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14 novembre 2017 2 14 /11 /novembre /2017 11:07

 

 

On me dira que je me répète beaucoup. Ouaips. C’est déjà que la langue, ma langue on va dire, n’est pas indéfiniment extensible, surtout quand je parle des questions sociales finalement assez peu variées qui structurent répétitivement nos quotidiens. C’est aussi que les faits et les actes se renouvellent finalement très peu, se répondent en miroir, au cours des années. Qu’on en revient toujours au même dans nos sympathiques milieux où d’ailleurs on ne cause plus trop haut ni ouvertement de changer le fond des choses. Tout en se lamentant « qu’elles continuent », enfin leurs conséquences désagréables, là où ça nous fait mal, là où elles ne vont pas dans le sens de nos intérêts concurrentiels bien compris…

 

 

Je peux difficilement me taire quand revient le TDoR®, « notre » - même plutôt leur - 11 novembre exotique, au-delà même de sa stupidité morticole et commémorative intrinsèque, où nous existons d’autant mieux que mortes, car voilà notre raison sociale à cis’ et masculin’lande, servir de poupées fracassées aux légitimes et autres invisibles, qui peuvent ainsi quémander du rab’ de puissance et de normalité en agitant nos images pantelantes, tout bénef’. Nous sommes tuées, ou plus ordinairement stigmatisées et violentées, iels s’emparent de cette situation pour la négocier à leur profit. Cette parade de ciscrocodiles aux pseudopodes insistants et à l’œil opportunément humide, cette laverie à cisses abuseuses, lesquelles pulullent dans les milieux et les évènements « inclusifs », m’exaspère toujours plus et par ses tenants et par ses aboutissants, comme les qui la promeuvent. Ces milieux même n’existent guère que pour ça : que les surplombantes sociales puisent faire leur marché parmi les surplombées diverses, et se washer à leur rafraîchissant contact inégal. Je me rappelle toujours ce que m’avait sorti, il y a bien des années, une des ces cisses qui aime fort à exotiser « en actes », et à qui je représentais, avec bien de la déférence à cette époque, le potentiel problème que posait la dissymétrie de rapport social exotisant le long de laquelle elle se laissait nonchalamment couler : « mais ce serait l’apartheid ». Ben oui, pour elle un séparatisme social conséquent c’est l’apartheid, s’empêcher quand on surplombe de se servir, remettre en cause la norme très masculine de l’accès a priori aux gentes, c’est l’apartheid. Envers soi-même. Ce soi-même auquel bien entendu, hein, il faut au contraire offrir de manière décomplexée tout ce que socialement il peut. Cool. D’ailleurs elle continue, parmi bien d’autres de la même classe ; jamais on n’a osé remettre en question une personne si charismatique et dont on peut éventuellement tirer quelques picaillons (pasque bien sûr elle est riche). C’est un exemple. Mais qu’est-ce qui rend ces exemples possibles, sinon encore une fois notre réclamation piteuse de reconnaissance, les occasions que nous offrons régulièrement sur un plateau de nous utiliser ? Bonnes et c…es, je suis désolée, et même et surtout quand nous jouons la bouffonnerie de la « colère », ces petites sorties qui réjouissent tant nos utilisatrices, qui pimentent une relation sociale qui serait sans ces petites épines d’un pouvoir de toute façon jamais contesté dans son principe ni dans sa nécessité, quelque part, fade. Moins valorisante. Tout ce que nous servons aux cisses, toute notre attention, quelle forme et quelle polarisation qu’elle prenne, leur tourne en valorisation. Et nous appauvrit, nous – allez je le tente, même si je n’aime pas trop l’usage fait généralement de ce concept, nous aliène donc. C’est bien simple, c’est abominablement simple, si nous ne velcrotions pas nous-mêmes à essayer d’obtenir quelques lambeaux d’une considération qui ne peut pas être, parce que nous sommes si j’ose dire perpendiculaires aux éléments, aux règles et au flux de la valorisation sociale, hé bien nous ne serions pas bouffées par une pareille vermine, attirée, introduite par notre fichu désir d’inclusion et de participation. Bref, si leur comportement est totalement pourri et inadmissible, hé bien nous devons bien nous rendre compte que c’est nous qui l’avons admis par principe, a priori. Et qu’il ne nous reste plus, a posteriori, qu’à le couper avec j’espère quelques uns de leurs pseudopodes. En nous coupant nous même de cette « spontanéité » (une de plus !).

 

Les philes et inclusives ne sont pas vraiment moins transmisogynes que les terf’s, elles le sont autrement, au lieu d’abonder sur notre élimination nette et immédiate, elles nous utilisent et nous parquent dans une logique de valorisation bienveillante et dissymétrique, qui elle non plus n’exclut pas l’élimination, des fois assez crapuleuse et toujours méprisante, la traduction directe du rapport social en l’état quoi, dès lors que nous ne leurs sommes plus utiles, ou que l’une d’entre nous soulève quelque problématique dans le rapport social. Du reste, la contradiction interne est dans l’objectif supposé convergent de ce rapport, la réalisation des formes sociales appropriatrices, masculinocentrées, valorisatrices. C’est avec cela que nous avons et aurions toutes à rompre, primo. Et c’est cela que nous aurions à renvoyer à la figure des cisses, qui y adhèrent foncièrement derrière leur paroli « subversif ». Il faut taper dans ce qui se présente, évidemment inégalitairement et donc faussement, comme le « commun », l’évident, le convergent, pour faire tomber l’édifice. Mais encore faudrait-il le vouloir, l’imaginer.

 

Enfin, il n’est jamais mauvais de le rappeler tellement ce point fait également l’objet d’un calus, d’un silence et d’un déni profonds, tout cela implique de larguer également l’idéologie unitariste trans’, qui voudrait que nous nous tenions sur une place unique qui surplomberait, annulerait ou dépasserait magiquement le rapport social de sexe, sans parler des autres rapports sociaux. Ben voyons ! Ben non, déjà, nanas transses on va dire binaires, nous ne pouvons pas « simplement », « naturellement », apparier, converger avec les m trans, les non binaires, encore une fois comme s’il y avait au-delà de nous un « lieu » préexistant qui nous attende et où les rapports sociaux seront miraculeusement dissous ; et réciproquement ; nous-mêmes sommes profondément, conséquentiellement divisées par les inégalités qui nous parcourent et nous opposent souvent. Pareil, tant que nous essaierons de velcroter transversalement à ces déterminations, l’air de rien, il y aura de l’abus. Les inclusions, les attelages, les alliances qui effacent, distordent la perception des rapports sociaux, ne peuvent mener qu’à des appropriations selon les hiérarchies déjà en place, à des illusions, à des abus. Il faut aussi arrêter avec la quête d’un pouvoir dont le principe même nous remet déjà à nos places, l’empouvoirement c’est la reproduction de la logique et de l’état des choses ; il nous faut tirer conséquence de notre position, qui est faible, et saper les fondements d’un pouvoir, d’un « monde nouveau » qui nous délégitimera toujours, qui aboutira toujours à notre anéantissement après nous avoir instrumentalisées.

 

Nouzautes nanas transses avons majoritairement tendance à être peu « radicales », il faudra que j’essaie d’en reparler ailleurs de manière plus approfondie. Il va de soi que cela tient et à ce que nous avons du mal à abandonner de notre « héritage », de notre accumulé ; et aussi à notre position particulièrement contradictoire, perpendiculaire, sur le marché de la normalité et de la reconnaissance. Clairement, oui, on a raison de nous questionner à ce sujet, cet a priori d’inclusion et d’accès dont j’ai parlé plus haut, que nous avons d’autant moins à vouloir reproduire, à l’image des cisses, que de toute façon il nous est globalement fermé – c’est joindre alors, je suis dure et j’assume, l’inconséquence à la volonté de reproduction et d’appropriation de rapports sociaux en soi assez pourris. Se considérer en somme comme tout dû, par statut ou justice, à commencer bien entendu par ce qui fait valeur et existence dans la société masculino- et ciscentrée, et sans se poser de questions sur les résultats que ça emporte pour toutes. Le transseplaining, dans le principe, ne nous mène pas ailleurs qu’où mène le cisseplaining, c’est à dire où nous sommes toutes déjà – et bien entendu toutes à la place où nous nous trouvons : il nous faut rompre avec la logique de légitimisme qui les sous tend tous.

Mais il faut voir aussi que cette contradiction tient à des rapports sociaux et normatifs plus généraux où nous sommes, c’est rien de le dire, assez dans la mouise. Bref il ne s’agit pas de nous en faire une culpabilité et puis hop, d’ailleurs la culpabilité n’a jamais empêche la reproduction par en dessous ; il s’agit de confronter explicitement les tenants de cette situation sociale, du glissement que nous manifestons dans le rapport de sexuation, de ses implications, de ce que ça ouvre et de ce que ça devrait fermer. Et, je dirais, un des préalables possibles à la prise d’un tel virage, pour décrocher de la convergence de réclamation de puissance et de normalisation, pourrait être déjà de boycotter les évènements velcrotaires, larmaloeil, juchés sur de l’impensé, de l’implicite, du ressenti, du pathos, bref sur le reproduction de l’état des choses et des gentes ni vu ni connu – ou plutôt, en fait, très bien vu, connu, cyniquement affirmé et en même temps nié ; car rompre avec des pratiques reproductrices, c’est pouvoir identifier et remettre en question les théories, les méthodes qui les sous tendent. Contester à la base les objectifs dans lesquels nous communions suppose déjà d’arrêter de communier.

 

 

Nous ne sommes pas ensemble, nous n’avons pas à faire semblant de.

 

 

*

 

 

PS. Je saisis l’occasion, il y a des redites qui ne sont pas superflues, pour renouveler, à l’attention des collègues qui se feraient des idées au sujet de l’inglusivité ou de la « convergence des luttes », puisqu’elles constituent la trame de fond célébrative en ce fameux day®, un warning déjà ancien qui ne perd rien de sa validité avec les années, bien au contraire : les mouvements et milieux cisféministes, à commencer par les « philes », y compris leurs annexes queer et dé, en Rhônalpie par exemple et bien évidemment ailleurs aussi, comportent une part notable d’agresseuses et d’abuseuses de transses, consentent à leurs agissements et les couvrent au besoin. Ben oui, c’est qu’il y a là aussi une majorité silencieuse prééminente à laquelle il ne faut pas déplaire, sans elle ce milieu même se déferait (on serait quelques unes à ne le pas regretter !). Voilà, il importe de le rappeler régulièrement, de ne pas l’oublier. Et de savoir où on met les pieds quand on veut quand même les y mettre. Il est parfaitement inutile de chouigner ou de s’en indigner, ou de vouloir le changer en l’état des choses, d’une part parce que ça répond à des logiques sociales structurelles, d’autre part parce que conséquemment personne n’y a intérêt à en tenir compte. Il en faut tirer conséquence. Nous ne sommes pas avec les cisses. Et réciproquement. Et quand on s’y trouve quand même, gare à nous. Un peu de séparatisme conséquent et d’imperméabilité aux slogans simplistes et séduisants préviennent au moins une partie des violences envers nous. À l’inverse, il ne faut pas s’imaginer que ces milieux symboliquement « philes » s’emploient à contrer réellement les brutalités que nous subissons à cislande en général. Cela dit et encore une fois, la question de base enfonce totalement la plancher de la simple dénonciation de l’état de fait : c’est tout le rapport social, ses normes et ses objectifs qu’il est indispensable de remettre en cause si on voulait que celui-ci change ; mais une condition préalable à pouvoir penser et nous organiser est de nous mettre hors de portée, indisponibles. Nous vivons au « pays » du nécessaire mais pas suffisant.

