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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 10:18

 

Nous ne manquons pas tant que ça de conscience sociale ni même d'intuition sur ce qu’il en est de nous et du reste ; pas mal de gentes chez nous savent très bien, depuis longtemps, et ne se privent pas pour le dire en privé, que bien des évidences convergentes de nos catéchismes, par principe référentes et déproblématisées, induisent injonctions globales intériorisées et acritique, contradictions internes, résultats pourris, et que les conséquences que cela implique pour nous ne viennent donc pas que des subjectifs méchants hétéronomes et de leur domination ; mais voilà, comme en causer publiquement, amener les questions, serait préjudiciable à la cohésion et pour tout dire à l'ordre social de nos milieux, où bien souvent ces gentes occupent des places enviables, hé bien iels mettent un mouchoir par dessus, et causent d’autre chose, de ce qui permet de faire chorus et accumulation sociale (selon les options). Crapulerie hypocrite ? Sans aucun doute jusques à un certain point ; mais quid de ce qu'il y a en deça, qui nous informe toutes, et qui peut être la frénésie d'anéantissement profitable consécutive à l'économie éliminatoire et au sujet social qu'elle engendre ? Bref, avec le cynisme superficiel le plus parfait, nous pouvons n'en être pas moins les dindes de notre propre farce ! Nos impensés, nos simplismes, nos subjectivismes auront notre peau, sans parler de celle des autres. Personne ne nous plaindra et même, quelque part, à raison.

 

 

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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 10:11

 

Les idéologies et orga velcro, ou simplement les gentes se la pétant référentes, candidates au charisme, qui veulent être les alliées et les amies de tout le monde ou peu s’en faut (d’où aussi l’inoxydable référence à Gramsci !), et finissent, paradoxalement (mais le paradoxe, même subi, fait fureur sur le marché ces derniers temps), par ne plus savoir où elles couchent, écartelées entre les sollicitations (puisque ces amies et alliées elles mêmes, prétendantes à quelque hégémonie, ne rêvent que d’en collectionner aussi pour s’étendre) alors même qu’elle se basent généralement sur une rigidité idéelle et politique particulièrement étroite. Ou comment cultiver les inconvénients des deux, opportunisme d’une part, sectarisme et élitisme de l’autre, voire des trois si on y ajoute le schématisme poussé à l’extrême et cependant distendu par la « philie », sans en garder le moindre avantage, si avantage toutefois il y avait. Le sujet de l’économie politique, continuant à se chercher dans sa faillite, se révèle incroyablement prolifique en contradictions, qui plus est portées fièrement, flamberge au vent. Ce pourrait être rigolo si ces contradictions et paradoxes ne tendaient à se résoudre dans l’extermination salutiste.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 08:27

 

 

 

Il y a quelques temps, une compagnie de théâtre qui voulait jouer un spectacle dérivé de textes et mémoires de Grisélidis Réal s’est vue, - enfin ! – rappeler par des camarades concernées qu’il y avait, comme on dit, un tit problème avec les conceptions et idéaux exprimées par celle-ci. Bref que Réal était une nana de droite, plutôt antiféministe, passablement exotisante, non dénuée de racisme… Il était peut-être temps de s’en rendre compte. Il est patent d’ailleurs que ça n’a pas eu de suite. La compagnie à continué son tour à féministlande et personne ne lui a plus rien dit après cette anicroche.

 

J’aurai tendance à ajouter qu’il y a un problème de fond derrière cette anecdote : c’est la propension, d’ailleurs commune à beaucoup de militances, de s’appuyer sur et de reconduire indéfiniment des référents à la fois idéalisés, décontextualisés, exactement sur le modèle des mythes fondateurs des institutions que nous vilipendons tant. Désolée mais Grisélidis Réal, ts plutôt haut de gamme d’il y a cinquante ans, peut difficilement être portée aujourd’hui comme la parole de nouzautes. D’ailleurs, et comme je l’ai dit et le redirai, supposer « une » parole des ts, comme de n’importe quelle catégorie idéale, symétrisée, sans prendre en compte les inégalités et les rapports sociaux en interne, est une imposture. Une de plus de ces impostures « unitaires » qui portent la parole et les intérêts des mieux placées, ici les escort jeunes, belles, de plus en plus souvent avec rampe de lancement classe moyenne pasqu’aujourd’hui on n’accumule plus trop sans biscuit, loi de contraction du capital oblige ; et l’imposent comme celle de toute la corpo, en faisant taire et en délégitimant, dans la logique de concurrence renforcée actuelle, les moins favorisées par la norme et la valeur d’échange, lesquelles se disputent âprement, comme dans les autres secteurs de valorisation, un surplus de plus en plus restreint. C’est cette parole et cet ordre social, et qui plus est grevés d’un passéisme qui devient mi comique, mi étouffant, que réitèrent celles qui nous ramènent Réal comme interprète.

 

Mais ce simplisme convergent, incarné par ce qu’il faut bien appeler des momies, conservées dans nos frigidaires intellectuels et culturels, est un phénomène récurrent et hélas sans cesse (re)fondateur chez nous. Ainsi en est il de Stonewall, par autre exemple. Au reste, pourquoi pas : exister socialement, baiser, consommer « comme les autres », c'est-à-dire les hétérocis’. Mais alors quelle société voulons nous, sinon celle qui existe déjà et contradictoirement élimine et écrase, roule sur les inégalités naturalisées (celles de richesse notamment). C’est toute la trajectoire de lgbtlande : famille travail patrie, hé oui, hélas, qui se trouve ici résumée. Et l’idéal de Réal, c’était les femmes à leur place dans le rapport social de sexe, l’idéologie du « besoin sexuel irrépressible », le libéralisme, la nécessité des macQUEs... Même d’un point de vue ts actuel, moyen comme idéal. Moyen aussi parce qu’on en a vu le bout depuis longtemps, comme celui de l’égalité civile et des droits sociétaux dans une contexte d’appauvrissement généralisé, où nous en sommes de plus en plus à nous bouffer les unes les autres pour simplement survivre. Droits ou pas droits. Sachant que le principe de droit surplombant, suprême, reste cette propriété, ce rapport d’appropriation qui est un rapport de force – et que nous conservons toujours l’illusion depuis des siècles de faire nôtre (je m’appartiens, et je n’en crève pas moins), alors que c’est nous qui sommes siennes.

 

Autre biais récurrent : donner la parole. Alors là je vais la jouer situé rapport social à fond : qui donne la parole à qui, et quelle parole ?! Moi je suis désolée, mais je ne tiens pas du tout à ce qu’on me donne la parole. Que ce soient des gentes d’autres catégories sociales, ou bien des miennes mais qui ont comme ont dit des « accès, » mieux réussi quoi, l’élite subalterne. Nan, je crois qu’il y a un problème intrinsèque là aussi à cette distribution de la parole qui maintient intacte la hiérarchie, el renouvelle en acte. Je ne suis l’oiseau chanteuse ni l’oisellière de personne, enfin j’espère. Bref, encore une idée a priori sur laquelle les actrices de leur vie et de celle des autres devraient bien s’interroger : donner la parole. Qu’est-ce qui fait qu’on est en situation de ça ? Et, oui, ça va jusques à interroger les camarades qui font du média. Qui sont elles, socialement, d’où viennent elles ? Et enfin, quand on voit le genre de parole que ça donne, bien souvent de la récitation de catéchisme, parce qu’il faut quand même qu’elle soit bonne et idoine, cette parole qui finalement prime sur les personnes, les rapports sociaux et les existences. On est là pour approuver, quoi. Et dans le cas dont je parle ici, c’est si j’ose dire encore pire parce que c’est alors nous imposer une image éternelle, figée, paléolithique et réaque. Et « unitaire », puisque vu du dehors, et hélas quelquefois du dedans, de nos fameuses « orgas » bien ordonnées, il paraît que toutes les TS sont égales, vivent et pensent les mêmes choses, ont des intérêts semblables…. Cool ! Ben on s’en passera, de cette parole qui est dans votre panier, hein ? Enfin, est-ce que cette charité parolière si empressée ne servirait pas à éluder, comme bien d’autres choses symboliques, la question de l’inégalité matérielle ? Les bonnes dames viennent souvent de la non moins bonne société, fut-elle alternative, comme j’en ai causé et en reparleai ; laquelle est quand même bougrement majoritairement formée de qui viennent de secteurs sociaux à moyens, et les répartissent sur leur descendance, laquelle les répartit elle-même, ou pas, selon son humeur, sur ses ouailles. Celles qui octroient libéralement la parole sont fréquemment celles qui aussi gardent leur fric et leur patrimoine pour leurs « affinités ». Là on entre dans la question de la réalité des rapports de richesse à subversivlande…

 

Bref, bien souvent, les images en lesquelles nous essayons de nous transformer, accessoirement de transformer les autres ou de les y rapporter, sont les expressions de l’idéal, et de l’idéologie, à la base, du même monde qui violente et élimine la plupart d’entre nous ; mais nous ne parvenons pas à établir cette correspondance, nous y sommes mêmes réticentes, nous voulons continuer à croire à la fiction d’une humaine générique, subjective, indépendante, telle que la pensée libertaire nous l’a routée pareil, congelée, depuis les débuts du capitalisme dont elle était sans doute sincèrement le but rêvé, un monde de gagnantes sans perdantes – mais cette arithmétique métaphysique, cela fait longtemps que nous avons pu, ou aurions du, conclure à sa faillite. Le rêve des grisélidis, des stonewaliennes, et de bien d’autres, c’était celui d’adam smith, la richesse, l’épanouissement sans conséquences, la réussite qui ne coûte ni ne pèse à personne. Sans effets secondaires, sans passif. Alors que ceux-ci sont l’essentiel et la condition du bilan. Je tiens ici à souligner qu’il ne s’agit en rien d’une opinion antimoderne ; bien au contraire. Durant ce temps nous avons aussi délié et inventé bien des choses ; mais finalement nous en avons toujours soumis la réalisation à des conditions fondamentales qui ne le sont rien moins plus, que modernes ! C’est comme la déjà trop vieille blague de la « subversion » et de la « déstabilisation » menées au nom et dans la ligne des idéaux et structures fondamentales du social, pourvoyeuses uniques de légitimité, voir plus loin, gongorismes et rengorgements « pragmatiques » qui n’arrivent plus à cacher notre absence de plus en plus totale d’audace et notre frilosité critique. Notre renonciation et notre fatalisme : rien d’autre, surtout rien d’autre, danger de nous perdre comme sujet idéal, rétrocentré – tiens !

 

Des fois c’est ça qui devrait quand même nous alerter : quand nous perpétuons une mémoire immobile, vernie, lissée, de plus en plus intemporelle à mesure que son origine s’éloigne. Une forme particulièrement pernicieuse de la fascination antimoderne. Continuer à jouer Réal en 2017, dans des conditions qui n’ont désormais plus rien à voir avec son époque, et par ailleurs sans capacité ni volonté de critiquer ses positions encore une fois, pourtant, bien copieuses, c’est une auto hypnose, et une auto hypnose intéressée : ne pas prendre la mesure du devenir présent du social. Le fourrer dans la momie, hop, ni vu ni connu. En plus cet atavisme personnaliste, subjectiviste, presque bonapartiste, de nous raccrocher à d’indispensables figures tutélaires, dont en outre le choix révèle bien des a priori idéologiques, tradis, libéraux, inégalitaires ; mais dont la méthode et le principe même sont un fléau, un déni, une fuite. Il faut arrêter avec les images et les visages, les grandes silhouettes et les fantômes. Nous replacer nous-mêmes comme sujets de ce social si problématique, et c’est un euphémisme. En première ligne et cibles de critique. Sans quoi nous nous maintenons pareillement en lignes, comme cibles de violence, de hiérarchie et d’élimination. En espérant évidemment que c’est la voisine qui y passera. Ou sa voisine à elle.

Nous replacer dans la dialectique du présent, cela reviendra sans doute aussi à limiter un peu voire beaucoup la place que nous donnons à une sorte de pédagogie, de catéchétique, qui fait et circonscrit les question comme les réponses, et qui a fini par se retourner conte nous, parce que nous nous l’appliquons comme si nous étions un objet extérieur à nos propres situations sociales. Résultat, nous nous retrouvons toujours en retard sur nous-mêmes et sur la situation sociale en général ; ce qui est une vieille bâche militante, c’est sûr. Nous aimons déjà à décalquer des interprétations dixneuvièmistes, finalement rassurantes, sur l’époque d’extermination où nous entrons. Mais par ailleurs, pire que ça, nous finissons aussi par nous réécrire en temps réel.

 

Nous avons des histoires ; mais encore fut-il qu’elles restent des histoires, vivantes, évolutives, critiquées, de groupes sociaux ; et qu’elles ne se figent pas dans l’hypostase de « grandes figures » ou d’’identités qui concentreraient quelque peu magiquement un contenu a priori, lui-même indéfiniment répété et supposé. Encore une fois, nous avons tendance à nous « réapproprier », et bref à reproduire, le fonctionnement des sociétés qui nous écrasent, avec leur personnalisme bonapartien, leurs « grands récits », leurs « incarnations » de formes sociales, et le dirigisme moral assez sommaire qui en découle. Imageries qui d’ailleurs ne rendent pas toujours vraiment justice aux personnes ayant réellement existé qu’on en affuble ! Je suis ainsi souvent triste de voir notre camarade Feinberg réduitE à l’ultradaté et normé Stone butch blues, alors qu’iel était partisanE du devenir politique et social, et a écrit par la suite bien d’autres textes, peu ou pas repris, y compris dans son pays. Il y a aussi, sans douté basé dans notre crainte d’admettre que nous changeons et évoluons, un refus tacite chez nous de prendre en compte les changements, donc, de points de vue, d’identité, les cheminements et les contradictions ; tout doit toujours avoir déjà été et former bloc. Sans quoi danger ! Là encore, nous nous calquons sur la société majoritaire que nous prétendons tangenter.

