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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 09:01

 

 

L’un a été « acteur de la libération », l’autre a « effectué un travail de guerre ». C’est dans le Monde du 19 mars. C’était dans la même guerre. C’est ordinaire et hallucinant de lire tranquillement ces deux transfigurations d’un réel qui effraye tout le monde, et qu’on essaie de faire passer en l’enrobant de l’inusable vaseline du « travail » comme de celle de l’histoire, et pourquoi pas de la culture. Les exterminations de masse aussi (juifs, tutsis…) furent vécues comme un travail. Qu’est-ce que le travail ne justifierait pas ? Et qu’est-ce que la libération n’a pas aussi justifié ? Inversement – impossibilité de porter quoi que ce soit sur les fonds baptismaux sans le tremper préalablement dans une des ces sauces ; je lisais ce matin le « travail de mémoire » ; on cause tout autant du "travail de deuil (!!!) ou, bénignement, de "l'industrie de la punition". Yes. Tout doit porter en gésine une valeur ajoutée et échangeable, ce qui est la raison d’être de l’activité réduite au travail. Qui « libère » (on se demande ce que ça libère, avec quelqu’inquiétude, si ça a la propriété magique de tout rendre acceptable).

Les deux semblent des dispositifs infiniment mortifères. Les conditions de la reconnaissance, de la visibilité, que nous affirmons rechercher avec fureur.

 

Je me marre doucement quand je vois les mots les plus précis affublés d’une queue longue comme trois fois eux, afin d’en éloigner le sens, que celui-ci ne tache pas nos lumineuses vies (n’est-ce pas qu’elles sont lumineuses ?). Ainsi de « l’obscurantisme », déployé à chaque manifestation de la barbarie actuelle. « an ». « tisme ». Mais dire que nous sommes, et depuis sacrée belle lurette, en une sombre et obscure époque, alors là pas question ! Que dites vous là ?!

 

Le travail de guerre, comme celui d’extermination. Le plaisir du travail bien fait. On a bien glosé ces derniers jours sur une série de meurtres idéologiques, en se déclarant « dépassés, ahuris ». Pourtant il ne s’agit que de la satisfaction du travail accompli, de la productivité et de l’efficacité. La même que peut éprouver un cadre qui a convenablement mis une population entière au rebut de la rentabilité. Il y a juste la différence d’échelle, de l’autoentrepreneur à la multinationale.

 

Acteurs, travailleurs. Acteurs surtout, finalement ; le rôle englobe jusques au travail.

Hiatus linguistique : les acteurs n’agissent jamais.

 

Ce qui est le propre de l’acteur comme du travailleur, lesquels constituent finalement la même personne, c’est de jouer un rôle, un rôle défini, connu par tous, sans chausse-trappe (sauf cas prévu par les assurances !). Que tout le monde sache bien à qui, à quoi il affaire, à quoi s’attendre, et mutuellement. Qu’il n’y ait ni fraude, ni surprise, ni échappatoire.

Notre grande affaire est de nous rendre visibles, comme il est répété à l’envi dans les écouteurs d’hamsterlande ; et de certifier par là même combien nous sommes prévisibles ; qu’on ne peut avoir avec nous ni mauvaise surprise, ni surprise tout court. Que notre choix est traçable. Comme n’importe quel produit moderne et durable.

 

Dans un petit factum paru en 89, l’année des minutes de l’amour et de la réalisation, au sens financier, de la démocratie, avec quelques complices, nous fîmes un bilan, bilan d’une lutte donnée, sur un spot, mais aussi bilan d’années d’expérience. Je regrette de n’en avoir nulle copie sous la main. Ça reviendra. Dans un des chapitres, nous notions à quel point nous étions tous prévisibles, conforme à ce qui était attendu de nous, jusques aux « irréductibles ». Que cela scellait, encadrait le destin des luttes, comme des personnes. Et que nous en étions les artisans et garants, inutile d’aller chercher une quelconque fatalité ou je ne sais quelle manipulation. Rien ne se fait de plus efficace, y compris les cages, que par soi-même. Surtout quand les cages sont nous-mêmes, et vont où nous allons, portant notre condition partout où nous irons fourrer notre nez. Comme c’est nous-même qui créons le cadre, nous pouvons y adéquer sans limites. Il n’y en a même, de limites, nulle part : partout où nous allons ainsi, nous portons le même.

 

Que personne ne sorte !                                                                            

 

C’est peut-être ça qui fait que rien ne change de trajectoire : que nous jouons tous notre rôle, que nous sommes prévisibles, transparents les uns aux autres. Que c’est même notre but, de l’être parfaitement, sans retrait ni recoin. Que nous nous investissons à fond dans la représentation de nos identités, cultures et tout ce qui s’ensuit, histoire d’être visibles, présents, atteignables, évaluables de partout et par tous (et réciproquement, le rêve panoptique). Que nous les collectionnons, les recherchons, même, avec avidité. Que ce soient les haillons de normalité et de vague puissance chers aux intégrés, ou les participations pathétiques à un statut d’opprimé qui font tout l’espoir des alternos.

Que nous en réclamons toujours plus de visibilité, d’être sans interruption sous l’œil qui distribue l’existence, tout autant que d’être nous-même fragments de cet œil. Œil collectif, participatif, que nous constituons par notre désir de reconnaissance et nos abdications nécessaires, œil qui nous recense et rétribue. Cet « œil dans le ciel » - nos représentations sont devenues notre ciel - et sa laisse de lumière qui nous suit. 

 

Que ce faisant nous accomplissons totalement notre boulot. Ne surtout pas songer au sabotage ou à l’enrayage ; bien au contraire, faut que ça tourne. Et il faut l’aimer, ce boulot d’existence, en plus ; le mettre en concurrence, l’étaler à l’étalage, affirmer et bugner.

Pourtant : que peut-on saboter de mieux, dans l’ordre productif, que son propre boulot, rôle, son identité attendue, son soi-sujet ?

Que peut-on mieux quitter que sa visibilité et sa prévisibilité ?

Bref : si nous essayions, au contraire, de laisser ça et de devenir moins visibles ? Qu’on ne puisse plus se suivre à la trace ?

Ce qui suppose de quitter la scène. Et de découper les pupuces définissantes dont nous nous sommes constellés. De ne plus clamer nos choix ; de cacher ce à quoi nous prétendons. Bref de ne plus soumettre la réalité de tout cela à une quelconque reconnaissance, institutionnelle ou autre. De le soustraire au contraire à la connaissance.

 

Pourquoi pas même cesser un peu d’y croire ? De nous agripper à tout ce qui vient nous passer par la bouche, le badge ou le reste comme à vérité révélée ? D’avoir le curseur bloqué sur « affirmatif » ?

 

De travailler à nous-mêmes.Et de nous prêter ainsi à tous les systèmes et hantises ?

