Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 10:31

 

 

 

 

« Alors, pour celles qui ont le sens des responsabilités et celui de la rigolade… »

 

« Les mauvais jours finiront. »

 

 

 

 

Ce qu’il y a d’à la fois attirant et décevant avec les ladyfests®, c’est que quand on a été à une, on a été à vingt. Je dis vingt pasqu’y en a pas cent, reconnaissons le. Le menu est identique, et pas qu’à la cuisine collective. Bonne marrades certes, mais aussi répétition appuyée du consensus, regards tout aussi appuyés vers le bout des chaussures à chaque fâcherie, tension, « discussions » sur les toujours mêmes « questions », dont nous connaissons très bien la réponse attendue, de laquelle il convient de ne pas s’écarter in fine. On se montre, se démontre, démonte, remonte les mêmes choses qu’à la fois précédente et suivante, dans les mêmes ateliers de montage démontage.

 

On revient enfin d’une ladyfest comme on y était allée, confirmée, encadrée, certifiée, du coton dans les oneilles et du feutre au derrière. C’est ce qu’on se demande en ces occasions, et c’est ce qu’on s’y octroie. C’est très bien comme cela et il n’y a pas lieu d’y redire le moins du monde. N’en faut pour tous les goûts.

 

Et si ce n’est pas ça qu’on voulait, ce n’est pas là qu’il fallait aller.

 

Ah, il n’y a pas d’autres endroits ? Eh bien qu’à cela ne tienne, il nous reste alors à les faire. Des endroits et même des envers (et contre tout).

 

C’est pourquoi je m’octroie, en avance qui sait ? de rêver d’une ladycrush. Ou même tant qu’à faire de plusieurs, « que cent fleurs, que cent écoles etc. ».

 

Lady, définitivement. Et pas seulement pour pas avoir de mecs dans les pattes – ce qui est un minimum pas toujours assuré à ladyfestlande. Pour ne pas avoir non plus la mequitude qui nous imprègne de partout les éponges, ce neutralisme-virilisme de « réappropriation » et de récup’ qui va toujours dans le sens m-forme, et cache très, trop mal notre haine et peur intégrée de tout ce qui est ou pourrait être, paraître « f ». Et surtout notre absence de critique rapport à « ce qu’il faut ». Résolument lady.

 

Ladycrush. Crush parce qu’on y casserait et la croûte (et bien, si possible, pour une fois), mais aussi consensi et évidences, terreurs collectives et fétichismes sociopolitiques. Parce qu’on n’y serait pas juste pour vomir nos tristes oppressions et courir les retrouver juste après, pasque tout d’même, qu’est-ce qu’on ferait sans ? On serait perdues. On n’aurait même plus de quoi se plaindre ; peut-être même on en serait à la limite de tout retourner, oscours.

 

Ladycrush pasque je viens de découvrir le sens de « to have a crush », flasher. Ouaips. Briller dans l’obscurité de ces temps maudits, gyropharer rouge dans la campagne. Enfin s’autoriser à flasher intellectuellement et de manière critique. Á passer les lignes jaunes. Sans honte, sans injonction à un bien commun qui se révèle à l’usage bon pour personne.

 

Se rencontrer et s’apprécier comme des personnes, et pas que des statuts sur pattes ou à roulettes. Faire du nouveau sans pourtant rien oublier. On n'est pas des poissons rouges. 

 

Ladycrush, ladygloups, lady ce qu’on voudra et pourra, pourvu que nous nous sortions enfin des festivités, commencions à nous amuser sérieusement, passions de nous réciter mantras, statistiques et nécrologies à entrer en spéculation et en fermentation.

 

Inscrivons nous dans le temps ! Peut-être que d’ici quelques années (optimiste !) on commencera à en avoir assez marre de la vieille soupe réchauffée et insipide. Alors commencerons nous peut-être une nouvelle cuisine.

 

Par exemple.

Du féminisme de critique et de déconsensus, de bouleversement, de sortie de l’intégration-réclamation victimaire et créancière à ce monde où on crève, et pas seulement d’ennui.   

Du féminisme où on puisse aussi sortir de l’hypocrisie sororitaire et du fétichisme néo-essentialiste, où il n’y ait pas la fable fatale d’ensembles incontournables.  

Du féminisme où on ne soit pas conduites à un accord nécessaire, du féminisme d’arguments et, pour tout dire, de dialectique.

Du féminisme qui s’autorise à piocher le négatif, les séparations, à piter dans les plats, sans honte et avec juste ce qu’il faut de scrupules.

Du féminisme qui cherche à changer les choses, pas à les réaménager ou à simplement réviser les hiérarchies.

Du féminisme qui cesse de se « réapproprier » ce qui nous bouffe (familles, travail, statuts, religions, cultures, identités, virilismes..) pour en faire des boulettes existentielles à remâcher. Sans besoin de s’incorporer les formes de la domination les plus diverses, histoire de se dire qu’on n’en a oublié aucune.

Du féminisme où on cesse de s’agglutiner sur le corps.

Ce qui pourrait importer, enfin ou à nouveau, c’est que qu’on va dire ou faire, pas ce qu’on « est ». Pas un peu marre des destins « inscrits en nous », d’une manière ou d’une autre, par nature ou par statut ?

Nous ne sommes pas mêmes. On n’en a rien à f… d’être « égales » en une « nous » imagée, ni « incluses » en une quelque chose formelle.

Et tant mieux.

Balarguons les fantasmes, les intensités, les désirs et autres spontanéités bien réglées. Vivisectons les évidences. Reprenons aussi ce qui a été laissé en plan, et il y en a. 

 

Ou tout autre chose, mais qui nous change enfin de la lavasse plaintive que nous tournons sans renouveau et sans espoir dans nos baquets, et que nous ingurgitons en quantité pour tromper notre faim. Celles qui ont faim, bien entendu.

 

Fromage et dessert : féminisme et critique sociale. Marre de devoir choisir.

Et café pastis pendant qu’on y sera !

 

Et aussi, peut-être, qui sait surtout ? ne pas arrêter à la fin, ne pas repartir vers nos tristes paillasses, en tisser d’autres sur d’autres lieux, avec d’autres personnes (ou toutes seules), dans d’autres dispositions ! Parce que ce qui est ch… aussi c’est d’arrêter. Et qu’il n’y a rien de tel que vivre, en bien comme en mal.

 

Qui vivra verra. Ladycrush 2019, 2022 ? Au moins. Après avoir beaucoup vomi, il faut avoir encore pas mal jeûné, pour reprendre appétit. Et si c’est avant, si on arrive à prendre, ici et là, la résignation en traître, tant mieux !

 

Grève de la faim et de la socialité, en attendant.

 

 



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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 15:41

 

 

Dans l’espèce de libéralisme libertaire qui a pris la succession, peu disputée il est vrai, de la critique sociale, il y a un truc qui me blesse depuis des années, c’est la rhétorique sur la folie. Que la folie serait une échappée de ce monde, une des « libérations » tant courues et valorisées (mais on ne se pose jamais la question de ce qu’on libère, et auquel on s’identifie, voire se mimétise). Et aussi une fatalité, comme les autres « fatalités sociales », qui se travestissent de plus en plus en maladies : on n’y pourrait, serait pour rien.

Maladie, libération, ou les deux en même temps, puisque nous ne craignons plus, bien au contraire, de positiver le désastre (il est vrai qu’il ne nous reste souvent plus que ça comme matière à traiter).

 

Aujourd’hui je lisais, sur un site qui ne propose pourtant pas que des poncifs, l’énième déclamation « contre-normalitaire » sur les « troubles de la personnalité » et autres suractivité juvéniles. Ou plus juvéniles du tout.

 

Pour ma part, je n’ai jamais vu dans la folie que l’écrasement sous notre propre poids d’injonctions, l’abandon et aussi l’abdication de toute capacité réflexive, et surtout un excès systématique de normalité. La folie a partie liée avec la bêtise morale et la pratique des formes de domination. Nous nous laissons si facilement aller à ce qui nous appelle avec insistance. Á nos rôles écarquillés. Rien de plus triste, attendu, répétitif que la folie. Adhésion passionnée à ce que le présent présente de plus caricatural. Trop plein qui déborde.