 

Pire, derrière, il y a chez nous (et là encore nous ne sommes absolument pas originales) une soif jamais étanchée de passé mythologique, intemporel, fixiste. Nous aimons désespérément à nous référer à des « avants » idéaux qui contiendraient la vérité de l’être, le bien et le salut, eux même donc ahistoriques, essentiels. L’exemple du globiboulga d’un originel forcément sympathiquement genré, où se niche une théorie de la transsité elle aussi comme stase humaine fixe, n’est pas le moindre. Que bien des gentes se soient démerdées comme elles ont pu, avant nous, dans les rets du rapports social de sexe, ne fait aucun doute ; mais ne fait pas non plus ce que nous appelons aujourd’hui trans’ soit identique à ce qui a pu jouer dan ce cadre ailleurs et autrefois. Mais c’est là une question d’approche première : le monde change t’il ou n’est-il qu’un rubik kube incessant de formes pérennes ? Même si des collègues matérialistes et historicistes ont démonté pas mal d’affirmations à ce sujet, ça reste bien souvent indiscuté chez nous. En plus ça évite de se poser la question de la structure comme de l’usage du genre et du sexe social eux-mêmes, si on arrive à leur trouver un état exonéré de leurs désagréables conséquences et implications présentes. Tout bénef’.

Le problème, comme d’habitude, gîte d’abord dans le principe de départ : ne pourrait « vraiment » exister, être bon, être tout court, légitime quoi, que ce qui aurait été « avant » et finalement « toujours ». Qu’o devrait libérer, dégager de la vilaine tourbe historique et du devenir, restaurer dans son absoluité. C’est marrant, la pensée de gauche fatiguée d’elle-même rejoint facilement sur cet a priori la bonne vieille pensée de droite, culturelliste et identiste. Donc, puisque nous voulons être justifiées, il nous faut nous situer dans l’intemporal, le non devenir, le non changement ; bouh le changement, la modernité, mal, imparfait, décadent. Dans la fascination anti-intellectuelle et traditionaliste, croissante chez nous, devant « ce qui aurait du être » ; quitte à s’étriper sur ce que c’est, l’important étant son inamovibilité. Une vraie pensée de la création, de la chute, de la rédemption quoi.

Hé ben nous sommes un certain nombre à déjà ne pas croire à ce paradis antérieur, ni que ce qui nous a précédé aurait pu nécessairement nous amener ailleurs qu’où nous en sommes (autres question ouverte) ; mais surtout à refuser la pensée légitimiste et fixiste qui n’admet l’existence réelle de quelque chose que si il s’affuble de l’uniforme de l’atemporalité et de l’éternité. Bref à défendre des approches à la fois matérialistes, réalistes et phénoménales de l’évolution du rapport social. Et à combattre un schéma qui, pour nous, mène répétitivement à la déproblématisation (puisque les « réponses » auraient été toujours déjà données, ne seraient qu’à « retrouver »), à l’essentialisation et à la régression in fine. Par ailleurs, ce schéma est probablement intrinsèquement lié aux fadaises du « tout est déjà en nous », qui aboutissent pratiquement à voir le monde social comme une création permanente (et cependant soigneusement répétée, cherchons l’impasse) d’identités naturelles ou fondées en elles-mêmes, individuelles ou groupales – et non l’inverse.

 

C’est donc carrément un euphémisme de dire que nous avons une manie passéiste, que nous nous évertuons à produire un passé que nous considérons comme indispensable à la justification de nos présents, sans même causer d’avenirs. Et que conséquemment bien évidemment nous mythifions, simplifions, élaguons dans le sens qui convient à cette utilisation. Ça ne nous fait même pas un petit dring dans la tête (comme pour hélas bien d’autres tropes) que nous fassions ainsi exactement comme la plupart des groupes ou tendance sociales et politiques que nous considérons, à juste titre, comme nos ennemies. Nous n’arrivons tellement pas à nous considérer nous-mêmes, telles que les choses se passent, maintenant, qu’il nous faut nous affubler de vieilleries réécrites et légendaires, même les mettre en avant de la charrue, pour parvenir à nous regarder un peu. Parce que je veux pas dire, mais quand on a un peu d’âge, on sait de mémoire et d’expé que nos fameux passés, y sont pas tout en sucre, loin de là, et que dans bien des cas, si nous avons quelque chose à en apprendre, c’est que et comment ne pas faire, plutôt que calquer. Nous nous dupons ainsi nous-mêmes avec attention et délices. Et de temps en temps l’abîme s’ouvre, quand on voit brutalement ce qu’était ce passé, lequel ne nous aurait d’ailleurs probablement pas assumées ni approuvées dans bien des cas. Laissons le donc où il est et apprenons à oser nous déterminer, nous construire, changer au besoin. Et cesse de nous justifier à coups de mythes et d’a priori souvent mensongers. Évitons donc de nous laisser engluer et assigner par et dans des modèles et des paroles héroïques, transhistoriques et figées. Au contraire, suivons nous nous-mêmes, non pas subjectivement et individuellement mais systémiquement et socialement.

 

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 11:47

 

 

Ce coécrit fait suite au consensus mou (on devrait dire énième de la famille…) d’un certain nombre d’associatifs trans’ « autonomes » pour diffuser et défendre la pub pour un machin cultureux profondément exotisant au sujet de l’histoire sociale des nanas transses telle que fantasmée par les cis’, et à laquelle on sent que tout le monde aimeraient bien qu’elles collent : folkloriques et disponibles quoi. Et au refus d’une critique construite de ce genre d’imagerie. Ben non, zut, nous n’acceptons pas l’indifférence et l’absence dirigée de réflexion sur ces sujets, qui démontrent la persistance d’une misogynie foncière et crasse jusques dans translande. On va beaucoup se répéter, exactement comme ce qui se passe chez nous. Enfin, chez nous – qui est chez soi réellement dans ce très petit monde, qui entend représenter ce qui devient rapidement une multitude ?

 

S’il y a une passion qui est largement partagée en cette époque, commune autant que résiduelle, c’est bien celle de délégitimer les nanas transses, après les nanas cisses, bien entendu, puisque c’est l’assigné féminin qui est en cause, et avec bonus intégré, on devrait dire incarné. Par quelque moyen et avec quelque prétexte que ce soit. Il y en aura toujours bien un qui passera. Depuis les continua néo masculins, binaires ou pas, jusques à cisselande (nos chères alliées vérole), en passant bien entendu (il faut un fusible pour le courant) par nous-mêmes, un peu ahuries et consentantes, qui venons et revenons voleter autour de la lampe du pouvoir et de la reconnaissance sociales, ça fait convergence. La haine normative de l’assigné féminin est en effet systémique, partie intégrante du rapport social de sexe auquel nulle n’échappe, et tout le monde la relaie, y compris envers soi (et surtout les collègues), d’une manière ou d’une autre. Le motto central, c’est donc l’illégitimité, le manque à, c’est que nous ne pouvons être tout à fait ce que nous sommes, c'est-à-dire de nouvelles catégories de nanas. Comme c’est nouveau et surprenant, tiens. Il paraît même, d’après des petits bonapartes associatifs de métropole régionale, bien installés dans l’institutionnel, que quand on rassemble on ne fait pas structure (alors que les assoces monocéphales, tiens…). On ne doit en fait vraiment rien être, si ce n’est éparpillées, utilisables, assujetties et approbatrices d’une neutralité unitaire translandienne qui penche nettement vers où penche le social général en cette période de concurrence pour la valorisation-survie sur fond d'échec du sujet social idéal de l'économie politique : la remasculinisation neutre-référente, soit en identité, soit en appropriation des vaillantes valeurs qui nous ont menées où nous en sommes, les humainEs. Mais quand même, c’est encore mieux quand on n’est pas là. Ou vraiment « raisonnablement », minoritaires. Comme c’est le cas désormais dans un nombre croissant de collectifs trans’, où on apprend vite (ce) qui est défendable et (ce) qui ne l’est pas ; et encore plus chez les lgb(t), évidemment. Ça tombe bien, en réalité on n’y est plus guère. On est partout ailleurs. Éclatées en nous-mêmes, autant que socialement. Et évidemment prises, comme nos collègues, dans cette complexification en abîme du rapport social de sexe ; nous avons été des mecs, eux des nanas. Et essayer d’enfouir ça sous un catéchisme nativiste et essentialiste que le social ne serait qu’un masque sur un profond réel fermement sexué « du bon côté », genre « née dans un corps de », c’est de la foutaise. Le réel social est le plein réel humain, dans son présent, accumulé ; s’il se modifie et évolue c’est tant mieux, mais ça n’efface rien. Bref, si misogynie il y a, ce n’est pas une affaire simple, du tout, ça ne peut être que systémique, d’une part, et d’autre part pris avec les pincettes de ce que nous trimballons, accumulé, les unes et les autres. Il n’en reste pas moins une tendance lourde à la reproduction de la méfiance et de l’hostilité envers les formes de l’assigné féminin (qui dépassent d’ailleurs largement l’identité féminine proprement perçue comme telle). Une passion sociale et forcément positive, et la misogynie générale dans la société de sexes résulte avant tout d’une subjectivité positivante d’un neutre qui revient aux formes rassemblées sous l’assigné masculin, et qui donc fait consensus – ses conséquences en sont alors dissociées comme « anormales », alors qu’elles en sont, sinon « normales », tout à fait logiques et prosodiques. Inutile donc de chercher à l’origine un machiavélisme délibéré, celui-ci n’apparaît qu’en route, dans la mise en œuvre, laquelle est toujours perçue comme justifiée au niveau fondamental.

 

Ce n’est un secret pour personne que translande, c'est-à-dire à la louche les trans’ plus ou moins organisées, avec du lien social, toussa toussa, ça rassemble une assez infime partie des personnes trans’ et notamment des nanas transses, surtout dans ce pays. Le monde associatif en forme une partie importante, même si il ne la résume pas ; il y a toute une socialité trans’ et transse qui lui coexiste ou lui échappe, selon comment on voit les choses. Mais enfin il n’y joue pas moins un rôle central.  Depuis des années des assoces ou autres orga font de la retape, depuis des années elles se gonflent comme la grenouille alors qu’elles tournent généralement en réalité sur une personne ou un binôme (une étude socio à ce sujet serait sans doute instructive) qui y détiennent fermement le pouvoir, fixent et immobilisent la ligne idéologique, plus un cheptel irrégulier, turnoverisé, subordonné ou infantilisé, qui peuple plus ou moins bien des soirées tupperware où le témoignage larmoyant et la victimisation, sont encouragés, où il est déconseillé même d’essayer d’aller outre et de penser système ; un nombre fluctuant mais de toute façon infime quand on sait combien nous sommes, d’adhérents fantômatiques. L’associatif trans’ n’en a pas moins une importance décisive pour une bonne partie de ce qui a évolué formellement, administrativement, dans le sort des trans’ dans ce pays depuis vingt cinq ans. Il n’est donc pas question ici, si l’on en pointe les limites ou les contradictions, de le délégitimer. Il s’agit de signaler des implicites, des dénis et des zones aveugles qui ne l’aident pas à progresser – et nous en général avec. Car une partie aussi notable des consciences sociales trans’ s’est constituée du fait de l’impulsion de cette minorité active. Juste on se retrouve facilement, au vu du social global et de ses fonctionnements, de ses hiérarchies, de ses objectifs, coincées à plusieurs charnières, où la nouveauté et l’illégitimité collisionnent l’espoir d’intégration. Et de là naissent ou plutôt se reproduisent, pasqu’on n’a pas inventé grand’chose à ce point de vue, les chausses trappes, les rapports de force interne.

Cela se perçoit aussi dans le primat donné d’emblée à un politique strict, au détriment de l’examen et de la prise en compte du social général. À ce point de vue, les dernières tentatives d’autonomisation trans’ se sont rapidement ensablées et ont relancé la ronéo fonctionnelle et idéologique. Notamment en se proclamant à chaque fois l’aboutissement indivisible, unitaire, sans coutures, contradictions ni (trop de) rapports d’inégalité en interne. Or, ben non, à chaque fois on pousse les questions qui fâchent pourtant depuis longtemps sous le tapis, et ça commence à faire de sacrés monticules, sur lesquels on se casse réglément la figure au premier mouvement. Ce qui fait qu’on n’y bouge plus.

Les assoces ont leur utilité, spécifique ; elles font du support et de l’institutionnel, elles font même avancer ce dernier, tout en le confisquant quelque peu (l’opacité est la règle à translande associative). Mais pour cela on a besoin d’un bureau et d’un fax, de quelques sub’s si on a de la surface, du piston, et d’une représentation souvent monopersonnelle protéiforme et interchangeable. Les assoces sont des avants postes indispensables par rapport à l’institutionnel, mais sont par ailleurs plutôt néfastes à la socialité transse, surtout à mesure que les choses se compliquent et se dégradent ; elles ne constituent pas, et moins que jamais en l’état du social qui se déglingue, une possibilité de vie. On en a déjà parlé ailleurs. Ni une représentation, au-delà de quelques idéaux, d’une société trans’ elle-même bien peu existante. La plupart des transses vivent absolument sans lien avec l’associatif, on l’a dit et répété, et ce pour plusieurs raisons (présence obsédante des rapports de pouvoir, opacité donc, dirigisme idéologique, bien sûr également à l’inverse individualisme et naïveté citoyenne…). C’est un fait et il n’a pas l’air de vouloir changer, mais plutôt de s’accroître avec le temps et l’involution du social. Enfin, il y a aussi un, peut-être déjà des, translande(s) relationnellement structuré(s) qui déborde(nt) le monde spécifiquement associatif, mais c’est en formation. Il faudra en causer, une autre fois.

Les assoces ont été créés sur des structures destinées à remplir le temps libre des majoritaires, pas pour constituer des plateformes de vie et d’orga pour les minoritaires. Les dynamiques de pouvoir et d’intégration y sont donc nettement plus violentes chez nous que chez les pour qui s’associer est un hobby. C’est un classique des minorités. Nous y percevons, et à raison, et à tort, de tels enjeux, que ces structures de viennent facilement pépinières d’abus, de despotisme, et ce qui n’est pas le moins grave de peur de la réflexion. Bref, laissons les vivre, soutenons les, mais vivons, d’abord, et ne nous laissons pas bouffer par elles. En fait, il nous faudrait parvenir à mettre en place de tous autres réseaux de vie sociale et communautaires, qui à la fois remplissent tout ce que les assoces ne peuvent pas assurer, et aussi arrivent à ne pas reproduire les rapports de pouvoir et d’injonction qui sont presque toujours la règle dans celles-ci. Ce n’est pas gagné du tout.