 

Peut-être que les choses ne s’ébranleront, ne cesseront de tendre au même, que lorsque nous cesserons d’être prévisibles. Nous avons fait marcher les montagnes ; le résultat est peu engageant. Marcherons-nous alors enfin nous-mêmes, autrement qu’au pas ? Il se peut qu’il n’y ait que là où nul ne nous attend, à commencer par nous-mêmes, que cesse l’envoûtement.

 

Si nous pouvions enfin n’être plus ni visibles, ni prévisibles. Rien que pour voir.

 

 


 

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 09:25

 

 

"L'émotion est énorme, on est face à des gens qui n'hésitent pas à être violents pour des biens matériels, c'est inacceptable"

Un syndicaliste, après un braquage où un flic a été tué.

 

Il y a des gentes qui. La formule première de l'exorcisme contemporain (je n'y suis pour rien !).

 

Ce qui est épatant avec la modernité gagnante, productive, c’est qu’on peut y proférer les plus énormes énormités sans crainte aucune d’être contreditE en rien, et même sans aucun scrupule, je ne dis pas même moral, mais intellectuel. C'est-à-dire affirmer quelque chose qui est encore pire que le contraire de la réalité. Il existe peut-être un mot pour cette forme sémantique et j’aimerais bien le connaître. Mais peut-être n’existe-t’il pas encore, tant il semble vrai qu’il y a des caractères propres à notre vie que nous redoutons tant de connaître et de reconnaître, que nous évitons soigneusement de les nommer.

 

Ainsi, ici, l'inexorabilité dans l'accession aux "biens matériels" est formulée comme l'apanage de quelques féroces, parfaitement étrangers au fonctionnement normal et incroyablement bénin de l'économie.

Qui hésite pourtant à remplir ses obligations dans cette machinerie, obligations sans lesquelles, et même avec lesquelles si on a tiré un des nombreux mauvais numéros, on est exposé à la misère et à la vindicte - sans parler du discrédit ?

 

Il est bien connu que l'économie des « biens matériels », c'est-à-dire des objets qui servent à être échangés pour produire plus de valeur, avant toute question d’usage, ainsi que le mode de propriété confiscatoire qui y est adossé, n’ont jamais fait une seule victime dans l’histoire, n’ont même, disons le, jamais causé la plus petite indisposition. La plus ténue incivilité, le plus improbable refus du nécessaire, à qui que ce fut, si insolvable soit ellil. Naaaan ! Que du bonheur, puisque c’est ce que l’on recherche, ce foutu bonheur en petits paquets.

 

Ce n’est évidemment pas étonnant que ce soit un syndicaliste qui dise ça. Les flics et les syndicalistes entourent les marchands comme Elie et Moïse entouraient Jésus sur le mont Horeb, dans la Transfiguration. Il faut bien ça pour soutenir la frénésie du travail et du commerce. Mais ce n'est encore là qu'un résumé bien facile, une réduction des responsabilités aux plus visibles et actives : c'est nous touTEs qui sommes uniEs pour défendre le plus sacré, le sens de la vie, la valeur, les biens, et ce à n’importe quel prix, y compris, même souvent, celui de notre peau et de celles des autres, lentement par le travail honnête, vite par le travail clandestin. Dans tous les cas par l'appropriation frénétique et le calus absolu sur les conséquences, quand même nous nous empoisonnerions nous-mêmes. 

 

Parce qu’évidemment, tout est travail, tout est aussi commerce, dans ce système. Les braqueurs n’y échappent pas plus que les autres. Même le mendiant n’y échappe pas. Même les pirates. Valent, valons autant  que leurs, que nos adversaires. C'est à dire sommes inclus dans l'échelle de valeur (après, les bénéfs c'est autre chose). Ne souhaitons que d'y grimper. Tout le monde, moi la première, est à la traîne de ces « biens matériels » (mais désormais aussi sociaux) et de leur système d’échange, à la queu leu leu pour rabioter une part, plus ou moins impressionnante, en marchant sur les pieds de ses voisins et en les éliminant, plus ou moins radicalement. Que ce soit en gagnant « la course à l’emploi » ou en écrasant nuitamment des travailleurs de la sécurité venus en hâte protéger biens, valeurs, magos et toute la séquelle. Disons que la première exonère et de poursuites judiciaires, et d’angoisses morales. Les morts sont invisibles, quelquefois fort éloignés, sur d’autres continents même souvent. Quand ce n'est pas nous, qu'on sort discrètement sur une civière derrière l'hosto où nous serons alléEs finir notre sale survie, direct dans le fourgon de l'industrie mortuaire, que rien ne soit perdu de celleux qui portaient de la valeur.

 

Que demande le peuple, ce fameux peuple mythifié à souhait, nous, quoi ? Mais de pouvoir subsister (encore un instant, monsieur le marchand, monsieur le toubib, monsieur le...) en refusant de partager, de s'interroger, en tuant sans le savoir et sans en être réprimandé. 

 

L’économie, matérielle et morale, c’est la barbarie. Ce n’est pas un constat nouveau. Elle justifie tout. Á commencer par les indignations : comment ce fait-ce que nous soyons si peu respectueux de nos vies ? Eh bien il n’y a qu’à nous regarder « vivre » quelques moments. En retranchant résolument la vie d’autrui, comme la nôtre propre, des plus diverses manières. La réponse est dans le fait même, et cela ne peut qu’hérisser les cheveux sur la tête et les poils ailleurs, de terreur : nous y sommes enferméEs, dans cette arène. Dans cette arène dédiée au règne des choses et de l'échange.

Il y a des gentes. C'est bien là le problème. Mais on va régler ça, s'pas ? On se règle très bien nos comptes nous-mêmes, comme les grandEs que nous sommes ; de toutes les manières et sur tous les sujets. Faisons place aux biens, aux statuts ; économie et matérialisme néo-essentialiste. Nous sommes de trop ? Vidangeons nous. 

Hop !

 

 


 

 


 

 


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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:43

 

 

« La famille, c’est un homme, une femme, des enfants »

                                          Un ministre du bac à sable

 

 

Alors là pas d’problème, on vous les laisse !

Famille, enfants, madame, monsieur, chien, monospace, lotissement, cochon, couvée.

Amusez vous bien !

 

 


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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 10:07

 

 

S’il y a quelque chose qui est emblématique de l’époque d’internet, après le copier-coller, ce sont bien les commentaires. Autrefois, il y a fort longtemps, les Commentaires étaient des œuvres, à part entière. De nos jours, enfin depuis donc dix, quinze ans, cela consiste, en tant qu’attache de glaire à la moindre affirmation, en un déversement ininterrompu d’opinions, de la bile, de la mesquinerie, de la haine et, pour tout dire, de la stupidité ambiantes. J’avoue, je reste même régulièrement estomaquée devant l’impudeur totale avec laquelle ces …… s’étalent sur la « toile ». J’en viens à souvent éviter de les lire, tellement ils sont prévisibles (notre prévisibilité, notre acteurisme, c’est d’ailleurs sans doute un des meilleurs garants de l’ordre du naufrage).

