommes, c’est qu’autant les olf que les intersectionnelles, pour la faire courte et binaire, défendent la réalisation idéalisée de ce programme intégré vécu comme naturel ou anthropologique – ce qui explique que les unes comme les autres finissent vite par voisiner avec diverses options réaques ou résignées qui sont sur le même bout de gâteau. Et se pinaillent en son nom. On ne sort pas des directives en vigueur en rêvant à leur « bonne » application, et en en externalisant ce qui embête. Mais cesser de fantasmer et de ressentimenter constitueraient en eux-mêmes les prodromes d’une révolution sociale. Dont nous ne voulons pas, selon toute apparence, persuadées que nous nous tenons que les formes sociales de l’idéal échangiste sont réalisables sans contradiction ni dégâts, avec de la bonne volonté. Sauf qu’il faudrait tout de même se rappeler qui, dans l’histoire politique de la modernité, à lancé et maintenu ce primat de la « libre volonté » à l’origine de l’histoire…

 

Le mythe de la « sexualité pour elle-même », comme en-soi, apolitique et métasocial, est l’épure, pas la négation (ça se verrait d’ailleurs) de la reproduction, que ce soit de lardons, de rôles, in fine de valeur ; sans même parler de ce cher amour, lui aussi totalement étranger à l’ordre social et à sa violence, c’est bien connu. C’est le frère siamois du mythe du droit naturel, fondé sur l’idée l’appropriation, avec sa joie de l’activité per se, du travail bien fait qui engendre reconnaissance, pour couvrir l’injonction à l’échange et l’exploitation. Les deux se confondant en apothéose dans la poursuite du bonheur chère à l’idéologie libérale. Même une Wittig, que je relisais récemment, ne s’en est pas extraite, ayant pourtant, comme d’autres de sa génération politique, rassemblé à peu près tous les éléments pour y parvenir. Cette regimbe devant une mise en cause de ce qui pourtant avait déjà été découpé à la petite scie pose question. Pourquoi ne pouvons ou ne voulons nous pas ?

Il n’y a pas d’échappée dans la subjectivité, du fait qu’elle est posée en déjà là, exactement comme l’objet auquel nous avons envie de croire qu’elle s’oppose, alors qu’elle lui répond pour cadenasser ce qui devient par cette fermeture même ordre des choses et monde, accumulateurs et intensitaires, enjoignant sans répit à leur réalisation. À nos dépens. La sexualité est hétéra, l’hétéraforme est sexuelle. Le rapport social de sexe n'est pas une forme duelle qui déterminerait et encore moins dévoyerait des sexualités, des identités ; elles sont ce rapport social, indécrottablement hétéro, cis et masculin (et leurs "autres" dérivées). Tenons le pari de nous en débarrasser, ou bien résignons nous à ses conséquences. 

 

 

 

 

 

Addendum : je me pelotonne à lire l’Anatomie politique 2 de Matthieu, de même que je me suis désolée à l’annonce de son trépas. Franchement on devrait vivre beaucoup plus longtemps et même ne pas mourir. Elle était intraitable, incrédule, notamment envers la dilution supposée du sexage dans d’aussi supposées genres multiples quand même singulièrement dichotomiques, ou envers la joyeuse parité égalitaire des sociétés trad’s plus ou moins sans état, qu’il ne tient qu’à nous de ressusciter pour que tout le monde investisse la place qui lui est destinée avec contentement ; et je trouve toujours qu’à ce jour, à ma connaissance et en francophonie, nulles n’ont dépassé dans la critique systémique du sexe comme rapport social cette déjà vieille bande, avec Guillaumin, Capitan et quelques autres. Au-delà c’est Solanas ou Atkinson. Et j’espère des que je ne connais pas. Mais déjà cela me fait iech’ de devoir constater que c’est déjà donc vieux, et que depuis, dans cette direction, personne ne s’est aventurée pour reprendre l’excavation.

Ce festin est comme souvent entaché de déception devant sa pusillanimité, elle qui pourtant n’était pas trop censée en avoir, à tirer une critique radicale du sexage et de la sexualité, à les extraire de leur coquille de naturalité anthropologisée, ce alors même qu’elle avait rassemblé tous les éléments à ce propices. Je retrouve toujours cette hésitation à remettre en cause l’évidence, alors même que bien des critiques ont depuis longtemps signalé ce caractère comme un maillon fondamental du maintien de l’ordre, de l’appropriation, et de la constitution de son sujet.