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11 novembre 2017 6 11 /11 /novembre /2017 13:35

 

 

La « parole transse » préformatée, « une et indivisible », semble désormais une épice indispensable du médiatique people bas de gamme. Sur le non moins indispensable, et d’ailleurs imposé, format du témoignage, assaisonné de la dose jugée raisonnable de gémissement – surtout pas d’approche sociale et générale, pas de recul, personne, ni les cis’ ni nous-mêmes, ne s’y « reconnaîtrait », puisque nous sommes toutes il paraît « uniques » en bonne règle personnaliste et libérale (la ronéo sociale et identiste de fait ne devant relever que d'un hasard aussi fortuit, inexplicable que nous devons le rester). Mais surtout nous sommes là pour y donner le petit frisson si utile au soulagement des rescapés des glissements, disgrâces, dévalorisations diverses, pour qu’iels se remercient de n’en pas être. Même on se dit que ce qui est congloméré sous la notion gigogne de diversité sert beaucoup à ça : revaloriser relativement et rassurer le non-divers, la majorité silencieuse, ce qui reste du référent.

Et nous y apportons le bénévole enthousiasme shadokien minoritaire de « cette fois on ne se fichera pas de notre trogne », mordant et remordant surtout à l’appât inusable, en ce qui nous concerne vide, de la reconnaissance, de la notoriété, de la représentativité et autres papiers à mouches cheaps pour illégitimes, dans lesquels nous volons gaiement nous engluer, nous faire ridiculiser et décrédibiliser - surtout quand on voit la "qualité" des émissions et des présentateurices dont nous allons régulièrement renflouer l'audimat, la poubelle de media déjà en moyenne peu salubres. Et encore une fois, en la matière ça ou rien - et rien serait largement préférable, le ça ou rien traduit d'emblée une situation vouée à ne pas évoluer. Belle manière de confirmer délibérément, ainsi, où nous nous situons dans cette société. Et ce, volontairement, et ce depuis vingt ans. Rien oublié, rien appris, toujours la même avidité pour les mêmes impasses qui nous mènent à nous ravaler nous-mêmes. Au nom d'une "pédagogie" qui reste vouée à faire s'esclaffer le bon cispeuple, à abonder la larmaloeil de quelques abuseuses inclusives, et à aider à perpétuer ainsi de fait l'exotisme méprisant et malveillant. La tête contre les murs. Pendant ce temps, dressées, quel confort, sur le bout des pieds pour en prendre plein sur le museau et encore dire merci, nous nous assurons zéro care mutuel, zéro auto-orga, puisque notre avenir est paraît-il dans la cisreconnaissance, dans la « promotion » (au mieux de quelques unes, et comme guignoles soigneusement exotisées, toujours ces « autres » qu’on ne doit surtout pas risquer de devenir, ouf), dans l’élitat subalterne, soutières auxiliaires, précaires et strapontines tant du rapport social de sexe que de l’économie politique, avec la part y congrue de clownerie médiatique donc. On y revient. On y revient sans cesse, on s’y ramène autant et plus qu’on y est ramenées ; mais surtout n’en parlons jamais, n’y pensons non plus !

 

On a déjà moult parlé des conditions d’imagerie, pour les nanas cisses, et un peu aussi pour les transses. Sourire ou colère, parcours aller-retour circonscrit (et colère qui attention doit rester colère, épidermique, ne doit jamais trop se coaguler en réflexion systémique, pasque c’est pas authentique ni là encore congru à ce à quoi nous sommes assignées, et surtout parce que ça pourrait remettre en question les buts que la colère investit et approuve par son indignation de n’en pas être). Mais encore une fois, le nœud des rapports sociaux existant, étions nous tant que ça obligées d’en rajouter, de le tirer un peu plus ? Je ne sais pas. Peut-être. N’empêche que ça ne nous a pas vraiment fait avancer, que ça nous interdit de reculer, encore plus de cheminer de côté, bref que ça nous immobilise, nous assigne factuellement quoi à rôle et à résidence, avec nos bouilles et nos nez pas au milieu de la figure, propres à nourrir rigolade et pitié. Et nous avons je pense encore moins usage de la seconde que de la première, ce qui n’est pas peu dire vu ce que le rire surplombant, légitimiste, manifeste dans notre monde social (il est fréquemment la porte du meurtre). Nous sommes et ne pouvons être là que pour qu’on rie de nous, pour conforter très paradoxalement la cisnormalité, pour ajouter une épaisseur d’infériorité à la réserve que se suppose le sujet légitime et qui le séparerait de l’élimination (que lui prépare par ailleurs sa propre logique concurrentielle, mais chut !).

 

Est-ce qu’à un moment nous allons arriver à saisir que défiler dans les peu diverses lucarnes médiatiques pour quémander une normalisation et une légitimité par rapport auxquelles notre condition même, cumulativement, nous place en complète perpendicularité, hé bien ne fait que figer le rapport social, nous rend, c’est dur à dire, toujours plus comiques, dans un monde où être objet du comique est encore une fois une justification de fond à l’extermination – et en attendant celle-ci à la violence quotidienne ? Il faut arrêter avec la recherche d’empathie, l’appel aux bons sentiments, le dévouement, qui ne font que livrer l’image même qui potentialise le mépris, la distance et un peu l’effroi. Rompre avec la mise en scène infatigable d’un ressenti improbable que nous essayons d’écouler à prix cassés sur le marché légitimitaire. C’est zéro, encore une fois. Et pendant ce temps, toujours espérantes, nous évitons de nous considérer nous-mêmes, de parler entre nous, de nous déterminer et organiser. Nos bergères autorisées en sont encore et toujours à réclamer telle ou telle modification dans la distribution, dans la représentation, alors qu’en ce qui nous concerne, les nanas transses, le blocage est dans le principe même. Et le restera longtemps. Peut-être même toujours. L’image, la visibilité est notre ennemie. Et notre angoisse d’intégration, de reconnaissance, nous place dans les rangs, fonctionnellement, de nos adversaires, noua arrache à nous-mêmes, que nous voudrions, je me répète, désespérément, impertinemment, et d’ailleurs inutilement, fuir, à travers une présence sociale idéalisée, médiatisée, fake. En somme, nous nous instrumentalisons nous-mêmes par ce canal, et, chose remarquable, nous servons alors autant de repoussoir opportun aux uns que de bébées phoques prétextuelles aux autres ; nous sommes instrumentalisées à la fois négativement et positivement, de notre plein consentement et appétit. Et nous nous étonnons d’en supporter les frais (ce qui bien évidemment fait partie de cette même logique). Et de ne plus avoir de quoi investir chez nous. L’image, finalement, est hors de nos moyens, hors de nos prix. Tirons en conséquence. Ou pas. Mais alors cessons d’en chouigner.

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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 12:23

 

 

Quelques interv’s et échanges récents, dont j’ai trouvé le fond à la fois nauséabond et épouvantable, me font revenir sur cette idéologie, on peut même dire cette structure collective de plus en plus prégnante, ce chapeau qui rend sourdes, qu’on peut résumer sous le terme de ressentiment, et qui informe une bonne partie du simplisme politique corrélé à l’extermination autogérée et hiérarchisée du sujet. C’est donc rien moins que de l’égalitarisme ou de la critique des bases fonctionnelles et idéales ; c’est à l’opposé ; ça ne s’embarrasse même pas souvent de justifications bien longues, c’est juste l’envie que le plus de gentes morflent, souffrent, périssent, sans même d’ailleurs bien souvent la moindre réserve sur soi-même, qu’on hait bien autant que les autres. Cette attitude progresse en général dans la société, et y compris parmi les collègues transses, sous diverses formes. L’une jouit de se voir assise sur la planche à clous de la stigmatisation institutionnelle, l’autre se délecte à l’idée que la politique économique va mettre plein de gentes sur le goudron. Toutes présentent cette particularité que leur obsession est d’imposer, ou de soutenir l’imposition, de cet ordre mortifère aux autres ; à commencer par celles qu’elles sentent ou savent en dessous d’elles (ces fameuses pauvres qui profitent indûment, vous savez, des restes de la concentration du capital).

Quelque part, on voit là le premier degré de l’escalier en colimaçon qui mène au meurtre de masse, que celui-ci soit DIY, à l’ancienne à la bio, ou approuvé par procuration. Structure à la fois typiquement masculine, et dans le même mouvement tout à fait donc idoine à l’exigence économique de réduction indéfinie de la base humaine, voir si on retrouvera à quelque moment de cette épopée hyper malthusienne une rentabilité provisoire.

 

On touche ici les limites de la raison, et du mauvais côté de surcroît. On plonge dans une déraison collective, fluente, un parti pris du plus grand mal – qui fait tristement pendant dans les options régressives à celui du « moindre mal » et du retour en arrière supposé indispensable. L’important est qu’on ait et qu’on fasse mal. Ici qu’on porte la concurrence directement à ses conséquences dernières, sans même passer par les prétextes et les intermédiaires de l’appropriation et de l’élimination relative des unes par les autres sur les marchés ; direct, on tire le tapis, le tapis des conditions mêmes de l’existence, et comme on ne peut pas le tirer soi même on applaudit les institutions et les rapports sociaux globaux qui peuvent le faire. Et le font. Quelque part on ne rêve que plaies et bosses. On a des vies miteuses et merdiques, et on va en présenter la facture au monde entier, en commençant par les qu’on a sous le nez.

 

Bref, et pour revenir à nozigues, il y aurait toute une graphie à écrire sur les transes de droite, je dis de droite structurellement, transversalement souvent aux étiquettes. Sur la place que nous occupons ainsi, pas nous le cacher, dans cet effrayant positivisme de l’anéantissement mutualisé. Parce qu’encore une fois il ne faut pas se leurrer, cette attitude n’a rien de « négative », au sens de se poser perpendiculairement ou en échappée à la mécanique en œuvre. Au contraire, elle se drape de pseudo évidences à surface moraliste, de justicialisme plus que sommaire, de poujadisme quoi, mais un cran et même plusieurs au-delà du poujadisme historique, on sent qu’il s’agit désormais de défendre non plus des intérêts qui seraient propres aux intéressées, nenni, il s’agit en premier lieu, et à n’importe quel prix je souligne, de priver les autres, et soi même au besoin, du nécessaire et finalement de l’existence. C’est la férocité bête qui sait très bien ce qu’elle veut. Qui parie même sur sa propre disparition, l’appauvrissement ne faisant que faire monter la violence et la régression, dont nous, transses, sommes parmi les premières cibles, illégitimes consensuelles. Mais rien à f’, on sent qu’elles sont en quelque sorte habitées par un but qui est au-delà d’elles, qui contient leur propre destruction (mais quand même après nous le déluge).

