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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:49

 

 

- Pourquoi écrivez vous ?

 

- Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain.

 

Albert Cossery, qu'on ne lit pas assez

 

 

« Le gouvernement n'a pas d'adresse. Personne ne sait où il habite et personne ne l'a jamais vu »

 

Le même, in La maison de la mort certaine, où est rédigée une lettre sans équivalent qui commence par « Cher gouvernement ».

 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 10:03

 

 

La « coordination et initiative pour réfugiés et étrangers » est une institution belge qui mériterait d’être de tous les pays. Elle a estimé fort pertinemment dans un récent communiqué évoqué par un article de la recommandable Libre Belgique qu’il était injustifié, même inhumain et inacceptable, d’enfermer les migrantEs.

C’est une immense découverte historique, laquelle était réservée aux lumières de notre époque, enfin délivrée des obscurantismes et de l’arbitraire, pour ne pas dire de l’imprévu (sauf explosion de centrale nucléaire), que de s’aviser du caractère inhumain, inacceptable et somme toute désagréable de l’enfermement, d’une certaine catégorie de personnes au moins.

On n’allait pas demander s’il était justifié et acceptable d’en enfermer d’autres, ou qui que ce fût ; il y aurait eu surchauffe sous le casque. Pin pon !

 

Mais le plus beau venait après l’articulation textuelle ; que faire ? La dite institution suggère des « alternatives positives à l’enfermement ».

Ben oui, vous voyez, dans simplement « ne pas enfermer », solution de facilité, il y a un « ne pas », un gros, un absolu même ; c’est épouvantable de négativité. Et, de nos jours, il faut positiver, surtout pas négativer, ce qui serait également s’abstenir de, vieille morale stoïcienne et suspecte. Nous sommes en une époque où tout est possible, et où il ne faut conséquemment s’abstenir de rien.

 

Sans compter qu’on va tout de même pas laisser ces pauvres gentes s’occuper bonnement et librement de leurs affaires ; ce ne serait ni chrétien ni moderne. On ne commet déjà pas un tel abandon envers nos ressortissantEs ni même envers leurs bestioles, alors hein ! Il doit y avoir une ou plusieurs institutions pour chacune d’entre elles. Que personne n’aille se perdre dans la nature.

 

On se demande évidemment avec gourmandise autant qu’anxiété ce que vont être ces « alternatives à l’enfermement ». L’expérience du cynisme contemporain et de la novlangue nous apprend en effet qu’une alternative est aujourd’hui à peu près identique à ce avec quoi elle alterne ; qu’elle en est même souvent un perfectionnement ; et qu’après, puisqu’il faut de l’alternance, on en revient au premier stade. Et ainsi de suite.

 

Tout porte donc à croire qu’on va les enfermer autrement. Et nous aussi par la même occasion permanente. Tout est dans cet « autrement ». Á commencer par le même.

 

Les pinces à découper les barbelés ont encore un vaste marché captif devant elles.

 


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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 11:54

 

 

« Soldaten wohnen

Auf die Kannonen

Von Kap bis Couch-Behar »

 

L’opéra de quat’sous

 

 

Dans la famille « tout plutôt que la fin du travail, de notre richesse misérable et de la terreur mutuelle », cet édifiant article dans le nouvel obs, qui se retrouve en tête de gondole sur un célèbre site travailliste et léniniste.

 

http://bellaciao.org/fr/spip.php?article127319

 

C’est cette fois une grosse entreprise de sécurité, c'est à dire de violence sociale organisée et légitimée, qui flanche. Les vigiles matraqueurs de nos galeries marchandes et les gardiens flingueurs en fourgons blindés de nos tristes éconocroques vont se retrouver à pied. Vite, un plan, de nouveaux contrats, des forteresses plus modernes, de nouvelles cibles !

 

Á quand le scandale du crashage des actuelles expéditions néocoloniales et autres, qui mettra au chomedu bien du monde ces armées publiques et désormais aussi privées qui maintiennent la croissance et offrent du boulot à qui mieux mieux, cette bénédiction sociale ?

Ah on en entendra à ce moment là, des chouignements éplorés.

Mais très vite, on en organisera d’autres, pour soutenir l’activité, que tout le monde (ou presque) puisse continuer à payer sa survie à crédit.

Tout pour la brutalité, pourvu qu’elle rapporte et emploie. Dans la parité, évidemment. Et certifiée économie verte, ISO je sais plus combien, etc. Ça rajoute encore de la valeur !

 

On n’aura jamais aussi bien, ni aussi naïvement, rappelé que le nerf de l’économie, et la sœur jumelle du travail, c’est la guerre. Intérieure et extérieure. La chasse à courre dans les travées, les fusillades devant les distributeurs de billets, la gestion des « pays en stabilisation », les bombardements des surnuméraires.

 

Et qu’au fond ça ne choque pas grand’monde.

 


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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:17

 

"J'avais 20 ans, j'étais trotskiste et, avec tous ces drapeaux, il flottait comme un parfum de révolution. On avait mis dehors celui qui incarnait le pouvoir, le régime était renversé. On a valsé et dansé le tango toute la nuit, malgré la pluie. Le lendemain matin, les rues étaient vides, endormies."

 

Assouline, sénateur, se souvenant des élections de 81

 

 

C'est bien le propre des élections. Le lendemain, les rues sont vides.

 

Pas que les rues d'ailleurs.