 

J’avais ressenti le même désappointement au lire d’un ouvrage de Sara Ahmed, intitulé « Pursuit of happiness », et qui parle de cette affaire que je trouve cruciale dans la dynamique capitaliste et valorisatrice : le bonheur. Je n’hésite pas à dire que pour moi la notion même de bonheur, avec ce qu’elle tient assemblé, est reproductrice et réactionnaire. Activement. Et à travers nous toutes. Là aussi, les éléments à charge s’accumulaient, mais Ahmed, en subjectiviste assumée, n’a jamais voulu passer à l’hypothèse d’un sujet social global, à traiter et attaquer comme tel. Son bonheur reste à la fin un attribut divers et fragmenté, alors que son hégémonie crève les tympans, comme forme enjointe du sujet social accumulateur. Je lisais l’autre jour un article d’un « économiste critique » qui proposait, avoir avoir fustigé une supposée civilisation du virtuel (comme si la guerre généralisée était virtuelle dans la formation de la brutalisation sociale !), une « économie du bonheur ». Yes. Juste il la propose après Smith, les pères fondateurs de révolutions bourgeoises, bref il reprend ce qui est très probablement un des fonds plus ou moins explicites du capitalisme et de la domination moderne ! L’idéal du plaisir ou du bonheur, objectifiés, nécessifiés, s’insère dans les mêmes structures que celui de la production, de l’appropriation, du mérite. Zéro pour les situs qui avaient cru pouvoir les opposer. Le subjectivisme, quant à lui, n’est en rien un antidote à l’objectivation, mais son partenaire dialectique, qui maintient dans un cadre inchangé – cadre où on n’échappe pas à l’universalisation si redoutée, mais simplement où ses fondamentaux deviennent implicites et spontanés, intégrés quoi, au lieu d’explicites et imposés.

 

À quand une critique de l’économie politique conséquente, qui ne cherche pas à sauver des naturalités en lesquelles se réfugie son principe agissant, qui tienne thèse que nous sommes actuellement ça, que tout à été subsumée en ça – et que c’est de ça qu’il nous faut sortir, pour un avenir incertain. Le certain sur les rails étant l’extermination générale qui se déroule depuis quelques siècles, utilitairement et hiérarchiquement – le premier appelant le second.

 

À quand un examen suivi et approfondi de la thèse relation égale appropriation, par exemple – et réciproquement, la question du sexage et du commerce comme paradigmes et limites contraignantes de ce qui doit déterminer le rapport social ? Et ce sans résignation anthropologisante postmoderne du genre « ah ben on n’y peut rien alors on va essayer de jouer avec ». Ou le retour au bazar de la psycho et de la biologie ( en ce moment Serano pour transselande épanouie dans la reconnaissance et la marchandise pour quelques semi-invisibles, mais encore Despentes dans les Inrocks, les hommes tuent pasqu’ils n’enfantent pas, classe le niveau d’analyse – mais il est vrai congru avec une définition du lesbianisme comme « orientation sexuelle », et autres clichés).

 

La résignation masque mal la roublardise des qui ont ou pensent avoir de la valeur à faire fructifier. À quand un examen de l’opposition sacrée sexe versus commerce, sans parler d’amour versus guerre – alors qu’il semble patent que les uns sont les autres, et que l’opposition sert surtout à maintenir et à rendre tolérables (!), autogérés et au moindre prix, ces fonctionnements sociaux dont nous pourrions aussi bien envisager de nous débarrasser en vrac. Mais pour cela il nous faut abandonner les références en pâte à modeler incontournées : nature, peuples, complémentarité, sexualités, Lumières…. Et ne pas chercher à les remplacer. Les formes, les emplacements, déterminent les rapports et les contenus !