 

Rien à voir donc, et de très loin, avec la critique des rapports sociaux invisibilisés dans nos milieux, l’alignement des intérêts supposés collectifs et convergents sur ce que peuvent s’offrir les plus riches et les mieux entourées, au prix de l’appauvrissement et de l’exclusion des autres. Tout à fait à l’inverse, ce dégueulis moral descend fréquemment de celles de cette classe qui ruminent dans leur salon sur la non réalisation parfaite de leurs idéaux, sur la contradiction entre leur statut de transses et la stature sociale irrémédiablement perdue, et coule sur la tête de celles qui ne se sont jamais (trop) fait d’illusion à ce sujet, venant d’emblée de situations déjà peu favorisées.

 

Encore une fois, un peu de critique de l’économie politique indique qu’il s’agit là de l’incarnation de la logique des choses, pour laquelle et lesquelles nous sommes de trop. Il faut que nous dégagions, et il ne faut pas moins que ça vienne spontanément, de nous comme sujets sociaux, que nous soyons les actrices de la débine puis de l’extermination, et si non les actrices du moins les spectatrices, les citoyennes et les prétextes enthousiastes. C’est là une espèce de fanatisme (au sens où tous les moyens lui sont bons) de la névrose et encore une fois du ressentiment. Qui fait merveilleusement correspondre le ressenti et aux rapport sociaux, et aux directives économiques de fond. Parfaitement délirantes, on en convient.

 

Le souci c’est que l’auto instrumentalisation et la stupidité ne font pas litière de la dangerosité. Le rapport social étant notre réalité, et à la base des manifestations imputées au politique, ces collègues participent pleinement au mal qu’elles fétichisent. Ces nanas répandent une sorte de poison intellectuel et comportemental dans nos structures d’orga, déjà bien sommaire et peu utilisables socialement. Bref, si nous voulons un jour bâtir d’autres structures d’autonomie qui puissent nous protéger, il va falloir sérieusement là encore réfléchir sur cet a priori « d’unité transse », sur ce qu’apportent les unes et les autres. On ne peut pas non plus dans ce cadre y introduire ou y subir ce qui nous démolit, quelque identité que cela revêtisse. Mais l’affaire est encore une fois compliquée : il y a nous-mêmes, sur pattes, et ce que nous manifestons dans le rapport social actuel, un négatif plus ou moins total et irréfragable. Effectivement, il y a tout un problème en soi dans le déni de ce négatif – mais ce déni intègre bien des options, et toutes les transses « positivistes » ne sont pas ces transses de droite qui portent, qui se résument même de plus en plus à la haine systémique. Après, il faut toujours faire attention à ne pas le devenir, à ne pas y glisser, parce qu’on devient, dans le réel social. Et qui plus est par une foultitude de chemins et de médiations.

En clair, jusqu’où pouvons nous porter le « souci négatif » visant à nous faire et laisser vivre dans un contexte opposé, sans verser à notre tour dans la fétichisation salutiste où l’extermination devient la porte de la félicité et de la légitimation ? Bref sans quitter justement le négatif qui est un retrait, et non cette appropriation néfaste des formes sociales et des gentes, ce positivisme qui fonde la pensée de ces transses de droite, entre autres options qui ont en commun de se vouloir strictement moral-politiques ? Il nous faut savoir comment départager, et sur, à partir de quoi. Une conséquence qui s’impose est encore une fois de renoncer à toute « unité », tout en gardant le rapport social en mémoire dans ce qu’il a de convergent à notre « égard ». Travail pratique, mais aussi foncièrement théorique et de compréhension des « choses », parce que nous tirons la base de nos actions d’abstractions réelles… Wahou, j’ai de nouveau le vertige.

 

Bref, cela dit, pour des négativités conséquentes, complexes, protectrices, versus les positivités simplistes et assassines. Pour le retrait entre nous, à l’opposé de l’imposition du désastre intériorisé.

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27 octobre 2017 5 27 /10 /octobre /2017 10:16

 

 

Bon… elles nous ont amenées où, alors, vos « unités trans’ » identistes et fantasmatiques ? Où, votre leaderat poussif et avide de contrôle sur de mini orgas tabourets ? Quelles qu’en soient les options ou les arrières pensées politiques, radicales ou réformistes ? À l’invisibilisation et au déni des rapports sociaux internes, à l’exacerbation des rapports de pouvoir et de violence pareil, aux injonctions à fermer sa gueule quand on est perdantes à votre loto du genre, et à ne même pas penser ses sympathiques résultats, sous accusations moralisantes, conséquemment à des assoces-casernes désertes, à des catéchismes fixistes et transcendants sur ce que nous aurions le devoir d’être, à l’instrumentalisation par des alliées de plus en plus pesantes qui nous méprisent quand ce n’est pas pis, à une « force de frappe » dans le domaine institutionnel égale à zéro, juste bonne soit à protester en gémissant, soit à cosigner les lois qu’on nous impose. Enfin à des investissements bloqués à perte dans une imagerie existentielle qui accentue encore notre exotisation sans pour autant nous donner de latitude de mouvement, enfermée qu’elle se veut dans des catéchismes a priori et fixistes. Résultat à peu près tout le monde chez nous se carapate de vos convergences, de vos structures, de vos évènements. Les évite dès que possible. L’attitude de la plupart des transses envers ce cirque satisfait se partage entre l’indifférence et le rejet. Assocelande est désormais souvent vu comme épouvantail à peu près autant que les équipes, quelle réussite ! Les unités c’est la vérole. Le tri, l’élimination, la domination, l’impasse en prime. Elles n’ont même pas pour elles une raison immédiatement utilitaire dont déjà les coûts sociaux et les conséquences pourraient, et c’est rien de le dire, poser problème. On se coltine déjà l’appauvrissement, la brutalisation généralisée, la régressions sociale, la faillite de l’horizon citoyen propriétaire « pour toutes », alors pensez que vos superstructures juchées historiquement sur l’a priori de la prospérité de celui-ci, c’est ultra mort, plus personne ou presque n’a les moyens ni l’intérêt d’aller y jouer les figurantes prétextes, c’est un truc de militantes classe moyenne avec encore un coussin ou une fonction ; mais les transses sont de plus en plus massivement pauvres et précaires, à mesure que croît notre nombre. L’avenir de la plupart d’entre nous n’est à l’évidence plus dans ces formes dont on n’a pas les moyens, qui ne donnent vraiment pas envie, qui ne conviennent plus qu’à une proportion sans cesse plus réduite de nouzautes. Sans parler des buts et des arrière-pensées auxquelles elles servent. L’heure serait plutôt à se reconnaître, se déterminer en fonction de nos positions effectives dans le social à des collectives et à des autonomies séparées, basées sur vivre et pas sur représenter ou s’approprier une image impuissante et souvent déjà datée. Et à réfléchir un peu sur nos conditions, nos devenirs. 

 

*

**

 

Quant aux guéguerres picrocholines entre factions d’une translande quand même très limitée dans sa compo, son étendue relative, ce qu’elle rassemble quoi de nouzautes – et où je rappelle que je ne suis d’accord vraiment avec aucun des partis, même s’il m’arrive de jouxter les unes ou les autres sur des conclusions passagères : pourquoi diable les collègues, orga, prétendantes on va dire réformistes, à la louche, s’agrippent-elles et chouignent après ce qu’elles qualifient elles mêmes et non toujours sans raison (encore qu’il faudrait qu’elles se regardent elles aussi à cet égard…) de positions groupusculaires et de manifestations excluantes ? Je veux dire, elles n’ont qu’à engendrer une structure ouvertement donc réformiste, politique, de petits pas, de strapontinage, de collaboration institutionnelle, de promotion de l’intégration individuelle gagnante-gagnante (ça c’est toutes en fait aussi…) ; si leur calcul est juste, elle devraient faire le plein et ne plus se soucier des quelques échevelées hargneuses qui semblent les empêcher de dormir. L’existrans a toujours été un évènement très minoritaire, qu’est-ce que ça change ce qu’elle porte et qui y va ?

 

C’est probablement au contraire une très bonne chose qu’on sorte du globiboulga identiste, où toutes les personnes trans’ seraient censée avoir, que dis-je, incarner une situation sociale plus ou moins unique ou convergente, les mêmes intérêts, les mêmes buts, la même pensée et donc être résumables par une seule parole. Au contraire, ça ne pourra que clarifier les choses et les faire avancer que de développer des réflexions et des organisations contradictoires, divergentes et autonomes. Évidemment si le but et le présupposé de celles ci est de s’accaparer ce fantasme identiste d’une « parole trans’ » unique, unitaire etc., ça n’ira par contre pas bien loin et ça restera un marigot politicard.

 

Donc, je veux dire, je suis persuadée, sans en être ni m’en réjouir forcément vu les options, qu’une fédé de transses de droite, ou « réformistes », aurait de considérables probabilités de se révéler un (relatif) succès, vu l’atmo et les idéaux sociaux qui se maintiennent contre vents et marées, et qui concernent, imprègnent, constituent tout autant les transses que les cisses. Tout pour ma pomme, fi des partageuses. Réussite individuelle et méritocrate. Lutte pour la valorisation. Orléanisme contemporain, enrichissons nous. En moyenne. Bien tendu succès aussi relatif que celui en général des assoces, qui ne rassemblent que quelques pour cent, quelques milliers au mieux sur cent mille, de nouzautes, mais bon, apparemment c’est là leur but, exister, négocier une visibilité politique sur leur petit fond de roulement captif, les populations trans’ en général restent pour elles dans une stratosphère instable et peu contrôlable, donc inintéressante. Il leur faut des fans et des dépendantes. Soit.

 

Mais pour revenir à l’intégration, raisonnable et contrôlée, rentable quoi, là où ça biche, c’est bien sûr que ce projet historique et son sujet ont déjà fait faillite, que la situation est plutôt à l’heure de la concentration du capital et de l’élimination de la plupart, bonne volonté ou pas, mais ça c’est le vilain barbu qui en a parlé donc ça ne compte pas pour les collègues libérales, c’est le goulag, bouh ! Bref, impasse sur le fait croissant que les pauvres en général et les transses en particulier ne sont plus très en mesure de faire masse utile, active, chorus, et que la logique même de la réussite individuelle en met toujours plus sur le carreau ; mais baste il en reste et en restera sans doute plus un bon moment, même vaincues socialement, que sur les positions morales-politiques radicales, chiantes et exigeantes, épuisantes mêmes, par simple identification sociale.

 

Bref je répète, je les comprends pas, position d’ailleurs tout à fait « gratoche » pasque je ne suis pas de leur côté. Elles n’ont qu’à s’organiser, à mettre les voiles, et non, elles restent à taper à la porte de ce qui est politiquement et socialement un minuscule cabanon dans la brousse, d’où certes on crie fort, mais tout de même la portée effective de ce qui sort de translande aujourd’hui, je veux pas dire, ça ne va pas loin et ça intéresse peu ; et même les transses ont souvent bien d’autres préoccupations immédiates. Ou alors est-ce à la fois conscience et impossibilité d’admettre que nous ne pesons socialement rien, même quand nous adhérons avec ferveur démonstrative aux injonctions, aux tropes, aux grandes phrases du sujet social en cours de faillite et qui a donc bien d’autres soucis que de s’occuper et d’intégrer des monstres complètement illégitimes ? Et que ça renvoie une image qu’elles n’ont pas envie, pour leur propre compte, de traiter et de reconnaître ? Mieux vaut donc continuer à faire semblent, et à dissimuler une impuissance inévitable, une contradiction de fond avec où entend aller majoritairement ce monde, derrière de petites anicroches localisées ; bref comme toujours supposer que l’impasse et l’échec ne vient pas de la question elle-même que nous posons en existence, mais de mauvaises volontés tout à fait hétéronomes et accessoires. Pratique et sans doute quelque part, oui, économe. Ça coûte sans doute moins cher à vue de nez de se désoler, de dénoncer, de se traiter de traîtres et de vendues que de remettre nos catéchismes (intégration, ignorance, progrès toussa toussa) en question. Et donc de nous, encore une fois, auto-organiser.