 

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 10:21

 

 

 

Beh voui, nous sommes atteintEs de ce syndrôme dont parle abondamment Rosset (Clément) : nous avons beau voir, revoir et subir les choses, il faut qu’une autorité quelconque, dans le miroir de laquelle nous nous reconnaissions, nous les énonce pour que nous commencions, oh bien rétivement, à y croire. Parce que sans croyance, bernique : les choses, les êtres, nos personnes même ne peuvent nous être présentes que si nous y rajoutons cette sauce.

 

Nous nous voyons ainsi nous-mêmes, et nos proches, sombrer dans la dépendance tout au long de la vie, relative puis totale, dans la démence de moins en moins sénile ; les plus atroces maladies prolifèrent dans nos entourages. Mais non, tout va bien, nous ne sommes plus au moyen âge, déesse merci, ni en Russie, et par conséquent tout va pour le mieux, vers le mieux. On est des bombes à soixante dix ans (d’ailleurs d’aucunEs estiment très pertinent que nous continuions à enfanter jusques au trépas).

 

Ouais. Évidemment ça ne tenait que si on ne regardait pas trop nos familles, amies et connaissances, si on évitait de trop aller dans les institutions sanitaires, les gagatoria et les mouroirs. De scruter les tas de médocs dans chaque logis (d’ailleurs ce serait mal : autant nous prescrivons nous la vigilance, citoyenne ou statutaire, envers les déboires comportementaux, autant nous proscrivons nous la plus petite velléité de jugement ou même de connaissance sur nos anéantissements systématiques).

Ainsi on y arrivait, à découpler l’expérience du réel et la grande voix collective, à gérer le malaise. Á positiver.

 

Pataplof, voilà que le consensus cède, et que la grande voix, l’autorité, la science, la très objective, sensée et bienfaisante science, dont les conséquences nous étonnent depuis trois siècles par leur ravageuse bénignité, eh bien crache la pastille, reconnaît que peut-être on vit plus vieilles… oui mais dans quel état… Ce, de plus en plus jeunes, voire de manière chronique tout au long du parcours.

Et le dit même platement, sans aucune des « perspectives » de guérison ou de substitution qui sont habituellement adjointes pour rasséréner le tableau animé que nous formons.

 

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/04/19/on-vit-plus-vieux-en-france-mais-en-moins-bonne-sante_1687409_1651302.html

 

La science – et cette passion que nous avons à déclarer scientifique tout ce qui nous paraît sympathique ou pertinent. Comme s’il en devait couler, comme des rochers bibliques, du lait et du miel.

Il en a plutôt plu bombes, saccages et asservissements divers, injonctions et impossibilités, démesures et accélérations. Et pour finir nous-mêmes, transfiguréEs.

 

Nous pourrions peut-être nous méfier de ce sceau scientifique qui prétend dérouler la totalité du réel, et reste coincé dans une logique darwiniste et productiviste.  

Nous méfier de cette avalanche de moyens qui nous proposent avec insistance de s’intégrer à nozigues, et se retournent toujours contre nous, d’hormones et autres adjuvants qui nous cancérisent, de prothèses qui nous infectent, de méthodes et d’idéaux qui nous mettent en dépendance.

 

Ah mais on veut continuer à la vivre, à tous prix, jusques au bout pas bien beau, notre croupitude, avec ses standards, ses identités et les moyens de, alors même qu’on en crève (lentement, tout l’art en est là) et fait crever autrui. La seule chose qu’on demande à maman institution et papa état, maintenir le niveau. Et châtier les coupables, les indispensables coupables du naufrage de ce hideux paradis. Qu’on n’ait surtout pas à l’interroger, ni nous-mêmes, innocentEs et de nécessaire bonne intention, cette bonne intention qui nous couvre de son aile ; laquelle, si elle ne nous protège pas de pourrir sur pattes, nous blanchit au moins moralement. C’est toujours ça se sauvé, mourir folles, décrépites, paralytiques, métastasées mais sans reproche. Et même, en quelques sortes, pleines de progrès, glorieuses, comme les trente !

(Á ceci près qu’il faut toujours plus de responsables, puisque, comme dans les Animaux malades de la peste, nous sommes touTEs atteintEs ; et que c'est nonobstant une criminelle anomalie que quelque chose arrive, surtout de désagréable, en notre eden résolu – contradiction angoissante qui ne peut s'apaiser que par cet aspect de la guerre de touTEs contre touTEs où chacunE finit à la fois victime de quelqu’unE et coupable de quelqu'avanie, ce qui a au moins le mérite de booster l’activité juridique).

 

Ce qui m’effraie, c’est la continuité entre le subi et l’agi. On crevait déjà, depuis belle lurette, des accumulations de pesticide de « l’agriculture qui nourrit la planète » (enfin, les zones rentables qui consomment du transformé, quoi). Ou de la marinade dans les poisons divers, dans les murs ou dans la rue. Après tout, hein, si on songe à la silicose des mineurs, ce n’était en quelque sorte que répandis des bienfaits historiques du développement. Mais quand je nous vois, moi la première, avaler joyeusement hormones et autres prods, nous réjouir des plus inquiétants protocoles médicaux, dans une espèce d’attitude suicidaire pour un peu plus tard, un plus tard qui est déjà là en quelques années, ben je me dis, mais c’est incroyable non seulement ce à quoi nous aurons consenti, mais encore ce que nous nous serons fait, en toute conscience. Notre adhésion aux moyens proliférants de l’époque et des croissances les plus diverses, ainsi qu’à la fuite de nos maudits, fatals nous-mêmes.