 

On en est même ces derniers temps, ainsi, avec la mise au placard, la réticence ou la fuite de plus en plus accentuée des nanas transse du néo monde associatif trans’, souvent dirigiste et masculinocentré, à ce que celui-ci abandonne la « gestion » de nouzautes au pack lgb(t) que pourtant il morigène avec raison, quand ce n’est pas à la charité hétérocisse pure. Quelque part les nanas transses ne font plus partie de facto du petit monde trans’ ; alors que par ailleurs elles constituent cissocialement la presque totalité de son image fantasmée, et dans les faits peut-être une majorité de sa population en nombre. Il y a comme une espèce d’implosion dont on peut se demander où elle va mener. Peut-être que dans quelques années, translande associative tournera pratiquement sans femmes, sinon en peinture, défendra plus que jamais un intégrationnisme neutre complètement dénégateur de notre situation réelle, qui est déjà massive. Il y a un véritable dédain envers les nanas transses, leurs spécificités sociales, leur survisibilité et la violence qui va avec ; et ce dédain est même perceptible de la part de celles de nouzautes qui ont réussi à se tailler une place de pouvoir dans le milieu – rien d’étonnant, la misogynie intégrée est aussi le fait des femmes les moins mal placées. Les nanas transses sont juste bonnes pour faire nombre, remblai, folklore, jouer au besoin les contremaîtresses pour faire tenir les autres à carreau. On sera cent, cent cinquante mille dans ce fichu pays, éparpillées selon la logique qui veut que les minorités illégitimes ne peuvent se rassembler, et avec un discours en notre nom qui de fait passera sur nous, mais zéro place et même bientôt zéro care envers nous dans les lieux d’où émanera ce discours. Bon, zut, on va pas chouigner, mais clairement il faut et qu’on s’auto-organise en non mixité transse, et qu’on ôte notre prétexte à la bouche des « camarades » ; qu’ils apprennent à parler pour eux, à considérer de face le rapport social, à en tirer les conséquences ; et nous de même ! Il est probable que des non-mixités pensées et délibérées, depuis les différentes situations en présence, feraient avancer les choses.

 

D’une certaine manière, l’économie identitaire et politique de genre, autant dans la société générale que dans nos milieux, est sur le point de basculer d’une logique d’utilisation et d’infériorisation du féminin (et d’autres déterminations sociales), à celle d’une exclusion croissante des porteuses de ces déterminations parce que finalement on ne peut plus trop en tirer bénéfice, tellement la concurrence à ce qui vaut socialement est en train de se resserrer sur des formes de moins en moins nombreuses et diverses. Juste sera conservée une minorité représentative dans la minorité, pour des raisons publicitaires. Dans cette hypothèse, il est parfaitement inutile d’essayer de nous agripper à une participation à ce fonctionnement ; prenons le large. Mais ce n’est bien entendu pas si facile : il faut vivre, et vivre suppose une base sociale, on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, on en meurt même plutôt. Nous ne pouvons donc pas simplement prendre à la légère un devenir social qui risque de nous exterminer, que ce soit cyniquement ou hypocritement. Il faut emporter avec nous ce dont nous avons besoin, ne pas nous laisser exproprier de ce qui nous est nécessaire. Ne pas la jouer généreuses ni magnanimes.

Il est possible que le développement, souhaitable, d’autonomies de nanas transses, entraîne l’apparition de nouvelles formes d’organisation. Ce n’est évidemment pas fatal, nous ne croyons pas à la correspondance essentialiste entre une « identité » et un mode de fonctionnement, mais si on cause en termes de rapports sociaux et de comment les attraper, on peut imaginer que chez nous se profile un possible « après associatif », non pas donc qui enterre celui-ci, mais qui permette un élargissement de la socialité transse et de l’action vis-à-vis de la cissociété.

 

 

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Parce que nous ne sommes massivement à peu près rien de ce qu’on attend de nous, et de ce qu’on nous autoriserait éventuellement à être et à faire, que ce soit à cis ou à translande. Nous ne sommes absolument pas non plus là où on aimerait que nous soyons parquées. Nous sommes relativement inutilisables et parfaitement dispersées. Ce qui nous affaiblit et nous isole est dans le même temps, singulièrement, ce qui dans les faits nous évite aussi d’être contrôlables par celleux qui se sont proclamées nos protecteurices et représentantes. Nous sommes désespérément ingérables. Certes, cela vient surtout de notre illusion citoyenne-libérale que nous allons être individuellement intégrées dans le social comme personnes de plein exercice, la bonne blague pour le moment, quand on voit les mésaventures même des « élites subalternes » ; mais que nous proposent d’autres ces souteneures ? Nous constituons un glissement morcelé qui grignote à contre courant la direrction majoritaire que prend le social. Perdu d’avance ? Rien n’est écrit et de toute façon la question n’est pas là. Et encore une fois rapport à l’associatif, il s’agit pour nous de nous auto-organiser autrement, pour vivre matériellement et maintenant, ce à quoi il ne peut fournir, structure fétiche d’une société en pleine faillite, et dont l’exercice sujet social est désormais réservé à de moins en moins.

 

Cet éparpillement, qui est à l’origine de la confusion sur « l’invisibilité » des nanas transses – alors que nous sommes majoritairement survisibles, mais rendues socialement imperceptibles et insignifiantes, si ce n’est négativement comme monstres anecdotiques – n’est pas une force. Nous sommes, que nous le voulions ou non, car notre devenir social suit d’autres chemins que l’image que nous aimons à nous en faire, à l’opposé de la force. Une négation particulièrement carabinée du pouvoir. Même quand nous restons engluées dans la revendication d’origine masculine d’une place qu’on aurait du avoir, d’une cisintégration, même quand nous causons doctement d’empowerment, nous sommes drossées par notre situation vers les antipodes de tout cela. Nous nous trouvons donc aussi à l’opposé d’une bonne partie du théâtre associatif.

 

Plus au centre de tout ça qu’on le croirait reste et prospère la vérole récurrente de l’exotisation fétichiste de la transsité féminine. L’accumulation répétitive de « chrysalides », de « papillons », de « saut de l’ange » et autres images assignantes à ce que le féminin lui-même assigné par le masculin a produit de plus effrayant, de plus ridicule et de plus limitatif, ce que le féminisme avait quand même un peu bousculé, au moins à une époque où on en parlait pas de se « réapproprier » les directives sociales en vigueur. Quand c’est déployé par les cis, c’est déjà très énervant ; quand c’est spontanément repris à translande, c’est une fois de plus l’illustration de ce que nous mêmes, les nanas transses, n’arrivons pas à nous accepter et reconnaître pour ce que nous constituons, ici et maintenant. Et quand c’est renvoyé sans aucune réflexion par nos collègues masculins qui y pourtant échappé et pas pour rien, là ça énerve considérablement. Hé ben non, pourquoi ne serions nous, si vraiment on veut causer d’alignement, pas aussi imparfaites que les cisses, grosses, poilues, vieilles (c’est à dire durables !), inapprochables et sans vergogne, des chenilles dévorant la vie à belles mandibules plutôt que des papillons faméliques et, je le rappelle, éphémère (cool la comparaison, une bonne transse meurt vite quoi, c’est même sa fonction essentielle, démontrer l’impossibilité intégrée, je l’avais fait remarquer au sujet d’une annonce funéraire). Pour ça que l’abominable pub’ qui a motivé cette histoire, où on voit une nana transse alanguie et exposée à une supposée convoitise, laquelle ne correspond même pas à la réalité du travail du sexe chez nouzautes, a de quoi énerver très fort, et l’interdiction de sa critique à faire exploser la marmite.

Non, et clairement on admet de se friter là-dessus avec des collègues, mais l’idéologie de la caricature de caricature longiligne et éthérée, même pour des raisons on va dire pragmatiques, zut ! de toute façon on ne peut pas plus la réaliser statistiquement que les nanas cisses, et même beaucoup moins ! Et quand ce sont des assoces qui se prétendent « politiques » (mot il est vrai aujourd’hui bien vague et fourre tout) qui relayent ce genre d’imagerie, hé bien elles merdent totalement et on ne le leur envoie pas dire. Et feraient bien de se poser des questions sur leur fond idéologique, et sur, encore une fois, la transmisogynie structurelle et intériorisée.

 

Il y a pourtant bien des raisons de s’énerver, souvent, de la non déconstruction ou abandon de tropes profondément masculins par nouzautes ; mais par ailleurs il faut toujours garder à l’esprit que derrière l’extrême complexité des modifs ou non du rapport social de sexe en domaines trans’, il y a la neutralisation consensuelle de toute une grande partie de l’assigné masculin – formes sociales et pas simplement identité, on souligne encore - comme référent de l’humain, positif et désirable. Sans se poser de questions sur les contradictions internes de ce référent qui ne nous a pas pourtant mené à un monde bien sympathique…. Bref il y a, comme le disait un collègue, une sévère asymétrie qui s’ajoute (et ne se soustrait pas) chez nous au rapport social de sexe en général ; mais encore celui-ci est d’autant plus un rapport commun qu’une grande partie de ses déterminations ne sont pas vues comme tel ;es, mais comme « anthropologiques », «naturelles » ou simplement « positives ». Les masculin , comme le féminin limité à sa simple réponse exclue, sont une glu, soit qu’elle nous englue, soit que nous ne nous en désengluions pas. Sans parler des constructions non binaires où il se reproduit dans à peu près tout le positif supposé bien à tort libéré de ses assignations. Il est partout. Il est le principe de tout – il faut donc questionner non seulement l’aboutissant mais le tenant, l’origine, la raison sociale. En tous cas, s’il y a une chose qui nous met en porte à faux avec nos prétentions, à translande, c’est de croire que nous pouvons, par la magique vertu de nos transsités, reproduire innocemment le rapport social de sexe, le vider de ses conséquences ; ben non, nous en avons à peu près les mêmes qu’à cislande. Soit il nous faut l’assumer cyniquement (et cesser de faire comme si trans’ allait changer quelque chose) ; et par cela même devoir avaler la haine cis’ en partie sans pouvoir en tirer là encore conséquence puisque nous voudrons juste être cislande (que nous ne serons jamais mais ça, y a du mal à l’admettre) ; soit il nous faut piocher sérieux dans ce que nous avalisons et laissons passer.

 

On pourrait aussi dire que nous, les femmes transses, tendons nous même le bâton pour nous faire battre. Mais alors là holà ! La dynamique sociale qui conduit les membres des groupes délégitimés et stigmatisés à se retrouver dans des configurations où elles ont « toujours tort », désolée, mais n’importe qui a fait un peu d’études minoritaires, où qui en est, sait comment ça marche et même un peu d’où ça vient. Les personnes et les groupes en position d’avantage et qui incarnent mieux les formes sociales positivées ont généralement bien moins de mal à rester dans des positions où iels ont « raison ». Où iels échappent aux conséquences des contradictions sociales incluses dans les formes assignées, et qui pèsent surtout sur les plus faibles et les moins valorisées. Il faut aussi se souvenir du double sens de raison. Le second sens est celui d’avoir raison de. Bref de dominer structurellement. On n’est jamais si cohérente en interne que quand on a les moyens de faire comme on dit, et réciproquement. Donc que des transses puissent se mettre, comme on dit, formellement « en tort », doit certes être lu dans le rapport complexe au genre, mais aussi et tout bêtement dans le rapport de pouvoir général, qui y est lié. Le rapport social nous assigne de telle manière que nous nous éliminons à chaque fois nous-mêmes. Tout bénef. Et cependant l’issue n’est pas et ne peut pas être de réclamer l’inclusion dans ce qui nous élimine, qui est précisément nourri ce mécanisme. L’amour de, l’appétence pour ce qui nous objective et finalement nous nie et nous rabaisse, si souriant paraisse-t’il être (l’hétérosocialité par exemple) est constitutif de cette misogynie dont après nous prenons les conséquences en pleine figure.

 

Il reste évident, et ce n’est pas une découverte, puisque les autres minorités l’ont statué depuis longtemps, que notre infériorisation dans un rapport social d’évaluation et de domination, fréquemment médiatée envers nous par les qui nous semblent et se proclament les plus proches, quand ce n’est notre équivalence, nous isole les unes des autres, nous rend ennemies les unes aux autres, nous dissuade, et le mot est faible, de nous rassembler ; nous tenons tellement à cette fichue reconnaissance par les supérieurs et aux avantages qu’elle est censée nous donner – en réalité c’est presque toujours le mépris et la course infinie après un simple strapontin chaque jour remis en question – que nous somme toujours prêtes à nous dénigrer mutuellement, à nous méfier les unes des autres, à tenir pour souhaitable d’être seules au milieu des cis’ ou des m trans’. Comme si quelque part nous étions des leurs, des « hommes comme les autres », invisibles, registrées ; finalement, on en revient toujours à la normalité des formes assignées masculines, y compris pour le féminin en permanent rejet de lui-même. La peur de déplaire à celleux à qui nous voulons plaire, en tous cas, nous tenaille. Et signe notre dépendance à leur approbation. Il n’y à contre cela aucune « pédagogie » qui vaille, les rapports sociaux ne sont par principe pas « rationnels ». Nous ne pouvons au mieux compter que sur le rassemblement de celles d’entre nous qui n’ont plus rien à perdre à « l’inclusion », qui y ont déjà tout perdu. Et encore, même avec un billet « perdu », beaucoup d’entre nous s’obstinent à velcroter, et on n’ira pas les chercher ; on a déjà assez à faire avec nous-mêmes, rien n’est simple. Nous devons là aussi nous débarrasser des comptines « unitaires » ou « d’intérêt bien compris ». Il n’y a pas plus d’unité des nanas transses que d’autres, déjà à cause de nos inégalités sociales internes, ensuite à cause de cet infini désir d’inclusion et de la puissance séparatrice de la domination misogyne. Bref, n’invoquons pas, et surtout ne nous conditionnons en rien, à une unité quelconque, surtout basée sur des identités a priori.