 

Ce sont peut-être bien donc les tenants et aboutissants même de cette option qui les, qui nous glacent et nous terrorisent : pas d’avenir radieux et commun dans une économie politique relancée pour le profit de toutes. Et là de nouveau ça nous concerne toutes, toutes les options politiques, toutes les éparpillées pour leur compte aussi. Roooh ben zut alors, c’était de la zibe Adam Smith, la joie et le respect par la citoyenneté et le propriété, de soi comme du reste ? Chassons donc ces sombres nuées d’une critique qui ne suppose pas de solutions, surtout commodes et avantageuses ; gérons nos malheurs sur le marché parallèle de l’économie de substitution où sont parquées désormais une proportion croissante des gentes, qui n’ont plus les moyens de la vraie, et qui tourne à la dignité, à l’identité, à la piteuse et autiste autoestime, aux droits imprescriptibles autant qu’inutilisables sans monnaie, ou sociétaux et formels, promettant une intégration à la valorisation qui est évidemment une vaste blague en cette période de dégraissage accéléré – élitat subalterne à part provisoirement, j’en reparlerai - aux accusations et acclamations morales, et ne convergent avec la grande vraie économie que sur sa conséquence finale : y en aura pas pour tout le monde, éliminons, le salut est dans la purification malthusienne, convenablement prétextée. Surtout ne nous resituons pas sur nos positions sociales effectives, la dévaluation serait trop grande. Faisons semblant de pouvoir vivre sur les critères qui nous excluent, puisque nous serions « comme les cis’ » (lol, ce sont ces cis’ qui décident de qui est comme elleux, dans quelle mesure et combien de temps). Et tant pis pour les vaincues successives et répétées (on les pleurera studieusement). Mais les assoces, de droite comme de néo-gauche, n’en butent pas moins sur les mêmes impasses et impensées, structurelles, qui dépassent leurs calculs.

 

Une explication à la fois plus prosaïque mais qui ouvre aussi néanmoins sur une réflexion à mener (au sujet de la fascination par la forme représentation, naturalisée et absolutisée par l’économie politique), est que c’est difficile de se fédérer quand chacune des cheffes et des sous cheffes rêve d’incarner la Parole, d’être la reine des abeilles dit une collègue, l’émanation unitaire de la représentativité (syndrome de robespierre ou de bonaparte). Conséquemment salive à l’idée de pouvoir, infinitif autant que substantif, cette forme bien masculine et désormais déproblématisée que tout le monde désire s’approprier, persuadée subjectivement qu’elle y « fera fort bien », « servira en gouvernent », lol, vieille métaphore religieuse – forme donc qui ne saurait tout simplement manifester et réaliser en cela l’appropriation et la concurrence qui commencent à se bloquer par manque de ressources. Ce qui transparaît de manière insistante dans leur manière de se (re)présenter, de courir après les cérémoniaux et autres manifestations démonstratives de pouvoir, de causer au nom de toutes.

 

 

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Enfin, last but not least, l’angoisse de reconnaissance, sociétale, relationnelle, politique de bien des collègues transses - lequel est d’une part d’autant plus pathétique qu’il picore comme il peut le cheap et même le ratage (strapontiner dans le couloir d’un ministère pur que dalle , se rengorger d’une obscure célébrité numérique ; vouloir absolument et comme un dû social, copiner avec les cisses… lesquelles ainsi, comme les politiques, nous manipulent à leur gré quand ça les amuse ; glaner quelques grades académiques en se coulant dans le goulot de la néoscolastique universitaire…) ; d’autre part qu’il illustre tragiquement la contradiction dans les formes du rapport social de sexe ; on voudrait le féminin et le positif ; ben non. Ça ne marche pour personne et pour nous moins que pour quiconque. Assumer la négativité ou bien se rendre pénibles et alimenter le mépris ; et ne nous aider ni servir à rien du tout mutuellement, comme le veut la logique de tri et de concurrence de ce monde. Nous lamenter à qui mieux mieux sur notre inintégration en montant les unes sur la tête des autres. Nous fuir réciproquement et nous crochepatter au lieu de constituer des communautés et de déterminer un nouveau rapport – mais nous avons tellement peur, pour ne pas dire pis, de nous reconnaître nouvelles, en devenir…

 

Surtout, calimérer, élite-subalterner, réclamer une promotion ou un maintien de statut que nous nous pensons dus dans l’organigramme social et relationnel en l’état, nous coince d’une part dans des formes structurellement victimaires masculines, par le recours à une « évidence » de « ce que nous devrions toujours avoir eu » ; et conséquemment bloque toutes les perspectives de critique de cet ordre dans lequel nous réclamons l’insertion, donc des formes et des rapports qui le sous-tendent. Bref là aussi nous votons pour ce qui nous trie et nous élimine (il est vrai que nous ne sommes pas seules à donner là dedans, c’est un sport hégémonique et convergent, la concurrence se raidit et accélère, mais pas de problème paraît-il).

 

La représentation et le calimérage sont probablement deux de nos principales impasses endogènes. On en reparlera plus longuement un de ces jours. Ce sont aussi de ces investissements qui font que nous ne nous occupons pas de nous-mêmes, là où nous en sommes, mais d’une projection et d’une auto injonction illusoires et néfastes pour la très grande majorité d’entre nous.

 

L’autonomie commence par le retrait, la remise en question, la redirection, l’auto-empêchement.

 

On ne nous doit rien, nous ne devons rien.

 

# calimerolande versus # négativité assumer

 

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16 octobre 2017 1 16 /10 /octobre /2017 18:01

 

 

Tournée conviviale, public relations d’une de nos vip culturelles et identistes ; star system subalterne et autoentrepreneuriat de niche, tout un programme et tout un résumé des conditions actuelles auxquelles de toute façon nous sommes contraintes. Ce qui n’empêche ni le talent, ni la pertinence, même si on comprend bien qu’il faut aussi nous brosser dans le sens du poil et ne pas (trop) nous faire mal à la tête avec les contradictions que nous portons. Bon, des fois le cocoon fait quelque bien, on ne peut pas vivre sur une planche à clous ; le tout est que ça ne serve pas à nous étouffer. Enfin il y a cette sourde injonction de ne pas y aller trop fort, ne pas faire fuir les alliées - et, chose remarquable autant que logique, c'est souvent l'évocation des mêmes difficultés qui fait fuir et les cisses, et nous.

 

 

Pasque finalement, qui surtout va applaudir, assister, se faire dédicacer et se faire considérer ? Nos chères cisalliées bien chûr, à commencer par celles qui abusent ou violentent des transses systémiquement, et des personnes et des positions. Que soit l’existrans, le labelle tour ou toute autre convergence alléchante autour de nouzautes comme prétexte et totem, c’est d’abord et surtout une grande cisparade. Un boulevard à alliées pesantes, instrumentalisantes et abuseuses. Une excellente occasion d’engranger des bons points par la vertu inépuisable du potentiel de légitimation dissymétrique : les pauvres et les faibles enrichissent les riches et les puissantes, encore une fois, et par leur présence, et par leur absence. Mais voilà, le velcro marche parce que les deux côtés se joignent admirablement, dans une logique d’intégration et de valorisation commune bien que très inégalitaire. Quand nous nous applaudissons nous-mêmes, et notre désir d'intégration-valorisation, à travers une représentation léchée et flatteuse, quelle norme, quelle convergence applaudissons nous au juste, et qu'est-ce qu'elle entraîne vis à vis de nous, là, réelles, imparfaites et stigmat's, le nez pas au milieu de la figure quoi ? Et enfin, dans quelle mesure cette image lisse, attendue, déproblématisée que nous espérons tant incarner est-elle celle précisément qui soulage tant les cisses, qui invisibilise par sa symétrie idéale toutes les vilaines tribulations du rapport social réel, fait mine de laisser tout le monde indemne, lumineuse, positive - et le dit rapport avec ses structures, ses idéaux, cependant inchangé. Son aspect hétéronomisé, attristant, séparé, circonscrit, attribué à quelque subjectivités retardataires et finalement bien opportunes. Ouf ! Fromage et dessert. Sauf que ça ne marche évidemment qu'à la marge, comme toute l'économie politique ou ce qu'il en reste, et autant qu'on veut y croire, autant qu'on ne veut pas voir que dans la grande majorité des cas c'est pas comme ça qu'ça s'passe... Tant que nous continuerons à nous couler dans les exigences généralement illusoires, qui ne tiennent aucune promesse, de l’intégration, les cisses pourront continuer à velcroter en retour, à nous utiliser comme bon leur semble. Et nous-mêmes à nous imposer contradictions et impossibilités, à nourrir ce au milieu certes de quoi nous sommes apparues, mais qui pourrait bien tout uniment nous refaire disparaître.

 

 

Bien sûr, nous ne pouvons pas nous abstraire de cette situation, où la précarité, l’inégalité croît, dans un contexte toujours plus dur pour la survie matérielle et sociale. Nous ne pouvons pas simplement déserter. Personne d’ailleurs ne le peut. Il n’y a ni ciel ni ailleurs. Nous ne pouvons pas tirer nos ressources de rien. Tout le monde finalement sait désormais très bien ça, plus ou moins clairement, à mesure que la pression augmente et que les moyens nous sont retirés. Et celles qui peuvent en profiter en profitent. Cisses en tête, et quelque cooptées, qui savent très bien que leur sort tient souvent quand même à la cisapprobation. Que la vraie légitimité, une fois dégoisées toutes les hypocrisies inclusivistes, reste dans leur capital. Que la prétendue « tyrannie des minorités » s’arrête au moment même où les majoritaires arrêtent le jeu.

 

 

Est-ce que nos pouvons ne pas jouer ce jeu ou bien l’infléchir, en changer les objectifs – parce que seul un changement d’objectifs, d’évidences convergentes, peut influer sur les règles et les rapports de force ? Il n’y a pas de réponse. Nous ne savons pas et, là encore dans le contexte de faillite rapide de ce prétendument accueillant sujet idéal formellement égal de l’économie politique et citoyenne, ça paraît bougrement risqué et incertain. Nous pouvons aussi bien nous évanouir avec que réussir une percée. La question est de survivre, matériellement, dans notre négativité ; laquelle, que nous le voulions ou pas, nous ne pouvons qu’assumer. Pas l’assumer c’est nous condamner encore plus exactement et fondamentalement. Et l’assumer, la vivre, ce serait quand même parvenir à ne pas nous faire bouffer par des nécessités et des injonctions qui vont en sens inverse de nos existences sociales. Bref nous rappeler entre autres vite fait que le velcro est cannibale, dissymétrique, inégalitaire. Et en tirer conséquence. Mais subsister dans les conditions imposées aussi, pasqu’il y a dans l’immédiat et même dans l’avenir imaginable pas le choix, et que c’est la condition indispensable à toute suite. Comment nous couler dans cette contradiction sans nous détruire hiérarchiquement, mécaniquement les unes les autres, sans même penser à mal, avec souvent les meilleurs intentions – ou presque ? Hé bien je ne sais pas, à dire vrai. Et par ailleurs savoir n'est pas du tout forcément pouvoir, encore une blague subjectiviste. Mais même ne pas pouvoir, et en plus peut-être le savoir, ne doit pas empêcher de se rendre compte, et de nous rendre compte les unes aux autres. Et ne pas s’empêcher de vivre ne doit, autant que possible, pas entrer en concurrence avec se le permettre. Bref, il faut déterminer de quoi nous empêcher, et un peu empêcher les pattes des autres aussi, pour ne pas (trop ?) nous dézinguer nous-mêmes. Pas gagné du tout.