 

Nous avons juste, finalement, et là je parle de ma « famille » élargie, précédé d’assez peu la proclamation cynique du désastre. Pendues aux cathéters. Voilà la scène sur laquelle nous allons jouer, sur laquelle nous jouons déjà, drôles de pantins. Parfaitement libres, infiniment consentantEs, intensément désirantEs. Cadavres vivantEs. Sursis mobiles, pourvu que nous trouvions nos doses et nos dispositifs dédiés partout où il nous plaira d’aller les promener. Et contentEs de ce, juste un peu pignativEs sur les règles de la distribution, réclamativEs sur l’expertise, ou encore nerveuSEs soudain à l’approche de l’inéluctable.

 

Nous nous sommes faitEs moyens avec enthousiasme, là où on est en général imprégnéE d’oubli ou de résignation. Moyens d’un nous-même parfaitement intégré aux multiplications qui sont l’ultima ratio du futur en conserve.

 

Et on est là, mais on est mal. Quoi de neuf, maintenant que tout est dit ?

 

 


 

 

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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 09:25

 

 

Ah, signer, voter, exister quoi, à l’aune du monde des images incarnées qui nous font mal comme les ongles de mêmes, et que nous sommes devenuEs.

Pour ma part, je ne participe plus à la valse des stylos et de logins. Je ne signe plus. Je ne me mets plus en liste. J’assiste. Mais pas d’illusion, je participe, par défaut comme par action, au grand barnum bidimensionnel.

 

Je ne sais pas si vous êtes au courant de cet appel (http://www.actupparis.org/spip.php?article4808), parmi vingt mille autres du même tonneau (on veut ci, on veut pas ça) qui grouillent en cette période électorale. Au reste, rien à dire, dans le cadre où ça se présente : abolition (encore une !) des « franchises » à payer sur les soins et médocs. Aménagement de la dépendance et du naufrage. Mais qui peut se vanter ou se prévaloir d’y échapper, hein ? Par conséquent, dans le contexte, ce n’est pas impertinent.


Ce qui est marrant donc avec cetui ci, d’appel, initié par actup, c'est que, comme il y a les affreuXses, actup en tête et le strass, dans la fameuse liste, eh bien pas une des grandes gueules institutionnalistes, qui pourtant défendent (je suppose !) ce point de vue, n'a signé. Pourtant ça ne parle pas de tapin. On en serait à abolir la peine de mort, elles signeraient pas si on apparaissait ! Tout plutôt que s’associer avec les puantes. Par contre, aller agaper avec les réaques et les cathos des fondations patronnesses, lesquelles sont pas toujours netTEs vis-à-vis de l’avortement, sans même aller plus loin et causer du projet de société, ah là il y a absolution.

C’est ici qu’on voit le fossé qu’il peut y avoir entre un désaccord profond et une vision messianique. On passe du penser et du vouloir à l’être (et au paraître). Ce qui est l’autre, le Mal, doit disparaître – ou ses adversaires. Fétichisme de la visibilité. Quand on sera rendues invisibles, retranchées dans les coins sombres par la prohibition, déjà elles respireront mieux. Faut déjà pas qu’on apparaisse.

 

Et ce à n’importe quel prix (ce qui est d’autant plus aisé que c’est nous qui allons le payer pour toutes).


C'est effarant à quel point les instit's sont obnubilées (il y a des sites où la première définition d'être féministe est d'être prohibitionniste) par la question. On a l'impression que pour elles tout enjeu se réduit à ça, et que si on fait disparaître les putes on sera à la porte du paradis… (et, inversement, qu’un bouleversement incroyable et humain où il en resterait les laisserait bougonnes). Nous sommes censées, comme d'autres avant nous et probablement d'autres après (il en est qui ne décrochent pas du hit-parade des diables historiques fantasmés, comme le peuple juif), constituer l'obstacle à la béatitude.

On ne peut s’empêcher de songer avec perplexité à cette singulière fascination morbide envers le cul, l'usage- et la grande chose-cul, de soi ou d'autrui - beaucoup d'autrui -, fascination dans laquelle, singulièrement, se mélangent aujourd’hui les plus agnostiques et les plus religieuXses. Si ledit cul n’est pas la grande valeur de recours, le bas de laine du chavirage général, après ça, avec la relation sa compagne, je veux bien qu’on m’en arrache la peau. Comme l’argent, il est là, il est sacré, il est nous, on ne doit pas mettre nos sales pattes dessus n'importe comment, le souiller, bouh. Il se faut sanctifier avant. Mais rester admiratives, ne surtout, alors surtout pas s’en détourner tout simplement non plus, ce serait le blasphème ultime. Et c’est bien pour qu’on ne l’oublie pas un instant que toutes ces églises nous psalmodient ses matines permanentes.

 

Ça nous met bougrement loin de pas mal des féministes historiques, pour ne songer qu’à elles, qui s’octroyaient largement de penser à autre chose, et d’ourdir de vrais chamboulements, où eussent péri nos petites manies. Et ça fait songer à un vieux mal qui nous ronge : plutôt que critiquer (qui est douloureux et incertain), surenchérir sur l’état de fait, ou de droit – « on fait mieux que vous ». Ouais… Peut-être vaudrait-il mieux que personne n’essaye de faire mieux que le pire actuel… Ce qui d’ailleurs est également valable pour « nous », les alternotes, qui nous montrons fréquemment tout aussi incapables de sortir des rails.

 

Mais voilà, le temps est à l’institutionnalisme et à l’hygiénisme social. Rien d’étonnant en une époque où la barbarie croît mécaniquement, et où tous les partis (au sens large du terme) cherchent comment endiguer ça sans remettre rien de fondamental en cause (car alors où irait-on ? la seule question effraie, on ne veut aller nulle part, on veut rester là). C’est alors qu’on ressort de sous le matelas tous les fléaux disponibles, pour se les agiter, comme un hypnotique ou une crécelle. Toutes les excroissances de la normalité, afin de mieux adorer celle-ci. 

