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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 09:44

 

 

 

 

 

Ressentiment : boire du poison en espérant que quelqu’une d’autre va en mourir.

 

 

Pas autrement étonnée d'apprendre qu'une assoce plutôt conservatrice, économiquement libérale comme le fait remarquer une collègue, bien qu’elle se dise progressiste, et sacrément opportuniste, en tout cas très peu critique sociale, comme OLF, a routé un texte qui se veut matérialiste formellement, utilise des questions de fond du féminisme, mais n’a de raison instrumentale et de visée effective que crassement transphobe, surtout transmisogyne en fait ; et donc se l'est, de cette manière, approprié. N’empêche, il faut marquer le coup, car je crois que c’est quand même un des indices d’un saut en cours dans les multiples chemins de la régression sociale et intellectuelle et du simplisme vainqueur qui nous emportent comme une coulée de boue.


 (https://www.facebook.com/checktesprivel ... 5277273637) qui renvoie à leur post, qu’elles n’ont d’ailleurs pas enlevé à cette heure, ni ne s’en sont d’ailleurs « expliquées », contrairement à ce qui en avait été d’autres « tests » du même type ces dernières années de la part de plusieurs autres orga ; parce que, on n’est pas dupes, ce genre de truc sert surtout à sonder l’atmo, ce qui va passer ou pas, exercice courant dans les sphères politiques réaques tous azimuts. Résultat qui indique bien que, plus encore que l’approbation, elles peuvent compter sur le silence et la tolérance envers les violences sociales « de deuxième rang », celle qui « se discutent », celles qui s’exercent envers des groupes pour lesquels, hein, on va pas se fiche sur la trogne entre relativement majoritaires, quand même…

 
Ce qui est burin avec la bande à terf', c'est la mauvaise foi avec laquelle elles détournent et tronquent l'approche féministe vieille-matérialiste et la critique du rapport social de sexe, qui sont aussi, hé oui, les miennes et celles de quelques autres personnes trans’. Comme d’ailleurs la lecture des conséquences de ce rapport et du nous qu’il constitue (encore qu’ici déjà on diverge, elles diront plutôt « ce qu’il fait » d’un nous supposé préalable, voir plus loin). Et qu’elles instrumentalisent des questions de fond à la structure valide, auxquelles elles en collent d’ailleurs d’autres qui ne sont pas valides du tout, dans une perspective tordue et clairement éliminatrice. Or, une telle perspective invalide de fait tout le procès, sauf à considérer que l’objectif « commun » doit être le nettoyage social (!!) et l’adhésion à un idéal fixiste et rétrograde.

Je dis la mauvaise foi parce que je ne crois pas une seconde qu'il s'agit de bêtise, et au contraire qu’elles le font en pleine connaissance de cause, intentionnellement. Elles font tout simplement l’impasse totale sur le fait pourtant fondamental en logique matérialiste critique qu'un rapport social évolue, se modifie, en deçà même de la volonté subjective ou politique, laquelle il détermine bien autant qu'il en est déterminé, et ne se réduit pas à la simple arithmétique des intentions explicites. Quelque part on a l'impression que ça ne les arrangerait pas du tout qu'il change, justement, et encore moins qu’on vienne un jour qui sait à s’en débarrasser, que leur fond de commerce en serait affecté, et que c'est tant mieux si le masculinisme et le rapport de pouvoir se portent bien ! De nouvelles nanas ? Ah ben non alors, ça fiche en l'air tout leur paroli (qui par ailleurs ne met à aucun moment sérieusement en cause l'ordre hétéro, ect. puisqu’il s’agit au mieux de l’aménager, en l’état).

Pour donner épaisseur à ça, elle ne cessent de marteler un mensonge qui pour stupide n'est pas moins vraiment ignoble et très "troll" (parce qu'il n'a aucune espèce de lueur de fondement) : les droits, l’existence sociale des trans' diminueraient les droits et possibilités des femmes cisses ; donc il faut ôter leurs droits aux trans', les bouter hors de l’existence collective, en fait surtout les transses qui sont on a bien compris la principale cible de l’affaire, qui les empêchent de dormir, les juments de troie dans la communauté idéale, et conséquemment sont pour elles, in fine, une anomalie à faire disparaître. Les mecs trans sont plutôt pour elles des « sœurs égarées » à ramener au bercail, un cas véniel quoi. Un bel exemple, après tant d'autres dans l'histoire contemporaine, d'argutie que l’existence des personnes minoritaires lèse les relativement majoritaires. Et que l’impuissance de ces dernières dans le contexte social est bien évidemment la faute des premières, tiens ; même que ce sont elles qui en sous main incarnent et déterminent la domination. Bien sûr arthure. Ça ne vous rappelle rien ? Un tit’effort…

Enfin si c’est le péril de mixité transse/cisse qui vous répugne, alors là, ne vous en faites vraiment pas, parce que déjà on n’y tient pas plus que vous, et que de toute façon on n’y croit pas, elle n’existe pas. Et ce n’est pas vraiment la question pour le moment. Dans les faits, nous sommes séparées, et par la logique de ce que nous représentons socialement, et par les hiérarchies qui vont avec. Mais non mixités et séparations, quand elles sont conscientes et construites, comme nous le voudrions, vont précisément totalement à l’opposé du déni d’existence, de la volonté d’empêcher de vivre, d’anéantir, qui imprègne tout l’argumentaire que vous mettez en avant, et qui rend du coup invalides jusques aux passages consensuels de votre truc, emballés dans des fins pourries.

 
OLF est une assoce au fond plutôt hétéracisse et généralement transmisogyne. Rien d’ailleurs là de très original. On n’irait même pas les chercher là-dessus, c’est comme ça c’est comme ça. Elle semble en nette perte de vitesse suite à des prises de positions clivantes ou maladroites sur divers sujets, et probablement aussi son fonctionnement hiérarchisé et pyramidal, qui ont amené une hémorragie d'adhérentes. Ceci explique-t’il une droitisation et une recherche de biques émissaires consensuelles visant à essayer de recruter dans le « peuple réel » cher à la dite droite ?

En tous cas ça signe et signale net l’atmo de l’époque, à féministlande et ailleurs : d’une part l’affaissement tous azimuts de la pensée critique du rapport social de sexe, la facilité intellectuelle et un réformisme très cheap ; d’autre part une situation de guerre de toutes contre toutes, de cannibalisme où tous les moyens sont bons. Et ce qui surnage sur les raisons supposées de fond, c’est la haine facile des plus faibles et des moins légitimes, afin de se remblayer quand on est en perte de vitesse politique ; olf mène tout simplement une tactique populiste de droite sur le dos des nanas transses, et de quelques autres. Histoire d’essayer de se présenter comme « représentative » - ce qui fait autant rigoler que bien d’autres initiatives groupusculaires récentes, qui se limitent souvent à une cheffe charismatique et quelques clampinEs (hé oui, on n’aime pas les transses mais par contre pas de problèmes avec la mixité intracis’, c’est ça l’progrès).

En tous cas l’expérience est probante : d’une part ça réjouit leur cheptel politique, mais surtout on mesure la tolérance de plus en plus passive et profonde, comme d’ailleurs dans tout le reste de la société et vis-à-vis de bien des questions, envers les affirmations régressives ou discriminatoires. Et le poids croissant des alliances, déclarées ou non, et leur rapport à la valeur relative des groupes sociaux ; même les orga cis’ ou même mixtes f-pg qui d’habitude ne se gênent pas pour fustiger le conservatisme et les discris se sont faites toutes petites, vu que quand même on va pas se fiche sur la figure entre cis’ ou intégrables pour des caricatures qui n’existent de toute façon pas vraiment, hein ? On a intérêt à s’en souvenir.

Enfin ça déterre bien la base d’un gimmick contemporain qui a presque toujours et pas par hasard été utilisé par la réaction : « oser ». On n’ose que ce qu’on sait plus ou moins obscurément comme à la base du sujet social en vigueur, ontologique, communément admis et défendu ; bref tout ce qui s’oppose à une évolution de l’ordre des choses, qui ramène au contraire aux injonctions premières. Oser, c’est la jouer surenchère des évidences. C’est une de ces baudruches attirantes qui tuent les plus faibles. Ça aussi il faut s’en souvenir.

 

Pour le fond théorique, c’est le repli commun à toutes les options politiques sur les évidences acritiques, les essentialités et une « société réelle » à la sauce réaque qui est en fait antiréaliste, ou alors réaliste métaphysique, puisqu’elle nie et hiérarchise la réalité a priori, à l’inverse d’un réalisme conséquentialiste. Ce qui se passe ne peut réellement exister – en fait être légitime – que si ça suit le schéma préformé. Pas de surprise en histoire sociale. Et finalement, on le sent avec ces groupes qui n’arrivent finalement pas à mener une réelle critique d’hétéro- et de sexuationlande, de la sexualité et du relationnisme, pas d’évolution non seulement concevable, mais même acceptable. Ce qui se passe ne peut donc, comme le veut la logique politique et volontariste, que le fruit d’un complot, délibéré et malveillant. L’idée matérialiste que le sujet, et donc son devenir, éventuellement son ressenti, sont précisément d’origine sociale, donc réelle, et qu’il n’y a pas plusieurs niveaux de réalité, bref qu’il faut prendre les problématiques telles qu’elles se présentent à bras le corps et non a priori ce qui n’empêche pas la critique systémique de fond, bien au contraire, les dépasse ; c’est ça de vouloir jouer les maté’ quand en fait on en répugne aux structures, à l’audace intellectuelle et peut-être à l’ouverture d’esprit.

C’est une vieille tare de bien des pensées, y compris révolutionnaires (léniniste notamment, ou plus généralement subjectiviste, en quoi elles tombent tout dret dans ce qu’elles affirment combattre…) de ne pouvoir intégrer ce qui n’a pas été projeté. Et donc de le délégitimer a priori comme « moins réel ». Critiquer cette approche ne veut absolument pas dire renoncer à une distance et à un systémisme, s’abandonner à ce pour quoi se présentent les choses sans distance. Mais un peu de bon sens (oui !...) devrait quand même suggérer que ce qui est désormais, nous quoi, clairement un glissement de fond dans le rapport social de sexe, doit être pris en compte et analysé, et pas balayé d’un revers de manche. Que même ça ne servira à rien, à moins qu’on envisage, à l’ancienne, à la bio et à la métaphysique, l’hypothèse de la « solution » par l’extermination… Car en fait encore une fois je ne crois finalement ici ni à l’insuffisance ni à l’erreur, fondamentalement : la raison en est clairement instrumentale et malveillante, fut-ce au nom de l’habituel idéal de pureté et de légitimisme, qui est à l’origine de bien des désastres et autres horreurs.

 

S’interroger sur le pourquoi comment de ce qui se passe depuis quelques décennies dans le rapport social de sexe est à mon avis urgent et primordial ; précisément parce qu’il s’y passe des choses, des choses plutôt imprévisibles et qui ne suivent peut-être pas sa pente maximale. Je suis absolument pour poser les éléments et rapports dans un cadre d’analyse sociale. Mais réduire ce qui se passe à une panerée de lubies, quand ce n’est pas reprendre la bonne vieille thèse par défaut de « s’il se passe quelque chose c’est qu’il y a un complot », c’est précisément pour ces prétendues matérialistes se vautrer dans le subjectivisme et le simplisme le plus épais. Et si la notion d’identité, sans parler du nativisme, est selon moi éminemment questionnable, déconstructible, ça change quoi ? Nous n’existons pas moins dans le cadre de l’approche en terme de rapport social que dans celle en terme d’identité. Il est donc tout bonnement faux que prendre en compte l’existence des transses invisibilise le patriarcat. D’autant que la réfuter n’a aucun effet prophylactique sur ce dernier ! C’est ce qu’on appelle avoir tout faux.

 

Leur biais de mauvaise foi - parce qu’elle savent quand même, en principe, ce dont elles parlent, et que c’est je pense encore une fois intentionnel, encore que ? n’y croient-elles pas à force ? - est de relativiser en fait le social, de supposer par là-même une « nécessaire » existence référente extra-sociale première, absolue (ce qui est aussi, en miroir, le gap des relativistes pour escamoter l'effectif), donc de l’adosser à une « réalité ontologiquement vraie » essentielle et métaphysique, d’une manière tout à fait « sens commun » naturaliste ou religieux, genre une humaine générique toute formée en deça de son existence effective, avec pourquoi pas une âme éthérée tiens aussi. On ne naît rien ? Ben si, on naît des tas de choses, avantageuses ou non. Il n’y a personne « avant » la vie sociale. Et même pendant, ô surprise, il arrive que ces choses que nous sommes sont modifiées. Nous ne sommes que par nos modalités, sans quoi on en revient à la scolastique, à la substance et à l’accident, au dualisme foncier – qui comme on sait n’ont rien mais rien à voir historiquement avec le patriarcat non plus…

Si on tient que la vie humaine est intégralement du social, que ce qui se passe est le réel, quoi qu’on en juge par ailleurs, une pareille position de déni et de naturalisation est intenable. Sauf si, en réalité on n’y croit pas, mais à des réalités préalables et intangibles – alors que devient et sur quoi se base la prétention et à une critique sociale, et à un changement de l’ordre sexué ? Leur fixisme met à la poubelle, ipso facto, tout ce à quoi elles, et nous, prétendons en matière d’émancipation ! Ça semble même là une belle manifestation de ressentiment : fiche en l’air ce qu’on voudrait et ce dont on aurait besoin pour que d’autres, jugées illégitimes, n’en profitent pas. Posture de plus en fréquente en cette période de naufrage, où on s’aperçoit que le sujet social rêvé, propriétaire/valeur d'échange, ne contenait pas la pochette surprise escomptée. Il y a comme de la rage de dépit, elle aussi abominablement banale, dans cette manière de se retourner contre les plus stigmatisées au lieu de s’en prendre, précisément, au viriarcat, et de reradicaliser et reconséquentialiser le féminisme, en fonction d’où nous en sommes et de ce que nous avons appris. Ben non, mieux vaut tout perdre que de le partager avec des illégitimes, bouh ! Voilà ce qu’on appelle une position vraiment morale. À faire peur.

 

Et donc pour y revenir, alors là, encore une fois, l’affirmation mensongère, ignoble et j’ajoute lâche, parce qu’il s’agit encore une fois de victimisation majoritaire sur le dos de minoritaires, et on le devine bien essentiellement sur celui des nanas transses, qui sont pourtant un des groupes sociaux les plus délégitimés, déclassés et cibles de violence, cette affirmation donc que les droits et la place sociale des transses sont pris aux nanas cisses, est  grossièrement stupide. Je raconte pas comment je me fais aimer à conserver une approche de critique systémique du rss à transselande, et à signaler la difficulté de se départir de tropes référents masculins comme l’a priori positiviste de revendication de pouvoir, ce dans une atmo par ailleurs générale, jusqu’à ciféministlande faut-il le rappeler, d’appétence pour un « sujet neutre » qui est en fait masculinoformé. Je suis la première à défendre que nous constituons un groupe social nouveau, et par ailleurs à dire qu’il y a un problème avec des objectifs convergents qui reproduisent et renforcent hétérolande, le capitalisme, etc., mais dans ce cas là encore les cisféministes n’ont absolument rien à moufter parce qu’elle sont sur ces mêmes lignes, et sont bien frileuses à en mener une critique interne. Pareil de l’articulation sociétal/social, où elles ne proposent depuis longtemps plus aucun changement de fond du second, au profit d’un alignement perdu d’avance sur les modalités du premier. Elles n’ont vraiment pas à la ramener s’il s’agit de déceler ce qui finalement maintient systémiquement l’ordre sexué et économique dans les politiques intégrationnistes ! Et encore moins à ne faire mine de s’en soucier que quand c’est le sort des transses qui est en jeu. Là encore la mauvaise foi est phénoménale. Quand elles-mêmes auront une velléité de se poser des questions de fond sur la sexuation, l’ordre relationniste, l’appropriation humaine et matérielle, l’injonction à la sexualité, toussa toussa, alors okay on en reparlera. À fond pour. Mais jusques là vos gueules. Regardez vous vous-mêmes. Et, c’est le cas de le dire, lâchez nous les baskets. Voui. Pasque, je ne sais pas si vous vous en êtes vous mêmes aperçues, mais là c'est vous qui êtes collées après nous, à ressentimenter et à réclamer, alors que nous allons plutôt de l'avant. Toute analogie etc etc., n'est-ce pas ?

 

*

 

Cela dit, c’est bien nous qui sommes bêtes, si quelqu’une est bête dans cette affaire, à nous obstiner à vouloir converger avec un pareil cousinage, ou nous inscrire dans des packs identistes (genre cispégé, salut act up soudain muette…) où ce genre de situation montre clairement qu’on nous considère pareil, comme des épluchures et un fléau. Nous n’avons rien à en attendre, rien à leur demander. Que ça leur plaise ou non on est là, et bien là. Ici et maintenant, cela ramène à ce que je défends par ailleurs. Sortir de l’idéalisme convergent et meurtrier, pour privilégier un conséquentialisme communautaire. Les rapports sociaux internes à f lande étant ce qu’ils sont, le minimum est de se désengluer de toutes les visées unitaires, et de s’auto organiser en fonctions de comment les choses se passent. Nous nous disposons trop facilement nous-mêmes, et parce que nous ne savons ni ne voulons assez remettre en question valorisation et intégration, ces « références incontournables », à nous laisser instrumentaliser et maltraiter par des options pour lesquelles nous sommes illégitimes, en trop. Encore une fois, donc, autonomies transses. Sans parler des autres. Cela ne préjuge d’aucune hiérarchie idéale, d’aucune obligation d’alliance ou que sais-je. Nous positionner. Cesser de dépendre des approbations. Et nommer, examiner, pareil. Ne plus donner dans le mythe de l’unité, qui se fonde toujours sur l’élimination.