 

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 10:44

 

 

Alors je voudrais revenir sur quelque chose qui me tarabuste depuis quelques temps, et dont j’ai déjà parlé ici et là, suite notamment à la diffusion insistante de photos de la bouille bien abîmée d’une collègue un peu âgée, qui a été attaquée en tant que transse et bien sérieusement blessée. C’est aussi en plus général au sujet de la manière dont nous pensons utiliser l’imagerie de nous-mêmes, dont d’autres pensent aussi en faire leurs choux gras tutélaires, alimenter leur valorisation par la dissymétrie sociale, ici illustrée, quelle imagerie ça donne et enfin si cette manière de faire, ce cadre de représentations, ne nous utilise pas lui-même. C’est cette histoire de routage forcené de cette tête de collègue qui m’a alertée, mais en fait ça concerne je crois une grande partie de l’imagerie, du raccourci émotionnaliste, qui sont très goûtés au sujet de certaines causes, et qui tourne autour de la notion pas toujours très nette de visibilité.

 

En fait, je vois qu’il me manque un mot, un concept synthétique pour arriver à rassembler ce que ça m’inspire et les graves problèmes et non moins graves conséquences que je vois à prendre, à diffuser ce genre d’image. Et pour catégoriser le cadre général dans lequel ça s’inscrit. C’est sans doute celui de l’outing, mais aggravé, car il met en avant à la fois la vulnérabilité et l’exotisation. Derrière la sollicitude apparente qui se déploie dans cette imagerie du gore, il y a un net fond d’humiliation et d’appropriation. Une vraie tête qui tient au mieux de la christe déglinguée, au pire carrément de la bestiole en détresse ! Nan mais – juste nan, on ne fait pas, on ne diffuse pas de semblables images de nouzautes et je dirais volontiers de n’importe qui ! Déjà le faire ainsi dénote un problème, et c’est un grave euphémisme, dans la relation sociale ! « On » nous visibilise, mais alors faut voir comme, toutes aux abris ! genre la diffusion que j’irai jusques à qualifier de complaisante, oui, même si ce n’est pas conscient comme tel, de cette bouille donc de collègue fracassée dans la rue, comme si ça avait le moindre intérêt et la moindre efficacité sociale d’orner la dénonciation nécessaire de ce fait, et l’analyse (d’ailleurs pas faite du tout dans ce cas précis) du rapport social qui le provoque, par la dite bouille, dont le colportage insistant sert surtout à nous annexer d’une manière bien spécifique : en nous humiliant, en nous livrant au public, et en diffusant finalement la bonne idée, si ce n’est la bonne nouvelle carrément, ô combien rassurante, qu’une vraie transse est impuissante, dépendante, qu’il est dans un certain ordre des choses qu’on dispose régulièrement d’exemplaires assommées ou même assassinées, qu’on n’a qu’à se servir pour en faire ses choux gras moraux. Il manque donc encore une fois, à moins que d’autres l’aient, un mot spécifique, peut-être à créer, pour désigner ce type d’exotisation obscène, laquelle finalement trahit le désir profond de celleux qui la diffusent : que nous soyons isolées, pourchassées, battues, pantelantes et qui sait même un tantinet ridicules dans ce déchaînement de violence, afin de leur servir de faire valoir, à ces gentils, c’est niveau protection des animaux domestiques. Trop cool. Là non plus, d’ailleurs, guère de retenue sur le petit réseau translandien, on route, sans réflexion et sans la moindre réserve. La sollicitude tutélaire, appropriatrice, exhibante et instrumentalisante n’est pas moins transmisogyne que le placard ou la violence. Et elle n’est guère moins présente, il le faut dire, dans nos rapports internes que subie de la part de cislande. Warning ! Nous n’avons à servir de guignoles tuméfiées ni pour le confort moral des surplombantes ni pour celui des transmixtes ou de nos bergères institutionnelles. Ni même et surtout pas pour nous en faire une justification que nous croyons bon marché, et qui va nous coûter nos peaux ! Une victimisation incontrôlée, j’allais presque dire charcutière, déshumanise et fait glisser in fine dans une négation, une surminorisation qui se complaît dans son objet fétiche.

 

Pour causer slogan sommaire, les violences que nous subissons effectivement ne sont pas à votre disposition. Ni aux unes, ni aux autres, que ce soit bien clair. Encore une fois bas les pattes (et ne vous cachez pas derrière des « consentements » nécessairement inégaux d’une part, dont l’objet même est pourri, surtout ! Il nous faudra mener une critique de fond de la place mécanique du consentement dans la rperoduction de l’ijonction intériorisée comme exterieure). De manière générale, il faut que nous arrêtions de relayer et dans la mesure du possible de laisser relayer, d’encourager en tout cas la diffusion des images de violences graves à notre égard. Notre inquiétante fascination utilitaire à ce sujet est très à questionner, autant que celle des cisses qui font de même. Nous finissons par communier dans une approche vraiment pas claire de nous-mêmes, où nous croyons tirer quelque chose de notre propre anéantissement. Et où les cisses, en « déplorant », ont bien l’air de trouver tout à fait arrangeant que ce soit notre sort : comme ça on est bien étrangères, plus un péril social du tout, et une réserve d’émotion disponible. Stop ! Les surenchères, de quoi qu’elles soient, sur les tropes sociaux, ne font finalement que les banaliser et les renforcer. C’est comme les réappropriations de normes, ça se retournera toujours contre les plus faibles et les minoritaires. Nous devons initier une rupture avec ces mises en scène qui ne nous rapportent rien.

 

Sans parler du raccourci conceptuel et politique que constitue l’appel exclusif à un émotionnel acritique, « en l’état ». On permet ainsi au sujet social, et notamment au sujet social cis, de ne surtout pas se penser, ni de penser les rapports sociaux qu’il structure. Tout ça est immédiatement dilué dans le bon vieux « respect citoyen » qui suppose une égalité qui n’existe évidemment pas, et qu’on fait glisser de son origine de pacificateur économique sur la scène des rapports de genre. Encore une fois, la commisération, même et peut-être d’autant plus que « consentie », véhicule intégralement l’inégalité et le mépris. Et encore plus, et plus facilement, quand elle use d’images, de raccourcis intelligibles qui amènent sans détour à la « conclusion » en vigueur. De même que le Marchand de Venise reste une pièce qui véhicule un fond antisémite, les représentations complaisantes de transses fracassées, même prétendument mises « à notre service », véhiculent l’état de fait transmisogyne.

 

 

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Je cause souvent de notre survisibilité, que je déteste qu’on la minimise ou la nie, ce qui permet d’éviter d’avoir une réflexion et sur le rapport social de sexe, et sur la légitimité sociale, et sur la place particulière qui est assignée à la plupart des nanas transses, et que beaucoup chez nous préfèrent passer sous silence au nom d’une « unité » transversale et désexualisée (comme si nous voletions avec nos petites ailes au dessus des basses contingences du rapport de sexe, lol !) qui n’existe pas en fait, ou très peu au mieux. Mais il ne faut jamais oublier que, contrairement à ce qu’essaient de dire de mes thèses un certain nombre d’abruties malveillantes (et peut-être réellement incapables de saisir, c’est possible), cette visibilité périlleuse n’est en aucun cas choisie, mais subie. Que nous devons faire avec et donc éviter de la nier, en tirer des conséquences ; mais pas la poser en subjectivité délibérée. S qu’on en ait vraiment envie, et de ses conséquences – mais de toute façon envie ou pas donc on les a. Et que c’est pour ça que je pense qu’il est néfaste, brutal et de manière générale problématique de diffuser à l’envi des images d’agressions de nanas transses.

 

Je songe aussi aux manières qu’on évacue de la discussion comme « maladroites », mais qui je pense recouvrent là aussi un basculement de la victimation en (auto au besoin) assignation à des normes, de peindre nos situations sociales, en les ramenant à quelques clichés qu’on veut supposer bien affreux (et qui le sont quelquefois) ; ainsi que la plupart des nanas transses dans ce pays seraient tds (et tds contraintes par les circonstances). Pas vraisemblable On doit être pas loin de cent mille, et ça ferait déjà bien trop de ts sur le marché qui n’est pas si extensible que ça ; en plus transse c’est quand même une spécialité, enfin il faut préférement être jeune et consommable. Plein de raisons pour lesquelles, outre le fait que nos vies en fait ne se ressemblent pas forcément, que, ben non, la majorité des transses n’est certainement pas tds, n’a bien des fois pas même les moyens de l’être et même que la proportion en doit baisser régulièrement. Pareil quand je lis une collègue un peu rapide dire que le tiers des nanas transses sont séropotes au vih. Ben non, pas vraisemblable là non plus, pour ce que l’on connaît de notre nombre et de l’épidémie. Au passage, on peut noter la fascination convergente autour de nanas transses supposées hyperactives sexuellement, alors que dans les faits ce qu’on en sait nous montre plutôt très à la marge de la kermesse et du marché ; mais voilà, dans un monde où activité sexuelle égale reconnaissance, bien sûr, les transses ne sauraient que surinvestir – sauf qu’encore une fois pour (s’)investir il faut du capital, et là…

Faudrait donc arrêter après se jeter nous-mêmes sur les images, là encore, qui vont pense-t’on faire pleurer dans les chaumières (en fait, et en plus, ça rate complètement, l’essentiel de la société soit nous hait, soit s’en fiche) ; et surtout, ce manque convergent d’imagination aboutit par contre effet à complètement négliger ce que sont nos vies sociales réelles, plutôt pauvres, plutôt discrètes, plutôt rase les murs, qui sont effectivement assez pourraves mais pour des raisons j’allais dire bien plus banales, imprégnées d’inquiétude et de violence quotidiennes, beaucoup moins sexy, fascinantes, précises que les grandes causes identifiées et communautairement reconnues, qui sont souvent les envers de la valorisation sociale massive, leur raté quoi. Et que ce sont ces raisons, ces conséquences, qu’il serait un peu bon de prendre en compte. Mais voilà, elles entrent souvent en collision avec une sourde opinion, qui prévaut y compris dans le monde militant translandien, sur ce que nous devrions être pour être politiquement potables. Dans quelles cases nous devrions rentrer pour nous faire plaindre légitimement. Or, ce genre d’approche ne vaut pas mieux que celui des dames matronnesses ou des caisses d’allocations familiales.