 

 

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Bref, la transmisogynie, qui progresse à translande comme elle progresse ailleurs avec la misogynie en général, sur le tapis à roulettes de la régression vers des « fondamentaux » désirables et incritiqués, dans un contexte de raréfaction de ce qui aide et sert réellement à vivre, n’est pas ou si on y tient absolument qu’accessoirement, une question morale. Ce n’est pas non plus simplement une intention individualisable où une simple expression subjective. C’est une question systémique et le fruit d’un rapport social qui nous englobe intégralement, nous constitue, dans des positions certes inégales mais aussi complexement différentes. C’est donc beaucoup plus difficile à aborder et encore plus à régler encore une fois qu’une simple question d’attitude morale (mais il est vraisemblable et en tous cas défendable que le domaine moral n’est qu’une superstructure du systémique de sexe ou d’autre, et conséquemment pas plus facile à se dépatouiller de en fait). Les coups de menton volontaristes et les chartes éthiques n’y servent, on le sait quand même d’expé, à peu près à rien. On ne peut pas tenter (aucune garantie qu’on y arrive) d’en sortir sans s’en prendre direct au sujet, c'est-à-dire nozigues, reproduites et reproductrices, et cesser totalement de faire confiance aux packs d’identité et de ressenti, aux catéchismes faciles, qui découlent de ce systémique et ne font finalement que le renforcer. Il nous faut nous complexer, quoi. Au contraire de la pente défendue par les autoproclamés pragmatiques, quelque peu autoritaires, ça passe ou ça casse, qui entendent décomplexer nos histoires.

 

La misogynie à translande concerne tout le monde, bien que de manières différentes ; et on ne peut pas compter y faire quoi que ce soit avec des incantations non plus qu’avec des dénégations. Encore moins en l’objectivant pour le supposer « au dehors », externalisable comme « objet ». Elle est (en) nous, elle est le rapport qui nous traverse et nous détermine. À ce sujet, ni fausse naïveté ressentimenteuse, ni fatalisme roublard, ne nous seront d’aucun secours. Mais il est vrai que là réapparaît quand même l’intention : voulons nous nous colleter avec, ou avons-nous définitivement opté pour « vivre avec », et nous en contenter, au risque de quelque pertes d’avance délégitimées, et au profit de la reproduction des rapports sociaux ? Nous l’agissons nous-mêmes comme nous la subissons, comme c’est le cas d’ailleurs pour les cisses ; d’où procèdent sinon la brutalité, la malveillance, l’isolationnisme entre nanas transses ? Il faut aussi arrêter de prétendre qu’elle n’est que subie. Nous portons doublement, par notre accumulation sexuée historique, collective et individuelle, les principes de méfiance et de haine de l’assigné féminin, et notre transition, pour significatif que soit ce mouvement, ne les efface pas miraculeusement. Non plus que l’appétence, qui est convergente depuis toutes les places sociales, pour la réalisation et la revendication de pratiques et de formes assignées masculines, la réclamation d’un toujours dû ; rien nous est dû, et à nous moins encore qu’à d’autres, et c’est très bien comme ça, nous pouvons ainsi dégager du nouveau et de la critique de l’état de fait. Sans rien demander à personne si ce n’est qu’on ne nous utilise pas, ni en positif ni en négatif. Les non mixités transses, vis-à-vis de cisselande comme vis à vis de translande, sont nécessaires, elle ne suffisent pas en elles-mêmes ; mais si nous arrivons à les réaliser ce serait déjà un fichu pas de fait. Leur non réalisation, la réticence que nous y avons, est foncièrement aussi empreinte de misogynie.

 

Un chemin possible pour sortir de cette autodestruction et de cet autoassujettissement peut être d’assumer la négativité de l’assigné féminin, mais non pas comme un exotisme positiviste, comme une critique des formes et objectifs sociaux vers lesquels nous tentons (en vain le plus souvent !) de converger. De rompre ainsi sans nous nier avec folklore et infériorisation.

 

 

 

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Pour en revenir aux manifestations consensuelles et soft de cet état de fait, les exemples abondent et se renouvellent. il y a encore quelques jours, une personne trans’ dénonçait un article pourri dans la presse (mais aussi faudrait-il déjà voir à ne pas collaborer à cette « reconnaissance » à reculons !) en excipant de chiffres de discriminations envers les « personnes transgenre » qui passent absolument sous silence le déséquilibre pourtant maintenant nettement reconnu en la matière entre les nanas transses et les autres. Désolées, mais ça aussi c’est de la transmisogynie, par utilisation et détournement. L’essentiel des violences commises le sont envers des nanas transses, visibles comme telles. Et se récupérer ces données sur un plan faussement égalitaire est un des abus qui ne sont pourtant depuis longtemps plus tolérés quand il s’agit de question de sexuation cisse, ou de race, encore moins de richesse. Mais qui à translande semblent non seulement ne poser aucun problème, mais être frileusement protégés par un consensus aux enjeux eux-mêmes inégaux ; les nanas courent après une légitimité « commune » qui n’est qu’un fake ; les autres protègent ainsi leur invisibilité. Zut. En fin de compte c’est encore et toujours nous, donc, le « bouclier », le matelas qui prend. Qui fait l’épaisseur. La « protection » a un prix.

 

À l’inverse, on a aussi le versant « appropriation exhib’ », « on » (toujours « on », nous sommes presque toujours agies, y compris par les collègues dominantes…) nous visibilise, mais alors faut voir comme, toutes aux abris ! genre la diffusion bien gore d’une bouille bien typée de nana transse fracassée dans la rue, comme si ça avait le moindre intérêt et la moindre efficacité sociale d’orner la dénonciation nécessaire de ce fait par la dite bouille, dont le colportage insistant srt surtout à nous annexer d’une manière bien spécifique : en nous humiliant, en nous livrant au public, et en diffusant finalement la bonne idée, si ce n’est la bonne nouvelle carrément, ô combien rassurante, qu’une vraie transse est impuissante, dépendante, qu’on n’a qu’à se servir, il manque en fait un mot spécifique pour désigner ce type d’exotisation obscène, laquelle finalement trahit le désir profond de celleux qui la diffusent : que nous soyons isolées, pourchassées, battues, pantelantes et qui sait même un tantinet ridicules dans ce déchaînement de violence, afin de leur servir de faire valoir, à ces gentils, c’est niveau protection des animaux domestiques. Trop cool. Là non plus, d’ailleurs, guère de retenue sur le petit réseau translandien, on route, sans réflexion et sans la moindre réserve. La sollicitude tutélaire, appropriatrice, exhibante et instrumentalisante n’est pas moins transmisogyne que le placard ou la violence. Nous n’avons à servir de guignoles tuméfiées ni pour le confort moral des surplombantes ni pour celui des transmixtes. Ni même et surtout pas pour nous en faire une justification que nous croyons bon marché, et qui va nous coûter nos peaux ! Pour causer slogan sommaire, les violences que nous subissons effectivement ne sont pas à votre disposition. Ni aux unes, ni aux autres, que ce soit bien clair. Encore une fois bas les pattes (et ne vous cachez pas derrière des « consentements » nécessairement inégaux !). De manière générale, il faut que nous arrêtions de relayer des images de violences graves à notre égard. Notre inquiétante fascination utilitaire à ce sujet est très à questionner, autant que celle des cisses qui font de même. Nous finissons par communier dans une approche vraiment pas claire de nous-mêmes, où nous croyons tirer quelque chose de notre propre anéantissement. Et où les cisses, en « déplorant », ont bien l’air de trouver tout à fait arrangeant que ce soit notre sort : comme ça on est bien étrangères, plus un péril social du tout, et une réserve d’émotion disponible. Stop !

 

Et nous-mêmes abondons, en rajoutons, nous laissons aller ou utiliser pour notre bien, nous-mêmes sortons et ressortons des fois sans même qu’on nous l’impose (!) les aspects les plus exotisants et fétichisants de la vision hétéracisse des nanas transses, de ce qu’elles ont été et ne sauraient cesser d’être. Nous en rajoutons, sans doute parce que nous avons été élevées, garçons, à nourrir ce point de vue éloignant, exonérant, prophylactique. Bref, nous reproduisons en nous-même cette dichotomie sociale et sexuée – et cela est inévitable, mais pour autant peut être réfléchi et questionné. Ainsi quand une flopée d’assoces, c’est à dire de personnes, vu ce que sont de fait les assoces chez nous, font démonstrativement la pub d’une daube culturelle crassement exotisante et assignante de ce que doivent avoir été (et on devine continuer à être) les nanas transses ; on sent le désir de comment doivent être les choses. Même transitionnées nous reproduisons, ce dont d’ailleurs le contraire eut été étonnant, puisque les nanas cisses le font bien, le rapport social de sexe. La misogynie n’est pas un objet isolé, ni une anomalie dans des « rapports humains » naturalisés ou évidentisés ; elle prend place structurellement dans la société de sexuation, qui est dualiste et hiérarchique par principe, et dont on ne peut pas jouer « librement » des éléments. Où on la remet en cause systémiquement, où on est condamnées à la reproduire, avec ses conséquences. Et le mouvement trans’ actuel n’a pas la volonté, ni peut-être la capacité, dans ce qu’il suppose, de le faire. Un préalable est donc de décomposer ce mouvement et de le désunifier, pour en connaître les différents tenants et enjeux. Il n’y a pas « une transidentité », il y en a plusieurs, qui ne vont pas dans les mêmes directions. Et il y a tout le reste qui s’y mêle et croise.

 

Il est patent en effet que le déni unitariste et convergentiste vis-à-vis de la misogynie vaut autant, à translande, pour maints autres rapports sociaux. Et de ceux qui ont le plus de conséquence. Il y a vraiment comme un irénisme trans’, qui par notre atypicité et notre nouveauté, d’ailleurs relatives dans leurs contenus, ferait que les basses circonstances de la vie sociale en seraient transfigurées. Ben tiens. Au contraire, elles en sont avivées. Et l’idéologie unitariste trans’ est à ce jour une des pires à cet égard, là encore à cause de son plaining intégré et la victimisation qui l’accompagne en prétendant résumer, intra-universaliser et finalement nier les situations spécifiques.

Il ne s’agit donc évidemment pas de rejouer la farce unitaire en essayant d’amalgamer les formes dévalorisées – au contraire, il faut en finir avec cette logique même, qui ne peut qu’être hiérarchique. Il faut faire éclater ce qui est aujourd’hui en train de se figer en guise de translande, comme ordre et dynamique, avant que comme le disait Atkinson pour la sororité de principe elle se mette à tuer une partie d’entre nous.

Nier ou minimiser, c'est-à-dire hiérarchiser, la réalité effective et systémique des rapports sociaux, de ce qui se passe répétitivement, est une impasse intéressée et inégalitaire. Qui que ce soit et avec quel statut qui l’agisse ainsi.

 

D’expé comme de théorie, nous n’avons pas à parler « d’une seule voix », ni à noyer les rapports sociaux dans une symbolique unitaire. Il n’y a ni plus ni moins de « personnes trans’ » que d’humains génériques, c’est une abstraction, réelle certes, mais dirigée et qui invisibilise les inégalités. Et quant à l’efficacité pour réellement changer les choses, elle en est douteuse, c’est rien de le dire ; toutes les tentatives unitaristes, lgbtlande en est un exemple flagrant, n’ont pu se diriger que vers l’intégration et l’universalisation du modèle dominant (ici hétérolande, mais la misogynie y est incluse), avec ses contradictions et ses éliminations à l’intérieur des groupes stigmatisés. Il y a hélas tout à parier qu’au-delà, peut-être, de progrès administratifs pour lesquels les assoces sont relativement irremplaçables, et encore si les moyens matériels en existent sans quoi ce sera une blague inégalitaire de plus, il en sera de même pour une supposée translande unitaire où il fera bon ne pas amener de problématiques. Translande prend déjà la trajectoire du monde lgbt auquel pourtant elle a voulu, au moins partiellement, échapper. On n’échappe pas à la logique de l’ordre centripète rien qu’avec une identité, qui plus est résumée ; il faut remettre en cause les fonctionnements structurels. Et si nous avançons, quelques temps, dans l’intégration administrative, il est déjà patent qu’il n’en sera pas de même pour l’intégration sociale, tout simplement parce que celle-ci est d’emblée entachée d’inégalisme, de zones aveugles, d’impossibilités, en fonction des critères profonds et généraux de la société à laquelle nous prétendons appartenir, au détriment sans doute d’une grande partie d’entre nous. Encore une fois, les intentions ne suffisent pas, ni de « vouloir pour pouvoir », quand cette volonté est déjà formatée et remplie par des formes sociales qui n’entendent que se reproduire, avec leurs conséquences, à travers nos « bonnes volontés ».

 

 

Pour cela qu’il faudrait, sans rêver non plus à des rassemblements massifs qui n’existeront vraisemblablement pas plus chez les trans’ qu’ailleurs, à moins d’un changement brutal dans la société qui y oblige, et encore – des mouvances non mixtes de genre, auto-organisées. Pour briser ce cercle qui se reproduit, il faut surtout et d’abord éviter de vouloir y prendre place, de réclamer quelque du que ce soit. On ne nous doit rien et réciproquement. C’est là encore un mythe légitimiste et masculinoformé. Comme le plaining et la victimisation. Il nous faut créer d’autres espaces, où nous pourrons tenter de faire sans (trop) reproduire. Laissons translande, en l’état, sans en réclamer miette, à qui s’en contente. Bien sûr, il restera des héritages communs, mais de ceux qui se forment avec l’évolution de notre existence. Pas de ceux, catéchétiques et plaintifs, définitifs et essentialistes, qui se momifient dans le coffre fort de notre bien pathétique acquis. L’unité est un des ces auto-arnaques que nous devrions être fatiguées de faire rouler ; il n’y a pas plus d’unité transse en fin de compte, que d’unité cisse pareille, au-delà de rapports sociaux généraux. Si ce n’est une fiction intéressée au profit non pas même tant de groupes ou de personnes que de formes sociales incritiquées, désirées et positivées, avec leurs conséquences toujours réitérées et identiques. Plus d’unité plus de résumé, plus de violet, non plus que de rainbow. Assumons d’être des sujets sociaux, des conséquences et non des causes ou des récifs superbement immobiles, et assumons donc les divergences que nous imposent ces rapports et les situations qu’ils déterminent.