 

 

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 15:19

 

 

L’idéologie en actes de la lutte, du combat perpétuel, du sacrifice pour plus tard, de l’avènement sans fin va de front avec une dévalorisation, quand ce n’est pas une condamnation pure et simple, de la notion de paix, forcément suspecte et injuste. La guerre, elle, saine, sainte, juste et de toutes contre toutes, est légitime a priori, virile, pleine à ras bord de fins absolues, désirables, incontestables. Et les fins, comme chacun sait, priment sur nous,  veulent les moyens.

 

Le seul petit retentum que généralement les plus faibles y passent alors systémiquement au moins autant et bien des fois plus que dans cette putride paix, et au contraire survivent quelquefois, fut-ce mal, dans celle-ci, semble ne pas gêner beaucoup, voire au contraire confirmer. Bien mourir plutôt que mal vivre, tiens – mais ce sont les survivantes généralement qui affirment cette mâle détermination. N’avaient qu’à être fortes aussi, légitimes, voilà, les « autres ». On va pas s’emmerder avec des cloche-pattes et autres vulnérables, pour ne pas dire looseuses. Le monde, c’est pour les qui peuvent (et donc qui doivent). C’est frappant comme le darwinisme social, pour ne pas dire pis, structure les idées révolutionnaires qui en deviennent instantanément réaques, convergent, quoi, encore une fois.

 

Les moyens qui nous anéantissent et nous mutilent ne sont pas des moyens. Ce sont des fins pourries. Et ne le sont pas moins quand nous nous les appliquons nous-mêmes que quand on nous les impose. Nous sommes un changement, nous n'avons pas à nous exterminer pour quelque avenir transcendant qui nous représenterait et nous accomplirait. La mauvaise blague. Nous avons au contraire à nous préserver ici et maintenant, à vivre le moins mal qu'il nous sera possible dans le présent, parce que sans ce présent pas de futur, et avec un présent pourri, haineux de lui-même, ce futur, s'il en reste, aura une bien sale gueule. Bref, pour un égoïsme communautaire et collectiviste.

 

Il n'est pas moins patent et permanent que l'aversion pour l'idée de non-lutte et de non-sacrifice ne remet nullement en cause la stabilité opportune des agglomérations affinitaires, ces grumeaux de valeur. On objectera alors précisément à "l'autre" qu'il s'agit de ne les pas troubler. Le sacré a ses paradoxes.

 

Il y a des automatismes sur lesquels il serait pas mal de se poser quelques questions avant de les répéter ; l’une d’elle pourrait être « quelle est ma position sociale, présente autant qu’espérée, pour que je pense que ce truc me bénéficiera » ?

 

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Misogynie, masculinisme, antimodernisme, bellicisme ferment une impasse meurtrière pour nous (et pas que)

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2 juin 2017 5 02 /06 /juin /2017 10:08

 

 

 

Ici une rencontre sur combien il faut être transunitaires face aux méchantes pas assez inclusives, porté par un groupe sans aucune nana transse mais qui parle pour nouzautes, - et dans un lieu à l'histoire crassement transmisogyne histoire de donner envie ! - pas d’problème, quel besoin que nous y soyions, et que pourrions nous bien dire qui nous soit propre ? nous sommes représentées il paraît. D'ailleurs, quand nous y sommes, la pression unitaire nus incite à acquiescer, à converger, qu'il n'y a pas de problèmes systémiques en interne. Là de la retape lourdingue pour peupler les ueeh, endroit particulièrement peu safe où presque plus une nana transse ne met les pieds depuis des années (ou bien ne retourne par la suite). On nage dans une mélasse d’abus « philes » en tous genres et d’instrumentalisations politicardes de mauvaise foi ou cyniques. J’en passe, des meilleures et des que je ne sais pas. L’atmosphère est à la positivation dans la réappropriation des formes sociales de référence (ou « neutres », ou « a », ce qui équivaut dans la plupart des configurations), réputées affirmatives et libératrices, à la « prise de parole unitaire » donc, ordonnée et préemptée ; les nanas transses font tapisserie aussi plate que possible, ou bien se plaignent aussi inutilement que pathétiquement de leur mise au rancard ; n’en doivent pas moins sans arrêt se garder et se gendarmer entre les pseudopodes insistants et les peaux de banane généreusement disposées. Tout cela converge dans la pratique désormais permanente de notre élimination de tépégélande. Et le plus marrant, donc encore, c’est qu’on continue à y être ligotées par notre représentation, assurée par des camarades trans à la parole « transuniversalisée ». Tout bénef’ quoi sur notre dos. Rien que de très ordinaire. Mais cet ordinaire commence à bien faire. Après une brève apparition sociale au début des années 00, la position des nanas transses s’est dégradée (et c’est un euphémisme) dans les milieux qui pourtant prétendent leur faire place égalitaire. Au point que de peu nombreuses, ce qui s’expliquait pour des raisons de provenance sociale, nous sommes devenues inexistantes, ou fugaces, turn over. Et de même que cet ordinaire donc se répète, s’aggrave, s’enfonce, eh bien on est conduite à se répéter, à réitérer, à appuyer sur le clou. Encore ! Et à conclure que disparues pour disparues, autant rompre pour de bon et aller s’organiser ailleurs.

 

Je vais prendre le risque de parler sommairement au sujet de certains aspects, nous concernant, d’une question qui est extrêmement complexe, et dont nos existences sont dépendantes et même constituées, que j’appellerai avec bien d’autres le rapport social de sexe ; et donc la position actuelle des nanas transses dans celui-ci. En clair, si notre position est pourrie, ce n’est pas par méchanceté ou machiavélisme de la part de nos ex-camarades (oui, désormais je dirai ex-), mais plus probablement parce que les idéologies qu’iels portent et cultivent impliquent que nous sommes, socialement, en porte à faux. Ce dont on parle ici ne colle pas nécessairement à des identités, bien plus à des idéologies et à des comportements ; mais il faut reconnaître que ces idéologies et comportements coïncident fréquemment avec la capacité sociale à incarner ou pas ce qui compte, a de la valeur, est dur et solide, que sais-je encore ? Rien n’est fatal, mais pas grand’chose n’arrive en même temps par hasard, c’est ainsi que fonctionne le social.

 

Quelque part, la casserole est sur le feu depuis si longtemps que ça sent grave le cramé, que le fond même doit être troué. Mais nous humons cette âcre odeur l’air de nous dire, tiens kèskecè ? Nous le savons, au fond, très bien, d’expé, ce que c’est. Mais nous avons appris à féministlande, justement, que savoir ce n’est pas se rendre compte, encore moins tirer conséquence. L’unitarisme trans’ penche dans le même sens que l’universalisme cis et d’ailleurs hétéro. Le contraire eut été étonnant. Pour le moment, les changements qu’impliquent les transsités dans le rapport social de sexe n’ont pas miraculeusement fait disparaître, même en ce qui nous concerne, ses structures ni ses orientations. C’est peut-être à venir, sans garantie aucune.

 

Une chose nous paraît sûre en tous cas : il faut arrêter de nous victimiser. Pour deux raisons au moins. La première est que le victimisme est une attitude typiquement masculine, non déconstruite, de revendication d’un statut « que nous devrions avoir ». Sauf que nous ne devrions avoir aucun statut préexistant, et surtout pas un statut de pouvoir et de légitimité – sauf à vouloir quelque part perpétuer le centralisme masculin. Arrêter avec notre ridicule tentative de pied dans la porte permanent, où nous nous faisons juste coincer et écraser. Ce qui amène au secundo : nous constituons un domaine social à assumer comme tel, qui n’est ni une annexe de cisselande, ni un secteur d’une translande supposée universelle, unitaire et sans inégalités fondamentales. Ça implique aussi de rompre avec un radicalisme prétendument badass, qui s’est jusques à présent chez nous plutôt signalé par son hypocrisie fataliste et commode ciscole et ciscollaboratrice derrière un paravent de « solidarité transse ».

 

Il faut en finir à la fois avec la cisintégration et avec la transintégration, le présupposé que quand on parle trans, le rapport social de sexe (sans parler de bien d’autres rapports sociaux) n’existe plus, dissous, envolé au ciel. Le simple constat de notre survisibilité et de notre illégitimité, en regard de l’invisibilité « neutre » et de la légitimité sociale qui va avec, et des conséquences quotidiennes, permanentes, devrait nous informer que non, nous ne sommes pas à la même place dans un ordre sexué qui lui n’a pas changé, et qu’il faut assumer. La négation insistante à translande unitaire de cet état de fait montre bien que la parole et l’idéologie y sont scotchées du côté des qui n’ont pas ce genre de souci. Quant à l’empathie et à la bienveillance, elles aident, dans l’aveuglement qu’elles favorisent quant aux rapports de pouvoir, aux attitudes intrusives, « je suis un peu ça aussi – et encore ça, ect. », bref à se mettre à la place des moins puissantes. Si nous n’en finissons pas avec, en ce qui nous concerne, ce sont ces arnaques inclusivistes ou transneutralistes qui en finiront, et là pour de bon, avec nous. Ce qui est mis en jeu par les transsités reste opposé et inégal autant que dénié. Mais cela implique également de ne pas s’engouffrer dans la même fiction unitariste, rassembleuse, gommante des inégalités. Rien que pour cela il n’est pas question ici, non plus et surtout pas, de prétendre à vouloir faire une « bloque transse » à vocation généraliste. On se retrouverait dans la même impasse. Il s’agit déjà d’échapper à l’appropriation cisse et transunitaire, de former autant de grumeaux qu’il en faudra (ce qu’il nous faut c’est ce qui nous manque – et à qui ça manque !). On n’ira pas tirer les collègues par le bout de la manche ni leur faire du chantage moral-politique. Il faudra juste assumer ses situations et ses choix éventuels.

 

Bonne intentions ou pas, identités ou autres, l’unitaire ramène toujours au majoritaire systémique. Et toujours sur le mode traditionnel, dualiste fondé sur la puissance sociale implicite, la légitimité, où ce qui ne la porte pas, ou moins, est voué à l’assujettissement ou à l’anéantissement – quand ce ne sont pas les deux successivement.

 

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Cela d’un point de vue, situé, et on ne se situe que dans un espace qui connaît son ordre. Nous pensons réellement qu’il nous faut nous désengluer, et de l’hypocrisie légitimiste de cisselande, à laquelle nous n’aurons jamais part, et de l’illusion mixitaire de translande, qui nie les spécificités de la violence sociale à notre égard comme l’existence des rapports sociaux entre trans’. Et pour cela nous organiser entre nanas transses, sur une base sociale, c’est à dire de qui est traitée socialement comme nana transse, avec tout ce que ça implique. Et sans exigence par ailleurs de consensus politique maximal. Nous gardons bien conscience que ce genre de proposition, de par son format même, s’adresse d’abord à des nanas transses issues des milieux féministes, « de genre », politisés, alternos, etc. Mais elle peut aller aussi au-delà.

 

Les approches convergentistes et unitaires, incontestablement issues d’excellents sentiments, ont dans les faits, et dans la dynamique sociale et idéologique qui prévaut, un effet d’invisibilisation, pour ne pas dire de négation, de la plus grande partie des rapports et inégalités sociales, et de reproduction des rapports d’alignement et de pouvoir perçus comme « légitimes » ou « naturels ». L’unité se fait toujours et de manière dualiste, avec les légitimes et les illégitimes, et par ailleurs de manière hiérarchique, les fondements donnés à cette unité n’étant jamais neutres. De ce fait, plus on est dans une situation illégitime, plus les idéologies unitaires sont dangereuses pour nous. Enfin, celle-ci ont pour conséquence une fâcheuse « déréalisation » des rapports sociaux considérés comme secondaire ou illusoires, bref là encore d’une gradation dans la prise en compte systémique de ce qui se passe socialement et réellement. L’antidote est de résolument prendre en considération ce qui nous concerne et que nous connaissons, de piocher pour le mieux connaître, et de reconnaître par principe l’ensemble des rapports sociaux dans leur existence factuelle ; et d’éviter de placer tout ça dans une convergence hiérarchique qui fera apparaître certains de ces rapports et disparaître d’autres. Et de ne pas croire a priori qu’une vérité ou qu’une direction convergente de dessine toute seule et encore moins appelle « tout le monde ». Considérer les séparations et les divergences, sans d’ailleurs non plus les essentialiser. Et arrêter de nous livrer béatement en réclamant égalité et considération à des sociétés, comme aux agglomérations affinitaires qui finalement en font toujours partie, structurées sur l’inégalité et le mépris envers ce qui ne porte pas les formes qu’elles valorisent. Nous n’avons aucune place à prendre dans le dispositif, aucun déjà là à revendiquer. Nous sommes un glissement de terrain dans le rapport social de sexe et nous nous plaçons là où ce glissement nous mène.

 

*

 

Nous n’avons conséquemment qu’à nous prendre en charge nous-mêmes. Si nous manquons sytématiquement de le faire depuis des années, pourtant sans cesse méprisées, agressées, ramenées à notre illégitimité foncière dans l’ordre de la sexuation, aggravée par la dépréciation sociale générale de l’assigné féminin, c’est tout simplement parce que, quoi que nous fassions mine de dire ou d’écrire, nous avons intériorisé cette illégitimité, cette dépréciation, que nous nous fuyons les unes les autres, et que quand il nous arrive d’en parler ou d’en écrire, on voit vite que l’idéal que nous nous appliquons à reproduire et à espérer, est un idéal systémiquement misogyne. Sauf que, quoi que nous voulions ou souhaitons, ça ne marche pas. Nous sommes doublement hors de cette référence, et à un moment il va bien falloir encore une fois en tirer conséquence. Non pas nous réfugier dans des imbécilités larmoyantes genre victime, encore moins dans des stupidités baudruches genre fierté, mais assumer que nous sommes sur un chemin à rebrousse-époque, à rebrousse valeur sociale, à rebrousse légitimisme et (re)masculinisation des sociétés, que nous avons ouvert de fait ce chemin, particulier, complexe et quelque peu cornélien, par notre existence et notre multiplication, et nous n’avons probablement rien de mieux à faire que de le frayer résolument, sans nous laisser ramener à un bercail qui suppose notre effacement (euphémisme…) par les palinodies mensongèrement inclusivistes ou neutralisantes.

 

Il ne s’agit donc résolument pas de vouloir revenir en arrière, même pour « prendre » (et de quel point idéal ?!) un « autre chemin ». Il s’agit d’aller de l’avant et de remettre en question, par le fait, l’idéologie convergentiste tépégienne, elle-même copie « subversive » (!) du pack « lgbt », bref « d’hétérolande pour touTEs ». Il y a tout de même un problème quand la « subversion » consiste à réclamer l’universalisation du mode social dominant. Mais il y a longtemps qu’on sait que l’affaire n’est pas de changer le monde, mais de simplement, et ô surprise vainement, tenter que tout le monde incarne pleinement le dit mode social. En cela, que nous le voulions ou non, et nos « amies » et « alliées » le sentent bien quand elles nous répriment, nous constituons un accroc dans le consensus, nous avançons, fut-ce à reculons (?) dans la remise en cause et le négatif. Or, possible que pour sortir de l’état des choses, il n’est peut-être mieux que de s’intéresser à ce qui n’y marche pas. Et c’est fréquemment lié à ce qui, de manière systémique, bien au-delà donc de question d’identité, est assigné féminin. Il n’y a bien sûr pas de garantie à ces sujets, il n’y a jamais de garantie d’où on va ou ne va pas dans l’histoire sociale humaine. Et personne à qui en demander. Nous n’allons nullement vers un « où nous aurions déjà toujours du être » ; nous n’y trouverons aucun passage, il n’y a rien à cet endroit fantasmatique, que le bloc de ce qui nous refuse et nie ; si nous subsistons, nous allons de fait, sans pour autant avoir tout inventé, loin de là, vers où il n’y a jamais eu personne, ou presque. Une marge du rapport de sexe qui aujourd’hui se peuple et se modifie en se peuplant.