 

 

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Quèque part, il y a un problème, un de ceux qui ne peut passer par « solution », hop, réglé, avec la visibilité/invisibilité, en ce qui nous concerne. Déjà, donc, encore une fois, se plaindre de la seconde est paradoxal, dans la mesure où nous sommes précisément, pour la majorité d’entre nous, visibles comme le nez pas au milieu de la figure, bref visibles, individuellement, dans un contexte où ce qui est visibilisé bute sur le mépris, l’hostilité et la haine (les fausses nanas plus ou moins tordues). Cette visibilité, non choisie mais forcée, joue un rôle majeur. La très grande majorité d’entre nous ne souhaite que devenir invisible à cet égard.

Il est possible donc qu’il y ait déjà un souci de signification de ce que nous entendons, et de ce que se passe socialement, quand nous parlons d’invisibilité pour nous en plaindre. Il semble que cela tienne plutôt au déficit de place sociale légitime, de représentation, bref que ce que nous appelons visibilité recouvre en réalité une légitimité collective qui par ailleurs bénéficie aux personnes.

 

Pour en revenir donc à cette demande de visibilité par l’intégration dans la légitimité sociale, un certain nombre d’entre nous voudrait la faire passer par une sorte de publicité (au sens double de rendre public et de présenter de manière positive) autour de cette fonction sociale que nous appelons corps. Or, nous sommes par ailleurs beaucoup à nous sentir, de diverses manières et plus ou moins réfléchie, mal à l’aise précisément avec l’idéologie pratique du corps, et sa mise en avant. Nous sommes mal à l’aise, comme d’ailleurs pas mal de nanas cisses, avec l’utilisation d’une norme et d’une fonction sociale, lesquelles sont éminemment exigeantes, évaluatrices et éliminatrices ; le corps étant ce qui sert à prendre place et pouvoir notamment au point de vue relationnel, mais pas que, Bref, comme je disais il y a déjà de nombreuses années, tout le monde est loin, surtout dans le contexte actuel de revalorisation effrénée des modes d’échanges qui jouxtent l’économie qui se restreint, d’avoir les moyens de mettre un corps en jeu, dans la balance. Et, par ailleurs, la question se pose également de façon non relative ni individuelle : que maintenons nous socialement quand nous réinvestissons à fond les ballons dans une société corporéiste ? Quel ordre, quelle hiérarchie, quels buts sociaux remblayons nous en faisant cela ? Nous usons, là comme dans à peu près il faut bien le dire toutes nos velléités et tentatives intégrationnistes, de formes sociales qui impliquent l’inégalité, l’assujettissement, la discrimination, l’instrumentalisation au service d’une norme plus ou moins abstraite à laquelle nous devons nous efforcer de coller, dans un contexte de concurrence. Problème, problème. Certes nous nous en sortons par la pirouette de vouloir « donner accès à toutes » à l’exercice de cette norme ; mais ça ne dure pas longtemps. Rapidement nous devons admettre que les formes sociales ne sont pas malléables telles quelles aux claquements de doigts à vocation magique ni aux meilleures volontés ; si nous voulons changer des choses, il faut changer de formes, et non pas les abonder.

 

Cependant, il ne s’agit pas non plus, loin de là, de jouer une dissimulation et un rasement de mur (qui nous sont, encore une fois, fréquemment imposés), lesquels de toute façon et ne protègent guère, et sont eux aussi hors des moyens de beaucoup. Je pense qu’il nous faut par ailleurs assumer la négativité de ce que nous portons socialement. Donc il nous faut sans doute une approche de la visibilité. On est là, de toute façon, quoi qu’en pensent les essentialistes qui ne délivrent le visa de réalité qu’à ce qui correspond à leurs images métaphysiques. Mais nous avons sans doute aussi intérêt à ne pas nous fiche dans les modes visibilisation et de socialisation majoritaire, cis, qui se toute façon pour la troisième ou quatrième fois contiennent en eux même les principes de notre élimination. Bref, de larguer les échelles de valorisation, la fierté, l’exposition du corps, la sexualité, tout ce qui nous enferme (et pas que nous !) dans des contradictions inabordables et/ou insolubles. Nous devons être là, mais en nous dérobant à la politique de mise à disposition, et à ses imageries, que nous reproduisons bien trop facilement, bon public que nous sommes, et même bonnes actrices bénévoles d’une pièce où nous sommes systématiquement Pantalon. Cesser de croire, en dépit de ce qui arrive, que la réappropriation des normes et injonctions sociales puisse tourner à notre avantage.

On nous attend sur le corps, encore une fois signifiant social bloqué à priori dans son rôle. Nous nous devons de décevoir ces attentes. De ne pas chercher à capitaliser là-dessus. Qui plus est avec notre incapacité, in fine, à faire que le genre ne soit pas toujours formé d’éléments assignés binairement et surtout hiérarchiquement. Trans’, nous n’avons pas dépassé ni dissout le rapport social de sexe. Ni avec nos images ni avec notre utilisation de nous-mêmes. Ce n’est pas un drame, encore moins un crime, mais il faut arrêter de continuer dans cet échec relatif. Nous n’en serons pas moins là, pas moins réelles que les autres. Mais ce que m’inspirent les surenchères patchwork et appuyées que nous mettons en avant, bon… C’est de la repro, point. Ce qui ne serait pas un drame non plus si cette repro ne s’inscrivait pas dans un social qui se retourne contre nous. Nous perdons à cette opération, nous fermons toujours plus la logique qui nous élimine.

Un collègue faisait remarquer il y a quelques temps à propos d’affichettes très insistantes sur le « blend » de signes corporels bien appuyés sexuellement, que la logique d’en rajouter dans le signifiant corporel et son imagerie ne lui paraissait pas finalement aller contre notre exotisation, ni contre les logiques de classification sociale par l’usage de ces catégories. Pareil pour toute une flopée de zines, d’expos, de défilés, voire de pratiques des fois imposées dans des évènements. J’ai causé de choses approchantes dans Body negative, sur notre appétence à croire subversif et comme remettant en question le fonctionnement « social de corps » notre investissement complaisant dans ce qui précisément est déjà sursignifiant et complètement bloqué dans le processus de valorisation et de production, ce qui touche à la sexuation quoi et à son utilisation qui maintient le dit social en l’état, profondément, et lui assigne ses objectifs sacrés (et les conséquences que nous nous obstinons à hétéronomiser pour en faire de déplorables anomalies, alors qu’elles suivent prosodiquement le logique interne de ces objectifs). Nous aurions mieux à faire de déserter, autant que possible, ce champ de bataille qu’est la valorisation corporéiste. Et sur ce point aussi de remettre en cause la « symétrie » supposée dénormée (prétention à la dé-norme qui fait franchement rigoler quand on voit à quel point celleux qui peuvent collent aux injonctions sociales les plus massives – et traînent les autres en faire valoir folklorique derrière leur char).

 

L’imagerie est à peu près fatalement, dans le contexte actuel, néonormative, parce qu’elle nous contraint à passer par ce qui comme on dit (et ici un peu de manière antiphrasesque !) parle à la manière générale ou majoritaire d’ordonner les éléments et leur usage; par ce qui réveille d’emblée tout le pack de significations et d’objectifs sociaux et ne peut guère en sortir, ni nous en faire sortir. Bref, quand nous nous mettons en vue, nous sommes amenées mettre en vue ce sur quoi encore on nous attend, sur la conjonction de l’usage social d’éléments fétiches dont le corps, et d’exotisation raisonnable. On est perdantes immédiatement à ce jeu. Il nous faut en tous cas cesser de produire ce qu’on attend de nous, victimation impuissante, corporéité exacerbée, appels à l’aide ; car on ne l’attend de nous que parce que ça permet de ne rien changer au rapport général et à la situation des transses.

 

L’imagerie existentielle, aussi sympathique qu’elle paraisse et même, ne chipotons pas, qu’elle soit des fois, ne permet par ailleurs pas tellement de développer une vie sociale autonome, surtout dans un cadre contradictoire où ce à quoi nous voudrions nous amalgamer, là encore avec de très bonnes raisons, la vie matérielle, fonctionne sur un tamis valorisateur et éliminatoire, lui-même axé sur plusieurs hiérarchies qui ont pour convergence de nous disqualifier pour la plupart. Et autant pour intégrer cela que pour le transformer ou même qui sait l’abolir, numéroter nos abattis, nos biceps, nos poitrines, nos toisons, et les faire défiler, hé bien non seulement c’est moyen comme efficacité, ça nous rend encore une fois ultradisponibles (et ne te fais pas toi-même ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse) mais encore, carrément, ça nous range encore plus étroitement dans une série d’assignations générales qui conservent le pouvoir du dit fonctionnement. Nous sommes là, mais simplement le sortir, le porter comme argument dûment illustré, hé bien c’est doublement moyen, ça rapporte peu, ça nous coûte beaucoup, ça nous maintient dans une exotisation de principe qui renforce finalement une « valorisation parallèle » qui tourne vite à la dévalorisation relative. Ça nous fatigue, nous coince, exige de nous une énergie dont nous aurions besoin pour autre chose, des fois nous met en péril, finalement nous assigne des objectifs qui ne sont plus par rapport à nous.

 

 

Je n’ai pas reparlé ici des histoires médiatiques, genre émissions témoignages, qui ont déjà été traitées spécifiquement par quelques collègues ; l’idée ne m’en est même pas vraiment venue, maintenant que j’y repense. Je me suis plus attardée sur nos rapports plus « immédiats » - mais cependant quand même toujours médiats, diffusion de photos, de vidéos, de dessins, manifs… Bref de là où nous pensons facilement soit maîtriser l’image, soit être dans un rapport autre que massif et déséquilibré. Il n’y a cependant rien « d’immédiat » dans la vie sociale, nulle part où l’on échappe à ses rapports. Bref, je ne vais pas m’étaler ce qui a été déjà abondamment constaté, dans ce domaine aussi, sur l’appétence publique pour le pathétique, la vulnérabilité, la malhabileté, bref tout ce qui nous rend parfaitement étrangères et inférieures à l’œil sensible et bien assis. Et la nécessité de fuir ces occasions. Décidément l’imagerie ne vaut absolument rien aux minorités, c’est une question de fond à piocher.

 

 

*

**

 

 

 

En clair, pour essayer de poser quand même la question, dans quelle mesure la médiatisation, l’imagerie, la représentation sociale à travers des spots qui se révèlent souvent des poncifs sociaux réutilisés, des objectifs de même surinvestis, nous font nous fuir nous-mêmes, nous tourner vers et tenter de nous inclure dans des structures qui en elles-mêmes ne nous conviennent pas ni ne nous aident à vivre, ne nous aident pas en somme à nous auto-organiser, voire paument et paralysent l’énergie et la réflexion qui pourrait être consacrée à ces auto-organisations ? C’est un peu brut mais encore une fois, quand même, et depuis des années, l’insistance sur les histoires de corps bien démonstratives et souvent plutôt banales, répétitives, les initiatives de médiatisation, de concentration ponctuelle, de manifs existentielles et finalement assez normatives, coïncident quand même bougrement avec une absence à peu près totale de création de socialité, de réflexion sur cette même socialité, d’organisation par et pour nous, qui se limite à un associatif sans doute utile mais très limité côté vie quotidienne, et qui concerne une proportion très réduite d’entre nous.