L’« autonomie trans’ », si elle continue à se satisfaire du fétichisme habituel pour une « identité politique valise unitaire », qui fait l’impasse sur les rapports sociaux et se juche sur quelques formes privilégiées, aura exactement les mêmes conséquences pour la plupart d’entre nous que ce que nous avons reproché à lgbtlande et à cislande.  Mais peut elle le remettre en question sans se réformer constitutivement elle-même, et abandonner son ordonnancement a priori ? car désormais s’il y a deux choses d’à peu près sûres concernant notre devenir social, c’est que si nous continuons à nous abstenir de nous critiquer nous-mêmes autant qu’autrui, comme sujet et rapport social, d’une part, et de la jouer communautaire, séparatiste et collective d'autre part, au lieu de rentrer la tête, de glugluer sans espoir à l’intégration comme à la mixité, et de nous défausser les unes sur les autres de ce qui du coup ne se fera jamais, d’autre part, hé bien nous pourrons toujours pareillement continuer à nous lamenter que rien ne change, parce que nous nous serons comportées de la meilleure manière pour qu’il en soit ainsi.

 

 

Chamalave

 

 

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 10:58

 

 

Je (ne) m’excuse (pas) d’y revenir, mais j’avoue que j’ai un peu rigolé, en voyant récemment l’amusant (ah les lapsi bien de chez nous !) intitulé d'un post circulant sur nos réseaux f-tépégés : « l’héritage des papis-mamies ». C’est tristement drôle. Moi même, naïve suis-je encore vous voyez, j'ai eu comme un battement de coeur, oui oui, ça ne valait pas moins, pendant une ou deux secondes, avant de plonger dans le texte... Je pensais, vous pensiez qu’enfin on allait fiche sur la table le fait que beaucoup d’entre nous, dans nos milieux super subversifs et déclassés, viennent de familles classes moyennes friquées et disposent, ou vont disposer, d’un capital conséquent ? Et causer posément de ce qu’il conviendrait peut-être d’en faire collectivement et inconditionnellement, en pleine période de débine et d’appauvrissement accéléré ? Bref de mettre en cause la « gestion affinitaire » entre gentes de même niveau social, éventuellement avec une ou deux loquedues charitablement accueillies, domestiquées, et qui savent que derrière le paroli sororitaire il y a la porte et la rue si elle ne se montrent pas suffisamment dociles et convergentes ?! Nenni ! On va surtout pas parler de ça. On va plutôt parler de l’expérience de comment se réapproprier efficacement les formes existentielles de cishétérolande, ou encore de comment pas attraper la vérole, en continuant à coller le plus possible aux exigences de la valorisation par l’économie relationnelle, et de comment se sont débrouillées les papis-mamies dans le cadre de ces injonctions autogérées. Enfin de tout ce qui est censé constituer une vie bien remplie, présentable et négociable, entendu que la matérielle et la socialisation qui va souvent avec sont assurées ; ou pas ; mais enfin là n'est donc pas la question. Le partage de la richesse foncière et monétaire, ba on verra une autre fois. Ou, mieux, autant que possible jamais. L’avenir n’a jamais été aussi radieux, le passé aussi mythifié, le présent aussi nettoyé de ses ombres désagréables en interne ; le mal et les contradictions aussi externalisées ou subjectivées quoi.

 

N’empêche, il y a donc des mots et des notions qui hululent et dont les chaînes font bling bling, depuis le placard bien au fond de nos consciences politiques et sociales où on les a enfermées. Et des fois, en bricolant, oups, on regarde pas bien où on met la main, et on les sort, fût-ce pour servir à tout autre chose. Et alors c’est la sarabande ! Vite, les reflanquer sous une tonne de vieilles couvertures moisies. Si on pouvait les tuer. Mais on ne peut pas vraiment « tuer » une réalité sociale qui nous fonde, et accompagne chacune de nos gestes. Wouuuuuh !....

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 18:26

 

du quotidien se trouve désormais plutôt sur

https://www.facebook.com/profile.php?id=100014136769262

 

La mue continue, lentement, peu sûrement, sans garantie du gouvernement.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 10:30

 

 

Y a quand même bougrement de quoi se questionner sur les contenus et les objectifs structurels des radicalismes de principe, quand on voit à quel point le faix de leurs exigences porte dans la pratique finalement répétitivement, cumulativement, sur les plus vulnérables et les moins riches d’entre nous, nous use, nous utilise et nous aligne sur tous les fronts, pendant que la position, l’affinité et la cohésion des enfants de bourges, des héritières possédantes ou coussinées de familles friquées qui charpentent comme par hasard nos milieux de genre politique (et bien d'autres), en sont fréquemment confortées et renforcées, moyennant quelques coulpes sans conséquence, quand ce ne sont pas de cyniques justifications de l'exercice du pouvoir. L’idéalisme, le subjectivisme et leur logique évaluatrice sont plutôt une bonne affaire pour l’appropriation. Bref, qu’en est il réellement, matérialistement, de ces choix pour lesquels nous avons massivement optés, qui privilégient les directives morales, et délégitiment les tentatives réflexives ? En vue et au profit de quoi se maintiennent-ils sourcilleusement ?

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 13:21

 

 

 

 

Je déteste causer de ce qui tourne autour de nos morts. Je hais les cimetières qui constellent ce pays (ce en quoi il ne doit du reste différer d’aucun – juste moins les gentes sont rentables plus les charniers se substituent aux cimetières). C’est pourquoi je parle avec quelque répugnance de ces trucs qui m’énervent. Mais là je suis vraiment en rogne. De cet absurde communiqué de victoire (!!!) abondamment partagé sur l’accès (l’accès quand on est plus là, classe !) aux « soins thanatopractiques », rien que le dire me met des frissons dans l’échine, de personnes ayant souffert de maladies stigmatisées.

La palme revient peut-être au fb d’une assoce trans’ qui présente là carrément tout joyeusement, fièrement pourrait-on dire, la photo d’un cercueil qu’on devine occupé ! Je dis même pas le paysage. Les moines les plus pénitentiels n’auraient sans doute pu pire faire. En voyant ça je me demande des fois où certaines collègues laissent à l'occasion leur tête, et qu’est-ce qu’il y a dedans, quand elles copient-collent mécaniquement et illustrent ainsi, activité qui semble être devenue principale au milieu militant, au détriment de la production de réflexion, de la réserve critique quant à ce qu’on propage, et aussi du minimum de, je sais pas, de tact ? d’empathie ? de présence d’esprit ? je n’ose pas dire pis. Si le support y est du même genre que la com’, la visite n’est pas conseillée. Mais revenons au principal.

 

M’énerve parce que déjà, comme pour bien d’autres occasions, je songe au TDoR® par exemple, nous en sommes de nouveau à valoriser des évènements, des significations, qui se situent dans la bande de longueur d’onde qui va de l’idéal épuisant au sacrifice. En passant par la valorisation de nos pertes. Nous en revenons à finalement privilégier un devoir être qui est en fait une succession de cassages de figure pour tenter de réaliser les formes enjointes, genre la réussite, la relation, la citoyenneté et hétérolande pour toutes, au détriment de la très plate vie effective, dont les moyens nous échappent de plus en plus et à de plus en plus. Et ce à coup d’élimination subie ou gérée. Nous n’avons plus de fric, plus de santé, plus de logements décents ; mais on aura de la résine dans les bajoues, pas de problème. Ça dégagera même un tantinet de PIB. Sortez vos picaillons pour la « prévoyance décès » (hé oui, pas de picaillons, pas même de « soins post mortem » (oxymore effrayant), droit ou pas droit). On remarquera, comme c’est étonnant, que les nouveaux « droits » qui nous sont alloués… sont tous pour des services à notre charge ! Pendant ce temps, les dépenses publiques, les allocs, la mutualisation et le redistribution sont au contraire vivement rabotées. Et par ailleurs nous coinçons nous-mêmes dans l’héritage de la contradiction stonewallienne : le droit ô combien formel de participer comme les autres à la production/consommation de relations et de valeur, cette fondation du sujet social de l’économie, bien sûr pour celles qui en ont les moyens ; singulièrement, la question des moyens, de la richesse, du coussin social, ne rentre jamais dans la discussion des « droits », là l’inégalité reste « naturalisée », fatalisée, intégrée aux personnes, formellement égales, tu parles. Si vous ne les avez pas, bizarre, la question tombe d’elle-même, vous pouvez disparaître derrière le rideau de « c’est comme ça que ça marche ». Cela s’inscrit dans l’ambiguïté qui structure notre supposée intégration. Comme d’hab’, intégration à quoi, et dans quelles conditions réelles et effectives, motus.

 

Encore une fois, on a l’impression désagréable que ce qu’on appelle un peu sommairement le sociétal est utilisé pour masquer la disparition de ce qu’on rangeait dans le social, bref du mutuel, du collectif et du métariel. Que la promotion du statut idéal du sujet de l’économie politique, propriétaire et indépendant, bref à ses ferais et à sa fortune, gonfle encore alors même que les moyens pour l’existence réelle des personnes dans ce même cadre se retirent toujours plus. En termes crus que ce qui ne coûte rien, et sera aux dépens de ces personnes si elles le peuvent, dans une atmo faite d’appauvrissement et d’inégalité, remplace ce qui coûte et engage la collectivité. Des droits et des symboles plutôt que des thunes. Et quand on en arrive aux prérogatives de la mortitude alors qu’on n’a plus de quoi vivre, ça tourne franchement à la moquerie grave.

 

C’est d’autant plus agaçant, et le mot est faible, que ce paradoxe de plus en plus anguleux et coupant est abondamment intrumentalisé par les réaques et les « sens commun », lesquelles n’en ont en réalité rien à foutre des conditions de vie des pauvres ni des stigmat’s, bien au contraire, et sont bien d’accord pour les laisser crever ; mais brandissent opportunément ce déséquilibre assez grossier pour essayer de valider avec leur idéologie antimoderne, essentialiste et inégalitaire, en prétendant que c’est l’émancipation, les nouveautés qui sont la cause de ces dérives et de cette faillité ; or c’est tout l’inverse, c’est précisément la logique de propriété et de rentabilité qu’iels défendent qui abouti à ce genre de tête à queue qui mêle l’odieux au ridicule ! Il faut bien se dire qu’avec elleux, on n’aura pareil ni l’un ni l’autre, ni la thune ni les possibilités.

 

Cela s’inscrit aussi dans la grande arnaque à la dignité. Qui est encore une fois une monnaie de substitution pour époque de misère. De quelle intégrité parle t’on quand les gentes sont mortes, quand on les valorise finalement et à pas cher que comme ça, que leur vie encombre, gêne les privilégiées, fait baisser le taux de profit qui n’en a déjà comme iels disent pas besoin ? D’une intégrité totalement abstraite, idéale, que nous nous imposons bêtement d’incarner au lieu de nous soucier de la matérielle immédiate. La dignité ne fait pas vivre, bien au contraire même souvent. On ne peut pas tenir de place réelle sans moyens. Sinon c’est un fantôme transcendant, une expiration. Et un foutage de gueule extrêmement traditionnel ; c’est ainsi qu’on a sempiternellement ligoté les désignées inférieures avec cette fichue dignité. La dignité c’est de l’empêchement et de la mort en bombe pressurisée. Mais nous ne sommes souvent plus très claires avec nos priorités, nous donnons de plus en souvent l’impression de participer bénévolement à la dynamique d’élimination de la valorisation qui s’étouffe, et d’approuver, y compris pour nous-mêmes (enfin si possible la voisine mais bon), la bonitude et l’attrait du sacrifice, de la raison par la disparition ; nous préfèrons quelque part l’indignation opportune, mixte et sans suite du TDoR, et y fournir provende, à une socialisation communautaire conséquente et égalitaire. Nous en sommes presque à communier dans la daube effroyable de l’honneur malheureux avec les autres aspirants de tout poil à la réussite, donc à la domination. Notre adhésion sans critique à l’idéologie de la lutte, et la priorité de plus en plus souvent donnée à celle-ci sur nos existences en temps réel autant que sur la définition des objectifs, nous fait quand même faire de sacrés tonneaux ; en arriver, et en grande partie parce que faute de mieux, et manque réel de force, à glorifier des « avancées » comme notre victoire (lol !) par le confort mortuaire, alors que les conditions de vie sont toujours plus pourries, que la base sociale même de nos orgas se délite sous elles, il fallait le faire ; et nous le faisons avec la meilleure bonace du monde.

 

Finalement, nous glissons, corrélativement aux exigences économiques de faire de la place pour dégager toujours plus de valeur, monétaire et symbolique, vers l’acceptation d’un ordre des choses et des gentes où le fait de vivre n’est plus qu’un support à toujours plus d’intensité sociale et morale, de création de valeur directe ou indirecte, toujours plus de productivité, sans quoi ça ne vaudrait « vaut pas la peine d’être vécu ». Ce qui est un sophisme effrayant dans la mesure où c’est la condition et l’aboutissement, en soi. Et que ma foi, si on y inclut béatement la mort ce n’est plus qu’une péripétie à gérer. Zut ! Le terme « valoir » et les ressentis et injonctions qu’il contient sont ici non seulement cruciaux, mais totaux : il ne s’agit pas seulement d’être là, il faut encore que ça serve à quelque chose. Et que ce quelque chose soit perçu comme nous-mêmes, un nous-mêmes toujours exigeant. Tant pis pour les qui n’en ont, financièrement, patrimonialement, socialement, relationnellement pas les moyens. Ce sont d’ailleurs les premières qui se mettent en danger et s’exténuent pour arriver à quand même remplir une partie du programme. Ce sont elles qui finissent avec de la résine dans les bajoues quoi, le plus vite et le plus radicalement. Ben oui, hein, sûr que des riches et descendantes de riches en bonne santé et normées sont plus consubstantielles au bien commun que des loquedues pauvres, moches et malades. C’est la conséquence permanente à tous les niveaux et jusques dans nos chers « milieux autogérés » de l’idéologie intériorisée de la réussite libérale, de la forme sociale perpétuellement reproduite qui nous trie, nous évalue et nous sélectionne.

 

Nous sommes en train de converger naïvement avec un régime de pénurisation et de précarisation à vernis très moyennement progressiste. Et quand je parle de régime, c’est pour signifier que cela va encore au-delà des gouvernements en place : socialement, nous sommes des bélîtres qui laissons filer, avec un mélange de fatalisme et de consolation facile, la proie, qui est nos conditions d’existence matérielles, pour une ombre pas même vraiment appétissante, toujours à renégocier. Et dont nous sommes donc priées, en plus, d’assumer le financement. Dans l’enthousiasme.

 

Il nous faut nous méfier un tantinet de ces identités idéales que nous avons posées ou admises des fois un peu rapidement comme des recours, ou des issues à cet ordre de choses, que nous tentons d’incarner sans bien mesurer ce qu’elle exigent de nous – et sans nous dire que si elles en sont à exiger de nous, c’est qu’il y a déjà là un problème. Les devoir être sont des hameçons qui nous tirent hors de nos vies.