.
La pute antisexe & vendredi 13

 

PS : rien et tout à voir, si on veut, avec ce que dessus, dans cette réponse d’un représentant du PS à une série de questions où figurait la politique pénale et incarcérative : « Mettre des moyens pour que les détenuEs comprennent le sens de leur peine ». C’était même à peu près la seule réponse à l’inflation sans fin d’entaulage qui déferle, comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. Des escouades de prédicateurEs et de confesseurEs laïques dans les cellules, faut-il croire ?

Il y a de quoi rester assise de stupeur au lire de cet incroyable mastic d’idiotie et de cynisme.

 

 


 


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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 09:01

 

 

L’un a été « acteur de la libération », l’autre a « effectué un travail de guerre ». C’est dans le Monde du 19 mars. C’était dans la même guerre. C’est ordinaire et hallucinant de lire tranquillement ces deux transfigurations d’un réel qui effraye tout le monde, et qu’on essaie de faire passer en l’enrobant de l’inusable vaseline du « travail » comme de celle de l’histoire, et pourquoi pas de la culture. Les exterminations de masse aussi (juifs, tutsis…) furent vécues comme un travail. Qu’est-ce que le travail ne justifierait pas ? Et qu’est-ce que la libération n’a pas aussi justifié ? Inversement – impossibilité de porter quoi que ce soit sur les fonds baptismaux sans le tremper préalablement dans une des ces sauces ; je lisais ce matin le « travail de mémoire » ; on cause tout autant du "travail de deuil (!!!) ou, bénignement, de "l'industrie de la punition". Yes. Tout doit porter en gésine une valeur ajoutée et échangeable, ce qui est la raison d’être de l’activité réduite au travail. Qui « libère » (on se demande ce que ça libère, avec quelqu’inquiétude, si ça a la propriété magique de tout rendre acceptable).

Les deux semblent des dispositifs infiniment mortifères. Les conditions de la reconnaissance, de la visibilité, que nous affirmons rechercher avec fureur.

 

Je me marre doucement quand je vois les mots les plus précis affublés d’une queue longue comme trois fois eux, afin d’en éloigner le sens, que celui-ci ne tache pas nos lumineuses vies (n’est-ce pas qu’elles sont lumineuses ?). Ainsi de « l’obscurantisme », déployé à chaque manifestation de la barbarie actuelle. « an ». « tisme ». Mais dire que nous sommes, et depuis sacrée belle lurette, en une sombre et obscure époque, alors là pas question ! Que dites vous là ?!

 

Le travail de guerre, comme celui d’extermination. Le plaisir du travail bien fait. On a bien glosé ces derniers jours sur une série de meurtres idéologiques, en se déclarant « dépassés, ahuris ». Pourtant il ne s’agit que de la satisfaction du travail accompli, de la productivité et de l’efficacité. La même que peut éprouver un cadre qui a convenablement mis une population entière au rebut de la rentabilité. Il y a juste la différence d’échelle, de l’autoentrepreneur à la multinationale.

 

Acteurs, travailleurs. Acteurs surtout, finalement ; le rôle englobe jusques au travail.

Hiatus linguistique : les acteurs n’agissent jamais.

 

Ce qui est le propre de l’acteur comme du travailleur, lesquels constituent finalement la même personne, c’est de jouer un rôle, un rôle défini, connu par tous, sans chausse-trappe (sauf cas prévu par les assurances !). Que tout le monde sache bien à qui, à quoi il affaire, à quoi s’attendre, et mutuellement. Qu’il n’y ait ni fraude, ni surprise, ni échappatoire.

Notre grande affaire est de nous rendre visibles, comme il est répété à l’envi dans les écouteurs d’hamsterlande ; et de certifier par là même combien nous sommes prévisibles ; qu’on ne peut avoir avec nous ni mauvaise surprise, ni surprise tout court. Que notre choix est traçable. Comme n’importe quel produit moderne et durable.

 

Dans un petit factum paru en 89, l’année des minutes de l’amour et de la réalisation, au sens financier, de la démocratie, avec quelques complices, nous fîmes un bilan, bilan d’une lutte donnée, sur un spot, mais aussi bilan d’années d’expérience. Je regrette de n’en avoir nulle copie sous la main. Ça reviendra. Dans un des chapitres, nous notions à quel point nous étions tous prévisibles, conforme à ce qui était attendu de nous, jusques aux « irréductibles ». Que cela scellait, encadrait le destin des luttes, comme des personnes. Et que nous en étions les artisans et garants, inutile d’aller chercher une quelconque fatalité ou je ne sais quelle manipulation. Rien ne se fait de plus efficace, y compris les cages, que par soi-même. Surtout quand les cages sont nous-mêmes, et vont où nous allons, portant notre condition partout où nous irons fourrer notre nez. Comme c’est nous-même qui créons le cadre, nous pouvons y adéquer sans limites. Il n’y en a même, de limites, nulle part : partout où nous allons ainsi, nous portons le même.

 

Que personne ne sorte !                                                                            

 

C’est peut-être ça qui fait que rien ne change de trajectoire : que nous jouons tous notre rôle, que nous sommes prévisibles, transparents les uns aux autres. Que c’est même notre but, de l’être parfaitement, sans retrait ni recoin. Que nous nous investissons à fond dans la représentation de nos identités, cultures et tout ce qui s’ensuit, histoire d’être visibles, présents, atteignables, évaluables de partout et par tous (et réciproquement, le rêve panoptique). Que nous les collectionnons, les recherchons, même, avec avidité. Que ce soient les haillons de normalité et de vague puissance chers aux intégrés, ou les participations pathétiques à un statut d’opprimé qui font tout l’espoir des alternos.