 

 


 

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 12:37

 

 

Penser opposer déni et ressentiment au cynisme pragmatiste, c’est surenchérir. L’exaspération dans l’appropriation et la rétribution, alors même que leur objet se rétracte et s’anéantit, est une des principales pentes qui font tomber toutes les positions à droite, dans la dépolitisation et l’acriticisme, la réclamation réactionnaire et justicière. Ne doutons de rien. Les affirmations, les dénonciations, les réponses en pack profusent, toujours déjà là, elles intiment. Euphémismes et autres élusions jouent des coudes. On y croit ! On en est instamment priées. Et de faire blocs. Retour aux fondamentaux. Vengeance, légitimité, ont des chance de s'être trouvées à l'origine de l'économie, de l’obsession appropriatrice et attributive. Et retour. On n’est pas sorties de l’auberge.

 

 


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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 10:14

 

 

La bêtise, en société attributive, n’a rien de hasardeux, de fatal ni non plus d’innocent. Il s’agit toujours de faire bonne mine et masse afin de protéger ou de tenter d’acquérir ce qu’on croit, et qui est souvent, ses intérêts et ceux de son groupe ou statut. Et de remblayer par cela le sujet social général à ce qu’on essaie de faire le meilleur compte pour soi. La bêtise est l’outil, puisque nous aimons cette analogie, de l’espoir de se voir encastrée dans un pack de valorisation. Quand ça ne marche pas, qu’on succombe, c’est qu’on a eu la « malchance » de faire partie du volant des candidates à éliminer, voilà tout ; élimination consécutive à la valorisation. La malchance est un petit nom pour le rapport social, qu’on croit tangenter par la bonne volonté, et qui impose d’autant sa logique implacable qu’on défère ainsi à ses exigences. Se lancer sans biscuit, en y croyant, dans la course au profit et la poursuite du bonheur, le règlement desquelles suppose qu’on commence par enfoncer celles qui nagent autour, eh bien c’est très stupide. C’est souvent se confectionner une sale fin que personne ne plaindra, ni ne cherchera à vous éviter. Ni les que vous aurez gnaquées pour montrer votre esprit d’adhésion et d’initiative ; ni, et encore moins, les assises que vous espériez rejoindre. Y en a pas pour tout le monde, t’a pas compris ?


La bêtise, ce n’est absolument pas de ne pas savoir – cette scie récurrente des éducationnistes qui croient à un ordre transcendant qui rassemble et dissout par magie les rapports sociaux. Au contraire, adhérer à la bêtise c’est tenter au mieux et au plus court de soigner ses intérêts, ou ceux que l’on désire tels, ses projections, ses exotisations ; ses investissements quoi. Et nulle, je pense, n’ignore pour autant qu’il y aura sélection, et qu’il y a presse à être aussi bien placée que possible – ni non plus que ce n’est pas une science exacte. Enfin, évidemment, il y a les possibles conséquences générales ; mais là encore ce n’est pas de l’ignorance, c’est l’espoir que le déluge viendra après soi, « courte et bonne ». Et que dans l’intervalle on aura place, on sera justifié, ensororisée – la bêtise est une mauvaise foi.


Bref, la bêtise est délibérée, et en quelque sorte rationnelle. En tous cas rationalisante, puisqu’elle croit l’état de choses par essence rationnel, mathématique, vieille scie positiviste. La bêtise est un métier, une monnaie, un des ces moyens que l’on croit magiques (mais n’est-ce pas le cas de tous les moyens ?) pour dissoudre, réconcilier, faire équivaloir, oublier la question sociale. Mais comme tout métier, toute monnaie elle a un cours, d’une part, sur lequel on spécule et sur lequel on trébuche ; et elle véhicule prioritairement, quelles que soient les prétentions à l’égalité marchande, les rapports de force. Elle se retourne facilement, selon son accumulation, contre celles qui pensent être assurées de son concours.


La bêtise ne se pardonne pas – pardonner c’est aider à reproduire. Nous n’avons à pardonner ni la chance, ni la malchance, ces petits noms des conséquences distributives du jeu du cirque social. Du reste, c’est là un truisme hypocrite, la pratique étant de toujours achever les perdantes, dès lors qu’elles ne portent plus utilité ni valeur. Morale comme justice, marché d’équivalences. On ne pardonne qu’à ce qui semble récupérable ; et c’est précisément cette facilité que nous devons nous interdire, dans la mesure où nous voudrions en finir avec ce cirque. Ne plus considérer la valeur de ce qui reste. Par ailleurs ne pas pardonner ne signifie pas maltraiter, assassiner, contrairement à la pratique en vigueur derrière la farce du pardon et plus largement celle de la bienveillance. Sortir du pardon laisse beaucoup plus de possibles, et à plus d’entre nous, que continuer à (s’)enfermer dedans.