 

Mettons nous donc bien dans la tête que nous n’avons rien à demander, rien à recevoir, rien à accepter. Que ce soit vis-à-vis des cisses, des m-trans, des non-binaires. Il nous faut abandonner, dans ces cadres et ces secteurs, la revendication d’une place préformatée par une structure sociale qui a vocation à nous faire disparaître, ce qui nous permettra peut-être déjà d’éliminer chez nous le ressentiment, pièce maîtresse de la remasculinisation actuelle du monde, et de nous tourner vers autre chose. Nous devons nous autodéterminer, en autant de non mixités qu’il le faudra - parce qu’il ne faut pas nous la jouer, il n’y a pas non plus d’unité ni d’égalité sociales chez les nanas transses, au-delà de l’illégitimité commune. Et ce n’est d’ailleurs peut-être que comme cela que nous pourrons, peut-être, après, reparler et agir avec les autres minorités, de genre ou autres. Ou pas. Il n’est pas question de le poser en a priori, sans quoi nous ne démarrerons jamais, nous serons toujours déjà arrivées, dans notre élimination. Nous sommes contre, de fait, mais pas pour nous faire une place dans un état de choses qui ne peut aujourd’hui que vouloir notre peau. Nous sommes contre pour y ajouter, aider à en retrancher, bref le faire changer.

 

Nous avons besoin d’autonomies et de séparations sociales de nanas transses, d’initiatives conséquentialistes, qui prennent en compte ce qui se passe et pas « ce qui devrait se passer », au large des convergences trans’unitaires. Et quelque part, si nous ne faisons rien pour nous, hé bien nous aurons « mérité » ce qui se passe, fonctionnellement, contre nous. Troisième raison parmi beaucoup de rejeter toute victimisation.

 

*

 

Enfin, soyons méthodiques et un tantinet cohérentes : tous les rapports sociaux, ou tous les aspects du rapport social, comme on voudra, fondent des non-mixités, particulièrement nécessaires en période de régression et d’élimination. Il faut cesser de les mettre en cause au nom de convergences illusoires, de les hiérarchiser en fonction de grandes idées, et conséquemment de les délégitimer, quelles qu’elles soient. Soutien à toutes les non-mxités. Les majoritaires ne sont jamais réellement pour les non-mixités et encore moins les séparations, la mise en évidence du rapport social quoi, l’autoprotection de leur cheptel ; essaient toujours de s’universaliser et de garder la patte dedans. Au mieux les tolèrent comme des « outils », forcément circonscrits et à surveiller étroitement. Et les minoritaires passent leur temps à tenter de s’intégrer à leur valeur ou à la reproduire, avec ou sans copyright. Bref c’est marrant, référence sociale exclut par logique dynamique séparée. Les convergences a priori sont à remettre en cause et à examiner systémiquement. Les séparations ne sont pas les « outils », neutres, neutralisants et bénins que voudraient les tousse-ensemble, provisoires, toujours assujettis à une destination fraternitaire, idéale et bien ordonnée. Les séparations sont en soi un objectif et une condition d’existence sociale. Le déjà vieux coup de la nécessaire communauté d’intérêts humaine ou populaire est et reste une vaste blague prétexte, son légitimisme même et ses structures internes comprenant d’emblée objectifs et hiérarchie. C’est comme le ciel, il faut cesser d’en chercher les rampes de lancement. La question est c’est ici, maintenant, et à partir de ce que le rapport social nous a fait. Nous ne sommes pas identités, origines de quoi que ce soit, mais conséquences. Et si le passif est lourd, rien n’est pour autant tout à fait écrit. Nous ne sommes origines de rien, nous sommes des conséquences d’un glissement et peut-être, si nous avons de la chance, d’une rupture.

 

*

 

Nous donnons quand même fortement l’impression, par le mélange de désir formaté d’intégration et d’inévitable déception duquel nous avons tellement l’air de ne pas vouloir sortir, que nous sommes parmi les plus décontenancées, les plus impréparées, et des fois même les plus réticentes, à notre propre existence et à ses conséquences. N’empêche, nous sommes là, et il va falloir nous y faire !

 

 

 

*

**

 

 

PS. Et une fois cela dit, eh bien évidemment rien n’est dit, on est toujours avant même le départ. Ne serait-ce que pour la raison que je mets presque au début : nous sommes en coin dans, et nous avons à interroger systémiquement un fonctionnement social complexe, pourtant probablement fatalement binaire, hiérarchique, dont il est sans doute vain de croire que les éléments puissent être détachés et « neutralisés ». Un fonctionnement dont il faut toujours nous rappeler que nous sommes issues, même si à la marge. Il ne s’agit pas d’un objet, il s’agit du sujet social, nozigues quoi. Nous ne pourrons pas en faire ce que nous voulons sur un claquement de doigts et surtout encore moins spontanément et par désir, car cette spontanéité et ce désir en sont déjà produits et structures.

 

 

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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 11:01

 

 

 

J’avoue, ça va continuer à être du vrac, avec des trous. J’ai une flemme monstrueuse à ordonner et à bien lier les intuitions et les doutes qui me parcourent paresseusement.

 

 

"C'est la chenille qui redémarre"

 

 

La soif des « immédiatetés », de ce qui est signifié porter en soi signification absolue et enjoignante. Le corps, en bloc ou au détail, cet incessant bombardement de significations, de célébrations et conséquemment d’injonctions. Le corps, ainsi que le peuple ou l’identité, et quelques autres organicités du même tonneau.

La « critique affirmative » dans toute sa flamboyance ; on pose en présupposé d’emblée une notion « basique », par cet acte et énonciation même rendue origine, nature et neutralité évidente, indiscutable en elle-même. Puis on daube à ce qu’on prétend perte de vue (alors que justement on ne perd jamais de vue l’injonction unitaire et première), sur les « idéologies » qui « déformeraient » cette évidence, native, inquestionnable, nous-mêmes quoi. Ainsi entre cent exemples du corps, cette unité sociale ressentie comme nécessité. Sur lequel on fait mine de s’enhardir, une fois bien délimité ce qu’on peut examiner et ce qui reste de l’ordre préalable, à échafauder cent rhétoriques, visant finalement toutes à bétonner cette unité inscrutable en elle-même et dans son rôle de formes sociale idéale à remplir. Tout est politique signifie ici l’investissement raisonné et résolu dans la superstructure volontariste, l’usage comme on dit, et l’évitement élégant mais sévère, sourcilleux, de la décomposition possible de la donnée « de base » en signification et injonction sociale très précise. Et parfaitement réelle, par son intériorité active, partie de nous pour y arriver, question et réponse catéchétique, son universalité émulatrice et concurrentielle.

 

Toute cette doctrine libérale de la transcendance de ce que nous aurions déjà toujours été ou devrions nécessairement être, hors la méchante domination hétéronome (toujours l’autre qui domine), et qui confit tout bonnement l’individu isolé, concurrentiel, réduit au rapport d’appropriation,

 

Le « corps », que nous sommes incitées à présenter comme un présocial, un essentiel, un uni et un surlégitime. Alors qu’il est probablement l’expression, si on tient à ce terme, des objectifs sociaux. Sans parler que « le corps », schématiquement appelle dialectiquement « l’âme », et finit par se noyer dans elle. Retour à la fin anhistorique et répétitive. Corps, sexe et spiritualité prolifèrent en fin de compte sur le même tas d’impensé et d’absence de distance ; on pourrait se débarrasser ainsi des trois en même temps.

 

C’est le concept social agissant même de « corps » qui encadre et détermine ces « normes » qui nous font chouigner, que nous essayons de dépasser en surenchérissant dessus des fois que « ça craque ». Et ce sont les fonctionnalités spontanéifiées de ce corps-ensemble/fonction-idéale auxquelles nous demandons (mais est-ce bien sincère ?) un changement. Voulons nous réellement sortir de cette logique hiérarchique et despotique, ou au contraire voulons nous nous en sortir au mieux dans son cadre et avec ses injonctions ? Bref être de celles qui en profitent, qui les réalisent au top, parce que ça ramène bien souvent à ça, derrière les proclamations et les revendications.

 

L’idéologie de la « chair », de l’identité organique, rappelle de très mauvais souvenirs, au reste, qu’elle s’applique à « l’individu » ou au « peuple ». Du Heidegger en concentré. Là, le corps devient machine de guerre et justification de pureté. Le corps, ses signes, sont constitutivement la forme d’une pensée de droite. Le corps, dans toutes ses acceptions, est une objectivation, une cristallisation, une résomption des contradictions et des rapports sociaux – bref leur négation au profit d’une reproduction immédiate.

 

Enfin le corps, posé en sujet, se retrouve rapidement toujours, au moins implicitement, forcé par les rapports sociaux qu’il ne saurait résumer à s’inscrire dans une dualité, que ce soit avec l’identité, l’usage, que sais je ? Mais du coup à confirmer la diarchie sujet objet. Comme échappatoire ratée, c’est complet.

 

Aussi facilement qu’il est célébré positivement, visibilisé, en tête de gondole, le pack des organes comme dit sexualisés, gonflés, c’est le cas de le dire, de normalité agissante, de devoir être et faire, d’essentialisme et de génitalisme – la surenchère du biologisant et de la performance. Très haute valeur ajoutée. Le sexe crée de la valeur et conséquemment du pouvoir, cimente et structure leur ordre, s’y identifie. Peu de choses s’achètent aussi cher et sont aussi obsessionnellement recherchées, échangées, que la production et la reproduction qui coulent à flot du ra^pport social de sexe et de la sexualité. Mais il paraît que c’est lolément indéterminé, foisonnant, libertaire, subversif « subversif » yes dude ! Bref libéral-spontané-naturel. « Anthropologique » quoi, social placé en deçà de la critique, référence sacrée d’où découlent l’ordre et ses nécessités. Ou comment s’épater en boucle devant les mirifiques lumières de la fonction sociale enjointe véhiculée à travers les « organes ». Point.

À un moment, déjà, il faudrait peut-être oser ou apprendre, nous décider à ne pas revendiquer ce à quoi, pourtant nous faisons chorus de ne pas vouloir êtres assignées, réduites, identifiées, cisses et transses d’ailleurs bien que de manière très différente : le corps, et sa fonction corégnante avec le travail, la sexualité. Encore une fois c’est une tarte à la crème : la sexualité imprègne, obsède, structure la société hiérarchique, masculine, mais elle serait « naturelle, préalable, émancipatrice.. » et on en passe et des meilleures ! Bien sûr arthure.

La fonction. La production d’immédiat. Ou, encore une fois, à cesser de nous plaindre des conséquences de causes que nous reproduisons avec enthousiasme, zut ! Non, nous ne somme pas « des corps sur pattes ». Cessons de cultiver et de « positiver » cette approche qui nous ramène toujours au même ordre idéal et social.

Le génital et compagnie n’a pas besoin d’être valorisé et réhabilité ; on aurait plutôt intérêt nous de l’oublier un peu et de défaire sa charge sociale, histoire de vivre et de ne plus s’obstiner à en « faire quelque chose ».

 

Pattes, d’ailleurs, tient, si on doit causer de santé, d’état physique - C’est clair, que les guiboles fatiguées des vieilles nanas, ou leur pancréas chevrotant – pourtant tout aussi impactés et significatifs socialement, mais infiniment moins rétributeurs. Y a qu’à voir l’étonnante et foisonnante variété des ateliers répétés sur les questions de « corps » : sexe, génitalité, application sexuelle de telle ou telle partie, santé – sexuelle (re !)…. Parlez moi d’ça, y a qu’ça qui m’intéresse… Que du positif – et le positif, dans une société de production et de concurrence, c’est ce qui crée de la valeur. Il n’y a guère que ça qui, avec les biceps dans une autre mesure et selon une idéologie qui d’ailleurs croise quelquefois celle de l’hypersexualisation, produise de la valeur sociale et d’ailleurs monétaire. Il faudra qu’on en recause de cette échappée soigneusement normée et là aussi hiérarchique dans la plus value, et que le sexe est une des choses qui s’échange à la fois le moins et le plus cher – ce qui d’ailleurs indique bien que la notion de gratuité ne nous fait pas non plus sortir du monde de la propriété et du fric, ni des ses contraintes (par corps !), bien au contraire, elle les confirme. La génitalité, le daisir/plaisir, la relation valorisante et enjointe, comme c’est nouveau, original, prometteur de qu’on n’a jamais vu, hors échange et concours… Qui produira le plus de valeur sociale en le moins de temps ? Rien à voir avec l’économie évidemment… Ni avec les bonnes vieilles hiérarchies…. L’important est de s’opposer à toute désexualisation, et au contraire de lui gagner des parts de marché et des zones érogènes. Ce serait pareil avec la rate, si elle était objectivée-subjectivée (les deux font la paire, et ne s’opposent que pour la galerie de la croyance dans les idéaux métasociaux). On peut convoquer les plus humbles abats. Tout ce qui est censé receler de la valeur en soi redevient utile, salvateur même, à l’époque ou nous sommes en train de réintégrer la misère réelle et matérielle, de même que les monnaies de substitution genre dignité, toussa toussa. Rafle tous azimuts pour arriver à maintenir une sorte de marché. Vade retro les castratrices !

 

Accessoirement, si j’ose dire, comment surenchérir sur notre propre réduction aux fonctions auxquelles est assigné le féminin : cul et service. On appelle ça doctement la réappropriation – mais le jeu principal est celui de l’appropriation des unes par les autres, condition indispensable à ce que le « jeu social » produise de la valeur et des conséquences tangibles. Conséquences dont nous nous lamentations bien souvent, à raison – mais sans aucune velléité de rompre avec l’ordre social et comportemental qui les produit. Bien au contraire, appuyons sur l’accélérateur, on arrivera peut-être à quitter l’orbite terrestre…

 

Enfin, cette positivité adhésive perpétue systématiquement, et on ne saurait s’en étonner si on a gardé ne serait-ce qu’un soupçon de féminisme matérialiste critique, la valorisation in fine de la meilleure incarnation des normes physique, relationnelles, de genre, avec l’enrichissement lié à l’exploitation des marges « raisonnables « (grosse mais pas vraiment trop, agenre mais pas transse, avec des spécificités de santé mais pas franchement malade, ect…). D’où un paysage qui ne dépare pas dans le social général, un piercing ici, un coup de tondeuse là, mais globalement rien qui fasse tomber, là encore, la plus value et ses règles tout de même assez étroites. Mais il serait illusoire, comme il l’a toujours été, de vouloir « valoriser » plus largement ; ça n’a jamais marché et pour rien du tout ; ce qu’il faut attaquer c’est la valorisation et les fonctions qui la portent.

 

Le pack du ressenti, du spontanément partagé, de ce qui s’impose quoi, fait aussi qu’on passe volontiers et avantageusement de l’analyse, des contenus, de la signification problématisée, à la perfo, à la démonstration de combien c’est comme ça – ce dont personne ne doute en l’état – et par glissement de combien finalement ça doit être ça, comme ça. L’expression, et l’expression positive - pas dubitative, bouh, pas bien – épouse avec entrain l’ordre incorporé. Il y a quand même une étrange convergence entre la croyance en un réel générique, objectivé, à la signification préexistante impérative qui déterminerait ce que devrait être notre social, et le subjectivisme qui suppose la création de ce même social par des volontés et des identités tout aussi préexistantes, impératives – les deux permettant de prendre ne étau de d’écraser l’approche en termes de réalité permanente, totale, matérielle, des mécanismes de rapport social. Et de les reproduire avec la plus grande liberté du monde. La liberté, présupposé hégémonique et transcendant, ne pouvant de toute façon mener qu’à la reproduction.

 

L’incorporation, le transfert des injonctions et des significations au pack « corps », est une impasse. Tout particulièrement en matière de rapports sociaux de sexe, car c’est alors se ruer sur précisément cette zone à laquelle nous sommes assignées. Ce corps qui doit nous définir, nous délimiter, nous exprimer, exister, unifier, produire. Et ses annexes idéologiques et sociales de l’idéal relationniste et sanitaire, plaisir pleine forme intensité. Le corps, la parole, le ressenti, la praxis, les « pratiques », disciplinaires et macératives tout autant que célébratives et positivistes, tout ce qui, surtout objectivé/subjectivé, placé à l’origine de ce qui se passe et non en conséquence, promeut et permet la reproduction, et de couper court à une confrontation avec les contradictions qui nous fondent et traversent. Le bon vieux rêve politique et mythique de l’unité, là encore. Mais nous ne sommes pas plus unies que le social qui nous informe. Le corps, comme bien d’autres totalités, est exemple type de ces instances que nous créons par fétichisme dualisme, et que nous gonflons des injonctions que nous entendons devoir nous être faites de façon imparables : c’est nous, donc nous devons nous écouter.

 

L’ordre social a priori, son implicite, est beaucoup plus puissant et concentré dans les petits mots simples et doux que dans les complexes théories. Et c’est encore plus facilement au nom de ces petits mots qu’on peut provoquer des conséquences extrêmes.

La pensée-corps est historiquement conjointe à l’organicisme, aux imageries régressives, aux politiques de l’appartenance, que celle-ci soit dévolue par groupes a priori ou inscrite sur le compte d’une individue « indépendant » tout aussi a priori et dualisée. Toutes ces pensées convergent vers un fétichisme de l’ordre, de la discipline, que celle-ci soit explicitement imposée ou implicitement reproduite. C’est une pensée du revenir à, du retour sur. Ce qui doit être, ennemi mortel de ce qui pourrait être fait.

 

Le véhicule de cet ordre est l’objet a priori, celui qui serait perçu sans médiation, soi-même, le recours. Cette fiction sociale est particulièrement difficile à débusquer dans la mesure où elle est placée en nous comme consensus de ce que nous sommes, devrions être, voire opposition radicale à un social hétéronomisé dont nous ne serions pas « tout à fait » - mensonge originaire de tous les romantismes et de tous les essentialismes pour couvrir les contradiction et les conséquences de la réalisation de ces formes et objectifs. Cet objet dont émanerait un sens, une signification « en lui-même », qui porterait l’explication et évidemment ses voies, est une nasse que nous ne pourrions peut-être que couper au couteau si nous voulons essayer d’en sortir.