 

C’est marrant, d’ailleurs, dès qu’on écrit quelque chose d’un peu fouillé et imprévisible, plus de commentaires, muets, si ce n’est rarement un « sale élitiste qui cause de questions non registrées, auxquelles on n’a pas déjà toute une séquelle de réactions prédigérées ».

 

Je me désennuyais ainsi l’autre jour en lisant le blog d’une collègue t. On y causait cette fois, et pas spécialement « affirmativement », de t et de tapin, vous voyez tout de suite le tableau. Ça n’a pas manqué, comme la confiture attire les mouches. On a eu droit, entre autres, à la tradie de base, celle qui « n’est pas transphobe » (pardon, transchose), mais… ; et à sa nécessaire et bienveillante antithèse, qui nous adore tout autant et hait tout autant la méchante phobie.

 

Ben oui, qui pourrait ne pas nous zaimer, les t-lesb, de même d’ailleurs que pratiquement toute autre catégorie « affirmative », hein ? C’est comme les prisonniers politiques. Vous aurez remarqué qu’un des progrès incontestables du monde moderne et du droit positif exacerbé, c’est qu’il n’y a plus de prisonniers politiques. Sauf peut-être dans quelques régimes tout à fait attardés comme la Birmanie. Qu’on soit en démocratie ou en dictature ou en « populaire », que des droits communs, des criminelLEs. Et on aurait tort de s’en inquiéter ; c’est au contraire un grand pas en avant qu’il n’y ait plus que des criminelLEs. Y a que de l’amour, des coupables et des anges.

 

Il n’est pas possible de « pas aimer », dans le monde de l’amour et de l’affirmation. En tous cas de le dire. Il faut trouver un biais. Rien de plus facile.

 

Donc la tradie, puisque nous avons nos tradies, que ce soit à lesbolande ou à translande (ça peut donc même, dans quelques cas, être les mêmes). Là c’était une classique, donc une biolesb tradie. Et qui bien entendu hait les trans, sans le dire tout à fait comme ça sauf quand elle est avec ses copines (celles dont elle est sûre qu’il y a ni t ni t-phile dedans).

Ce qui est fascinant, c’est la fascination envers ce qu’on hait, qu’on craint, et dont on prétend ne pas dépendre. Je causais l’autre jour du Test de Bechdel. Eh bien c’est perdu d’avance, par exemple pour les tradies, néo ou anciennes, qui ne parlent à peu près que de mecs, ou de trans, ou de tout autre chose que d’une socialité de nanas. Laquelle a l’air de faire peur à tout le monde, rien que l’évoquer angoisse. Á moins qu’en réalité on n’en ait rien à f… ; c’est vrai que ce qu’on pourrait souhaiter semble bien moins appétant que ce qu’on déteste. La haine avive.

 

Le ressentiment et la haine. Des fois pire envers les t qu’envers la meccitude, qu’on envie, dont on voudrait se réapproprier le bien triste monde de puissance brutale et d’efficacité mécanique supposée. Mais les t, et particulièrement les t-lesb, là, pas de grâce. On les hait d’autant plus qu’elles nous ramènent à ce qu’on voulait fuir, la f. Le féminin, ce pochon qui rassemble en vrac tout ce qui est pas bien, dans le monde du neutre masculin. La haine du f, de ce qui est estampillé f, est une des mieux partagée.

Le ressentiment, la haine et aussi la bêtise, indépendamment d’ailleurs de l’intelligence bien attestée par ailleurs des protagonistes. Il y a des sujets qui rendent bête, par leur seule fréquentation en tant que sujets, par cette fascination dont j’ai parlé il y a peu. Qu’on songe simplement aux imbécilités qui ont pu être écrites sur les t par Mercader, Reymond, les nanas de Sysiphe. Qui ne sont pas des imbéciles. Mais de quoi nous en plaindre ? Ne pouvons nous pas être aussi bêtes, et d’une ; et d’ailleurs, que faisons-nous toujours à nous laisser sujetiser, en espérant d’hypothétiques dividendes ?

 

C’est pas nouveau, c’est pas demain que ça se terminera, j’ignore d’ailleurs si ça doit se terminer et si ce serait mieux ou moins bien ; comme vous le savez mais je le repète, je ne m’en offusque ni ne m’en indigne. Je ne dis pas « oh, c’est mal, ça ne devrait pas être ». C’est. Et ce n’est pas avec de bonnes, ni de mauvaises paroles, ni de la correctitude, ni de l’anti-correctitude, qu’on en sortira, si d’ailleurs sortir on en doit. Ça peut m’énerver, surtout quand les tradies en question, comme on peut le voir par exemple à Lyon, où furent autrefois commises quelques horreurs, rangent bien ça sous le drapeau rainbow, se reconfectionnent un hymen politique, voire politicard, au cas où, et proclament combien elles sont pro-t, combien elles soutiennent les pauvres t opprimées, etc etc. Leur haine tremblotante, toujours aussi vive, se couvre alors d’une obséquiosité risible et lourdingue, tout à fait parallèle à celle des mecs profem.

Je conseillerais d’ailleurs, d’expé, aux t qui subissent ce genre de léchouille, comme d’autres genres d’ailleurs, de se garder. Déjà c’est tout simplement dégoûtant. Ensuite, seulement ensuite, c’est hypocrite. Enfin, d’un simple point de vue de survie, on est nécessairement exposées au retour de bile, et la bile brûle, sachez le. Autant que le vitriol. On l’entend quelquefois qui clapote, abondante, au fond des conversations, ou encore comme dans un certain manuel « n’attrape pas de boutons en baisant ! » dont il a été aussi largement causé. Où les boutons étaient autant identitaires que médicaux : « si tu touches unE trans, es-tu vraiment lesb ? ». Beh oui, pasque lesb, bien sûr, ce ne peut être au fond et que bio, et surtout que cul. Comme toutes les zidentités qui vont d’elles-mêmes. Réappropriation transgressive des formes du patriarcat oblige.

Je ne saurais en tous cas mieux dire qu’elles : lâchez nous, effectivement ! Et à nous : envoyez les bouler.

Prenons les devants : ne nous laissons surtout pas tripoter. En aucune manière. Moralement ni physiquement. Et encore moins politiquement. Ainsi nous nous préservons, de même que leur pure identité biolesb ; double effet don’t kiss cool.

 

Et nous, cessons de nous approcher, de nous laisser approcher, de croire, et de nous laisser aller aux illusions des intégrations, des sororités, des convergences. Cessons d’endosser les dogmes des autres et de surenchérir dessus, afin de nous justifier d’être là (et de tenter d’avoir notre part de la gamelle représentative !). Cessons d’attendre ou de chercher reconnaissance et tous ces bibelots formels. Envoyons les à la gueule des celles qui en jouent – chez « nous » comme chez « elles », scène de ménage ! - et cassons nous. Ne nous laissons pas valoriser.