 

Ne pas pardonner le passé, mais encore moins le présent et si j’ose dire le futur, ce qu’on (se) promet.

 

 


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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 11:22

 

 

Vous connaissez aussi bien que moi les pratiques et l’atmo des fora, trans’ ou autres ; c’est l’endroit où depuis claviers, pseudos et bien souvent (encore que je n’en connaisse pas la prévalence effective) vies inventées on échange des crocs en jambes, des chicanes à n'en plus finir, des jugements expéditifs dont on aurait à redouter les conséquences en situation de guerre civile, pour ne pas dire carrément des injures serrées. C’est ainsi qu’il y a peu, alors que j’étais retournée me dégourdir les pseudopodes sur l’un d’eux, de forum, j’ai été qualifiée, concurremment avec une autre camarade d'extrême gauche d’un autre bout de l’hexagone, de truie violette, ce par une personne qui ne faisait aucune difficulté de se définir elle-même comme fafe, tendance soralienne. Et qui doit pas sortir souvent de son placard, si ce n’est un brave troll ordinaire. C’est pas des gentes que j’ai trop l’habitude de fréquenter, même virtuellement, j’apprends.

 

Je dois avouer, ça m’a toute ragaillardie. Il arrive que la murène s’aventure à muer porquépique, comme ont pu l’expérimenter en situation de présence réelle de vieilles crapules du milieu et même des camarades. Mais truie, et qui plus est violette, je dois avouer, j’y avais pas pensé et ça me séduit – sachant à quel point je suis méfiante envers l’idée de séduction, d’attirance, vous mesurez mon enthousiasme. Les trois ! Au minimum. Hé oui, les sales transses gauchistes, pas intégrationnistes, pas ciscoles ni cisformes, non plus qu’à la dispo de nos congénères candidates à la normalisation ou au cadrage du cheptel, constituons une vermine multiforme qui se mélange aux aspects du cauchemar en cours dans la caboche de ces gentes. Va pour la truie. Violette.

 

Hé bien je sais pas les autres, mais moi ça me fait triper. Les truies sont des bestioles malignes, têtues, féroces au besoin, bien en chair, tout pour plaire quoi. Et je me plais à nous imaginer en une congrégation de truies, violettes ou d’autres couleurs qui pètent. Je pense que dans les tuyaux cérébraux de pupuce fafe, donc, la teinte violette signifiait une disposition enragée et apoplectique. Plus féministe très radicale que milka, quoi. Vous pensez si ça me botte !  Et puis c’est vrai que j’ai un tempérament coléreux. Même si j’ai depuis longtemps signifié les limites que je perçois à la colère figurée et représentée en politique, ça me va plus que : gonflée à bloc. Je vous jure, cette imbécile m’a littéralement rajeunie !

 

Violette, finalement, c’est un au-delà de ce rouge que je revendique de plus en plus. Un ultrarouge. L’autre jour, pareil, j’étais descendue dans ce Velay que j’abhorre, pays de réacs, faire nombre avec un très peu d’associatifs qui tenaient le pied de grue devant la pref’. La photo parue le soir même dans le quotidien très local me montre, énorme, éclatante, toute rouge (avec mon œuf de pâques rose sur la tête), au milieu de gentes bien tristement vêtues. Et maigres à faire peur. Comme je suis grosse ainsi que se doit une truie, je compte pour deux. Quand y a trente personnes à la manif c’est toujours ça. Je fais des efforts pour m’envioletter.

 

Ce pays, comme d’aucuns autres d’ailleurs, n’aime pas les couleurs, n’a qu’à y voir les habits et les voitures. Il en faut peu pour détonner. Il y a quelques temps j’étais, dans une métropole régionale que j’aime bien, à traverser une avenue, quand j’ai senti une main sur mon épaule. Je n’ai pas eu la sensation d’une agression ou d’une appropriation, il y avait sans doute la manière ; j’ai pensé, en me retournant, à une connaissance de là bas. Ce n’était pas le cas, c’était une nana cisse, peut-être de mon âge, inconnue, qui m’a dit en peu de mots à quel point les couleurs que je portais la réjouissaient – j’étais comme tous les jours, c'est-à-dire façon colibri quoi. Elle-même était drapée dans un grand châle rose. Je lui ai répondu en riant que je ne m’habillais pas comme une automobile.