Que nous en réclamons toujours plus de visibilité, d’être sans interruption sous l’œil qui distribue l’existence, tout autant que d’être nous-même fragments de cet œil. Œil collectif, participatif, que nous constituons par notre désir de reconnaissance et nos abdications nécessaires, œil qui nous recense et rétribue. Cet « œil dans le ciel » - nos représentations sont devenues notre ciel - et sa laisse de lumière qui nous suit. 

 

Que ce faisant nous accomplissons totalement notre boulot. Ne surtout pas songer au sabotage ou à l’enrayage ; bien au contraire, faut que ça tourne. Et il faut l’aimer, ce boulot d’existence, en plus ; le mettre en concurrence, l’étaler à l’étalage, affirmer et bugner.

Pourtant : que peut-on saboter de mieux, dans l’ordre productif, que son propre boulot, rôle, son identité attendue, son soi-sujet ?

Que peut-on mieux quitter que sa visibilité et sa prévisibilité ?

Bref : si nous essayions, au contraire, de laisser ça et de devenir moins visibles ? Qu’on ne puisse plus se suivre à la trace ?

Ce qui suppose de quitter la scène. Et de découper les pupuces définissantes dont nous nous sommes constellés. De ne plus clamer nos choix ; de cacher ce à quoi nous prétendons. Bref de ne plus soumettre la réalité de tout cela à une quelconque reconnaissance, institutionnelle ou autre. De le soustraire au contraire à la connaissance.

 

Pourquoi pas même cesser un peu d’y croire ? De nous agripper à tout ce qui vient nous passer par la bouche, le badge ou le reste comme à vérité révélée ? D’avoir le curseur bloqué sur « affirmatif » ?

 

De travailler à nous-mêmes.Et de nous prêter ainsi à tous les systèmes et hantises ?

 

Peut-être que les choses ne s’ébranleront, ne cesseront de tendre au même, que lorsque nous cesserons d’être prévisibles. Nous avons fait marcher les montagnes ; le résultat est peu engageant. Marcherons-nous alors enfin nous-mêmes, autrement qu’au pas ? Il se peut qu’il n’y ait que là où nul ne nous attend, à commencer par nous-mêmes, que cesse l’envoûtement.

 

Si nous pouvions enfin n’être plus ni visibles, ni prévisibles. Rien que pour voir.

 

 


 

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 09:25

 

 

"L'émotion est énorme, on est face à des gens qui n'hésitent pas à être violents pour des biens matériels, c'est inacceptable"

Un syndicaliste, après un braquage où un flic a été tué.

 

Il y a des gentes qui. La formule première de l'exorcisme contemporain (je n'y suis pour rien !).

 

Ce qui est épatant avec la modernité gagnante, productive, c’est qu’on peut y proférer les plus énormes énormités sans crainte aucune d’être contreditE en rien, et même sans aucun scrupule, je ne dis pas même moral, mais intellectuel. C'est-à-dire affirmer quelque chose qui est encore pire que le contraire de la réalité. Il existe peut-être un mot pour cette forme sémantique et j’aimerais bien le connaître. Mais peut-être n’existe-t’il pas encore, tant il semble vrai qu’il y a des caractères propres à notre vie que nous redoutons tant de connaître et de reconnaître, que nous évitons soigneusement de les nommer.

 

Ainsi, ici, l'inexorabilité dans l'accession aux "biens matériels" est formulée comme l'apanage de quelques féroces, parfaitement étrangers au fonctionnement normal et incroyablement bénin de l'économie.

Qui hésite pourtant à remplir ses obligations dans cette machinerie, obligations sans lesquelles, et même avec lesquelles si on a tiré un des nombreux mauvais numéros, on est exposé à la misère et à la vindicte - sans parler du discrédit ?

 

Il est bien connu que l'économie des « biens matériels », c'est-à-dire des objets qui servent à être échangés pour produire plus de valeur, avant toute question d’usage, ainsi que le mode de propriété confiscatoire qui y est adossé, n’ont jamais fait une seule victime dans l’histoire, n’ont même, disons le, jamais causé la plus petite indisposition. La plus ténue incivilité, le plus improbable refus du nécessaire, à qui que ce fut, si insolvable soit ellil. Naaaan ! Que du bonheur, puisque c’est ce que l’on recherche, ce foutu bonheur en petits paquets.

 

Ce n’est évidemment pas étonnant que ce soit un syndicaliste qui dise ça. Les flics et les syndicalistes entourent les marchands comme Elie et Moïse entouraient Jésus sur le mont Horeb, dans la Transfiguration. Il faut bien ça pour soutenir la frénésie du travail et du commerce. Mais ce n'est encore là qu'un résumé bien facile, une réduction des responsabilités aux plus visibles et actives : c'est nous touTEs qui sommes uniEs pour défendre le plus sacré, le sens de la vie, la valeur, les biens, et ce à n’importe quel prix, y compris, même souvent, celui de notre peau et de celles des autres, lentement par le travail honnête, vite par le travail clandestin. Dans tous les cas par l'appropriation frénétique et le calus absolu sur les conséquences, quand même nous nous empoisonnerions nous-mêmes. 