 

Il n’y a rien de plus normal, dans un monde de principes inhumains et brutaux, que de s’y surconformer et de devenir dingue. Ça fait même partie des devenirs contemporains majeurs.

Les folies sont devenues les normalités potentielles du no limit. La rationalité instrumentale déchaînée en lutte contre ce qui nous reste de raison raisonnable. L’antipode de la révolte et de l’émancipation, la tête et le reste toujours plus profond dans le chewing gum. Cessons de l’idéaliser.

Si elle a jamais été autre chose, ce dont je doute, la folie n’est en tous cas plus qu’une surenchère parmi un taf d’autres.

 

On a quelquefois dit bien légèrement que la folie consistait en « être soi » avec acuité. Déjà, ce que j’en connaît correspond plutôt à un kidnapping et à une dépersonnalisation accrues. Et par ailleurs, à nous voir, à nous entendre et à nous subir, je me dis qu’il est préférable de n’être soi que jusques à un certain point. Je m’entends : qu’il vaut mieux conserver une grande part de ce qui n’est pas soi tout seul, mais au contraire commun et communicable. Ce qui amène aussi à s’interroger sur la passion née peut-être vers l’époque du romantisme envers l’irréductibilité, ce qui en nous est irréductible, au détriment de ce que nous partageons. De nos jours, cet irréductible passionnel se dit identités.

 

Il n’y a nul espoir dans les troubles comportementaux dont effectivement nous sommes à peu près touTEs atteintEs et même constituéEs désormais, lesquels nous mènent, quand ils sont expansifs, sur le chemin de la violence, depuis les écoles jusques aux champs de bataille les plus divers. C’est la même logique acceptée, ingérée, qui fait éclater la figure de ses petitEs camarades, briser tout ce qui se présente, et, plus tard, conduit à violer et tuer tout ce qui bouge, passionnément, mécaniquement. L’extermination du trop plein comme libération, libération effectivement de ces formes qui n’ont plus besoin de nous, liberté y comprise. Que ce soit dans des « coups de sang », des meurtres de masse, ou des guerres d’autoanéantissement, dont on a même oublié les prétextes, comme en Algérie il y a peu ou au Mexique en ce moment même, avec les surenchères quotidennes de cadavres exposés. Tout ça bien sûr très viriloïde, la folie, individuelle comme collective, a aussi souvent à voir avec la masculinité « neutre » comme mode social ; et dans les faits et aussi au sens où la production, y compris de cadavres, est assignée au signe M ; enfin surtout mécanique et incomparablement, si l’on fait abstraction des moyens, spontané. Dans ces cas, la folie est devenue constitutive du social. Banco !

Á voir comment nous vivons, effectivement, nous sommes massivement cingléEs. C’est un état de fait. C’est pas étonnant. Un mode de vie à la fois agi et subi. Mais est-ce que nous ne pouvons que nous y laisser sombrer ? Est-ce que nous avons perdu toute distance à ce nous-même halluciné et en lambeaux ? Est-ce que surtout nous ne pouvons faire aucun effort pour ne pas nous mettre à courir dans la grande roue ?

Zut ! Mon œil ! Pas consentir ! Pas consentir à surenchérir, à surjouer.

 

Il serait tout de même temps, depuis des siècles que pouvoir, inconscience et brutalité systémique se boostent réciproquement, de cesser de fétichiser la violence, et les moyens en général. On a déjà un tableau de chasse suffisant pour savoir que ça ne nous aidera en rien à sortir de ce monde, mais qu’au contraire cela le renforce. Et qu’ainsi nous achevons de nous détruire. La violence est devenue endémique et systémique, un des moyens autocéphales de l’élimination des surnuméraires, de plus en plus nombreuXses, une sorte de guerre de trente ans sans fin ni fins. Et le lâchage, la libération, qui sont presque toujours lâchage et libération des formes qui nous habitent, et de rien d’autre, nous jettent dans ce mouvement, ne nous font sortir de rien du tout, ni nous opposer le moins du monde à l’ordre cannibale. Bien au contraire.

 

Il nous faudrait peut-être un peu revenir sur notre dogme de fascination pour la destruction, l’écrasement, la déréliction, le laisser-courre, qui rendraient métaconscientEs et extralucides. Ça se saurait. Cette énième version de la politique du pire ne donne que les mêmes résultats que ses prédécesseures : l’embarquement immédiat pour la barbarie.

 

Comme nous sommes acteures, coproducteures en tout de notre débine – c’est le privilège de la modernité - notre refus de penser, notre abandon et notre folie sont, je crois, en bonne partie délibérées et, dans la mesure du sens du mot, choisies. Mais il n’y a pas à en être fièrEs.

 

 



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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 12:31

 

 

L’histoire contemporaine présente une suite assez fournie de pays dont le statut moral, plus ou moins passager ou au contraire durable, a succédé dans une perspective d’enthousiasme terrestre aux vieux pôles qui donnaient accès au ciel (Rome, La Mecque, etc.). Des tas de gentes (comme Taubes, Jacob) ont analysé la continuité entre religions célestes et religions terrestres. C’est une des multiples manières que nous avons mises en œuvre de ne pas sortir de l’auberge, à quelque prix humain que ce fût.

Les exemples les plus flagrants en ont été le fichu nôtre (le peuple souverain et la patrie des droits, qui ne tarda pas à trimballer tout ça avec bagages et surtout armes à travers l’Europe légèrement traumatisée de cette libération militaire), puis l’immortelle patrie des travailleurEs, qui usa en bien plus grand de méthodes à la fois semblables et nouvelles pour étendre la démocratie populaire, la gloire du travail et de la production, urbi comme orbi. Sans oublier l'inoxydable « pays de la liberté », tout court, qui là encore pareil, flingue allègrement dans les rues de ses lotissements comme dans les contrées les plus reculées et rétives au développement sacré.

On attend, si j’ose dire, la prochaine incarnation nationale du bien absolu, et ses redoutable conséquences. Il est très possible que la souche, qui prend dans notre désir, n’en soit pas épuisée.

 

Ceci pour dire que nous avons tout de même, je crois, quelque raison de nous méfier des « pays de ». Et des enthousiasmes, et des pèlerinages en tous genre.

 

Je lis ces derniers jours, sur les média de t’lande, de vibrants hommage à l’Argentine néo-péroniste, qui vient de libéraliser considérablement son système d’état civil. C'est devenu d'un coup "le pays de", des droits humains en général. Rien de moins. Ma foi. Pour moi, l’Argentine, c’était surtout une tentative très audacieuse de révolution anti-économique, telle qu’on n’en avait pas beaucoup vu depuis le début des ravages de la modernité, qui a échoué certes. Mais ne pas gagner, comme disent des camarades, n’est pas forcément perdre. Il en est resté mémoires et morceaux, qui ne sont pas perdus pour tout le monde.

 

L’immense différence entre une révolution et une légalisation, c’est que l’une se fait et que l’autre se reçoit. Pas nécessairement à genoux, comme la communion chez les tradis, mais tout de même passivement et avec gratitude. Merci papa état, comme tu es bon avec nous. En reconnaissance on va bien travailler et être incroyablement dociles (et consommer aussi autant que possible pour soutenir la croissance). Le tout facilité (voir ce que j’en disais cet hiver au sujet des projets hexagonaux) par notre identité (qui n’a au fond guère changé, monsieur madame comme toujours, mais puisque c’est ça qu’on veut on nous le donne), laquelle, n’ont pas oublié de souligner les thuriféraires de l’intégration, nous donnera plus large accès au marché du travail – qui résume la socialisation contemporaine. Travailler, se marier, provigner, quoi encore ?