Cessons de nous lamenter, de nous dire déçues, opprimées, discriminées, utilisées. C’est là aussi nous offrir aux coups, tout en renforçant le victimaire, lequel conduit répétitivement à implorer plus de bienveillance par plus de domination (pourvu que tout le monde en prenne sa part dans la tronche ; quel idéal !). Barrons nous. Sans quoi nous resterons toujours accroupies, à nous plaindre de l’arnaque permanente. Et à nous remplacer nous-mêmes par du copié-collé de supposée parfaite lesbio. La classe…

 

Le ressentiment, la haine, ne sont jamais exclusives de l’usage, de l’utilisation, de l’usure, et du foutage de g… ; bien au contraire ! Je lis ainsi, sur un copié-collé, justement, d’annonce de réunion non-mixte, au beau milieu, « « Parce que quand tu es trans, tu es souvent invisibilisée ». Lu sur un vrai copié-collé annonçant une vraie réunion non-mixte. Invisibilisée !!! La bonne blague, surtout sous le clavier (une touche) d’une bio. Invisibles !!! Le mot même qui montre que la personne qui copie-colle n’a pas un instant réfléchi au contenu de ce qu’elle copiait-collait. Catéchisme et racolage. On ne sait ce qui l’emporte, du mimétisme ou de la mauvaise foi utilitaire. Reproduction acéphale du slogan « bienveillant », « inclusif ». Alors qu’il n’y a pas plus visible, dans la plupart des cas, qu’une f-t. Visibles physiquement, mais encore plus, si possible est, politiquement et existentiellement. Suspectes et boulets permanentes. Et, comme je l’ai déjà fait remarquer, néanmoins utilisables. Hein, il ferait beau voir qu’on ne puisse pas s’en servir, de ces t qui ont l’outrecuidance de « effer ».

 

Je me sens pas mieux avec les pas-tradies, les queer ou les « pro-sexe » (comme si les autres étaient anti !), lesquelles autant que les tradies n’ont de cesse de vouloir intégrer et s’approprier avec ardeur un peu tout, au petit bonheur, ce que ce monde à de puant et de néfaste. Á quelques disputes près sur les secteurs autorisés ou pas, elles ont exactement les mêmes buts et idéaux. On dirait pourtant pas à voir les amabilités qui s’envoient des unes aux autres. Concurrence : qui portera le drapeau, les couleurs ?

(C’est marrant, j’ai déjà remarqué cette situation, qui peut être cocasse, chez les catholiques de diverses tendances ; sans doute est-ce le cas pour toutes les croyances. Au reste, on ne peut vivre sans croire – ça nous frappe toutes. D’une manière ou d’une autre.)

 

Á t-lande, ce n’est en effet guère mieux. C’est là même un euphémisme. La passion de la légitimité et du néo-essentialisme est aussi nôtre. Es-tu op', vas-tu l'être, es tu t 24/24 ? Ne songes tu jamais à détransitionner ? N'es tu jamais lasse ? Comment te rêves tu la nuit ? Es-tu « affirmative » en toutes circonstances ? Ah, à moins de ça, tu ne saurais être que douteuse. Heureusement que nous avons aussi nos poubelles (travlande, etc.). Comme les biolesb ont les bi et les t.

Au fond, le monde actuel n’est qu’une grande entreprise frénétique de grattage, de récurage, de javellisation et d’écologie quotidienniste : les poubelles, n… de d… ! Sans les poubelles nous ne saurions vivre. Á ce point que nous en prenons petit à petit la forme, nous-mêmes.

Une grande déchetterie, avec ses bacs attribués, déchetterie de nos angoisses, de trop, de pas assez, où nous nous sommes enfermées, histoire de faire comme les autres, pour justement ne pas risquer d’être autres en quoi que ce soit. Concurrence et similitude. Le « matérialisme », ou ce qu’on appelle tel aujourd’hui, c’est surenchérir dans le même, ce qui est normal pour une logique comptable.

Que cela fasse plus que ressembler à l’économie des biens, qui ne survit provisoirement qu’en éliminant, au sens strict du terme, de plus en plus de populations non rentables (la légitimité en la matière), n’est probablement pas un hasard malheureux. Non plus qu’à l’illusion antique et daubée qui croit que la violence systémique, moyen et garantie de cette extermination réciproque, est une condition d’émancipation. Nous ne faisons alors qu’actionner béatement la broyeuse dans laquelle nous avons déjà le croupion.

 

Féministe anti-intégration, antilibérale autant qu’anti-institutionnelle, par contre, apparemment ça ne se fait pas, ou plus, et ça ne doit plus se faire. Retirée du catalogue. Qui voudrait ne pas être intégrée au bienheureux aujourd’hui, ou à l’appétissant demain, hein, j’vous l’demande ?

Il ne s’agit pas d’un « isme » de plus, genre séparatisme. Il ne s’agit pas d’une identité de plus dans la gondole du supermarché existentiel. L’être réempaqueté en « faire comme ». On fait du séparatisme pour se regrouper, s’agglutiner, pour éviter à tout prix de se reconnaître seule. Et il est nécessaire à ce type de dynamique qu’il y en ait de trop ; c’est ce qui rajoute de la valeur.

 

Tant que nous nous marcherons sur les panards en essayant de nous entasser dans la boîte, nous obtiendrons les mêmes résultats. Si jamais nous voulons pouvoir nous regarder, il faudra au moins cesser de surenchérir sur le présent, de nous concurrencer, et surtout de nous séduire. Bref de jouer du pot à glu. De croire que nous nous sauverons dans cet ensemble fatalement éliminatoire – jusques à la dernière ! Il nous faut partir seules. Et il faut aussi toujours que quelqu’uneS commence(nt).

 

On est déjà un certain nombre à l’avoir dit : on sera toujours trop ou pas assez. On aura toujours tort. Inutile de se mettre dans la course à avoir raison ou à être « légitimes ». Ayons tort. Soyons tort. Cessons d’affirmer frénétiquement. C’est peut-être comme ça (mais j’en conviens, c’est loin d’être garanti), qu’on percera le fond de la cuve, où nous nous trouvons. Et que toute cette logique de la légitimité et de l’être ira, avec nozigues, au diable vauvert. L’important est qu’alors, sur le chemin, nous nous en débarrassions subrepticement. Petite poucette, hop !

 

En attendant, ni oubli, ni pardon, ni réclamation, ni léchouille !

 

 


 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 18:38

 

 

Quand on est straight-t on est caricature.

 

Quand on est queer-t, on est caricature de caricature.

 

Quand on est rien-t, on est un trou noir qu'a mal à la gorge.

 

Je parle même pas des bio ! M’font peur dans la rue.

 

Encore une fois, on n'est pas sorties de l'auberge.

 

 


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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 11:20

 

 

Rien à faire, la reproduction est redevenue le fond de nos obsessions et de nos pratiques. Et ce à tous les égards. Il y a bien sûr l’infantomanie, pondre, projeter nos vies misérables, dans toutes les positions. Mais les symboles, les signes aussi ont suivi. J’étais déjà assez triste que le genre, cette aventure incertaine des années 80-90, soit devenu un nouveau catéchisme, parmi tant d’autres. Mais, surtout, plus je nous regarde, plus ça grouille ; je veux dire, précisément, que nous n’avons pas du tout affaibli ou dissous les normes sexuées ; au contraire, nous les avons émiettées, et comme toutes les formes autonomes, elles se sont ainsi multipliées et disséminées. Identiques et innombrables.