 

Parce qu’évidemment, tout est travail, tout est aussi commerce, dans ce système. Les braqueurs n’y échappent pas plus que les autres. Même le mendiant n’y échappe pas. Même les pirates. Valent, valons autant  que leurs, que nos adversaires. C'est à dire sommes inclus dans l'échelle de valeur (après, les bénéfs c'est autre chose). Ne souhaitons que d'y grimper. Tout le monde, moi la première, est à la traîne de ces « biens matériels » (mais désormais aussi sociaux) et de leur système d’échange, à la queu leu leu pour rabioter une part, plus ou moins impressionnante, en marchant sur les pieds de ses voisins et en les éliminant, plus ou moins radicalement. Que ce soit en gagnant « la course à l’emploi » ou en écrasant nuitamment des travailleurs de la sécurité venus en hâte protéger biens, valeurs, magos et toute la séquelle. Disons que la première exonère et de poursuites judiciaires, et d’angoisses morales. Les morts sont invisibles, quelquefois fort éloignés, sur d’autres continents même souvent. Quand ce n'est pas nous, qu'on sort discrètement sur une civière derrière l'hosto où nous serons alléEs finir notre sale survie, direct dans le fourgon de l'industrie mortuaire, que rien ne soit perdu de celleux qui portaient de la valeur.

 

Que demande le peuple, ce fameux peuple mythifié à souhait, nous, quoi ? Mais de pouvoir subsister (encore un instant, monsieur le marchand, monsieur le toubib, monsieur le...) en refusant de partager, de s'interroger, en tuant sans le savoir et sans en être réprimandé. 

 

L’économie, matérielle et morale, c’est la barbarie. Ce n’est pas un constat nouveau. Elle justifie tout. Á commencer par les indignations : comment ce fait-ce que nous soyons si peu respectueux de nos vies ? Eh bien il n’y a qu’à nous regarder « vivre » quelques moments. En retranchant résolument la vie d’autrui, comme la nôtre propre, des plus diverses manières. La réponse est dans le fait même, et cela ne peut qu’hérisser les cheveux sur la tête et les poils ailleurs, de terreur : nous y sommes enferméEs, dans cette arène. Dans cette arène dédiée au règne des choses et de l'échange.

Il y a des gentes. C'est bien là le problème. Mais on va régler ça, s'pas ? On se règle très bien nos comptes nous-mêmes, comme les grandEs que nous sommes ; de toutes les manières et sur tous les sujets. Faisons place aux biens, aux statuts ; économie et matérialisme néo-essentialiste. Nous sommes de trop ? Vidangeons nous. 

Hop !

 

 


 

 


 

 


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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:43

 

 

« La famille, c’est un homme, une femme, des enfants »

                                          Un ministre du bac à sable

 

 

Alors là pas d’problème, on vous les laisse !

Famille, enfants, madame, monsieur, chien, monospace, lotissement, cochon, couvée.

Amusez vous bien !

 

 


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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 10:07

 

 

S’il y a quelque chose qui est emblématique de l’époque d’internet, après le copier-coller, ce sont bien les commentaires. Autrefois, il y a fort longtemps, les Commentaires étaient des œuvres, à part entière. De nos jours, enfin depuis donc dix, quinze ans, cela consiste, en tant qu’attache de glaire à la moindre affirmation, en un déversement ininterrompu d’opinions, de la bile, de la mesquinerie, de la haine et, pour tout dire, de la stupidité ambiantes. J’avoue, je reste même régulièrement estomaquée devant l’impudeur totale avec laquelle ces …… s’étalent sur la « toile ». J’en viens à souvent éviter de les lire, tellement ils sont prévisibles (notre prévisibilité, notre acteurisme, c’est d’ailleurs sans doute un des meilleurs garants de l’ordre du naufrage).

 

C’est marrant, d’ailleurs, dès qu’on écrit quelque chose d’un peu fouillé et imprévisible, plus de commentaires, muets, si ce n’est rarement un « sale élitiste qui cause de questions non registrées, auxquelles on n’a pas déjà toute une séquelle de réactions prédigérées ».

 

Je me désennuyais ainsi l’autre jour en lisant le blog d’une collègue t. On y causait cette fois, et pas spécialement « affirmativement », de t et de tapin, vous voyez tout de suite le tableau. Ça n’a pas manqué, comme la confiture attire les mouches. On a eu droit, entre autres, à la tradie de base, celle qui « n’est pas transphobe » (pardon, transchose), mais… ; et à sa nécessaire et bienveillante antithèse, qui nous adore tout autant et hait tout autant la méchante phobie.

 

Ben oui, qui pourrait ne pas nous zaimer, les t-lesb, de même d’ailleurs que pratiquement toute autre catégorie « affirmative », hein ? C’est comme les prisonniers politiques. Vous aurez remarqué qu’un des progrès incontestables du monde moderne et du droit positif exacerbé, c’est qu’il n’y a plus de prisonniers politiques. Sauf peut-être dans quelques régimes tout à fait attardés comme la Birmanie. Qu’on soit en démocratie ou en dictature ou en « populaire », que des droits communs, des criminelLEs. Et on aurait tort de s’en inquiéter ; c’est au contraire un grand pas en avant qu’il n’y ait plus que des criminelLEs. Y a que de l’amour, des coupables et des anges.

 

Il n’est pas possible de « pas aimer », dans le monde de l’amour et de l’affirmation. En tous cas de le dire. Il faut trouver un biais. Rien de plus facile.

 

Donc la tradie, puisque nous avons nos tradies, que ce soit à lesbolande ou à translande (ça peut donc même, dans quelques cas, être les mêmes). Là c’était une classique, donc une biolesb tradie. Et qui bien entendu hait les trans, sans le dire tout à fait comme ça sauf quand elle est avec ses copines (celles dont elle est sûre qu’il y a ni t ni t-phile dedans).