 

Mais, comme dans tous les « pays de », il y a un clou dans le rata. La perfection n’est pas de ce monde, faut croire. Ce même état qui procure libéralement les identités de genre auxquelles nous devons nous résumer et coller interdit l’avortement aux nanas bio. C’est même assez étonnant mais c’est ainsi. En Argentine, on saute librement de f à m et de m à f (pas en dehors, en dehors ça n’existe pas - et quant à ne pas en vouloir du tout, blasphème), mais on doit avorter clandestinement. Ce n’est que très récemment que la loi y a consenti à ce que les nanas enceintes à la suite d’un viol (encore faut-il que celui-ci soit reconnu tel) puissent ne pas aller demander le visa à unE juge, et c’est apparemment la seule exception. Bref, côté droit des nanas à disposer de leur corps physique, c’est pas ça. Singulière, je crois d'ailleurs inédite (?), situation où l’on peut (dans la limite des modèles disponibles) « disposer » de son identité, mais pas de sa chair. Drôle de pays des droits humains. Ou peut-être pas. Peut-être cela montre-t'il justement ce que peuvent être ces droits humains, et ce qu'ils ne peuvent pas être. La reconnaissance, l'image sociale, mais sans exclusive de la pénurie, du contrôle et de la dépossession.

 

Bon, probable qu’à moins de la régression moraliste qui d’ailleurs commence à revenir, en étrange pansement du désastre économique (pensons juste à l’Espagne), cela sera réparé et que l’Argentine rejoindra vite les pays qui tolèrent la chose avec restriction et contrôle (puisque, je le rappelle, à peu près toutes les lois qui autorisent l’avortement, à commencer par la nôtre, sont autant des lois restrictives qu’autorisantes). Mais qu’on garde ça à l’esprit.

 

Et, finalement, à la racine de tout ça, que ce qu’on nous octroie n’a pas grand’chose à voir avec une réelle émancipation. Mais puisque nous nous obstinons à demander, à ce droit positif, consubstantiel aux états et aux nations, qui pourtant nous fait régulièrement la démonstration qu’il peut nous ôter en deux minutes ce que nous pensions être nôtre, eh bien on nous donne. Ou ne donne pas. Ou prend. Ou zut.

On devrait, historiquement, être désormais bien documentées à ce sujet : les droits ne garantissent nos vies qu'à prix fort et très conditionnellement. Si la nécessité, laquelle gîte souvent dans les cieux de la valorisation, vient à l'exiger, zou, couic, ne garantissent plus rien, et même empêchent de se sortir de l'auberge où l'on taille dans la masse et rogne les rations. 

On l'est, documentées ; pas nous prendre pour des imbéciles. Si le cirque continue, c'est bien qu'on y consent. Et qu'on continue surtout à croire résolument, tête baissée, en ces formes, en leur bonté ontologique, qu'enfin un jour, quand on en aura bien bavé - pénitence ! - il en sortira, parousie, le "pays du lait et du miel", comme il est dit dans les Ecritures. La distribution universelle et sans limites. Ma foi, nous pouvons toujours croire, et passer ce pendant aux profits et aux pertes.

 

On s'est bien rencoignéEs au fond de cette auberge distributive et angoissée. Quel spectacle nous donnerions à une supposée personne qui serait "dehors", et qui n'existe pas (nous sommes seulEs avec nous-mêmes). On creuse même dans la cave pour y ouvrir encore plus de salles de demande et d’imploration. Mais aller vers la porte et sortir, apparemment, impossible. J’ai beaucoup daubé sur la notion moderne de phobie, mais si nous en avons une, et bien crochée, une peur panique, alors c’est celle de tenter de prendre nos vies en main. Par contre, les gentes et les pays providentielLEs, nous n’entendons pas en manquer.

 

 

 

PS : Une camarade de par ici dit souvent "un juste droit ne se demande pas, il se prend". Certes, mais s'il se prend, ce qui est probablement recommandable, est-ce toujours un droit ? Ou est-ce une liberté et une capacité ?

 

 


 

 

 


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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 21:21

 

La fleur que tu m'avais jetée,
Dans ma prison m'était restée.
Flétrie et séche, cette fleur
Gardait toujours sa douce odeur

 

Carmen

 

 

Sur la route de Lamothe, tarélande quoi, cette belle avenue entre ses érables, flotte la douce odeur genre « produit d’entretien » des organophosphorés, ou de quelque produit de « génération plus récente ». C'est la saison, y pleut pas ce soir. Le tracteur a son gros réservoir au cul. Et allez. Ah, d’être descendue dans la plaine c’est ça aussi. En haut on ne recourait guère qu’aux engrais en tites boulettes. Les champignons y survivaient. Là c’est direct l’étouffement.

 

Ça me fait bien marrer que les paysans commencent à faire la file devant les tribunaux, soi-disant qu’y savaient pas. Je vis à la campagne depuis mon adolescence et je les ai toujours entendus plaisanter là-dessus, sur les saletés phytosanitaires. Mais voilà, justement, les plaisanteries c’était « nous on n’est pas des lopettes, ça nous fait rien les poisons ». Le virilisme a toujours eu partie liée avec la manie productive, l’ouvriérisme et le capitalisme. L’internationale des gros biceps qui ne craignent pas la chimie.

 

Et puis voilà, en crèvent un, puis deux, puis trois, pas de suicide, de maladie, d’empoisonnement pour parler net. On se rappelle soudain le fameux « syndrome de l’huile toxique », qui frappa le sud de l’Espagne dans les années 80, et se révéla du aux produits pour tuer les nématodes, dans les serres industrielles.

 

Et tout le monde de couiner. Finalement on n’était pas si résistants que ça, nous voilà fichus, qu’on nous donne des sous pour notre dernier voyage.

 

Vous marrez pas. Je me marre pas du tout. Combien sommes nous à nous enfiler les plus étonnantes potions, à nous faire triturer des plus modernes manières, et à nous mettre à protester quand ça tourne mal, à réclamer coupables, prises en charge et réparations, alors même que nous nous y sommes misEs de bon cœur. Pas même forcéEs.

Ou plutôt, combien ne sommes nous pas à ? Pas lourd, et je n’en suis pas.

 

Et on continue, épisode après épisode. Même la mémoire, que nous révérons pourtant tellement, ne nous rend pas méfiantEs pour une obole.

 

Là, dans le Monde, un superbe article. Où il est annoncé que les phytosanitaires attaquent le bulbe, le système nerveux. C’est carrément affirmé par la faculté. Va-t’on arrêter d’en répandre ? Ah ben non. Ça fera une maladie professionnelle de plus. Du moment qu’on est reconnu, on peut bien en mourir, tout va bien. L’important c’est d’être sur les bonnes listes, si ça ne sauve pas ça soulage.

 

Pas question donc d’arrêter l’empoisonnement agricole. Oh ben non, que deviendraient nos quintaux à l’hectare, les primes européennes, les beaux fruits et légumes bien lisses gonflés de flotte et de pesticides qui souvent se décomposent littéralement après quelques jours de magasin ? Surtout ne jamais régresser !

 

Le secret de la valeur, c’est qu’il ne faut jamais reculer, toujours ajouter. Aller de l’avant. On le sait désormais bien, les maladies peuvent rapporter gros, sur le gisant géant des zones où il reste de la richesse accumulée. De même que la bouffe pourrie pour pauvres urbainEs et désormais inurbainEs aussi. Qu’on va supplémenter pour en faire des alicaments, comme on dirait des alligators (Alligator 427 !). Prolonger l’agonie. Le care a un drôle de visage en tête de mort.

 

Ah non, ça sera pas pour les paysans des régions moins rentables. Maladie professionnelle ou pas. Elleux couic, direct. Sans sécu ni assurance mort. Comme les plants de coton génétiquement tripotés qui meurent en masse, eux aussi, pasqu’y a plus d’eau, tout bêtement (mais on est en train d’inventer des plantes qui n’ont pas soif, avec des gènes de dromadaire, on aura encore quelque chose à vendre). En attendant, double, triple dose de pesticides.

 

Et quand ellils seront bel et bien anéanties, par famine, empoisonnement et guerres, eh ben il n’y aura plus qu’à récupérer toutes les terres, ce qui est déjà en marche, histoire de confectionner céréales, carburant et bioplastiques pour les ex riches à l’extrémité et les émergentEs qui commencent déjà à repiquer du nez. Qu’on profite jusques au bout.

 

L’industrie chimique, d’autres l’ont abondamment remarqué avant moi, connut un de ses premiers booms grâce à la première guerre mondiale. Eh oui. D’ailleurs les organophosphorés agricoles sont des descendants directs des gazs de combat. Un de ceux-ci, le phosgène, avait cette particularité, relatée par de nombreux survivants qui crachèrent lentement leurs poumons, que son odeur était douce, presque agréable, attirante, faisant penser aux oignons frits. On humait ça du coin du nez… Hmmm… On aspirait un coup – et on avait plus de respiration, l’intérieur cramé.