Enfin, la croyance que l’on peut échapper à nos déterminations par l’intention, alors que celle-ci à plutôt tendance à potentialiser indéfiniment la reproduction.

 

C’est une véritable resuscitation du même, des mêmes bons morceaux, que nos hochets significations et usages, devant lesquels nous nous appelons à nous ébahir et à nous émerveiller, histoire de ne surtout pas nous réveiller de notre cauchemar social et existentiel. Au reste, on n’a jamais changé quoi que ce soit en positivant les assignations, les emmerdements et les « fatalités » sociales, si incarnées soient-elles. Bien au contraire.

Ces unitarismes préformés, de ce qui doit être ressenti, doit nous occuper au sens territorial, cognitif, se basent sur une culture du court-circuit, de l’immédiateté prétendue, de l’absence de distance et de réflexion, ou plutôt de création et de complétude sans délai de cette réflexion par ce qui soit être. Nous sommes vachement dans le court circuit, le retour du même sur soi, revalorisé par quelque métanoia intime et gavé de sens, dans la rétribution personnaliste qui coupe la route de la transformation sociale.

 

Nous sommes coincées, à nouveau, parce que c’est déjà arrivé autrefois avant la « renaissance » des années 90, dans un fonctionnement liturgique de transmission et de réitération d’affirmations et de questions réponses qui évacuent d’emblée les problématiques de fond, savoir si nous ne reproduisons pas fondamentalement les idéaux des conséquences desquels nous nous plaignons. Il n’y a qu’à voir les menus de notre « rencontres » subsistantes ; praxis décomplexée, positivée ou neutralisée, conférences sans questions sur le cadre, évitement des constatations récurrentes qui pourtant fâchent – mais ne font que fâcher, et finissent dans le marais psychologisant de la colère, que d’aucunes s’entendent à gérer. Pas de critique.

 

Qui cherche l’immédiateté, le « port du sens », trouvera répétitivement la reproduction des mêmes formes et la conservation.

 

Noua aurons peut-être été, à un moment des choses, le secteur social qui aura envoyé la possibilité et la velléité d’une remise en cause parmi les plus radicales droit dans les filets incritiqués les plus immobiles de l’ordre ontologique et idéaliste…

Cet échec (relatif ?) devrait bien nous montrer que, ben non, on ne fait ce qu’on veut ni ce qu’on rêve (et finalement ce rêve n’est il pas lui-même une reproduction ?) quand on essaie juste de réinvestir des catégories qui nous constituent et si j’ose dire nous gouvernent ; bref que la subjectivité et la volonté ne brisent pas la logique de reproduction. Un exemple frappant est le genre, les espoirs que avons mis dedans en renommant ainsi un rapport social de sexe que du coup nous avons négligé de vivisecter, croyant l’avoir laissé en chemin, et le retour permanent des éléments déterminants de ce rapport dans nos paradis reconstructeurs. Les a priori qui se présentent comme des « outils » ou des éléments « neutres en soi » sont en fait toujours déjà des déterminations sociales globales, dont l’utilisation mène systématiquement à les réitérer et à les renforcer, fréquemment même à travers une apparente déconstruction ou remise en question, au rayon d’action opportunément limité à ce qui est objet – pas touche au sujet, où peuvent se réfugier tous les mécanismes, tous les codes, toutes les spontanéités de reproduction.

 

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 11:37

 

J’ai du mal à ne pas me répéter ; l’histoire bégaie, pas qu’un peu, et nous, alors, n’en parlons pas…

 

 

Ça commence quand même à s’inquiéter un peu à assocelande de la dégringolade des conditions de survie chez nouzautes, et de ce que ça sape direct le programme d’intégration rêvé. Mais bon, pas encore au point apparemment d’amener une inflexion des grandes directions et des non moins grandes impasses qui y prévalent. Et cependant, dans la mesure où la concentration monétaire (on en est à immobiliser des sommes ahurissantes pour "garantir" le fonctionnement économique, simplement) et l'élimination des pas rentables continue, rouleau compresseur, on fait quoi ? Moi j'en ai marre de la logique simplement politique de maintien en ligne des gentes dans leur position "idéale" de citoyennes propriétaires (souvent de rien d'autres qu'elles mêmes et encore !) isolées, envoyées au casse pipe par les partis et les assoces pour que leur éclatement par le dit rouleau serve à montrer combien "les autres" ils sont méchants et/ou aveugles, ce que de toute façon on sait bien – mais ce sans aucune remise en cause de l’idéal social, du devoir être dont nous nous disputions simplement la réalisation avec ces « autres ». Je suis désolée pasque je voudrais déjà qu'on vive, moi la première, et je pense que ça suppose, en cas d'appauvrissement brutal et massif de beaucoup d'entre nous, de nous organiser collectivement, matériellement, en habitats et en fric, et de nous épauler contre la violence. Bien sûr, ça a moins de gueule médiatique qu'avancer à deux cent avec un drapeau à toutes les mobilisations, et pour la plupart des deux cent et des dizaines de milliers d'autres, crever le reste du temps dans la solitude et la misère. Au reste l'un n'empêcherait pas l'autre, voir nos collègues turques entre quarante exemples. Mais c'est sûr que ça relativiserait l'absolu et la lumière du flambeau "pur politique" qui essaie finalement, bien vainement à mon avis, de faire en sorte que l'économie et le social qui devait aller avec fonctionnent et ne tuent pas de plus en plus de monde. Je pense que c'est mort, mortel, qu'il faut laisser tomber précisément avant de finir toutes entrexterminées, aux prétextes les plus divers et tous plus "légitimes" les uns que les autres. Mais même si ce n'est pas ça, je crois qu'il y a urgence à nous sortir du simplement virtuel et représentatif, qui ne nous sauvera pas. Bref je suis pour voir comment réajuster les objectifs, et si possible tourner l’abattoir, et en groupe, pas chacun pour soi, crève aujourd’hui moi demain.

 

Je trouve qu'il y a vraiment un sale côté « été 14 reloaded », « fleur au fusil », « offensive à outrance et en gants blancs sous le feu ennemi » quelle que soit la situation et le rapport de forces, dans la logique strictement politique et de droits portée par associativlande et les mini partis, comme la morale républicaine qui nous divise en unités comptables concurrentes. Quoi qu’il se passe, de quelque manière que le social involue, continuons à aller à l’offensive, avec les objectifs et dans l’ordonnance que nous nous sommes proposées pour faire bonne figure dans ce dit social. Les loquedues et autres lambdae sont invitées à monter en ligne se faire charcler, individuellement, « Parce que je le vaux bien » et autres horreurs du même genre, qui appuient encore plus douloureusement sur la conséquence de la valorisation : non, nous valons dans les faits pas grand’chose et de moins en moins ! - pour réclamer ce fonctionnement idéal d'une économie politique en plein naufrage, que les dits partis nous jurent que si on leur donne le pouvoir, pas de problème, la machine tournera rond et les vilains qui la sabotaient seront châtiés. Et nos tombes fleuries et un et même deux jours de deuil chaque semestre en notre honneur ! Mais niquedouille, moi j'y crois pas, à ce qu'elle puisse tourner autrement cette machine faite de rapports sociaux a moitié niés, à moitié idéalisés, et d'objectifs soit impossible à atteindre, soit meurtriers en eux mêmes. Et pareil, macache, marre de se laisser isoler et tuer, instrumentaliser et investir, par et pour la concurrence, si spontanée et sincère soit-elle, dans la réalisation de ce monde qui est en fait le rêve d'hier, d'un monde de petits propriétaires harmonieux. Quant à l’idéologie de la vie comme combat, pareil, d’une part ça nous met dans des impasses où c’est on passe ou on crève, et ce faisant ça laisse de côté et ça ferme même une grande partie de l’espace où on pourrait peut-être continuer à vivre.

La question c'est de survivre ici et maintenant, et dans la place d'une minorité particulièrement stigmatisée (et nanas, et fausses, boum !), à l'effondrement graduel de la situation qu'a finalement entraîné historiquement cet idéal d’inclusion et de lutte sans échappées affirmées et reconnues collectives (de fait souvent réservées individuellement ou affinitairement à celles qui les possèdent déjà socialement, ou bien à celles qui parviennent à se les constituer sur la masse « de lutte »). Et pour ça de cesser de nous accrocher sa réalisation, la plus caricaturale souvent, que nous nous proposons certes facilement, mais que nous proposent les politiques. Il faut revoir tout ça, sans doute, mais déjà s'organiser collectivement, outre se faciliter peut-être bien la vie, c'est aussi et déjà briser cet idéal de chacune chez soi et la bonne loi pour toutes, qui est en train de se retourner mortellement contre nous. Pour ça aussi que ce n'est guère proposé, ça, dans les brochures et les programmes, les manifs et les permanences : c'est qu'on aurait alors bien autre chose à faire que de les abonder, les peupler, et faire leur soubassement. Voire que là, oui, il y aurait pour de bon concurrence de plusieurs projets sociaux.

 

À un moment, il faudrait tout de même arriver à se dire que l’existence, physique et sociale, est la condition de tout ; et que son anéantissement, au nom de quoi que ce soit, est l’impossibilité radicale. Bref que le stoïque sacrifice, idéologie bourgeoise s’il en est, comme toutes les structures, tous les objectifs soit du capitalisme, soit des autres daubes qui l’ont précédé et espèrent lui succéder à nouveau, hé bien ça ne nous mène nulle part, si ce n’est à mourir pour un fantôme et à soubasser la position sociale de celles qui parviennent, par leur statt et leur richesse, hé oui, à incarner ce fantôme et ses prétentions. Le « dépassement », quand ce n’est pas carrément l’au-delà et le « spirituel », incroyablement hypocrites dans leur proposition de nous relativiser à mort, de nous transfigurer dans un absolu inhumain, de nous sacrifier délibérément, consenti, pour la réalisation des formes sociales déjà régnantes qu’il est de ce fait exclu de réexaminer, exclu de se poser la question si elles ne verrouillent pas précisément les hiérarchies et les éliminations en action. La mort est au fondement de tous les immobilismes et de toutes les régressions, par un chemin d’aigreur et d’utilitarisme. Si nous sommes, ce qui est bien possible après tout, en position d’ouvrir quelque chose à venir, alors que ce soit entières, en forme, et que ce soit du nouveau, pas la réimpression énième des singeries originellistes, justicialistes et autres « de ce qui aurait du toujours être », et dont on mange les conséquences depuis qu’il y a une mémoire.

Que nous nous instrumentalisions nous-mêmes ou bien que nous soyons instrumentalisées par celles qui y croient les plus, souvent parce qu’elles pensent avoir à y gagner, et les deux cohabitent vraisemblablement, il ne faut en aucun cas nos laisser dépouiller de notre peau, après avoir déjà perdu ou manqué du reste. S’il y a du terrain, de l’espace à regagner, et il y en a assurément, c’est collectivement et pour notre pomme, communautairement, en fonction des rapports sociaux qui nous déterminent. Pas pour une quelconque lecture de « l’humanité », autre image qui a toujours accompagné le tri et l’élimination. Arrêtons de nous poser et surtout de nous laisser poser en retorses innocentes, en victimes de bonne volonté. Là aussi, quelque part, cesser de consentir à une protestation qui nous expose et nous vulnérabilise en surcroît d’un rapport social déjà féroce. La morale ne répare jamais vraiment le social, ne le contraint ni ne le maîtrise. Elle nous y livre par des voies souvent tordues, valeureuses – et implacables. Merci bien, nous ne sommes, n’avons à être les héroïnes de rien ni de personne, surtout pas d’un nous-même hypostasié en inclusion dans la masse justicialiste qui nous écrase.

Par conséquent, l’exigence morale et comportementale de rompre en visière, de s’exposer, de ne pas transiger (mais sur un aspect souvent très symbolique et réduit du rapport social), d’aller au fight à répétition par principe et finalement toujours, par la force des choses et son ordre, en solitaire, universalisation du devoir faire/être toujours imposée depuis des positions soit privilégiées, soit sacrificielles (les deux n’étant pas incompatibles, loi de là) eh bien pareil, gardez la vous et sortons en. Pareil pour la « résistance », cette vieille daube : résister c’est toujours ramener le passé sur le devant de la légitimité ; quel passé, bigre, pourrions nous ramener pour notre pomme, nous qui sommes une parfaite nouveauté dans le rapport social ? Quel passé qui n’ait pas été misogyne, territorialiste, crispé et haineux ? Si vous le trouvez vous me l’amenez que je lui regarde les trous du nez. Non, nous n’avons aucun modèle existant à préserver, pas même celui qui nous a vu apparaître, inégalitaire et sans avenir ; rien à « défendre » que nous-mêmes qui sommes encore à l’état d’éventualité, de possible. Là il ne s’agit pas de rester plantées stoïquement mais de passer à travers. Résister c’est encore se tenir avec bonne volonté à la disposition des coups pour faire bouclier à de vieilles impasses puantes. Zut. Marre des postures militaires.

 

C’est le problème récurrent, conssubstantiel à l’associatif comme à l’affinitaire qui nous structurent hégémoniquement actuellement, de générer un fonctionnement de pouvoir hiérarchique très net, qu’il soit institutionnel ou charismatique , et, par ailleurs – est-ce fatalement lié ? – de nous coincer dans une focalisation, sur des objectifs représentatifs, indirects, au détriment de l’organisation d’existence communautaire – celle-ci n’arrivant à se manifester que très partiellement, et là encore dans l’optique de soutien du fonctionnement médiat, quand il n’est pas carrément médiatique. Car le ce but focalisé se présente comme le seul, l’incontesté, l’unique raison possible de nous rassembler, et conséquemment, non seulement donc limite d’emblée les perspectives envisageables, mais encore a posteriori confirme et renforce le fonctionnement dans l’ordre et la discipline, quand ce n’est pas le sacrifice calculé.

L’horizontalité, si toutefois elle est possible, est évacuée. Il est vrai qu’elle n’est pas vraiment possible dans le cadre du maintien des rapports sociaux en l’état entre les parties concernées. Mais une des conditions précisément de vivification du fonctionnement social médiat est que le but en soit, comme dit plus haut, de nous « insérer » victorieusement dans ces rapports sociaux, et pas du tout de tenter d’en créer d’autres, plus collectifs et égalitaires.

Et ce qui est évacué aussi, c’est l’éventualité de rompre avec notre désir exigence de plus en plus irréalisable de normalité et d’invisibilité, de chacune sa petite vie indépendante et bourgeoise avec sa copine ou son mec et son boulot rémunérateur. De plus en plus irréalisable pasque le social économique qui promettait cette stase à tout le monde a amplement montré son échec, et que cet échec attise par ailleurs l’attention malveillante envers les nez pas au milieu de la figure, comme je disais ailleurs. Pour résumer – c’est évidemment plus complexe et ça se base sur des rapports sociaux encore plus profonds. C’était bien beau, je le confesse, mais aujourd’hui l’accès à ce paradis sur terre est réservé à une portion de moins en moins importante de la population en général, et de nouzautes tout à fait en particulier. L’autosupport, l’autodéfense, telles que conçues aujourd’hui, entièrement formatées sur le prérequis de vies « indépendantes », positions de négociations de supposées possessions, c’est un déni de la disparition de ces positions et de leurs moyens, comme d’ailleurs de ce qu’elles n’étaient déjà vraiment accessibles qu’à la crème, et du coup un désastre, puisque cela aboutit, comme la plupart des « alternatives » actuelles, à faire porter individuellement le poids de plus en plus grand du manque social. Exactement la logique de l’économie politique en naufrage, qui reporte les coûts généraux sur les personnes. Sortir de cette impasse de plus en plus étroite, en cornet, suppose sans doute de collectiviser ces « auto », et de revoir leurs buts les plus proches, en se défaisant des exigences implicites (ou explicites) d’un idéal social qui était déjà innateignable pour beaucoup, et qui devient meurtrier. Pareil pour les projets « culturels et politiques », là encore en sus et en surplomb de capacités d’existence qui échappent à la majorité d’entre nous. Quand les transses qui en ont besoin seront par exemple logées, safe, correctement et collectivement, on en recausera. Pas avant.

 

Ce n’est donc ni par hasard, ni même tellement par machiavélisme, encore que d’aucunes en vivent – il faut, justement, bien vivre dit la morale bourgeoise de chacune son dû – que de nous confier et surtout de nous circonscrire, de nous laisser mobiliser et investir par les modes de fonctionnement médiats qui lient l’isolement de l’existence matérielle aux objectifs de réalisation et d’intégration d’ores et déjà ratés, nous met tout bonnement, la plupart d’entre nous, en danger, et de plus en plus à mesure que le rapport de force dans ce type de socialisation nous est, et c’est un euphémisme, de plus en plus défavorable, et tandis que sa base a tout l’air de se crasher. Au reste, la sincérité et le premier degré ne protègent de rien, et surtout pas contre les rapports de pouvoir ou le crash autogéré. Il nous faut cesser de déférer aux appels, aux convergences, au mythe des luttes justes pour lesquelles on se doit dévouer, d’autant plus qu’elles sont partielles, ne s’occupent pas de l’organisation matérielle de notre subsistance quotidienne, nous laissent pour la plupart dans les dédales de l’isolement, de l’écrasement social.