 

Moi je suis résolument pour qu’on vive d’une certaine manière peut-être un peu « moins », mais en fait plus longtemps et mieux. Et surtout pas, jamais, au-delà ! Et ce pour toutes, c’est à dire égalitairement. La qualité c’est bien beau, mais la quantité n’y est pas. Et sans quantité la qualité c’et une sale blague. Nous sommes d’abord des gentes qui veulent vivre, pas des warriores qui veulent « se dépenser » et mourir. Et faire un beau cadavre comme disait l’autre. Zut et rezut !

 

À mort la mort, comme disaient des hippies au nombre lesquelles, finalement, au vu du cynisme aplati et même pas conséquemment gestionnaire de beaucoup de mes contemporaines, j’ai presque envie de me ranger. Des possibilités et sécurités réelles, ici et maintenant et des thunes, de l’auto-orga, des maisons pour sortir de la précarité ; pas des symboles réglementaires d’outre tombe, b…el ! Nous n'avons pas à inclure notre disparition dans le compte de ce qui fait nos jours.

 

Occupons nous de nous-mêmes, vivantes, et si nous pouvons faisons tomber ce régime d’appauvrissement et d’élimination – mais gardons nous bien de donner dans une fin pas claire qui justifie des moyens qui ne le seront dès lors pas plus, et de nous sacrifier, en plus toujours les mêmes et toujours pour les mêmes, c’est clair ; mais le problème est créé par la méthode : plus de sacrifice, plus de « dépassement », plus de messianismes ni d’au-delàs, ni de délégation des conforts à celui-ci, et les choses pourront peut-être se disposer autrement.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 13:06

 

 

Pour des féminismes divergents et conséquentialistes

 

 

Ces derniers temps une proportion croissante d’options nous la jouent « unitaire », « référentes » ou « convergentes ». Sororales et solidaires. J’ai déjà un peu donné quelques coups de pioches il y a quelques années dans les implicites de préservation du niveau de pouvoir social qui structurent et orientent la solidarité. Mais pareil pour les grandes pointures. Déjà, « unitaire », c’est toujours dualiste, il y a nous et les zautes. Les légitimes et les illégitimes. L’important étant justement d’arriver à un parfait dualisme, sans éparpillement. Une logique de guerre de tranchées, quoi, afin de faire triompher une abstraction réelle mangeuse de gentes ou bien une autre, de lui déblayer le plancher de nos superfluités. Zut.

 

Au fur et à mesure du naufrage de l’économie et de son sujet idéal, citoyen, propriétaire, toussa toussa, on se retrouve engluées dans une anthropologisation, une renaturalisation des tropes et exigences sociales, que ce soit l’échange, la sexualité, etc. On ne peut alors plus que surenchérir dans leur réalisation intense et harmonieuse, sans pouvoir interroger de front leurs conséquences. Supposer que cette intensification nous fera les « dépasser », c’est la bonne vieille tarte à la crème libérale, existentialiste de droite de la « réalisation ». Coïncidons à fond avec le « social qui nous aliène » (cette autre tarte à la crème, l’aliénation, par rapport à quelle « autre réalité » pré ou métasociale que nous aurions du incarner ?), et une magie transcendante nous fera (peut-être) gravir un échelon qualitatif. Tout cela ressemble à se méprendre aux arguties économicistes, où la lance du progrès et de valorisation est censée guérir, en gros, les blessures qu’elle cause… enfin, pour les qui auront survécu, évidemment – et là se pose la question de la légitimité exterminatrice. Quoi sera appelé à survivre (et on a l’impression que comme d’hab’, ô stupeur, ce seront les qui portent le plus de valeur à échanger…). Les néo-léninistes sont incapables de sortir du rêve selon lequel notre traduction incarnation en valeur, avec les béquilles de la justice et de la transparence, serait à la fois indépassable (pour le coup !) et salutaire, et donc que notre seul « dépassement » serait d’y parvenir enfin. En cela, elle donnent en plein dans le subjectivisme de recours : quand la matérielle manque, conséquence attendue de la focalisation sur la valorisation, on va réclamer ses fonctions aux idéaux à priori, indépendance, dignité, incarnation – bref formes politiques censées informer le social, marche sur la tête quoi. Et délivrance en réponse des solutions mêmes générées par la logique économique non mise en question : hiérarchie et élimination. Malthus à toutes les sauces. Boum.

 

Comme ces féminismes inclusifs ou « de la totalité », qui n’étaient pas en soi d’une mauvaise intention, mais font l’impasse sur tout changement structurel de fond, et qui nous ramènent cependant de fait avec la badine moral-politique - et aussi des constats fort judicieux et exacts (on aurait donc tort de ne les pas consulter même si on le suit pas) - à l’universalisation croissante du rapport social de sexe, où le besoin et l’appropriation exacerbent et étendent toujours l’assigné masculin, lui même distribué et distributeur, et où le service, rémunéré ou pas, négocié, intégré ou consenti, reste imposé à l’assigné féminin. Assignés ne relevant pas tant des identités sexuées au sens étroit que de systèmes d’éléments sociaux hiérarchisés a priori, qui rebasculent de manière plus ou moins complexe mais toujours directive ou attractive sur les sujets et sur la sexuation ; ces assignés sont préalables, rapport social, et nous constituons leur conséquence. N'empêche, dans les faits, il n'y a pas de hasard ; qui/quoi nécessite qui/quoi ?

 

La nécessité, ce qui ne se discute pas, ce qui est anthropologisé pour couper court à la critique sociale, ô surprise, en positivité c’est toujours une forme positivée, qui relève de l’assigné masculin – et en dialectique négative, en renvoyé, du féminin. Bref, déjà, refuser a priori le nécessitarisme et ce qui va par là de soi, les besoins sur pattes et les priorités unitaires. L’unité, la totalité et la convergence sont des manières d’apparence évidentiste ou enthousiasmante de passer sur le rapport social, rapidement mis à dissoudre ou proclamé superficiel, pour aller vers des « vérités » premières qui sont systématiquement la réédition plus ou moins ampoulée des hiérarchies légitimistes de l’époque, « ce qui aurait toujours du être ». N’y a plus de problèmes, tout va dans le même sens, n’y a qu’une solution. Ce qui est amusant, si on veut, c’est que cette apparence moniste à première vue cache (de moins en moins à mesure qu’il se décomplexe) un dualisme féroce. Toujours basé sur une priorité de l’être (éventuellement habillé en existence), qui permet d’évidentiser et de déproblématiser les buts sociaux et les formes qui les structurent. Ne restent plus que les bons (forcément innombrables au début, singulièrement réduits après…) et le complot, selon un sous-matérialisme qui a renoncé, et c’est peu dire, à interroger l’idéologie pour se focaliser sur sa distribution. Tout cela, comme des Gramsci et bien d’autres, tend joyeusement la paluche au bercail originel de l’appropriation, de l’identité et de la hiérarchie naturelle supposé grand ouvert – ce qui est d’ailleurs une illusion, ça va sérieusement charcler à l’entrée ; on est toujours trop et jamais assez devant les idées et leur exigence. Dans notre mon de réel, effectif, de rapport sociaux, le seul point convergent est celui qui nous évalue et nous élimine ; Tirons en conséquence, et cessons de croire en un quelconque rassemblement égalisant par la vertu miraculeuse de la convergence des luttes. Les paléo-universalismes de recours qui reviennent sur le marché de l’hégémonie jouer une nouvelle partie, ne font même plus mine de se cacher pour ce qu’ils sont, ne font qu’accentuer et préciser celui en faillite du sujet rêvé de l’économie politique. Le bon vieux piège de la surenchère qui libère… les formes sociales dans leur version la plus tradie et encore une fois éliminatrice.

 

Le subjectivisme a été restera un moment indispensable de la connaissance et de la prise de conséquences, mais s’y enfermer comme principe unique, c’est se livrer à nouveau à l’état du rapport de force des formes sociales, et redonner illico leur place prédominante à celles qui y sont déjà, ne soit ce que pour es « redistribuer » - en négligeant le fait qu’elles sont elles-mêmes principe de distribution, de hiérarchie et d’élimination. Bref, réinstaurer l’impératif catégorique et surtout unitarien. Les subjectivités sont à connaître et si ‘on veut embrasser, mais elles constituent elles-mêmes la totalité réelle qui nous assigne. On ne peut trouver nul échappatoire dans leur pratique assidue ni leur célébration, et nous en serons alors toujours à devoir incriminer de leurs conséquences quelque « mauvaise volonté » pour le coup tout à fait transcendante. L’ontologie et un subjectivisme qui pense pouvoir passer sans encombre de la connaissance au changement sont parmi les meilleurs moyens de nier la réalité des rapports sociaux et de les prendre en compte pour ce qu’ils sont.

Pareil, la subjectivité formée par l’économie politique, de propriété, de citoyenneté et de « neutralité sociale », a touche depuis un bon moment les contradictions mêmes de cette économie politique, et élimine du non-rentable et du féminin à fond la caisse. Ce projet historique et non seulement mort mais meurtrier.

Il m’est d’autant plus que l’affaissement général de l’économie et de son sujet ramène massivement, comme substitut, légitimiste et originel, le relationnel, qui reprend du poil de la bête sous tous ses aspects, vaguement négociables ou pas du tout, du care à l’appropriation pure et simple en passant par une palette incroyablement diverse de déclinaisons, qui penchent cependant toutes dans le même sens de distribution de pouvoir et de production d’existence légitime. Le principe en est de tenter de dégager encore, si l’on peut, un peu de valeur monétaire et, par ce retour aux sources, autant que possible de valeur substitutive, sparadrap. Sauf que cette dernière, déjà fort rigoriste in se, devient de plus en plus soumise à exigence, supposée remplacer la production et l’échange dans son mouvement plus ou moins autonome, et le résultat en est le même : évaluation, insuffisance, élimination. Le relationnel qui de toute façon a toujours posé problème, suit la logique dévorante de l’économie qu’il est censé essayer de remplacer cahin caha. Tout cela correspond avec une surlégitimation passionnée de formes supposées plus basiques et quelque part « naturelles », fondées dans un ordre humain foncier, de l’économie où l’échange, incarné de plus en plus totalement par et dans les personnes, converge singulièrement avec l’exigence désespérée de rentabilité toujours plus forte d’une économie qui étouffe de sa propre logique. Tout est valorisé, et éliminé si pas valorisable. Et c’est marqué au sceau d’un « réel » (au sens de la fiction réactionnaire de la réalité revendicative des formes sociales figées), d’un im-médiat ou d’un moins médiat, où la franchise a toujours été le passeport du cynisme, de la reproduction la plus exacte des rapports de pouvoir tradis autant que modernes. Une fois de plus, plus c’est brut et attendu, plus c’est vrai et juste, forcément. Course rétrograde à ces idéaux de vérité, de justice, et quelques autres, supposés devoir nécessairement primer sur les conditions réelles d’existence, les enfanter, et ce précisément dans une période où l’idéologie relativement concurrente au sujet de ces mêmes conditions, l’économie marchande, ne peut plus cacher sa faillite meurtrière et structurellement inégalitaire – donc mettons nous à l’encan, souffrons, approprions nous, mourrons et tuons au moins au nom du bon vieux réel fantasmé. Il importe d’ailleurs de constater que les formes de base – l’équivalence, la propriété, l’appartenance, restent inchangées. Là encore, pas touche, c’est « anthropologique », le mot magique qui fait sortir une forme ou une pratique sociale du cercle de plus en plus étroit de la possibilité d’analyse et de critique interne. En clair, cette fascination permet, dans les actes comme dans la pensée, de faire servir avec fidélité les idéaux antimodernes aux dernières exigences phagocytes de ce qui est désigné assez rapidement comme modernité ; et son corollaire, la dénonciation univoque limitée au domaine de la volonté politique, au profit de l’hégémonie de la reproduction « spontanée » des rapports sociaux les plus déterminants, n’est pas sans rappeler le stade extrême désiré au libéralisme, où tout est « dérégulé », bref sorti du domaine problématisant, pour laisser place elle aussi hégémonique au rapport social d’appropriation. Quelque par, l’unité est réalisée, elle est évidemment réalisée dans ce qu’elle peut être, une idéologie, une projection et une injonction. Débrouillons nous pour en être.

 

 

*

 

 

C’est peut-être bien donc, à la racine, précisément avec les pensées de l’unité qu’il faudrait en finir, ou au moins dans lesquelles il faudrait éviter de tomber ; lesquelles contiennent tous les travers de l’hégémonie indéfiniment renouvelée. Méthodologique. Et qui n’est que la déclinaison généralisée à toutes les identités de l’identité de base, formée avec le capitalisme longuement cuit dans quelques traditions de l’individu appropriateur et comptable, porteur de valeur et par elle seule sauvé et justifié ! Masculin, bien entendu, ce tout à fait au-delà de la seule logique d’identité ou de classe, par la vertu de ce que les formes structurantes du social de cet individu, quel qu’iel soit, sont celles de l’assigné masculin. La cage est large, mais ses effets n’en sont pas moins les mêmes : le féminicide systémique, massif, qui est un état social, en plein boom, à mesure que le sujet de l’économie politique implose par contradictions et manque de moyens, mais entende se revancher avant de mourir le dernier. On voudra bien croire que nous sommes un certain nombre qui n’aurons pas la magnanimité d’aller bénévolement mettre notre trombine dans le hachoir, de quelques paillettes morales que se pare celui-ci. Nous serons, conséquemment, à la fois réalistes en interne, et conséquentialistes, qu’est-ce qui donne quoi ? Et plus nous serons dans ces divergences conséquentialistes et assumées, peut-être plus nous aurons de chance de désamorcer la fatalité exterminatrice et absolutiste du naufrage.