 

L’état de fait incarné, investi, n’aime pas non plus que les choses et les gentes ne restent pas, ne deviennent pas ce qu’elles sont ou doivent être. C’est le fond de la pensée du ressentiment comme de la normalisation biocitoyenne. Ultra, ai-je dit plus haut ; outre, outrée. C’est une violette outrée qu’évoque l’autre et je relève. Cette couleur peut-être l’emblème, le caractère de ce qui ne tient pas en place, ne se laisse pas ontologiser ; de ce qui entre en dialectique, en quelque sorte. De ce qui avance en crabe, n’est pas contenu ni destiné, et change, va de surprise en surprise au lieu de progresser ou de régresser sur la règle d’accumulation, d’intensification, de renaturalisation et d’ordre distributif, attributif, pour favoriser tout ça, que nous nous sommes tracée.

 

Le ressentiment, politique, religieux, sexué, qu’il se définisse national républicain à la mélenchon-sixième-république, racialiste européaniste à la soral, libertaire boy-scout misogyne à la escudero, un point commun en étant de fétichiser la restauration d’un sujet social qui fleure bougrement les origines idéalisées de l’économie politique, de la petite appropriation équitable, avec un zeste primitiviste pour rendre tout ça encore plus appétent, le ressentiment donc comme mouvement rétrograde, anticritique, antidialectique, n’aime pas les truies, et surtout pas les truies violettes, transses de surcroît – ou l’inverse. Je n’oublie pas pour autant que la concurrence citoyenne, l’opposition cisféministe même, n’en sont pas moins persillées aussi de qui nous haïssent, de bien transsephobes, et de qui les soutiennent, solidarité intéressée (pléonasme) oblige. Je songe à mes chères indignées lyonnaises. Je songe aussi aux opportunistes qui activent à la file leur compte bêtise volontaire, récitent les fantasmes de la domination sélective (qui qu’est en dessous de moi, sur la tête de qui je puisse caguer l’air de rien en proférant des trivialités mensongères et consensuelles?) afin de se faire réinsérer dans le poste et grade que leur promet la hiérarchie des bonnes vieilles valeurs – qu’elle tienne, ça, c’est une autre affaire. Ni reprises ni échangées. Bien fait leur gueule.

 

C’est qu’on fait tache, qu’on prend une place indue, illégitime, comme tout ce qui apparaît, n’a pas toujours déjà idéalement été là, et que c’est pas naturel. Invasion transse, complot sioniste ou grand capital castrateur, à ces gentes, comme à beaucoup d’autres, il ne faut jamais manquer de personnages pour peupler, animer leur guignol de la volonté politique hétéronome. Entre Escudero, Massad et Reymond, sans parler d’une foultitude d’autres miradors essentialistes, masculinistes, culturellistes, territorialistes, toute échappée est d’emblée proscrite. Leurs livres de (sur)vie sont clos et nous n’avons que mort à en attendre, derrière le paravent de leurs dénégations iréniques et de leurs patelinages recruteurs. Quant au studieux moulin répétitif du droit et de l’appropriation par nozamies, tout aussi peu enclin à reprendre la route et à remettre en question les exigences cuisinées en désir de ce social, il ne nous a menées nulle part ailleurs. Consensus sur la réalisation, à tout prix, d’un monde toujours déjà là, aux structures inquestionnables. Prière de ne s’étriper que sur leur attribution. C’est toute l’histoire en impasse du subjectivisme, où on dénonce les rapports de domination mais craint la critique des formes sociales qui les conditionnent. Comme si les premiers leurs étaient opposés. Et comme si l’idéal toujours à réaliser des secondes devait les faire disparaître, simples anomalies ou malveillances, occasions à justice. Vieux pari essentialiste toujours perdu. Il va de soi que la haine des « minorités tyranniques » échangeables, des qui devraient pas être là, des parasites, tricheurs et autres salisseurs de nid, est un exutoire massif fort utile au maintien de ces certitudes au milieu même de leur naufrage effectif.