 

Nous avons encore plus sexualisé le monde qu’il n’était déjà. Ce qui représente tout de même une performance ! Mais une des celles dont on se passerait, je crois, parfaitement. En cela, je dirais qu’on s’est magistralement vautrées. Nous avons disséminé le genre, et sa binarité, au lieu de le dissoudre, de le contrer, et encore moins de le déserter. Y en avait déjà presque partout, c’est sûr, faut pas non plus nous accuser de ce qu’on n’a pas fait – mais grâce à nous, il s’est encore propagé où il le pouvait, et le voilà hégémonique.

 

C’est sans doute conséquence d’une attitude fondamentale affirmative, plutôt que négative. On finit ainsi, même après de longues et tortueuses démarches, où d’ailleurs d’aucunes d’entre nous sont restées, couic, par valoriser ce qui est. Par le justifier. Par investir dans les signes et dans les gestes, et nous méfier de la critique de fond, déléguée à quelques expertes, muettement suppliées de ne pas aller trop loin, et surtout de rester dans le cadre spécifique, bien clos, non remis en cause.

 

Le genre, c’est comme le travail, ou la violence, ou même la divinité. Nous croyons naïvement pouvoir en faire usage. Y trouver notre compte, comme nous disons si souvent, sans penser qu’en proférant cela nous nous sommes nous-mêmes fourniEs comme données et équivalences. Eh bien non, et l’histoire devrait nous instruire : ce sont ces formes, ces abstraction réelles qui, au contraire, font usage de nous. Se multiplient par nous, leurs exemplaires. Nous sommes leurs mères porteuses, nous les reproduisons en produisant nos images idoines. Et en retour, elles nous hégémonisent et nous totalisent ; je lis ce matin, dans un article sur un magazine t anglophone, cette déclaration définitive « toute personne sur terre a une identité de genre ». Allez hop, égalisée intégrée. On a déjà vu ce que donnait la notion hégémonique d’humainE comme « possesseurE de » (l’anéantissement des non-rentables). Je me demande ce que va nous imposer cette forme en sus. Et pour tout dire je n’ai pas confiance, ce par principe, dans cette passion de la définition. Ça rappelle bougrement la théologie, et ses frasques séculaires…

 

La seule issue serait de les fuir, pour les stériliser. Mais il nous faudrait dès lors nous envisager nous-mêmes profondément autrement. Sans identité, reconnaissance, équivalence et toutes ces belles choses qui sont censées garantir notre présence au monde. Ce serait aussi fuir un certain nous, un certain je.

 

Multiplier les genres, multiplier les états, multiplier les guichets, multiplier les statuts, multiplier les identités, multiplier les reconnaissances, multiplier les valeurs, multiplier le même, multiplier les moyens de la domination ; au lieu d’une tentative de sortie, c’est une fuite en avant dans l’identique que nous pratiquons et théorisons avec entrain et rage. N’en espérons que la perpétuation de ce même, toujours plus dense par la concurrence, jusques à notre étouffement. Nous finirons étouffées par notre progéniture.

 

Cessons d’enfanter, cessons de reproduire le gros animal, cessons de faire des petits !

 

 


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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 17:29

 

 

C’est dommage d’être dégoûtée avant même d’avoir goûté. Surtout quand pour une fois ça aiguisait l'appétit, ce qui est excessivement peu fréquent. Avant même d’avoir vu ce film dont j’espère toujours qu’il va contrebalancer les glauqueries de Sciamma, lesquelles donnent à peu près envie (surtout Naissance des pieuvres) de se pendre si on a le malheur de devenir lesb. Enfin un film qui allait faire qu’on en soit contentes. Contentes de choisir un monde de nanas. Contentes de pouvoir devenir et de ne pas rester condamnées à être. 

Ce n’est pas qu’il n’y en ait pas déjà eu, mais ils sont plutôt rares.

 

En plus y parle de ma génération, les born in sixties, punkland, la grande dégringolade 80/90…

 

Mais pourquoi donc faut-il que, passée la première joie, bien frottées les mains, je retrouve en hors d’œuvre la vieille daube habituelle dans l’assiette : la détermination, la preuve par le cul.

 

(D'autant que, si j'ai bien capté, le film évite justement cette figure obligée !)

 

Naissance, reproduction des preuves…

 

« mais comment j'ai pu traîner avec Delphine (la DJ culte du Pulp, ndlr) sans coucher avec elle?! Je suis passée à côté d'un truc génial et je ne m'en rendais même pas compte »

Despentes dans une interview

 

Ben oui, hein ? Traîner avec, partager la vie, faire des choses, penser ensemble, confronter, lutter, s’amuser, c’est rien, mais rien du tout. Ça compte pas. Ce qui compte, ce qui est génial (!), c’est exclusivement baiser. Frotter les carcasses. Manifester l’ordre relationnel. On n’est vraiment lesbienne (on n’est même tout court, quoi que ce soit) que si on baise, dut-on par ailleurs traîner à meclande. Rien n’existe si on ne baise pas. On a bien appris ça de siècles et de millénaires d’hétérolande, on va pas l’oublier, tout de même, et donner de l’importance à tout le reste, ce reste insignifiant qui ne fait que matelas !

 

 

Oscours ! C’est par où la sortie ?!

 

 


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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:26

 

 

« Malgré tout, certaines thématiques ont « titillé » ces personnalités politiques comme l’ouverture – très coûteuse– de 500 000 places en crèches et l’abolition de la prostitution. »

 

A rester pliée. Les deux « mesures phares » qui brimbelotent au fond du panier, sur la pliure centrale d’un article d’Egalité-info au sujet de la grand’messe à la Cigale, l’autre jour. La collision qui tue. On l’aurait cherchée machiavéliquement, on l’aurait pas trouvée. Même pas en laboratoire. Saute au nez !

 

Vous remarquerez déjà que l’abolition de la prostitution, elle, n’est pas considérée comme coûteuse. Dame, ben non, au contraire, on (qui, « on », d’ailleurs ?) espère bien mettre toutes ces perverses (hein, Patric Jean ?!), qui en plus ne déclarent souvent pas leur revenu, à Pôle Emploi, histoire d’avoir un volet encore plus conséquent de main d’œuvre à moyen bas prix afin de mettre un peu d’huile dans les articulations arthritiques, expirantes, de la valorisation économique et du travail honnête, celui dont on meurt à petit feu (quand il n’y a pas d’amiante !).