 

C’est ça notre monde, des douceurs en quantités, partout, insistantes comme des effluves, et hurk ! Trop tard. CuitEs.

 

 

 

PS : Mimitt, élu, avait été déposer une rose sur le cénotaphe à Jaurès, celui dont, disait Darien « tout l’océan pacifique lui coulait de la gueule », et sur l'appel duquel à la paix sociale il concluait "Tu recevras du bronze, aujourd'hui, Jaurès ; et demain, du plomb !" Jaurès reçut effectivement du plomb, mais pas du tout du côté escompté par Darien : l'apostolat de la violence ne mène qu'à du très attendu. Nulle surprise de ce côté là.

Hollande, à la fois plus tradi et plus moderne, va faire de deux roses deux coups : une pour Ferry-Tonkin, l’apôtre de la conquête coloniale, faut le faire tout de même, et une pour Marie Curie, une des patronnes de l’empoisonnement technologique et de la bombe atomique. On ne saurait être plus explicite : en avant tout et touTEs vers le même ! Fut-ce la fosse commune.

 



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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 12:46

 

Trop loin, trop lesb, trop je sais pas quoi même puisque je l’ai pas vu, Bye Bye Blondie n’est passé absolument nulle part en Auvergne. Le plus près ç’a du être Lyon, charognelande, et Bourges, ville de l’avant-garde où je n’ai évidemment jamais mis les pieds, faisant depuis des années l’arrière garde et les enfants perdues tout ensemble.  

 

Oui je sais, j’avais un peu beuglé préventivement au sujet d’une inter à Despentes qui dans une réponse ramenait, elle mille cinq centième, le fait d’être lesb à juste une sexualité, bref ce qu’il y a de moins spécifique et original avec le boulot dans les choix et activités des bipèdes. Mais je pensais bien que le propos de son film allait bien au delà, dans la socialité et aussi l'asocialité, la vie quoi, j'escomptais donc le voir et même m’en réjouir, tiens. C’était évident qu’il s’y passait plein de choses, et que ça en disait encore plus. Et surtout que ça donnait envie. Bref que ça venait de loin et que ça menait tout aussi.

 

Bernique.

 

Fait ch… Pour une fois qu’on a, ce qui arrive à peu près tous les six ou sept ans, un film lesbien qui ne se termine pas par meurtres, suicides, désespoirs et pendaisons, qui n’est pas glauque du début à la fin comme Naissance des pieuvres, visiblement les salles évitent soigneusement d’y programmer. C’est que ça donnerait envie de devenir lesb, sans parler de le rester, quelle catastrophe, tout sauf ça. Il faut bien qu’on comprenne que ce triste sort en doit rester un, subi, une croix, avec souffrance et dignité, un « douloureux problème » comme disait la Dolto jusques à ce que d’anciennes collègues lui aient fait avaler son purin. Et comme nous le réinjecte en sous-cutanée Sos Homophobie aujourd’hui avec son « on n’a pas choisi, è pas not’faute, d’ailleurs si on pouvait on choisirait pas ». Donnent envie de vivre, de se prendre en main, de changer, soi comme les choses, comme de se pendre. Pour parler grossièrement, si c’est historique et jubilatoire, si ça dit qu’on peut, ça pue de la ch… Allez hop, bien lavé, art et essai le mercredi dans les mégapoles, « consentement parental conseillé », et fini. Oubliettes. Poubelle.

 

Ah pas contente, moi en plus qui vais au cinéma genre une fois par an, deux les années fastes, tellement je suis audiovisuelle et aussi tellement ce qui sort est passionnant. Bon. Je frétillais à l’idée d’y traîner le planning local. Lesb plus punk c’est mon histoire aussi. Ça me faisait quelque chose d’y songer. C’est pas souvent. On se souviendra de la dégringolade sans parachute des 80’s quand on sera séniles ou mortes. Trop tard quoi. Ou jamais.

 

Allez. Y a plus grave que de rater un film, j’en sais quelque chose. Mais bon, je crois que sans même entrer dans les déclamations d’usage, ça montre bien que des images, des histoires de nanas gouines, autonomes, décidées, que c’est de leur faute et contentes de, eh bien ça ne fait pas recette, et même ça effraie. Ça va trop loin ; il faut donc que ça le reste, encore une fois. Loin des yeux loin du bulbe. Sobriété santé.

 

Et ça représente encore pourtant si peu, par rapport à ce qu’on pourrait faire et foutre en l’air, que ça en dit long sur le fond de cet air, à l’heure présente.

 



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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 15:06

 

 

 

Juste un jour, ça serait bien qu’on arrête de marcher, qu’on prenne des endroits, et qu’on les rende pas.

 

Texte d'un tract pour une prochaine marche de nuit à Paris

 

Aux récalcitrantes, aux passionnées,

À celles qui en ont ras-le-cul de se faire emmerder,

harceler, de jour, de nuit, au travail, dans la rue ou

par "leur" mec. À celles qui veulent embrasser leur

copine dans le bus. À celles qui ne se satisfont pas

de l'univers cloisonnant du couple. À celles pour qui

les relations sexuelles ne sont ni obligatoires ni

sacrées. A celles qui décident de se contrefoutre des

normes de beauté. Aux "garçons manqués". À celles

qui se battent contre les médecins pour être

avortées et/ou stérilisées. À celles qui ne se laissent

pas imposer fringues, horaires et mode de vie. À

celles qui aiment regarder les étoiles. À celles qui

refusent d' être réductibles à ce qu'elles ont subi. À

celles qui sont contre toutes les prisons. À celles qui

s'organisent pour riposter aux agressions en dehors

de la médiation de l'État. À toutes celles qui se

croyaient fragiles et se surprennent régulièrement de

leur force. A celles qui ne laissent à personne,

homme ou femme, la possibilité de parler en leur

nom (parti, syndicat, association).


À toutes celles qui ne veulent pas s'intégrer dans cette

société, ses casernes, ses usines et ses supermarchés.


Aux survivantes, aux trop vivantes, qui ne veulent pas l'égalité mais la réciprocité

des rapports. À celles qui sont pleines d'envies mais qui n'osent pas. A celles

qui décident de prendre la thune là où elle se trouve. À celles qui ne

reconnaissent aucune forme d' autorité, d'où qu'elle provienne (patron, État,

religions, famille, mec). À toutes celles qui ne sont pas et ne seront jamais flics,

matonnes, ou présidentes de la République. À toutes celles qui ne se ressentent

pas être "femme". À celles pour qui ne plus être dominée ne signifie pas devenir

chef mais combattre tous les rapports de dominations. À celles pour qui ne pas

gagner ne signifie pas être vaincue. À toutes celles qui pensent que la liberté

des unes étend celle des autres.


Aux anti-autoritaires ET à celles qui sentent qu'il y a plus

d'aventure à vivre dans la tentative passionnée de

détruire ce qui nous détruit que dans ces vies moroses... 

 

Un moment pour apprivoiser, inventer et construire notre autonomie,

prendre de la confiance et l'élan pour défoncer nous-même les portes

sans attendre qu'on nous les ouvre, pour nous approprier la nuit et faire

de la rue le lieu de nos rages.


assez de vains soupirs immondes,

finissons-en avec ce monde !

 

Marche de nuit féministe et non-mixte

Le 12 mai à 21 h

RV devant l'hôpital saint Antoine, métro Faidherbe-Chaligny

 



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Dimanche 6 mai 2012 7 06 /05 /Mai /2012 18:50

 

 

Je me gaussais l’autre jour du mouvement de panique convulsive qui empêchait diverses assoces de signer un appel à la gratuité effective des soins médicaux, panique et dégoût motivées par la présence parmi les signataires des affreuXses, nommément ActUp et le Strass. Je daubais que même si c’était contre la peine de mort ou leur propre supplique de grâce, rien à faire, elles n’apposeraient pas leur paraphe au bas de cette demande. Pas jouxter les puantes. Mourir pures.

 

Ça me fait rigoler pasque je signe pas, plus, tout court. Faire masse m’indispose, d’autant que c’est toujours faire masse pour des trucs qui, d’une manière ou d’une autre, me font mal au ventre. C’est ma manière de mourir pure, abstentionniste.