 

Haine, mépris, frousse de toutes ces parts là que qui, quoi que soit se dérobe; ça tombe bien, c’est réciproque, on les aime pas non plus, ni leurs idéaux moisis pleins de violence sociale sourde et niée, de résignation enthousiaste au même, quand ce n’est pas son exotisation. Nous ne voulons ni rester dans ce monde, ni sortir de sa superstructure pour juste réintégrer ses caves idéales avec ces gentes comme y faut de tous acabits, pour qui nous sommes porteuses de décadence, de prévarication, quand ce n’est d’apocalypse. Si c’est celle de leur marais couleur morale gadoue d’ordre naturel, échangiste marchand ou divin, de mérite, de propriété, de justice et d’existences bien arrêtées une fois pour toutes, leur grillage de nécessité et de y faut bien que, a ben chiche. Ça me va très bien que nous soyons les truies gauchistes violettes qui leur mordrons les mollets et renverserons les couverts de leur triste festin – auquel émargent aussi les qui voudraient moderniser ces drouilles. Pour commencer, bien entendu. Avant d’aller ailleurs.

Aussi peu d’enthousiasme pour le paradis du droit que pour le zoo autogéré naturaliste ; pouvoir versus devoir, la sympathique alternative ! Fausse de surcroît, les deux étant réciproquement velcro. Et qu’en serait-il de rompre avec l’objectif de reproduction de l’économie politique et relationnelle hétérolandienne, sur les conditions de laquelle se disputent les progros et les régrè ? Nous ne tenons ni à améliorer l’ordinaire, ni à éduquer, encore moins à dénicher une vérité qui attendrait quelque part la vérole du volontarisme, pour une rencontre apothéose tout à fait religieuse. Nous ne croyons porter en nous ou avec aucun dépassement, aucune opposition, et bien sûr encore moins de retour aux fondamentaux, par nécessité, essence ou mécanique sociale magique – tout est à faire. Nous nous en tenons à une dialectique sans garantie, tout autant que sans prescription. Nous-mêmes, si par bonheur l’affaire se débloque, cesse de se réenrouler, si les choses idéalisées perdent leur règne, avons des chances d’être passage, anecdote, occasion, et tant mieux ! Je ne souhaite pas plus que nous nous perpétuions en l’état, que nous nous mordions la queue à « devenir ce que nous serions », que se perpétue le monde dont nous avons surgi, et duquel les partisans plaident à l’envi, à travers leur concurrence, la perfectibilité poisseuse. Fuck off ! Cela dit, ce moment c’est toujours le moment – on n’est jamais à un autre. Et peut-être parce que je ne prends personne pour imbécile, je ne fais pas l’impasse sur ce que nous avons de vrais ennemis, à maints endroits du guignol, qui veulent notre peau, aidés d’un tas de gentes dont le principal souci et but dans la vie est que personne ne sorte ; ma foi s’il faut schniarker un peu de la leur au passage, on ne chipotera pas. On se lime les canines.

 

 


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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:15

 

 

 

La famille – la violence interne, le silence et le déni dessus, le mépris, la hiérarchie de la valorisation, bref toutes ces sympathiques ordonnances infuses du social général, y sont impitoyables, comme dans toutes les familles, étroites ou élargies. Et je vous laisse à penser ce que représente y être marginale, ce que vous pouvez en attendre pour la préservation de votre peau – nothing. Et cependant, cette même famille sociopolitique, brutale, indifférente, haïssante, est le seul endroit, le seul environnement social où on peut s’attendre en même temps à ne pas être, formellement, ouvertement, agressée en tant que transse (même si ce n’est que partiellement vrai, vu l’approche pas vraiment claire qui prévaut à ce sujet à tépégélande). Bénéfice du texte, pas moins mais pas plus. Disons que nous entretenons, en temps normal, la seule civilité où nous puissions ne pas avoir primairement peur, quelquefois et pour certaines ne pas tressaillir au premier bruit ou mouvement. C’est dingue hein ? Oui, c’est dingue et ça rend dingue, bien entendu. Et c’est le fond de l’affinitaire et du familial, voire du relationnel : subir une violence qui en quelque sorte fait aussi mine de protéger - mais de quoi, en fonction de quoi et dans quelles limites ? Argh !