 

Mais surtout, cette opposition, qui a elle seule résume toute l’évolution depuis le féminisme des années 60, 70, et la critique de l’ordre des choses, des formes de base, laquelle a été réduite à une récrimination sur la distribution, à une remise en place des gamelles. Et là, d’un coup, ressurgit le vieux rêve, celui que dénonce par exemple le sempiternel mal à l’aise, perceptible hélas jusque chez nous, envers la liberté réelle d’avorter, sans conditions, délais ni limites : des mères, des mômes, des rattrapages sans nombre de nos vies sans nom ! La nouvelle distribution. Finies les putes, toutes mères ! Résolution finale du ni mère ni putain, décidément trop radical, trop utopique, trop joyeux, d’autrefois. Et dire qu’on voulait même en finir avec l’état, le travail, l’argent, les mecs ! La bonne blague ! On les a eu, on les garde, on les aura, et bien profond. Part, que dis-je, somme de nous-mêmes.

La queue devant les crèches, sur des trottoirs bien propres (et vidéosurveillés). Voilà l’aboutissement de tout ça.

La peste ou le choléra ? le côté le plus fort. Comme d’hab, hein, ce qui rapporte le plus, et qui est du côté de la force, des biceps de papa, c’est maman. (Papa va aussi aux putes, ça c’est sûr, et ce sera encore plus jouissif et moins cher quand elles devront se cacher encore plus, comme en Suède ; le piment de la transgression sera pour le client ; papa client c’est pas sa vie à lui qui est en jeu, si y trouve pas ici y trouvera là bas). Ce sera la putain dans la m… (encore plus si possible), les proxos qui grouillent,  et maman dans sa triste et pénible « gloire », dont on a déjà un avant goût quand on voit l’effondrement social et les nanas qui font sparadrap pour trois générations à la fois. Pasque c’est ça, c’est déjà ça, le beau monde de l’intégration, de la participation, de l’avalement et de la rentabilisation raisonnée, durable, de toutes !

 

Attends, c’est là qu’on en est ? Et c’est ça qu’on réclame ?! Roussopoulos, oscours, reviens !

 

Moins de putes, plus de mères, la « formule magique » des décennies à venir. La maman a bouffé la putain. Et les femmes ont encore perdu une bonne occasion de se casser du ménage et d’aller vivre. Sont pas les seules, mais ça ne console pas. Oh là non ; on reste en très mauvaise compagnie.

 

Pasque, par contre, on va pas prôner qu’on cesse de se maquer avec des mecs, avec papa (oups pardon, avec le partenaire dit-on en novlangue, en relation comme en affaires), qu’on cesse de s’allonger sur les planches à découper de l’amour, du couple et de la famille, du cul obligatoire, gratuit et épanouissant (warf !), tout ça bien sûr de fondement et structure hétéropatriarcale même quand c’est repeint en rainbow, enfin qu’on cesse de (se) reproduire. Ah surtout pas, malheur. Ce serait aussi pire que la « désindustrialisation » ; trop classes les usines et la croissance. Trop classes les lardons tyranniques qui hurlent. Toute le monde au boulot, au plumard, à la maternité, et conséquemment à la crèche pasque entre les plans de carrière, la trouille au ventre du déclassement et la productivité, pas question d’en faire perdre une miette à l'éconocroque, de nos foutues vies perdues pour nous, exploitées studieusement. Il paraît que ça c’est la liberté radieuse.

 

Des crèches, des postes de travail, des parcs de loisir, des prisons, des mouroirs, ça y en aura jamais assez, pour que toute le monde soit bien empaquetée. Chacune à sa place. En toute liberté. Mais des trottoirs, ça, attention ; n’en pas abuser, juste pour courir dans le flux, d’ailleurs on va mettre des caméras. Intelligentes. Tout ce qui traîne trop est suspect.

 

Libres de bénévoler du ventre et de vendre comme d’acheter tout son temps, ah là la parole à l’envie (légèrement forcée mais bon). L’envie, cette forme modernisée du devoir. Qui n’a pas envie, hein, levez le doigt ! L’éponge du sexe affectif et célébré envahit encore plus la vie que le tapin, où il peut rester du temps et de l’espace pour autre chose.

Par contre, les putes sans remords, illégitimes, incroyables, pas vraies et pas possibles. Pas libres, elles, en rien. Mensonge. Silence et au pas. Comment peut-on vouloir échapper, fut-ce mal, fut-ce partiellement, en en rabiotant, au paradis de l’économie et de la reproduction, oooh ? Á rééduquer.

 

Je me répète, c’est vrai – mais est-ce que la pub obstinée pour continuer et intégrer toujours plus, toujours mieux ce monde de folie et de mutilation, ne fait pas marteau-piqueur ? Avec sa violence « privée » systématique qu’on feint de croire « passéiste et anormale », étrangère à son fanatisme machinique ? Alors que c'est dans le sympathique et gratuitaire domaine familial-relationnel ou communautaire, sans parler de la bienheureuse vie professionnelle, qu'elle nous explose le plus, et le plus impunément. C'est pas par hasard. La marmite 24/24. 

 

Y a de quoi s’arracher les cheveux, tout de même, de nous voir nous prendre à la gorge sur la disposition de nous-mêmes… alors que nous avançons pendant ce temps-là toujours plus loin dans la surenchère de la consumation totale.

 

Et si on se débarrasse du travail sexuel, eh bien aucune raison qu’on ne se débarrasse pas du travail en général. Avec toute sa séquelle et son univers. Et si on arrive à en finir avec la valeur-cul, eh bien qu’on ne la recycle pas en bénévolat extatique ! Sinon, c’est l’hypocrisie dans l’asservissement « volontaire » – et le suicide ! Mais voilà. On a l’air malheureusement bien parties pour ce faire, creusant qui plus est nos propres tombes, et nous ensevelissant les unes les autres. Dans le monde des choses, de la raison meilleure de ces choses qui sont les plus fortes, auquel nous trépignons d’acquiescer, ce sont toujours les gentes qui sont de trop, ces foutues gentes, nous, quoi ; et ce sont d’elles, de nous, que ce système sans tête, par nos bras, nos invectives, nos anathèmes et nos terreurs, se débarrasse.

 

On pourra vraiment rien nous reprocher. Parfaites jusques au bout, dans la répression mutuelle et l’autoanéantissement.

 

 


 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 10:13

 

 

 

Je ne sais pas si vous avez lu différents articles parus depuis quelques semaines au sujet d’une t qui fut autrefois la gouvernante d’un futur président des states ?

Bien entendu, c’est un transsexuel, alors là tout le monde est bien d’accord – les t c’est juste des mecs qui jouent au nanas (les ftms n’existent pas encore) et, bien entendu, m ils furent, m ils sont, m ils resteront – comme si on pouvait en disposer ?!

« C’est des mecs, c’est des mecs » comme glapissaient d’aucunes il n’y a pas si longtemps, en une mémorable séance, dans un lieu non moins mémorable. Et comme elles le pensent toujours aujourd’hui, en le clamant un peu moins fort, mode oblige, voire en nous faisant quelques risettes, quand ce n'est pas carrément en se remblayant politiquement avec nos histoires - mais n’en espérant pas moins le « grand retour des choses ».