 

C’est d’un aveuglement et d’un déni systémique, qui se retourne contre nous, si, alors que les choses deviennent réellement rudes et dangereuses, nous nous détournons des nécessités, de la brutalité et de la logique éliminatoire qui sont bien les seules à croître pour nous maintenir dans l’illusion d’un fonctionnement social qui serait encore en progrès, où la plupart sont censées trouver place et provende, et où on se soucie de ce devenir immobile en termes de droits, chacune pour soi, alors qu’on n’a déjà plus les moyens de les exercer et que ça ne va pas s’arranger. Je ne cause même pas des conséquences ponctuelles : mobilisations publiques qui ne servent plus à rien, le rouleau compresseur passe inexorablement ; ou bien cet éclat de rire dans la figure que constituent les articles de loi sur le changement d’état civil, où on voit bien ce que donne un lobbying de rien-valantes : une écoute, un sourire et prend ça dans ta gueule, c’est nous les cis’ qui décidons.

Bref, continuer à aller se casser bénévolement la tête contre un mur social et donc politique qui évolue de l’indifférence à la haine, y investir et y perdre nos maigres forces, au lieu de se préoccuper sérieusement de la mise en place de bases d’existence matérielle collective, égalitaire, avec un regroupement en fonction de ce qu’on l’on subit dans les rapports sociaux. Bref, pur ce dont on cause ici, de nanas transses, - sans préjudice d’autres non-mixités dans cette catégorie, probablement indispensables elles aussi. Des séparations pertinentes nous mettons moins en péril, nous ouvrirons plus de possibilités, que la prétendue inclusion dans une citoyenneté qui exclut, par ses prémices mêmes, notamment l’exigence de richesse, la plupart d’entre nous.

Il ne s’agirait donc pas de « prendre soin », de soi ni de nous, cette systématisation éhontée à tous les niveaux de l’exploitation et du renvoi à la démerde, de la « spontanéité » et de « l’empathie » indexées sur ce qu’on escompte trouver de valorisable dans les autres – bref d’économie cannibale et affinitaire de richesse. Il s’agirait de s’organiser communautairement et communistement, à partir des nécessités les plus immédiates, du logement à l’autoprotection collective. On risque d’en avoir besoin plus vite qu’on ne le pense. Et plus on attendra, moins on aura les moyens de mettre ça en place.

 

Au lieu de ça, à cette heure, on déambule un petit coup et on lâche un petit sanglot une fois l’an, chacune plus ou moins bien enveloppée dans ce qui lui reste d’intérêts et de propriété, en mémoire ( « pour mémoire », quoi…) des plus en plus nombreuses qui crèvent d’un état de fait que nous ne voulons pas changer, et auquel nous nous empêchons les unes les autres de faire quoi que ce soit de conséquent pour lui échapper ou le pallier – tellement ce serait admettre la péremption de notre portion du rêve « démocratie-économie-politique », du naufrage duquel nous sommes pourtant parmi les premières victimes.

 

Quèquepart je suis donc pour une espèce de défaitisme d’échappée, pour paraphraser l’autre barbichu que j’aime si peu, sans parler de ses émules, toute communiste que je suis. Il nous faut partir de notre place de perdantes, autant du monde qui se crashe que de son crashage dans la régression, et non d’une place à la fois très majoritairement illusoire en ce qui nous concerne et je trouve globalement pourrie de cocandidates à une prospérité qui n’a jamais été que participation profitable à la domination et à l’accaparement – et qui profite aux unes se prend sur les autres, il faut cesser de croire au catéchisme incroyablement partagé (au contraire des biens de ce monde) du gagnante/gagnante, complètement infirmé par les faits.

Défaitisme, déjà pour reprendre conscience de ce qui se passe, et de la position particulièrement haïe, méprisée, hontifiée, totalement illégitime, où nous nous trouvons plein dedans, laquelle est en train de se creuser, alors même que nous nous multiplions. Cesser de croire à des lendemains pas même qui chantent, mais simplement se et nous maintiennent. Et conséquemment clairement pour déserter le terrain où on nous attend, d’une part, et les tâches impossibles, d’autre part, pour passer à l’organisation collective matérielle des transses qui en ont et vont en avoir besoin, avant que nous soyions vraiment hors d’état de la faire, et par cela, au passage, à la remise en question en actes de ces fonctionnements institutionnalistes, pseudo-pragma qui, dans le rapport social actuel des forces et des légitimités, nous instrumentalisent et nous mettent en danger. Si l’application de l’économie politique se retourne contre nous, ce qui paraît de plus en plus patent, qu’est-ce que nous allons nous livrer nous-mêmes pour essayer de la faire bondir vers ces « horizons » qui se révèlent un mélange de coupes sombres venant d’en haut, et de « ne bougeons pas d’un pouce » venant d’en bas, juste ce qu’il faut pour être bien sur la trajectoire de la lame. S’il faut nous investir dans quelque chose, autant que ce soit dans des méthodes de survie collective et spécifiques en milieu social de plus en plus hostile ; et en larguer sur le juridique et le médical auquel la pensée qui prévaut dans l’associatif résout notre existence, quand ce n’est pas notre « bonheur », alors déjà que l’un beaucoup et l’autre en partie n’ont jamais été atteints par cette mobilisation médiate, que le rapport social général qui nous concerne, de sexe et de légitimité, a toujours dépassé et méprisé les gains relatifs obtenus par eux, et qu’il tend à s’aggraver. Nous sommes et resterons des transses, avec tout ce que ça implique aujourd’hui, tant que ce monde sera structuré sur l’inégalité, le légitimisme, la citoyenneté arqueboutée sur la propriété, l’héroïsme sacrificiel, l’élimination darwinienne et qui prétend fonder une « humanité ». Une fois de plus, nous sommes tombées dans l’aporie impossible que l’émancipation, notamment des stigmat’, passerait par l’appropriation des structures de la domination. Mon œil. L’affaire aujourd’hui est de tenter de ne suivre ni la galopade effrénée en arrière qui ne sauvera à terme personne, ni la tentative de prolonger, pour de moins en moins, un ordre qui était déjà éliminatoire ; ou au moins de ne pas y consentir béatement, encore moins d’y prendre part avec enthousiasme. Bref, de nous constituer sur là où nous en sommes, sans l’idéaliser ni l’avaliser, mais sans non plus nous imposer des conditions impossibles et dangereuses.

 

 

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 11:53

 

 

C’est tout brouillon ; on fait ce qu’on peut - et surtout on fait pas ce qu'on peut pas.

 

 

Sur un site de collègues, cette assertion que « la binarité n'existe que sur le papier ». J'ai d'abord eu un doute, je me suis dit que c'était du deuxième degré, mais non, hélas, les catéchismes de l'époque sont redoutablement premier degré. Ha ouais. Bon, déjà, pour moi ça signifie qu’on estime que les rapports sociaux sont une simple illusion, une fiction superficielle jetée sur la supposée profondeur de l’être, ou de l’identité native déjà toute en bloc, peut-être un complot imposé par un gang de méchants, en tous cas une méprise qu'il suffirait d'un peu de bonne volonté pour dissiper, et dans laquelle finalement, nous ne serions pas profondément pour grand’chose. Accessoirement, du coup, la réalité, y compris nouzautes, est hétéronome, extérieure quoi, ou transcendante, au delà des tristes conditions dans lesquelles nous nous complaisons. Le social ne saurait être tout a fait réel, il doit bien y avoir une nature, une âme ou autre chose d'évanescent et parfaitement indéterminé par derrière.

Par ailleurs, il y a cette tentation de nous faire un bouclier essentialiste, qui nous enjoint de nous considérer et décrire comme si tout était dit et acté en ce qui nous concerne, comme si nous étions vouées à être, selon la forme majoritaire attachée à la question de genre, un achèvement, objet en soi, qui ne bouge pas, qui ne changera pas, qui n’a d’ailleurs jamais changé, une fixité in fine sur laquelle ne se peuvent donner que quelques affirmations, et puis point. Pas un ensemble de situations en devenir dans le processus social. « Devenir », bouh, cette notion a été bannie de notre cercle d’interprétation de plus en plus ontologisant. Nous avons intégré la course à qui sera (et même aura toujours été) le plus. Course qui est toujours gagnée par les plus fortes, selon la règle que la puissance sociale produit l’abondance de cohérence interne.

 
Pasque c'est ça, la conséquence de traiter les rapports sociaux comme de simples illusions subjectives, et de penser que la réalité n'est pas entièrement constituée par ces structures, mais non, puisqu'elle(s) est/sont pourrie(s), ce qui est peu contestable, et que nous sommes quelque part toutes en sucre, ce qui est tout autre chose.
Y a rien à faire, là je m'avance à affirmer, je prends le risque de me tromper, mais je pense résolument que ne pas prendre les choses pour ce qu'elles se manifestent, c'est précisément s'ôter radicalement les moyens et la perspective de les changer. Et que précisément en ce qui concerne les rapports sociaux, nier que nous en sommes intégralement constituées, qu'il n'y a pas d'âme éthérée ni de corps glorieux à libérer, c'est se condamner à les reproduire, puisque ces idéaux de "l'au-delà" sont le produit et la structure même de ce social ! Et servent, si j'ose dire, bouh, de cache-[...]

Les rapports sociaux ne sont pas une illusion dont nous devrions être détrompées (au bénéfice de je ne sais quelle absolu), mais notre réalité, qu’il nous faut transformer si nous voulons qu’elle change.

 

Nous sommes en quelque sorte des théories, sur pattes, parce que le social, et ses abstractions, sont aussi notre réel. C’est précisément de dénier la puissance effective des abstractions qui rationalisent et justifient les rapports sociaux qui nous coince dans des exigences métaphysiques pour arriver à expliquer nos évolutions et nos blocages.

 
 


Concernant la binarité, je ne vois pas comment faire en sorte que les éléments d'un monde entièrement hiérarchisé h/f puissent par magie en être déchargés et "neutralisés", quel patchwork que nous en fassions, lequel patchwork « agenre » reste souvent orienté finalement vers les formes de l’assigné masculin parce qu'elles sont tout de même vachement plus mieux, c'est à dire valorisées, passantes, utiles – en clair, nous nous incitons à privilégier leur « appropriation » comme « libératrice » (mais de quoi ?) ; le « binaire » cesse souvent d’être perçu comme tel quand il est le référent masculin universel soft. Il rentre alors sans angles ni difficultés dans ce qui est l’idéal et la position « humaine », individualisée, référente, homogène, à l’origine même de la sexuation. C'est la critique de ces éléments mêmes qui pourrait peut-être nous aider, si c'est possible, à tenter une sortie. Mais actuellement le binaire est notre condition d’existence. Le reconnaître comme réalité telle ne signifie d’ailleurs nullement, je dirais même au contraire, l’admettre et le justifier ; on ne peut s’en prendre qu’à ce qui est tangible, pas à des fantômes ; et à ce titre je rigole quand même de certaines iconographies « non binaires »… qui le sont en fait parfaitement, hommage forcé de la liberté à la contrainte et image qui résume notre vie présente.

 

En outre, se réfugier derrière ce concept est en partie une attitude de faux-fuyant, parce qu’énoncer ainsi le dualisme hiérarchique du rapport de sexe, c’est neutraliser son inégalité interne entre assigné masculin et assigné féminin. Est-il d’ailleurs anecdotique que dans les patchwork non-binaires, les éléments assignés socialement masculins soient tout de même volontiers « réappropriés », pour la vie sérieuse, et ceux assignés féminin cantonnés au folklore en milieu safe ? Tout  le monde sait, d’expé, ce qu’impliquent en  termes de positions et de vie sociale les uns et les autres. Se cantonner dans une problématique en termes de binarité, c’est évacuer la valorisation et l’inégalité liées à la sexuation des éléments et comportements, au bénéfice de ceux qui in fine constituent le monde tel qu’il est, un monde de pouvoir et de masculinité. La réduction à la dualité, imperméable ou non, est une manière d’évacuer la question du rapport de pouvoir entre les éléments sexuément assignés. Comme ç’a été le cas avec le « sexisme réciproque ». Et de ne pas suivre une logique d’examen du fonctionnement social. De simplement l’étrangéiser de personnalités qui, par essence, seraient en deça et en surplomb du social. Comme bien souvent on revient à l’âme, à l’humain naturel ou générique, à la transcendance qui permet de relativiser et surtout de symétriser les rapports sociaux et leurs conséquences, dont nous faisons partie intégralement, quand ce n’est pas carrément de les nier. La question de la binarité n’est donc pas ce qu’on appelle pour l’évacuer simplement un « faux problème », c’est disons je trouve l’aménagement d’un clivage plus profond et plus omniprésent pour essayer de « vivre avec » - sauf que ce vivre avec est tout de même assez peu jojo, et entraîne la subordination au mieux, l’oppression et l’élimination permanente au pire de ce qui à un titre ou à un autre relève de l’assigné féminin.

 

En ce qui nous concerne, à translande, le rapport social de sexe est complexifié par nos parcours, mais il n’est pas, loin de là, diminué ou dilué. Il est même peut-être augmenté, quand on prend par exemple en compte l’illégitimité brutale qui frappe les nanas transses, au propre aussi bien qu’au figuré. Dans le quotidien, la simple expé de vivre socialement, montre l’intégrale opposition entre l’attitude générale envers le masculin, indécelable et sympathique, et le féminin hypervisible, imparfait, illégitime – la situation des trans’ correspond dans ce contexte à une intensification des effets hiérarchisés de norme à cislande. Les transsités constituent un nouvel aspect ou ordonnancement de ce rapport, mais ne l’abolissent en rien et ne le transforment actuellement pas foncièrement, ni au subi ni à l’agi. Nous avons une forte tendance à nous aveugler sur cela, que ce soit à notre détriment ou pour notre confort. Il y a toute une recherche à faire sur la question, mais il faudra pour cela nous défaire des catéchismes lénifiants à ce sujet que nous affirmons de manière très acritique, et des fois au déni de réalités accablantes.

 

En finir, enfin, avec une notion de genre qui a refondé le sexe en "nature objective", dans les tréfonds de la détermination biologique et absolue, présociale. Affirmer que le sexe est un rapport social, et que ce rapport social est parfaitement vrai, effectif, sans arrière boutique naturelle – et qu’il peut aussi être contesté. Que ce n’est pas parce qu’il ne serait pas vrai seulement qu’on pourrait le contester, le transformer ou nous en débarrasser. Or, c'est précisément parce que ce rapport est notre réalité totale, incontournable, et qu'il est une cata permanente et autoreproductrice, qu'il nous faut envisager tous moyens de nous en débarrasser, et pas en faire un papier peint de fond qui finit à nouveau par tout envahir, tout justifier.

Nous assigner, comme toute situation dans le social, à des identités natives, inquestionnables, originelles, c’est donner en plein dans le corpus des idéologies essentialistes. Et nous soumettre par avance à ce qui prévaudra dans leur cadre, dont j’ai bien l’impression que ce sera, vu leur fond et le rapport de force social qu’il soutient, l’élagage le plus radical de tout ce qui n’est pas hétérocis. Nous situer, c’est aussi déterminer ce que nous portons dans un monde de rapports sociaux. Les radicales n’ont ainsi pas tort de contester l’approche subjectiviste du genre, le supposé jaillissement sui generis et individuel d’un genre pourtant massivement reproduit, et son corollaire de toujours été qui maintient un état de fait autojustifié. Bref ces catéchismes derrière lesquels nous nous tenons parce que nous sommes persuadées qu’ils nous protègent, ce qui est faux (jamais être quelque chose n’a sauvé quelqu’une de la haine sociale), et nous empêchent au contraire de prendre une connaissance collective et sociale de nos possibilités. Elles n’ont pas tort de vouloir interroger ce qui y est reconduit. Et de supposer que nous nous tenons derrière des départagements secondaires en évitant de nous attaquer aux fondamentaux. Là où elles se vautrent, c’est en ne suivant pas elles mêmes, à travers leur hargne anti-transse, leur logique affirmée que le sexe est rapport social et non essence naturelle ou transcendante, et qu’il peut s’y passer des choses, d’une part, et auquel cas se qui se passe est réel, systémique, pas une illusion ni un complot. Leur fixisme suppose qu’au fond, soit il ne peut rien se passer, soit que toute évolution serait la conséquence d’une volonté intentionnaliste de premier niveau – thèse à son tour subjectiviste et fort peu matérialiste, comme si les rapports sociaux n’étaient que le fruit de volontés personnalisées, lesquelles ne sont probablement que les conséquences et les expressions de ces rapports et de leur structuration. Elles non plus ne s’attaquent pas ou plus aux fondamentaux du rapport social. Elles sont souvent elles aussi coincées dans le subjectivisme qui informe tout l’atmo politique actuelle, et n’arrivent plus à critiquer ce qui constitue le rapport social de sexe, ce au profit, comme je l’ai dit plus haut, d’une course, au contraire, à l’appropriation de celui-ci et de ses structures déterminatives et positives ! Certes nous en sommes toutes là, toutes encore là, mais ce n’est pas pour cela qu’il ne se passe rien.