 

Et puis là, voilà que paraît un manifeste néo-féministe, politique des identités quoi, « Nous, féministes ». Pareil. Les identités sacrées et les fascinations exotisantes, la lucidité qui sortirait fatalement du puits des oppressions, j’ai déjà donné et même payé. Cher. Et suis pas la seule. Et même si. Je marche plus. Je signe pas. Non plus que j’approuve la systématique, même si je reste d’accord avec la plupart des conséquences, ainsi qu'avec le refus de la haine baveuse – mais pas avec la logique fétichiste par où elles y mènent.

Je contemple avec goguenardise aussi les éructations des tradies, qui attaquent ce manifeste en s’étranglant… exactement sur les mêmes bases idéologiques : la métaphysique des identités de recours. Les classes providentielles. La comptabilité comme ultima ratio. Il n’y a de vraie lutte politicarde que dans la concurrence sur la même gamelle, à qui jouera le mieux le rôle pour se l'approprier. Comme toujours, l’approche critique, suspecte, ringarde, déplaît à toute la clique.

 

Je vais revoir, curieuse, le dit manifeste, voir qui l’a signé récemment, et oups, en plein milieu de la tripotée de sociologues, dont il est vrai pas mal de mecs, qui s’y presse à la queue leu leu, dont mon adorable Fassin que j’affectionne pour sa pâteuse et opportune correction, Negri ! Toni ! Et là je me dis, nan, si jamais je devais signer, pas avec Negri, l’apôtre des « transformations » du néo-capitalisme virtuel. Je signerais avec OLF, si nécessaire me semblait. Peut-être même avec Fassin, à la dernière extrémité. Je signerais pas avec Negri. Préfère crever.

 

Et telle est prise qui croyait prendre : moi aussi j’ai la panique de la signature. Fut-elle virtuelle puisque je préfère ne rien signer tout court. Et le fétichisme de celleux avec qui on ne doit rien défendre, même soi-même, même la plus élémentaire vérité.

 

Mais je crois profondément, finalement, aussi, qu’on ne doit pas traîner avec n’importe qui. C’est ça qui m’a démolie au cours de ma vie. D’où mon conseil, une fois de plus : s’abstenir, de signer comme de relationner.

 

Ah là là…

 

 

PS : les tradies sont tellement obnubilées par le désir que les putes disparaissent, qu'elles n'ont pas vraiment noté que nous n'étions cette fois ci qu'adventices, au point que notre mention avait même disparu d'une des rédactions ! C'est sans doute pour ça qu'elles qualifient le manifeste de "sex positive", alors qu'il parle plutôt d'autre chose, pour une fois... Ah, quand on ne pense qu'à ça... Il faudra apprendre à être vraiment anti-sexe, comme disait Valérie !

 



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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 12:45

 

 

Y avait, et depuis longtemps, les néEs quelque part. Á présent, de plus en plus, il y a les néEs quelque chose. Et, au bout, sans doute, la réduction ab ovo, l’œuf qui va contenir toute notre vie, inlassablement et résolument déterminée.

 

Je m’énerve fréquemment contre cette profession de foi – de foi. Difficile de dire autrement quand on arrive sur les « profondes vérités » énonciatives, lesquelles ne peuvent s’appuyer que sur la croyance. D’ailleurs, je ne crois  pas (!) que l’on puisse vivre sans a priori ni croyance. Mais cela n’empêche pas de regarder dedans.

 

Quand je fais des perm’ comme conseillère au planning, je vois de plus en plus souvent passer des nanas, souvent très jeunes ; les mêmes que je croise dans la rue, en bande non mixte d’abord, puis très vite isolées, agrippées à leurs mecs, le visage de plus en plus défait et fermé à mesure que les années passent. Tellement c’est génial le couple, tellement c’est le pied hétérolande. Mais voilà, y faut, c’est tracé. L’acquiescement est profond, ce n’est pas que cession passive, c’est consentement actif, cofondateur. Sans enthousiasme, mais on a bien intégré que la vie allait et devait être, pour se voir reconnue, intégration aux formes les moins appétissantes.

 

C’est tracé. Dès la préadolescence, on sent à les écouter qu’on en est revenu, si on l’avait jamais quitté, à un monde où c’est tracé. Écrit. On est ça on ne peut pas faire autrement. La voisine, trentenaire multipare et enfamillée qui fait profiter toute la ruelle de ses conversations téléphoniques, ne disait pas autre chose ce midi : « un homme c’est un homme, on n’a jamais vu un homme mené par une femme ».

 

De quel côté qu’on se trouve, on a l’impression que le salut n’est trouvable que dans un déterminisme total, une écriture des origines (voir les fumeuses théories sur une pré-histoire nécessairement idyllique et conforme aux rêves contemporains les plus divers). Je songe à mon vieux camarade B., avec qui je suis à fond contre la judiciaire et les prisons, mais qui ne parvient à soutenir sa position qu’en niant toute imprévision et toute liberté. Pour ma part, je pense que nous n’en sortirons, au contraire, qu’en sortant et du prévisible, et surtout de son culte.

 

Parce que je trouve que ça sent le culte, la déclaration sur l’inconnaissable, ce qui ne peut être que s’il a toujours été et sera toujours, que ce soit le genre, le statut social, l’identité de ci ou de ça. Seule leur importance hypertrophiée et leur inamovibilité de principe semblent pouvoir les, et nous à travers, légitimer. Et de surenchérir sur l’idéologie du scientifique, laquelle a pourtant patronné les pires horreurs précisément en matière de ce que les gentes sont ou doivent être.

(Le « scientifique » et le « professionnel », deités modernes censées nous protéger de l’enfer de l’arbitraire (dont on ne sait pas trop ce qu’il présenterait de pire que, juste que c’est Mal), ont fourni, depuis qu’ils existent comme référent, le cadre des plus larges atrocités. Cependant, on continue de leur octroyer une confiance inoxydable, comme le ferait un gosse un peu bête à un manipulateur dément mais convaincant.)

 

On se retranche dès lors derrière une « impossibilité » de principe qui devient vite une interdiction ; et comme il est tout de même difficile (mais on essaie) d’empêcher les gentes de changer, on assiste à un véritable déploiement dogmatique et théologique où l’ultime stade atteint serait toujours « le vrai, celui qui a toujours été, au fond, sous les apparences ». Ce qui induit par ailleurs une philosophie foncièrement dualiste, avec un réel toujours susceptible d’être caché. Au fond, il n’y a plus que la mort qui puisse lui donner un pieu à attache ; tant qu’il y a de la vie, il y a trop d’incertitudes et de changements ; l’angoisse.

 

Ce qui est tout de même marrant, c’est qu’une partie notable des partisanEs de cette lecture des choses sont désormais issuEs de l’école constructionniste. Et ne semblent pas vraiment percevoir de contradiction entre le louable souci que tout soit construction, et l’immuabilité ab ovo de la dite construction. Ni qu’ellils ont finalement rejoint ma voisine et sa définition lapidaire de ce quo’n est et de ce qu’on fait. L’important leur est que ça en soit une, de construction, un infra réel, mais il ne semble pas moins important que ce soit déterminé, immuable, ou tout au moins un chemin tracé vers la « révélation de soi », plus ou moins rapide. Il est vrai qu’il y a là un héritage déjà ancien. Le néo-essentialisme matérialiste n’en est pas à ses essais. Mais tout de même…

 

Une fois de plus, évidemment, je soupçonne que c’est parce que nous avons, dans les mouvements contestants, renoncé à la critique au profit de la surenchère. Qu’au lieu d’aller batifoler ailleurs nous voulons absolument nous poser dans la même cage que ceux que nous combattons. Occuper l’œuf. Ainsi de ce destin interne qui serait en chacunEde nous. Et il n’est pas étonnant de voir les théories les plus réacs et effrayantes (fatalité génétique, déterminismes, etc.) tirées à elleux par des militantEs. Qui croient les « purifier » parce qu’ellils seraient « autres », la bonne vieille blague essentialiste des natures ou des statuts qui changeraient le fonctionnement, ou tout simplement qualifieraient différemment des actes et réalités identiques… « C’est ce que l’on est qui définit ce que l’on fait ». Euh…  

 

Il y a, dans l’approche « on est telle identité ab ovo », un singulier mélange de déterminisme matérialiste et de vocation, au sens religieux, vous savez, cette petite voix qui vous obsède et appelle jusqu’à ce que vous y cédiez. Rien ne paraît plus incongru, depuis ce point de vue, que l’idée qu’on puisse se décider quelque jour à des changements de ce qu’on appelle à présent l’identité, et même, ou surtout, que ces changements ne soient qu’un aspect de la vie parmi d’autres. Vocation ; on est appeléE à. On ne sait trop plus par quoi ou qui mais l’appel demeure, irrésistible, univoque. « Je suis ça » (et que ça, une seule case par catégorie registrée). Je dois être ça. Le désir même est devenu, si toutefois il a été autre chose, la forme contemporaine du devoir.