On peut même admettre, après tout : essentialisme, assaisonné de quelque haine, rien de plus. En soi ça se tient, on y croit ou pas, voilà. Et je me refuse à empêcher qui que ce soit de penser quoi que ce soit, même si ça l’amène à me zieuter avec des envies de meurtre. Parce qu’alors c’est encore plus mal parti que si.

 

Mais alors, pourquoi dans le même article du Monde du 18 mars, au milieu du déluge pointilleux et ordinaire de masculin, devient-il subitement, au détour d’une phrase sur des activités passées, une prostituée ? Bref une femme. Puisque que c’est, ç’a toujours été, sera pour les éternités des éternités un mec, ce devrait être « un prostitué ».

Eh bien non. La prostitution, ce mot tortillé pour paraître dégueu et infâme dès qu’on le prononce, voire qu’on le pense, c’est pour les nanas, point. Ça vous fait nana même un mec. Dégueu égale femme, ou inversement ; même les gays misogynes vous le diront (en tous cas, à moi, ils me l’ont dit !). Qui donc fera une somme, une recension, de la peur et du mépris du féminin, au temps présent ? Femme donc. Juste le temps bien sûr de la passe. Avant et après c’est toujours un mec, tout de même. Et ce n’est pas là non plus, vous le pensez bien, une félicitation ! Que nous, les t, soyions f ou m, c’est toujours mal, déficitaire et puant.

 

C’est éternellement captivant, même quand on le connaît jusques à l’écœurement, que le spectacle de cette gymnastique rythmique sexualisante qui rassemble les journalistes les plus obtuSEs et certaines de nos camarades.

 

En plus, tout est bien qui finit bien. La personne en question a renoncé, vu la haine envers les T (et les femmes en général) qui montait dans l’effervescence traditionaliste au pays dont elle ressort, à « effer ». Donc finalement l’affaire est close. Au fond, on ne peut pas certifier ce qu’une personne est avant qu’elle soit morte, quoi, puisque rien de transitoire n’est paraît-il réel, dans l’absolutisme retrouvé des néo-matérialismes. Comme ça les bestioles se gardent bien, efficacement.

 

Il est vrai que, pendant ce temps là, d’ardentEs fixateurEs du réel continuent à nous buter, ici ou là ; directement ou indirectement ; grâce à elleux, on est sûres de crever dans notre peau, et donc d’être, définitivement. Et quand on ne nous bute pas, nous nous flinguons. Pas d’assignation plus radicale ; les papillons épinglés dans la tite boîte. De quoi nous plaignons-nous donc ?!

 


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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 10:29

 

 

On l’a toutes fait un jour, venez pas me dire que « nan, moi j’ai toujours été raisonnable, je n’ai jamais chaussé de lunettes déformantes ». On l’a toute fait un jour, de nous mettre à fantasmer sur un groupe, un  truc, un Mal avec un grand M (plus rarement un B avec un grand B mais ça arrive chez les bisounourses), à ne plus voir que lui, à mettre toute la kyrielle du triste monde à sa queue leu leu, comme ces petits trains en bois des magasins bio avec leur locomotive et leurs wagons tous pareils. Et accessoirement (je doute que ce soit vraiment la première raison, je crois plus à la justification rationalisante…) à vouloir, à tout prix, le bien (avec un petit b) et le confort de tas de gentes qui ne vous ont rien demandé. Même s’il faut pour cela les empêcher de se mouvoir.

 

C’est pourquoi je ne m’ébahis que très peu des bonds et des rondes des prohi autour de ce qui leur semble, en tous cas à en croire leur discours, le danger premier, le trou noir où le monde va s’engloutir, la pierre fondatrice du patriarcat : une bande de putes en colère qui n’entendent pas qu’on les raye de la surface de la planète, fut-ce par les moyens les plus hypocrites et détournés ou au nom des plus nobles baudruches. Comme le dit en substance une collègue, sommes nous si redoutables à leurs yeux, qu’ellils semblent plus craindre notre existence même que toute la masse de l’exploitation ; ou plutôt résumer celle-ci à celle là ? Ça semble.

 

Il y a effectivement quelque chose de comique à voir, une fois de plus, les conséquences d’une pensée tronquée, qui tient à limiter la critique à la recherche de coupables ou d’égarées structurelles, et finit par se vautrer dans le marécage de la facilité et de la stigmatisation, en s’en rendant à moitié compte. Mais bon, j'ai bien fait aussi bête - et ce n'est même pas dit que je ne le referai pas ; se targuer de ne jamais y tomber ou retomber, s'est faire une singulière confiance dans notre lucidité, confiance que je crois infondée.

 

Beh oui, j'ai fait pareil, du même genre, et y a pas encore si longtemps, avec beaucoup d’autres de ma « famille », quand je scandais par exemple avec une désarmante candeur les imprécations de rigueur contre la vilaine islamochose (je l’avais déjà écrit pour l’antispéchose il y a quinze ans, avant de l’oubler : « phobies » ou « ismes », tout devient chose dans la grande entreprise d’équivalence et de réification que nous menons planétairement ; « lumières » et « contre-lumières » unies dans la lutte pour une économie de l’idéal, désunies dans la concurrence pour prospérer au sein de la domination, en toute barbarie). Je m’en croyais moi-même. La honte. Ah, ces choses dont le seul libellé impératif nous rend idiotEs et zombies, de quel côté que nous soyons, pro ou anti. « Le voile », « les putes » et toute la séquelle de la gabelle intellectuelle contemporaine ; en être ne vaccine nullement contre l’abdication du raisonnement, malgré les affirmations répétées de la fable légitimiste.

 

On y croit infiniment facilement, au bien et au mal incarnés par les groupes sociaux, les signes et les hiérarchies, inversées ou non. Et on croit facilement à la toute-puissance ténébreuse, même quand elle n’apparaît que sous l’espèce de gentes déjà mis à l’écart, quand ce n’est pas dix fois écrabouilléEs. C’est la matrice de la haine, de la peur et de la fétichisation modernes, dont sont sorties pas mal de nos grilles d’interprétation. L’incarnation de la puissance « invisible », qu’on a la flemme d’aller chercher dans notre propre fonctionnement et nos propres idéaux. Même, mieux les écrabouilléEs le sont, plus leur survivance est la preuve d’un odieux complot. Plus leur puissance redoutable est attestée. Panique ! Que se dresse t’il derrière elleux, depuis des siècles, de sombre et de décisif ? Derrière les juifs (le paradigme), « l’impérialisme » ; derrière les putes sans remords « l’industrie du sexe », ou même carrément les « deux cents familles », pourquoi pas ? Et oui, d’ailleurs, après tout, pourquoi pas, si on veut ? L’important n’est pas quoi ou qui, mais que ce quoi ou qui permette de projeter notre idée de la « volonté néfaste pour asservir », histoire de personnaliser, et surtout de nous exonérer de, l’asservissement général que nous reproduisons avec entrain, les unEs et les autres. Et qui va infiniment au-delà des plans douteux d’une supposée synarchie ricanante – petits joueurs !