Nous sommes, les nanas transses, déjà bien assez visibles comme ça – et donc cessons d’investir dans une visibilité de mis à disposition, d’insistance sur une imagerie contrariée que nous ne maîtrisons pas dans le rapport de force social, d’exposition  Il nous faut sortir de logiques qui nous exposent, à tous les sens du terme. Que nous croyons pouvoir utiliser et qui se retournent dans la plupart des cas contre nous, selon les modalités du rapport social de misogynie et d’exotisation. Encore une fois, nous ne pourrons éviter ce qui nous blesse, ou pis, que si nous remettons en cause son utilisation et ses justifications, autant par nous que par autrui. Que nous comprenions à quel point l’auto-appropriation, cadre et méthode, norme de fonctionnement social, n’est que la continuité de l’appropriation générale, avec les rapports de force qui la sous-tendent, et les chemins obligés par lesquels elle nous fait passer.

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9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 10:41

 

J’avoue, à seconde lecture du texte cité en lien j’ai été prise d’un doute, c’était si copieux, si gluant, que je me suis demandée sans fard si ce n’était pas par hasard une farce à double fond, un pastiche à visée ultime pédagogique (on y revient !) ; qui serait suivie d’une leçon magistrale à celleux qui auraient applaudi, surenchéri, pleurouillé, que sais-je ?

 

Bon, on verra, mais en fait hélas, connaissant d’expé le peu de goût pour la distance envers leur propre pensée, située ou non, de mes camarades (et là en tous genres), je ne le crois finalement pas vraisemblable. Dommage, ça aurait fait quelque ménage, à défaut de remue. Mais je continue à espérer dans notre capacité et peut-être notre intention à revenir sur nous-mêmes, sur nos spontanéités. Je suis vraiment d’un optimisme buté ; je le resterai.

 

Petit sticker bienveillant, je peux être plus souvent d’accord qu’on ne le croit avec bien des homologues, on va dire, masculins trans. Y rien de temps je le tartinais encore à un. Mais causer avec les gentes, s’accorder même quelquefois sur des conséquences, des conclusions, ne remet pas en cause la logique séparatiste que ce type de discours me démontre comme urgemment nécessaire à mettre en œuvre. Non moins que la critique des objectifs sociaux naturalisés, convergents et « évidents » qui tissent la toile de fond des convergences a priori.

 

https://monsieursilvousplait.wordpress.com/2017/08/06/je-suis-canon-et-je-vous-emmerde/

 

Ha le si naturel, si global, si inclusif je t'efface, si panoramique coup d'oeil des camarades m trans (qui passent à peu près tous en cis, peuvent cisser quoi 24/24, sans parler de la place de « l’androgynité » dans l’ordre relationniste) ; et la fraise sur le baba pour qu'on se torde un peu : j'en veux pas, je vous le jure, mais ça tombe tout de même bien je l'ai. On sait pas trop ce qu'il aurait dit si il ne l'avait pas eu... Nan mais c'est possible chez nous, avec tout notre fameux bagage moral-politique, de dire encore des choses telles, de prendre des postures aussi énormes, genre mon privilège est un fardeau, mais nous sommes toutez'adelphes dans l'être idéal au delà de ce triste monde, si si ?! Ou c'est juste vis à vis des nanas transses (et entre nous aussi des fois, pas oublier !) que ça reste sortable de pareilles pantalonnades ?!

 

Encore un exemple de la bouffonnerie de négation du rapport social de sexe particulièrement concentré et retors entre trans et transses, et de la prise de parole des m trans au nom d'une largement fake "unité trans'", sur le compte, pour le coup, des nanas transses, à peu près toutes visibles, stigmat', féminin, berk, et false en plus, le nez pas au milieu de la figure, quoi - et qui, NON, ne sommes pas tes soeurs, pupuce ! La famille on l'a jetée par dessus bord, la vieille comme la nouvelle, quand on n’a pas préalablement, cas le plus fréquent, été jetées de même par elles. C’est ce qu’ont du de toute façon subir ou faire, nolens volens, dans la vie telle qu’elle se déroule, la plupart des nanas transes. Celles qui ne représentent pas.

 

Et la grande paluche fraternitaire, si elle s'approche, sécateur !

 

Finalement c’est bien pratique, hein, de disposer de sa réserve de cosettes, de … qu’on peut tutéler, plaindre, dont on peut donc remblayer sa valorisation par une dissymétrie effective que l'on nie idéologiquement, que l'on peut utiliser comme coussin moral, sans devoir y investir quoi que ce soit de soi ou de son groupe social. Voilà un des aspects, et non des moindre, du rapport de sexe social dans sa dimension interne à translande. Oh, je sais bien qu’il est complexe, que les nanas transses ont aussi eu, ou essayé de maintenir, une réserve de pouvoir – mais voilà, qui est réellement illégitime, ridiculisé, pourchassé, dans ce monde ? ce sont tout de même elles. Revendiquer des restes de place universelle et structurellement masculine ne leur a pas réussi, raté par principe. Hé oui… on ne décide pas comme ça de sa place. Et le panachage n’est pas autorisé en cette matière.

 

Bref nous sommes pour notre part négatives assumées, moches, rétives, antisexe, décidées à saccager à la base, à abolir même, le principe de ton monde d'intégration et de valorisation relationnelle ou autre. Conséquemment, on ne t'em...e nous pas du tout ; on est un poil mieux ambitieuses. On veut que ton biotope, où nous ne sollicitons aucun strapontin, aucune niche écologique, disparaisse, tout court (après on verra, la survie en milieu non valorisant ; l'absence de fonction dissout l'organe). Bref ôter son domaine prétextuel à l’inclusivité, cet endroit où il faut s’entasser et se bouffer réciproquement pour secréter des bons de valeur existentielle.

 

L’intégration, il en est pour qui c’est une confirmation ; il en est beaucoup plus pour qui c’est une négation et une élimination. De toute façon. Encore une fois on ne choisit que peu, et dans un cadre bien prédéterminé – à moins que l’on ne remette, c’est ce que nous nous proposons, l’existence de ce cadre en question. L’inclusivité, notamment positive, ne peut que nous faire reproduire l’ordre des rapports sociaux, puisqu’elle ne met jamais en cause les objectifs et idéaux dont ceux-ci découlent, les prend au contraire avec une confiance désarmante, saucissonnée de roublardise (on sait bien ce qui nous fait triper, sujets sociaux), comme bons et déproblématisés par principe. C’est d’ailleurs là le mécanisme qui entraîne la plupart de nos impasses subjectivistes.

 

L’inclusivité ne dort jamais. C’est une passion dévorante. Dans le même temps, une action assez pertinente menée par des camarades trans’ à un raout où la mère Delphy, dont le discours sur le rapport social de sexe n’est pas forcément toujours sans pertinence, plutôt à l’inverse manque d’audace, il faudra qu’on en reparle, mais se vautre comme bien d’autres dans la facilité moral-politique et le fixisme des rapports sociaux, a suscité un bien abusif dégoisement d’une référente charismatique de nos chères « alliées » (éclat de rire !) cislesb’ rhônalpines, lesquelles détiennent de beaux cadavres de transses dans leurs placards, depuis longtemps, et ont couvert de belles saletés transmisogynes. Il y en a qui ont vraiment désappris de se limiter, si elles l’ont jamais vraiment su ; mais la décomplexion ne donne vraiment jamais des résultats bien présentables ni émancipateurs pour un kopeck ; on n’y libère et dévoile que le rapport de force social, en l’état.

 

L’argument était carrément, cyniquement, que les trans’ les avaient à cette occasion délivrées d’un pesant fardeau, fardeau on ne sait trop finalement constitué de quoi vu que la culpabilité, aussi stérile soit-elle en matière de critique sociale, n’a pas l’air de tellement les ronger en ce qui nous concerne. Évidemment il y avait de quoi rester un peu interdite devant un pareil manque de vergogne, un aussi copieux foutage de gueule ; non seulement elles ont abusé, et pis, mais en plus elles arrivent pour s’approprier triomphalement ce qu’elles n’ont jamais su ni voulu faire. Il est vrai que l’exotisme, dans ces milieux, est tellement structurel que, dans la grande tradition finalement chrétienne, elles n’arrivent plus à faire le partage entre le service, le pouvoir, l’utilisation, l’un est l’autre, inextricablement, ce qui finalement permet à des militantes souvent matériellement bien dotées de passer leur temps à se grimer en paillassons, dévotes et dévouées, tout en renforçant dans la réalité leur position sociale, en s’appropriant donc les initiatives de leurs « protégées » (tu parles d’une protection) ; ce que j’appelle désormais la valorisation par le potentiel créé par la dissymétrie des positions sociales (pour rester polie).

 

Pareil ; je crois qu’il n’y a guère d’autre issue que de renvoyer ces collantes autant que larmoyantes inclusives crocodiles à leur dite position dans le social (beaucoup sont issues de classe moyenne friquée), sèche, sans recours, en nous retirant totalement de leur sollicitude, et par conséquent, j’en ai parlé et en reparlerai, de notre complexe de réclamation, d’existence par la reconnaissance, laquelle est toujours un tri évaluateur, et que nous payons en dur. Rompre l’économie politique de la reconnaissance, voilà un beau programme. Encore une fois, nous n’avons rien à vous demander, vous encore moins à nous, et allez au diable !

 

Il s’agit aussi, comme pour l’autre, de retirer un étai important à leur monde. D’en critiquer les objectifs évidentisés. De retirer la bonde quoi qui retient leur mélasse. Je ne suis pas « politique du pire », je me méfie d’où va nous mener la ruine d’un fonctionnement social dont nous sommes le sujet – mais quand même, là où sa perpétuation est trop obséquieuse et dommageante, des fois sous couvert de surenchère « subversive » (tu parles, encore !) si, il nous faut le ruiner.

 

Tout cela vaut évidemment aussi pour nous-mêmes, les nanas transses ; pas imaginer que par quelque innocence infuse nous échapperions et aux rapports sociaux, et à cette vérole de l’inclusivisme. Quand tu caresses l’envie, la démangeaison, de prendre quelqu’une autre sous ton aile bienveillante, de t’en rapprocher, de relationner avec, de l’inclure à tes thèmes, exactement de même que de t'intégrer, ou de réclamer "une place que tu devrais avoir toujours eu", avale vite une aspirine, voire deux, ne lésinons point, et pense à autre chose, ou bien attaque toi carrément à cette envie, à son pourquoi, au mécanisme social qui la produit. Et réfléchis à ses conséquences. C’est une fichue question critique et intellectuelle, pas morale ! Il s’agit précisément de faire gaffe à ne pas se précipiter à faire le bien. Une transse ça s’empêche – puisque nous sommes de fait un exemple, hé bien là non plus, pas de rabiot, pas de lésine, soyons aussi un  exemple en cela : un exemple, dans cette optique, ce serait l’exact contraire de la reproduction sociale, ce serait le coin enfoncé dans celle-ci pour l’enrayer !

 

Soyons résolument négatives sur notre compte, au lieu de positiver sur le compte des autres et à leur frais. C’est là qu’il y a du carbu pour peut-être nous désorbiter.