 

Il faut assumer : au moins un féminisme n’était pas pour sauver l’intégralité de la socialité actuelle, mais pour la remettre en cause. Et dans une pareille période, il suppose aussi les séparations, qui sont à la fois une manière de survivre, et un chemin pour remettre en cause une universalité de fond anthropo. Ce qui est précisément se réclamer d’un refus de l’unitaire idéaliste qui finit toujours par nous attendre au tournant de nos renoncements, avec son héritage historique qui demande toujours reconnaissance et fructification. Ben non. Et par là même c’est évidemment soutenir toutes les divergences, et en finir avec les exigences de rassemblement, bref prétendre recouvrir (comme les mâles couvent les femelles !!!) tous les aspects du rapport social. Il nous faut autant de féminismes, vus comme socialité et réflexions à la fois, que de ceux-ci. Et cesser de vouloir à tout prix les accorder et les attacher les uns aux autres par des articulations qui finissent toujours par agir l’ordre hiérarchique de valeur qui les sous tend. La totalité, comme l’unité, ça cache mal la complémentarité et son ordre. Comme la justice cache mal l’appropriation. L’unitarisme est la mise en ordre et la mobilisation préalable à l’instrumentalisation de nouzautes par la hiérarchisation et l’inégalité de principe. On en a vu maints exemples rien qu’à lgbtlande et à féministlande, où les positions que se prétendaient spécifiques ont finalement abouti au réattelage du petit train, l’amour, l’appropriation et la masculinité dans les formes sociales en locomotive qui consomme petit à petit le contenu de ses wagons. Nous sommes séparées de fait, et séparées les unes des autres, assumons le, organisons nous et marchons dans le direction de nos sauvegardes et de nos avancées, plutôt de que de nous rallier tête baissée à une injonction « commune », en tierce position et qui préfigure nos disparitions, pour en arriver à des mondes structurés sur la valeur idéale genre la servante écarlate.

 

Converger revient systématiquement à sanctionner positivement l’état des rapports sociaux et des hiérarchies dans l’incarnation et la réalisation de la valeur qu’ils engendrent. Quand ce n’est pas carrément à fétichiser les « retours » à des états sociaux supposés originaires et géniaux, à la Bachofen. À rebours donc d’une tentative holistique, finalement classiquement humanistes dans le sens d’un devoir être unique, transcendant et évaluateur, je propose des tentatives séparées et qui ne prétendent pas d’emblée limiter leur effectivité en s’articulant. Aucune réductionnisme moral ne viendra nous prendre par la main pour nous tirer du naufrage de ce même sujet qui en est cimenté. Encore moins pour ne nous le faire surmonter et réaliser icelui. Encore raté. La convergence dans le rapport social retourné en origine et en ressenti ramène aussi sûrement à l’hégémonie universaliste de principe que les autres doctrines positivistes. Tant qu’à prendre les choses en large, autant que ce soit négativement.

 

« Pour un », cette locution a toujours dans la pratique comme arrière pensée une hégémonie, un anéantissement de ce qui n’est pas ce qu’elle contient ; pourtant, à la lire simplement, ce « un » est en lui-même situé et singulier, c’est « un », fondé sur un aspect du rapport social et une approche quelque peu a prioriste de « quelque chose qui devrait toujours avoir existé » - bref une ontologie surplombante. Les pensées de l’unité sont structurellement liées non seulement aux pensées de la légitimité, du « portage de vérité », mais encore à celles de l’originellité ; d’où d’ailleurs le retour du très usé « communisme originel ». Et la recherche (et quand on cherche a priori on trouve toujours, c’est épistémique) de l’émancipation dans des formes sociales supposées avoir été celle d’une « humanité générique », pervertie par les tortueuses civilités décadentes. Cette convergence se discute, mais en tous cas elle pose je pense problème par son apriorisme, qui rejoint les autres apriorismes de justification des bases sociales idéales, comme ayant du être, mais nécessairement « trahies », puisque le résultat n’a rien à voir avec un paradis. Sauf que c’est là un ensemble de pétitions de principe et d’aménagement pour les rendre toujours « justes ». La réalité serait toujours ailleurs, et surtout avant. Une méfiance obtuse se maintient envers tout ce qui pourrait n’avoir pas déjà « quelque part », existé, quand ce n’est pas carrément nous attendre dans la transcendance (le millénarisme qui court à travers bien des idéologies de la justice et de l’ordre en est le point de rencontre). Le sujet social démontre ainsi sa terrible capacité à la reproduction, et à la régression sur ses prérequis idéaux quand celle-ci est mise en péril par sa propre logique. Nous ne devons pas faire trop confiance à notre subjectivité historique et médiate, c’est sans doute une condition pour parvenir à briser ce cercle.

 

 

*

 

 

Il va de soi que dans sa logique même, ce genre de tentative rompt avec la mystique rassemblante de « la voie », et ne se propose que comme partielle et correspondant à une situation issue du rapport social. Et que refuser les opa’s convergentes signifie bien évidemment ne pas tenter d’aller gratouner les voisines. Ce sur une base strictement matérialiste, conséquentialiste des rapport sociaux, et non identiste. Par conséquent anti totaliste. Ce que recouvre de fait la prétention à la totalité, c’est rien moins qu’une horizontalité ou même qu’une redistribution ; ce n’est que la confirmation des priorités que recèle la logique de la valorisation et du primat moral, politique, masculin.

 

Il se prend tellement au sérieux, ce néo-universalisme complémentariste et conséquemment encore une fois masculin, à tous les points de vue, qu’on ne peut guère douter qu’il reprendra dans la continuité et l’intensité la destruction de l’anti-valeur, de l’assigné féminin donc, avant même de l’avoir totalement fait s’exploiter avec consentement. L’avenir, sans séparation et rupture, c’est probablement le féminicide, d’abord, et l’entrextermination virile pour suivre. C’est ainsi que se terminent les fantasmes justiciers, comme le fonctionnement économique et attributif dont ils sont finalement censés exprimer une version pure, supérieure ; la manière et juste plus décidée : on est des politiques ou on ne l’est pas.

 

Mais se jouer l’alternative de « la voie ou la fin », c’est précisément la méthode de l’hégémonie. Il faut donc aussi refuser, parmi bien des refus a priori à proférer, de se laisser déterminer par une prévision à laquelle on a en plus alors bien des chances d’être livrées et amenées si on reste en bloc(s). C’est précisément au contraire un éclatement qui remet en cause les prérequis, ceux de deuxième comme ceux de première instance (les politiques et les naturalisés), qui peut permettre de dérouter la tête chercheuse de la némésis qui prospère en nous sujet.

 

D’où notre préférence pour des féminismes, qui ne se prennent pas à la gorge au nom de, qui assument la divergence dans le rapport social, a posteriori, mais ne s’interdisent pas non plus, se proposent, une méthodologie de remise en cause systémique ; des féminismes conséquentiels qui entrent de plain pied dans la situation négative de l’assigné féminin, de son commun comme de ses non communs. Qu’on ait autre chose que les palinodies citoyennes, la scolastique sociologique ou les injonctions morales salutistes – étant bien entendu que celles-ci ont, et ont déjà, leur place et leur pertinence propres. Il nous faut donc aussi accepter de ne pas s’inscrire dans tout ce qui se passe et se pense. C’est la corollaire nécessaire de pouvoir refuser ce qui conduit à notre destruction. Tenir à distance la sororité de principe qui invisibilise le rapport social. Ne pas renoncer à être problématiques quoi. Cesser de servir, cesser de devoir être les réponses qui serviront à d’autres et les rassérèneront, les remettront en selle sur notre dos.

 

Nous sommes de celles, ou leurs succétrices, qui avons cassé provisionnellement, autrefois, quelques unes d’entre nous en tous cas, un des piliers de ce qu’on pourrait pour le coup appeler exigence universelle, hégémonie structurelle, le pilier du masculin incontournable et nécessaire. Cet universel vers lequel finalement convergent dans une même fascination verbeuse tant le parti de la dignité dans la différence que celui de la citoyenneté propriétaire. Ce faisant, nous avons pris une position d’échappée et qui contestait la fatalité du retour à la bergerie de l’un comme de l’être. Alors zut, nous sommes encore quelques à continuer, dans le négatif et la vivisection de la contradiction, les yeux ouverts

L’universel, si bigarré se présente-il, est contre nous, avec sa reproduction permanente des évidences hiérarchiques et des monnaies symboliques, de la masculinité à la dignité en passant par la justice, cette mise en équivalence forcenée, et la valorisation comme piédestal toujours plus étroit. Les fascinations unitaires, convergentistes ou totalisantes sont toujours sa manifestation instrumentaliste et d’ailleurs contredisent leur anti-universalisme affirmé ; il faut assumer sa propre logique, ses constats et ses conséquences.

Enfin les camarades léninistes 1.1 qui finalement n’ont jamais cru aux thèses du vieux barbu sur la destruction de l’économie et de son sujet par elle-même, s’obstinent à ronéotyper les romantismes essentialisant du Manifeste, et à refuser la possibilité que nous soyons déjà passées depuis un moment, en commençant évidemment par les moins rentables et les plus méprisées, de l’exploitation à la destruction et à l’extermination. D’où l’espèce de cégétisme moralisant de leurs bouquins les plus « avancés », qui de fait reculent à chaque fois, dans un contexte qui les rend de plus en plus anachroniques. Et n’arrivent évidemment pas à expliquer systémiquement la croissance de la mise à mort, autant que possible sous traitée ou même autogérée, des superflues. Évidemment aussi, on peut objecter qu’avec l’implosion de la richesse, on en revient volontiers à une économie relationnelle d’appropriation simple, mais même celle-ci s’essouffle, si on peut dire, par disparition aussi des hommes possesseurs. D’où une espèce d’économie substitutive de production de cadavres. Faire et défaire, engendrer et tuer, c’est toujours travailler.

Et on sent par ailleurs une arrière-pensée prégnante, à moitié fataliste, à moitié fascinée, de justifier l’idéologie populiste et légitimiste d’intensification du masculin systémique, bref là encore d’imaginer « s’en sortir » (mais qui et pour quel genre de monde ?) via la surenchère.

 

On ne sort pas des choses « par le haut », en les « dépassant ». C’est une de ces déjà vieilles, obsolètes blagues gagnante/gagnante qui ne peut profiter précisément qu’à celles qui parviennent à se maintenir gagnantes, intégrées ou « parallèles ». On ne fait alors qu’entériner et garder la même directive générale. Et reproduire un fonctionnement sélectif par la puissance et la légitimité sociale. On desserre celui ci en ouvrant leur fond et en détruisant leur justification. Un changement structurel vers plus d’émancipation et d’égalité réelles, matérielles, ne se fera probablement jamais par la positivation et l’intensification, mais plutôt par la négative, qui permet de désanthropologiser et de défétichiser les fondements de l’ordre social. Et par une critique qui s’attache au sujet, et ne cherche plus à exorciser un ordonnancement commodément supposé extérieur, hétéronome, en l’exilant aussi symboliquement que politiquement dans des citernes qui exonèrent les subjectivités de tout rôle dans sa production, que ce soit l’état ou les identités. Pour des séparations conséquentielles, de groupes en fonction des rapports sociaux, de logiques et de méthodes ; et des sous enchères systémiques autant que systématiques.

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 09:44

 

 

 

 

 

Ressentiment : boire du poison en espérant que quelqu’une d’autre va en mourir.

 

 

Pas autrement étonnée d'apprendre qu'une assoce plutôt conservatrice, économiquement libérale comme le fait remarquer une collègue, bien qu’elle se dise progressiste, et sacrément opportuniste, en tout cas très peu critique sociale, comme OLF, a routé un texte qui se veut matérialiste formellement, utilise des questions de fond du féminisme, mais n’a de raison instrumentale et de visée effective que crassement transphobe, surtout transmisogyne en fait ; et donc se l'est, de cette manière, approprié. N’empêche, il faut marquer le coup, car je crois que c’est quand même un des indices d’un saut en cours dans les multiples chemins de la régression sociale et intellectuelle et du simplisme vainqueur qui nous emportent comme une coulée de boue.


 (https://www.facebook.com/checktesprivel ... 5277273637) qui renvoie à leur post, qu’elles n’ont d’ailleurs pas enlevé à cette heure, ni ne s’en sont d’ailleurs « expliquées », contrairement à ce qui en avait été d’autres « tests » du même type ces dernières années de la part de plusieurs autres orga ; parce que, on n’est pas dupes, ce genre de truc sert surtout à sonder l’atmo, ce qui va passer ou pas, exercice courant dans les sphères politiques réaques tous azimuts. Résultat qui indique bien que, plus encore que l’approbation, elles peuvent compter sur le silence et la tolérance envers les violences sociales « de deuxième rang », celle qui « se discutent », celles qui s’exercent envers des groupes pour lesquels, hein, on va pas se fiche sur la trogne entre relativement majoritaires, quand même…

 
Ce qui est burin avec la bande à terf', c'est la mauvaise foi avec laquelle elles détournent et tronquent l'approche féministe vieille-matérialiste et la critique du rapport social de sexe, qui sont aussi, hé oui, les miennes et celles de quelques autres personnes trans’. Comme d’ailleurs la lecture des conséquences de ce rapport et du nous qu’il constitue (encore qu’ici déjà on diverge, elles diront plutôt « ce qu’il fait » d’un nous supposé préalable, voir plus loin). Et qu’elles instrumentalisent des questions de fond à la structure valide, auxquelles elles en collent d’ailleurs d’autres qui ne sont pas valides du tout, dans une perspective tordue et clairement éliminatrice. Or, une telle perspective invalide de fait tout le procès, sauf à considérer que l’objectif « commun » doit être le nettoyage social (!!) et l’adhésion à un idéal fixiste et rétrograde.

Je dis la mauvaise foi parce que je ne crois pas une seconde qu'il s'agit de bêtise, et au contraire qu’elles le font en pleine connaissance de cause, intentionnellement. Elles font tout simplement l’impasse totale sur le fait pourtant fondamental en logique matérialiste critique qu'un rapport social évolue, se modifie, en deçà même de la volonté subjective ou politique, laquelle il détermine bien autant qu'il en est déterminé, et ne se réduit pas à la simple arithmétique des intentions explicites. Quelque part on a l'impression que ça ne les arrangerait pas du tout qu'il change, justement, et encore moins qu’on vienne un jour qui sait à s’en débarrasser, que leur fond de commerce en serait affecté, et que c'est tant mieux si le masculinisme et le rapport de pouvoir se portent bien ! De nouvelles nanas ? Ah ben non alors, ça fiche en l'air tout leur paroli (qui par ailleurs ne met à aucun moment sérieusement en cause l'ordre hétéro, ect. puisqu’il s’agit au mieux de l’aménager, en l’état).