De fait il s’y passe quelque chose, à travers le mouvement croissant de transitions, quelque chose qui je pense va plus loin que ce qu’elles croient, et moins loin que ce que nous prétendons. Pour le moment. C’est sûr qu’à cette heure nous n’avons pas fait bouger les grandes lignes, mais pourtant on ne pas non plus dire sec qu’il ne s’agit que de reproduction à l’identique – même si ce serait encore aujourd’hui l’intention, parce que de fait ce ne l’est pas. Nous manifestons quelque chose. En cela le subjectivisme sociétal reste aussi court que le matérialisme qui n’ose pas assumer ses propres conséquences et rebascule dans l’essentialisme après l’avoir très justement mis en cause. Il nous faut sortir, les transses et les cisses, chacunes depuis nos positions et de notre côté, de cette entreprise circulaire de réappropriation. Aller vers l’assigné féminin, même si celui-ci est lui aussi créé et lié par le dualisme inégalitaire foncier du rapport, est en soi quelque chose d’inhabituel dont pourrait sortir une rupture de ce qu’on appelle cyniquement « l’équilibre ». Mais pourrait, rien n’est écrit. Et je reste aussi pour des non mixités effectives en fonction de la situation dans le rapport social, ce qui implique que nul des groupes impliqués n’a à poser de conditions aux autres, ni à réclamer inclusion, recours commun ou convergence. Il faut assumer nos conséquences. La foire à la sororité n’a donné qu’approfondissement des inégalités et des hypocrisies ; de l’illusion aussi de l’unité a priori il nous faut nous débarrasser.

 

Nous sommes depuis des années à courir après les critères et exigences posées par les réaques de « réalité » subjective, biologique ou transcendante, et à marcher stupidement dans leur anathème de la théorie et du social, mais non on n’en est pas n’ayez pas peur, on ne devient pas, on n’est pas théories, on est « peuple réel », etc. etc. Par cela nous renforçons tout simplement les logiques ontologisantes et conservatrices qui peuvent demain se muer en extermination, parce que bien évidemment il s’agit de situations sociales, traduites en « devoir être », et que nous ne pourrons jamais « prouver » notre justification aussi bien que cishétérolande, qui tout simplement a par sa masse directive le pouvoir de faire de faire ce qu’elle dit – impasse aussi de la cohérence interne ; le plus cohérent est toujours le plus puissant, point, parce qu’il peut faire tout ce qu’il dit.

Il nous faudrait au contraire, si au moins nous ne voulons pas nous mettre et nous garder dans la misérable position de devoir admettre notre destruction, abandonner radicalement ces schèmes de pensée, d’identification et surtout de justification par une réalité non médiate, très masculine, de mépris envers ce que l’humain prend d’abstrait dans son organisation sociale.

 

J’irai même jusques à dire que le non-binarisme tel qu’il se présente actuellement, est au niveau systémique un binarisme spontanéiste gîté en tous ses éléments et tropes, qui s’est débarrassé de toute capacité à prendre conscience de lui-même, à se comprendre et à se mettre en cause (si toutefois on veut réellement ce qu’on prétend, ce qui est encore une autre question !). L’usage symétrisant de la notion de binarité sexuée nie et invisibilise toute sa dimension hiérarchique et tropique. Non, « dépasser » à la Hegel, performer et reproduire les éléments qui structurent le rapport social de sexe binaire, n’aide pas à en sortir. Non plus que de faire comme s’ils n’étaient pas là, que c’était une illusion, que nous serions des « humaines sans autre détermination », à la saint Paul et à la Adam Smith. Je veux dire clairement par là que quelqu’effective, en elle-même, que soit l’affirmation non-binaire, elle n’entraîne guère de rapports sociaux différents, elle ne change pas l’assignation des éléments qu’elle croit ou veut neutraliser, et que se disant qu’elle le fait, elle s’y enroule et les renforce. La binarité comme la non binarité sont effectives, mais il n’est pas moins effectif qu’elles constituent une approche qui presque toujours élude et neutralise la systémique de sexuation, assignées aux formes sociales tout autant qu’aux sujets. Le sexe social, ou genre, existe par la hiérarchie dualiste masculin féminin et les rapports (appropriation, pouvoir) qu’elle modèle, et réciproquement ; en sortir demande autre chose que de la redistribution. Et ne pas en sortir exclut, je pense, un changement, effectif, fut-il de type « qualitatif ».

Il n’y a pas d’issue dans la réalisation, il faut tenter la confrontation et la négation. Et partir provisionnellement de l’idée que tous nos éléments, toutes nos combinaisons sont déterminées par le monde qui nous a produites, qu’il n’y a rien au-delà du social, que ce n’est pas une malédiction mais la condition de nos possibilités, et un appel à le transformer. Et nous ne pourrons pas y réussir sans leur ôter leurs significations sous-jacentes, leur usage, et sans nous débarrasser de ceux qui portent indélébilement les structurations d’un monde de force de d’inégalité.

 

Ce qui est remarquable, c’est que dans les années 80/90, l’approche subjectiviste des rapports sociaux nous était précisément une arme contre l’illusionnisme objectivant majoritaire, lequel affirmait que la plupart d’entre eux n’étaient pas « réels », de simples conséquences superficielles, pas structurantes, quoi – par exemple le rapport de sexe et ses nombreuses niches. Mais de nous êtres enfermées dans la méthodologie subjectivante de tout faire sortir à rebours, comme d’un chapeau ou d’un vagin, du sujet conséquence, a finalement annulé une bonne partie des progrès et des élucidations que nous avions menées par ce qui était alors une brèche, et qui est devenu un gros mouchoir que nous nous sommes fichu dessus. Et nous empêche maintenant souvent de critiquer l’ordre hiérarchique sexué.


A ces propos, je rappelle bien sûr les travaux de N. Cl. Mathieu. Mais aussi, un chapitre du Mouvement transgenre, de Califia, où il est nettement suggéré, sur étude, que l'on n'échappe en aucune culture ni société à la hiérarchie limitative h/f, et où tout ce qui ne peut pas prétendre à une masculinité "vraie" est, par défaut, tôt ou tard et d'une manière ou d'une autre, assigné féminin. Il faudrait tout de même un peu piocher la question, avant de proclamer qu'on peut, comme ça, par la simple volonté subjective, "dépasser" le sexe social et sa binarité.

 

La reconnaissance ne suffit pas à l’égalité, à l’aplatissement des hiérarchies. Non plus d’ailleurs que les baudruches de la dignité ou de l’appartenance, appelées à rembourrer le manque réel de moyens et de capacités. On peut avoir une kyrielle de catégories reconnues, et ce dans un cadre social et même légal de parfaite subordination, le tout dans la pénurie la plus miséreuse ! Ce qu’on appelle un peu bénignement la binarité est une structure hiérarchique de gentes, certes, mais aussi des formes sociales qui nous constituent. Elle n’est pas une symétrie malencontreuse et ségrégative. Elle exprime une prééminence, celle des formes de l’assigné masculin, et de l’appropriation réussie. On ne sortira pas de la binarité sans en finir avec le masculin, depuis lequel toute la perspective sociale, de sexe et au-delà du sexe, se développe et se renouvelle. Et sans en finir avec les idéaux de force, de concurrence, de valorisation, qui imprègnent ce monde et dont nous avons tant de difficulté à envisager de nous défaire, y compris dans les féminismes. Dans l’état actuel des choses, l’évocation de la binarité reste un trompe l’œil pour éviter de s’attaquer conséquemment au rapport social de sexe et au masculinisme. Et ce, bien souvent, que l’on définisse sa position comme binaire tout autant que comme non-binaire au antibinaire. L’état de ce qui nous constitue est binaire, et surtout il n’est pas, il est pire, que binaire, il est clairement hiérarchique dans ses fondements mêmes. Et on ne peut pas, je crains, désactiver ce caractère en déclarant simplement les choses échangeables et symétriques. Ce qui mine depuis toujours les mouvements d’émancipation, c’est la croyance que pour changer les choses il faudrait que toutes s’approprient les formes et les structures de la domination (éventuellement traduite en « droit naturel »), comme ça paraît-il plus de soucis, pouvoir, appropriation, masculinité égalitaires – alors que c’est en soi contradiction et désastre ; ces structures marchent sur l’élimination et la hiérarchie.

 

Les rapports sociaux ne sont pas une illusion – mais n’existent que rapportés à des faits et à des gentes. Même les abstractions qui les habitent sont des tentatives de les raconter. Nous sommes, entre autres, les conséquences d’abstractions, des théories sur pattes (autant les cisses que les transses, les hommes que les femmes…), et nous le sommes réellement – parce que derrière ses théories encore se dresse une réalité qui nous forme et sur laquelle il n’est pas facile d’avoir prise directe. Ce n’est pas inchangeable mais c’est effectif, prégnant, et surtout ce que nous percevons comme des issues à cette situation est bien souvent le cœur même de l’idéel qui la détermine.

Le social c’est notre réalité, nous en sommes issus, jusques dans nos idéaux qui se prétendent « au-delà du social » et qui en fait sont basés sur ses injonctions centrales – appropriation, valorisation. L’humain « indéterminé » invoqué est comme par hasard un humain propriétaire (de soi et du reste) et amoureux, par exemple.

C’est cette attention portées aux rapports sociaux qui fonde les non-mixités, dans leurs tentatives de saisir ces rapports et de les remettre en cause, comme des survivre dans leur contexte.  

Nous devons une fière chandelle, tout de même, à l’approche subjectiviste, qui nous a permis de prendre la mesure de bien des fonctionnements du réel qui n’entraient pas dans l’objectivisme externe. Bref de percevoir des rapports sociaux très bien intégrés. La faute que nous avons faite, c’est de nous camper dedans, d’inverser notre position d’aboutissement des rapports sociaux en origine, enfin de nous laisser fasciner (Hegel y est il pour quelque chose ?) par leur « vertu » supposée, et l’idée qu’en les réalisant à fond nous les « dépasserions », Raté. Il fallait sortir à ce moment du couple objectif subjectif – mais je reconnais que ce n’est ni fait ni à faire !

 

Il nous faut sortir des mystiques politiques et subjectivistes du dépassement ou de l’illusion, qui nous engluent dans la réalisation perpétuelle du sujet, justement, présent et même souvent passé, romantique, transcendant et autres misères. Il nous faut reconnaître que nous sommes, tels que nous, totalement réelles, dans le réel, et qu’il nous faut soit nous le coltiner, soit le prendre à bars le corps pour voir s’il est changeable, et en quelque chose de mieux. Nous n’y arriverons jamais tant que nous fuirons devant notre ombre, à dire « tout ça c’est pas vrai » - où « imposé par l’hétéronomie des méchants » dont nous ne serions pas. Tu parles.

Par ailleurs, comme par hasard, ce sont en priorité les illégitimes et les infériorisées qui nous voyons enjoindre de nous « dépasser », de nous « déconstruire », de nous abandonner, de nous fuir les unes les autres, de nous rendre disponibles à celles qui incarnent les grandes vérités sociales en concurrence. Et nous intégrons, reproduisons cette exigence affirmative et métaphysique. En clair, il nous est demandé de nous nier, par souci de « dépasser » le rapport social, l’état où nous nous trouvons, ce réel qui dans notre cas est facilement taxé d’illusion, et donc dans les faits de disparaître. En adhérant bien souvent à des affirmations qui nous condamnent, nous déclarent toujours trop ou pas assez. Le dépassement est une arnaque inégalitaire et une fumisterie de plus. Et son but est bel et bien, à l’inverse de ce qu’il prétend, de réaliser totalement, d’achever la logique du rapport social en vigueur, en courant après des idéaux qu’il externalise et dont il prétend que les conséquences seraient autres que celles qu’il cause. Les idéaux convergents de la « subversion » sont la quintessence du monde masculin, économiciste, brutalitaire. Et critiquer, déconstruire les rapports sociaux, c’est aussi prioritairement se préserver et ne pas se laisser délégitimer, tout en évitant de conditionner cela à des illusions ou à des affirmations absolutistes. J’en conviens, ce n’est pas facile (et surtout ce n’est pas l’habitude dans notre vie sociale et intellectuelle). À un moment, l’abnégation et l’héroïsme, y faut qu’on arrête sans ça on va toutes y passer ; et ce genre d’attitude ne nous aide pas à comprendre où nous en sommes puisqu’il nous projette sans cesse sur où nous devrions être selon les fantasmes et présupposés de l’ordre en vigueur.

 

Nous manque, en somme, une attitude de type réaliste, mais qui évite d’absolutiser les tenants et les aboutissants, en reconnaissant leur pleine réalité (et la nôtre) dans ce qui se passe. Ce qui ne veut pas dire être naïves (encore qu’un peu, des fois) vis-à-vis des mécanismes et implications de ce qui se passe. Mais éviter le dualisme qui pose un arrière plan transcendant et déjà écrit en « vérité », et le devenir, ce qui se passe, en mensonge.

 

Évidemment, on peut arguer que nous ne voulons pas du tout sortir du monde sexué et genré, juste lui redonner un coup de jeunesse, le pratiquer « autrement », etc etc. Et que notre but est l’intégration, pas la désintégration. Oui, c’est même sans doute l’objectif, le modèle le plus répandu chez nous. Pourquoi pas ? Il y a juste un hic, et particulièrement en ce qui concerne les nanas transses (et en fait, au-delà, toutes les femmes) : nous sommes d’emblée, déjà, et hors, et dessous. Et je pense que contrairement à ce que nous croyons, que ça va se tasser, sociétalement, que nous allons pouvoir nous bourrer dans un coin de la normalité de sexe, eh bien non, il n’y a pas de place pour les illégitimités les plus dévalorisées dans ce fonctionnement, qui par ailleurs tend plutôt à se rigidifier. D’autres y arriveront peut-être, un moment, pas nous. Notre survie (et sans doute notre transformation, plus tard, vers encore d’autres déterminations sociales) passe par le bris de cet ordre. Son maintien a toutes les chances de nous condamner à disparaître, quelle que soit et quoi que signifie la vague qui nous porte.

 

Notre rapport et notre contexte de sexuation et d’identité sont, dans les faits, « binaires », y compris, pas moins et quelquefois d’autant si nous prétendons à un ressenti qui évacue ou minimise ce caractère structurel. Mais « binaire » lui-même est une manière de symétriser ce qui est un rapport de pouvoir et de valorisation. Bref un cache-rapport social. Il y a, en l’état, de profondes raisons à cela – mais raison rend compte d’où nous en sommes, et ne justifie pas les choses. Nous ne pouvons tangenter, comprendre, peut-être modifier notre social que si nous le prenons au sérieux et comme réel intégral, sans quoi nous serons toujours ses marionnettes reproductrices. Avec les plus candides intentions du monde.

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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:47

 

Gne vais gnencore dire pourquoi le TDoR® continue à m’horripiler ; et même un peu plus désormais. Je sais, je vais encore une fois me répéter. C’est le propre des escagotes de la comprenette et de la rumination comme mézigue, qui bougent toujours mais très lentement. Hépuibon, hein, je suis loin d’être la seule à ce faire.

 

Déjà parce qu’il fonde la légitimité sur la mort, sur la souffrance, voire sur le sacrifice qui ne traîne jamais bien loin. De toute façon le légitimisme qui a de nouveau, ce n’est pas la première fois, remplacé la critique des rapports et des situations sociales, me fait gerber. Une fois de plus on part de l’être et du devoir être pour discipliner, produire ce qui est censé avoir lieu, et on se fiche bien que ce qui se passe, continue à se passer, même se renforce ; on ne cherche pas non plus à l’analyser pour le changer. Nan, l’important c’est de se l’annexer quand il est avalable, de le nier quand il l'est moins.

C’est même je crois de se rassembler autour du couple mi assassin, mi fantôme, de la mort comme règle ultime et de ce qui devrait être idéalement et dans l’ordre social et économique actuel que nous nous mettons dans l’incapacité et je dirai même dans l’interdiction de nous organiser maintenant, pour subsister et pas seulement pour nous « représenter ». Nous sommes tellement méfiantes envers le permanent, le factuel et la transformation, que nous nous réfugions, façon de parler d’ailleurs, pasque c’est chacune pour sa pomme, dans le ponctuel, le symbolique, l’intemporel. Nous sommes conséquemment incapables de nous éviter de mourir, par refus d’une collectivisation effective, et en plus nous allons nous « ressourcer » sur le terreau de nos mortes.

Les idéologies instrumentales morticoles se retrouvent quelque part sur le même plan à la fois idéalisé et objectivé que celles dites de la vie. La mort (brrr ! j’ai horreur même d’écrire ce mot, objectivé…) sert depuis trop longtemps, et à justifier les pires bêtises ou les pires horreurs dès lors qu’on est prêtes à mourir et à tuer pour ; et par ailleurs est un vieux motto faussement égalisateur pour nier les rapports sociaux, puisqu’elle serait à la fin la seule « vraie réalité », la qui l’emporte et prétendument égalise. Mon œil, ce qui compte c’est comment nous existons, les unes et les autres, avec quels moyens. C’est de la vue, de la prise en considération de ça, de comment ça se passe, dont nous nous détournons délibérément quand nous nous rassemblons pour ce genre de cérémonie ! Sans parler de la communion dans l’émotionnel et autres escroqueries du même genre. La mort, rageante réalité de fait, sert beaucoup trop de chaperon idéologique pour passer l’éponge, quand ce n’ets pas carrément pour résumer et justifier. Zut. Nan mais quel avenir ! S’il nous dévore et anéantit, on ne l’aura pas volé ! 