 

C’est peut-être un de ces étranges rêves épuisés d’une paix sociale et relationnelle qui serait garantie par une fixité et une étrangéité à la fois totales et égalisées, nivelées. Un monde de figurines aux formes différentes, carrés ici, bonbonnes là, zigouigouis pour le fun en tiers, lesquelles cohabiteraient sans trans-gressions (allez de vers) ni agressions, sous la férule disciplinaire.

 

Je me rappelle avoir eu une grande joie, l’an dernier, quand un vieil ami perdu de vue d’avant ma transition, tout timide, m’a osé dire « je suis content que tu n’aie pas changé ». Au moins, lui, qui n’est pas un « de genre », osait, et osait dire ce qu’il voyait (vous savez, le roi et l’enfant…), que le fait que je sois devenue une f-t n’avait pas changé des choses sans doute beaucoup plus fondamentales pour moi que « l’identité de genre ».

C’est précisément parce qu’obstinée, je n’avais pas changé à travers mes itinérances de genre, que je suis restée libre, relativement, de les continuer. Ou pas. Et même de les choisir. Bouh ! cache toi, tu vas nous faire honte et insécurité sociale. Parce que c’est, on le sait, là le prétexte ordinaire à la proclamation de notre incommutabilité et surtout à l’absence totale d’intentionnalité : cette infirmité profonde (je ne vois pas d’autres termes pour désigner l’inaccessibilité à soi-même) nous serait un bouclier politique.

Déjà je ne vois absolument pas en quoi. L’histoire fourmille de gentes exterminées parce qu’ellils étaient, irréductiblement, ce qu’ellils étaient, et je n’ai pas l’impression que si on continue à filer le même coton de « tu es ça », ça va changer de ce point de vue.

 

Mais surtout, c’est moralement, philosophiquement et même politiquement pitoyable comme recours. On s’enterre nous-mêmes pour ne pas donner cette peine à autrui.

 

Et enfin, comme toute la tradition de surenchère de l’identique qui a miné la critique sociale, cela exclut toute remise en cause du fond et du cadre.

 

Peut-être qu’une des causes de cette torsion a été l’opposition de « l’être ce qu’on est » au « être ce qu’on veut », sans parvenir à sortir de cette alternative, où je crois que les deux termes sont inexacts. Je ne reviens pas sur « Être ce qu’on est », ce forcing. « Être ce qu’on veut » suppose une adéquation des résultats de la volonté et des moyens, voire de notre propre transformation en moyens, au devenir ce qui existe déjà. Ben non. Une trans n’est pas et ne sera jamais une bio. Ce qui d’ailleurs n’est pas réciproque, et il faut le reconnaître. Qu’est-ce que nous sommes alors, sinon un produit à la fois décentré et plus ou moins ressemblant ?

 

Nous devons nous y résigner : il n’y a pas plus de vérité, là encore, « originelle », dans nos contorsions, que dans nos non contorsions ou nos parcours éventuels. C’est cette idée même, ce référent, qu’il nous faut laisser tomber. On ne peut être intégralement ni ce qu’on doit, ni ce qu’on veut. On ne s’en trouve pas moins là, parfaitement réelLEs en ce fichu « moment donné ». Á plat.

 

N’en reste pas moins que les philosophies politiques de l’identité et de la reconnaissance finissent obstinément par nous ramener, les unEs après les autres, après des trajectoires plus ou moins longues et complexes, dans l’isolement des vivaria – quand ce ne sont pas les mortaria - de l’essentialité, de la fatalité et du toujours être. De l’injonction et du soupçon (qu’es-tu vraiment ?). C’est dans la logique qu’est la daube, pas dans ses applications.

 

Mais tout de même, on ne peut aussi que rester songeuse devant le partage général, hégémonique, de l’esprit de résignation ; à quel côté, à quelle identité qu’on se croie assignéE, elles nous résumeront et il les faudra être, à la vie à la mort. On dirait presque que notre honneur résiduel, en cette époque où nous avons à peu près tout abdiqué, se pelotonne là dedans. Misère de nous.

 

 


 

 


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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 13:11

 

 

C’est un plaisir que d’assister à la partie de pêche des mendiantEs de la considération publique. Á droite toute, panique à bord. Ah ben c’est ça la démocratie représentative : plaire au peuple ; à ce cher peuple hideux, avare, enfermé, renfermant, besogneux, trimardeur, que nous sommes, touTEs, plus ou moins, et qui vient de proclamer une fois de plus sa méchanceté boutonneuse, sans complexe.

 

C’est un plaisir, il faut bien l’avouer, pour une mal-pensante antidémocrate, que de voir le candidat de droite s’époumoner de haine, tandis que celui de gauche sème aussi discrètement que possible toutes ses promesses dans le fossé, et commence à taper lui aussi « là où il faut », en rythme et en chœur. Il faut donner des gages pour être autorisé à gouverner.

 

Bien fait. Les promesses n’engagent que celleux qui les croient, et il n’y a pas de sauveurE suprême.

 

Et vouloir toujours faire mieux que le pire, aller plus loin, ne mène qu’à une spirale où nous courons après notre très moche queue.

 

Là, tout le monde s’accorde donc, y en a trop.

 

Trop d’étrangerEs. Trop d’illégalEs (Hollande dixit aujourd’hui même). Trop de pas rentables. Qu’on les renvoie donc dans les zones où on peut exterminer ces boulets de ce qui reste de croissance, ces faillites ambulantes, sans scandale inutile. Puisque seulEs doivent subsister celleux qui valent, les rescapéEs provisoires de l'accumulation des biens et des droits - jusques à la prochaine sélection

 

Á cela que répondre, si toutefois il y en a pour répondre ?

 

La bonne vieille crosse en l’air.

 

Et voui. L’économie c’est la guerre, et réciproquement. Crosse en l’air : couler la croissance, saboter la production, ruiner la réindustrialisation. Faire dérailler l’économie, prétexte des horreurs en cours, renoncer au welfare.

 

Et lever la barrière. La barrière de douane. La frontière grande ouverte. Abandonnée. Avec ses barbelés et ses lois. Au sens le plus strict du terme. Crosse en l'air de même. Il faut bien que quelqu’unE commence. Noyer l’état, la nation, la république, le peuple et toute cette séquelle. Percer la cuve.

 

Crosse en l’air et barrières cassées. Si vous voulez à toute force un programme, en voilà un.

 

 


 

 

 

 


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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 18:49

 

 

- Pourquoi écrivez vous ?

 

- Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain.

 

Albert Cossery, qu'on ne lit pas assez

 

 

« Le gouvernement n'a pas d'adresse. Personne ne sait où il habite et personne ne l'a jamais vu »

 

Le même, in La maison de la mort certaine, où est rédigée une lettre sans équivalent qui commence par « Cher gouvernement ».

 



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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 12:03

 

 

La « coordination et initiative pour réfugiés et étrangers » est une institution belge qui mériterait d’être de tous les pays. Elle a estimé fort pertinemment dans un récent communiqué évoqué par un article de la recommandable Libre Belgique qu’il était injustifié, même inhumain et inacceptable, d’enfermer les migrantEs.

C’est une immense découverte historique, laquelle était réservée aux lumières de notre époque, enfin délivrée des obscurantismes et de l’arbitraire, pour ne pas dire de l’imprévu (sauf explosion de centrale nucléaire), que de s’aviser du caractère inhumain, inacceptable et somme toute désagréable de l’enfermement, d’une certaine catégorie de personnes au moins.