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 10:21

 

 

 

L'impasse du pédagogisme dans l'imagerie transse, qu'elle soit endo ou cisgérée ; le premier écueil est celui selon lequel nous serions un "fait", fixe, immobile, essentialisé et objectivé, toujours déjà là, qu'il n'y aurait qu'à décrire et à expliquer, sans évolution ni question ; le second, qui découle en partie du premier, est de faire croire (ce que font à peu près toutes nos militantes) qu'il n'y aurait qu'un point de vue légitime sur nous-mêmes, et que bien sûr c'est celui qu'elles portent. Alors qu'il y en a d'ores et déjà plusieurs, et que plus il y en aura, je pense, mieux ça vaudra, pour autant que ça vienne de nous. Comme disait camarade Leslie, we're all work in progress, zut !

 

Pour l’objectivation, qui me semble bien, même si elle fait semblant de ne pas, la sœur jumelle et dialectique du raccourci subjectiviste (l’être l’identité sui generis), les « choses », au rang desquelles alors nous nous rangeons par utilité, portent en elles mêmes la signification, la logique, quand ce n’est pas carrément le destin social. Nous en recevons légitimation et sens. Ça se rattache au vieux « réalisme métaphysique », pour lequel nous en sommes que la duplication (ô combien imparfaite toujours à parfaire) d’une idée platonicienne, d’une matrice qui échappe aux basses contingences, évolutions, involutions, incertitudes de ce non moins bas monde. Nous les représentons (coucou, la fameuse obsession de la valeur par la représentativité politique), à nous de le faire à la fois dignement et congrûment, pour ne pas dire docilement. Nous sommes censées tentative permanente de la réalisation de ce que la transse (se) doit (d’) être. Il faut que ça aille dans ce sens, nécessaire, sans quoi chute de la légitimité métaphysique, de l’au-delà de ce fichu et douteux social qui ne serrait être ni tout à fait réel, ni encore moins à son origine, bougre ! Il n’y aurait plus un endroit ni un moment pour poser ses fesses sur un modèle rassurant. Plus rien à copier, l’état des rapports sociaux à assumer comme sujet construit, le reste à inventer, quelle galère ! Soyons donc ce que nous avons toujours du être, réécrivons nous très vite et définitivement, fermons la porte de la spéculation, enfin prêchons, faisons prêcher doctement cette vérité, et qu’elle n’est pas discutable. Dans cette optique, les mots sont primordiaux, parce qu’ils seraient les choses (donc, si vous m’avez bien suivi, ce qui nous donne réalité et raison d’être). D’où un féroce fétichisme pour défendre telle ou telle terminologie, par ailleurs sans guère de réflexions sur son contenu et sa problématique interne, puisqu’elle est alors la réponse supposée à tous nos soucis. Scolastique contemporaine, à chaque mot sa chose, à chaque question sa réponse. Et conséquemment nous ne nous méfions plus d’un cadre entièrement façonné de raison de choses et de réponses univoques et nécessaires. Pourtant, il y aurait de quoi.

 

Donc, heu, si ça fait mal aux dents d’entendre par exemple des cisses bourrées de philie nous réciter, comme cela m’est arrivé encore récemment, comme plusieurs collègues s’en plaignent régulièrement, les néo normes du genre et nous imposer ainsi en pleine présence ce que nous devons tâcher d’être, de manière qui plus est souvent incroyablement caricaturale et schématique, il ne faut pas oublier que nous avons puissamment contribué à la mise en place comme au maintien de cette situation, en croyant pouvoir nous confier nous-mêmes à ce processus objectivant et finalement toujours essentialiste, même quand il se prétend matérialiste, et cela en nous traitant nous même comme des objets fixes de pédagogie. Par ailleurs à la fois inaccessibles dans le principe (puisqu’il paraît qu’on ne change pas dans le sexe social et « qu’on ne devient pas transse », rompez, le raz de marée de transitions ne faisant que traduire selon cette logique le réajustement historique, opportuniste, d’un manque à être) ; mais totalement mises à disposition dans le rapport de connaissance, et donc social, que cela induit. Cherchons l’erreur ! Comme d’hab’, nous avons voulu faire nôtre un fonctionnement qui nous élimine et nous interdit au premier chef ! Et il nous revient immédiatement dans la figure, comme le choléra. Ne nous faisons donc pas nous-mêmes ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse !

 

Le fond même de la tentative de type pédagogique de démontrer la validité, pour ne pas dire l’intérêt a priori de notre existence aux cisses, en fonction d’un mélange de référence aux exigences propres à leur prédominance, et donc d’un appel à un surréel dont nous serions en quelque sorte descendues (coucou le monde des Idées, ou la protohistoire mythique du paradis du genre, au choix…), nous place au croisement de la subalternité, pour ne pas dire pis, et quelquefois carrément du ridicule mi inquiet, mi buté. Si vous ne nous croyez pas prenez ça pour un bobard (mais moralement vous serez condamnables) ; sauf que, tu parles, en termes de rapports de force sociaux ben oui, je pense que même une part notable de celleux qui font mine de nous bienvenir « nous prennent pour un bobard ». C’est apparemment la seule alternative à être prises pour un fléau social, ce qui finalement est déjà plus lucide, et ce qui fait que finalement ce sont des fois nos ennemies déclarées qui nous considèrent le plus… disons posément. Plus ou moins pour ce que nous paraissons être et sommes donc dans ce qui se passe. Et perturbe quand même pas mal leur ordre désiré. Fallait le faire. Nous l’avons fait (avec la collaboration intéressée si j’ose dire des cisses, bien entendu).

 

En fait le seul moment où on est presque sûres de pas être prises pour un bobard, c’est quand quelque chose se met à titiller la personne en face (il n’y a pas encore de modélisation de notre reproduction par l’exemple) et que, hop, elle bascule toute chaude dans notre panier, salut collègue !

 

Je fais en passant un nouveau croche patte à la vieille scie de « l’ignorance ». l’ignorance de quoi ? De quelle vérité révélée qui viendrait nous nimber de raison d’être absolue et dont coulerait à flot la conciliation générale (entre individus (auto)propriétaires et légalement responsables, pasqu’y faut quand même pas pousser, ce rêve aussi est né avec le capitalisme, le « doux commerce » et la « poursuite du bonheur ») ? De quoi serions nous en ignorance ? De nos postions sociales respectives dans la hiérarchie légitimiste ? C’est ce que nous apprenons le plus tôt dans la vie ! À deux ans et avant même, on sait très bien ce que qu’implique être femme ou homme, y compris les développements surstigmatisés, et le reste. La science sociale est infuse sous pression. Nous savons tragiquement bien toutes où nous (en) sommes sur l’organigramme de ce monde, c’est même comme ça que ça tourne si bien, spontanément. C'est déjà dans le savoir, se savoir, comme fonctionnement social avec ses buts, que surgissent les problématiques, et il n’est en rien leur (dis)solution. Sa rencontre, brutale, est aussi sans doute à l’origine des stratégies les plus diverses vis-à-vis de l’état de fait, dont qui sait les transsités.

Nous savons très bien ce que nous faisons, ce que nous incarnons dans le rapport social, et je dirais aussi pourquoi relativement nous le faisons, ou bien ne pouvons l’éviter, et les effets que nous en attendons, qui sont rien moins que gentils ; et s’il nous manque un pourquoi un peu plus systémique, qu’est-ce qui garantit, à part une croyance très située historiquement, qu’un savoir (toujours à gagner et « au-delà ») engendrerait mécaniquement ce singulier monde de « respect », de monades indépendantes et civiles ? Qu’il déterrerait une immanente récompense symétrisante ? Attendre d’un toujours déjà été de secours transcendant, d’une « loi naturelle », la solution et la dissolution des rapports sociaux, c’est un fake religieux et citoyen, et surtout la totale antithèse de comprendre et transformer ceux-ci. Aucune place ne nous a été réservée, non plus qu’à personne, à l’imaginaire « création du monde » ; vain de réclamer ; nous n’aurons que celle que nous parviendrons à déterminer.

 

Nous avons bien évidemment plein à apprendre, plein à comprendre ; d’où nous venons, où nous allons, comment cela nous constitue et nous transforme au long cours, comme au court. Mais ce n’est pas en tant que statues trimballées et identiques, sujets originelles et dualisées, sur lesquelles le « monde » agirait plus ou moins. Plutôt en tant qu’éléments complexes du rapport social en mutation certes limitée – puisque son but logique est de se reproduire – mais indéniable. Sans quoi on ne serait pas là. Bref, enseigner un a priori nous coince étroitement dedans, avec ses conséquences ; et nous l’imposer en hors d’œuvre à nous-mêmes, comme si nous allions en être plus convaincantes, est à la fois risible et désastreux. Sa très superficielle et relative efficacité (dont cependant on ne se plaindra pas comme telle, c'est une grande part de notre survie quotidienne en l'état) ne tient qu'à un consensus poli qui peut basculer, individuellement comme collectivement, d'un instant à l'autre. Une remise en question du social commencerait par éviter de croire à notre propre transfiguration nécessaire dans son ordre. Et à interroger notre concept de « transmission » d’une origine où serait contenue notre pourtant bien problématique légitimité dans un ordre des choses perpétué, d’un monde aux essences et aux places éternelles, de modèles immuables, ou encore d’un passé mythique ; qui mène au fixisme, au conservatisme, enfin à des contradictions de moins en moins vivables entre l’image que nous voudrions insérer sous le vernis jauni (pour faire tradi !) d’une intouchabilité qui n’a jamais protégé personne, et ce que nous sommes et devenons sans cesse dans le réel et le temporel.

 

 

Tout cela mériterait bien sûr d’être traité bien au large ; plus sagace que moi se mette à l’œuvre.

 

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2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 10:20

 

...du quotidien se trouve désormais plutôt sur :

 

https://www.facebook.com/profile.php?id=100014136769262

ou bien chercher Porque Epique

 

La mue continue, lentement, peu sûrement, sans garantie du gouvernement.

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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 10:18

 

Nous ne manquons pas tant que ça de conscience sociale ni même d'intuition sur ce qu’il en est de nous et du reste ; pas mal de gentes chez nous savent très bien, depuis longtemps, et ne se privent pas pour le dire en privé, que bien des évidences convergentes de nos catéchismes, par principe référentes et déproblématisées, induisent injonctions globales intériorisées et acritique, contradictions internes, résultats pourris, et que les conséquences que cela implique pour nous ne viennent donc pas que des subjectifs méchants hétéronomes et de leur domination ; mais voilà, comme en causer publiquement, amener les questions, serait préjudiciable à la cohésion et pour tout dire à l'ordre social de nos milieux, où bien souvent ces gentes occupent des places enviables, hé bien iels mettent un mouchoir par dessus, et causent d’autre chose, de ce qui permet de faire chorus et accumulation sociale (selon les options). Crapulerie hypocrite ? Sans aucun doute jusques à un certain point ; mais quid de ce qu'il y a en deça, qui nous informe toutes, et qui peut être la frénésie d'anéantissement profitable consécutive à l'économie éliminatoire et au sujet social qu'elle engendre ? Bref, avec le cynisme superficiel le plus parfait, nous pouvons n'en être pas moins les dindes de notre propre farce ! Nos impensés, nos simplismes, nos subjectivismes auront notre peau, sans parler de celle des autres. Personne ne nous plaindra et même, quelque part, à raison.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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