 

Nous n’avons donc pas réussi à constituer autre chose qu’un nouveau secteur du vieil échange, du vieux chantage social : violence interne consentie versus violence externe tenue plus ou moins à distance. À notre décharge, nous ne faisons ainsi pas pire qu’aucune autre. Et comment dépasser des abstractions réelles qui s’imposent partout ? Mais nous restons aussi un des aspects de la gestion avisée de la peur. Nous en sommes donc nous aussi toujours au calcul de Hobbes. Des petits léviathans plus ou moins douillets. Où prospère le pouvoir charismatique ou affectif, traduction chatoyante et vivante des puissances sociales, avec les meilleures raisons du monde.

 

On peut ainsi supposer pourquoi et à quel point les idéologies et pratiques familiales ou compassionnelles, étroites, larges ou à vocation universelle, entretiennent l’impasse sur la mise en question des principes et des causes des violences sociales, invisibilisent ou subjectivisent leur production en interne, pour s’ériger en indispensables lieux des moindres maux placés à tous les carrefours, stations service de la survie – pour celles qui ont des monnaies, évidemment à échanger. Mais ça, çavasandire ; qui n’échange aucune valeur n’a nulle légitimité à l’existence. L’étrangeté même est alors un prétexte : la possession des valeurs requises fait d’emblée la sœur, comme en général la propriété la citoyenne. Et inversement. C’est naturel. C’est le fondement de l’idée de justice pour tout dire. Et puis tout bonnement hein on va tout de même pas se faire iech’ ni jouer à la perte. Notre rêve est celui de cette société : gagnantes-gagnantes, poursuite du bonheur, et poubelle insonore pour qui fait chuter le taux de profit. Nous sommes constituées de cet émotionnel évaluateur qui fonde le social depuis fort longtemps, préformate, préremplit solidarités et communautés ; et nous ne pouvons que le reproduire spontanément autant que délibérément à toutes échelles, à moins de remettre en cause ressenti et idéaux.

 

 

 


 

 

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:29

 

 

 

On va dire que j’arrive après la bataille, et c’est même très au-delà de la réalité parce que je me trouve bien trop loin de toute façon de la dite bataille, à tous points de vue d’ailleurs, et parfaitement coincée de tous ces points de vue dans un trou affreux.

Je m’exonère bien souvent de donner dans ce dont il est déjà abondamment causé. Mais ce qui me revient de l’obstination brutale avec laquelle les républicains, citoyens et bleus, imposent à paname la représentation d’un show qui est clairement une pourriture raciste, commence à m’échauffer les oneilles (ce qui est une performance vu la distance et la température dans mon taudis). Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas un secret, avec les approches intersectionnelle ou nationale-léniniste, mais là j’entre absolument dans les raisons et les analyses de ceux qui s’opposent à cette représentation, laquelle se résume en la présentation de personnes noires malencontreusement ficelées dans tous les sens, ce qui est déjà en soi infâme, et sans qu’on puisse bien voir ce qui et qui a pu amener cette situation, finalement peut-être alors attribuable, par exemple, à un manque immanent de sens pratique !

 

Raciste et je dirais même, dans ma détermination personnelle à refuser de prendre qui que ce soit pour imbécile, intentionnellement ; faussement naïve et stupide ; c’est tellement énorme, ce truc, que je ne veux pas admettre que ses promoteurs n’aient pas derrière la tête de le faire avaler dans un but bien précis, compassionnaliste et apolitique, sachant l’impasse que le premier entraîne et l’approche réactionnaire que le second constitue. Le propre des structures de domination sociale est d’être intégrées, donc de faire appel à la sincérité la plus plate – mais j’ai là aussi la vieille expé que la sincérité n’est pas exclusive de roublardise : on sait toujours dans la pratique où on est dans les ordres de ce monde. Sans quoi la pratique sociale, ce serait zéro.

Et même si il y a bêtise, pareil : je tiens, et je l’ai vu maintes fois, que ce qu’on appelle la bêtise est un choix, il n’y a qu’à voir à quel point elle vient opportunément à la rescousse des formes valorisées et de leurs intérêts incarnés du moment. Bref, la bêtise n’est pas une excuse, c’est une aggravation.