Pour donner épaisseur à ça, elle ne cessent de marteler un mensonge qui pour stupide n'est pas moins vraiment ignoble et très "troll" (parce qu'il n'a aucune espèce de lueur de fondement) : les droits, l’existence sociale des trans' diminueraient les droits et possibilités des femmes cisses ; donc il faut ôter leurs droits aux trans', les bouter hors de l’existence collective, en fait surtout les transses qui sont on a bien compris la principale cible de l’affaire, qui les empêchent de dormir, les juments de troie dans la communauté idéale, et conséquemment sont pour elles, in fine, une anomalie à faire disparaître. Les mecs trans sont plutôt pour elles des « sœurs égarées » à ramener au bercail, un cas véniel quoi. Un bel exemple, après tant d'autres dans l'histoire contemporaine, d'argutie que l’existence des personnes minoritaires lèse les relativement majoritaires. Et que l’impuissance de ces dernières dans le contexte social est bien évidemment la faute des premières, tiens ; même que ce sont elles qui en sous main incarnent et déterminent la domination. Bien sûr arthure. Ça ne vous rappelle rien ? Un tit’effort…

Enfin si c’est le péril de mixité transse/cisse qui vous répugne, alors là, ne vous en faites vraiment pas, parce que déjà on n’y tient pas plus que vous, et que de toute façon on n’y croit pas, elle n’existe pas. Et ce n’est pas vraiment la question pour le moment. Dans les faits, nous sommes séparées, et par la logique de ce que nous représentons socialement, et par les hiérarchies qui vont avec. Mais non mixités et séparations, quand elles sont conscientes et construites, comme nous le voudrions, vont précisément totalement à l’opposé du déni d’existence, de la volonté d’empêcher de vivre, d’anéantir, qui imprègne tout l’argumentaire que vous mettez en avant, et qui rend du coup invalides jusques aux passages consensuels de votre truc, emballés dans des fins pourries.

 
OLF est une assoce au fond plutôt hétéracisse et généralement transmisogyne. Rien d’ailleurs là de très original. On n’irait même pas les chercher là-dessus, c’est comme ça c’est comme ça. Elle semble en nette perte de vitesse suite à des prises de positions clivantes ou maladroites sur divers sujets, et probablement aussi son fonctionnement hiérarchisé et pyramidal, qui ont amené une hémorragie d'adhérentes. Ceci explique-t’il une droitisation et une recherche de biques émissaires consensuelles visant à essayer de recruter dans le « peuple réel » cher à la dite droite ?

En tous cas ça signe et signale net l’atmo de l’époque, à féministlande et ailleurs : d’une part l’affaissement tous azimuts de la pensée critique du rapport social de sexe, la facilité intellectuelle et un réformisme très cheap ; d’autre part une situation de guerre de toutes contre toutes, de cannibalisme où tous les moyens sont bons. Et ce qui surnage sur les raisons supposées de fond, c’est la haine facile des plus faibles et des moins légitimes, afin de se remblayer quand on est en perte de vitesse politique ; olf mène tout simplement une tactique populiste de droite sur le dos des nanas transses, et de quelques autres. Histoire d’essayer de se présenter comme « représentative » - ce qui fait autant rigoler que bien d’autres initiatives groupusculaires récentes, qui se limitent souvent à une cheffe charismatique et quelques clampinEs (hé oui, on n’aime pas les transses mais par contre pas de problèmes avec la mixité intracis’, c’est ça l’progrès).

En tous cas l’expérience est probante : d’une part ça réjouit leur cheptel politique, mais surtout on mesure la tolérance de plus en plus passive et profonde, comme d’ailleurs dans tout le reste de la société et vis-à-vis de bien des questions, envers les affirmations régressives ou discriminatoires. Et le poids croissant des alliances, déclarées ou non, et leur rapport à la valeur relative des groupes sociaux ; même les orga cis’ ou même mixtes f-pg qui d’habitude ne se gênent pas pour fustiger le conservatisme et les discris se sont faites toutes petites, vu que quand même on va pas se fiche sur la figure entre cis’ ou intégrables pour des caricatures qui n’existent de toute façon pas vraiment, hein ? On a intérêt à s’en souvenir.

Enfin ça déterre bien la base d’un gimmick contemporain qui a presque toujours et pas par hasard été utilisé par la réaction : « oser ». On n’ose que ce qu’on sait plus ou moins obscurément comme à la base du sujet social en vigueur, ontologique, communément admis et défendu ; bref tout ce qui s’oppose à une évolution de l’ordre des choses, qui ramène au contraire aux injonctions premières. Oser, c’est la jouer surenchère des évidences. C’est une de ces baudruches attirantes qui tuent les plus faibles. Ça aussi il faut s’en souvenir.

 

Pour le fond théorique, c’est le repli commun à toutes les options politiques sur les évidences acritiques, les essentialités et une « société réelle » à la sauce réaque qui est en fait antiréaliste, ou alors réaliste métaphysique, puisqu’elle nie et hiérarchise la réalité a priori, à l’inverse d’un réalisme conséquentialiste. Ce qui se passe ne peut réellement exister – en fait être légitime – que si ça suit le schéma préformé. Pas de surprise en histoire sociale. Et finalement, on le sent avec ces groupes qui n’arrivent finalement pas à mener une réelle critique d’hétéro- et de sexuationlande, de la sexualité et du relationnisme, pas d’évolution non seulement concevable, mais même acceptable. Ce qui se passe ne peut donc, comme le veut la logique politique et volontariste, que le fruit d’un complot, délibéré et malveillant. L’idée matérialiste que le sujet, et donc son devenir, éventuellement son ressenti, sont précisément d’origine sociale, donc réelle, et qu’il n’y a pas plusieurs niveaux de réalité, bref qu’il faut prendre les problématiques telles qu’elles se présentent à bras le corps et non a priori ce qui n’empêche pas la critique systémique de fond, bien au contraire, les dépasse ; c’est ça de vouloir jouer les maté’ quand en fait on en répugne aux structures, à l’audace intellectuelle et peut-être à l’ouverture d’esprit.

C’est une vieille tare de bien des pensées, y compris révolutionnaires (léniniste notamment, ou plus généralement subjectiviste, en quoi elles tombent tout dret dans ce qu’elles affirment combattre…) de ne pouvoir intégrer ce qui n’a pas été projeté. Et donc de le délégitimer a priori comme « moins réel ». Critiquer cette approche ne veut absolument pas dire renoncer à une distance et à un systémisme, s’abandonner à ce pour quoi se présentent les choses sans distance. Mais un peu de bon sens (oui !...) devrait quand même suggérer que ce qui est désormais, nous quoi, clairement un glissement de fond dans le rapport social de sexe, doit être pris en compte et analysé, et pas balayé d’un revers de manche. Que même ça ne servira à rien, à moins qu’on envisage, à l’ancienne, à la bio et à la métaphysique, l’hypothèse de la « solution » par l’extermination… Car en fait encore une fois je ne crois finalement ici ni à l’insuffisance ni à l’erreur, fondamentalement : la raison en est clairement instrumentale et malveillante, fut-ce au nom de l’habituel idéal de pureté et de légitimisme, qui est à l’origine de bien des désastres et autres horreurs.

 

S’interroger sur le pourquoi comment de ce qui se passe depuis quelques décennies dans le rapport social de sexe est à mon avis urgent et primordial ; précisément parce qu’il s’y passe des choses, des choses plutôt imprévisibles et qui ne suivent peut-être pas sa pente maximale. Je suis absolument pour poser les éléments et rapports dans un cadre d’analyse sociale. Mais réduire ce qui se passe à une panerée de lubies, quand ce n’est pas reprendre la bonne vieille thèse par défaut de « s’il se passe quelque chose c’est qu’il y a un complot », c’est précisément pour ces prétendues matérialistes se vautrer dans le subjectivisme et le simplisme le plus épais. Et si la notion d’identité, sans parler du nativisme, est selon moi éminemment questionnable, déconstructible, ça change quoi ? Nous n’existons pas moins dans le cadre de l’approche en terme de rapport social que dans celle en terme d’identité. Il est donc tout bonnement faux que prendre en compte l’existence des transses invisibilise le patriarcat. D’autant que la réfuter n’a aucun effet prophylactique sur ce dernier ! C’est ce qu’on appelle avoir tout faux.

 

Leur biais de mauvaise foi - parce qu’elle savent quand même, en principe, ce dont elles parlent, et que c’est je pense encore une fois intentionnel, encore que ? n’y croient-elles pas à force ? - est de relativiser en fait le social, de supposer par là-même une « nécessaire » existence référente extra-sociale première, absolue (ce qui est aussi, en miroir, le gap des relativistes pour escamoter l'effectif), donc de l’adosser à une « réalité ontologiquement vraie » essentielle et métaphysique, d’une manière tout à fait « sens commun » naturaliste ou religieux, genre une humaine générique toute formée en deça de son existence effective, avec pourquoi pas une âme éthérée tiens aussi. On ne naît rien ? Ben si, on naît des tas de choses, avantageuses ou non. Il n’y a personne « avant » la vie sociale. Et même pendant, ô surprise, il arrive que ces choses que nous sommes sont modifiées. Nous ne sommes que par nos modalités, sans quoi on en revient à la scolastique, à la substance et à l’accident, au dualisme foncier – qui comme on sait n’ont rien mais rien à voir historiquement avec le patriarcat non plus…

Si on tient que la vie humaine est intégralement du social, que ce qui se passe est le réel, quoi qu’on en juge par ailleurs, une pareille position de déni et de naturalisation est intenable. Sauf si, en réalité on n’y croit pas, mais à des réalités préalables et intangibles – alors que devient et sur quoi se base la prétention et à une critique sociale, et à un changement de l’ordre sexué ? Leur fixisme met à la poubelle, ipso facto, tout ce à quoi elles, et nous, prétendons en matière d’émancipation ! Ça semble même là une belle manifestation de ressentiment : fiche en l’air ce qu’on voudrait et ce dont on aurait besoin pour que d’autres, jugées illégitimes, n’en profitent pas. Posture de plus en fréquente en cette période de naufrage, où on s’aperçoit que le sujet social rêvé, propriétaire/valeur d'échange, ne contenait pas la pochette surprise escomptée. Il y a comme de la rage de dépit, elle aussi abominablement banale, dans cette manière de se retourner contre les plus stigmatisées au lieu de s’en prendre, précisément, au viriarcat, et de reradicaliser et reconséquentialiser le féminisme, en fonction d’où nous en sommes et de ce que nous avons appris. Ben non, mieux vaut tout perdre que de le partager avec des illégitimes, bouh ! Voilà ce qu’on appelle une position vraiment morale. À faire peur.

 

Et donc pour y revenir, alors là, encore une fois, l’affirmation mensongère, ignoble et j’ajoute lâche, parce qu’il s’agit encore une fois de victimisation majoritaire sur le dos de minoritaires, et on le devine bien essentiellement sur celui des nanas transses, qui sont pourtant un des groupes sociaux les plus délégitimés, déclassés et cibles de violence, cette affirmation donc que les droits et la place sociale des transses sont pris aux nanas cisses, est  grossièrement stupide. Je raconte pas comment je me fais aimer à conserver une approche de critique systémique du rss à transselande, et à signaler la difficulté de se départir de tropes référents masculins comme l’a priori positiviste de revendication de pouvoir, ce dans une atmo par ailleurs générale, jusqu’à ciféministlande faut-il le rappeler, d’appétence pour un « sujet neutre » qui est en fait masculinoformé. Je suis la première à défendre que nous constituons un groupe social nouveau, et par ailleurs à dire qu’il y a un problème avec des objectifs convergents qui reproduisent et renforcent hétérolande, le capitalisme, etc., mais dans ce cas là encore les cisféministes n’ont absolument rien à moufter parce qu’elle sont sur ces mêmes lignes, et sont bien frileuses à en mener une critique interne. Pareil de l’articulation sociétal/social, où elles ne proposent depuis longtemps plus aucun changement de fond du second, au profit d’un alignement perdu d’avance sur les modalités du premier. Elles n’ont vraiment pas à la ramener s’il s’agit de déceler ce qui finalement maintient systémiquement l’ordre sexué et économique dans les politiques intégrationnistes ! Et encore moins à ne faire mine de s’en soucier que quand c’est le sort des transses qui est en jeu. Là encore la mauvaise foi est phénoménale. Quand elles-mêmes auront une velléité de se poser des questions de fond sur la sexuation, l’ordre relationniste, l’appropriation humaine et matérielle, l’injonction à la sexualité, toussa toussa, alors okay on en reparlera. À fond pour. Mais jusques là vos gueules. Regardez vous vous-mêmes. Et, c’est le cas de le dire, lâchez nous les baskets. Voui. Pasque, je ne sais pas si vous vous en êtes vous mêmes aperçues, mais là c'est vous qui êtes collées après nous, à ressentimenter et à réclamer, alors que nous allons plutôt de l'avant. Toute analogie etc etc., n'est-ce pas ?

 

*

 

Cela dit, c’est bien nous qui sommes bêtes, si quelqu’une est bête dans cette affaire, à nous obstiner à vouloir converger avec un pareil cousinage, ou nous inscrire dans des packs identistes (genre cispégé, salut act up soudain muette…) où ce genre de situation montre clairement qu’on nous considère pareil, comme des épluchures et un fléau. Nous n’avons rien à en attendre, rien à leur demander. Que ça leur plaise ou non on est là, et bien là. Ici et maintenant, cela ramène à ce que je défends par ailleurs. Sortir de l’idéalisme convergent et meurtrier, pour privilégier un conséquentialisme communautaire. Les rapports sociaux internes à f lande étant ce qu’ils sont, le minimum est de se désengluer de toutes les visées unitaires, et de s’auto organiser en fonctions de comment les choses se passent. Nous nous disposons trop facilement nous-mêmes, et parce que nous ne savons ni ne voulons assez remettre en question valorisation et intégration, ces « références incontournables », à nous laisser instrumentaliser et maltraiter par des options pour lesquelles nous sommes illégitimes, en trop. Encore une fois, donc, autonomies transses. Sans parler des autres. Cela ne préjuge d’aucune hiérarchie idéale, d’aucune obligation d’alliance ou que sais-je. Nous positionner. Cesser de dépendre des approbations. Et nommer, examiner, pareil. Ne plus donner dans le mythe de l’unité, qui se fonde toujours sur l’élimination.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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