Ce qui est fascinant, c’est la fascination envers ce qu’on hait, qu’on craint, et dont on prétend ne pas dépendre. Je causais l’autre jour du Test de Bechdel. Eh bien c’est perdu d’avance, par exemple pour les tradies, néo ou anciennes, qui ne parlent à peu près que de mecs, ou de trans, ou de tout autre chose que d’une socialité de nanas. Laquelle a l’air de faire peur à tout le monde, rien que l’évoquer angoisse. Á moins qu’en réalité on n’en ait rien à f… ; c’est vrai que ce qu’on pourrait souhaiter semble bien moins appétant que ce qu’on déteste. La haine avive.

 

Le ressentiment et la haine. Des fois pire envers les t qu’envers la meccitude, qu’on envie, dont on voudrait se réapproprier le bien triste monde de puissance brutale et d’efficacité mécanique supposée. Mais les t, et particulièrement les t-lesb, là, pas de grâce. On les hait d’autant plus qu’elles nous ramènent à ce qu’on voulait fuir, la f. Le féminin, ce pochon qui rassemble en vrac tout ce qui est pas bien, dans le monde du neutre masculin. La haine du f, de ce qui est estampillé f, est une des mieux partagée.

Le ressentiment, la haine et aussi la bêtise, indépendamment d’ailleurs de l’intelligence bien attestée par ailleurs des protagonistes. Il y a des sujets qui rendent bête, par leur seule fréquentation en tant que sujets, par cette fascination dont j’ai parlé il y a peu. Qu’on songe simplement aux imbécilités qui ont pu être écrites sur les t par Mercader, Reymond, les nanas de Sysiphe. Qui ne sont pas des imbéciles. Mais de quoi nous en plaindre ? Ne pouvons nous pas être aussi bêtes, et d’une ; et d’ailleurs, que faisons-nous toujours à nous laisser sujetiser, en espérant d’hypothétiques dividendes ?

 

C’est pas nouveau, c’est pas demain que ça se terminera, j’ignore d’ailleurs si ça doit se terminer et si ce serait mieux ou moins bien ; comme vous le savez mais je le repète, je ne m’en offusque ni ne m’en indigne. Je ne dis pas « oh, c’est mal, ça ne devrait pas être ». C’est. Et ce n’est pas avec de bonnes, ni de mauvaises paroles, ni de la correctitude, ni de l’anti-correctitude, qu’on en sortira, si d’ailleurs sortir on en doit. Ça peut m’énerver, surtout quand les tradies en question, comme on peut le voir par exemple à Lyon, où furent autrefois commises quelques horreurs, rangent bien ça sous le drapeau rainbow, se reconfectionnent un hymen politique, voire politicard, au cas où, et proclament combien elles sont pro-t, combien elles soutiennent les pauvres t opprimées, etc etc. Leur haine tremblotante, toujours aussi vive, se couvre alors d’une obséquiosité risible et lourdingue, tout à fait parallèle à celle des mecs profem.

Je conseillerais d’ailleurs, d’expé, aux t qui subissent ce genre de léchouille, comme d’autres genres d’ailleurs, de se garder. Déjà c’est tout simplement dégoûtant. Ensuite, seulement ensuite, c’est hypocrite. Enfin, d’un simple point de vue de survie, on est nécessairement exposées au retour de bile, et la bile brûle, sachez le. Autant que le vitriol. On l’entend quelquefois qui clapote, abondante, au fond des conversations, ou encore comme dans un certain manuel « n’attrape pas de boutons en baisant ! » dont il a été aussi largement causé. Où les boutons étaient autant identitaires que médicaux : « si tu touches unE trans, es-tu vraiment lesb ? ». Beh oui, pasque lesb, bien sûr, ce ne peut être au fond et que bio, et surtout que cul. Comme toutes les zidentités qui vont d’elles-mêmes. Réappropriation transgressive des formes du patriarcat oblige.

Je ne saurais en tous cas mieux dire qu’elles : lâchez nous, effectivement ! Et à nous : envoyez les bouler.

Prenons les devants : ne nous laissons surtout pas tripoter. En aucune manière. Moralement ni physiquement. Et encore moins politiquement. Ainsi nous nous préservons, de même que leur pure identité biolesb ; double effet don’t kiss cool.

 

Et nous, cessons de nous approcher, de nous laisser approcher, de croire, et de nous laisser aller aux illusions des intégrations, des sororités, des convergences. Cessons d’endosser les dogmes des autres et de surenchérir dessus, afin de nous justifier d’être là (et de tenter d’avoir notre part de la gamelle représentative !). Cessons d’attendre ou de chercher reconnaissance et tous ces bibelots formels. Envoyons les à la gueule des celles qui en jouent – chez « nous » comme chez « elles », scène de ménage ! - et cassons nous. Ne nous laissons pas valoriser.