 

Du coup on a bonne mine quand on constate que cette logique, qui profite toujours au plus fort, au plus surplombant, nous enterre immédiatement nous-mêmes. Le TDoR, c’est, on est quelques à l’avoir pourtant déjà dit, deux gros mensonges. Le premier est constitué par l’apparition massive à cette occasion de nos sympathiques alliées, lesquelles passent tout le reste de l’année* à massacrer des nanas transses dans leur sympathique milieu « mgt ». Ah mais le TDoR c’est Noël, tout le monde s’aime, et conséquemment nous sommes invitées (oui, je cause spécifiquement depuis la place de nana transse donc au féminin) à passer l’éponge, en tous cas vis-à-vis de ces suçoirs et abbateuses bipèdes. Quand ce ne sont pas tout bonnement, tout cyniquement, nosdites alliées qui se le kleptent, le jour des mortes, et nous mettent en scène, intersectionnalité permet ! On y arrive dans les endroits les plus "in". Le statut, la situation des transses en milieu majoritairement cis et masculin sont de plus en plus dégradés et marginalisés. Il faut nous tirer de là, et cesser d’être abordables à notre détriment, pour ne pas dire récupérables gratos.

On pourrait se dire déjà que nous devrions tenir les cisses à l’écart de ce genre d’occasion, qu’elles ne puissent plus s’en prévaloir. Et généraliser des (j’ai bien dis des) non-mixités transses, spécifiques aux positions dans le social des unes et des autres. Mais pour cela il nous faut cesser de ramper après la cisreconnaissance, ah ça c’est dur, encore plus dur que de crever sous ses violences, apparemment.

On pourrait – sauf que comme d’hab’ ce serait se réfugier quand même dans le y a pas de problème dans nos fonctionnement et idéaux « à nous ». Mais pourquoi comment au fond ces occasions restent elles inusablement des velcros si commodes, si attirantes, et qui se retournent contre la plupart d’entre nous ? Est-ce qu’il ne faudrait pas mettre carrément en question la pertinence de ces rassemblements d’un jour, qui sont et ne peuvent être que de la représentation, qui par leur format et ses limites agglutinent toutes les bonnes volontés qui veulent se faire voir et reconnaître, à pas cher, quand ce n’est pas à nos frais, et sans engagement – cette glu va dans tous les sens, même si elle n’est pas égalitaire pour autant. Dans ce dernier sens, il s’agit pour les cisses « transphiles » de se faire reconnaître surtout par les autres cisses comme étant d’une haute valeur morale et subversive. On ne peut pas vraiment parler de besoin de reconnaissance par des inférieures sur lesquelles on empiète et bénèffe. Utiliser ainsi n’est pas reconnaître. De toute façon la comédie de la reconnaissance est globalement néfaste, surtout pour celles qui en auraient, dans le fonctionnement assez pourri et hiérarchique qui la génère, le plus besoin. Elle est systémiquement liée à l’impasse représentativiste.

 

Le deuxième mensonge, qui est lié à la même logique sociale plus déroulée, c’est « l’unité trans »’. La bonne blague, comme toutes les unités sociales inclusives prétendues. Les rapports sociaux, ou les différents aspects du rapport social, de capital, de sexe, de race, sans doute aussi de deux ou trois autres déterminations, hé ben non, ne modèlent pas la moindre « unité trans’ » ; déjà, comme si le sort des nanas et des mecs trans’ étaient les mêmes dans notre société précisément arqueboutée sur la légitimité et l’invisibilité relative ; et comme si les nanas transses étaient quant à elles dans des situations égales au regard des hiérarchies de valeur. Ça se saurait. Les trans’ « affinitaires », qui ont de manière générale du capital social et financier au derrière, tiennent la porte de la petite vie sociale pseudo-communautaire (et réellement classiste) bien fermée aux isolées, aux loquedues et autres pauvres. Je ne cause même pas des oppositions plus strictement politiques, par exemple du discours porté par ce qu’il faut bien appeler, sur le modèle de Dworkin, les transses de droite, lesquelles dénoncent les demandes d’avancées et d’égalité formelle comme dangereuses. Bref, unité mon œil. L’unité trans’, comme toutes les unités, est un catéchisme qui se retourne contre nous, qui nous prend à la gorge avec ses exigences et ses affirmations contradictoires, qui enfin renforce les unes contre les autres et finit par éliminer les plus faibles. Celles qu’on ne voit jamais à translande affinitaire ni aux « journées de mobilisation ». Le TDoR est, en interne comme en externe, une copieuse accumulation d’hypocrisies. L’isolement, la précarité et quelquefois la mort des unes peuple carrément, à rebours, la contrition démonstrative (je ne cause même pas de la farce de la « colère ») et la socialité des autres. C’est ce qu’on appelle la division des tâches...

Les idéologies d’unité sont toujours des fictions politiques destinées à gommer les inégalités sociales et les rapports de pouvoir qu’elles déterminent, comme les tropismes vers des idéaux qui « uniraient » - généralement en éliminant ce qui dépasse ou n’est pas assez performant pour. L’égalité ne se décrète pas performativement, surtout quand on reste par ailleurs attachées à un fonctionnement social inchangé, individuel et propriétaire ! Nous ne sommes pas « unies » et même bien des fois opposées, et par nos situations, et par les buts convergents du social actuel qui intègrent inégalité et compétition. C’est pas la peine de chouigner sur « la république » (ou autre gimmick péjoratif du même genre) comme simple fantasme négatif limité, « ce qu’on est pas, boudiou ! », quand au fond on en accepte, pratique et se « réapproprie » tous les fondements, lesquels sont subjectivistes, économicistes, justicialistes et valorisateurs. Conséquemment, et re-, unitaristes, symétrisants et convergents. Il faut renoncer à cet horizon qui nous fait marcher sans trêve vers un idéal contradictoire qui se dérobe.

 

D’ailleurs, en parlant de république, y a quelque chose qui serait anecdotique s’il ne ressortait pas de très vieilles poubelles, et qui finalement à sans doute quelques chose à voir avec ces idéaux que nous n’avons jamais réussi à vraiment identifier et critiquer : le « drapeau trans’ ». Alors déjà, le tricolore, moche comme un pou, avec ces couleurs tristes et délavées, soigneusement rangées en ordre du masculin vers le féminin… Ça fait peur ! « Les deux grenadiers » version trans’ ? Nan, je suis critique de la « non-binarité », mais ce n’est pas non plus pour qu’on se mette en rang d’oignons selon les raies supposées nous être destinées (ça reste à démontrer) dans l’exploitation maraîchère du rapport social de sexe. Et puis un drapeau, surtout donc figuratif de ce que nous « serions » (et dont nous ne devrions à aucun prix déborder, que nous ne devrions surtout pas briser), hé bien non, c’est une trop sale vieille tradition politique. Que ce machin soit sorti de notre impensé et soit petit à petit en train de s’imposer, en soi, moi je dis que ce n’est pas bon signe. Déjà le rainbow a servi à bien du gommage, bien du washing, bien de la symétrisation et bien de la mise en ordre. C’est désastreux je trouve qu’on emboîte le pas.

Le TDoR est notre onze novembre, soit une espèce de célébration complètement à côté de toutes les plaques nous concernant, fuyant même la prise de nos réels, essayant de rationaliser et de justifier l’état de fait à partir d’une symbolique et d’un embryon de récit historique, ce qui est toujours fumeux. Et finalement de tout ramener au silence en interne. Faisons les cariatides autour de notre drapeau (décidément, nan, ça ne passe pas), et allons après nous bourrer l’émotionnel d’audiovisuel consensuel – surtout ne parlons ni de ce qui nous fâche, ni même d’ailleurs de ce qui ne nous fâche pas. Nous nous moquons des clubs de convivialité ruraux, des anciens combattants, mais franchement quelle différence y a-t-il à ça de nos convivialités, de nos mobilisations, de nos « symboliques de lutte » ? S’activer et ne pas problématiser. Pour la soupape de sécurité, nous avons les soirées témoignages. S’enjoindre confiance et choupi choupage entre personnes dont les unes dominent clairement d’autres, qui sont des fois sur le point de s’étriper et en ont bien des raisons. Ainsi des mascarades civiques qui font mine de masquer et de mastiquer le rapport social et économique. Il n’y a plus la moindre controverse à translande, alors même que ça craque de partout. Oscours quoi !

 

Il nous faut subsister, matériellement, maintenant. Et ça ne se fait pas « comme ça », portées sur les ailes de je ne sais quelle droit naturel politique tendant par essence à la légitimation et à l’amélioration, que nous n’aurions somme toute qu’à croire et à célébrer en en attendant l’avènement. Surtout dans un état des choses qui a plutôt tendance au contraire à tourner à l’élimination hiérarchisée. Aussi on ne vit pas que sur les questions médicales et juridiques, quand on est transse, il faut assurer la matérielle et la survie sociale, tous les jours. Bref, et vu comment les chose tournent, il serait bon de cesser de se « mobiliser », ça et là, pour faire – et bien piteusement – petit nombre, un tour de manège pour ta cause ou la mienne et rentre dans ta boîte ; et s’organiser pour vivre, tout le temps, et que ça concerne toutes ces transses qu’on ne voit jamais dans les manifs. Ce ne veut d’ailleurs pas dire amalgamer ni faire fi des inégalités ; s’organiser, ce serait précisément se répartir en collectifs pérennes et effectifs, au lieu d’une « unité » fantomatique, axée sur des objectifs à la fois absolutisés et incroyablement partiels, et qui ne concerne que des petits groupes affinitaires. Mais ça je l’ai déjà souvent dit. Courir après les formes majoritaires, pour ne pas dire hégémoniques, de cette société, quand on y est structurellement minoritaires et illégitimes, c’est à la fois pathétique et suicidaire.

En finir avec les « jours », et particulièrement avec les drapeaux et les chrysanthèmes. La surenchère dans le mémorial ne nous aidera pas, et j’irai jusques à dire que nous sommes aussi responsables si nous ne faisons rien pour nous protéger et collectiviser. Je sais à quel point il est fallacieux de nous inculper nous-mêmes des violences que nous subissons ; mais je maintiens que si, par volonté de ne pas remettre en cause l’ordre d’intégration, qui est aussi d’élimination, nous nous servons de cette doxa à rebours pour ne rien changer à nos fonctionnements, catéchismes, et continuer dans cette auto arnaque, alors nous en rajoutons d’autres, et à nos propres frais.

 

*(ah, non, c’est vrai, elles squattent aussi l’existrans, grand moment de célébration cisse)

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 09:20

 

 

quand l’hétér@forme nous la joue diverse inclusive

(et que nous faisons la queue pour y embarquer avec enthousiasme !)

 

 

C’est frustrant de causer de formes sociales qui non seulement n’évoluent pas, mais semblent juste s’épaissir avec le temps, comme de la corne, occuper une portion toujours plus majoritaire de l’espace, au point qu’on finit par ne plus très bien voir ce qui pourrait leur échapper en l’état, sans même parler d’inventer autre chose. Quand on y revient, ou plutôt qu’on y est ramenée par l’insistance enthousiaste de ses contemporains, on se dit qu’on a déjà donné, parlé, dit, que c’est fait. Mais voilà, les cauchemars sociaux sont réels, performatifs, prégnants, pas des fantômes qu’une bonne tirade contremagique dissoudrait, bien loin de là même. Alors on se dit qu’il faut en reparler.

Ainsi donc des formes sacrées et spontanées d’hétérolande, de l’amour à la famille en passant par les indispensables mioches ou le plaisir génital sans lequel il paraît que nous serions des brutes (que nous le soyons en le recherchant est, paraît-il encore, une « anomalie » dans le logiciel). Mais surtout en fait des loquedues sans valeur sociale. Des manque de tout et manque à personne. Comme il y a quelques années, l’heure est donc aux marches et happenings qui les célèbrent, et qui font singulièrement converger dans ce culte civil et idéal les options politiques des fois les plus opposées.

Ce qui arrive à être tout de même encore plus effrayant c’est que depuis quelques années les contenus se sont rétrécis, simplifiés, évidentisés au-delà de ce qu’on aurait imaginé. C’est valable pour les braves réacs de souche de la MPT, ça ne l’est pas moins pour les kiss in, de doctes colloques positifs, et même une « folle parade de l’amour » en province. La liturgie est de plus en plus basique, unitarienne : l’amour, c’est trop cool, ça n’a rien à voir avec les tristes misères de la vie sociale obsessionnelle et brutale que nous nous menons, et plus précisément que mène le masculin au féminin. Rien à voir avec ce qui structure le rapport social de sexe. Meuh non c’est tout beau tout en gel, voyons. L’amour se positionne ainsi, selon les options, à l’origine tradi comme à l’extrémité subversive du parc où nous sommes censées nous projeter. Pas question de lui échapper. Ce serait forfaire à notre digne destinée.

 

Nous nous plaignons de l’hétérocentrage alors que nous nous hétérocentrons nous-mêmes avec ardeur, que toutes nos aspirations revendiquées sont hétérocopiées, que nous ne voulons que faire et refaire hétérolande, même si c’est avec un autre jeu d’identités, lesquelles sont formées à partir des éléments du rapport de sexe dans leur assignation ; qu’à voir la sourde mais insistante préférence pour la sérieuse performance masculine et le délassement dans le féminin folklorique, exotique, autre. Pour le modèle familial. Pour la production, l'obtention et l'appropriation de lardons. Pour l’ordonnance des rôles qui jaillit toute armée de la dynamique amoureuse, désirante, accouplante. Et la fascination, aussi bien que la remontée capillaire par toutes les failles du sol social, de l’exercice délibéré de la domination, pour chauffer la foule et lier la sauce. L’identification exacte à la génitalité et au corps ultrasignifiant. Le culte du profond ressenti, qui a donné tant d’excellents rejetons politiques. Nous sommes complètement attelées à faire ce que doivent faire, dans le rapport social de sexe hétéro (ce qui est un pléonasme) les femmes et les hommes pour se déterminer et se prouver comme femmes et comme hommes (notamment relationner et produire des mômes dans toutes les conditions possibles et comme priorité, couronnement de la vie ; on croirait vivre, jouer un manuel de sciences nat’s d’il y a quarante ans quoi – avec un hypertexte religieux en arrière fond). Croissons et multiplions.

La politique n’a pas arrangé les choses. Plus la logique, la compréhension, se réduisent au politique, écartent le social comme une complexité inopportune, qu’on ne manie pas facilement, plus les choses en général se simplisent, se racornisssent, tendant à une espèce de copié collé avec un réel tantôt déclaré inchangeable, tantôt porté au métaphysique. Plus on converge vers ce dont il faut à toute force s’emparer, réaliser, comme source de vie – et en attendant lieu d’entrextermination. Bref l’amour fait partie, en bonne position, de ces pôles de convergence dont on attend que jaillissent le lait, le miel et l’anéantissement des méchants. Politique, volonté, justice mitonnent la gelée réactionnaire qui rassemble les plus opposés. L’amour comme ciment politique est celui autour des pattes avec lequel nous irons, volontairement ou non, nous noyer. Et d’ici là, on a droit à des niveaux de conscience (ne parlons pas de réflexion) du genre la haine c’est mal, l’amour c’est bien. Libérons le. Et les rapports sociaux sont un malencontreux malentendu, si ce ne sont même une illusion fâcheuse que la dite conscience, prise, va nous permettre de dissiper. Amen.

L’acronyme inclusif, et faussement égalitaire, lgbt est celui d’une entreprise citoyenne aimante pour la réalisation par toutes, pour toutes, de l’objet social hétér@, dans le cadre de l’égalité formelle supposée des participantes, rendue contradictoire et par l’ordre social qui privilégie le masculin et ce qui y compatible, et par l’objectif qui accomplit et sanctionne cet ordre social. Il n’y a donc pas à s’étonner de l’inégalité récurrente qu’y signalent les collègues : elle est constituée, produite, et dans l’amalgame inclusif, et dans le but commun. Les idéologies unitaires et prétendument inclusives se focalisent sur un trope qui correspond toujours à une prééminence de valeur sociale, laquelle départage. Le but social hétéroforme ne peut aider ni à l'égalité, ni à l'émancipation, par sa structure même. Il n'est pas le seul en ce cas dans la concurrence contemporaine.