 

De manière générale, cela fait longtemps que je considère la culture comme une propagande pour les bases de l’état de fait et des relations sociales idéalisées. Entre la littérature qui fait une pub permanente pour la justice et l’amour, l’audiovisuel qui tape dans les tripes pour entraîner l’adhésion aux nécessités désirables, et des trucs que je ne connais pas bien comme le théâtre et la danse qui ne m’ont pas vraiment l’air de susciter souvent l’appétit critique, je dois avouer, je suis anticulturelle comme je suis antiéconomique ou antisexe, de manière un peu plus radicale chaque jour.

 

Quand je vois que les gouvernants et cultureux n’hésitent pas à faire envoyer les chtars pour faire assurer une représentation qui dépolitise, décontextualise absolument et volontairement un des pires aspects du rapport social moderne, bref ment carrément et ajoute un bloc gros comme ça au mur de la chosification de ce rapport, c’est comme ça c’est malheureux et il ne peut pas en être autrement, les choses et leur valeur le veulent ainsi – eh bien c’est si j’ose dire parlant. Il y a en jeu l’intérêt qu’il ne soit jamais dit que la république, comme les autres formes de la superstructure, est un élément de l’organisation – et de la médiatisation - de la domination, laquelle a déjà commencé de tourner à l’extermination. Que ça l’a été historiquement et que ça ne cessera pas de l’être tant que qu’elle continuera. Et là, dans cette tradition, c’est une messe de négation de l’esclavagisme moderne dont la tenue est imposée par la force.

 

Bon, je vais pas la faire à l’indignée, vu que rien de tout cela n’est étonnant et qu’il n’y a rien à chercher d’émancipateur dans le jeu de quilles de la représentation démocratique et propriétaire.  

Mais quand même, là c’est gros, c’est tout aussi gros que quand les forces de l’économie politique foncent dans les piquets de grève pour assurer la liberté du travail. Pour prendre un vieil exemple. Et ça montre à quel point il est désormais malvenu de vouloir agir en quoi que ce soit contre la haine, le mensonge et le mépris, parce que rien d’autre ne suinte de ce genre de machin.

 

Pour ça aussi, que le cantique de la liberté aussi m’exaspère. La notion moderne et bourgeoise de liberté, un vieux barbu l’avait nettement signifié, c’est la capacité mesurée à réaliser les formes sociales en vigueur et à accumuler leurs moyens. La liberté et son espace, c’est le parcours, aller et retour, sur l’échelle de la valorisation. L’idée même de liberté contient ce déterminisme implicite, l’isolement et la hiérarchie. La liberté, comme son avatar le consentement, c'est l'interrupteur toléré en temps de paix sur le circuit de la reproduction des mêmes rapports sociaux et existentiels, dont la position incitée, par défaut, est sur on ; ferait beau voir qu'on coupe le courant. C’est pourquoi je ne suis pas pour les libérations, qui ne profitent qu’aux formes sociales et n’ont qu’elles en vue, du commerce aux nations en passant par les autres tiroirs de ce qu’on doit être, nourri de notre peau et si possible celle du voisin. Bref, j’ai un peu ricané, je l’avoue, devant l’appel à respecter la liberté des manifestants. Tout le monde est libre, rien ne doit donc changer. Bon, je fais partie des qui considèrent, même si le second terme, j’en conviens, est tout aussi ambigu et demande tout autant d’être précisé et rempli critiquement, que la liberté s’oppose à l’émancipation, tout simplement parce que son sujet n’est pas le même, et s’y oppose aussi – sujet social total versus personnes de ce social on va dire. Je ne parle même pas de ce qui concerne l’égalité (et encore une fois pareil).

 

Bref, je ne défends pas plus ma liberté que celle des camarades qui assiègent très à raison les lieux où est présenté ce spectacle dégueulasse ; je ne cause évidemment même pas de celle de ses auteurs et partisans. Je soutiens l’éviction à coups de tatane de ce boulot raztèque. La liberté, on la mange tous les jours, grave, et elle nous tombe toujours sur la gueule dans le même sens. L’ordre de la liberté, des destins, des hiérarchies et des assignations, de l’exploitation et de l’extermination ne s’aménage pas (enfin si, hélas…) ; il se renverse (en tous cas nous sommes quelques à en faire le pari).

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence féministe et faiblesse centrifuge (acétone et antivitamine K) - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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