On n’allait pas demander s’il était justifié et acceptable d’en enfermer d’autres, ou qui que ce fût ; il y aurait eu surchauffe sous le casque. Pin pon !

 

Mais le plus beau venait après l’articulation textuelle ; que faire ? La dite institution suggère des « alternatives positives à l’enfermement ».

Ben oui, vous voyez, dans simplement « ne pas enfermer », solution de facilité, il y a un « ne pas », un gros, un absolu même ; c’est épouvantable de négativité. Et, de nos jours, il faut positiver, surtout pas négativer, ce qui serait également s’abstenir de, vieille morale stoïcienne et suspecte. Nous sommes en une époque où tout est possible, et où il ne faut conséquemment s’abstenir de rien.

 

Sans compter qu’on va tout de même pas laisser ces pauvres gentes s’occuper bonnement et librement de leurs affaires ; ce ne serait ni chrétien ni moderne. On ne commet déjà pas un tel abandon envers nos ressortissantEs ni même envers leurs bestioles, alors hein ! Il doit y avoir une ou plusieurs institutions pour chacune d’entre elles. Que personne n’aille se perdre dans la nature.

 

On se demande évidemment avec gourmandise autant qu’anxiété ce que vont être ces « alternatives à l’enfermement ». L’expérience du cynisme contemporain et de la novlangue nous apprend en effet qu’une alternative est aujourd’hui à peu près identique à ce avec quoi elle alterne ; qu’elle en est même souvent un perfectionnement ; et qu’après, puisqu’il faut de l’alternance, on en revient au premier stade. Et ainsi de suite.

 

Tout porte donc à croire qu’on va les enfermer autrement. Et nous aussi par la même occasion permanente. Tout est dans cet « autrement ». Á commencer par le même.

 

Les pinces à découper les barbelés ont encore un vaste marché captif devant elles.

 



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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 13:54

 

 

« Soldaten wohnen

Auf die Kannonen

Von Kap bis Couch-Behar »

 

L’opéra de quat’sous

 

 

Dans la famille « tout plutôt que la fin du travail, de notre richesse misérable et de la terreur mutuelle », cet édifiant article dans le nouvel obs, qui se retrouve en tête de gondole sur un célèbre site travailliste et léniniste.

 

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article127319

 

C’est cette fois une grosse entreprise de sécurité, c'est à dire de violence sociale organisée et légitimée, qui flanche. Les vigiles matraqueurs de nos galeries marchandes et les gardiens flingueurs en fourgons blindés de nos tristes éconocroques vont se retrouver à pied. Vite, un plan, de nouveaux contrats, des forteresses plus modernes, de nouvelles cibles !

 

Á quand le scandale du crashage des actuelles expéditions néocoloniales et autres, qui mettra au chomedu bien du monde ces armées publiques et désormais aussi privées qui maintiennent la croissance et offrent du boulot à qui mieux mieux, cette bénédiction sociale ?

Ah on en entendra à ce moment là, des chouignements éplorés.

Mais très vite, on en organisera d’autres, pour soutenir l’activité, que tout le monde (ou presque) puisse continuer à payer sa survie à crédit.

Tout pour la brutalité, pourvu qu’elle rapporte et emploie. Dans la parité, évidemment. Et certifiée économie verte, ISO je sais plus combien, etc. Ça rajoute encore de la valeur !

 

On n’aura jamais aussi bien, ni aussi naïvement, rappelé que le nerf de l’économie, et la sœur jumelle du travail, c’est la guerre. Intérieure et extérieure. La chasse à courre dans les travées, les fusillades devant les distributeurs de billets, la gestion des « pays en stabilisation », les bombardements des surnuméraires.

 

Et qu’au fond ça ne choque pas grand’monde.

 



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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 13:17

 

"J'avais 20 ans, j'étais trotskiste et, avec tous ces drapeaux, il flottait comme un parfum de révolution. On avait mis dehors celui qui incarnait le pouvoir, le régime était renversé. On a valsé et dansé le tango toute la nuit, malgré la pluie. Le lendemain matin, les rues étaient vides, endormies."

 

Assouline, sénateur, se souvenant des élections de 81

 

 

C'est bien le propre des élections. Le lendemain, les rues sont vides.

 

Pas que les rues d'ailleurs.

 

 


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Samedi 21 avril 2012 6 21 /04 /Avr /2012 12:21

 

 

 

Beh voui, nous sommes atteintEs de ce syndrôme dont parle abondamment Rosset (Clément) : nous avons beau voir, revoir et subir les choses, il faut qu’une autorité quelconque, dans le miroir de laquelle nous nous reconnaissions, nous les énonce pour que nous commencions, oh bien rétivement, à y croire. Parce que sans croyance, bernique : les choses, les êtres, nos personnes même ne peuvent nous être présentes que si nous y rajoutons cette sauce.

 

Nous nous voyons ainsi nous-mêmes, et nos proches, sombrer dans la dépendance tout au long de la vie, relative puis totale, dans la démence de moins en moins sénile ; les plus atroces maladies prolifèrent dans nos entourages. Mais non, tout va bien, nous ne sommes plus au moyen âge, déesse merci, ni en Russie, et par conséquent tout va pour le mieux, vers le mieux. On est des bombes à soixante dix ans (d’ailleurs d’aucunEs estiment très pertinent que nous continuions à enfanter jusques au trépas).

 

Ouais. Évidemment ça ne tenait que si on ne regardait pas trop nos familles, amies et connaissances, si on évitait de trop aller dans les institutions sanitaires, les gagatoria et les mouroirs. De scruter les tas de médocs dans chaque logis (d’ailleurs ce serait mal : autant nous prescrivons nous la vigilance, citoyenne ou statutaire, envers les déboires comportementaux, autant nous proscrivons nous la plus petite velléité de jugement ou même de connaissance sur nos anéantissements systématiques).

Ainsi on y arrivait, à découpler l’expérience du réel et la grande voix collective, à gérer le malaise. Á positiver.

 

Pataplof, voilà que le consensus cède, et que la grande voix, l’autorité, la science, la très objective, sensée et bienfaisante science, dont les conséquences nous étonnent depuis trois siècles par leur ravageuse bénignité, eh bien crache la pastille, reconnaît que peut-être on vit plus vieilles… oui mais dans quel état… Ce, de plus en plus jeunes, voire de manière chronique tout au long du parcours.

Et le dit même platement, sans aucune des « perspectives » de guérison ou de substitution qui sont habituellement adjointes pour rasséréner le tableau animé que nous formons.

 

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/04/19/on-vit-plus-vieux-en-france-mais-en-moins-bonne-sante_1687409_1651302.html

 

La science – et cette passion que nous avons à déclarer scientifique tout ce qui nous paraît sympathique ou pertinent. Comme s’il en devait couler, comme des rochers bibliques, du lait et du miel.

Il en a plutôt plu bombes, saccages et asservissements divers, injonctions et impossibilités, démesures et accélérations. Et pour finir nous-mêmes, transfiguréEs.

 

Nous pourrions peut-être nous méfier de ce sceau scientifique qui prétend dérouler la totalité du réel, et reste coincé dans une logique darwiniste et productiviste.  

Nous méfier de cette avalanche de moyens qui nous proposent avec insistance de s’intégrer à nozigues, et se retournent toujours contre nous, d’hormones et autres adjuvants qui nous cancérisent, de prothèses qui nous infectent, de méthodes et d’idéaux qui nous mettent en dépendance.

 

Ah mais on veut continuer à la vivre, à tous prix, jusques au bout pas bien beau, notre croupitude, avec ses standards, ses identités et les moyens de, alors même qu’on en crève (lentement, tout l’art en est là) et fait crever autrui. La seule chose qu’on demande à maman institution et papa état, maintenir le niveau. Et châtier les coupables, les indispensables coupables du naufrage de ce hideux paradis. Qu’on n’ait surtout pas à l’interroger, ni nous-mêmes, innocentEs et de nécessaire bonne intention, cette bonne intention qui nous couvre de son aile ; laquelle, si elle ne nous protège pas de pourrir sur pattes, nous blanchit au moins moralement. C’est toujours ça se sauvé, mourir folles, décrépites, paralytiques, métastasées mais sans reproche. Et même, en quelques sortes, pleines de progrès, glorieuses, comme les trente !