Cessons de nous lamenter, de nous dire déçues, opprimées, discriminées, utilisées. C’est là aussi nous offrir aux coups, tout en renforçant le victimaire, lequel conduit répétitivement à implorer plus de bienveillance par plus de domination (pourvu que tout le monde en prenne sa part dans la tronche ; quel idéal !). Barrons nous. Sans quoi nous resterons toujours accroupies, à nous plaindre de l’arnaque permanente. Et à nous remplacer nous-mêmes par du copié-collé de supposée parfaite lesbio. La classe…

 

Le ressentiment, la haine, ne sont jamais exclusives de l’usage, de l’utilisation, de l’usure, et du foutage de g… ; bien au contraire ! Je lis ainsi, sur un copié-collé, justement, d’annonce de réunion non-mixte, au beau milieu, « « Parce que quand tu es trans, tu es souvent invisibilisée ». Lu sur un vrai copié-collé annonçant une vraie réunion non-mixte. Invisibilisée !!! La bonne blague, surtout sous le clavier (une touche) d’une bio. Invisibles !!! Le mot même qui montre que la personne qui copie-colle n’a pas un instant réfléchi au contenu de ce qu’elle copiait-collait. Catéchisme et racolage. On ne sait ce qui l’emporte, du mimétisme ou de la mauvaise foi utilitaire. Reproduction acéphale du slogan « bienveillant », « inclusif ». Alors qu’il n’y a pas plus visible, dans la plupart des cas, qu’une f-t. Visibles physiquement, mais encore plus, si possible est, politiquement et existentiellement. Suspectes et boulets permanentes. Et, comme je l’ai déjà fait remarquer, néanmoins utilisables. Hein, il ferait beau voir qu’on ne puisse pas s’en servir, de ces t qui ont l’outrecuidance de « effer ».

 

Je me sens pas mieux avec les pas-tradies, les queer ou les « pro-sexe » (comme si les autres étaient anti !), lesquelles autant que les tradies n’ont de cesse de vouloir intégrer et s’approprier avec ardeur un peu tout, au petit bonheur, ce que ce monde à de puant et de néfaste. Á quelques disputes près sur les secteurs autorisés ou pas, elles ont exactement les mêmes buts et idéaux. On dirait pourtant pas à voir les amabilités qui s’envoient des unes aux autres. Concurrence : qui portera le drapeau, les couleurs ?

(C’est marrant, j’ai déjà remarqué cette situation, qui peut être cocasse, chez les catholiques de diverses tendances ; sans doute est-ce le cas pour toutes les croyances. Au reste, on ne peut vivre sans croire – ça nous frappe toutes. D’une manière ou d’une autre.)

 

Á t-lande, ce n’est en effet guère mieux. C’est là même un euphémisme. La passion de la légitimité et du néo-essentialisme est aussi nôtre. Es-tu op', vas-tu l'être, es tu t 24/24 ? Ne songes tu jamais à détransitionner ? N'es tu jamais lasse ? Comment te rêves tu la nuit ? Es-tu « affirmative » en toutes circonstances ? Ah, à moins de ça, tu ne saurais être que douteuse. Heureusement que nous avons aussi nos poubelles (travlande, etc.). Comme les biolesb ont les bi et les t.

Au fond, le monde actuel n’est qu’une grande entreprise frénétique de grattage, de récurage, de javellisation et d’écologie quotidienniste : les poubelles, n… de d… ! Sans les poubelles nous ne saurions vivre. Á ce point que nous en prenons petit à petit la forme, nous-mêmes.

Une grande déchetterie, avec ses bacs attribués, déchetterie de nos angoisses, de trop, de pas assez, où nous nous sommes enfermées, histoire de faire comme les autres, pour justement ne pas risquer d’être autres en quoi que ce soit. Concurrence et similitude. Le « matérialisme », ou ce qu’on appelle tel aujourd’hui, c’est surenchérir dans le même, ce qui est normal pour une logique comptable.

Que cela fasse plus que ressembler à l’économie des biens, qui ne survit provisoirement qu’en éliminant, au sens strict du terme, de plus en plus de populations non rentables (la légitimité en la matière), n’est probablement pas un hasard malheureux. Non plus qu’à l’illusion antique et daubée qui croit que la violence systémique, moyen et garantie de cette extermination réciproque, est une condition d’émancipation. Nous ne faisons alors qu’actionner béatement la broyeuse dans laquelle nous avons déjà le croupion.

 

Féministe anti-intégration, antilibérale autant qu’anti-institutionnelle, par contre, apparemment ça ne se fait pas, ou plus, et ça ne doit plus se faire. Retirée du catalogue. Qui voudrait ne pas être intégrée au bienheureux aujourd’hui, ou à l’appétissant demain, hein, j’vous l’demande ?

Il ne s’agit pas d’un « isme » de plus, genre séparatisme. Il ne s’agit pas d’une identité de plus dans la gondole du supermarché existentiel. L’être réempaqueté en « faire comme ». On fait du séparatisme pour se regrouper, s’agglutiner, pour éviter à tout prix de se reconnaître seule. Et il est nécessaire à ce type de dynamique qu’il y en ait de trop ; c’est ce qui rajoute de la valeur.

 

Tant que nous nous marcherons sur les panards en essayant de nous entasser dans la boîte, nous obtiendrons les mêmes résultats. Si jamais nous voulons pouvoir nous regarder, il faudra au moins cesser de surenchérir sur le présent, de nous concurrencer, et surtout de nous séduire. Bref de jouer du pot à glu. De croire que nous nous sauverons dans cet ensemble fatalement éliminatoire – jusques à la dernière ! Il nous faut partir seules. Et il faut aussi toujours que quelqu’uneS commence(nt).

 

On est déjà un certain nombre à l’avoir dit : on sera toujours trop ou pas assez. On aura toujours tort. Inutile de se mettre dans la course à avoir raison ou à être « légitimes ». Ayons tort. Soyons tort. Cessons d’affirmer frénétiquement. C’est peut-être comme ça (mais j’en conviens, c’est loin d’être garanti), qu’on percera le fond de la cuve, où nous nous trouvons. Et que toute cette logique de la légitimité et de l’être ira, avec nozigues, au diable vauvert. L’important est qu’alors, sur le chemin, nous nous en débarrassions subrepticement. Petite poucette, hop !

 

En attendant, ni oubli, ni pardon, ni réclamation, ni léchouille !

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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