Des identités et des regroupements valises se sont crées et agglomérés sur cette recherche de normalité convergente. Le monde lgbt, finalement, existe essentiellement pour réclamer de pouvoir hétérolander. Les rapports de force qui le traversent, et qui sont indexés sur les intérêts représentatifs des plus proches d’emblée de cet idéal (lesbiennes et gays cis’ riches), sont complètement invisibilisés par cette tension vers la réalisation des formes sociales déjà majoritaires : Famille, propriété, normes de sexuation dans les rapports entre les partenaires.. Les contradictions, les inélagités structurelles voire les violences que cela couvre soit ne sont pas prises en compte soit, hypocrisie magistrale, sont mises sur celui de la société hétérote… que l’on veut reproduire cependant. Et l’idéologie du nativisme et du non-choix de la socialité qu’on veut entretenir ou créer participe aussi de cette polarisation traditionnaliste ; on ne choisit pas, on ne choisit tellement pas qu’on a la trouille de ne pas vouloir ou de vouloir autre chose que l’ordre hétérolandien et masculiniste (qui du coup n’est pas non plus choisi et encore moins fermement maintenu, est au contraire naturel, inoffensif et spontané, youpi !) Nan mais zut, des fois.

Lgbtlande est à la fois un lieu social hiérarchisé dans sa composition, et une mise en forme hétérote dans ses buts. Elle montre et ses limites, et la corde : l’inclusion se fait en fonction de la valeur, sociale et matérielle, que peuvent mobiliser les gentes, et il n’y en a pas pour tout le monde, comme de rien dans l’économie, monétaire ou relationnelle – les deux ayant tendance à fusionner. La première chose à faire, pour les nanas, cisses et transses, serait et de reprendre leur autonomie, de refuser d’être représentées dans ce cadre ; et de réexaminer sérieusement les idéaux sociaux, notamment natalistes et familialistes, qui y sont portés.

Par ailleurs, la croyance désarmante que du fait que si on est (gouine, trans’, que sais je ?) une « autre identité », on ne reproduit pas hétérolande, tout en faisant exactement ce qui y est prescrit (se velcroter, se surveiller, filiationner, fantasmer sur le rapport de pouvoir…), cette croyance bien ancrée accélère et approfondit la reproduction de la norme et du rapport social. Quand on lit des énormités genre « nos couples ne sont pas hétér@ » (sans parler de l’appétence pour la sexualité, ses rôles et la mise en dépendance personnalisée en général) on reste quand même assise avec un grand poids sur les épaules. Quelle issue à de telles affirmations, autres qu’une hégémonie renouvelée de ce qui fait hétérolande, laquelle va bien sûr très au-delà d’une simple « orientation sexuelle ». La sexualité c'est l'hétéroforme. C’est un monde social fermé attentivement sur sa réalisation par tous, pour tous. Ce qui se passe ne revêt aucune importance, et le même, avec les mêmes dynamiques et les mêmes conséquences, s'affirme radicalement autre ; quand bien même il tente de s’insérer exactement à la place sociale prévue. Nous ne saurions n’être qu’un aboutissement des rapports sociaux, voyons, quel déficit de dignité ce serait. Nous en sommes forcément l’origine, pure et dure. Il nous faut arrêter de croire que les sujets, venus d’on ne sait où (de mars, de vénus ?), créent le rapport social, et que ce n’est pas ce rapport social qui nous crée. Et conséquemment que « s’approprier » les formes d’un social donné ne reproduit pas ce social.

La politique, n’étant probablement que la superstructure et la traduction de formes sociales à la fois réactionnaires et implacables qui n’entendent pas disparaître, même si il faut pour cela nous faire toutes mourir, ne peut que nous mener à vouloir spontanément avec ardeur, réaliser avec assiduité, ces formes : famille, travail propriété, amour. Et nous ébahir à répétition que ô surprise, avec la joie de l’idéal incarné successfullement, nous avons tout le reste, qui est rien crade ! Que nous voudrions bien voir comme une « anomalie », selon la vulgate de la critique réduite à la dénonciation de « ce qui est autre » ; mais plus le temps passe, plus la violence, la hiérarchie, le mépris suivent fidèlement l’idéal, plus nous devrions nous douter que c’est sa logique interne, implicite ou explicite, qui les porte.

 

Tous les voraces, de tous bords, en reviennent à l’amour et au politique, comme si l’un et l’autre étaient, pouvaient être, devaient être des remèdes au social et à l’économie ! Comme si au moins ils en étaient autonomes, échappés. Alors qu’ils en sont les aboutissements ! Et il est pas beau. Mais il serait vain après ça de dire que donc, puisque pas beau, le social ne peut être vrai. Hé ben non, il est notre vérité et elle n’est pas belle. Nous ne savons pas si nous pouvons agir intentionnellement dessus, et encore faudrait-il examiner de près les intentions qui ont une fichue tendance à découler des convergences et à les juste traduire. Mais que nous ne savons fait que rien n’est écrit. Parce que personne ne sait pour nous. Ni dieu ni césar ni tribun. C’est notre marche ou notre danse en rond qui écrit l’histoire, qui détermine notre réel.

L’obsession autour de la production et de l’appropriation des mioches est en soi, dans son intensité comme dans sa convergence, qui fait ressembler l’argumentation des lgbt les plus subversives à celle des hétéropères frustrés les plus mortifères, un symptôme flagrant d’une situation où l’appauvrissement matériel comme social de la vie d’une grande majorité ramène tout ce monde à s’étriper sur cette existentialisation de rattrapage. On tartine misère et mépris par la dignité et la reproduction. Et au croisement de tout ça il y a donc, je le répète, le phénomène d’investissement et d’appropriation. Le corps et le désir, unification et réclamation. Une véritable panique inversée : il faut posséder des relations, donc des gentes, et tout particulièrement de relations du type supposé apporter le plus de valeur sociale, morale et émotionnelle, donc des compagnes et des mômes. Que l’appropriation soit dans une certaine mesure réciproque ne fait qu’aggraver l’inextricabilité et la violence interne à la chose, et la réciprocité n’entraîne de toute façon pas l’égalité. En outre, la reproduction par les personnes des éléments du rapport social de sexe fait que dans la plupart des cas réapparaissent très vite les clivages genrés quel que soit l’identité des parties prenantes.

Les convergences du dépit que « ça ne marche pas », l’économie politique et ses divers avatars et réalisation, vont vers la régression, la brutalité et le masculin. Le retour aux sources d’un social qui n’a jamais réussi à se mettre en question, quelques désastreuses que soient ses conséquences grandes et petites, quotidiennes et historiques. L’obnubilation sur un devoir être d’une misère à grappin qui confond.

 

Comme le signifie avec emphase une de nos célébrités qui, parmi d'autres,  a découvert combien c’est cool, gratifiant d’être un homme (sans blague ? tu m’étonnes ! hein, tout de même, pasque sinon toute cette histoire qu’on ne saurait vouloir changer était un peu pourrie vécue de l’autre côté…), s’il y a une chose sur laquelle on n’a pas de question à se poser, quand le reste n’est plus évident, bref qui le reste inaltérablement, c’est bien l’importance définitive de baiser – et finalement, petit à petit, en tirant la ficelle, de tout ce qui vient avec, encore une fois le rapport social de sexe dans toutes ses prérogatives et exigences ; on n’a pas de question à lui poser, c’est lui qui nous inquisitionne, nous formate et réclame.

Il n’y a pas d’issue dans la dynamique de spontanéité, d’impensé, de célébré et de convergence. Non plus que dans celle de rébellion au nom de ces évidences intemporelles, in fine toujours passéistes, avares et ressentimenteuses, et de libération du potentiel encore disponible de ces mêmes évidences – qui suppose l’anéantissement prioritaire de la critique et des illégitimes ; rébellion et libération sont surenchère normative et hiérarchique. Et une idéologie est ce à quoi on s’identifie le mieux, qui nous fonde ; l’heure est à reprendre de la distance.

L’amour, sous tous ses avatars, comme le disait Ti Grace Atkinson, n’est autre que la personnalisation outrée de l’appropriation, de la peur, et conséquemment de la violence. L’amour est le prétexte du rapport social de sexe pour exister et maintenir son emprise ; on n’en finira pas avec le rapport social de sexe si on n’en finit pas avec les amours, et leurs visages interchangeables, dont la succession ininterrompue semble avoir pour fonction de nous occuper.

Vivisection et si nous le pouvons assèchement méthodique des évidences, des ressentis, des désirs et des recours. Voilà un possible programme pour rompre le ronron circulaire, descriptif et in fine légitimant des logies et des graphies. Sans quoi on en sortira jamais. Mais voulons nous, ou plutôt qui veut en sortir ?

 

Rapport social de sexe : l'appropriation ne se résume nulle part aussi bien que dans la consommation et la destruction ; je t'engendre, je t'utilise, je te squatte, je te tue ; bref je t'aime. Cool. Pour en finir avec la relation !

 

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 09:11

 

 

La réduction adamsmithienne des rapports sociaux à la subjectivité et à l’individu « irréductible » - poche toujours pas encore assez sondée de pompage de valeur d’échange, il en reste ! mais des gentes avisées et inventives y travaillent. Ainsi d’un coaching de genre, c'est-à-dire d’une entreprise de conseil en transition, qui vient de voir le jour – et immédiatement on se dit « bon sang mais c’est bien sûr », et on s’étonne que ça ne soit pas apparu auparavant. Quand même, ça fait aussi un peu drôle que ce nouvel aspect faussement bénin d’intégration normalisatrice, « devenir ce que l’on est dans un monde qui va être forcément meilleur », d’une aventure qui est encore à ses débuts, dont on ne sait pas bien où elle nous mènera – même si notre désir et notre croyance c’est que tout y soit déjà écrit, et chacune pour elle-même, mais qu’est-ce qui est écrit dans l’histoire sociale ? Que ce soit en ce qui concerne notre devenir en tant que transses, que celui de la société qui peut-être s’apprête à nous anéantir ? Ou à essayer de ? Bah, l’opportunité économique c’est un présent fugace et perpétuel ; et franchement, oui, nous avons besoin de sous, les unes et les autres ; il fallait faire le pas de le lever sur les collègues. Les pauvres financent les pauvres, c’est l’entonnoir économique où, en panne sèche et sans doute définitive de redistribution, laquelle fut au reste très relative, et en passant par le crowfunding, nous nous sommes désormais bien engouffrées. Évidemment, il y en aura encore moins pour tout le monde. Mais il y a des gisements dans la précarisation, surtout si par désespoir de cause on la positive et la passe un peu à la gomme ; les assoces y ont fait leur temps, voilà (cela dit là encore sans garantie de durée, et certitude d’entredévoration) l’entrepreneuriat de l’identité. Yahou !

 

En tous cas, ça ranime encore mon profond étonnement sur pourquoi comment nous sommes là : illégitimes, méprisées, brutalisées, sans parler des multiples emmerdes annexes. Et cependant toujours plus nombreuses. Et prêtes à douiller (ça ce n’est pas nouveau, nous nous sommes toujours coûté cher) pour ça. Bien sûr, peut-être un jour on me démontrera par a moins b que c’était un déterminisme individuel tapi au fond de nous-mêmes, et que le sexe social, pardon le genre, est une affaire strictement individuelle (comme la propriété et l’entrepreneuriat). Pour le moment j’y crois toujours guère, et bien plus à un glissement de terrain dans le rapport social de sexe. Bref qu’il se passe quelque chose à travers nous. Quelque chose qui pourrait qui sait, si nous l’assumions, nous mener loin de l’état de celui-ci, ce qui aurait des chances de n’être pas un mal. Mais ça –

Pour le moment, l’impression qui me revient est plutôt que nous essayons souffreteusement de nous glisser dans la boîte aux sardines, de conforter à la marge les fonctionnements affirmés intemporellement valides, que ce soit la sexuation bien ordonnée ou la production de valeur. Mais les marges, à l’heure qu’il est dans l’époque, semblent de peu d’avenir.

 

Le même jour, je lis qu’il existe désormais des assurances « contre le harcèlement ». Wouaips. Les assurances, c’est un grand domaine voisin de la justice : comment parvenir aussi à ramener à de l’équivalent argent (ou enfermement, ou mort, quand il n’y a pas d’argent) tout ce qui se passe dans les rapports sociaux ; et à en vivre ; donc à ne pas les changer, ce serait tuer la poupoule. Bien entendu ces assurances ne proposent pas de faire cesser le harcèlement, n’offrent pas de gardes du corps. Nan, elles vont prendre en charge les frais des psy qui tâcheront de ravaler les dégâts causés par la violence et le mépris, avec les bonnes vieilles méthodes coué que nous sommes toutes extraordinaires et uniques et toussa toussa, le tout armé par quelque barres de résilience, bref de dureté envers soi pour structurer cette bienveillance, cette sollicitude que bien évidemment nous n’obtiendrons jamais d’autrui. Ça ne changera évidemment rien aux inégalités réelles de valorisation dans la vie également réelle et quotidienne. Mais là encore, nous avons une telle propension à croire et à mordre à l’hameçon, il est vrai avec l’injonction générale de nos proches (quand ils existent ; un dixième de la population hexagonique vit dans un isolement social radical) qui n’ont vraiment pas envie d’avoir la tête cassée de question sans réponses toujours déjà ficelées, que ça va marcher du tonnerre. S’il y a tout de même une certitude provisoire peut-être mais bien assise, longtemps après « il était une fois en amérique », c’est que la brutalisation des rapports sociaux, dans un pays où traînent encore de fortes reliques de l’accumulation au milieu de l’inégalité galopante, est une opportunité pour arriver à dégager encore un peu de plus value. En pressant bien ; ou plutôt en se positionnant sous un angle avantageux juste à côté du pressoir social ! La foire aux prochaines idées est ouverte 24/24.

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7 septembre 2016 3 07 /09 /septembre /2016 09:09

 

L’affect, ses avatars et ses contraires – ou comment la politique qui se veut pure (et dure), laquelle ne peut par là même que suivre et accepter avec plus d’exactitude, le petit doigt sur la couture du fight dress, bien dégagée sur les oneilles, les exigences d’un social éliminatoire et de ses justices ad hoc, se restreint de plus en plus à cette forme bifronde d’appropriation et de légitimation/délégitimation insérée dans un volontarisme transcendant et cynique, et à ses conséquences finales convergentes, du contrôle social et de l’instrumentalisation à l’assassiniat, aboutissement convergent, lequel résout toutes les questions. La politique ne sait faire que ça de la question sociale : solutionner/anéantir. Ce qui est le cas autant dans le relationnel que dans la politique : l’affectif finit par la valorisation, la prise de pouvoir et le meurtre de masse. Politique, subjectif, même combat. Idéologie de la guerre perpétuelle comme moteur du justifiable, de la dignité comme culotte courte de l’inégalité. À présent que l’argent se cache et se concentre, que la pauvreté se généralise, révolution ni putsch ne nous rédimera. Les agenda politiques sont mode avancé de reproduction du rapport social et de la propriété, d’autant qu’ils se prétendent autonomes ou premiers. Nous n’aurons pas su nous défaire, dès notre quotidien, de ce prétendu immédiat, de ses chantages à la valeur et à l’existence ? Nous l’avons romantiquement érigé en « contre-pouvoir » (ha ha ha !) ? Nous allons bénéficier de sa version totale. Laquelle pourrait bien siffler l’extinction de partie à tous les niveaux – en commençant toujours par les mêmes.

 

La politique et ses diverses incarnations, de l’affectif à la culture en passant par l’identité et autres retours aux sources, couvrent, invisibilisent les rapports sociaux et économiques qui nous tuent, neutralisent, naturalisent leurs déterminations et contenus, les soustraient à l’examen et à la contestation, en détournent l’attention vers des fétiches et autres symboles sacrificiels. Ravitaillent en sens l’inchangement et la perpétuation. Pourvoient les solutions en raisons et réponses. Protègent les hiérarchies et les évidences. Les stigmatisées ont tout à perdre, jusques à elles mêmes, à communier dans cette assomption faite par et pour la puissance, ou son avatar la résistance, promotion d’intemporels sujets toujours déjà là, exonérés de toute responsabilité dans notre présent, alpha et surtout oméga, in fine confirmation des rapports de force ; à croire qu’elles peuvent être principes égalitaires, infuses, qu’il n’y a pas à les mettre en cause mais au contraire à s’y abandonner, dans l’enthousiasme de la contrainte et de son immanence disciplinaire. Il y a beaucoup à dire sur ces retours aux niches, ce qui y converge et ce qu’ils potentialisent.

 

C’est ainsi que nous adhèrerons, serrerons les vis, mourrons, ferons mourir, justifierons les moyens, dans la pénitence et le ressentiment, la hargne et la possessivité, certes des conséquences d’un subjectivisme peut-être indémêlable, mais aussi d’avoir reculé devant la négativité et la critique, et d’avoir renoncé à tenter de le démêler, pour ne pas dire nous en débarrasser. Pour nous être accrochées à la réalisation de ce nous-mêmes angoissé et morbide, y avoir revendiqué notre droit (!), et avoir rejeté toute perspective d’émancipation envers ces formes pathétiques et mesquines à la fois. Nous allons crever et faire crever des extrémités de la positivation et de ses méthodes coué. Des échappatoires ne pourraient désormais plus se tenter que contre les fondamentaux, à terme convergents, injonctions intériorisées décrétées libérations, travesties en subversion, spontanéifiées, et ceux-ci nous ont hypnotisées comme jamais. L’enchantement du monde, c’est l’adhésion approbatrice au règne du dépassement, de l’au-delà. Bref de la mort, par ce à quoi elle a toujours servi historiquement : solution et règlement universels. Top classe.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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