(Á ceci près qu’il faut toujours plus de responsables, puisque, comme dans les Animaux malades de la peste, nous sommes touTEs atteintEs ; et que c'est nonobstant une criminelle anomalie que quelque chose arrive, surtout de désagréable, en notre eden résolu – contradiction angoissante qui ne peut s'apaiser que par cet aspect de la guerre de touTEs contre touTEs où chacunE finit à la fois victime de quelqu’unE et coupable de quelqu'avanie, ce qui a au moins le mérite de booster l’activité juridique).

 

Ce qui m’effraie, c’est la continuité entre le subi et l’agi. On crevait déjà, depuis belle lurette, des accumulations de pesticide de « l’agriculture qui nourrit la planète » (enfin, les zones rentables qui consomment du transformé, quoi). Ou de la marinade dans les poisons divers, dans les murs ou dans la rue. Après tout, hein, si on songe à la silicose des mineurs, ce n’était en quelque sorte que répandis des bienfaits historiques du développement. Mais quand je nous vois, moi la première, avaler joyeusement hormones et autres prods, nous réjouir des plus inquiétants protocoles médicaux, dans une espèce d’attitude suicidaire pour un peu plus tard, un plus tard qui est déjà là en quelques années, ben je me dis, mais c’est incroyable non seulement ce à quoi nous aurons consenti, mais encore ce que nous nous serons fait, en toute conscience. Notre adhésion aux moyens proliférants de l’époque et des croissances les plus diverses, ainsi qu’à la fuite de nos maudits, fatals nous-mêmes.

 

Nous avons juste, finalement, et là je parle de ma « famille » élargie, précédé d’assez peu la proclamation cynique du désastre. Pendues aux cathéters. Voilà la scène sur laquelle nous allons jouer, sur laquelle nous jouons déjà, drôles de pantins. Parfaitement libres, infiniment consentantEs, intensément désirantEs. Cadavres vivantEs. Sursis mobiles, pourvu que nous trouvions nos doses et nos dispositifs dédiés partout où il nous plaira d’aller les promener. Et contentEs de ce, juste un peu pignativEs sur les règles de la distribution, réclamativEs sur l’expertise, ou encore nerveuSEs soudain à l’approche de l’inéluctable.

 

Nous nous sommes faitEs moyens avec enthousiasme, là où on est en général imprégnéE d’oubli ou de résignation. Moyens d’un nous-même parfaitement intégré aux multiplications qui sont l’ultima ratio du futur en conserve.

 

Et on est là, mais on est mal. Quoi de neuf, maintenant que tout est dit ?

 

 


 

 


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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 11:25

 

 

Ah, signer, voter, exister quoi, à l’aune du monde des images incarnées qui nous font mal comme les ongles de mêmes, et que nous sommes devenuEs.

Pour ma part, je ne participe plus à la valse des stylos et de logins. Je ne signe plus. Je ne me mets plus en liste. J’assiste. Mais pas d’illusion, je participe, par défaut comme par action, au grand barnum bidimensionnel.

 

Je ne sais pas si vous êtes au courant de cet appel (http://www.actupparis.org/spip.php?article4808), parmi vingt mille autres du même tonneau (on veut ci, on veut pas ça) qui grouillent en cette période électorale. Au reste, rien à dire, dans le cadre où ça se présente : abolition (encore une !) des « franchises » à payer sur les soins et médocs. Aménagement de la dépendance et du naufrage. Mais qui peut se vanter ou se prévaloir d’y échapper, hein ? Par conséquent, dans le contexte, ce n’est pas impertinent.


Ce qui est marrant donc avec cetui ci, d’appel, initié par actup, c'est que, comme il y a les affreuXses, actup en tête et le strass, dans la fameuse liste, eh bien pas une des grandes gueules institutionnalistes, qui pourtant défendent (je suppose !) ce point de vue, n'a signé. Pourtant ça ne parle pas de tapin. On en serait à abolir la peine de mort, elles signeraient pas si on apparaissait ! Tout plutôt que s’associer avec les puantes. Par contre, aller agaper avec les réaques et les cathos des fondations patronnesses, lesquelles sont pas toujours netTEs vis-à-vis de l’avortement, sans même aller plus loin et causer du projet de société, ah là il y a absolution.

C’est ici qu’on voit le fossé qu’il peut y avoir entre un désaccord profond et une vision messianique. On passe du penser et du vouloir à l’être (et au paraître). Ce qui est l’autre, le Mal, doit disparaître – ou ses adversaires. Fétichisme de la visibilité. Quand on sera rendues invisibles, retranchées dans les coins sombres par la prohibition, déjà elles respireront mieux. Faut déjà pas qu’on apparaisse.

 

Et ce à n’importe quel prix (ce qui est d’autant plus aisé que c’est nous qui allons le payer pour toutes).


C'est effarant à quel point les instit's sont obnubilées (il y a des sites où la première définition d'être féministe est d'être prohibitionniste) par la question. On a l'impression que pour elles tout enjeu se réduit à ça, et que si on fait disparaître les putes on sera à la porte du paradis… (et, inversement, qu’un bouleversement incroyable et humain où il en resterait les laisserait bougonnes). Nous sommes censées, comme d'autres avant nous et probablement d'autres après (il en est qui ne décrochent pas du hit-parade des diables historiques fantasmés, comme le peuple juif), constituer l'obstacle à la béatitude.

On ne peut s’empêcher de songer avec perplexité à cette singulière fascination morbide envers le cul, l'usage- et la grande chose-cul, de soi ou d'autrui - beaucoup d'autrui -, fascination dans laquelle, singulièrement, se mélangent aujourd’hui les plus agnostiques et les plus religieuXses. Si ledit cul n’est pas la grande valeur de recours, le bas de laine du chavirage général, après ça, avec la relation sa compagne, je veux bien qu’on m’en arrache la peau. Comme l’argent, il est là, il est sacré, il est nous, on ne doit pas mettre nos sales pattes dessus n'importe comment, le souiller, bouh. Il se faut sanctifier avant. Mais rester admiratives, ne surtout, alors surtout pas s’en détourner tout simplement non plus, ce serait le blasphème ultime. Et c’est bien pour qu’on ne l’oublie pas un instant que toutes ces églises nous psalmodient ses matines permanentes.

 

Ça nous met bougrement loin de pas mal des féministes historiques, pour ne songer qu’à elles, qui s’octroyaient largement de penser à autre chose, et d’ourdir de vrais chamboulements, où eussent péri nos petites manies. Et ça fait songer à un vieux mal qui nous ronge : plutôt que critiquer (qui est douloureux et incertain), surenchérir sur l’état de fait, ou de droit – « on fait mieux que vous ». Ouais… Peut-être vaudrait-il mieux que personne n’essaye de faire mieux que le pire actuel… Ce qui d’ailleurs est également valable pour « nous », les alternotes, qui nous montrons fréquemment tout aussi incapables de sortir des rails.

 

Mais voilà, le temps est à l’institutionnalisme et à l’hygiénisme social. Rien d’étonnant en une époque où la barbarie croît mécaniquement, et où tous les partis (au sens large du terme) cherchent comment endiguer ça sans remettre rien de fondamental en cause (car alors où irait-on ? la seule question effraie, on ne veut aller nulle part, on veut rester là). C’est alors qu’on ressort de sous le matelas tous les fléaux disponibles, pour se les agiter, comme un hypnotique ou une crécelle. Toutes les excroissances de la normalité, afin de mieux adorer celle-ci. 

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La pute antisexe & vendredi 13

 

PS : rien et tout à voir, si on veut, avec ce que dessus, dans cette réponse d’un représentant du PS à une série de questions où figurait la politique pénale et incarcérative : « Mettre des moyens pour que les détenuEs comprennent le sens de leur peine ». C’était même à peu près la seule réponse à l’inflation sans fin d’entaulage qui déferle, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. Des escouades de prédicateurEs et de confesseurEs laïques dans les cellules, faut-il croire ?

Il y a de quoi rester assise de stupeur au lire de cet incroyable mastic d’idiotie et de cynisme.

 

 


 



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