 

Rien de neuf au demeurant – mais c’est bien là le problème !

 

On croit d’ailleurs tout aussi uniment à sa propre importance décisive. Qu’on est les pionnières ou bien l’ultime rempart. Ça ne date pas de hier. L’illusion d’optique nous concerne autant que nos voisines ou adversaires. On n’a, je crois, pas tort de se donner quelqu’importance. Á commencer pour nous-mêmes. Mais, précisément parce qu’au fond nous ne savons pas nous soucier de nous, il nous faut l’investir dans des mirages immenses et reconnus pour nous sentir de la porter. « Nous-mêmes », ce vieux slogan assez réaliste pour une base des féministes des années 70, a été avalé par l’ordinaire : l’image-désir-frustration de ce qu’on devrait être et de ce que devraient être les autres. Nous appendons notre prise de vie à la réalisation de la démesure ; ce qui explique que, dans l’urgence permanente, nous ne reculions devant aucune extrémité pour la faire entrer en nous !

 

La politique et la « science du bien » ont des racines éminemment religieuses, eschatologiques, fétichistes comme disait l’autre. Nous sommes parfaitement rationnelles… dans un cadre admis qui est souvent déraisonnable. En gros, nous cherchons à aménager pour le mieux une sorte de folie collective bien ancrée. Ce qui donne des résultats à la fois truculents et morbides. On n’en sortira évidemment pas en claquant des doigts et encore moins à coups de bonnes résolutions.

 

Bref, rien d’étonnant à l’hallucination prohi, pour laquelle la totalité de la critique économique et politique finit par se concentrer dans la chasse aux putes. Comme on a eu, à une très moindre échelle vu la rareté des bestioles, la chasse aux trans à radicaleland, immortalisée dans les délires de Janice Reymond. Comme on a eu, il y a un peu plus longtemps, mais l’écho en vibre encore aujourd’hui, la chasse aux gouines à hétérolande-féministe comme-il-faut – et on pourrait encore remonter.

 

Comme je dis toujours, je ne m’indigne pas. Rien de plus stupide que de s’indigner, de faire comme si les choses ne pouvaient et devaient pas être, là, comme ça, tout de suite, sans même chercher à analyser. Je ne rigole pas non plus ; n’est pas particulièrement drôle, l’abêtissement dans lequel nous nous maintenons.

 

N’empêche, si, on ne peut pas s’empêcher, surtout quand on est dans l’affaire, de doucement rire, quand on voit l’incroyable disproportion qui est mise en scène et en avant avec un sérieux qui n’est perturbé que par des explosions de haine : les putes vont perdre le monde.

 

Oh, ce n’aura pas vraiment été la première fois, en fait. C’est comme pour d’autres catégories, nous revenons périodiquement à la fenêtre sur le petit guignol rotatif des grands fléaux de l’humanité que se passent sans relâche les nettoyeureuses du social. La prostitution a déjà été abolie un certain nombre de fois (notamment au moyen-âge). On nous a déjà expulsées de maintes villes, de pays entiers, là encore comme bien d’autres. On en attendait moult bénédictions du Ciel et de la terre. Bernique. Les bénédictions se sont esquivées. Les désastres et les brutalités n’en ont point été diminuées. Il faut croire que ce n’était pas la bonne manière de prier ni de sacrifier. Plutôt ont ellils préféré croire, comme nous le faisons volontiers en telles occasions, qu’il en restait, que c’était la punition de n’avoir pas bien raclé le monde de son ordure. La mauvaise herbe repousse toujours, comme c’est triste. Même le roundup des moyens modernes de traque ne parvient pas à l’empêcher. Ah que c’est agaçant !

Quant à nous, nous prenions nos cliques et nos claques avec un pragmatisme non exempt d’un certain cynisme. Le cynisme des putes et des femmes de ménage. Nous savions et savons encore que dans un monde de besoin, nos aurions toujours notre place. N’empêche, on en a pris dans la gueule.

 

Bien sûr que les prohi dansant autour de leur totem de guerre ont quelque chose d’à la fois ridicule et effrayant, surtout une fois qu’on a pris conscience de ce contre quoi ellils sont animéEs. C’est digne d’une fable de La Fontaine, l’escarbot des putes et le Jupiter de la puissance totale qu’ellils ne croient pas du tout excessif de mobiliser pour l’anéantir.

 

(Abolir – je n’ai pris que récemment souci des implications de ce terme et des logiques qui vont avec. Je voudrais d’ailleurs, si j’avais maison et tête, écrire dessus. Abolir suppose la délégation de la force comme de la raison, le passage par le « tout-puissant ». Et aussi l’effacement, le gommage, garanti par cette puissance. N’est-on pas, avec les abolitions, comme on l’est avec les « libérations », une fois de plus, au verso des émancipations, qui ne ressortent que des gentes ? Pas simple.)

 

Bon ; pourtant, je l’avais déjà écrit et je le pense souvent, ce n’est pas faux – même si c’est fatigant, je vous en réponds – qu’il y a quelque chose de redoutable, d’une certaine manière, dans ce qui ne veut pas disparaître ; bon ou mauvais, d’ailleurs. C’est peut-être même en partie la fascination qui se focalise dessus, qui le rend si périlleux. Après, question, redoutable et périlleux pour quoi et pour qui ? Pour le bonheur de l’humanité, cet objet de quête qui justifie, depuis des siècles, les exactions les plus colossales ? Ou pour la croyance et la dévotion en un monde sans mal ?

 

Mais bon – étant ce que nous sommes, je me dis qu’un des meilleurs antidotes aux lunettes grossissantes et déformantes qui font voir les putes comme le poids décisif qui va faire faire naufrage à la nef des fous serait peut-être d’oublier précisément celleux qui les portent. Nous finissons par leur donner autant d’importance démesurée qu’ellils nous en assignent. Alors que je suis même pas bien certaine qu’ellils sont aussi nombreuXses que nous. En tous cas celleux qui effervescent. Au reste il ne s’agit pas de nombre ; je me fiche du nombre et ne suis pas démocrate. Il s’agit de l’importance réelle des choses, et là je crois que nous avons une propension générale à faire ventre avec tout un assortiment de gimmicks, qui viennent et reviennent, certes, donc ne sont pas si indifférents que cela. Mais auxquels nous attachons des enjeux, des rêves et des cauchemars démesurés – alors même que nous sommes réellement dans la panade, mais que nous manifestons quelque dégoût à renifler celle-ci franchement.

 

N’empêche, nous sommes vraiment bien facilement bon public les unes des autres, par la crédulité, l’obnubilation et la malveillance. Et aussi de nous-mêmes. Une bigle sans égale. Quand cesserons nous de nous contempler et fasciner mutuellement, pour nous occuper réellement de nos fesses, et pas de leur image sur les écrans qui ont poussé en nous ?

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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